Demain se dessine aujourd’hui

Véronique Maciejak · Chapitre 24 sur 42

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Demain se dessine aujourd’hui

Chapitre 19. Programme de remise en forme

Chapitre 19

 

Programme de remise en forme

 

Mercredi 6 novembre, 12 h 35

Cinquième clé : transformer un rêve en réalité

AUJOURD’HUI, pas de bon petit plat japonais : Okiwu est fermé pour cause d’inventaire. Je me suis contentée d’un sandwich que j’ai mangé en marchant. « Englouti » serait plus exact : j’avais une faim d’ogre. Il ne me reste que ma petite infusion pour me réchau er le cœur. Et les mains aussi. Il fait un froid glacial ce midi, l’hiver semble être arrivé avant l’heure. Après l’été qui perdure, voilà l’automne qui meurt trop tôt.

Ethan est en retard, ce n’est pas son habitude. J’espère qu’il viendra, d’autant plus que j’ai bien fait mes devoirs cette semaine. Déjà, j’ai parlé avec D’Jonatane en tête à tête (la présence d’Albertina ne compte pas, je ne l’ai même pas entendue respirer). Alors, soit, nous ne nous sommes pas raconté nos vies, mais l’air de rien nous en avons dit beaucoup en quelques mots.

J’ai également rempli la deuxième partie du contrat en ré échissant à des activités qui pourraient me faire du bien. Je regarde ma che mémo en attendant Ethan.

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Plongée dans ma lecture, je n’entends pas Ethan arriver et s’asseoir près de moi. Son « bonjour » murmuré en douceur me sort tranquillement de ma bulle :

— Vous êtes en retard, lancé-je instinctivement.

— C’est vrai, et je vous prie de m’en excuser.

— Faute avouée à moitié pardonnée. C’est juste que j’ai eu peur que vous ne veniez pas.

— Bravo, Chloé.

— Bravo pour quoi ?

— Vous venez d’exprimer vos sentiments.

Je ne m’en étais même pas rendu compte. C’est vrai qu’habituellement je ne fais pas remarquer aux gens qu’ils m’ont fait attendre. Je n’explique pas non plus ce que cette absence m’a fait ressentir. J’encaisse, c’est tout.

Je change sans m’en rendre compte… C’est chouette, ça ! Pas à pas, j’avance sur mon chemin.

Fière comme un paon, je montre ma che à Ethan qui me questionne sur quelques points, notamment sur le karaoké. Je ne l’ai jamais avoué à personne mais j’adore ça. Ma chanson préférée ? Richard Cocciante et son Coup de soleil . Je chante faux, terriblement faux mais je m’éclate. Plus jeune, mes parents m’avaient acheté un jeu de karaoké à brancher sur une télé. Je n’arrêtais pas de chanter toute seule dans ma chambre. Il faudrait que je retrouve ce jeu.

— Chanter est aussi un bon moyen d’évacuer son stress, m’apprend Ethan.

— Raison de plus pour que je m’y remette !

Concernant le rendez-vous chez le naturopathe, c’est Fabienne qui m’en a sou é l’idée. J’étais en train de surfer sur des sites pour trouver des recettes saines, équilibrées et rapides à faire quand on s’est mises à échanger sur le sujet. Comme j’étais complètement perdue et que je ne savais pas par où commencer, elle m’a conseillé d’aller consulter sa naturopathe. L’idée serait de faire un bilan sur ma façon de manger, de voir de quoi je sou re régulièrement, de s’intéresser à mon style de vie… a n d’adopter une alimentation en adéquation. Fabienne m’a convaincue, je vais prendre rendez-vous.

— Votre planning me semble parfait. Il ne tient maintenant qu’à vous de vous montrer rigoureuse en le mettant en application rapidement. Je pense aussi qu’il serait utile que vous marquiez des fréquences concernant certaines activités, comme le sport ou la marche. Ne vous surchargez pas trop surtout. Mieux vaut commencer doucement mais… sûrement. Les personnes perfectionnistes, encore plus que d’autres, ont tendance à faire passer leur bien-être après le travail ou leurs obligations familiales/personnelles. Résistez à la tentation ! Prenez-vous réellement en main et concrétisez rapidement toutes vos propositions en les inscrivant dans votre agenda comme des priorités.

Ethan insiste aussi sur mon assiduité. Selon lui, la clé du succès réside dans la régularité. Il est nécessaire que je me crée des petits rituels qui, à force de persévérance, deviendront des habitudes naturelles. Un peu de marche, un peu de sport, un peu de sorties… dispersées, sans contraintes, dans mon quotidien. Il me parle aussi d’applications gratuites proposant des méditations de courte durée. Je note l’idée. C’est vrai que fermer les yeux et tenter de me concentrer sur ma respiration, toute seule dans un coin en position de lotus, ne me paraît pas évident de prime abord. Si je suis « guidée » ce devrait être plus simple.

C’est bien beau de faire un planning mais encore faut-il le respecter ! Je me promets de prendre le temps, très vite, de tout mettre en œuvre. Ethan m’enseigne la théorie, à moi de passer à la pratique.

Cette mise au point faite, nous passons à la leçon du jour.

— Chloé, avez-vous des rêves ?

— Comme tout le monde.

— Pouvez-vous m’en citer un ?

— Hum… Laissez-moi ré échir… Gagner au loto, faire le tour du monde, avoir un corps de rêve, être aussi zen qu’un moine tibétain, devenir bilingue… ?

— La question est de savoir débusquer les vrais rêves des faux et de vous donner les moyens de transformer les vrais en objectif de vie.

— Des faux rêves… comme les émotions parasites ?

— C’est un peu ça. Les vrais rêves sont ceux qui comptent réellement et qui satisfont un besoin ancré en vous. Les faux restent des désirs qui n’ont nul autre but que de nous divertir l’esprit.

