Correspondance

Jacques Chardonne Paul Morand · Chapitre 11 sur 17 · partie 6/8

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Correspondance

1959. Lettres 443 à 589

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 8 parties.

esprits. Je m’étonne que Flammarion ne vous demande pas d’y

ajouter quelques pages sur le nouveau Londres. Une édition nouvelle

(avec supplément), permettant de faire un « office aux libraires » et

« service de presse » (le personnel critique est aux trois quarts

renouvelé) aurait du succès.

Très joli dialogue Cocteau pour sa fête. La phrase sur les bougies

et le souffle, je la connaissais. Il y en a eu déjà trois éditions à Paris.

C’est sa faiblesse. Trop de mots. Il faut surveiller nos qualités autant

que nos défauts. « Toujours le mot, la pointe. » Étrange et délicieux

Cocteau ; mille faces. Le troisième en toutes choses. Au total, un

personnage.

Oui, le silence, vous le trouvez à Paris, chez vous ; ou bien, si vous

étiez pauvre, en Suisse, dans un petit chalet perdu. Il est à La Frette

(Dieu merci !), sauf pour Camille, qui a une hypertrophie de l’ouïe.

J’ai lâché tout de suite le dernier Peyrefitte 1. Je vous le disais : il

n’a plus aucun talent, il n’a plus que des lecteurs. Un homme fort lu,

au surplus.

Ci-joint, pour lire quand vous aurez le temps, l’article de Henri

Petit 2 sur « Le Ciel ». Vous remarquerez le talent, l’extrême finesse de

cette critique. Je viens de passer en revue tous les critiques. Les trois

premiers prix, c’est Dominique, Petit et Kléber. Le reste, ce n’est que

des éloges.

Une remarque à propos de ces éloges, sans une ombre, et à

propos de l’article de Petit. Cet article est dans Le Parisien, le journal

le plus lu en France. La direction du journal doit ménager un public

si vaste et mêlé. Dans « Le Ciel », avec douceur (j’y reviendrai) je dis

mes opinions, ou on le devine. Henri Petit y fait directement allusion,

et c’est pour les approuver.

Il y a un changement en France. Les diables de L’Express publient

un vaste document qui sera favorable à Pétain 3. C’est dirigé

évidemment contre de Gaulle. Subtil.

On sent très bien la crainte, partout, qu’après de Gaulle, l’armée

ne prenne la direction, comme en Amérique du Sud. C’est possible.

Nous verrons cela. La monnaie pourrait danser encore.

Et à mardi.

 

Votre

J.

 

P.-S. Samedi matin. À la dernière minute, une journée disloquée.

Nadine va venir à La Frette (elle ne vient jamais) avec Martin. Je laisse

faire. Vieille habitude avec les femmes. Mais je n’ai pas osé téléphoner

à votre femme, sentant toute l’inconvenance. Nadine s’est chargée de

tout.

 

1. L’Exilé de Capri, Éd. Flammarion, 1959.

2. Henri Petit, « Jacques Chardonne : Le Ciel dans la fenêtre », Le Parisien, 21 juillet 1959, p. 6.

3. « Trente Ans avec Pétain », L’Express, 23 juillet 1959, p. 3.

 

535 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

Les Hayes, 27 juillet 1959

 

Cher ami,

 

Je voudrais être enterré à Clarens, où il y a de beaux ifs d’Islande

et vue sur le lac, imprenable, sauf par la mort. Avec crématoire à côté. « Je ne veux pas être enfermée dans une urne, dit Hélène ; déjà, je

déteste les pots de chambre. »

Ci-joint copie d’une lettre à Peyrefitte, pour L’Exilé de Capri.

Puisque le souvenir des vieux bricoleurs, amis de mon père, amuse

Camille, je vous répète : Hertford House, collection Wallace, à Londres.

Je viens de passer 2 jours à sortir des livres de caisses retour de

Tanger. Il y en avait tant et il faisait si chaud sous les combles, que j’ai

fini par les jeter par la fenêtre, sur l’herbe. Les Giono tombaient

lourdement sur les Jouhandeau, et 1 La Mystique de Böhme sur Les

Essais de Montaigne. Bibliothécaire-née, Hélène les classait au fur et à

mesure. Les plus résistants à la chute furent les Claudel ; les Gide

s’effilochaient, à l’usage, et perdaient leurs feuillets, comme déjà les

arbres leurs feuilles. Moins qu’à Paris où les marronniers sont presque

chauves, comme les viveurs 1900, dans les villes. Ici, ils résistent

encore, les charmes surtout ; le charme végétal tient bon ; le charme

humain, non ; ici, vous avez raison de redouter le charme.

À Paris, été voir Les 400 coups de Truffaut au cinéma, dont on nous

rebattit les oreilles ; lent et amusant documentaire romancé sur

l’enfance délinquante. Si c’est ça, la nouvelle vague !

Quant à 2 Hiroshima mon amour, c’est un film pacifiste et

communiste, avec les habituels retours en arrière, un texte littéraire

et prétentieux de Duras, des planches anatomiques de loubards et

une histoire d’amour d’une Française avec un Japonais rencontré la

veille au soir. Impossible, ces deux triomphes de Cannes.

Comme vous, je trouve ravissant l’article d’Henri Petit dans Le

Parisien. « Il a trouvé un art de ne pas mentir » est exquis.

 

Votre

P.

 

P.-S. Ma lettre de ce jour à Roger Peyrefitte :

« Votre Uranus 1900 (L’Exilé de Capri) m’a enchanté ; pour moi

aussi c’est un voyage… en arrière. Je revois mon père, au retour de

l’enterrement O. Wilde (il l’avait connu chez Schwob. Je vous

léguerai sa Salomé, dédicacée) ; c’est O. Wilde qui lui avait conseillé

de m’envoyer à Oxford. Dans la bibliothèque paternelle, il y avait Les

Nuits de 15 ans, dédicacées par F. de Croisset, lecture favorite de votre

Fersen 3 ; la couverture, avec des corps nus enlacés dans le bleuâtre,

troublait mes 12 ans. Madeleine Lemaire 4 recevait, rue de Monceau,

en face de mon collège de Maristes, et comme, les jours de réception

de Madeleine L. ma mère louait un coupé de cercle (L’Épatant), elle

me prenait en passant, au retour.

« Louis Morin 5, l’illustrateur des livres à la mode 1895 (où avez-

vous été dénicher cet oublié ?) avec sa barbe blanche et ses joues

poupines, venait souvent dîner chez nous, rue Marbeuf. Il illustra un

livre de mon père.

« Quant au Thé de Ceylan, où j’allais, en sortant de L’Olympia,

quand j’avais été voir L’Arroseur arrosé, j’ignorais que ce fût un mauvais

lieu. J’y suis retourné vers 1912-13, car on y dansait le tango, mais le

public n’était plus celui que vous dites, et le maquereau argentin en

avait chassé les minets.

« Frétillier, Travillon, Chicouleau ! Vous avez été exhumer mon

proviseur, mes censeurs de Carnot ! L’un tondu, l’autre, vrai

adjudant, le troisième, hyène maçonnique. Et le répétiteur Tozza,

l’artiste ! Je m’explique maintenant qu’il aimait me réciter L’Île

heureuse , de mon père.

