Dictionnaire de la langue verte
Dictionnaire de la Langue Verte
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.
FAIRE LA GRANDE SOULASSE, v. a. Assassiner,—dans
l'argot des voleurs.
FAIRE LA GRASSE MATINÉE, v. a. Rester longtemps au
lit à dormir ou à rêvasser,—dans l'argot des
bourgeois, à qui leurs moyens permettent ce
luxe.
FAIRE LA MANCHE, v. a. Faire la quête,—dans l'argot
des saltimbanques.
FAIRE LA PLACE POUR LES PAVÉS A RESSORTS. Faire
semblant de chercher de l'ouvrage et prier le bon
Dieu de ne pas en trouver,—dans l'argot des
ouvriers, ennemis-nés des paresseux.
FAIRE LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS. Être le maître
quelque part; avoir une grande influence dans
une compagnie, dans un atelier. Argot des
bourgeois.
FAIRE LA RETAPE, v. a. Aller se promener sur le trottoir
des rues ou des boulevards, en toilette
tapageuse et voyante, bien retapée en un mot,
pour y faire la chasse à l'homme. Argot des filles
et des souteneurs.
FAIRE L'ARTICLE, v. a. Vanter sa marchandise,—dans
l'argot des marchands. Parler de ses titres
littéraires,—dans l'argot des gens de lettres.
Faire étalage de ses vices,—dans l'argot des
petites dames.
FAIRE LA SOURIS, v. n. Enlever délicatement et sans
bruit son argent à un homme au moment où il
doit y penser le moins,—dans l'argot des petites
dames qui ne craignent pas d'ajouter le vol au
vice.
FAIRE LA TORTUE. Jeûner,—dans l'argot des voleurs
et des faubouriens, qui font allusion à
l'abstinence volontaire ou forcée à laquelle
l'intéressant testudo est astreint pendant des
mois entiers.
FAIRE LA VIE, v. n. Se débaucher, courir les gueuses,
ou avoir de nombreux amants, selon le sexe,—
dans l'argot des bourgeois, qui pensent peut-être
que c'est plutôt défaire sa vie. FAIRE LE BON FOURRIER, v. n. C'est, dans un repas,
servir ou découper de façon à ne pas s'oublier
soi-même.
Faire le mauvais fourrier. Servir ou découper de façon à contenter tout le monde excepté soi-même.
FAIRE LE BOULEVARD, v. n. Se promener, en toilette
provocante et en tournure exagérée, sur les
boulevards élégants,—dans l'argot de Breda-
Street, qui est l'écurie d'où sortent chaque soir,
vers quatre heures, de si jolis pur-sang, miss
Arabella, miss Love, etc.
On dit aussi Faire la rue ou Faire le trottoir.
FAIRE LE CUL DE POULE, v. n. Faire la moue en
avançant les lèvres et en les pressant,—dans
l'argot du peuple.
FAIRE L'ÉCUREUIL. Faire une besogne inutile, marcher
sans avancer,—dans le même argot.
FAIRE L'ÉGARD. Détourner à son profit partie d'un vol.
On disait autrefois Ecarter,—ce qui est faire son écart.
FAIRE LE GRAND, v. a. Alvum deponere,—dans l'argot
des pensionnaires.
Elles disent aussi Faire le grand tour.
FAIRE LE LÉZARD, v. n. S'étendre au soleil et y dormir
ou y rêver,—dans l'argot des bohèmes et du
peuple.
FAIRE LE MOUCHOIR, v. a. Voler une idée de drame,
de vaudeville ou de roman,—dans l'argot des
gens de lettres.
FAIRE LE PETIT, v. a. Meiere;—dans l'argot des
pensionnaires.
Elles disent aussi Faire le petit tour.
FAIRE LE PLONGEON, v. a. Se confesser in extremis—
dans l'argot du peuple, qui a horreur de l'eau.
C'est le mot de Condorcet parlant des derniers moments d'Alembert: «Sans moi, dit-il, il faisait le plongeon.»
FAIRE L'ŒIL DE CARPE. Rouler les yeux de façon à
n'en montrer que le blanc,—dans l'argot des
petites dames, qui croient ainsi donner fort à
penser aux hommes.
FAIRE MAL. Faire pitié,—dans l'argot des faubouriens
et des filles, qui disent cela avec le plus grand
mépris possible. Ah!tu me fais mal! est d'une
éloquence à nulle autre pareille: on a tout dit
quand on a dit cela.
FAIRE MOURIR (S'en). Désirer ardemment une chose,
—dans l'argot du peuple.
S'emploie d'ordinaire comme formule de refus à une demande indiscrète ou exagérée: Ah! tu t'en ferais mourir! C'est le refrain d'une chanson récente qui a fait son tour de Paris comme le drapeau rouge, et qui est en train de faire son tour au monde comme le drapeau tricolore.
FAIRE NONNE. Prêter la main à un vol,—dans l'argot
des prisons.
FAIRE PASSER LE GOÛT DU PAIN. Tuer quelqu'un,—
dans l'argot du peuple.
On dit aussi Perdre le goût du pain, pour Mourir.
FAIRE PATROUILLE. Se débaucher de compagnie,
courir les rues après minuit avec des libertins et
des ivrognes.
FAIRE PEAU NEUVE. S'habiller à neuf.
FAIRE PÉTER LE CYLINDRE (S'en). Se dit, dans l'argot
des faubouriens, de toute chose faite avec excès, FAIRE SES CHOUX GRAS DE QUELQUE CHOSE. En faire
comme de manger, de boire, etc., et qui pourrait
faire éclater un homme,—c'est-à-dire le tuer.
On dit aussi S'en faire péter la sous-ventrière.
FAIRE PETITE CHAPELLE, v. n. Se chauffer comme ont
la pernicieuse habitude de le faire les femmes du
peuple, qui s'exposent ainsi à des maladies
variqueuses.
FAIRE PIEDS NEUFS, v. a. Accoucher d'un enfant,—
dans l'argot du peuple, qui se souvient, sans
l'avoir lu, du livre Ier, chap. VI, de Gargantua.
FAIRE PLEURER SON AVEUGLE. Meiere,—dans l'argot
des faubouriens.
FAIRE RAMASSER (Se). Se faire arrêter,—dans l'argot
des voleurs et des filles.
FAIRE SA BALLE, v. a. Suivre les instructions ou les
conseils de quelqu'un,—dans l'argot des prisons.
FAIRE SALUER LE POLICHINELLE. Réussir, faire mieux
que les autres,—dans l'argot des faubouriens.
C'est une allusion aux tirs à l'arbalète des fêtes
publiques, où, quand on met dans le mille, on voit
sortir et saluer une tête de Turc quelconque.
FAIRE SA SOPHIE, v. n. Se scandaliser à propos d'une
conversation un peu libre, montrer plus de
sagesse qu'il ne convient.
On dit aussi Faire sa poire, Faire sa merde, et Faire son étroite,—dans l'argot des voyous.
FAIRE SAUTER LA COUPE. Battre les cartes de façon à
toujours amener le roi,—dans l'argot des grecs.
FAIRE SAUTER LE SYSTÈME (Se), v. réfl. Se brûler la
cervelle,—dans l'argot des faubouriens.
ses délices, s'en arranger,—dans l'argot des
bourgeois.
FAIRE SES FRAIS, v. a. Emmener un homme du
Casino,—dans l'argot des petites dames, à qui
leur toilette de combat coûterait bien cher si elles
étaient forcées de la payer.
FAIRE SES FRAIS, v. a. Réussir à plaire à une jolie
femme un peu légère,—dans l'argot des libertins,
qui sèmeraient en vain leur esprit et leur
amabilité s'ils ne semaient en même temps
quelques gouttes de «boue jaune».
FAIRE SES ORGES, v. a. Faire des profits illicites,—
dans l'argot du peuple.
FAIRE SES PETITS PAQUETS, v. a. Être à l'agonie,—
dans l'argot des infirmiers, qui ont remarqué que
les malades ramassent leurs draps, les ramènent
vers eux instinctivement, à mesure que le froid de
la mort les gagne.
