Demain se dessine aujourd’hui

Véronique Maciejak · Chapitre 9 sur 42

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Demain se dessine aujourd’hui

Chapitre 4. Je m’affirme chaque jour davantage

Chapitre 4

Je m’a rme chaque jour davantage

 

Jeudi 19 septembre, 10 heures

C’EST FOU comme une simple rencontre avec un inconnu peut parfois vous troubler bien plus qu’une longue discussion avec l’un de vos proches.

Ce matin, j’e ectue quelques recherches sur Internet autour de la pensée positive. Je ne sais pas ce qui me prend mais j’ai envie d’y croire, ou au moins d’essayer, pour voir.

Je ré échis à la dernière situation qui m’a contrariée. Je n’ai pas à chercher loin : mon après-midi d’hier m’apparaît comme une évidence. Entre les réprimandes de D’Jonatane et le mépris du client à la scie ongulaire : j’ai été servie ! Si je ne peux pas changer les faits, puis-je au moins changer mon regard dessus ?

Ces échanges me permettent surtout de mettre en exergue mon incapacité à m’a rmer. C’est un réel problème dont j’aimerais me libérer. Voilà, c’est ça ! J’ai vraiment besoin de prendre davantage con ance en moi pour réussir à m’imposer face aux autres. Ma phrase « Coué » pour changer la donne sera donc : « Je m’a rme chaque jour davantage. »

Merci D’Jonatane et Monsieur-macho-qui-aime-pas-les- lles-au-bricolage ! Grâce à vous j’ai mis le doigt sur un problème qui me pèse et dont il faut que je m’a ranchisse.

Debout, face à mon miroir de salle de bains, je tente de répéter ce qui sera ma devise pour les prochains mois. Heureusement que personne ne m’entend, j’ai l’air ridicule ! Je ris nerveusement, en détournant le regard. P … Il faut que je sois un minimum convaincue, sinon ça ne fonctionnera pas. Allez, je recommence. Plus sérieusement cette fois-ci et avec l’envie d’y croire sincèrement. Je fronce les sourcils pour avoir l’air plus in exible et je hausse le ton :

— Je m’a rme chaque jour davantage, je m’a rme chaque jour davantage… JE M’AFFIRME CHAQUE JOUR DAVANTAGE !

Wahou, ça fait du bien ! Je recommencerai demain.

*

* *

Mardi 24 septembre, 15 h 30

Je ne sais pas si c’est le fait de répéter quotidiennement ma phrase « positive », mais force est de constater que je me sens (un peu) plus sûre de moi au magasin. J’essaie de changer de posture aussi, de me tenir plus droite et les épaules en arrière. M. Rémi m’a dit qu’il me trouvait « plus en forme », j’aime à croire que c’est un peu plus que ça. Ethan m’accompagne souvent dans mes pensées depuis notre rencontre.

Ce matin, Josy était contrariée par un petit vieux qui avait payé un gros caddie avec de la petite monnaie. Elle avait pris dix minutes pour tout recompter. Lorsqu’elle m’a lancé : « De toute façon c’est toujours pareil avec les retraités, ils paient tous en pièces ! », je me suis permis de recti er :

— La plupart des personnes âgées que tu rencontres à BricoRémi aiment payer en espèces, mais… pas toutes.

Comme elle me regardait avec des yeux ronds, je lui ai parlé des mots toxiques, de la méthode Coué et de pensées positives. Je lui ai retourné le cerveau à ma Josy ! Et forcément elle m’a demandé d’où je sortais ça. Elle savait qu’Ophélie n’y était pour rien vu qu’elle ne revient que dans une dizaine de jours. Du coup je lui ai tout raconté. Je ne sais pas si j’aurais dû car son état frôlait l’hystérie. Un mercredi, un banc, un inconnu… il n’en fallait pas davantage à la spécialiste des comédies romantiques pour imaginer la suite. Elle m’a dit que ce devait être l’homme de ma vie (avec un grand H s’il vous plaît !) et qu’il fallait absolument que je le revoie. J’ai eu beau lui expliquer que mon attirance était plus intellectuelle que physique, rien n’y a fait.

Sacrée Josiane.

En attendant, je pense toujours à Ethan. Viendra-t-il s’asseoir sur mon banc demain ? Je l’espère en tout cas.