« J’ai vu, moi aussi, danser Colette, alors grosse, habillée d’un

caleçon en panthère, au Jardin de Paris, en 1908 ou 09, l’été, sur les

Champs-Élysées ; j’y étais avec Giraudoux, encore adolescent et

furonculeux. Il mettait un mouchoir entre son cou et son haut col

empesé.

« J’ai connu Pierre de Bréville et l’ai vu, chez moi, au piano. Il y

était amené par l’éditeur suisse de mon père, Ernst Kolb. Quelles

tatas !

« Bref, de Carnot à Oxford, de Charybde en Scylla, je me

demande comment j’ai pu naviguer dans de pareils hauts et bas

fonds, sans y casser mon grand mât. »

 

1. Jakob Böhme (1575-1624), mystique allemand qui avait tenté de montrer la genèse de l’être parfait à partir des êtres imparfaits.

2. Film d’Alain Resnais, tourné en 1959, sur un scénario de Marguerite Duras.

3. Jacques Adelsward-Fersen (1879-1923).

4. Madeleine Lemaire (1845-1928), artiste, tenait un salon, les mercredis, dont Proust s’inspira pour celui de Mme Verdurin. Membre de la Société nationale des beaux-arts, spécialiste des peintures de fleurs, elle avait illustré Les Plaisirs et les Jours.

5. Louis Morin, peintre, illustrateur et fondateur du Salon des humoristes.

 

536 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

Vevey, 2 août 1959

 

Cher ami,

 

Ici, l’été tombe dans l’automne ; on remet le chandail, mais pas

vilain. Je vous dis cela pour que vous sachiez — ce que vous oubliâtes

l’an dernier — qu’en août, à Crans, il peut faire froid. La Suisse est

bondée de voitures françaises ; après les Français de l’Opération

gabardine rue Saint-Sébastien, il y a 5 ou 6 ans, d’autres, ou les

mêmes, se transportent en Suisse, où la vie est à mi-prix. Il est vrai

qu’ils s’ennuient ici, mais ils respirent. Quand on est vieux, c’est-à-

dire sujet à l’accélération du temps, il est recommandé de s’ennuyer,

pour faire durer « le plaisir » ; et aussi, ne pas dormir rallonge la

journée.

Paris-Presse publie un article idiot sur un soi-disant déjeuner que

j’aurais offert à Marcel Aymé que je ne connais pas ! Idiot. Je le dis à

Parinaud.

Josette est retournée à l’hôpital de Genève, d’où elle reviendra à

Crans, samedi.

Lettre de Ch. Millau qui me dit ce que vous me disiez, que

Marceau ne pense qu’à la Suisse, mais sa femme qu’à se toaster au

soleil, comme dirait Blondin. Cela était assez dur, après trois heures

de sommeil, de conduire, à 75 km de moyenne (4 h du matin — 11 h,

500 km), Paris-Vevey, et quelle file de voitures à remonter. Mais ces

épreuves sont utiles.

Je vais m’occuper de vous, à Lausanne.

 

Votre

PM.

 

537 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

4 août 1959

 

Cher ami,

 

Il y a encore un moyen d’allonger la fin d’une vie où le temps

s’accélère, c’est de ne pas faire tous les jours la même chose et de

n’avoir pas d’heures fixes. Je puis aussi bien déjeuner à 16 heures

comme les Espagnols, que dîner à 18 heures, comme les Suisses ;

partir à 3 heures du matin ou ne pas déjeuner. Mais, pour bien faire,

il faudrait être indifférent aux saisons et à la température ; mon

héroïsme ne va pas jusque-là. À propos de froid, il y avait un autre

original, qui fréquentait chez mes parents, et dont je ne vous ai pas parlé, en vous nommant les autres, précédemment ; il se nommait

Gonse (neveu du collectionneur 1 et découvreur du Japon, à l’époque

Goncourt.) Gonse n’allumait jamais de feu, l’hiver, pour ne pas

abîmer le bois de rose de ses meubles anciens et, dans sa chambre, il

couchait en pelisse, car sa seule armoire était en laque noir et or et

avait appartenu au cardinal Dubois 2.

J’ai pleuré la mort du pauvre Francis (de Miomandre 3), délicieux

ami que je dois à Giraudoux, magnifique traducteur et touchant

d’inadaptation à la vie, depuis des années enfoncé (après un mariage

malheureux avec un Major femme qui le terrorisait) dans un cottage,

au fond d’une petite pension d’Auteuil. Sa vie était faite de tout petits

malheurs, des malheurs clownesques, de maladresses, de faux pas, dus

à sa nature poétique et indifférente à ce que les gens nomment « les

réalités de la vie ». Plein d’enthousiasme littéraire, immense de

drôlerie sans l’ombre d’envies, 4 jokes and gambols , comme Yorick, de

culbutes et de sauts périlleux pour gagner une petite vie. Il m’avait

chargé de lui faire vendre un terrain que Primo de Rivera 5 lui avait

donné, lorsque, pour lancer Formentor 6 aux Baléares, les Espagnols

avaient loti et distribué un certain nombre de parcelles. Bernanos,

Abel Hermant, etc…, en avaient accepté. J’avais refusé. Depuis lors,

Formentor a pris un grand développement, Miomandre en eût de

quoi finir ses jours à l’abri du besoin, mais il n’a jamais pu se décider

à vendre.

Racontées par Giraudoux, l’histoire du tramway, pendant la

guerre, l’histoire du monocle 7, l’histoire de la conférence sur le tango

en 1911, ont fait le tour de Paris. Jaloux, Doderet 8, Pierre de Polignac

(Monaco), Miomandre, Giraudoux, Bréal 9 avaient fini la guerre de

1914 à la fameuse Maison de la Presse, de la rue François 1 er, sous la

protection de Berthelot, poursuivis, traqués par la commission des

réformes Jeanneney 10.

Je commence ma préface pour Florence, sans plaisir. Florence est

un musée ; je n’aime pas être enfermé avec la beauté. Il me faut vivre

dehors. Et c’est comme pour Paris : la pérennité de ces monuments

magnifiques, construits par des géants, nous fait sentir notre actuelle

condition de pygmées prolétaires.

Vous allez trouver la Suisse en proie à une invasion française sans

précédent. Aucun Suisse, par contre, ne va en France. Sur les routes,

il y a cinq voitures françaises pour une suisse. L’air des altitudes et

l’essence à mi-prix ont suffi pour ébranler cette migration. Des gens

sales, débraillés, et ça, malheureusement influent sur les Suisses,

lesquels, après s’en être choqués, dans les villages, se mettent au

diapason. Pendant ce temps, à Paris, il n’y a que des kilts, des

fustanelles et des rucksacks. Au coin de chez moi, avenue de Suffren,

pendant toute la semaine dernière, des Danois campaient en famille,

sur le trottoir, à 5 dans un omnibus Volkswagen fait pour 3. Ils ne

visitaient rien, ne voyaient rien, s’éparpillaient autour de leur voiture,

les vieux en short, les jeunes en slip, se baignant sur les berges de la

Seine. À 9 heures du soir, tout ça s’enfermait dans la voiture, dont les

volets se rabattaient jusqu’au matin. C’est l’ère préatomique.