FAIRE SON CAMBRONNE. Cacare,—dans l'argot
dédaigneux des duchesses du faubourg Saint-
Germain, qui disent cela depuis l'apparition des
Misérables de Victor Hugo.
FAIRE SON DEUIL D'UNE CHOSE. La considérer comme
perdue, s'en passer,—dans l'argot du peuple.
FAIRE SON MICHAUD, v. a. Dormir,—dans le même
argot.
FAIRE SON TEMPS, v. a. Rester en prison ou au bagne
pendant un nombre déterminé de mois ou
d'années, à l'expiration duquel on est libre.
—Se dit aussi du Service militaire auquel on est astreint lorsqu'on est tombé à la conscription.
FAIRE SUER, v. a. Tuer.—dans l'argot des escarpes,
qui d'un coup de surin, procurent immédiatement
à un homme des sueurs de sang.
—Faire suer un chêne. Tuer un homme.
FAIRE TOMBER LE ROUGE. Avoir l'inconvénient de la
bouche—dans l'argot des comédiens, à qui
l'émotion inséparable donne souvent cette
infirmité passagère.
FAIRE UN DIEU DE SON VENTRE, v. a. Ne songer qu'à
bien manger et à bien boire,—dans l'argot des
bourgeois.
FAIRE UNE BELLE JAMBE. Ne servir à rien,—dans
l'argot du peuple, qui emploie cette expression
ironiquement et à propos de n'importe quoi. Ça
lui fait une belle jambe!
La «Belle Heaulmière» de François Villon disait dans le même sens: J'en suis bien plus grasse!
FAIRE UNE COMMISSION, v. a. Levare ventris onus,—
dans l'argot des bourgeoises.
FAIRE UNE COQUILLE DE BERGERAC, v. a. Se dit,—
dans l'argot des tailleurs, quand un ouvrier a fait
une pièce dont les pointes de collet ou de revers,
au lieu de se courber en dessous, relèvent le nez
en l'air et poignardent le ciel.
C'est une plaisanterie de Gascon, maintenant parisiennée.
FAIRE UNE ENTRÉE DE BALLET, v. a. Entrer quelque
part sans saluer,—dans l'argot des bourgeois,
amis des bienséances.
FAIRE UNE FEMME, v. n. Nouer une intrigue
amoureuse avec elle,—dans l'argot des
étudiants.
FAIRE UNE FIN, v. n. Se marier,—dans l'argot des
viveurs, qui finissent par où les gens rangés
commencent, et qui ont lieu de s'en repentir.
FAIRE UNE MOULURE, v. a. Levare ventris onus,—dans
l'argot des menuisiers.
FAIRE UNE TÊTE (Se). Se grimer d'une manière
caractéristique, suivant le type du personnage à
représenter. Argot des coulisses.
Got, Mounet-Sully, Paulin Ménier excellent dans cet art difficile.
FAIRE UN HOMME, v. n. Se faire emmener du bal par
un noble inconnu, coiffeur ou banquier. Argot des
petites dames.
FAIRE UN PLI (Ne pas). Aller tout seul,—dans l'argot
du peuple.
FAIRE UN TASSEMENT, v. a. Boire un verre de cognac
ou de madère au milieu d'un repas,—dans l'argot
des bohèmes.
On dit aussi Faire un trou.
FAIRE UN TROU A LA LUNE. Faire faillite, enlever la
caisse de son patron et se réfugier en Belgique.
Argot du peuple.
FAISANDER (Se), v. réfl. Vieillir,—dans l'argot des
faubouriens, qui ne se font aucun scrupule
d'assimiler l'homme au gibier.
Ils disent aussi S'avarier.
FAISANT, s. m. Camarade, copain,—dans l'argot du
collège, où l'on éprouve le besoin d'avoir un
second soi-même, un confident des premières
joies et des premières douleurs, un ami qui fasse
vos thèmes et de qui l'on fasse les billes et les
confitures.
FAISEUR, s. m. Type essentiellement parisien, à
double face comme Janus, moitié escroc et
moitié brasseur d'affaires, Mercadet en haut et
Robert Macaire en bas, justiciable de la police
correctionnelle ici et gibier de Clichy là—coquin
quand il échoue, et seulement audacieux quand il
réussit. Argot des bourgeois.
FAISEUR D'ŒIL, s. m. Lovelace qui jette l'hameçon de
son regard amorcé d'amour sur toutes les
femmes qu'il suppose appelées à y mordre.
L'expression est de Nestor Roqueplan.
FALOURDE, s. f. Le double-six,—dans l'argot des
joueurs de dominos.
On l'appelle aussi le Bateau à charbon et l'Ami.
FALOURDE ENGOURDIE, s. f. Cadavre,—dans l'argot
des voyous.
FAMEUX, s. m. Homme solide de bras et de cœur,—
dans l'argot du peuple.
FAMEUX, EUSE, adj. Excessif, énorme, dans le sens
péjoratif.
Un fameux paillard. Un paillard consommé.
Une fameuse bévue. Une bévue colossale.
Quelquefois aussi ce mot est employé dans le sens d'Excellent, en parlant des choses et des gens, et il n'est pas rare alors de l'entendre prononcer ainsi: P, h, a, pha, fameux! C'est le nec plus ultra de l'admiration populaire.
FANAL, s. m. La gorge,—dans l'argot des faubouriens. S'éclairer le fanal. Boire un verre de vin ou d'eau-de-vie.
On dit aussi Fanon, afin qu'aucune injure ne soit épargnée à l'homme par l'homme.
FANANDEL, s. m. Frère, ami, compagnon,—dans
l'argot des prisons.
Grands fanandels. Association de malfaiteurs de la haute pègre, formée en 1816, «à la suite d'une paix qui mettait tant d'existences en question», d'après Honoré de Balzac.
FANFAN, s. f. Jeune fille,—dans l'argot du peuple, qui
a parfois la parole caressante, s'il a la main rude.
Se dit aussi d'un enfant quelconque.
FANFAN BENOITON, s. m. Petit garçon de manières et
d'un langage au-dessus de son âge,—dans
l'argot des gens de lettres, par allusion au petit
personnage de la comédie de M. Victorien
Sardou (1865-1866). C'est le pendant de Fouyou.
FANFARER, v. n. et a. Faire des réclames à une pièce
ou à un livre, à une danseuse ou à un chien
savant,—dans l'argot des gens de lettres.
FANFE, s. f. Tabatière,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Fonfe.
FANFOUINER, v. n. Priser,—dans l'argot des voyous.
FANFOUINEUR, s. m. Priseur.
FANTAISIE, s. f. Caprice amoureux,—dans l'argot de
Breda-Street, où l'on est très fantaisiste.
FANTAISISME, s. m. Ecole littéraire antagoniste du
Réalisme. C'est le dévergondage à la quinzième
puissance, c'est l'extravagance chauffée à une
douzaine d'atmosphères. La littérature d'autrefois
a connu cette infirmité de l'esprit, cette maladie
de l'imagination, mais à l'état d'exception; la
littérature d'aujourd'hui a moins de santé, mais il
faut espérer qu'elle n'en mourra pas.
FANTAISISTE, s. et adj. Ecrivain pyrotechnicien, plus
fier de parler aux yeux que de s'adresser à
l'esprit, plus amoureux des fulgurants effets de
style que bon observateur des règles du bien
dire, et, comme tel, destiné à durer autant qu'un
feu d'artifice: fusées tombées, fusées mortes!
FANTASIA, s. t. Caprice, lubie, fantaisie,—dans l'argot
du peuple.
FARAUD, s. m. Monsieur,—dans l'argot des voleurs et
du peuple, qui ont remarqué que les messieurs
avaient assez ordinairement l'air fiérot.
A signifié aussi, à l'origine, souteneur de filles, comme le prouvent ces vers cités par Francisque Michel:
«Monsieur, faut vous déclarer
Que c'est une femme effrontée
Qui fit son homme assassiner
Par son faraud...»
