Demain se dessine aujourd’hui
Chapitre 15. Personne n’est parfait et… c’est parfait comme ça !
Chapitre 15
Personne n’est parfait et…
c’est parfait comme ça !
Mercredi 30 octobre, 12 h 30
Quatrième clé : prendre soin de soi
— JE CROIS que j’ai identi é mon pro l ennéagramme, assuré-je à Ethan en enroulant mes nouilles udon autour de ma fourchette. En fait, j’en suis même certaine à présent. Je suis 1, la perfectionniste. J’ai hésité toute la semaine mais aujourd’hui cela m’apparaît comme une évidence : c’est comme si je le vivais dans mes tripes.
— C’est amusant que vous parliez de « tripes » car le pro l 1, tout comme les types 8 et 9, réagit en priorité avec son corps. Il ressent physiquement les événements avant toute chose.
Je n’aurais pas dû prendre des nouilles ce midi, je n’arrive pas à les manger proprement. En plus le vendeur a abusé sur la sauce et je m’en mets partout ! J’aurais bien noué ma serviette autour de mon cou mais je n’ose pas. J’ai passé l’âge de porter un bavoir en public… J’envie Ethan qui n’a pas ce genre de problème existentiel. Il n’apporte en e et jamais son repas lorsque nous nous voyons. Déjeune-t-il avant ? Après ? Si ça se trouve il mange comme un goret et préfère éviter de m’in iger ce carnage. Devrais-je jeûner moi aussi pour être plus sereine à ses côtés ? Impossible… Je ne tiendrais jamais la journée. Bon allez, j’arrête de me polluer l’esprit avec cette histoire et je me tapote délicatement la bouche. Je me pose trop de questions, comme d’habitude.
— Je pense aussi beaucoup, précisé-je en reprenant le l de la conversation. Je me fais des nœuds au cerveau pour tout.
À son petit sourire, je devine qu’il comprend que ça vient tout juste de m’arriver. Je rosis légèrement.
— Vous rappelez-vous lorsque je vous avais raconté que nous étions dotés de trois esprits indissociables tous aussi essentiels les uns que les autres ?
— Notre corps, notre cœur et notre mental ?
— Exactement, approuve Ethan. Eh bien, nous avons tous tendance à en privilégier deux. Pour vous ce serait le corps et le mental. Votre cœur, siège de vos émotions, reste donc votre point faible.
— Il est vrai que je n’ai jamais aimé parler de mes émotions. Mais ça y est, j’ai compris leur importance… grâce à vous !
Il sourit humblement, touché. Ça m’a demandé un sacré e ort de lui avouer ma gratitude, mais je suis contente de l’avoir fait.
— Pour en revenir à l’ennéagramme, je dois vous avouer que je suis un peu déçue. Le pro l 7, l’épicurien, semblait nettement plus fun. Ça m’aurait bien plu d’y correspondre !
— Aucune personnalité n’est meilleure qu’une autre, Chloé. Toutes ont leurs qualités et leurs défauts. L’essentiel est d’en être conscient pour ne pas sombrer dans l’excès. Le 7, pour reprendre votre exemple, fuit sa tristesse et celle des autres. Dans des situations extrêmes, comme la perte d’un être cher, il peut vouloir changer la situation, jouer au trublion quitte à en faire parfois « trop ». Or à certains moments de la vie, il faut savoir simplement accepter la sou rance.
J’acquiesce en ne comprenant que trop bien ce qu’Ethan sous-entend. Je ne remercierai jamais assez Josy d’avoir été présente pour accueillir ma peine lorsque je lui ai avoué le décès de ma mère. J’avais juste besoin d’être écoutée et soutenue, pas qu’on me raconte des blagues ou qu’on essaie de me changer les idées.
— Visualisez-vous la gure de l’ennéagramme ?
— Le cercle avec neuf points à équidistance ? Oui, je l’ai vu en cherchant des informations sur le Web.
— Imaginez que les points soient des maisons. Le 1 doit devenir votre port d’attache et non plus votre camp de retranchement. Vous devez apprendre à voyager tout autour de l’ennéagramme. Visualisez-vous comme un bateau qui vogue sur les ots de la vie et qui doit adapter ses voilures en fonction du vent.
— Jolie métaphore. En somme, si je vous suis, il s’agit encore d’une histoire d’équilibre à trouver ? Je suis 1 et le resterai mais il ne tient qu’à moi d’aller explorer d’autres mondes pour m’ouvrir davantage et renouer avec qui je suis vraiment. C’est bien ça ?
— Vous êtes une excellente élève. C’est tout à fait le message que je souhaitais vous faire passer.
Ethan m’invite à prendre du recul, à rire de mes travers, à développer de la bienveillance et de la douceur. Envers moi-même avant tout et, dans un second temps, vis-à-vis des autres. Le perfectionniste se donne pléthore d’injonctions : il faut/je dois/c’est obligé, exigeant considérablement de son entourage mais encore plus de sa personne. Il me suggère de lâcher prise, comme je commence à le faire avec les émotions.
