De Napoléon

André Suarès · Chapitre 3 sur 23

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De Napoléon

Chapitre II

 

Il est l’homme de la Révolution : il est donc l’homme du destin. Il accomplit l’œuvre énorme que la Révolution lui prépare. Il est pareil, avec sa grosse tête d’enfant boudeur, au marmot qui rassemble les morceaux du jeu. La Révolution lui a jeté en tas les pierres, les poutres neuves, et les débris ; il s’empare du chantier, et il bâtit la maison aux deux ailes de bourse et de caserne. Et des arcs de triomphe ouvrent toutes les avenues.

Bonhomme en famille, et faible même avec les siens, fidèle ami, il paraît sans cœur comme la Révolution. Parvenu comme celle, comme elle toute raison. D’ailleurs, se servant de la raison sans scrupules, il y asservit tout ce qui le gêne. Il pense : la raison, c’est moi. Et voilà les crimes de l’ordre et la raison d’État.

 

III

 

Ils disaient de lui : l’Usurpateur. Mais rien de plus fort ne peut être dit du conquérant, quand on refuse puérilement de lui donner son nom. Le pouvoir légitime ne doit, d’abord, sa tranquillité et son usage qu’à la faiblesse des hommes. Celui qui usurpe la puissance est celui qui la mérite, s’il la garde : il est l’homme seul qui a osé. Il n’y a rien de plus beau sous le ciel que l’homme qui ose. Celui-là qui est assez hardi pour fonder son droit sur sa puissance, celui-là du moins a plus que le pouvoir : il a l’autorité.