Demain se dessine aujourd’hui

Véronique Maciejak · Chapitre 7 sur 42

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Demain se dessine aujourd’hui

Chapitre 2. Quand les mots deviennent des maux

Chapitre 2

Quand les mots deviennent des maux

 

12 h 35

QUEL EST ce vacarme que j’entends en franchissant les portes du parc ? Arrivée près de la fontaine, il ne me faut pas plus de quelques secondes pour comprendre le drame qui se joue devant moi.

Des enfants.

Un milliard d’enfants.

Trois centres aérés des villages environnants ont décidé de déjeuner dans le parc. À leurs cris, je comprends qu’ils vont ensuite participer à une grande chasse au trésor. Ici même. Les gamins sont surexcités et les animateurs déjà à bout de patience. Ça crie, ça court… et moi j’observe la scène, médusée, mon Buddha Bowl à la main. Je me demande si discuter avec D’Jonatane n’aurait pas été plus supportable.

Ne pouvant rester au bord de la fontaine devenue le repaire de lutins survoltés, je me résous à chercher une planque. Je me dirige du côté de la roseraie, espérant que les animateurs choisiront d’éviter les épines pour disséminer leurs indices. Contournant un petit kiosque, j’aperçois un coteau dissimulé derrière un cerisier japonais. La pente est un peu abrupte et le chemin sombre. Je me dis que les animateurs n’auront pas été assez vicieux pour envoyer les gamins se promener seuls par ici. Quoique… Le chemin débouche sur un immense saule pleureur abritant un vieux banc en fer forgé. Rouillé mais joli. Une chose est sûre : personne ne me trouvera jamais ici. Luxe absolu, je vois tout sans être vue : les branches du saule jouent le rôle d’une vitre sans tain. La fontaine est en dessous de moi, quelques dizaines de mètres en contrebas. J’observe des petits gilets jaunes s’agiter dans tous les sens, contrastant avec le calme absolu de ma cachette. Je me sens sereine. Une vraie bou ée de liberté.

J’ai l’impression de pouvoir être moi-même, comme une parenthèse dans mon éternel rôle de marionnette au sourire gé. Ce banc rouillé, isolé de tout, invite à la con dence… J’ai envie de l’appeler Marcel. Mon arrière-grand-père s’appelait ainsi et il était comme lui : vieux, rouillé mais paisible. Je ferme les yeux et j’écoute le chant des oiseaux, mon dos appuyé sur le métal froid. J’essaie de ne penser qu’au présent, à cet instant de paix qui m’est o ert. Ça faisait si longtemps.

Lorsque j’ai ni mon repas, je sors le roman que m’a prêté Josy. D’habitude j’échange mes lectures avec Ophélie, qui travaille en tant qu’intérimaire au magasin. Nous a ectionnons toutes les deux la littérature anglaise fantastique, Harry Potter ayant, bien évidemment, nos faveurs. Ophélie étant en vacances cette semaine ma Josy a tenu à me prêter un de ses bouquins, « un petit bijou », m’a-t-elle assurée en le glissant dans mon sac. Elle a tellement insisté que je n’ai pas osé refuser. Le titre laisse peu de place à l’interprétation : Attraction de Jackie Ashenden. J’ouvre le livre et je m’aperçois que le roman classé « sexy » est édité chez Harlequin. J’ai beau apprécier Josiane et respecter ses goûts, je ne me sens pas prête à lire son roman. « Ce petit bijou », comme elle dit, restera dans mon sac aujourd’hui.

Désœuvrée, je m’adonne à ma seconde activité préférée : observer les passants. J’imagine la vie des gens : je parle à haute voix, je fais des imitations et je ris intérieurement. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé faire ça. Petite, quand je venais au parc, je pouvais rester des heures, assise sur un banc, à regarder les autres enfants jouer. Je ne m’ennuyais jamais, perdue dans mon monde intérieur. Les gamins du village me trouvaient bizarre alors j’ai ni par arrêter, du moins en public. Mon imagination reste toujours un terreau fertile et inventer des histoires, l’une de mes plus grandes satisfactions (au même titre qu’un rayon de bricolage bien ordonné).