— Se divertir l’esprit c’est plutôt positif, non ?

— Tout à fait, tant que vous en êtes consciente. Cela devient dommageable lorsque vous prenez vos fantasmes pour des réalités inaccessibles et que vous jalousez ceux qui les obtiennent à votre place.

Je pense à Adrien tout à coup, toujours scotché à ses écrans à idolâtrer la vie des in uenceurs d’Instagram. Il perd un temps fou sur les réseaux sociaux en imaginant que leur quotidien est meilleur que le sien. Ce n’est pas un rêve mais une obsession dont il devient la victime.

— Prenons un exemple, poursuit Ethan. Gagner au loto… vrai ou faux rêve ?

— Je ne sais pas trop… vrai ?

— Quelles sont vos motivations ?

— Si je gagne au loto, je n’aurai plus à travailler et je pourrai voyager partout dans le monde.

— Vous pouvez très bien voyager dans le monde entier sans être millionnaire, m’assure Ethan. Si le frein est l’argent, de nombreuses solutions existent. Vous pouvez économiser en faisant du stop, loger chez l’habitant en vous inscrivant sur des sites de couchsur ng ou encore béné cier du gîte et du couvert gratuit grâce au woo ng. Vous pouvez aussi partir en mission humanitaire. Les stratégies sont multiples si votre véritable rêve est de voyager et que vous ne disposez pas des moyens nanciers su sants.

— OK… mais si je gagne au loto je ne serai plus obligée de travailler.

— Vous aimeriez réellement ne plus avoir aucune activité professionnelle ?

Ethan me pose un nombre incalculable de questions, jusqu’à me faire avouer que gagner au loto n’est nalement qu’un fantasme. Être plus riche ne me permettrait pas d’être plus épanouie. Il m’invite à me concentrer sur les besoins que l’accomplissement de mon rêve combleraient. Je ne suis pas encore certaine d’avoir compris toute la di érence entre un vrai et un faux rêve mais j’écoute, curieuse. J’essaierai de ré échir à ce qui compte vraiment pour moi plus tard.

— Une fois que vous aurez dé ni votre projet, il s’agira d’exprimer votre intention de manière positive, claire et précise. Le vrai rêve que vous voulez voir se réaliser doit être limpide et limité dans le temps.

— Par exemple : je veux perdre trois kilos en trois mois ? proposé-je en tentant de comprendre.

— C’est presque juste mais le terme « perdre » a une connotation trop négative. N’oubliez pas, Chloé, que chaque mot a un pouvoir. « Je veux retrouver un poids d’équilibre que je me xe à… » me semble plus opportun.

Je retiens le principe mais pas la phrase exacte car cet objectif ne m’intéresse pas : c’était juste une idée qui me passait par la tête en pensant à Josy qui aimerait mincir. Les régimes, très peu pour moi.

— Vous m’auriez posé la question la semaine dernière, expliqué-je, je vous aurais répondu sans hésiter : « Je veux que mon patron me donne le poste de directrice quand il partira sur Lyon. »

J’explique à Ethan les derniers événements et l’arrivée de Mathias.

— Ce rêve n’était pas un projet, conclut rapidement Ethan : c’était une attente, une exigence qui engageait une tierce personne, en l’occurrence votre patron. Un véritable rêve qui se transforme en objectif ne doit concerner les e orts que d’une seule personne : vous. Cela pourrait plutôt se formuler ainsi : « Je veux devenir directrice d’un magasin de bricolage avant mes trente-cinq ans. » Qu’en pensez-vous ?

Je me rends compte que cette ambition ne me convient pas vraiment : elle ne me met pas des étoiles dans les yeux ou des picotements dans le ventre. Si c’était un vrai rêve je devrais le ressentir dans mes tripes ; là, clairement, ce n’est pas le cas. J’aurais aimé obtenir le poste de directrice car je me suis beaucoup investie pour BricoRémi et je pensais être légitime aux yeux de mes collègues. C’était une suite logique de mon parcours professionnel, rien de plus. Plus les jours passent et plus je m’en rends compte.

Qu’est-ce qui vibre réellement au fond de moi ? Je dois avouer que je n’en sais rien. Ethan m’invite à prendre le temps d’y ré échir cette semaine.

— Votre rêve doit vous rendre heureuse. Vous devez, en vous imaginant avoir réussi à le réaliser, ressentir votre corps irradier de bonheur. Ce rêve devenu réel doit nourrir un ou plusieurs besoins en vous. Besoin d’accomplissement, de liberté, d’amusement, d’apprentissage, de créativité et que sais-je encore ! En n, ce rêve doit en valoir la chandelle comme on dit. Les avantages doivent être supérieurs aux inconvénients.

— Je ne vous suis plus…

— Lorsque l’on se met en quête de passer du rêve à la réalité, il faut être conscient des e orts à fournir. Vous parliez tout à l’heure de mincir. Reprenons cet exemple. Seriez-vous prête à vous priver de certains aliments et à pratiquer régulièrement un sport pour atteindre cet objectif ? Si la réponse est oui, ce rêve est « vrai », si la réponse est non alors il ne s’agit là que d’un fantasme à laisser de côté. La réalisation de tout objectif entraîne des compromis, des prises de risques et de la discipline. Rares sont les rêves qui se réalisent sans contrainte ou sans une goutte de sueur. Vous allez peut-être devoir faire des concessions ou des sacri ces pour atteindre votre but, donner de votre temps, de votre argent ou encore prendre des risques. La question est de savoir si ce que vous allez gagner reste supérieur à ce que vous allez perdre.

Je quitte Ethan avec un planning virtuel à rendre réel et un « véritable » rêve à trouver. Pas simple, mais… terriblement excitant !

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