De Napoléon

André Suarès · Chapitre 13 sur 23

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De Napoléon

Chapitre XX

Dans la paix, Napoléon s’exerce à la guerre par l’implacable exercice de la raison. Il est admirable, comme un Étai fondé sur la raison, se gouverne par les maximes de la force. Sa loi est sans pitié.

 

XX

 

La connaissance de l’or et du pouvoir véritable dépend de la raison. Par la haine qu’on lui voit des voleurs domestiques, des parasites, de la concussion, on sent que le respect de l’or était dans Napoléon une habitude dominante. Nul n’aimait moins la fortune pour soi-même ; mais il avait pénétré le sens de l’or. Il n’aime pas l’or comme un avare. L’avare est l’esclave du signe. Napoléon, sous le signe, adhère au fait comme la pie-mère au cerveau. Il vénère l’or en conquérant. Le conquérant a sa façon de vénérer, qui est la possession jalouse. S’il avait pu, Napoléon eût été l’unique banquier de l’univers : il rêvait de détenir tout l’or et tout le crédit de la planète.

 

XXI

 

Napoléon, le premier depuis les grands politiques de Rome, a su que l’or est le signe de la force et l’outil de la puissance. Reste l’homme capable de les conquérir et de les manier. Le fer est le manche et le levier de l’or ; mais l’or est la pointe du fer, qui perce tout. Le fer disperse l’or, et l’or dissout le fer.

Aussi, Napoléon ne peut souffrir qu’on prévarique. Le moindre vol fait à l’État, il le punit comme une trahison. Le code est terrible contre les faux monnayeurs : n’est-ce pas le dernier mot de la raison, et son pouce baissé dans le cirque ?