*

* *

Mercredi 25 septembre, 12 h 25

Je retrouve Marcel après une semaine d’absence. Le ciel est d’un bleu azur et le soleil radieux. À quelques jours de l’automne, on se croirait en plein cœur de l’été. Chaussée de nu-pieds et d’un joli débardeur rayé, j’accueille avec un plaisir non dissimulé les rayons du soleil sur ma peau. Je ferme les yeux et souris, libérant ma chevelure d’un chignon bien trop serré. Moi qui suis d’un naturel plus que frileux, là, je n’ai rien à redire : je ne suis on ne peut plus à mon aise. Le réchau ement climatique a parfois ses bons côtés et j’avoue en pro ter sans trop de culpabilité. Est-ce mal ?

L’écologie est un sujet qui me tient à cœur mais je ne suis pas non plus une militante comme Fabienne, une autre che e de rayon. Écolo dans l’âme, elle nous sensibilise régulièrement aux gestes simples qui, à grande échelle, peuvent faire beaucoup.

J’admire les gens engagés comme Fabienne, je les envie même. Elle lutte contre le réchau ement climatique alors que moi… je milite pour qu’on ne confonde pas écrou et vis. J’aimerais bien apporter plus au monde mais… quoi ? Et surtout, comment ?

Je ne sais même pas pourquoi je ré échis à ça, là maintenant. Je me suis perdue dans mes pensées, comme d’habitude. C’est fou comme je peux m’éparpiller ! Petite, je fatiguais mes parents à passer d’un sujet à l’autre et aujourd’hui, c’est moi que j’épuise. On m’a dit un jour que j’avais un cerveau qui fonctionnait en arborescence : une idée, une image me font penser systématiquement à autre chose et ainsi de suite. Du coup, je papillonne régulièrement d’un thème à un autre sans raison linéaire logique. Je me perds souvent et les autres avec.

Cela me joue parfois des tours. Je me souviens notamment d’un cours de mathématiques en primaire. Je devais avoir six ou sept ans et le maître, M. Julien, nous racontait l’histoire de passagers sur un bateau. Il fallait simplement calculer le nombre de personnes restées à quai. Tous les enfants de la classe avaient rapidement trouvé la réponse, il s’agissait d’un calcul simple à un seul chi re. Ce n’était d’ailleurs pas vraiment un problème mais plutôt une devinette. En tout cas, en ce qui me concerne, j’étais partie très loin. Je me demandais sur quel type de bateau les passagers avaient embarqué : un voilier, un catamaran, un paquebot ? Comment ils étaient habillés, leurs âges, s’ils se connaissaient avant de partir en voyage… Que des questions sans aucun rapport avec l’énoncé ! Du coup, j’étais complètement larguée. Finalement la seule élève restée à quai ce jour-là, ce fut moi. Bref, tout ça pour dire que je pense beaucoup et que j’ai la fâcheuse tendance à m’éparpiller quand je raconte une histoire.

Allez, STOP. J’arrête.

Revenons à cette magni que journée de n d’été, à Marcel et à… Ethan. Si j’étais certaine qu’il viendrait je l’attendrais pour commencer mon déjeuner, mais dans le doute j’ouvre dès à présent mon Poke Bowl. Le gars qui m’a servie m’a rajouté des rondelles de concombre. Je déteste ça. Il faudrait que je pense à demander « sans » la prochaine fois. Je dis ça mais je sais pertinemment que je ne le ferai pas. C’est comme Josiane qui a rme qu’elle va reprendre un temps plein : des paroles en l’air. Ça paraît pourtant simple de dire : « Je voudrais sans concombre s’il vous plaît monsieur », mais c’est au-dessus de mes forces. Je sais, c’est étrange mais c’est ainsi : je suis la

lle qui n’ose jamais. Vous pouvez me faire patienter une demi-heure à un

rendez-vous sans que je vous fasse la moindre remarque. Je suis aussi la lle qui déclarera avec aplomb : « Oui, avec plaisir » pour le plat du jour conseillé par le serveur alors qu’elle mourait d’envie de goûter le risotto de la carte. Ça ne sort jamais.