Faire son faraud. Se donner des airs de gandin quand on est simple garçon tailleur, ou s'endimancher en bourgeois quand on est ouvrier.
FARAUDEC, s. f. Mademoiselle,—dans l'argot des
voleurs.
FARAUDÈNE, s. f. Madame,—dans l'argot des voleurs,
qui disaient autrefois faraude.
FARCE, adj. Amusant, grotesque,—dans l'argot du
peuple.
Chose farce. Chose amusante.
Homme farce. Homme grotesque.
Être farce. Avoir le caractère joyeux; être ridicule.
FARCE, s. f. Plaisanterie en paroles ou en action,—
dans l'argot du peuple, qui a été souvent la
victime de farces sérieuses de la part de farceurs
sinistres.
FARCES, s. f. pl. Actions plus ou moins
répréhensibles, justiciables de la Morale ou de la
Police correctionnelle.
Faire des farces. Faire des dupes; tromper des actionnaires par des dividendes fallacieux.
Avoir fait ses farces. Avoir eu beaucoup de maîtresses ou un grand nombre d'amants.
FARCEUR, s. m. Homme d'une moralité équivoque,
qui jongle avec les choses les plus sacrées et se
joue des sentiments les plus respectables;
débiteur qui restera toujours volontairement
insolvable; amant qui exploitera toujours la
crédulité—et la bourse—de ses maîtresses, etc.,
etc.
FARCEUSE, s. f. Femme ou fille qui ne prend au
sérieux rien ou personne, pas plus l'amour que la
vertu, pas plus les hommes que les femmes, et
qui se dit, comme Louis XV: «Après moi le
déluge!»
FARD, s. m. Mensonge, broderie ajoutée à un récit,—
dans l'argot du peuple.
Sans fard. De bonne foi.
FARD, s. m. Rougeur naturelle du visage.
Avoir un coup de fard. Rougir subitement, sous le coup d'une émotion ou de l'ébriété.
FARDER (Se), v. réfl. Se griser,—par allusion aux
rougeurs que l'ivresse amène sur le visage en
congestionnant le cerveau.
FAR-FAR, adv. Vite, promptement,—dans l'argot des
voleurs.
FARFOUILLER, v. n. Chercher quelque chose avec la
main, remuer tout pour le trouver. Argot du
peuple.
FARFOUILLEUR, adj. et s. Homme qui se plaît, comme
Tartufe, à s'approcher plus qu'il ne convient des
robes des femmes, afin de s'assurer que l'étoffe
en est moelleuse.
FARGUE, s. f. Charge, poids,—dans l'argot des
voleurs, qui doivent avoir emprunté cette
expression aux marins.
FARGUEMENT, s. m. Chargement.
FARGUER, v. a. Charger.
Signifie aussi Rougir.
FARGUEUR, s. m. Chargeur.
FARIBOLE, s. f. Farce, plaisanterie, gaminerie,—dans
l'argot du peuple.
Signifie aussi: Chose sans importance, objet de peu de valeur.
On disait autrefois et on dit encore quelquefois Falibourde.
FARINEUX, adj. Excellent, parfait,—dans l'argot des
faubouriens, pour qui il n'y a rien au-dessus du
pain, si ce n'est la brioche.
FATIGUE, s f. Le travail du bagne.
FATIGUER, v. n. et act. Salir un livre à force de le
consulter,—dans l'argot des relieurs.
FAUBOURIEN, s. m. Homme mal élevé, grossier, dans
l'argot des bourgeois, qui voudraient bien être un
peu plus respectés du peuple qu'ils ne le sont.
FAUCHANTS, s. m. pl. Ciseaux,—dans l'argot des
voleurs.
Ils disent aussi Faucheux.
FAUCHÉ (Être). Être guillotiné au bagne.
FAUCHE-ARDENT, s. m. Mouchettes,—dans l'argot des
voleurs.
FAUCHER, v. a. Couper,—dans le même argot, où on
emploie ce verbe au propre et au figuré.
Faucher le colas. Couper le cou.
Faucher dans le pont. Donner aveuglément dans un piège.
Faucher le grand pré. Être au bagne.
FAUCHER LE PERSIL, v. a. Se promener, en toilette
«esbrouffante», sur les trottoirs les plus et les
mieux fréquentés. Argot des filles et de leurs
souteneurs.
On dit aussi Cueillir le persil, Aller au persil, et Persiller.
FAUCHEUR, s. m. Le bourreau,—dans l'argot des
prisons où l'allégorie du Temps est une sinistre
réalité.
FAUCHEUX, s. m. Homme à jambes longues et grêles
comme les pattes du Phalangium,—dans l'argot
du peuple, qui ne laisse passer devant lui aucune
infirmité grave ou légère, sans la saluer d'une
injure ou tout au moins d'une épigramme.
FAUCHURE, s. f. Coupure. FAUSSE-COUCHE, s. f. Homme raté, sans courage,
sans vertu, sans talent, sans quoi que ce soit,—
dans l'argot du peuple.
FAUTER, v. n. Commettre une faute,—dans le même
argot.
FAUX-BOND, s. m. Manque de parole,—dans l'argot
des bourgeois.
Faire faux-bond à l'échéance. N'être pas en mesure de payer.
FAUX-COL, s. m. La mousse d'une chope de bière,—
dans l'argot des faubouriens.
FAVEURS, s. f. pl. La preuve matérielle qu'une femme
donne de son amour à un homme,—dans l'argot
des bourgeois, qui ne se contenteraient pas,
comme les galants d'autrefois, de rubans, de
boucles et de nœuds d'épée.
Avoir eu les faveurs d'une emme. Avoir été son amant.
FAVORI D'APOLLON, s. m. Poëte estimable,—dans
l'argot des académiciens.
Ils disent aussi Favori des Muses.
FAVORI DE MARS, s. m. Guerrier heureux en batailles,
—dans le même argot.
On dit aussi Favori de Bellone.
FAVORI D'ESCULAPE, s. m. Médecin heureux en
malades,—dans le même argot.
FAYOTS, s. m. pl. Légumes en général, haricots,
lentilles, ou fèves, fayols,—dans l'argot des
ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
Le cap Fayot. Moment de la traversée où l'équipage, ayant épuisé les provisions fraîches, est bien forcé d'entamer les légumes secs. C'est ce qu'on appelle alors Naviguer sous le cap Fayot.
FÉCALITÉS, s. f. pl. Laideurs sociales, ordures
morales,—dans l'argot des gens de lettres.
Le mot a été employé pour la première fois par Charles Bataille.
FÉE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des ouvriers, qui
ne savent pas dire si vrai en disant si
poétiquement.
FÉE-BOSSE, s. f. Femme vieille, laide, acariâtre. On dit
aussi Fée Carabosse.
FEIGNANT, s. et adj. Fainéant,—dans l'argot du
peuple, qui parle plus correctement qu'on ne
serait tenté à première vue, de le supposer,
feignant venant du verbe feindre, racine de
fainéantise, qu'on écrivait autrefois faintise.
Signifie aussi Poltron, lâche, et c'est alors une suprême injure,—l'ignavus de Cicéron, Barbarisme nécessaire, car fainéant ne rendrait pas du tout la même idée, parce qu'il n'a pas la même énergie et ne contient pas autant de mépris.
FÊLER (Se), v. réfl. Donner des preuves de folie, faire
des excentricités,—dans l'argot des faubouriens,
qui prennent la boîte osseuse pour une faïence.
On dit aussi Avoir la tête fêlée.
FELOUSE, s. f. Prairie,—dans l'argot des voleurs, qui
ont seulement démarqué la première lettre du
mot généralement employé.
FEMELLE, s. f. Femme, épouse,—dans l'argot des
ouvriers, qui se considèrent comme des mâles et
non comme des hommes.
L'expression,—toujours employée péjorativement,—a des chevrons, puisqu'on la retrouve dans Clément Marot, qui, s'adressant à sa maîtresse, la petite lingère du Palais, dit:
«Incontinent, desloyalle femelle,
Que j'auray faict et escrit ton libelle,
Entre les mains le mettray d'une femme
Qui appelée est Renommée, ou Fame,
Et qui ne sert qu'à dire par le monde
Le bien ou mal de ceux où il abonde.»
