De Napoléon
Chapitre XXV
Quelques traits de sa morale, quelques nombres de son arithmétique.
Il dit lui-même que son nom signifie : le lion du désert. D’où tire-t-il ce sens-là ? Mais comme le nom lui va ! le désert étant de Carthage et le lion de Rome. Il aime le désert ; il en est profondément touché. Et la vie est sa proie : tout lui est proie. Il ne respire que pour le règne.
XXVI
L’homme du destin sera toujours l’homme du jeu. La politique est le hasard heureux ; et le grand homme qui gagne la partie fait croire aux vaincus qu’il a prévu tous les coups. Il parle du hasard asservi, quand il gagne ; et quand il perd, de la fatalité. Mais ces idées-là sont pour le peuple. Se parlant à lui-même, Napoléon invoque son étoile : et quand elle est bonne, il la fait luire aux yeux des soldats. Il est joueur comme Annibal. A tout moment, l’on sent qu’il ne croit pas plus à sa fortune qu’à rien autre. Mais non pas moins. Il croit au coup de dés ; et surtout qu’on peut toujours les piper, avec l’aide de la fortune, qui est le hasard complice. La fortune d’un conquérant est toujours soumise à quelques coups de dés extraordinaires. Lui-même, c’est son génie de les tenter. Le grand César n’a pas craint d’en faire l’aveu, parce qu’il avait tous les courages.