 

À vous

PM.

 

1. Louis Gonse (1846-1921), critique d’art, auteur de L’Art japonais, Éd. Quantin, 1883.

2. Guillaume Dubois (1656-1723), précepteur de Philippe d’Orléans, archevêque de Cambrai, cardinal et Premier ministre en 1722.

3. Francis de Miomandre (1880-1959), écrivain, traducteur, prix Goncourt 1908.

4. Bouffon du roi du Danemark, dans Hamlet, de William Shakespeare.

5. Miguel Primo de Rivera y Orbaneja (1870-1930), général et homme politique espagnol, capitaine général de la Catalogne, instigateur d’une société à tendance fascisante, renvoyé par le roi Alphonse XIII et exilé à Paris.

6. Promontoire rocheux au nord de l’île de Majorque.

7. Voir Journal inutile, op. cit., t. 1, p. 846.

8. André Doderet, traducteur de D’Annunzio.

9. Auguste Bréal, le biographe de Philippe Berthelot.

10. Jules Jeanneney (1864-1957), sous-secrétaire d’État à la guerre de 1917 à 1920, président du Sénat de 1932 à 1944, ministre d’État de septembre 1944 à novembre 1945.

 

538 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

Les Hayes-de-Bourdonné, 6 août 1959

 

Cher ami,

 

Je rentre demain à Paris. La campagne a quelque chose de

terrible, le bétail mugit de soif, les puits sont à sec et les propriétaires

les sondent sombrement, avec une pierre au bout d’une ficelle ; les

fougères sont rôties comme des pommes chips, et sous un soleil blanc

de catastrophe, les cerfs, les perdreaux et les oiseaux cherchent

autour des joncs desséchés, de quoi renifler une humidité absente.

Nous rentrons à Paris pour nous laver. Il faut du personnel, comme il

y a des siècles pour que la campagne s’anime, surtout le soir.

Je lis les 1 Conseils aux domestiques que Nimier vient de préfacer ;

curiosité littéraire qui ne s’imposait pas dans Le Livre de Poche, avec

son humour swiftien de cent tonnes ; une cure délabrée, comme celle

du Doyen, comptait 7 domestiques ! Il y a 50 ans, existait encore une

juste proportion entre un certain train de vie et les domestiques.

Aujourd’hui, il n’y en a plus que pour les milliardaires, sinon c’est

l’étouffement sous des demeures ou des propriétés désertes. Je me

suis arrêté, en revenant de l’Orne, chez des gens riches (500

hectares) ; ils sont seuls, abandonnés ! Et lorsqu’il faut être à la fois,

comme moi, chauffeur, jardinier, homme de peine, intendant, valet,

etc…, il ne reste plus une heure de loisirs ! Que serait-ce, si au lieu

d’une cabane, j’avais un domaine !

Je me permets de vous rappeler que vous avez eu la bonté de

m’offrir de vous renseigner auprès du conseil juridique de la S.G.L.

sur la jurisprudence actuelle concernant les droit des auteurs dans la

question des Œuvres complètes et vous en remercie d’avance.

Je vois mal comment va tourner l’affaire d’Algérie. Comment

peut-on obtenir d’une armée qu’elle se fasse tuer pour un sol qui

risque d’être étranger dans 3 ans ou 4 ? C’est lui couper tout élan.

Qu’auraient dit les gaullistes de Londres si Vichy avait cédé l’Afrique

du Nord aux Allemands ?

Aux États-Unis, les Américains n’en reviennent pas de n’avoir pas

épaté K. On n’épate pas des sauvages. Hélène a ramené de Roumanie

une cuisinière grecque, jadis, qui n’avait vu que son village et fricotait

dans un poêlon de terre ; installée dans le dernier confort, frigidaire,

cuisinière électrique avec thermostat, etc…, elle a trouvé ça tout

naturel.

 

Votre

PM.

 

1. Jonathan Swift, Instructions aux domestiques, Éd. Hachette, 1959. La préface de Roger Nimier se trouve aux pages 7-11.

 

539 – JACQUES CHARDONNE À PAUL MORAND

 

6 août 1959

 

Cher ami,

 

Oui, je mets de tout dans nos valises ; je prévois tous les extrêmes ;

cela gonfle les bagages. Ce matin, réveillé à 4 heures (c’est rare ; j’aime mieux dormir pour allonger le temps) par la pensée des

malheurs extrêmes. La pauvreté de Robert Poulet (vivant des maigres

salaires de deux éditeurs, pour lecture de manuscrits, et de Rivarol,

qui paye ou non), qui a pu élever sa fille, la marier ; devant lui, une

vieillesse sans ressources. Et puis le malheur d’Antonini, qui vient de

perdre sa femme ; un grand amour (tumeur au cerveau). Mais peut-

être ne connaissez-vous pas le charmant Antonini 1. Vous avez bien lu

l’excellent Poulet sur vous ?

Dans Réalités, Frank reprend son article de Saisons  ; un peu

différent. Il n’est pas question de vous, sauf deux fois nommé, et pour

dire que vos livres se vendaient à 600 mille ; vous étiez notre Sagan.

Une phrase charmante sur Nimier, je trouve : « Nimier lance la mode

des voitures de course, mais on éprouvait la curieuse impression qu’il

aurait autant aimé jouer avec des voitures miniatures. »

Les Nimier sont à l’île d’Oléron, où Kléber a une maisonnette.

Déon qui en vient, et que nous verrons demain, dit qu’ils n’y

resteront pas. L’hôtel est cher.

J’ai lu l’écho de Paris-Presse, sans y croire une seconde. C’est une

habitude de tous les journaux d’inventer des histoires, ou de vous

prêter des maximes de leur cru. Je ne sais si Parinaud s’en occupe. Je

crois qu’il ne s’occupe de rien.

Paul Rival, sur ma demande, vous a envoyé son 2 Richelieu don Juan.

Intéressant. Il a dû vous l’adresser à Paris. Ce curieux Rival, qui fut

longtemps le secrétaire de Bernstein (écrivant mal, exprès, tout ce

que Bernstein signait) avait beaucoup de talent. Il s’est marié, et a

disparu dans les bois de Marly-le-Roi, où il est devenu un érudit, pour

les arbres.

Nous partons dimanche soir. Nous ne gênerons pas Josette si elle

veut bien comprendre que, les premières effusions passées, elle peut

s’en aller comme elle veut.

J’ai vu le ridicule Thiébaut sur moi ; je n’attendais pas mieux.

Doctement, il prend au sérieux les plaisanteries, et ne comprend rien

à ce qui est sérieux. Son grand auteur c’est Jacques Chenevière. Les

médiocres s’entendent bien entre eux. Pour lui expliquer pourquoi

Guerre et Paix, c’est un roman « naturaliste », il faudrait de longues

explications qu’il ne comprendrait pas.

Dans « le monde » je n’ai entendu Valéry que marmonner des

bêtises, radoter ou dire des obscénités. Lui a entendu un Valéry

éblouissant. Il ne s’agit pas de lui, il s’agit de moi. Ce que les critiques

ne comprennent pas facilement.

 

À bientôt

J.