FEMME DE LA TROISIÈME CATÉGORIE, s. f. Fille de
mauvaise vie,—dans l'argot des faubouriens, qui
ont saisi avec empressement, il y a quelques
années, les analogies que leur offraient les
divisions officielles de la viande de boucherie.
FEMME DU QUARTIER, s. f. Grisette qui a la spécialité
de l'étudiant et qui se garderait bien de frayer
avec les bourgeois ou les militaires, de peur de
déplaire à Paul de Kock.
On dit aussi Femme de l'autre côté (sous-entendu: de la Seine).
FEMME DU RÉGIMENT, s. f. La grosse caisse,—dans
l'argot des soldats.
FEMME ENTRETENUE, s. f. Fille ou femme qui croit que
la vertu est un «meuble inutile» et qui préfère
acheter les siens à tant par amant.
Les Belges disent Une entretenue.
FENDANT, s. m. Homme qui marche d'un air
conquérant, le chapeau sur le coin de l'oreille, les
moustaches relevées en crocs, la main gauche
sur la hanche, et de la droite manœuvrant une
canne,—qui n'effraie personne.
Il y a longtemps que le peuple emploie cette expression, comme le prouve ce passage de la Macette de Mathurin Regnier:
«N'estant passe-volant, soldat ny capitaine, Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants, Qu'elle n'ait desconfits et mis dessus les dents.»
Faire son fendant. Se donner des allures de matamore.
On dit aussi Fendart.
FENDEUR DE NASEAUX, s. m. Faux brave, qui fait plus
de bruit que de besogne.
On dit aussi, et plus élégamment, Casse-gueule.
FENDRE (Se), v. réfl. Montrer de la générosité,
dépenser beaucoup d'argent, s'ouvrir,—dans
l'argot des faubouriens.
Signifie aussi: Se dévouer.
Se fendre à s'écorcher. Pousser à l'excès la prodigalité.
FENDRE L'ARCHE, v. a. Importuner, ennuyer,—dans le
même argot.
Tu me fends l'arche! est une des exclamations que les étrangers sont exposés à entendre le plus fréquemment en allant aux Gobelins.
FENDRE L'ERGOT. S'enfuir,—dans l'argot du peuple,
fidèle aux vieilles traditions.
On dit aussi, mais moins, Bander l'ergot.
FENÊTRIÈRE, s. f. Fille qui fait le trottoir par sa fenêtre.
FENOUSE, s. f. Prairie,—dans l'argot des voleurs.
FER CHAUD, s. m. Le pyrosis,—dans l'argot du
peuple, qui, ne connaissant pas le nom grec à
donner à cette affection, emploie une expression
fort simple et très caractéristique de la douleur
cruelle qu'elle occasionne à l'estomac.
FERLAMPIER, s. m. Homme à tout faire, excepté le
bien,—dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté
là un des vieux mots du vocabulaire des
honnêtes gens, en le dénaturant un peu.
FERLAMPIER, s. m. Pauvre diable, misérable,—dans
l'argot du peuple.
FERLINGANTE, s. f. Verrerie, faïencerie,—dans l'argot
des voleurs.
FERME, s. f. Décor de fond, dans la composition
duquel entre une charpente légère qui permet d'y
établir des portes praticables. Argot des
machinistes.
FERMER, v. a. et n. Attacher solidement, rendre
ferme,—dans l'argot des coulisses, où l'on
emploie ce verbe à propos de décors.
FERRÉ A GLACE (Être). Savoir parfaitement son métier
ou sa leçon,—dans l'argot des bourgeois.
FERS, s. m. pl. Le forceps,—dans l'argot du peuple,
qui ne connaît pas le nom latin de l'instrument
inventé par Palfyn.
FERTANGE ou FERTILLE, s. f. Paille,—dans l'argot des
voleurs.
FERTILLIERS, s. m. pl. Blés,—les graminées fertiles
par excellence.
FESSE, s. f. Femme, moitié,—dans l'argot des
faubouriens.
FESSÉE, s. f. Correction paternelle ou maternelle
comme celle dont Jean-Jacques Rousseau avait
conservé un si agréable souvenir.
FESSE-MATHIEU, s. m. Avare, usurier,—dans l'argot
du peuple.
FESSER, v. a. et n. Fouetter avec des verges ou avec
la main les parties charnues que l'homme a le
plus sensibles et sur lesquelles il ne manque
jamais de tomber quand il glisse.
Le verbe est vieux. On trouve dans les Chansons de Gautier Garguille:
«Fessez, fessez, ce dist la mère,
La peau du cul revient toujours.»
Signifie aussi, par analogie au peu de durée de cette correction maternelle: Faire promptement une chose.
Fesser la messe. La dire promptement.
FESSER LE CHAMPAGNE, v. n. Boire des bouteilles de
vin de champagne,—dans l'argot des viveurs.
Du temps de Rabelais on disait Fouetter un verre.
FESSES, s. f. pl. Grosses joues,—dans l'argot des
faubouriens.
FESSIER, s. m. Les nates,—dans l'argot du peuple,
qui a l'honneur de parler comme Mathurin
Régnier:
«Dieu sçait comme on le veid et derrière et
devant,
Le nez sur les carreaux et le fessier au vent,»
a dit le grand satirique.
FESSU, adj. Qui a de grosses fesses. FESTILLANTE, s. f. Queue d'animal,—par exemple du
chien, qui fait fête à son maître en remuant la
sienne.
Le mot est de l'argot des voleurs.
FESTINER, v. n. Boire et manger à ventre déboutonné,
—dans l'argot du peuple.
FESTONNER, v. n. Être en état d'ivresse et décrire en
marchant des zigzags dont s'amusent les
gamins, et dont rougissent les hommes au nom
de la Raison et de la Dignité humaine outragées.
FESTOYER, v. n. Dîner copieusement en joyeuse
compagnie.
FÊTE DU BOUDIN, s. f. Le 25 décembre, fête de Noël,
—dans l'argot du peuple, qui, ce jour-là, fait
réveillon à grands renforts de charcuterie.
FEUILLE DE CHOU, s. f. Journal littéraire sans autorité,
—dans l'argot des gens de lettres.
On dit aussi Carré de papier.
FEUILLE DE CHOU, s. f. Guêtre de cuir,—dans l'argot
des troupiers.
FEUILLES DE CHOU, s. f. pl. Les oreilles,—dans l'argot
des bouchers.
On dit aussi Esgourdes et Maquantes.
FIASCO, s. m. Insuccès,—dans l'argot des coulisses
et des petits journaux.
Faire fiasco. Échouer dans une entreprise amoureuse; avoir sa pièce sifflée; faire un mauvais article.
Se dit aussi pour Manquer de parole.
FICELER, v. a. et n. Faire avec soin,—dans l'argot du
peuple.
Signifie aussi: S'habiller correctement, «se tirer à quatre épingles».
FICELLE, s. f. Secret de métier, procédé particulier
pour arriver à tel ou tel résultat,—dans l'argot des
artistes et des ouvriers.
FICELLE, adj. et s. Malin, rusé, habile à se tirer
d'affaire,—dans l'argot du peuple, qui a gardé le
souvenir de la chanson de Cadet-Rousselle:
«Cadet Rousselle a trois garçons,
L'un est voleur, l'autre est fripon,
Le troisième est un peu ficelle...»
Cheval ficelle. Cheval qui «emballe» volontiers son monde,—dans l'argot des maquignons.
FICELLES, s. f. pl. Ruses, imaginations pour tromper,
—dans l'argot du peuple.
FICELLES, s. f. pl. «Les procédés épuisés et les
conventions classiques,»—dans l'argot des gens
de lettres.
FICELLIER, s. m. Homme rusé, retors, qui vit
d'expédients.