Mon petit capuchon de thé à la menthe entre les mains, bien calée sur Marcel, mon auditoire forcé, je cherche une proie… Trouvée !

— Tiens, Marcel, tu vois la nana qui court avec son oreillette de téléphone vissée à l’oreille près du kiosque ? Ses baskets sont toutes neuves et son chignon trop strict. C’est louche… Je pense que c’est la première fois de l’année qu’elle essaie de courir. Je te parie que dans dix minutes, elle crache ses poumons.

Et en e et, dix minutes plus tard, la grande blonde s’a ale sur un banc, les joues rouge écarlate.

— Bingo ! J’ai gagné. Et maintenant… Tiens, regarde ce petit gars en costume gris qui s’essuie le front avec un mouchoir. Ah, euh… non, maintenant il se mouche avec. Après le double e et Kiss Cool, le double emploi du Kleenex, malin. Tu le vois ?

— Oui, très bien.

Merde alors ! Qui m’a répondu ?

Je reste gée un instant sans oser bouger. Retenant mon sou e, je me retourne lentement.

Un homme se tient derrière moi, à quelques pas de Marcel. Il m’a fait une de ces peurs ! J’ai horreur de me faire surprendre. Tout en tentant de calmer les battements de mon cœur, je dévisage le nouveau venu. Discrètement, hein, je ne lui fais pas un scan de haut en bas non plus, ce n’est pas mon genre. Il n’a pas l’air méchant. Ses cheveux bruns en bataille entourent un visage angélique avec deux grands yeux sombres, très sombres d’ailleurs. Je crois n’avoir jamais vu un tel regard. Il n’est pas très grand et a un ventre bedonnant. Trop de bière ou pas assez de sport, voire les deux. Il devait être séduisant plus jeune mais là, un peu trop vieux pour moi : trente-cinq, quarante ans ? Ses rides prononcées sur le front lui confèrent un air doux empreint de sagesse. Il porte une chemise en lin blanche et un pantalon clair. Simple et classe à la fois. Il tient un livre entre les mains.

Il me sourit d’un air penaud.

— Bonjour…

— Bonjour.

Je lui réponds assez froidement, sur mes gardes.

— J’espère que je ne vous ai pas e rayée ?

— Non.

Ben si, en fait, mais je n’ai pas envie de le lui avouer.

— Je vous ai entendue parler de cet homme près de la fontaine. Je l’avais remarqué aussi. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu envie de participer à votre conversation. Je vous prie de m’excuser. Je ne pensais pas que vous m’entendriez.

Raté, je ne suis pas sourde. Devant son air contrit, je me radoucis. Il se triture les mains avec l’air de ne plus savoir où se mettre. Je rougis à mon tour, consciente de le mettre mal à l’aise. Après tout, il cherchait juste à engager la conversation.

— Excuses acceptées, dis-je avec un sourire un peu forcé.

Je ne relance pas la conversation, pressée de retrouver ma solitude. Il est déjà 12 h 55 et je dois être de retour au magasin dans peu de temps.

— Puis-je m’asseoir sur votre banc ? continue-t-il. J’avoue que cet endroit me plaît beaucoup. On a une vue imprenable sur le parc tout en étant au calme, je viens ici régulièrement.

— Euh…

— Merci.

Eh ben voilà, il s’est installé ! J’ai l’impression de me retrouver dans la salle d’attente du dentiste. Je suis seule, tranquille, assise sur l’une des dix chaises de la pièce quand arrive un autre patient qui décide de se mettre sur le fauteuil juste à côté du mien. La logique voudrait pourtant qu’il opte pour la place la plus éloignée, non ? En tout cas, moi, c’est ce que je fais. Question de territoire, de limite, je ne sais pas moi… Il doit bien y avoir une trentaine de bancs dans le parc, pourquoi s’assoit-il sur le mien ?! En même temps, j’ai bien conscience que je ne peux pas empêcher cet inconnu de s’asseoir sur Marcel. C’est mon banc, certes, mais nous sommes dans un lieu public. Peut-être que si je me plonge dans mon livre il comprendra que je n’ai pas envie de discuter ?

— À mon avis, il vient de lui avouer qu’il la trompait…

Autant pour ma tranquillité. Je ne réponds pas, mais tends l’oreille malgré moi.