 

1. Giacomo Antonini (1902-1981), journaliste italien et critique littéraire.

2. Paul Rival, Fantaisies amoureuses du duc de Richelieu, Éd. Hachette, 1959.

 

540 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

Vevey, 29 août 1959

Cher ami,

 

Les gens sont singuliers ; en mai dernier, je me trouve assis à un

cocktail, chez E. Boudot-Lamotte 1, à côté de Jean-Louis Curtis. J’ai

trouvé dans le journal un joli sujet de nouvelle, lui dis-je, pour dire

quelque chose : un vieux monsieur se voit cambriolé. Peu après, on

arrête ses voleurs, deux jeunes malandrins. D’argent, il n’y en avait

plus. Les gars avaient tout dépensé en ces objets convoités par la

jeunesse ; voilà donc le vieux monsieur à la tête d’une voiture de sport, de skis nautiques, de trains électriques, etc… Comme il ne sait

qu’en faire, il les utilise petit à petit et cela lui confère une seconde

jeunesse. Cela ferait une charmante nouvelle, dis-je à Curtis.

À ma stupéfaction, j’ouvre 2 Arts de cette semaine et j’y trouve mon

sujet, froidement traité ; en littérature, rien ne se perd.

Votre amitié pour moi est contagieuse : le sévère Mermoud

m’écrit pour me proposer de faire un album avec l’histoire des Bains.

Mille et mille mercis.

Petite carte de Nourissier : il s’est marié ! Dommage que ce

garçon n’ait pas de caractère, il serait bien au lieu d’être charmant.

Josette rentre ce soir à Paris ; son mari a eu des étouffements

asthmatiques toute la semaine, dus, sans doute, à l’altitude.

Mes Œuvres complètes vont peut-être prendre corps. L’éditeur de

Neuchâtel est tout à fait d’accord pour appliquer vos

recommandations et méthodes : un volume par an (2 000 FF le

volume et tirage à 2000 environ), des préfaces et gloses, large service

de presse… Il va falloir que je négocie maintenant avec mes

innombrables éditeurs.

Simone est rentrée à Paris hier. Vos blasphèmes baudelairiens

l’avaient étonnée (dans le sens antique du mot) et j’ai dû, après votre

départ, pratiquer la respiration artificielle, comme on fait aux

foudroyés.

Je me réjouis de vous montrer cette France extrême occident que

vous ne connaissez pas, je crois. Ce n’est pas très, très beau, mais on y

trouve quelques beautés : des brumes cimmériennes et les fumées des

fours à goémon, sur des plages désertes, comme des sacrifices

druidiques. Avec le récent livre de Jean Merrien sur Les Côtes de

France 3, nous tâcherons de découvrir au nord de l’Aber-Wrac’h, des

plages dites désertes. Ce livre, excellent, donne d’ailleurs la chair de

poule, car il ruine — en les indiquant aux campeurs à scooters — les derniers coins encore inaccessibles il y a quelques années. Vous ai-je

dit qu’il y a ¼ de siècle, Henry Bidou, enrôlé par moi, avait accepté

d’écrire, en collaboration, justement, un aperçu général des côtes de

France ? Je l’avais emmené en auto, avec ma dactylo sur le siège

arrière, depuis la frontière belge jusqu’au Havre. Bidou, omniscient,

était un géologue étonnant et un charmant compagnon. La tâche

était malheureusement au-dessus de nos forces ; il aurait fallu de 2 à

3 ans pour l’achever et nous l’abandonnâmes. Après la mort de

Bidou, je n’eus plus de cœur à l’ouvrage.

Hélène a interdit, à la maison, l’usage du mot cœur, si galvaudé dit-

elle dans la conversation d’aujourd’hui, par le milieu des gens sans

cœur. Hélène ne le permet plus que dans la phrase : « J’ai mal au

cœur. » Sur mer, espérons ne pas l’utiliser.

 

Votre

PM.

 

1. Emmanuel Boudot-Lamotte (1908-1981), écrivain, secrétaire particulier de Gaston Gallimard de 1930 à 1944.

2. Jean-Louis Curtis, « Le coffret », Arts, 26 août 1959, p. 4.

3. Jean Merrien, Le Livre des côtes de France, Éd. Laffont, 1959.

 

541 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

Bagnoles-de-l’Orne

14 septembre 1959

 

Cher ami,

 

Voilà donc la lune russe 1 ! Voilà donc les Américains battus sur

leur propre terrain, le futur, l’excessif, le record, le prodigieux, le saut dans l’inconnu. Vaut mieux ne pas être dans le coup, comme

l’Europe, que d’être éliminé en finale. Encore un ou deux échecs

comme ça, et nous sommes, en Asie et en Afrique, moralement

liquidés.

À la T.V. hier, fête commémorative de la Résistance, à Nancy ;

drapeaux, accolades, hommages à 3 résistants « qui (le speaker dixit)

réussirent à se précipiter dans les lignes américaines, pour annoncer

que les troupes allemandes avaient évacué Nancy, évitant ainsi à la

ville sa destruction par l’aviation alliée ». Cette libération est un

immense mensonge, qui croît à mesure qu’elle se transforme en

légende héroïque et que le temps passe. L’Histoire n’y verra plus que

du feu ; tant pis pour elle ; nous aurons fait ce que nous avons pu

pour le dire, même entre nous.

Après-demain soir, 16, nous serons à Paris, d’où je vous

téléphonerai, avant de repartir pour Les Hayes. Ces 8 jours à Roscoff

furent plaisants ; vous m’aviez écouté et j’aurais été désolé que vous

ne vous y plussiez pas. Vous respiriez le bien-être et la santé. Que la

Bretagne, si belle à l’extrême occident, s’enlaidit à mesure qu’elle

devient normande ! Les admirables tailleurs de granit disparaissent et

tout y est bâti en parpaing, synthétique. J’ai fait ici des études

comparées de calvados, pour réjouir, à la fin des repas, mes amis.

Domfront est un bon centre pour cela. Le calvados industriel est

infect ; les fabricants mettent des châtaignes dans les fûts pour le

colorer ; il faut aller chez le paysan pour trouver, sous le parfum de la

pomme pourrie, le vieil alcool qui s’est amorti. Mais le bon calvados

local, facile à détecter jusque vers 39, a été bu pendant la guerre.

Aujourd’hui, il vaut plus cher qu’un grand cognac VSOP (5 000 F la

bouteille).

 

Votre

PM.

1. Le 13 septembre 1959, l’URSS envoie la première sonde sur la Lune.

 

542 – JACQUES CHARDONNE À PAUL MORAND

 

22 septembre 1959

 

Cher ami,

 

Je peux vous dire l’essentiel de la conversation avec Nimier.

Hachette et Lazareff (fort gênants) quittent Arts.

L’Express veut prendre Arts et offrir à la gauche ce bastion des

lettres. Parinaud veut y demeurer et s’appuyer sur Nimier. Il semble

en avoir les moyens (le tirage est satisfaisant) avec quelques réformes :

il y met de son argent, et il a un peu d’argent, venant du duc

d’Harcourt 1, Cocteau, Weiller, etc… Cela suffirait.

Nimier voulait notre avis. Je l’ai encouragé, et j’ai répondu à ses

questions. Il voulait surtout en parler.

