Demain se dessine aujourd’hui

Véronique Maciejak · Chapitre 15 sur 42

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Demain se dessine aujourd’hui

Chapitre 10. Petit à petit l’oiseau fait son nid

Chapitre 10

Petit à petit l’oiseau fait son nid

 

Mercredi 16 octobre, 12 h 25

Deuxième clé : mieux comprendre ses émotions

— JE n’étais pas sûr de vous revoir.

— Pour être tout à fait honnête, je n’étais pas certaine de revenir.

— Comment allez-vous ?

— Mieux.

Je sens bien qu’Ethan n’ose pas me questionner sur ma mère et je lui en suis reconnaissante. Nous restons quelques instants silencieux avant que je n’ose me lancer :

— Vous aviez raison.

— À propos de quoi ?

— À propos de tout. De mon deuil, de mon déni et… des émotions que j’ai trop longtemps refoulées. Elles m’ont un peu explosé à la gure cette semaine. Je me sens aujourd’hui comme vidée.

— Vidée mais… libre ?

— Je l’espère. En tout cas, j’ai beaucoup pleuré. Si j’étais un canal, je serais à sec !

— Les larmes sont salutaires et réparent de nombreux maux.

Il sourit et me précise que les larmes de tristesse contiennent des toxines associées au stress. Elles libéreraient également des substances servant de calmants naturels. Je le crois aisément : je me sens en e et comme « shootée » après mes crises de cette semaine. Ethan m’assure que cet e et, une fois dissipé, me permettra de porter ma peine plus facilement.

— Vous ne m’en voulez pas ? s’enquit-il.

— Non, au contraire, j’aimerais même vous remercier. Je me rends compte que je vivotais depuis deux ans, m’enfermant dans mon travail aveuglément. Je ne sortais plus, comme si je me refusais tout droit aux plaisirs de la vie.

— Vous vous sentiez coupable ?

— Probablement. Je ne suis pourtant en rien responsable de la mort de ma mère, c’est très étrange.

— Non, pas du tout. C’est un sentiment courant lorsque l’on perd quelqu’un de proche. Sourire, prendre du plaisir, se passionner, aimer… sont des actions que l’on peine à entreprendre, comme si on n’avait pas le droit de les éprouver sans l’être aimé.

— On s’empêche d’être heureux ?

— Exactement, en s’in igeant une double peine.

— En ce qui me concerne je crois qu’on pourrait parler de triple peine. Pour éviter d’évoquer ma mère, je fuyais également mon père.

— Encore une fois, vous n’êtes pas la seule à fonctionner ainsi. Ne pas évoquer un problème tel qu’un deuil, un licenciement ou une rupture peut laisser penser qu’il n’existe pas. Durant un court instant, la vie nous semble alors plus supportable. « Sembler », seulement… car au fond de nous la réalité reste ancrée et nous meurtrit petit à petit. Parler de notre peine, même si cela est douloureux, est nécessaire pour s’en a ranchir.

— J’en suis maintenant pleinement consciente. Depuis deux ans, je vivais en apnée dans une vie en noir et blanc. Je respire aujourd’hui plus facilement.

— Il ne reste plus qu’à y remettre de la couleur, alors !

— J’en suis sur le chemin… Mais bon, Rome ne s’est pas faite en un jour.

— C’est tout à votre honneur de le reconnaître. Petit à petit, l’oiseau fait son nid.

— Je m’attendais à une meilleure citation de votre part, le taquiné-je.

— Quelque chose comme… « Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas » de Lao Tseu ?

— C’est nettement mieux ! D’ailleurs, à propos de voyage… Pourrions-nous poursuivre le nôtre ? Je pense être prête pour découvrir votre leçon sur le monde des émotions.

— Une leçon ? Voilà un bien grand mot, s’amuse Ethan. L’essentiel n’est pas ce que je dis, qui reste de la jolie théorie, mais ce que vous déciderez d’en faire après. Je peux vous o rir des clés mais libre à vous de choisir les portes que vous souhaitez ouvrir avec.

— Je reste maître de mon destin, donc ?

— Toujours.

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