En revanche, je rumine… J’essaie de me convaincre que ce n’est pas si grave mais bon, je m’agace quand même. C’est dingue d’être aussi neuneu. Bon pour les concombres, ce n’est e ectivement pas bien grave mais… quand même. Question de principe. Si Josy était là, elle se moquerait de moi. D’une part car je suis trop timide et d’autre part parce que je me prends trop la tête pour ça. Ça tourne en boucle dans mon cerveau. Vous allez sûrement vous moquer de moi mais il m’est déjà arrivé de préparer des phrases à l’avance pour réussir à dire non. La semaine dernière, par exemple, je me suis entraînée pendant dix minutes devant mon miroir pour répéter « Non merci, ce n’est pas la peine » avant mon rendez-vous chez le coi eur. La gérante, Marion, veut toujours – ce n’est pas un mot toxique, c’est vraiment le terme exact – me faire un soin aux cheveux qu’elle me facture sept euros et pour lequel je ne vois aucun béné ce. En plus, je lui ai acheté un pot de crème hyper cher pour réaliser des masques capillaires à la maison entre deux rendez-vous. À BricoRémi, l’ensemble de mes collègues s’accordent à dire que ma chevelure auburn est digne d’une pub télé où je le vaudrais bien. Donc, non, je n’ai absolument pas besoin d’un soin lorsque je me rends chez le coi eur pour couper mes pointes ! Eh bien, jeudi dernier, alors que j’avais la tête dans le bac et ma phrase de refus bien a ûtée, qu’est-ce qui s’est passé quand elle m’a demandé : « On leur fait un soin ? Ils en ont bien besoin vos cheveux ! » ? Je vous le donne dans le mille, j’ai répondu : « Ben… d’accord. » Josy était morte de rire quand je lui ai raconté ma mésaventure. Bref… je crois que j’ai vraiment bien trouvé ma phrase Coué !

La légère brise qui sou e dans le feuillage du saule pleureur protégeant Marcel me fait penser au son des vagues s’échouant sur la plage. Je décide de rester là, les yeux clos, en me laissant porter par ce son. Depuis ma rencontre avec Ethan, je savoure plus intensément les petits bonheurs que m’o re mon quotidien. Je dois reconnaître que, passé mon scepticisme, chercher le positif de chaque situation me fait vraiment du bien.

Au fait, j’ai retrouvé Attraction sur Marcel. Quelques feuilles de saule lui sont tombées dessus mais c’est tout. Ethan ne l’a donc pas pris. Ou alors il l’a pris puis redéposé, je ne sais pas. Peut-être est-il revenu le lendemain de notre rencontre en espérant me revoir ? J’ose en tout cas l’espérer.

Et aujourd’hui… viendra ou viendra pas ?

*

* *

13 h 20

Viendra pas.

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Vendredi 27 septembre, 14 h 30

Je n’ai commencé qu’à 11 heures ce matin et pourtant je suis déjà épuisée… Faut dire que je suis tombée sur Mme Odilon dès mon arrivée au magasin et ça, c’est rude. Elle avait ni ses achats mais Josiane l’a retenue en lui assurant que j’arrivais bientôt et que je serais ravie de la voir. Elle n’en rate pas une celle-là… Papoter est la passion n° 1 de Mme Odilon. De tout, de rien mais surtout d’elle. Depuis un an qu’elle fréquente le magasin, je connais toute sa vie : son mari, René, ses enfants Danièle et Bernard, ses crises de psoriasis, ses problèmes de thyroïde, ses disputes récurrentes avec Mme Laurent, sa voisine, qu’elle continue tout de même de fréquenter ou encore les tribulations de son chien Enzo qui sou re d’arthrose. Lorsque Mme Odilon commence à raconter sa vie, c’est un peu comme quand Philippe va aux toilettes : on n’en voit jamais la n. Ce matin, elle a tenu une heure sur son chien. Elle l’avait promené dans le village lorsqu’il a eu besoin… de faire ses besoins. Seul hic, Mme Odilon avait oublié d’emporter un petit sac en plastique pour ramasser sa création. Elle a donc pris un bâton et poussé discrètement l’objet du délit sur le bas-côté. Pas de chance pour elle, Pascal, le cantonnier du village, l’a repérée ! Il lui a re lé illico une amende. C’est qu’on ne plaisante pas avec les crottes de chien, à Barré-les-Douces. Le nouveau maire met tout en œuvre pour garder nos chemins de campagne propres. Il en avait même fait le slogan de sa campagne : « Déjection = pollution, pas de cacas sur nos traces de pas ! » Faut croire que ses rimes ont plu puisqu’il a été élu. Un collectif s’était tout de même créé au début de son mandat pour dénoncer ses méthodes de répression, baptisé « Touche pas à mon caca ». Les meilleurs publicistes habitent à Barré-les-Douces, c’est certain. Tout ça pour vous dire que Mme Odilon a tenu une heure sur les crottes de son chien et sur l’abus de pouvoir de Pascal. Elle m’a d’ailleurs a rmé avoir eu une poussée de psoriasis tant cette histoire l’avait contrariée. C’est qu’elle n’aime pas être mise en défaut, Mme Odilon. Moi non plus, remarquez : je garde toujours en travers mon retard de la semaine dernière avec D’Jonatane.