Il est important, en effet, que L’Express ne prenne pas Arts.

 

À vous

J.

 

1. Dans une lettre du 2 avril 1955, Jacques Chardonne écrivait à Roger Nimier : « Il faut dire au duc d’Harcourt de donner 20 millions à Arts. Alors, on l’appellera le duc d’Art » (Jacques Chardonne, Roger Nimier, Correspondance, op. cit., p. 147).

 

543 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

Vevey, 30 septembre 1959

Cher ami,

C’est fou ce que c’est long, nos lettres ; la dactylo n’en est encore

qu’à 1957.

Que je vous sais gré de votre dernière lettre, aussitôt

communiquée à l’éditeur suisse. Tout à fait d’accord pour Gallimard.

Nadine est tendue en diable quand Roger est là ; elle est

charmante seule, mais, avec lui, c’est le malaise, tant elle veut lui

plaire.

Dans la même journée, la France perd l’Algérie 1, le Soudan et le

Sénégal 2. Heureux que la Bretagne ne soit pas autodéterminante, ou

La Frette, car il vous faudrait un passeport pour aller chez Lipp.

« Une capitulation exige un général, disait Ph. Berthelot ; un civil ne

peut pas capituler. » Voulant dire : « La honte demande fanfares,

galons, dorures… »

 

Votre

PM.

 

1. Dans une allocution télévisée, le 16 septembre 1959, le général de Gaulle avait présenté son projet d’autodétermination pour l’Algérie.

2. Allusion à la tentative de fédération avec le Soudan français, qui échouera, débouchant sur un conflit politique, puis l’indépendance du Sénégal et du Mali en 1960.

 

544 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

Paris, 30 septembre 1959

 

Cher ami,

 

Quel plaisir de trouver tant de gentilles lignes en rentrant à Paris.

Aucune n’est indifférente. Je n’en dirai pas autant des miennes. Si je

rabâche, si je vous ennuie, si ce que je dis n’a pas d’intérêt, ayez la bonté de mettre un frein à votre partialité en ma faveur, et faites-le-

moi savoir surtout !

Nourissier divorce… 2 mois. Pourquoi le mariage ? Peut-être ne

connaît-il pas la femme ! Il est vrai que le « quand-on-en-connaît-une-

on-les-connaît-toutes » est souvent faux. Moi, j’ai beaucoup pratiqué

les femmes, sans les connaître, sans les reconnaître, jusqu’à ce

qu’Hélène me les ait expliquées. Je compris alors, sans d’ailleurs en

tenir aucun compte. Ce n’est qu’après la cinquantaine, que mes yeux

s’ouvrirent : les débuts sont toujours faciles et charmants, les dames

sont légères, vos égales, vos camarades. À peine a-t-on fait l’amour, dès

le retour du lavabo, elles reviennent au lit, transformées, pesantes,

possessives, avec des droits sur vous, etc… Elles se sont données, mais

elles vous font comprendre que vous les avez prises, et qu’elles ont

désormais tous les droits. (Je vous en prie, que Camille ne lise pas

ceci.)

Je lis 1 Marthe ou les amants terribles de Freustié, un de ses premiers

romans érotiques, long, monstrueuse photographie, mais comme

chez tous ces jeunes, impersonnel. « Elle s’ouvre… je la pénètre…

Elle me suce, je la salive… Elle se donne dans les bois, sur le bord du

lit, en wagon, en bateau… » Ensuite ? Ensuite, ça recommence avec

une autre. Nos jeunes amis en sont tous là.

K. va venir en France. Les bourgeois frissonnent de bonheur

coupable. Les démocraties sont des pédérastes passifs ; il leur faut le

forgeron du village. Gaulle le fait venir pour lui dire : « Sortez-moi de

l’affaire algérienne », évidemment. L’autre se fera payer comptant,

préparant en France, au nez du Gouvernement, un immense cheval

de Troie, et tirera son chèque sans provisions sur nous. Il est

impossible de penser qu’il va retirer à ses adversaires cette épine du

pied, ou desserrer son lasso qui s’est, désormais, ouvert jusqu’à Rabat,

et cela à l’instant où il n’a plus qu’à tirer pour étrangler l’Occident. On ne joue pas au poker avec des Slaves. Les présents du Diable sont

toujours de la mort-aux-rats. Ces notions si évidentes, précédées,

depuis le e XVI de milliers de leçons, ne servent à rien. L’Histoire n’est

qu’un long oubli.

 

Votre ami

PM.

 

1. Jean Freustié, Marthe ou les amants terribles, Éd. de La Table ronde, collection « Vermillon », 1958.

 

545 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

er

Vevey, 1 octobre 1959

 

Cher ami,

 

Lisez, dans 1 Écrits de Paris , le survol du pôle par A. Fabre-Luce ;

très, très beau morceau. On ne saurait faire mieux dans un genre que

j’inventai, peut-être, mais il me survole. (Pôle Morand, comme dit

Josette.)

Vous avez vu la réaction des durs d’Alger, Lagaillarde 2 et autres ?

L’armée ne doit pas suivre très fort, car le gouvernement a l’air sûr de

lui. Mais c’est tout de même étonnant, malgré la logique derrière

l’illogisme, que l’homme qui a quitté la France en 40, pour lui

conserver un Empire, soit le même qui le lui ait fait perdre. Car

lâcher dans le même temps, au nom de l’autodétermination, une

partie de l’Afrique, empêche de conserver le reste, d’après les mêmes

principes. Quand on voyait avec quelle facilité la France avait, en

moins d’un siècle, conquis de territoires africains immenses, on éprouvait de l’inquiétude en pensant qu’elle pourrait bien les perdre

aussi vite. Or, elle les a perdus encore plus facilement, en quelques

mois. Avec la Syrie et l’Indochine, c’est un joli bilan au passif de la

politique de grandeur. On doit au Protecteur la mise à la retraite du

régime parlementaire, mais on la paie très cher.

Avez-vous lu dans les feuilles l’aventure des Zurichois emmenés

jusqu’à la Dôle par un ballon libre ? Il n’y avait à bord qu’un seul

aéronaute, le reste, des passagers. Le patron voulut réussir pour ses

invités un atterrissage très doux ; il sauta à terre élégamment, mais,

comme il pesait 80 kg, dès qu’il eut quitté la nacelle, le ballon reprit

de la hauteur, aucun des passagers ne sachant quelle ficelle tirer ;

l’aéronef rasa les toits, arrachant cheminées et antennes de TSF, au

milieu des cris d’effroi. Il y a pour plusieurs millions de dégâts ; on a

repêché les voyageurs sur un toit. Qui croit tomber s’élève, quelle

morale exemplaire.

 

Votre fidèle

P. Morand

 

P.-S. Je me réjouis de vous entendre parler du paysage portugais le

9 novembre. Je n’ai pas accepté, pour ma part. Si Dos Santos apprend

mon refus à la R.T.F. et en est peiné, dites-lui la vérité, c’est que le

cachet est dérisoire. S’il ne vous dit rien ne lui en parlez surtout pas !

Mais ce n’est pas par ingratitude envers le Portugal.

