De Napoléon
Chapitre XXIX
Si… Le mot de la chance ! c’est l’étendard du jeu. Le mot qui flotte, le mot qui palpite, le mot qui tombe. Si… La conjonction de la volonté et du pouvoir, le nœud du fait à l’hypothèse, et du présent à l’avenir. Le mot qui revient sans cesse dans les propos de Napoléon : « Si… J’aurais pacifié tous les partis. J’aurais réconcilié les hommes et les siècles. J’aurais fait le bonheur de la France. J’aurais changé la face du monde. Si… Si… Si… »
Ce grand réaliste rêve par Moi et par Si, à l’infini. Et sans cesse, en tout, pour faire l’ordre, il lui faut changer la face du monde.
XXX
Quel autre moyen que la force ? Le grand artiste ne vit que pour posséder le monde, et le refaire à sa guise. Napoléon est le poète de l’action : la guerre est son art magnifique. Il pétrit la glaise humaine ; il modèle dans le vif de la masse chaude, dans la chair et la pourpre du sang.
XXXI
Il était fort causant, mais jamais sans dessein. Il fait parler les autres, pour apprendre ce qu’il veut savoir. Dès qu’il le sait, l’entretien n’est plus pour lui, ayant une opinion, qu’une escarmouche où il l’impose, et parfois un combat. Telle est la causerie à Ninive : un plaisir sans contradiction.