Quoi qu’il en soit, je suis rincée. Je compte bien pro ter de ma pause-déjeuner pour me reposer. La salle des employées est grande et lumineuse, M. Rémi nous a concocté un endroit plutôt sympa. On a même un grand canapé couleur bleu canard assez classe. De loin le sofa fait son e et, de près un peu moins. Il a fait son temps, dirons-nous. Il faut surtout éviter de s’asseoir sur le côté gauche, là où les ressorts ont rendu l’âme. Le dernier qui a essayé a dû être hélitreuillé pour se relever. Du côté droit, en revanche, ça passe plutôt pas mal, on est même très bien installé, il y a de la place pour deux, voire pour trois si on se serre un peu. Lorsqu’un intérimaire arrive et s’étonne de nous trouver collés serrés sur le côté droit, on se tait. Il se pose alors sur le côté gauche et… paf : il est englouti. On fait le coup à chaque fois, de vrais gamins !

Ceux qui ne pro tent pas du canapé se retrouvent autour de la table ronde encadrée de chaises disparates. L’intégralité du mobilier a été déniché par Fabienne. Notre écolo préférée ne jette rien et récupère régulièrement les objets laissés à l’abandon par ses voisins. Son garage est à lui seul une annexe de la déchetterie départementale. Vous y trouverez tout : de la roue de vélo aux vêtements d’enfants en passant par des tuyaux de plomberie, de vieilles étagères ou encore des tableaux indatables. Selon elle, tout objet a plusieurs vies. Tel Lavoisier, elle applique à la lettre l’adage : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Elle passe ses week-ends à organiser des journées de nettoyage dans la région, à aider au tri à la recyclerie ou bien encore à fouiller les bennes de la déchetterie (si, si, je vous jure). Chez BricoRémi tout le monde admire l’engagement de Fabienne même s’il est parfois… encombrant. Ce matin, par exemple, elle est arrivée avec plus d’une demi-heure de retard pour ramasser un énorme frigo américain découvert dans un fossé. Elle a stoppé la circulation jusqu’à ce qu’une âme charitable s’arrête pour l’aider à sortir cette vieille carcasse de la nature et la dépose au magasin. L’engin, immense, obsolète et abîmé trône maintenant èrement au beau milieu de notre salle de repos.

— Qu’est-ce qu’on va faire de ça ? me demande Josy, les mains sur les hanches.

— Fabienne a entrepris de le restaurer pour en faire une bibliothèque.

— Cette nana est folle.

— Follement géniale, précisé-je en rejoignant Josy sur le canapé. On pourra y entreposer tous les livres qu’on veut bien se prêter entre nous. C’est pratique et original. Fabienne va le customiser, je suis certaine qu’il va claquer.

— Tant qu’elle ne nous reparle pas de son lombri composteur en guise d’objet de déco, moi ça me va ! Bon, et sinon, comment va Mme Odilon ?

— T’abuses de me l’avoir envoyée…

— Cela faisait longtemps que tu ne l’avais pas vue, se justi e Josy pleine d’ironie. J’ai pensé qu’elle te manquait.

— J’ai pris un retard fou dans le placement des produits à cause d’elle.

— Ah non, recti e Josy, ça c’est à cause de toi. Tu n’avais qu’à pas la laisser parler.

— Mais elle ne fait jamais de pause ! objecté-je. C’est comme si elle retenait sa respiration pendant une heure pour être certaine de ne pas être interrompue. Elle est championne du monde d’apnée, ce n’est pas possible autrement. Elle est la dé nition type de la logorrhée verbale.

— Une logo quoi ?!

— Une logorrhée verbale, c’est un terme qui caractérise un besoin constant de parler.

— Attends, je me le note pour ressortir ça ce soir au dîner. Je vais épater mon Franky.