La princesse Ratibor, que vous connaissez, poursuivie à Vichy par

l’ennui de la cure, préféra assister à une conférence de Jules

Romains, qui lut ses œuvres pendant une ½ heure ; Ivan Loiseau,

l’organisateur de la conférence était endormi, Sabatier d’Espeyran,

que vous avez vu à la maison ronflait, c’était affreux. Pour embêter les

Romains, Consuelo Ratibor leur raconta qu’elle avait assisté à Évian à

un petit dîner donné par moi au président Buisson. Froid glacial. « C’est le fils de ses œuvres, non le père » dit Romains, voulant sans

doute parler du 3 Cardinal de Retz du président. La solidarité

académique est touchante.

 

1. Alfred Fabre-Luce, « Voyage polaire », Écrits de Paris, septembre 1959, p. 100-103.

2. Pierre Lagaillarde, avocat, député d’Alger en novembre 1958, s’était opposé à la politique d’autodétermination. Pour avoir été à la tête d’un mouvement insurrectionnel, il sera condamné à dix ans de réclusion criminelle et amnistié en 1968.

3. Albert Buisson, Le Cardinal de Retz, Éd. Plon, 1954.

 

546 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

Vevey, 3 octobre 1959

 

Cher ami,

 

Nimier, très gentiment, me demande de préfacer Bonaventure des

Périers 1, pour la Littérature Gallimard. Quand j’avais 13 ans, j’étais

fasciné par le papier Hollande de la Bibliothèque Elzévirienne, dans

laquelle mon père possédait le 2 Cymbalum mundi. Je ne me doutais pas

alors, que 60 ans plus tard, je le préfacerais. Il y a 60 ans, également,

j’y pensais aujourd’hui, que j’ai été mis à cheval. Sainte-Marie-de-

Monceau conduisait au manège Pellier, à l’Étoile, à l’entrée de

l’avenue du Bois ; un manège minuscule, avec les écuyers en haut-de-

forme, où toute la tradition équestre de Phillis se continuait. J’ai

encore dans la peau la courbature de cette première leçon

d’équitation. Ne faisant aucun sport, le lendemain, j’avais le corps

rompu, je m’en souviendrai toujours.

Josette me dit qu’elle va vous rendre visite à La Frette ; elle s’en

promet beaucoup de plaisir.

Je viens de relire En pays connu, de Colette, des chroniques

adorables ; vers la fin du livre, il y a un paysage du Finistère, avec

cidre, crêpes, etc…, qui me rappelait nos récentes journées.

Savez-vous si Ferenczi existe toujours et si l’on peut acheter les

volumes de chroniques, ainsi que les 4 volumes de critique théâtrale,

de Colette ? Tout ce qu’elle a écrit après la Libération m’a échappé.

Avez-vous vu dans Arts, que la femme de Pieyre de Mandiargues

faisait du strip-tease à Venise ?

Nadine, me dit Jean Jardin, lui a demandé de trouver des fonds

pour Arts.

Caracalla me demande des pages sur Vienne pour un numéro sur

l’Autriche de La Revue des Voyages. J’ai accepté. Mais pour le Portugal à

la R.T.F., comme je vous l’ai dit, j’ai refusé.

Une lectrice inconnue m’écrit de l’Aude : « Je suis passée à Vevey

cet été ; quand j’ai vu où vous habitiez, j’ai compris combien vous

étiez loin de l’Académie ; je n’en ai pas moins admiré votre attitude ;

le paysage où vous vivez, simplement, me l’expliquait. »

Sous mes fenêtres, des petites filles jouent à la balançoire, devant

une eau plate, couleur de ramier ; elles ressemblent à un battant de

cloche, mais une cloche dont la jupe ne serait pas de bronze.

 

Votre

PM.

 

P.-S. J’ai beaucoup d’urée. Je ne puis me restreindre, étant sobre,

ne dînant pas, ne fumant plus, mangeant peu. D’où vient ce poison ?

 

1. Bonaventure Des Périers (1510-1543), poète et conteur, auteur des Nouvelles Récréations et joyeux devis (1558). Il ne s’agit pas de préface mais de l’étude demandée à Paul Morand pour le Tableau de la littérature française, dans le volume allant de Rutebeuf à Descartes (Éd.

 

É

Gallimard, 1962, p. 204-212). Ce texte sera repris dans Monplaisir… en littérature, Éd. Gallimard, 1967, p. 29-37.

2. Publié en 1537 sous forme de dialogues, l’ouvrage avait été saisi et brûlé en place de Grève, pour libertinage et athéisme.

 

547 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

Vevey, 4 octobre 1959

 

Cher ami,

 

C’est à se demander comment vous pouvez avoir un jardin :

l’ombre empêche les plantes de pousser, et le soleil les brûle. Et dire

que la France passe pour un parc ! En France, il n’y a pas d’eau, sauf

la Garonne et le Rhône ; la Loire, c’est du sable ; quant à ce ruisselet

que je vois, en passant vers la Suisse, à Saint-Seine-l’Abbaye, nommé

Seine, ce n’est rien. Ici, tout est vert, comme s’il avait plu tous les

jours ; ma jument Guinguette galope, le trèfle entre les dents (je dois

me pencher, accroché à la crinière, comme un Cosaque Djinguite,

pour le lui arracher) ; il lui part des faisans sous les sabots, c’est

enivrant.

Ne manquez pas de relire les chroniques de Colette ; on voit

qu’elle a vécu parmi des journalistes : quelle vigueur dans l’attaque,

quelle souplesse dans la main, quelle aisance dans la conduite du

morceau, quelle grâce au trait final. Comment, dans l’atmosphère

méphitique d’un demi-siècle de répétitions générales, a-t-elle pu

garder intact ce goût de luzerne, de cèpe, et cet art de converser avec

chats et tourterelles ?

Vous avez vu les réactions au plan algérien ? (qui n’est qu’un plan

IV e République rhabillé en Croix de Lorraine). La politique de Gaulle

fait penser au 1 er livre de Pantagruel « avec ses faicts et prouesses

espouvantables ». Vous connaissez, à propos de joyeusetés, l’histoire de l’écolier interrogé ? « Qui a gagné la bataille de Rocroy, mon

petit ? » L’élève : « Heu… heu… heuh… » Le professeur : « Je vais

t’aider… C’est le Grand… le Grand… le Grand Con… » L’élève :

« C’est de Gaulle ! »

 

Votre

PM.

 

548 – JACQUES CHARDONNE À PAUL MORAND

 

4 octobre 1959

 

Cher ami,

 

Justement, hier, j’ai écrit à la Casa de Portugal, que l’on ne devait

pas compter sur moi à T.L.V 1. pour le paysage portugais, parce que je

n’y parais jamais, ni à la radio ; cela par principe, qui n’admet pas

d’exception.

Beau fixe ; cela fait un octobre un peu malade. Hier, déjeuner

intime chez Josette. Elle est bien. Ce qui est dur pour elle, ce sont les

soirées au théâtre, auprès d’un fauteuil vide. Son nouveau cuisinier,

jusqu’ici médiocre (je lui ai dit que c’était inadmissible et que je ne

reviendrai plus) a fait de grands progrès. C’est elle, la bonne

cuisinière.

Je vais me procurer Écrits de Paris.