FICHAISE, s. f. Chose de peu d'importance,—dans
l'argot des bourgeois, qui n'osent pas dire
Foutaise.
FICHANT, adj. Ennuyeux, désagréable,—en parlant
des choses et des gens.
FICHE DE CONSOLATION, s. f. Compensation,
dédommagement.
FICHER, v. n. Faire, convenir, importer. Une remarque en passant: On écrit Ficher, mais on prononce Fiche, à l'infinitif.
FICHER, v. a. Donner.
Signifie aussi: Appliquer, envoyer, jeter.
FICHER (Se), v. réfl. S'habiller de telle ou telle façon.
Se ficher en débardeur. Se costumer en débardeur.
FICHER (Se), v. réfl. Se moquer.
Se ficher du monde. N'avoir aucune retenue, aucune pudeur.
Je t'en fiche! Se dit comme pour défier quelqu'un de faire telle ou telle chose.
FICHER (Se), v. réfl. Se mettre dans l'esprit.
FICHER LE CAMP, v. a. S'en aller, s'enfuir.
Le peuple dit: Foutre le camp.
FICHER SON BILLET (En). Donner mieux que sa parole,
faire croire qu'on y engagerait même sa
signature.
Le peuple dit En foutre son billet.
FICHTRE! Exclamation de l'argot des bourgeois, qui
remplace Foutre! et marque l'étonnement, quand
elle ne marque pas la colère.
FICHU, adj. Perdu, en parlant des choses; à l'agonie,
en parlant des gens. Même argot.
Madame de Sévigné a donné des lettres de noblesse à cette expression trop bourgeoise, en parlant quelque part de «l'esprit fichu de mademoiselle Du Plessis!»
FICHU, adj. Détestable, archi-mauvais,—en parlant
des choses et des gens.
Fichu livre. Livre mal écrit.
Fichu raisonnement. Raisonnement faux.
Fichue connaissance. Triste amant ou désagréable maîtresse.
FICHU, adj. Capable de.
FICHU, adj. Habillé.
Être mal fichu, Être habillé sans soin, sans grâce.
On dit aussi Être fichu comme un paquet de sottises ou comme un paquet de linge sale
Signifie quelquefois: Être malfait, mal bâti, et même malade.
FIENTER, v. n. Cacare,—dans l'argot du peuple,
toujours rabelaisien.
FIER, adj. Gris, un peu raide,—dans l'argot des
faubouriens.
FIER, adj. Etonnant, inouï,—dans l'argot du peuple,
qui prend ce mot plutôt dans le sens virgilien
(Sævus Hector: le redoutable Hector) que dans le
sens cicéronien (Superbus).
«Là véissiés un fier abateis;
Il n'a el monde païen ne sarasin,
S'il les veist, cui pitié n'en prisist,»
dit un poème du moyen âge.
Signifie aussi Habile, malin.
FIER-A-BRAS, s. m. Fanfaron, bravache, qui menace
de tout casser,—et qui est souvent obligé de se
la casser.
FIÈREMENT, adv. Beaucoup, étonnamment.
FIÉROT, adj. et s. Homme un peu fier.
FIEU, s. m. Enfant,—dans l'argot des nourrices.
FIÈVRE CÉRÉBRALE, s. f. Condamnation à mort,—
dans l'argot des assassins, à qui cela doit donner
en effet le transport au cerveau, et même le
delirium tremens.
FIFI, s. m. Vidangeur,—dans l'argot ironique du
peuple, qui tire aussi bien sur ses propres
troupes que sur les autres, le Bourgeois et le
Monsieur.
FIFI-LOLO, s. m. Homme qui fait la bête ou l'enfant,—
dans l'argot des faubouriens.
FIFINE. Réduplication caressante de Joséphine.
FIFRELIN, s. m. Monnaie imaginaire fabriquée par le
peuple et valant pour lui cent fois moins que rien.
FIGARO, s. m. Coiffeur,—dans l'argot des bourgeois
qui ont gardé bon souvenir du Barbier de Seville,
le premier coup de pioche de la Révolution.
FIGER (Se), v. réfl. Avoir froid,—dans l'argot du
peuple.
FIGNARD, s. m. Le podex,—dans l'argot des voyous.
FIGNOLADE, s. f. Roulade à perte de vue, vocalise
infiniment prolongée,—dans l'argot des coulisses.
FIGNOLER, v. a. Achever avec soin, finir avec amour,
—dans l'argot des ouvriers et des artistes.
Certain étymologiste veut que ce mot signifie: «Exécuter avec fions.» C'est possible, mais j'ai entendu souvent prononcer Finioler: or, la première personne du verbe finire n'est-elle pas finio?—V. aussi Fionner. FIGURATION, s. f. Les figurants,—dans l'argot des
coulisses.
FIGURE s. f. Tête de mouton, bonne pour le pot-au-
feu,—dans l'argot des faubouriens.
Demi-figure. Moitié de tête de mouton achetée chez le tripier.
FIGURE (Ma), pron. pers. Moi, ma personne,—dans le
même argot.
FIGURE DE CAMPAGNE, s. f. Celle qu'on ne montre, ou
plutôt qu'on ne découvre, qu'à la campagne, au
coin d'une haie bien fournie, ou à l'ombre d'un
hêtre touffu, lorsqu'on se croit bien seul dans la
nature. Argot du peuple.
(V. Pleine lune et Visage.)
FIGURE DE PROSPÉRITÉ, s. f. Visage qui annonce la
santé.
FIGURER, v. n. Paraître comme comparse sur un
théâtre, à raison de vingt sous par soirée quand
on est homme et pauvre, et pour rien quand on
est femme et jolie.
FIGURER, v. n. Être exposé au poteau d'infamie,—
dans l'argot des voleurs, qui paraissent là comme
des figurants sur un théâtre.
FIL, s. m. Adresse, habileté,—dans l'argot du peuple,
qui assimile l'homme à un couteau et l'estime en
proportion de son acuité.
Avoir le fil. Savoir comment s'y prendre pour conduire une affaire.
Connaître le fil. Connaître le truc.
On dit aussi d'une personne médisante ou d'un beau parieur:
C'est une langue qui a le fil.
FILASSE s. f. Cheveux trop blonds,—dans l'argot des
faubouriens.
Saint-Simon a employé cette expression à propos des cheveux de la duchesse d'Harcourt, et, avant Saint-Simon, le poète Rutebeuf.
«Au deable soit tel filace,
Fet li vallés, comme la vostre!»
FILASSE, s. f. Matelas, et même lit,—dans l'argot des
faubouriens.
Se fourrer dans la filasse. Se mettre au lit.
FIL EN AIGUILLE (De), adv. De propos en propos,—
dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de
prêter cette expression à Mathurin Régnier:
«Enfin, comme en caquets ce vieux sexe fourmille, De propos en propos et de fil en esguille,
Se laissant emporter au flus de ses discours, Je pense qu'il falloit que le mal eust son cours,»
dit le vieux poète en sa Macette.
FIL-EN-QUATRE, s. m. Eau-de-vie très forte,—dans
l'argot du peuple.
On dit aussi Fil-en-trois.
FILER, v. a. Suivre un malfaiteur,—dans l'argot des
agents de police. Suivre un débiteur,—dans
l'argot des gardes du commerce.
FILER, v. a. Voler,—dans l'argot des voyous.
Filer une pelure. Voler un paletot.
FILER, v. n. S'en aller, s'enfuir,—dans l'argot des
faubouriens.
FILER, v. n. Levare ventris onus,—dans le même
argot.
FILER DOUX, v. n. Ne pas protester,—même lorsqu'il y
a lieu; souffrir ce qu'on ne peut empêcher. Argot
des bourgeois.
«Comme son lict est feict: que ne vous
couchez-vous,
Monsieur n'est-il pas temps? Et moi, de filer
dous,»
dit Mathurin Régnier en sa satire XIe.
FILER LE PARFAIT AMOUR, v. n. S'abandonner aux
douceurs de l'amour platonique,—dans l'argot du
peuple, qui a des tendresses particulières pour
Estelle et Némorin.