— Votre corps a besoin de se détendre, votre mental de se reposer et votre cœur de s’ouvrir. Mangez mieux, bougez, sortez, accordez-vous du temps pour pro ter de la vie et surtout… riez ! C’est le meilleur remède que je conseille aux personnes de pro l 1. Vous n’avez pas à être parfaite pour que le monde vous apprécie, Chloé. Soyez simplement vous. Et… ce sera parfait comme ça.
Si je voulais être vraiment authentique, je commencerais par mettre ma serviette autour du cou… mais je n’ose pas encore. Comme quoi, j’ai encore du chemin !
— En tant que 1, poursuit Ethan, vous devez être une experte dans l’organisation ?
— En e et, j’aime que les choses soient claires.
— Servez-vous donc de cette qualité pour prendre soin de vous.
— Comment ça ?
— Listez plusieurs activités qui pourraient apaiser vos trois centres d’intelligence et plani ez-les dans votre quotidien.
Voilà qui semble dans mes cordes. Des listes, j’en fais des tas, tout le temps. Pourquoi ne pas les employer à embellir ma vie ? Motivée à bloc, j’évoque avec Ethan un autre aspect de ma personnalité qui m’irrite et sur lequel je ne vois pas comment agir : mon incapacité à dire non. Je ne sais pas si cette problématique est liée à mon pro l ennéagramme.
— Probablement. Le 1 n’aime pas susciter la colère chez l’autre, alors dire oui est souvent l’option la plus simple qui s’o re à lui. Les pro ls 2 et 9 ont aussi beaucoup de mal à refuser une demande. Après, il peut aussi s’agir d’une histoire d’éducation. Quoi qu’il en soit, dire non s’apprend.
— Comment ?
— Dire non à quelque chose, c’est nalement dire oui à autre chose
— Comme quoi ?
— Oui à votre santé, votre bien-être, votre repos, vos valeurs…
Je reprends l’exemple de ma coi euse car je n’arrive pas à voir où il veut en venir.
— En refusant ce soin, par exemple, vous pourriez dire oui à vos économies, me suggère spontanément Ethan. Combien gagneriez-vous ?
— Sept euros.
— Et que pourriez-vous vous o rir d’autre pour le même prix qui vous mette davantage en joie ?
Je ré échis un instant. Je sais ! Trois éclairs à la vanille dans la petite boulangerie d’à côté.
— Eh bien, la prochaine fois que votre coi euse essaiera de vous vendre quelque chose dont vous ne voulez pas, pensez à ces trois pâtisseries qui n’attendent que vous. Il devrait vous paraître plus simple de décliner sa proposition.
Je m’imagine une balance Roberval dans laquelle je mettrai d’un côté un soin pour cheveux et d’un autre trois de mes gâteaux préférés. Les sucreries l’emporteraient haut la main, c’est certain. Je grave cette image dans ma tête telle une antisèche en espérant que cela fonctionnera lorsque je reverrai Marion. En tout cas, l’idée me plaît assez.
— Encore une fois, Chloé, dire non, comme tout apprentissage, prend du temps. Plus vous vous entraînerez et plus ce sera facile pour vous.
Avant que nous nous séparions, Ethan me propose un dernier exercice pour la semaine. Il aimerait que je partage un temps, en tête à tête, avec le collègue pour lequel je ressens le moins d’a nités. Le visage de D’Jonatane m’apparaît immédiatement en gros plan. Je ne peux retenir une grimace.
— Quel serait mon intérêt à m’in iger un tel supplice ?
— S’ouvrir à soi-même, c’est aussi savoir s’ouvrir aux autres.
— Je m’ouvre auprès de mon amie Josy.
— Et je ne peux que vous encourager dans cette direction. Mais là, il s’agit de passer à l’étape supérieure. D’Jonatane, comme vous, a ses défauts mais aussi ses qualités. Trouvez-les. Vous pourriez être surprise dans le bon sens. Ne trouvez-vous pas ce dé excitant ?
Excitant ? Non. « Barbare » aurait été plus proche de mes pensées.
P … Je retourne à BricoRémi, la tête un peu ailleurs. Je me vois mal aborder D’Jonatane, que j’évite soigneusement depuis toujours, comme si de rien n’était : « Hé, salut D’Jonatane ! Un type avec qui je discute tous les mercredis sur un banc que je surnomme Marcel m’a demandé de passer du temps avec le collègue que j’appréciais le moins. Eh ben bingo, c’est tombé sur toi ! Alors, heureux ? » Le gars ne va rien comprendre. Pire : s’il accepte, je vais être obligée de me le coltiner, rien qu’y penser me le de l’urticaire. Ce n’est pas ce que j’appelle penser à mon bien-être !
En même temps, rien ne m’oblige à accepter l’exercice. Je suis libre, non ? Ethan propose et je dispose. Oui, mais… j’ai toujours été « excellente élève » et là, c’est un peu comme si Ethan me donnait des devoirs et que je décidais sciemment d’en sécher un. Ça me met mal à l’aise… Dilemme.
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