— Je pense qu’il veut rompre, chuchote l’inconnu en inclinant sa tête légèrement vers la mienne. Il lui explique comment il est tombé fou amoureux d’une autre. Il donne un peu trop de détails sur son idylle naissante, d’où la colère de Tatiana.

Du doigt, il désigne un couple près de la fontaine. En un éclair, je comprends qu’il s’essaie à mon jeu de devinettes.

— Pas « Tatiana », rétorqué-je spontanément.

Tatiana c’est vraiment une mauvaise idée de prénom. Une « Tatiana » c’est grand, blond avec d’immenses yeux bleus et des jambes à la Adriana Karembeu. Tout le contraire de cette jeune lle.

— Ah ? reprend l’homme, un peu surpris. Comment, alors ?

— Véronique, Sandrine… ou Vanessa à la rigueur.

Voilà que je me prends au jeu, j’ai même décroisé les jambes sans m’en rendre compte. Je n’ai pourtant pas l’habitude de parler si facilement, excepté avec les clients du magasin. C’est juste que c’est la première fois que je rencontre quelqu’un qui semble autant s’amuser que moi à imaginer la vie des autres.

— À mon avis, c’est Vanessa qui a surpris Maxime avec sa nouvelle idylle, poursuis-je.

— Qu’est-ce qui vous fait croire ça ?

— Jamais un homme n’avouera à sa femme qu’il la quitte pour une autre. Il faut faire preuve de courage pour cela : tous les hommes en manquent.

Voyant son air blessé, je m’empresse de corriger :

— Peut-être pas tous.

— Sans vouloir vous importuner… vous devriez vous mé er des mots toxiques.

Je fronce les sourcils, piquée au vif par le reproche sous-jacent.

— Désolée si je vous ai blessé, mais je n’ai utilisé aucun terme délétère. C’était une façon de parler.

Il sourit avec douceur, comme pour désamorcer le con it. Il m’explique d’un ton docte :

— Les mots dits « toxiques » ou « poisons » sont des termes négatifs qui font d’un cas exceptionnel des généralités réductrices. En une phrase vous en avez déjà utilisé deux : « jamais » et « tous ». Il aurait été plus opportun de dire : « Il est rare qu’un homme avoue à sa femme qu’il la quitte pour une autre. Il faut faire preuve de courage pour cela et je pense que la plupart des hommes en manquent. »

OK… le mec est du genre à pinailler. Même M. Mouette, mon professeur de 4e à la rigidité extrême, n’était pas aussi pointilleux. Face à mon manque de réaction, l’inconnu se justi e :

— Les mots sont à l’origine de bien des maux. Pour moi, tout commence par là… J’avoue que j’ai à cœur d’essayer d’appliquer au mieux le premier accord toltèque : « Que votre parole soit impeccable. »

Les Quatre Accords toltèques, ça je connais ! Ophélie, qui aime autant le développement personnel que les sorciers à lunettes, m’a bassinée avec ça toute l’année dernière. Après avoir suivi je ne sais quelle conférence sur le bien-être, elle s’est passionnée pour l’ouvrage de Don Miguel Ruiz. Évidemment, elle me l’a prêté et je l’ai lu pour lui faire plaisir. Je me souviens machinalement des trois autres grands principes : « N’en faites jamais une a aire personnelle » , « Ne faites pas de suppositions » et « Faites de votre mieux ». Le livre, marqué par de nombreux cas concrets, m’avait intéressée, mais je n’étais pas allée plus loin.

— Je comprends votre désir de parler au plus juste et c’est tout à votre honneur, dis-je, quelque peu agacée. Maintenant, en ce qui me concerne, mon utilisation de mots « toxiques », comme vous dites, est simplement une habitude. Je sais pertinemment que tous les hommes ne sont pas lâches.

— Pour l’instant oui mais votre mental pourrait, à terme, vous persuader du contraire. Nos croyances s’établissent à partir de phrases ou de pensées d’apparence anodines qui, répétées plusieurs fois, nissent par s’ancrer en nous. L’utilisation des mots toxiques revient, à mon sens, à utiliser la méthode Coué à l’envers.