FILER SON CABLE PAR LE BOUT, v. a. S'enfuir, et, par
extension, Mourir,—dans l'argot des ouvriers qui
ont servi dans l'infanterie de marine.
FILER SON NŒUD, v. a. S'en aller, s'enfuir,—dans le
même argot.
FILER UNE SCÈNE. La conduire avec art,—dans l'argot
des vaudevillistes.
On dit de même Filer une intrigue, une reconnaissance, etc.
FILER UN MAUVAIS COTON. Être malade et sur le point
de mourir,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Faire de mauvaises affaires; mener une vie déréglée.
FILER UN SINVE, v. a. Suivre quelqu'un,—dans l'argot
des voleurs.
On dit aussi Faire la filature.
FILET COUPÉ (Avoir le). Être extrêmement bavard,—
dans l'argot du peuple, qui, en entendant certains
avocats, souhaiterait qu'on ne leur eût pas incisé
le repli triangulaire de la membrane muqueuse de
la bouche.
On dit de même: Il n'a pas le filet.
FILET DE VINAIGRE, s. m. Voix aigre et fausse,—dans
l'argot des coulisses.
FILEUR, s. m., ou FILEUSE, s. f. Chevalier dont
l'industrie consiste à suivre les floueurs et les
emporteurs, et à prélever un impôt de trois francs
par chaque louis escroqué à un sinve.
FILLE, s. f. Servante,—dans l'argot des bourgeois.
FILLE, s. f. Femme folle de son corps,—dans l'argot
du peuple.
Fille d'amour. Femme qui exerce par goût et qui n'appartient pas à la maison où elle exerce.
Fille en carte. Femme qui, avec l'autorisation de la préfecture de police, exerce chez elle ou dans une maison.
Fille à parties. Variété de précédente.
Fille soumise. Fille en carte.
Fille insoumise. Femme qui exerce en fraude, sans s'assujettir aux règlements et aux obligations de police,—une contrebandière galante.
FILLE, s. f. Femme qui vit maritalement avec un
homme,—dans l'argot des bourgeoises,
implacables pour les fautes qu'elles n'ont pas le
droit de commettre.
FILLE DE MAISON s. f. Pensionnaire du prostibulum. FILLE DE MARBRE, s. f. Petite dame qui a un caillou à
la place du cœur,—dans l'argot des gens de
lettres, qui emploient cette expression en
souvenir de la pièce de Théodore Barrière et de
Lambert Thiboust jouée au Vaudeville il y a une
trentaine d'années.
FILLE DE TOURNEUR, s. f. Femme de mauvaise vie,—
dans l'argot du peuple, qui a voulu jouer sur le
mot toupie.
FILOCHE, s. f. Bourse,—dans l'argot des voleurs, qui
devraient bien changer d'expression, aujourd'hui
qu'on a remplacé les bourses en filet, à glands et
à anneaux, par des porte-monnaie en cuir.
Avoir sa filoche à jeun. N'avoir pas un sou en poche.
FILOU, s. et adj. Malin, rusé,—dans l'argot du peuple,
qui, quoi qu'en dise M. Francisque Michel,
continue à employer ce mot avec le même sens
qu'au e XVII siècle.
FILSANGE, s. f. Filoselle,—dans l'argot des voleurs.
FILS-DE-FER, s. m. pl. Jambes grêles,—dans l'argot
des ouvriers.
FILS DE L'AUTRE. Nom donné par les bonapartistes,
sous la Restauration, au duc de Reichstadt, fils
de Napoléon, dont il était défendu de parler.
FILS DE PUTAIN! Injure du vocabulaire populaire que
les mères adressent souvent naïvement à leurs
propres fils.
FINANCE, s. f. Argent,—dans l'argot du peuple.
FINANCER, v. n. Payer.
FINASSER, v. n. Ruser, niaiser.
FINASSERIE, s. f. Finesse grossière, procédé de
mauvaise foi.
FINASSEUR, s. m. Homme méticuleux, qui épilogue
sur des riens.
On dit plutôt Finassier.
FINASSEUSE, s. f. Femme rusée, qui sait faire jouer
les fils du pantin-homme.
FINAUD, adj. et s. Homme trop malin et pas assez
loyal.
FINE-LAME, s. f. Homme habile à l'escrime,—dans
l'argot des salles d'armes.
FINE-MOUCHE, s. f. Femme rusée, experte; homme
«malin»,—dans l'argot des bourgeois.
FINESSES COUSUES DE FIL BLANC, s. f. pl. Finesses
grossières, farces qui sont facilement devinées,
trahisons qui sont facilement éventées.
FINI, adj. Qui atteint le plus haut degré en bien ou en
mal.
Troupier fini. Soldat parfait.
Coquin fini. Drôle fieffé.
FINIR EN QUEUE DE POISSON, v. n. Finir
désagréablement, fâcheusement, tristement,
platement, bêtement,—dans l'argot du peuple,
qui cependant ne connaît pas le desinat in
piscem d'Horace.
FINIR EN QUEUE DE RAT, v. n. finir fâcheusement,
tristement, bêtement,—dans l'argot des ouvriers
qui ont servi dans l'infanterie de marine.
FIOLE, s. f. Bouteille de vin,—dans l'argot du peuple,
qui ne sait pas être si près de la véritable
étymologie: φιαλη [grec: phialê] (vase à boire).
FIOLER, v. a. Boire, vider une ou plusieurs fioles de
vin.
Fioler le rogome. Boire de l'eau-de-vie.
FIOLEUR, s. m. Ivrogne.
FION, s. m. Dernière main mise à un ouvrage,—dans
l'argot des ouvriers et des artistes.
Coup de fion. Soins de propreté, et même de coquetterie.
FIONNER, v. a. et n. Donner le dernier coup de lime ou
de rabot; mettre la dernière main à une chose;
avoir du fion.
FIONNEUR, s. m. Ouvrier qui s'habille en monsieur, qui
fait le bourgeois.
FIORITURES, s. f. pl. Choses ajoutées à un récit pour
l'embellir et souvent pour le dénaturer,—dans
l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette
expression aux chanteurs et en font le même
abus que ces derniers.
FIOTTE, s. f. Petite fille,—dans l'argot caressant du
peuple.
On dit aussi Fillotte.
FIQUER, v. a. Enfoncer, ficher,—dans l'argot des
voleurs.
FIRTS, s. m. Nates,—dans l'argot des faubouriens.
FISTON, s. m. Fils, enfant.
Signifie aussi Ami.
FLAC, s m. Sac,—dans l'argot des voleurs, qui ont
voulu rendre la flaccidité de cette enveloppe. Flac d'al. Sacoche à argent.
Ils disent aussi Flacul.
FLACONS, s. m. pl. Souliers,—dans l'argot des
faubouriens, qui en font des réservoirs à
essences.
FLAFLA, s. m. Etalage pompeux, en paroles ou en
actions,—dans l'argot du peuple, très
onomatopéique. Car je ne pense pas qu'il faille
voir autre chose qu'une onomatopée dans ce
mot, qui est une imitation, soit d'une batterie de
tambour bien connue, soit du fracas de l'éclair.
Comme Parisien, ayant emboîté le pas aux tapins de mon quartier, lorsque j'étais enfant, je pencherais volontiers pour la première hypothèse; comme étymologiste, j'inclinerais à croire que la seconde vaut mieux,—d'autant plus que les Anglais emploient le même mot dans le même sens. Flash (éclair), disent-ils; flash-flash (embarras, manières.)
Faire du fla-fla. Faire des embarras.
FLAGEOLER, v. n. Trembloter,—dans l'argot du
peuple, qui emploie ce verbe à propos des
jambes des ivrognes et des poltrons, et fait sans
doute allusion aux trémolos ordinaires du
flageolet des aveugles.
FLAGEOLETS, s. m. pl. Jambes,—dans le même argot.
On dit aussi Flûtes.
FLAMBANT, s. m. Artilleur à cheval,—dans l'argot des
troupiers.
