De Napoléon

André Suarès · Chapitre 11 sur 23

Pages du PDF

De Napoléon

Chapitre XVI

 

Sa politique était celle de la victoire. Dans le désastre, il n’était pas pris de court sur le champ de bataille ; mais il perdait pied pour négocier. Il lui fallait au moins le roi et le valet d’atout pour bien écarter.

 

XVII

 

Il regardait un homme comme un fait, toute passion comme un chiffre, toute action comme un nombre, toute vie enfin comme un signe entrant dans son arithmétique.

Les êtres vivants et les sentiments propres qui les animent ne sont, à ses yeux de comptable souverain, que les éléments de ses opérations. C’est lui qui multiplie, qui soustrait, qui divise selon les règles de sa volonté ; et tout finit toujours par une addition. Il faut que la caisse se fasse, et il y veille d’un soin inflexible. Voilà la toute-puissance de la raison. Et voici sa faiblesse : le sens du sentiment lui manque.

Il ne le nie même pas : il s’en sert, et s’en défie ; il l’évalue en titres, il l’estime en monnaie d’échange ; et il l’estime peu. Car, il est vrai, c’est la valeur la plus variable. Elle n’est pas assez sûre, pour l’Empereur de la valeur : il s’étonne de ces cours forcenés. Tant qu’il est là, il ne veut pas croire que cette valeur puisse réduire à rien toutes les autres. Maître de la France, il méconnaît la force qui la lui a donnée.