Josy sort son petit calepin rose de sa blouse. Elle y inscrit les bonnes blagues qu’elle a entendues, de nouvelles expressions, des citations célèbres ou encore des mots de vocabulaire « qui se la pètent » comme elle dit ; comme « logorrhée verbale ».

— Tu me fais rire, reprend-elle après m’avoir demandé trois fois d’épeler le mot « logorrhée ». Qu’est-ce que tu peux prendre des pincettes avec les gens ! Tu te compliques trop la vie. Si tu veux que Mme Odilon se taise, coupe-la dans son élan, tout simplement.

— En pleine phrase ? C’est chaud quand même.

— Mais non, question d’habitude. Je suis devenue experte en la matière avec l’âge. La prochaine fois qu’elle revient, je te la renvoie histoire que tu t’entraînes. Mais trêve de plaisanteries : passons au dossier du jour !

— Lequel ? m’étonné-je. Le fait qu’on fasse une super promo sur les décapeurs thermiques ? Tu veux que je t’en mette un de côté ?

— Je ne sais même pas à quoi ça sert ! me lance-t-elle en riant à gorge déployée. Mais je sais qu’ils partent comme des petits pains, j’en ai passé dix en caisse ce matin. Et non, nouillotte : je parle de ton bel inconnu du banc !

Ethan. J’ai beau essayer de ne plus penser à lui, je n’y arrive pas. J’aurais réellement aimé le revoir.

— Tu n’as rien écouté de ce que je t’ai dit hier. Il n’est pas venu mercredi. Il n’y a donc aucun « dossier ».

— Justement, j’ai peut-être trouvé une solution.

— Une solution pour quoi ?

— Pour que tu le retrouves, évidemment !

Josy me tend une feuille déchirée sur laquelle elle a écrit une prose.

« Je t’ai vu mercredi 18 septembre dans un coin reculé du parc Vascos à

l’heure du déjeuner. Sur un banc isolé, à l’ombre d’un saule pleureur, nous nous

sommes rencontrés pour mon plus grand bonheur. Tu m’as laissé ton prénom,

Ethan, mais je n’ai pu te donner le mien. Je ne m’appelle pas Océane mais

Chloé et je t’attendrai toute ma vie si besoin. Je crois qu’entre toi et moi, il peut

y avoir du toi + moi. J’ai craqué pour toi alors contacte-moi vite au … ».

Il me faut toute ma volonté pour ne pas partir dans un grand fou rire. Josy m’explique qu’elle a acheté un livre de rimes spécialement pour cette occasion. Son Franky a validé le texte en lui assurant qu’elle était aussi forte que Rambo. Je pense qu’il a voulu parler de Rimbaud mais, après ré exion, je n’en suis pas si certaine alors dans le doute, je ne recti e pas. Je suis tellement médusée que je ne sais pas quoi répondre. Face à ma moue indécise, Josy enchaîne :

— Je me suis dit qu’on pourrait placarder des a ches dans le parc, voire distribuer des yers dans les boîtes aux lettres aux alentours. Je demanderai aux gamins de m’aider, ça nous occupera ce dimanche. Pour le numéro de téléphone, j’hésitais, je laisse ton portable ou celui du magasin ?

— Aucun des deux ! objecté-je avec véhémence. Tu imagines tous les appels bizarres que je pourrais recevoir ?

— Tu préfères lui donner directement rendez-vous sur votre banc secret ?

— Je ne préfère rien du tout. Je te remercie pour ton implication et pour ce poème… singulier, mais non merci. Je ne souhaite rédiger aucune annonce pour retrouver Ethan.

— Pourtant j’ai passé un temps fou à rédiger ce texte. Franky était épaté et m’a dit que ça mériterait même un prix. J’ai même fait des rimes !

— Je crois que ma préférée est « Je ne m’appelle pas Océane » pour rimer avec Ethan.

— J’ai peut-être un don pour la poésie, se met à ré échir à haute voix Josy.

— Sûrement, lui assuré-je. Mais en attendant de pouvoir exploiter ce nouveau talent, mange vite ta soupe car on doit reprendre le boulot. Tu t’es préparé quoi ce midi ?

— Une soupe aux épinards, aux pommes, à la vache qui rit et au gingembre.

— OK…

— Je me suis dit que ça pouvait se tenter.

— Et alors ?

— Ça ne se tente pas.

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