Nimier est tout entier pris par Arts. Ce sera très bien, je crois. C’est

Opéra qui va renaître, avec presque les mêmes, à une autre étape de

leur vie. Je ne sais où vous étiez au temps d’Opéra. Il y avait là réunis, à

leur première heure, tous ceux qui se sont distingués depuis, de notre bord, échappant tous à Mauriac, qui s’est replié, après, dans la

politique.

Nous continuons à soupeser les bienfaits de Roscoff. Là-bas, je

respirais un concentré de vie. Au retour, légère fatigue. Il faut

attendre. Pour Camille, presque guérison d’une partie de ses

rhumatismes. Mais aussitôt de retour, névralgie à la tête, la nuit, rien

que la nuit ; étrange.

Déon m’écrit d’une auberge isolée, au bord du lac de Lugano.

Silence, solitude. Il sait voyager. Ils se sont arrêtés à Lausanne, vous

ont cherché à Vevey, vous étiez à Roscoff. On vous a vu fureter au

marché aux puces, au pas de chasseur.

Les romans que l’on m’adresse sont minables, sans exception.

Une exception peut-être, Les Fils de rois, le premier roman de Jacques

Serguine 2 (je ne connais pas l’auteur), Gallimard. Il y a une référence

aimable à Magie noire. Un joli style, il me semble.

Le fils de mon voisin, jeune et brillant tailleur, le bonheur même

dans cette famille, 10 ans, un ange, un être adorable, tué avant-hier,

par un éboulement de sable et de pierres, dans le beau jardin de son

père. Retour du père, le soir.

On peut supporter la vie ; mais y trouver la matière d’action de

grâces et d’adoration, cela me surpasse.

 

Votre

J.

 

P.-S. Ce qui se passe en Amérique (les grèves) me paraît sérieux.

Des grèves d’ouvriers riches, qui peuvent tenir longtemps, et pas pour

le salaire. L’Amérique a poussé, presque à son terme, le succès du

capitalisme. Elle approche du moment où le capitalisme fait

explosion. Ces ouvriers bien pourvus ne veulent pas du

communisme ; ils ont dépassé le stade. Pas d’État maître. Ils veulent le pouvoir dans leur entreprise. Ce serait une nouvelle féodalité

populaire d’anarchie. Jusqu’ici, le capitalisme comme le

communisme se sont établis sur un peuple pauvre, que l’on peut

tenir. Un peuple riche, et tout change.

Tout ce qui est du Colette « journalistique » (un journaliste qui

s’applique) est ravissant. Le meilleur de son œuvre, avec quelques

nouvelles.

Il faut lire Le Fanal bleu. Peut-être Ces plaisirs que l’on nomme… Je ne

sais s’ils sont chez Ferenczi, et s’il existe encore ; je crois. Tout libraire

vous renseignera. Les volumes de critique théâtrale (avant la guerre)

sont chez Flammarion, je crois.

Je n’ai jamais vu la femme de Mandiargues ; on dit qu’elle est

belle. C’est un couple bien.

Votre lettre du 3. Pour l’urée, il y a des remèdes. Cela se maîtrise

très vite. Reste à deviner la cause. Il faut y mettre du sien. J’ai idée que

vous allez un peu fort. Quand on a les souvenirs que vous avez, un

frein devient opportun. J’écrivais à Kléber : « Il met du vice dans la

vertu. » Je pensais à Roscoff. Vous trouvez des poisons là où on les

élimine. C’est que vous vous dépensez trop, je crois. C’est le faible des

forts. Leur force les fait éclater. Comme le capitalisme américain.

Phrase énigmatique pour moi : « Nadine me dit que Jean Jar… (je

n’ai pu lire le nom) lui a demandé des fonds pour Arts. » Cela doit

être antérieur à une réunion récente. La réunion où le propriétaire

d’Arts soutint la nouvelle formule : Nimier et tous ses amis, sans plus ;

et consent un découvert, à ses frais, de dix millions. Ils sont

tranquilles un an, dit Nimier. On verra après. Et s’ils font du bon

travail, on leur cherchera de l’argent. Ce que vous pourriez faire pour

eux, c’est de leur donner un petit texte. J’aime bien lire vos petits

textes !

Oui, Josette est venue à La Frette. Elle est dans une bonne phase.

Je l’engage à remplacer les amants par la littérature. Elle est faite

pour cela (la littérature).

Fauconnier, qui a 80 ans il est vrai, est retourné en Malaisie l’an

dernier. Au retour, forte urée, guérie en six mois. La cause évidente

(il mange peu, ne boit pas, ne fume pas) c’était un excès de dépenses

organiques, qu’il n’a pas senti.

 

1. Télévision portugaise.

2. Éd. Gallimard, 1959.

 

549 – JACQUES CHARDONNE À PAUL MORAND

 

6 octobre 1959

Cher ami,

 

Je reçois une revue (qui vient de m’être adressée) nommée Les

Essais (paraît tous les deux mois), énorme, luxueuse, et que sans

doute personne ne connaît. On y trouve Paulhan bien sûr, Sérant, et

divers, peu connus de moi. Il y a six pages sur vous de Paul Sérant ;

sur votre cas (Académie), dans une bonne intention. Je les conserve ;

elles me seront utiles. Je suppose que la revue vous est adressée

comme à moi.

Bien de votre avis pour Colette. Les livres dont vous parlez (je vous

signalais Le Fanal bleu), le chroniqueur, le journaliste, qui sont sa vraie

gloire, sont peu connus. Sa renommée, et même sa popularité est

venue de mauvais romans. Quelques nouvelles sont parfaites. Comme

roman, Le Blé en herbe, c’était bien.

J’ai un jardin en fleurs (et même qui fut luxuriant) comme la ville

de Paris a des massifs. Il faut choisir les fleurs et les arroser.

Les régions fameuses de France sont des déserts : Provence, Baux,

Auvergne…

Dans la toute fin de sa vie, Colette s’est trop appliquée en écrivant.

Danger de l’âge ; on en veut trop. Peut-être peut-on lui reprocher

d’avoir fait trop la « paysanne » qu’elle n’était pas, en somme. Elle

savait bien que c’était « sa corde » ; elle en jouait.

Je vous disais que Nimier était tout occupé par Arts. Le danger

Express est écarté. Arts pourra tenir assez longtemps. S’il faut, plus

tard, un peu de soutien financier, ce sera peu de chose.

Immense différence entre un journal qui existe, qui a déjà un

public de 30 à 40 mille (peut-être davantage), qu’il s’agit seulement

d’étendre un peu, de mieux gérer, et un journal ou revue, partant de

rien, que l’on fonde, et qui doit trouver tout son public. Alors on

engloutit, pour rien, et assez vite, les millions par centaines.

 

Votre

JC.