Quelle prise de tête pour un simple petit mot…

Légèrement irritée, je me renferme dans ma bulle. J’aimerais bien lui répliquer vertement qu’il n’a qu’à s’en aller si ma conversation ne lui convient pas mais je me retiens. Vexée… voilà, c’est le mot « juste » : je suis vexée. Personne ne m’a jamais reprise sur ma façon de parler, même pas Ophélie.

L’inconnu m’a déstabilisée et il le remarque :

— Je manque vraiment de manières… Toutes mes excuses, je vois bien que je vous ai heurtée. J’ai tendance à m’emballer quand on aborde un sujet qui me passionne.

Derrière sa timidité apparente, je retrouve la fougue d’Ophélie qui revient d’une conférence un peu plus sûre d’elle-même, ou qui brûle de débattre sur un outil qu’elle a découvert au l de ses nombreuses lectures. Je comprends qu’il ne cherche pas à me blesser. Peut-être qu’il n’a pas souvent l’occasion de discuter de ce genre de sujet ?

Un peu radoucie, et confuse de m’être sentie agressée, j’avoue du bout des lèvres :

— Je ne connais pas la méthode Coué, désolée.

Ragaillardi, il prend ça pour une invitation à poursuivre… et peut-être qu’il n’a pas tout à fait tort.

— C’est une technique d’autohypnose mise en place par feu le psychologue Émile Coué de la Châtaigneraie. Il proposait à ses patients de répéter régulièrement une phrase positive et optimiste pour aller mieux.

— Du genre : « Je vais bien, tout va bien » ?

— Oui, mais avec une formule un peu plus précise. « Je vais de mieux en mieux » ou « J’apprends à lâcher prise chaque jour un peu plus », par exemple.

— Et ça fonctionne ?

— Si le patient est régulier dans sa pratique et croit en lui, oui. Cette maxime est à répéter quotidiennement vingt fois de suite jusqu’à ce que l’inconscient admette cela comme une réalité audible. C’est ce que l’on nomme l’autosuggestion.

Entraînée par mes nombreux débats avec Ophélie, je ne résiste pas à me laisser embarquer dans cette conversation un peu surréaliste. Qui eût cru que je parlerais de « mots toxiques » et d’« autosuggestion » un mercredi midi, sur un banc baptisé Marcel ? Il y a certains moments dans la vie, des instants de grâce un peu spéciaux, où il faut savoir se laisser porter. Et tant pis si ça ne nous ressemble pas.

Laissant parler ma curiosité naturelle, je le relance :

— On nit par se persuader que c’est vrai et ça nit par le devenir, c’est ça ?

— Exactement. Un véritable cercle vertueux.

— Intéressant… Mais je reste quand même sceptique quant à la démarche.

— L’essentiel est d’abord d’y croire. Un placebo peut très bien vous guérir pour peu que vous vous persuadiez qu’il s’agisse d’un remède miracle.

Pas faux. L’inconnu continue sa tirade sur les mots toxiques par un parallèle avec la pensée positive. Quand Ophélie m’en avait parlé la première fois, j’en avais déduit qu’il s’agissait de voir la vie toujours en rose même quand elle était noire. À en croire mon voisin de banc, l’idée serait plus subtile qu’il n’y paraît : il faudrait se focaliser sur ce qui fonctionne sans pour autant omettre ce qui ne marche pas. L’objectif serait de di érencier ce qui peut être changé de ce qui ne peut pas l’être pour agir en conséquence. Il me donne l’exemple de la météo et des opportunités qui s’o rent à moi face à un aléa climatique :

— Vous aviez prévu de tondre votre pelouse et un orage, inattendu, éclate. Vous voilà contrariée. La pluie est là et vous ne pouvez rien y changer, m’explique l’homme, c’est un fait. Deux possibilités s’o rent à vous : soit vous décidez de râler toute la journée, soit vous choisissez d’agir face à la situation. Pourquoi ne pas en pro ter pour prendre du temps pour vous ? Ou pour faire du tri dans votre garage ? Voire aller déjeuner chez un ami que vous n’aviez pas vu depuis longtemps ? Le choix ne manque pas. D’une manière générale, la pensée positive nous propose de sortir de notre rôle de victime pour nous transformer en acteurs du changement. En n… c’est comme ça que je le perçois.