FLAMBANT, adj. et s. Propre, net, beau, superbe,—
dans l'argot du peuple, qui a eu longtemps les
yeux éblouis par les magnificences des costumes
des gentilshommes et des nobles dames,
lesquels
«... Riches en draps de soye, alloient
Faisant flamber toute la voye.»
FLAMBANT NEUF (Être tout). Porter des vêtements
neufs.
Toute flambante neuve. Pièce de monnaie nouvellement frappée.
FLAMBART, s. m. Canotier de la Seine.
Par extension: Joyeux compagnon, loustic.
FLAMBE, s. f. Epée,—dans l'argot des voleurs, qui
connaissent l'archange Michel, ce Préfet de
Police de la capitale du ciel.
Petite flambe. Couteau.
FLAMBÉ (Être). Être ruiné ou atteint de maladie
mortelle,—dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi à propos d'une affaire dont on ne peut plus rien espérer.
FLAMBERGE, s. f. Épée,—dans l'argot du peuple, qui a
conservé bon souvenir du fameux bran d'acier de
Renaud de Montauban.
Mettre flamberge au vent. Dégaîner.
Se dit aussi pour Montrer «la figure de campagne», et pour Jeter au vent l'aniterge dont on vient de se servir.
FLAMME, s. f. Amour,—dans l'argot des
Académiciens.
Peindre sa flamme. Déclarer son amour.
FLAMSIK, s. m. Flamand,—dans l'argot des voleurs,
qui ne s'éloignent pas trop du vlaemsch des
honnêtes gens.
FLAN (A la), adj. Au hasard, à l'aventure. Même argot.
FLAN (Du)! Expression de l'argot des faubouriens,
qu'ils emploient à propos de rien, comme formule
de refus ou pour se débarrasser d'un ennuyeux.
Ce flan-là est de la même famille que les navets, les emblèmes, et autres zut consacrés par un long usage.
Cette expression a signifié quelquefois, au contraire: «C'est au nanan!» comme le prouve cet extrait d'une chanson publiée par le National de 1835:
«J'dout' qu'à grinchir on s'enrichisse;
J'aime mieux gouaper: c'est du flan.»
FLANCHE, s. f. La roulette et le trente-et-un,—dans
l'argot des voleurs.
Grande flanche. Grand jeu.
FLANCHE, s. m. Affaire,—dans le même argot.
S'emploie ordinairement avec l'adjectif comparatif mauvais. «C'est un mauvais flanche», pour: C'est une mauvaise affaire.
FLANCHE, s. m. Truc, secret, ruse,—dans l'argot des
faubouriens.
FLANCHER, v. n. Jouer franchement.
FLANCHER, v. n. Se moquer,—dans l'argot des
voyous.
FLANCHET, s. m. Part, lot,—dans l'argot des voleurs.
FLANDRIN, s. m. Imbécile; grand dadais,—dans l'argot
du peuple, qui constate ainsi, à son insu, la haute
taille des Flamands.
Les Anglais disent aussi dans le même sens Lanky fellow.
FLANELLE, adj. et s. Flâneur amoureux,—dans l'argot
des filles, qui préfèrent les gens sérieux.
C'est de la flanelle! disent-elles en voyant entrer un ou plusieurs de ces platoniciens et en quittant aussitôt le salon.
Faire flanelle. Aller de prostibulum en prostibulum, comme un amateur d'atelier en atelier, pour lorgner les modèles.
FLANOCHER, v. n. Flâner timidement, sans en avoir le
droit, à une heure qui devrait être consacrée au
travail. Argot des ouvriers.
On dit aussi Flanotter.
FLANQUER, v. a. Lancer un coup, jeter,—dans l'argot
des bourgeois, qui n'osent pas employer le verbe
énergique des faubouriens.
Se flanquer. Se jeter, s'envoyer.
On disait autrefois Flaquer pour Lancer, jeter avec force un liquide.
FLAQUADER, v. n. Cacare,—dans l'argot des
faubouriens.
On dit aussi Aller à flaquada.
FLAQUADIN, s. m. Poltron, homme mou, irrésolu, sur
lequel on ne peut compter, parce que la peur
produit sur lui un effet physique désagréable.
FLAQUER, v. n. Alvum deponere,—dans l'argot des
voyous.
Se dit aussi pour Accoucher, mettre un enfant au monde.
FLAQUET, s. m. Gousset de montre, poche de gilet,—
dans l'argot des voleurs.
FLÊME, s. f. Lassitude d'esprit et de corps,—dans
l'argot des faubouriens, qui, sans s'en douter,
emploient là un des plus vieux mots de notre
langue. Qu'est-ce en effet que la flême, si ce
n'est une exagération du flegme, sa
conséquence même, comme la rêverie celle d'un
tempérament lymphatique? Or, dès le e XIII siècle,
flegme s'écrivait flemme.
Avoir la flême. Être plus en train de flâner que de travailler.
Jour de flême. Où l'on déserte l'atelier pour le cabaret.
FLEUR DU MAL, s. f. Femme à propos de laquelle on
peut dire ce que, dans une de ses épigrammes,
Martial dit d'une nommée Bassa, chez laquelle
on ne voyait jamais venir d'hommes: Hic ubi vir
non est, ut sit adulterium.
Fleur du mal est une expression toute moderne; elle appartient à l'argot des gens de lettres depuis l'apparition du volume de poésies de Charles Baudelaire.
FLEUR DE MARI, s. f. Ce que pleurait sur la montagne
la fille de Jephté,—dans l'argot des voleurs, qui
ont rarement autant de délicatesse.
FLEUR DES POIS, s. f. Le plus brillant causeur d'une
compagnie,—dans l'argot des gens de lettres. Le
plus vaillant compagnon d'un atelier,—dans
l'argot des ouvriers. La plus belle fille d'un bal,—
dans l'argot des gandins.
FLEURER, v. a. et n. Respirer, sentir,—dans l'argot du
peuple, qui trouve que flairer n'emporte pas
assez avec soi l'idée d'odeurs, de parfums.
C'était aussi l'opinion de Mathurin Régnier, qui a
dit:
«Je sentis à son nez, à ses lèvres décloses,
Qu'il fleuroit bien plus fort mais non pas mieux
que roses.»
FLEURETTES, s. m. pl. Galanteries,—dans l'argot des
bourgeois.
Conter fleurettes. Faire la cour à une femme.
Conteur de fleurettes. Libertin.
FLEURS BLANCHES, s. f. pl. Blennorrhée spéciale aux
femmes,—dans le même argot, qui n'est pas la
bonne langue.
C'est Flueurs (de fluere, couler) qu'on devrait dire, à ce qu'il me semble du moins,—contrairement à l'opinion de Littré.
FLEURS ROUGES, s. f. pl. Les menstrues féminines,—
dans l'argot du peuple.
FLIBUSTER, v. a. Filouter,—dans le même argot.
FLIBUSTIER, s. m. Escroc.
FLIGADIER, s. m. Pièce de cinq centimes,—dans
l'argot des voleurs.
FLINGOT, s. m. Couteau,—dans l'argot des bouchers.
Fusil,—dans l'argot des troupiers.
FLIQUADARD, s. m. Sergent de ville,—dans l'argot des
faubouriens.
FLONFLONS, s. m. pl. Chansons,—dans l'argot du
peuple.
Faiseur de flonflons. Vaudevilliste.
FLOPÉE, s. f. Foule,—dans l'argot des faubouriens,
qui disent cela à propos des choses comme à
propos des gens.
FLOPÉE, s. f. Coups de poing et coups de pieds
nombreux.
FLOTTANT, s. m. Poisson,—dans l'argot des voleurs.
FLOTTE, s. f. Argent paternel ou avunculaire,—dans
l'argot des étudiants.
Recevoir sa flotte. Toucher sa pension.
FLOTTE, s. f. Grande quantité de monde ou de
choses,—dans l'argot du peuple, fidèle à
l'étymologie (fluctus, flot, chose abondante) et à
la tradition:
«As noces vint bien atornée,
Et des autres i ot grand flote,
Et Renart lor chante une note.»
dit le Roman du Renard.
