De Napoléon

André Suarès · Chapitre 22 sur 23

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De Napoléon

Chapitre XXXVII

 

Napoléon a le plus profond mépris des Bourbons : un mépris sans violence, comme on l’a des malades fanfarons, des mineurs, des imbéciles. Mépris légitime, si j’ose dire en riant. Et, à la vérité, les Bourbons ne se sont jamais lavés de ce mépris-là. Obscurément, le peuple les en accable. Le dernier terme du mépris qu’un peuple fait de ses rois : il les ignore, totalement.

Napoléon a tué les rois.

 

XXXVIII

 

L’homme de la valeur et du change le plus strict ne déteste rien tant que l’homme d’ironie : car l’ironie brouille toutes les valeurs et bouleverse les changes.

L’ironie est la fausse monnoie elle-même dans les jugements. Encore, la fausse monnoie est-elle connue par comparaison à la bonne. L’ironie est un faussaire plus subtil : elle altère le métal, au nom d’un droit supérieur, dans la main de ceux qui donnent et de ceux qui reçoivent ; elle confond les titres. Elle prête une valeur souveraine à ce qui n’en a peut-être aucune, ou médiocre. En s’y substituant, elle avilit le meilleur crédit du monde ; elle l’use, elle le défigure. Elle corrompt la signature. Le seing, qui valait de l’or en barres, ne vaut plus que du cuivre. L’ironie, enfin, démonétise les statères de Syracuse, pour en transférer, le prix, non pas à ce qui n’en a point, bien pis, à la valeur fictive, qui parfois est réelle, mais qui d’abord est perturbatrice, étant la valeur non connue. Et plus elle est inconnue, plus elle est ruineuse de toutes les habitudes. L’ironie est la fausse monnoie du roi. Elle est la négation de la valeur.