En écoutant ces explications je pense inévitablement à Amine, le vigile. Amine est très sympa, mais c’est un bougonneur de la première heure. Il fait trop chaud ou trop froid, il y a trop de monde au centre commercial ou au contraire pas assez… Le juste milieu, il ne connaît pas, Amine. Je l’écoute et lui réponds en lui souriant : « Eh oui ! La vie n’est pas facile », comme si nous étions tous des victimes, avant de poursuivre mon chemin.

Malgré moi, je me prends à ré échir aux paroles de cet étrange inconnu installé sur mon banc. Il n’y a rien de très nouveau dans ce qu’il dit, d’autant que j’ai souvent eu l’occasion d’en discuter avec Ophélie, mais il parvient davantage à susciter mon intérêt que ma collègue. Il a quelque chose de di érent, de plus… solaire. C’est dans sa façon de parler peut-être, très douce et convaincue à la fois… c’est presque envoûtant. Il m’entraîne dans un jeu de questions/réponses improbables auquel je me prête volontiers, à ma grande surprise.

— Imaginez une femme qui n’aimerait plus son mari mais qui ne voudrait pas le quitter pour des raisons nancières. Si elle dit : « Je ne peux pas quitter mon mari », c’est faux et toxique. Elle se positionne en martyre. Il serait plus juste d’a rmer : « Je choisis de rester avec mon mari pour garder un train de vie confortable. »

— Le résultat est le même, non ? Elle est coincée avec son mari…

— Au contraire, ça change tout ! La seconde phrase lui permet de prendre sa vie en main : elle a conscience que le fait de rester est un choix personnel et ré échi, sans se positionner en victime. Le fait de rester avec son mari n’est pas une fatalité mais bel et bien une volonté de sa part qu’elle assume après avoir pesé le pour et le contre.

— Intéressant… Mais que penser des femmes qui n’osent pas quitter un mari violent par peur des représailles ? « Je choisis de rester avec mon mari car j’ai peur de lui ? » Pas très positif, tout ça…

— En e et, il serait plus opportun de dire : « Je choisis de rester avec mon mari car je n’ai pas encore trouvé de solution pour assurer ma sécurité en le quittant. »

— Mouais…, dis-je, moyennement convaincue.

— Je n’ai pas dit que la pensée positive réglait tous les problèmes, simplement qu’elle nous o rait de meilleures croyances et de nouvelles perspectives. Ce qui est nalement déjà beaucoup…

— Oh, regardez ! m’écrié-je. Notre petit couple ! Ça y est, la gi e est partie !

Je me lève comme si j’allais faire une ola. Le gars va me prendre pour une hystérique, tant pis.

— Vous êtes pour la violence ? m’interroge-t-il.

— Non, je suis pour la justice réparatrice, précisé-je tout en me rasseyant. Je suis sûre que Vanessa se sent beaucoup mieux maintenant.

— M’est avis que si elle reste dans le coin, on la verra pleurer plutôt que rire. Elle aimait sûrement Maxime… La colère qu’elle laisse entrevoir n’est qu’une émotion-écran, ce qu’elle ressent au plus profond d’elle-même est une énorme peine.

Je ne peux m’empêcher de faire une moue dubitative.

— Vous parlez comme un livre, lui lancé-je, un brin provocatrice.

— C’est amusant que vous me disiez cela, car j’en ai écrit un dans une autre vie.

— …

Pourquoi ne pas répondre simplement : « J’ai été écrivain il y a quelques années » ? Le type n’a pas cent ans non plus. Je ne comprends pas les gens qui utilisent l’expression « dans une autre vie ». Je ne sais jamais quoi répondre. Si on y ré échit bien, c’est une phrase toxique, non ? Le gars s’est fait prendre à son propre jeu… Comme quoi, personne n’est parfait !

— Ethan, reprend-il doucement.

— Non, « Maxime », recti é-je en portant mon regard sur le jeune homme près de la fontaine.

— Il s’agit de mon prénom, précise l’inconnu, gêné. Je m’appelle Ethan.

— Ah… OK, acquiescé-je, quelque peu surprise.

— Et… vous ?

— Et moi… Oh… Merde ! m’exclamé-je en regardant ma montre. Je suis en retard !

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