De Napoléon

André Suarès · Chapitre 12 sur 23

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De Napoléon

Chapitre XVIII

Telle est l’origine de ses erreurs les plus grossières, où il était forcé de persévérer. Avec le pape, un vieillard en prison, qu’il pensait réduire à la charge de chapelain. Avec le tsar Alexandre, qu’il croyait avoir séduit au point d’endormir son amour-propre, comme si l’amour-propre d’un jeune souverain ne sommeillait pas que d’un œil. Avec les tristes Habsbourg, qui peuvent bien avoir tout perdu dans le naufrage, mais à qui reste toujours la grosse lippe ; et elle se gonfle de rage, quand il leur faut mettre leur blonde fille dans le lit du capitaine ligure, qui sent l’ail et l’eau de cologne.

L’empereur pèse les provinces et les royaumes ; mais il n’a pas d’assez fines balances, pour peser les sentiments. Il n’y a pas d’états tenus à jour pour les passions, comme pour les régiments.

 

XVIII

 

Le triomphe de l’idée punique est sans doute le triomphe de la raison : à tout le moins, celui de la pensée antique.

On peut toujours ramener les espèces de la raison à des valeurs en quantité. Plus que jamais, ici, Napoléon est le fléau de la Révolution, battant le blé du monde. Car la Révolution est un essai à fonder le genre humain sur la raison et les valeurs de la raison. La raison souveraine ne considère que des nombres ; maîtresse absolue, elle est une table des valeurs toujours au courant. Elle n’omet, précisément, que la vie, les sentiments et les passions.

 

XIX