 

550 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

Vevey, 7 octobre 1959

 

Cher ami,

 

« 10 millions de Bengalis sont victimes des inondations » dit la

Radio ; « il faut les laisser mourir, la nature sait ce qu’elle fait »

réplique Hélène. La sécheresse continue en France et le légume,

paraît-il, y vaut de l’or. Rien de pareil ici ; tout est vert ; la seule sécheresse, c’est ma vieillesse. Comme dit Montaigne résumant sa vie :

« J’en ai vu l’herbe et les fleurs et le fruit et en vois la sécheresse. »

C’est un fait physiologique que le corps des vieux manque d’eau. Mon

cardiologue (vu hier, et qui n’a rien trouvé d’anormal, m’a

recommandé… de la Contrexéville !) Quoi que vous en disiez, il n’y a

pas de remèdes contre l’urée, qu’une vie saine et sobre, la mienne. Je

suis sensible au soin que vous prenez de ma santé, par votre lettre

reçue ce matin. Je crois seulement que vous vous faites de moi une

idée romantique. Je ne suis pas un Byron qui galope (ou conduit) à

tombeau ouvert. Je suis prudent, assez méthodique et petit-bourgeois.

Votre fatigue est celle des après-cure et le relâchement d’un climat

mou, après la tonicité de l’autre.

Je lis les deux romans que j’ai reçus : Les Filles de Jean Freustié

(Table ronde) et L’Écorce des pierres par le fils de Fernandez

(Dominique) chez Grasset. J’espère que Nimier me fera envoyer Les

Fils de rois.

Tout ce que vous dites de l’ouvrier yankee est vrai ; mais les USA,

pays des extrêmes, peuvent tomber dans la pauvreté rapidement ; se

méfier des ascensions fulgurantes ; son sol s’épuisera, quand la

Sibérie commencera à peine d’être exploitée. Je crois que les Russes

ont dépassé le stade de la conquête guerrière de l’univers. Le

pullulement de l’homme sur la planète n’avait aucun sens du temps

de Marx ; nous-mêmes avons cru que c’était pour dans un ou deux

siècles ; mais l’accélération démographique est telle que c’est pour

demain. Nous verrons, nous voyons, la congestion et le transport au

cerveau. C’est même pour aujourd’hui. La terre va être invivable. Il

n’y aura plus à manger pour tous. L’homme blanc (le démocrate

antiraciste, ne croyant pas à sa supériorité et y ayant ajouté le suicide

de deux guerres) va disparaître. Pour survivre, il faudra la caserne et

le rationnement, comme pendant les guerres. Et cela, seul le communisme peut l’organiser. Non plus russe et marxiste, mais

mondial ; le communisme du radeau de la Méduse.

Je me suis mal exprimé ou je n’ai pas relu ; c’est Jardin qui a dit à

Hélène que Nadine lui aurait demandé de réunir des capitaux pour

Arts. Mais Jardin est mythomane et touche-à-tout, et peut-être n’a-t-il

voulu que montrer qu’il est au courant de ce qui se fait à Paris,

comme tous ceux qui n’en sont pas.

Nous avons renoncé à l’Italie. Trop à faire ici. Nous arriverons vers

le 14 (rez-de-chaussée, hélas).

 

Votre

PM.

 

551 – JACQUES CHARDONNE À PAUL MORAND

 

8 octobre 1959

 

Cher ami,

 

En fait de sécheresse (la vôtre) je viens de lire, dans le train,

revenant de Paris deux pages sublimes de vous (L’Inde, dans Écrits de

Paris 1). Jamais vous n’avez eu pareil talent. C’est de joyaux de ce

genre qu’il faudrait composer votre livre « Variétés. » La matière ne

manque pas. J’ai rendu service à Écrits de Paris. Lu avec plaisir votre

« Florence » dans 2 La N.R.F . Ce n’est pas sublime comme le dernier

texte, mais cela m’épate tout de même. En achetant les Écrits de Paris,

je pensais trouver le Fabre-Luce. Mais c’est dans le mois dernier. Je

me le procurerai.

J’ai été à Paris, convoqué par Parinaud (Arts). On ne peut rien

refuser à des pauvres. Personne n’est payé dans l’administration du journal (d’où économie de deux millions par mois) ce qui permet de

« boucler », et c’est un gros travail. Il se peut que Nadine ait parlé à

Jardin, et si Jardin peut leur apporter quelques fonds, il faut le laisser

faire.

Pour ma part, j’ai payé de ma personne et je suis allé à une

confrontation. Un débat. Un journal doit-il se passer de politique ? Ce

qui frappe chez Parinaud (en réalité, je crois, un brave homme, et qui

a eu beaucoup de dévouement pour vous) c’est une ignorance

absolue de toute littérature. Il n’a rien lu, absolument rien, ce qui lui

donne, à son poste, beaucoup de liberté.

J’ai dit des choses si noires, qu’il n’est pas question de les

reproduire. J’ai dit que l’avenir ne m’intéressait pas plus que la lune ;

que je ne voulais rien dire à ce sujet, parce que je crains que les Dieux

ne m’écoutent, ayant toujours vu jusqu’ici, et depuis 60 ans, arriver le

pire de ce que j’avais prévu. J’ai cité la prédiction que vous attribuez à

Cazotte : il ne reste que des choses.

Je me figure que l’Amérique a beaucoup épaté K. ; et, justement,

il a dû se dire : ce n’est pas durable cette fête. Bientôt ce sera mon

heure, car je représente les pauvres, et je sais comment cela se manie.

Cela sera. Mais nous ne le verrons pas.

Il y avait Boutang à cette réunion (sympathique) et Cayatte 3

(cinéma : 4 Nous sommes tous des assassins). Des bavards, ces gens de

cinéma ; ils se rattrapent.

Ne lisez pas 5 Les Filles , ni surtout le pâle roman de Fernandez.

Mais il faut lire absolument Les Fils de rois, en passant vite sur les 10

premières pages (fâcheuses). L’auteur avait 20 ans quand il a écrit ce

livre. Plus de talent encore que Giraudoux à son aube ; incroyable

sûreté du style dans la poésie, et la discrète fantaisie.

 

À vous

J.

P.-S. Fauconnier maîtrise son urée et il a 20 ans de colonie, et il est

vieux. Ce sera vite fait chez vous.

 

1. Paul Morand, « Misère indienne », Écrits de Paris, octobre 1959, p. 111-112.

2 er . Paul Morand, « Florence », La Nouvelle Revue française , 1 octobre 1959, p. 738-741.

3. André Cayatte (1909-1989), avocat devenu journaliste, puis metteur en scène et réalisateur de films.

4. Film réalisé en 1952, avec, dans les principaux rôles, Mouloudji, Raymond Pellegrin et Louis Seigner.

5. Dominique Fernandez, L’Écorce des pierres, Éd. Grasset, collection « La Galerie », 1959.

 

552 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE

 

Vevey, 9 octobre 1959

 

Cher ami,

 

Arts , nouvelle formule, est très agréable, jeune, piaffant. Comment

cela va-t-il se concilier avec la cuisine des marchands de tableaux, des

antiquaires, etc…, je l’ignore. Je fais un article pour Nimier sur les

méfaits du travail ; thème : le travail a tué bien plus d’écrivains que la

paresse.

Pour la Littérature de la N.R.F., je finis Bonaventure des Périers.

J’aime travailler sur commande. Le Sérant (j’ai reçu Les Essais, merci)

est très sympathique, je le remercie, mais j’aurais attendu qu’il dise

autre chose que ce qu’on dit généralement sur mon affaire.

En voyage à Athènes, V. Radot déclarait : « Nous ne voulons pas de

Continuer : partie 7 sur 8