Être de la flotte. Être de la compagnie.
FLOTTER, v. n. Se baigner, nager.
FLOTTEUR, s. m. Nageur.
FLOU, s. m. Variété de morbidesse, de douceur de
touche, de coloris vaporeux,—dans l'argot des
artistes.
J'aurais volontiers été tenté de croire ce mot moderne et qu'il n'était qu'une onomatopée de l'œil et de l'oreille, si je n'avais pas lu dans François Villon:
«Item je donne à Jean Lelou.
Homme de bien et bon marchant,
Pour ce qu'il est linget et flou,
Un beau petit chiennet couchant.»
Flou, c'est flo, et flo, c'est faible.
Faire flou. Dessiner ou peindre sans arrêter suffisamment les contours, en laissant flotter autour des objets une sorte de brume agréable.
Se dit aussi à propos de la sculpture; car Puget ne craignait pas de faire flou.
FLOUCHIPE, s. m. Filou, macaire,—dans l'argot des
faubouriens.
On dit aussi Monsieur de Flouchipe.
FLOUE, s. f. Foule,—dans l'argot des voleurs, qui
peuvent s'y fluer et y flouer à leur aise.
FLOUER, v. a. et n. Jouer,—dans le même argot.
Flouer grand flouant. Jouer gros jeu, risquer sa liberté ou sa vie.
FLOUER, v. a. Tricher au jeu; voler,—dans l'argot du
peuple.
FLOUERIE, s. f. Tricherie; escroquerie, vol pour ainsi
dire légal.
Signifie aussi dans le sens figuré: Duperie.
FLOUEUR, s. m. Tricheur; escroc; voleur.
FLOUME, s. f. Femme,—dans l'argot des voleurs et
des troupiers.
FLUME, s. m. Résultat, expectoré ou non, de la pituite,
—dans l'argot du peuple, qui parle comme
écrivait le poète Eustache Deschamps:
«Dieux scet que ma vieillesse endure
De froit et reume jour et nuict,
De fleume, de toux et d'ordure.»
Fleume ou flume, c'est tout un.
Avoir des flumes. Être d'un tempérament pituiteux. On dit de même Avoir la poitrine grasse.
FLUT'! Expression de l'argot de Breda-Street, où l'on
dédaigne d'employer le zut traditionnel, comme
trop populaire.
FLÛTE, s. f. Bouteille de vin,—dans l'argot des
ouvriers.
FLÛTE, s. f. L'instrument avec lequel les matassins
poursuivent M. de Pourceaugnac,—dans l'argot
du peuple, Tulou médiocre.
Avoir toujours la flûte au cul. Abuser des détersifs.
FLÛTENCUL, s. m. Pharmacien.
FLÛTER, v. a. et n. Boire beaucoup.
FLÛTER, v. n. Parler inutilement.
Le peuple n'emploie ordinairement ce verbe que dans cette phrase, qui est une formule de refus: C'est comme si tu flûtais!
FLÛTER (Se faire). Se faire administrer un détersif
dans le gros intestin.
FLÛTES, s. f. pl. Jambes.
Jouer des flûtes. Courir, se sauver.
Astiquer ses flûtes. Danser.
FLÛTEUR, s. m. Ivrogne.
FOGNER, Alvum deponere,—dans l'argot des
ouvriers, qui parlent comme écrivait Bonaventure
Des Périers.
FOIN, s. m. Synonyme d'argent,—dans l'argot du
peuple.
Avoir du foin au râtelier. Avoir de la fortune.
Mettre du foin dans ses bottes. Amasser de l'argent, faire des économies.
On dit aussi Avoir du foin dans ses bottes.
FOIRE, s. f. Diarrhée,—dans l'argot du peuple, fidèle à
l'étymologie (foria) et à la tradition:
«Renart fait comme pute beste:
Quand il li fu desus la teste,
Drece la queüe et aler lesse
Tot contreval une grant lesse
De foire clere a cul overt,
Tout le vilain en a covert,»
dit le Roman du Renard.
FOIRE D'EMPOIGNE, s. f. Vol.
Aller à la foëre d'empoigne. Voler.
On disait autrefois: Passer à l'île des Gripes.
FOIRER, v. n. avoir peur,—dans l'argot des
faubouriens.
Par extension, Mourir.
On dit aussi Avoir la foire.
FOIREUX, s. et adj. Poltron, homme dont le cœur est
débilité et l'esprit dévoyé.
Foireux comme un geai. Extrêmement poltron.
On dit aussi Foirard.
FOLICHON, s. et adj. Homme amusant, chose
agréable,—dans l'argot du peuple, qui dit cela
depuis plus d'un siècle.
Être folichon. Commencer à se griser.
Signifie aussi: Dire des gaudrioles aux dames.
FOLICHONNADE, s. f. Amusement plus ou moins
décent; farce plus ou moins drôle.
On dit aussi Folichonnerie.
FOLICHONNE, s. f. Femme qui n'est pas assez
bégueule; bastringueuse.
On dit aussi Folichonnette.
FOLICHONNER, v. n. Folâtrer avec plus ou moins de
décence.
Signifie aussi: Courir les bals et les cabarets.
FONCÉ, adj. Riche, en fonds.
FONCER, v. n. Donner de l'argent, fournir des fonds.
«S'il plaist, s'il est beau, il suffit.
S'il est prodigue de ses biens,
Que pour le plaisir et déduit
Il fonce et qu'il n'espargne rien.»
trouve-t-on dans G. Coquillard, poète du XVe siècle.
Les bourgeois disent, eux: Foncer à l'appointement. FONCER, v. n. Courir, s'abattre, se précipiter,—dans
l'argot des écoliers.
FONCER (Se). Commencer à se griser,—dans l'argot
des ouvriers.
FONDANT, s. m. Beurre,—dans l'argot des voyous.
FOND D'ESTOMAC, s. m. Potage épais,—dans l'argot
du peuple.
FONDEMENT, s. m. Le podex,—dans l'argot des
bourgeois, qui parlent comme écrivait Ambroise
Paré.
FONDRE, v. n. Maigrir.
FONDRE LA CLOCHE. Terminer une affaire, en arriver à
ce qu'elle a d'essentiel, de difficile.
Signifie aussi: Vendre une chose et s'en partager l'argent entre plusieurs.
FONDRIÈRE, s. f. Poche,—dans l'argot des voleurs, qui
ne craignent pas d'y descendre avec la main.
FONDS (Être en). Avoir de l'argent dans son porte-
monnaie.
Les fonds sont bas. N'avoir presque plus d'argent; être dans la gêne.
FONFE. s. f. Tabatière,—dans le même argot.
On dit aussi Fonfière.
FORCIR, v. n. Engraisser, devenir fort et grand,—dans
l'argot des bourgeois, qui disent cela surtout à
propos des enfants.
FORMES, s. f. pl. Les parties saillantes du corps de la
femme.
Dessiner ses formes. Se serrer dans son corset et à la taille, de façon à accuser davantage les reliefs naturels.
FORT, adv. Étonnant, inouï, incroyable,—dans l'argot
du peuple, qui dit cela à propos de tout ce qui lui
semble amer ou difficile à avaler.
On dit aussi Fort de café, fort de moka et fort de chicorée.
C'est plus fort que de jouer au bouchon. C'est extrêmement étonnant.
L'expression ne date pas d'hier: «Vous m'avouerez que cela est fort, locution de la Cour,» dit de Caillières (1690).
Dans un sens ironique: Cela n'est pas fort! pour Cela n'est pas très spirituel, très gai, très aimable, ou très honnête.
FORTE, s. f. Chose inouïe, incroyable.
En dire de fortes. Raconter des histoires invraisemblables; mentir.
En faire de fortes. Se rendre coupable d'actions délictueuses.
FORT-EN-GUEULE, adj. et s. Insolent, bavard; homme
qui crie plus qu'il n'agit.
On connaît l'apostrophe de madame Pernelle à la soubrette de sa bru: