Dictionnaire de la langue verte
Dictionnaire de la Langue Verte
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.
On dit aussi Se mettre sur son trente-six et sur son quarante-deux.
TRENTE-SIXIÈME DESSOUS, s. m. Le troisième
dessous des gens amis de l'hyperbole.
TRÉPIGNÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
TRÉPIGNER, v. a. Accabler de coups.
TREPPE, s. m. Peuple; foule,—dans l'argot des
voleurs.
S'esbattre dans le treppe. Se mêler à la foule.
J'ai bien envie de faire descendre ce mot du grec τρεπω [grec: trepô] (tourner, s'agiter en désordre comme fait la foule).
TRIANGLE, s. m. Chapeau,—dans l'argot des francs-
maçons.
TRIANGLE, s. m. La bouche,—dans l'argot des rapins,
qui se rappellent leurs principes de dessin, s'ils
oublient ceux de la bienséance.
Clapoter du triangle. Avoir l'haleine homicide.
TRIAU, s. m. Ennui, trimage,—dans l'argot des
ouvriers.
TRIBOULET, s. m. Homme grotesque, servant de jouet
aux autres,—en souvenir du fou de Louis XII et
de François Ier.
TRIBOUILLER, v. n. Tressaillir, sauter d'aise, remuer de
joie. Argot du peuple.
TRICHARD, adj. et s. Tricheur.
TRICHER, v. a. Moucher la chandelle,—dans l'argot
des bourgeois.
TRICHINE, s. f. Petite dame, naturellement mêlée à
toutes les cochonneries sociales, et qui peut
empoisonner les imprudents qui la consomment,
la trouvant appétissante.
TRICHINER (Se). Déjeuner avec de la charcuterie.
L'expression est de l'année 1866, qui datera dans les fastes de la peur par l'invention des trichines que certains médecins allemands—ou iroquois—affirment être par milliers dans la viande de porc. Les jambons sont tombés en discrédit!
TRICOTER, v. a. Battre.
On dit aussi Tricoter les côtes.
TRICOTER, v. n. Danser.
TRICOTER DES JAMBES, v. n. Courir.
TRIFOUILLER, v. n. Remuer, chercher en bousculant
tout.
TRIMAR, s. m. Chemin.—dans l'argot des voleurs, qui
y triment souvent en attendant leurs victimes.
Grand trimar. Grande route.
On dit aussi Grande tire.
TRIMAR (Faire son). Raccrocher,—dans l'argot des
filles.
TRIMARDE, s. f. Rue.
On dit aussi Trime.
TRIMARDER. Voyager.
TRIMBALLER, v. n. Se promener,—dans l'argot des
faubouriens.
TRIMBALLER, v. a. Promener quelqu'un, traîner
quelque chose.
TRIMBALLEUR, s. m. Homme qui fait aller son monde.
TRIMBALLEUR, s. m. Cocher,—dans l'argot des
voleurs.
Trimballeur des refroidis. Cocher des pompes funèbres.
TRIMER, v. a. Aller ou venir inutilement; se morfondre
dans l'attente. Argot des faubouriens.
TRIMER (Faire), v. a. Se moquer des gens en les
faisant poser,—dans l'argot de Breda-Street.
TRIMMER, v. n. Écrire comme Léo Lespès,—dans
l'argot des gens de lettres, jaloux du succès inouï
de Timothée Trimm, chroniqueur du Petit Journal.
Quelques-uns disent aussi Timothéetrimmer.
TRIMOIRES, s. f. pl. Les jambes,—dans l'argot des
voleurs.
TRINGLE! adv. Rien, non, zéro,—dans l'argot des
voyous.
TRINGLO, s. m. Soldat du train,—dans l'argot des
troupiers.
TRIPASSE, s. f. Vieille femme,—dans l'argot du
peuple, qui emploie cette expression depuis
longtemps, comme on peut en juger par les vers
suivants:
«Si elle estoit dure et poupine,
Voulentiers je la regardasse;
Mais elle semble une tripasse
Pour quelque varlet de cuysine.»
TRIPES, s. f. pl. Gorge mal faite,—ou trop fournie.
TRIPES, s. f. pl. Les entrailles de l'homme.
«Quand Renaud de la guerre vint,
Tenant ses tripes dans ses mains,»
dit une vieille chanson populaire.
TRIPIÈRE, adj. et s. Fille ou femme trop avantagée. TRIPOLI, s. m. Eau-de-vie,—dans l'argot des
faubouriens, qui s'imaginent peut-être qu'ils se
nettoient la poitrine avec cela.
Coup de tripoli. Verre d'eau-de-vie.
TRIPOTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot
du peuple.
TRIPOTÉE, s. f. Grande quantité de choses.
TRIPOTER, v. n. Hanter les tripots,—dans l'argot des
faubouriens.
TRIPOTER, v. a. et n. Toucher à tort et à travers, aux
choses et aux gens; farfouiller.
Tripoter une femme. S'assurer, comme Tartufe, que l'étoffe de sa robe— de dessous—est moelleuse.
TRIPOTER LA COULEUR, v. a. Peindre,—dans l'argot
des artistes.
TRIPOTER LE CARTON. Jouer aux cartes.
TRIQUAGE, s. m. Triage des matières,—dans l'argot
des chiffonniers.
TRIQUE, s. f. Canne, bâton, gourdin,—dans l'argot du
peuple.
On disait autrefois Tricot; d'où la loi du Tricot, pour signifier l'Argument brutal, le syllogisme du poignet, non prévu par Aristote.
TRIQUER, v. a. Trier les chiffons.
TRIQUER, v. a. Donner des coups de canne ou de
bâton.
TRIQUEUR, s. m. Maître chiffonnier, qui trie ce que lui
apportent les autres.
TROGNE, s. f. Visage,—dans l'argot du peuple, qui le
dit surtout de toute tuberosa facies. Belle trogne. Visage empourpré et embubeletté, comme le sont presque tous les visages d'ivrognes.
Le mot a des chevrons:
«Il faut être Jean Logne
Pour n'aimer pas le vin;
Pour moi, dès le matin
J'enlumine ma trogne
De ce jus divin!»
a chanté le goinfre Saint-Amand.
TROGNON, s. m. Tête,—dans l'argot des faubouriens,
moins polis que les gueux anglais, qui eux disent
Costard (grosse pomme).
Dévisser le trognon. Tordre le coup à quelqu'un.
TROGNON, s. f. Petite fille, le cœur d'une femme,—
dans l'argot du peuple.
TROIS-ÉTOILES. Nom qu'on donne—dans l'argot des
gens de lettres—aux personnes que l'on ne veut
pas nommer.
On dit aussi Monsieur ou Madame Trois-Étoiles.
TROISIÈME DESSOUS, s. m. La dernière cave
pratiquée sous les planches d'un théâtre pour
recevoir la rampe, les trucs, les machines, etc.
Tomber dans le troisième dessous. Se dit d'une pièce sifflée, dont la chute est irrémédiable.
TROISIÈME DESSOUS, s. m. Le monde des coquins,
«la dernière sape, inferi», de la société, «la fosse
des ténèbres, la grande caverne du mal», dit TROMBILLE, s. f. Bête,—dans l'argot des voleurs.
Victor Hugo, qui la peint à grands coups de
brosse, comme Dante, son Enfer.
«Cette cave est au-dessous de toutes et est l'ennemie de toutes. C'est la haine sans exception. Elle a pour but l'effondrement de tout,—de tout, y compris les sapes supérieures, qu'elle exècre. Elle ne mine pas seulement, dans son fourmillement hideux, l'ordre social actuel: elle mine la philosophie, elle mine la science, elle mine le droit, elle mine la pensée humaine, elle mine la civilisation, elle mine le progrès. Elle est ténèbres et elle sent le chaos. Sa voûte est faite d'ignorance. Elle s'appelle tout simplement vol, prostitution, meurtre et assassinat. Détruisez la cave-ignorance, vous détruirez la taupe-crime.»
TROISIÈME RÊNE, s. f. La crinière du cheval,—dans
l'argot des maquignons.
TROISIÈME SEXE, s. m. Celui qui déshonore les deux
autres. «Il suffira de rapporter ce mot magnifique
du directeur d'une maison centrale à feu lord
Durham, qui visita toutes les prisons pendant son
séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré
toute la prison, désigne du doigt un local en
faisant un geste de dégoût: «Je ne mène pas là
Votre Seigneurie, dit-il, car c'est le quartier des
tantes.—Hao! fit lord Durham, et qu'est-ce? *—
C'est le troisième sexe, milord.» (H. de Balzac.)
TROIS-SIX, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, âpre
au gosier,—dans l'argot des bourgeois.
TROIS-SOUS, s. m. Water-closets.
On dit aussi Un quinze-centimes.
TROLLER, v. n. Remuer; aller çà et là, trimer. Argot du
peuple.
TROLLER, v. a. Porter,—dans l'argot des voleurs.
TROLLEUR, s. m. Marchand de peaux de lapin,—
chineur quand il achète et trolleur quand il
revend.
TROMBINE, s. f. Tête, visage,—dans l'argot des
faubouriens.
TROMBOLER LES GONZESSES, v. a. Aimer les filles,—
dans l'argot des maquignons.
TROMPE, s. f. Nez,—dans l'argot des faubouriens, qui
prennent l'homme pour un proboscidien.
TROMPE-CHASSES, s. m. Peinture, tableau
quelconque,—dans l'argot des voleurs.
TROMPE-L'ŒIL, s. m. Accessoire d'un tableau, tel que
clou, déchirure, etc., si bien peint, qu'on le croirait
naturel. Argot des artistes.
TROMPETTE, s. f. Visage,—dans l'argot des
faubouriens.
TROMPETTE, s. f. Le nez,—à cause du bruit qu'il fait
lorsqu'on se mouche.
TROMPETTE, s. f. Cigare,—parce qu'on le tient
continuellement à la bouche, comme si on voulait
jouer un air quelconque.
TROMPETTER, v. a. Divulguer, publier une chose qui
devait être tenue secrète,—dans l'argot du
peuple.
TRONCHE, s. f. Visage; tête,—dans l'argot des
voleurs.
TRONCHER, v. a. Embrasser.
TRONCHINETTE, s. f. Figure de jeune fille;
physionomie agréable; petite tête. Argot des
voyous.
TRÔNE, s. m. Ce qu'on appelait autrefois «chaise
d'affaires», et, longtemps auparavant, trulla. Argot
des bourgeois.
Être sur son trône. Alvum deponere. TROTTANT, s. m. Rat,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Trotteur.
TROTTANTE, s. f. Souris.
TROTTE, s. f. Course,—dans l'argot du peuple.
Sacrée trotte. Course fort longue, que l'on ne peut faire qu'en beaucoup de temps.
TROTTIN, s. m. Cheval, parce qu'il trotte. Argot des
voleurs.
TROTTIN DE MODISTE, s. m. Jeune garçon ou jeune
fille, domestique ou apprentie, qui va porter les
chapeaux et faire les commissions des modistes.
Argot des bourgeois.
Il y a longtemps que ce mot signifie petit domestique, car Scarron a dit:
«Ensuite il appelle un trottin,
Fait amener son guilledin
Orné d'une belle fontange.»
TROTTINES FEUILLETÉES, s. f. pl. Bottes ou souliers
dont la semelle est en mauvais état. Argot des
voyous.
TROTTINS, s. m. pl. Les pieds,—dans le même argot.
TROTTOIR, s. m. Répertoire,—dans l'argot des
coulisses.
Grand trottoir. Répertoire classique.
Petit trottoir. Répertoire courant, drames et vaudevilles.
Grand trottoir se dit aussi de la Haute-Bicherie, et Petit trottoir du fretin des drôlesses.
TROU, s. m. Chambre insalubre, logis incommode,—
dans l'argot du peuple.
TROU, s. m. Logis, habitation,—dans l'argot des
bourgeois, qui disent souvent cela, par fausse
modestie, d'une fort jolie maison de campagne.
TROU, s. m. Emploi, position sociale.
Faire son trou. Réussir dans la vie; asseoir sa réputation, sa fortune, son bonheur.
TROU, s. m. Entr'acte d'un long déjeuner ou d'un long
dîner pendant lequel on sert le cognac ou le
madère.
Faire un trou. Boire un verre de cognac ou de madère au milieu d'un repas, afin de pouvoir le continuer avec plus d'appétit.
TROU AUX POMMES DE TERRE, s. m. La bouche,—
dans l'argot des faubouriens.
C'est la même expression que celle des ouvriers anglais: Potatoe trap.
TROUBADE, s. m. Apocope de Troubadour.
TROUBADOUR, s. m. Soldat de l'infanterie,—dans
l'argot du peuple.
Est-ce à cause de la clarinette de cinq pieds?
TROU DE BALLE, s. m. Le podex,—dans l'argot des
faubouriens.
On dit aussi Trou du souffleur et Trou de bise.
TROU DU CUL, s. m. Imbécile, homme incapable,—
dans l'argot du peuple.
TROUÉE, s. f. Dentelle,—dans l'argot des voleurs. TROUFIGNON, s. m. Le podex,—dans l'argot du
peuple, qui employait déjà cette expression du
temps de Béroalde de Verville.
TROUILLARDE, s. f. Femme de mauvaise vie,—dans
l'argot des faubouriens.
TROUILLE, s. f. Domestique malpropre; femme du
peuple rougeaude et avachie.
TROUILLOTTER, v. n. Exhaler une mauvaise odeur.
Trouillotter du goulot. Avoir l'haleine homicide.
TROUPE D'ARGENT, s. f. Troupe de second ordre,—
dans l'argot des coulisses.
TROUPE DE CARTON, s. f. Troupe plus que médiocre.
TROUPE DE FER-BLANC, s. f. Troupe composée
d'acteurs médiocres. Rédacteurs très ordinaires,
—dans l'argot des journalistes.
On dit aussi Troupe d'été, parce qu'à ce moment de l'année, les Parisiens riches étant en voyage ou à la campagne, il est inutile de se mettre en frais pour ceux qui restent à Paris.
TROUPE D'OR, s. f. Excellente troupe,—dans l'argot
des comédiens. Les meilleurs rédacteurs,—dans
l'argot des journalistes.
On dit aussi Troupe d'hiver, parce que c'est ordinairement dans cette saison—la meilleure de l'année théâtrale et journalistique—que les directeurs de théâtres et de journaux renforcent leur troupe et donnent leurs pièces et leurs articles à succès.
TROUSSÉ (Être). Mourir subitement, ou en peu de
jours, sans avoir eu le temps d'être malade. Argot
du peuple.
TROUSSEQUIN, s. m. La partie du corps qui sert de
cible aux coups de pied,—dans l'argot des TRUC, s. m. Ficelle, secret du métier,—dans l'argot
faubouriens.
On dit aussi Pétrousquin, mais ce dernier mot est moins étymologique que l'autre, qui est proprement le Morceau de bois cintré qui s'élève sur l'arçon de derrière d'une selle.
TROUSSER, v. a. Expédier promptement une chose ou
une personne,—dans l'argot du peuple.
TROUVÉ, adj. Neuf, original, réussi,—dans l'argot des
gens de lettres.
C'est trouvé. C'est ingénieux.
TROUVER DES PUCES. Rencontrer une dispute—et
même des coups. Argot du peuple.
C'est la conséquence de cette autre expression Chercher des poux à quelqu'un.
TROUVER MAUVAISE (La). Se dit—dans l'argot des
faubouriens et des petites dames—d'une histoire
désagréable, d'un acte déplaisant, d'un
événement ennuyeux. Un faubourien se casse le
bras: Je la trouve mauvaise! dit-il. On enlève son
amant à une petite dame: Je la trouve mauvaise!
dit-elle.
TROYEN, s. m. Le trois,—dans l'argot des joueurs de
dominos.
TRUC, s. m. Tromperie; malice,—dans l'argot du
peuple.
Avoir du truc. Avoir un caractère ingénieux.
Connaître le truc. Connaître le secret d'une chose.
Le truc était, au commencement du XVIIIe siècle, un billard particulier, plus long que les autres, et pour y jouer proprement il fallait en connaître le secret.
des saltimbanques.
Débiner le truc. Révéler le secret d'un tour.
TRUC, s. m. Machine destinée à produire un
changement à vue,—dans l'argot des coulisses.
Signifie aussi Entente des détails et de la mise en scène.
TRUCHE, s. f. Manière de voler,—dans l'argot des
prisons.
TRUCHEUR, s. m. Voleur.
TRUCSIN, s. m. Prostibulum,—dans l'argot des
voleurs.
TRUCULENT, adj. Enorme; farouche, sauvage,—dans
l'argot des romantiques, cette fois néologistes
(truculentus).
Le mot a été employé pour la première fois par Théophile Gautier.
TRUELLE, s. f. Cuiller,—dans l'argot des francs-
maçons.
Ils disent aussi Pelle.
Manier la truelle. Manger.
TRUFFARD, s. m. Soldat,—dans l'argot des
faubouriens.
TRUFFE, s. f. Nez d'ivrogne,—dans l'argot des
faubouriens, qui trouvent que ces nez-là
ressemblent beaucoup au tuber cibarium. Ils ont
raison.
TRUFFÉ, adj. et s. Imbécile, homme bourré de sottises
—comme un dindon de truffes.
TRUFFE DE SAVETIER, s. f. Marron.
TRUFFES (Aux)! C'est le: Aux ognons! des gandins.
TRUMEAU, s. m. Comédie ou vaudeville Louis XV,—
dans l'argot des gens de lettres et des gens de
théâtre.
TRUQUER, v. n. Tromper; ruser,—dans l'argot des
voleurs.
Signifie aussi Mendier.
TRUQUEUR, s. m. Homme qui passe sa vie à courir de
foire en foire, de village en village, n'ayant pour
toute industrie qu'un petit jeu de hasard.
TRUQUEUR, s. m. Trompeur; homme qui vit de trucs.
TUBE, s. m. Le gosier,—dans l'argot des faubouriens.
Se rincer le tube. Boire.
Se coller quelque chose dans le tube. Manger.
Signifie aussi Voix.
TUBE, s. m. Nez,—dans l'argot des marbriers de
cimetière.
Se flanquer du terreau dans le tube. Priser.
TUBÉREUSE, s. f. Ventris flatus malè olens,—dans
l'argot des faubouriens.
Lâcher une tubéreuse. Ventris flatum emittere.
TUDOR, s. m. Chapeau de femme ressemblant au
chapeau andalou, avec une garniture de plumes
de paon tout autour. Il est à la mode au moment
où j'écris: il n'y sera plus peut-être quand ce livre
paraîtra.
TUÉ (Être). Être mis hors du jeu par ses adversaires,
—au billard à trois.
TUER LES MOUCHES AU VOL, v. n. Avoir l'haleine aussi
cruelle que Domitien,—dans l'argot des
faubouriens.
On dit aussi Tuer les mouches à quinze pas, et, pour rajeunir un peu cette vieille formule, Faire mouche à tout coup.
TUER LE TEMPS. Le passer d'une façon quelconque,—
mais plus en se divertissant qu'en travaillant:
carpere diem.
On dit volontiers, en manière de proverbe: Il vaut mieux tuer le temps que d'être tué par lui.
TUER LE VER, v. a. Étouffer ses remords,—dans
l'argot des voleurs, qui ne commettent pas
souvent de ces meurtres-là, le vol étant leur
élément naturel.
Les Anglais ont la même expression, ainsi qu'il résulte de ce passage de Much Ado about nothing, où Shakespeare appelle la Conscience le Seigneur Ver (Don Worm).
TUER LE VER, v. a. Boire un verre de vin blanc en se
levant,—dans l'argot des ouvriers, chez qui c'est
une tradition sacrée.
On dit aussi Tuer un colimaçon.
TUILE, s. f. Accident, événement désagréable, visite
inattendue, qui tombe dans votre existence
comme une tuile sur votre tête. Argot du peuple.
TUILE, s. f. Assiette,—dans l'argot des francs-
maçons.
Ils disent aussi Platine.
TUILE, s. f. Chapeau,—dans l'argot des voyous, qui
prennent la tête pour le toit du corps humain.
Les voyous anglais ont le même mot: Tile.
TUILEAU, s. m. Casquette.
TUILER, v. n. Mesurer quelqu'un ou quelque chose;
juger du caractère ou de la qualité. Argot du
peuple.
TUILER (Se), v. réfl. S'enivrer; succomber sous
l'ivresse comme sous une averse de tuiles, ou
boire à en avoir bientôt le visage érubescent,
c'est-à-dire couleur de tuile neuve.
TUILEUR, s. m. Frère examinateur,—dans l'argot des
francs-maçons.
TULIPE ORAGEUSE, s. f. Variété de cancan ou de
chahut.
TU ME LA TUMES! Tu m'ennuies!—dans l'argot des
voyous, qui ont retenu, pour se l'approprier, ce
refrain d'une chanson des rues célèbre il y a
quinze ans.
TUNE, n. de l. Bicêtre,—l'ancien refuge naturel des
sujets du roi de Thunes. Argot des voleurs.
TUNE, s. f. Argent, monnaie,—dans le même argot.
TUNEÇON, s. m. Prison; violon.
TUNER, v. n. Mendier.
TUNEUR, s. m. Mendiant, vagabond.
TURBIN, s. m. Travail; besogne en général,—dans
l'argot des faubouriens et des voleurs.
Aller au turbin. Aller travailler.
On dit aussi Turbinement et Turbinage. TURBINER, v.n. Travailler.
TURBINEUR, s. m. Travailleur.
TURC, s. m. Tourangeau,—dans l'argot des voleurs.
TURC, s. m. Homme idéalement fort,—dans l'argot du
peuple, qui emploie ce mot aussi bien à propos
de la robusticité du corps que de l'adresse des
mains.
Les Anglais, eux, ont le Tartare, l'homme qui excelle dans une spécialité quelconque, à la boxe ou au billard. He is quite a Tartar at billiards, disent-ils en leur argot à propos d'un rival de Berger. To catch a Tartar (prendre un Tartare), c'est, pour eux, s'attaquer à une personne de force ou de capacité supérieure.
TURCAN, n. de l. Tours.
TURCO, s. m. Tirailleur indigène dans l'armée
d'Afrique, aujourd'hui aussi connu et aussi
apprécié des bonnes d'enfants et des lorettes
que jadis le zouave.
TURF, s. m. Champ de course,—dans l'argot des
sportsmen.
Par extension, Arène quelconque.
Le turf littéraire. La littérature; les journaux.
TURFISTE, s. m. Habitué des courses, propriétaire de
chevaux coureurs, parieur.
TURIN, s. m. Pot de terre,—dans l'argot des voleurs.
TURLUPINER, v. a. Agacer, ennuyer quelqu'un, se
moquer de lui,—dans l'argot du peuple.
TURLURETTE, s. f. Grisette, fille ou femme amie de la
joie—et des hommes.
TURLUTAINE, s. f. Fantaisie, caprice, lubie.
TURNE, s. f. Chambre malpropre, logis de pauvre,—
dans l'argot des faubouriens.
TURQUIE, n. de l. Touraine,—dans l'argot des voleurs.
TUTOYER, v. a. S'emparer sans façon, familièrement,
d'une chose. Argot du peuple.
TU VAS ME LE PAYER, AGLAÉ! Expression de l'argot des
filles et des faubouriens, qui l'emploient à propos
de tout—et surtout à propos de rien. Quelqu'un
annonce une nouvelle ou dit un mot drôle: Tu vas
me le payer, Aglaé! Il pleut ou il neige: Tu vas me
le payer, Aglaé... On tombe ou l'on voit tomber
quelqu'un: Tu vas me le payer... Etc.
TUYAU, s. m. Gorge, gosier,—dans l'argot des
faubouriens.
Se jeter quelque chose dans le tuyau. Manger ou boire.
Le tuyau est bouché. Quand on est enrhumé.
Se dit aussi pour Oreille.
TUYAU DE POÊLE, s. m. Chapeau rond, qui semble, en
effet, plus destiné à coiffer des cheminées que
des hommes.
Ce sont les romantiques, Théophile Gautier en tête, qui l'ont ainsi baptisé.
TUYAUX, s. m. pl. Les jambes,—dans l'argot des
faubouriens.
Ramoner ses tuyaux. Se laver les pieds.
TUYAUX DE POÊLE, s. m. pl. Bottes usées par le bout.
TYPO, s. m. Apocope de Typographe,—dans l'argot
des compositeurs d'imprimerie.
TYRAN, s. m. Roi,—dans l'argot du peuple, qui ne
peut s'en passer, quoiqu'il fasse une révolution
tous les vingt ans, pour détrôner celui qui règne.
Sous le règne du tyran. Sous le règne de Louis-Philippe, disait-on, après 1848 et avant l'Empire.
U
ULTRA, s. m. Royaliste,—dans l'argot des libéraux.
Libéral,—dans l'argot des royalistes.
Bonapartiste,—dans l'argot des conservateurs.
ULTRAMONTAIN, s. m. et adj. Catholique plus papiste
que le pape,—dans l'argot des voltairiens. Cagot,
—dans l'argot des abonnés du Siècle.
UN DE PLUS, s. m. Galant homme qui a eu le malheur
d'épouser une femme galante,—dans l'argot
pudibond des bourgeois, qui n'osent pas dire
Cocu.
UNITÉ SALUTAIRE, s. f. Unité qui, dans le classement,
à l'Ecole polytechnique, sert à maintenir un rang,
au lieu d'avoir un zéro.
URGE, s. m. Mot de l'argot des petites dames, qui
s'en servent entre elles pour coter un homme
devant lui-même sans qu'il s'en doute.
Ainsi un gandin passe d'un air dégagé sur le boulevard, lorgnant les femmes qui font espalier à la porte des cafés. Trois urges! diront celles-ci en l'apercevant. Trois urges, c'est-à-dire; «Ce monsieur n'est pas généreux, il gante dans les numéros bas.» Si, au contraire, elles disent: Six urges! ou huit urges! ou dix urges! oh! alors, c'est un banquier mexicain qui passe là, elles le savent, il leur en a donné des preuves la veille ou l'avant-veille. L'échelle n'a que dix échelons: le premier urge s'emploie à propos des pignoufs; le dixième urge seulement à propos des grands seigneurs.
UUSAGER, s. et adj. Homme poli, bien élevé, ayant
l'usage du monde,—dans l'argot du peuple.
UTILITÉ, s. f. Acteur qui joue tout ce qui se présente,
les premiers rôles comme les comparses. Argot
des coulisses.
V
VACHE, s. f. Fille ou femme, de mauvaises mœurs,—
dans l'argot du peuple.
On dit souvent Prendre la vache et le veau, pour Épouser une femme enceinte des œuvres d'un autre,—uxorem gravidam nubere.
VACHE, s. f. Homme sans courage, avachi.
VACHE A LAIT, s. f. Dupe qu'on ne se lasse pas de
duper; père trop faible qui ne se lasse pas de
payer les dettes de son fils; maîtresse trop
dévouée qui ne se lasse pas de fournir aux
dépenses de son amant.
VACHER, s. m. Homme mal élevé,—dans l'argot des
bourgeois.
VACHERIE, s. t. Nonchalance, avachissement.
VADE, s. f. Foule; rassemblement,—dans l'argot des
voleurs.
VA-DE-LA-GUEULE, s. m. Gourmand,—dans l'argot du
peuple.
VA-DE-LA-LANCE, s. m. Ami de la gaudriole, en paroles
et en action,—dans l'argot des faubouriens.
VA DONC! Expression signifiant: «Va te promener! tu
m'ennuies!»
On dit aussi Va donc te laver! ou Va donc te chier!
VADROUILLE, s. f. Drôlesse; fille ou femme de peu.
VAGUE, s. m. Flânerie, Vagabondage.
On dit aussi Coup de vague.
VAGUE (Du)! Rien! Néant! Terme de refus. VAGUE, s. m. Promenade intéressée,—dans l'argot
des filles et de leurs souteneurs.
Envoyer une femme au vague. Lui faire faire le trottoir.
VAGUER, v. n. Sortir sans savoir avec qui on rentrera;
—dans l'argot des petites dames.
On dit aussi Aller au vague.
VALOIR SON PESANT D'OR. Se dit,—dans l'argot du
peuple,—de toute bêtise un peu forte, de tout
mensonge un peu violent.
VAISSELLE DE POCHE, s. f. Argent, monnaie,—dans
l'argot des faubouriens.
VALADE, s. f. Poche,—dans l'argot des voleurs.
Sonder les valades. Fouiller les poches dans la foule.
Le patois normand a le même mot pour signifier Blouse.
VALOIR CHER (Ne pas). Être d'un caractère
désagréable,—dans l'argot des faubouriens.
VALSER, v. n. S'enfuir, ou seulement s'en aller.
Faire valser quelqu'un. Le mettre brutalement à la porte.
VALTREUSE, s. f. Valise,—dans l'argot des voleurs.
VALTREUSIER, s. m. Voleur de valises.
VANER, v. n. S'en aller,—dans l'argot des voyous.
VANNAGE, s. m. Piège, amorce,—dans l'argot des
voleurs.
Faire un vannage. Allécher par un petit profit l'homme qu'on se réserve de dépouiller.
VANTERNE, s. f. Lanterne,—dans le même argot.
Vanterne sans loches. Lanterne sourde.
VAPEREAU, s. m. Livre fort épais,—beaucoup plus fait
pour servir de tabouret que pour être consulté,—
dans l'argot des gens de lettres qui ne sont pas
oubliés par l'auteur du Dictionnaire des
Contemporains.
On ait aussi Bottin.
VASE ÉTRUSQUE, s. m. «Pot qu'en chambre on
demande»,—dans l'argot des romantiques.
VASE NOCTURNE, s. m. Vase étrusque,—dans l'argot
des bourgeois.
VA T'ASSEOIR SUR LE BOUCHON! Expression ironique
qu'on emploie,—dans l'argot des faubouriens,—
envers les gens que l'on veut congédier ou dont
on veut se moquer.
On dit aussi Va t'asseoir sur ma veste et ne casse pas ma pipe.
VA-TE-LAVER, s. m. Soufflet aller et retour,—dans le
même argot.
VAUDEVILLIÈRE, s. f. Cabotine, femme qui se fait
engager sur un théâtre de vaudeville quelconque,
non pour jouer, mais pour être vue et appréciée à
sa juste valeur—comme fille égrillarde—par les
habitués de l'orchestre, fins appréciateurs de l'art
dramatique, surtout en cabinet particulier.
Le mot a été créé par Jules Noriac.
VEAU, s. m. Jeune fille qui a des dispositions pour le
rôle de fille. Argot des faubouriens. VEAU, adj. Paresseux, nonchalant,—dans l'argot du
peuple.
Il ne faut pas croire l'expression nouvelle. Galli socordes et stultos vituli nomine designare soliti sunt, dit Arnoult de Féron dans son Histoire de France. Et Régnier, dans sa satire à Mottin, dit de même:
«Ce malheur est venu de quelques jeunes
veaux
Qui mettent à l'encan l'honneur dans les
bordeaux.»
VÉCU, adj. Arrivé, véridique,—dans l'argot des gens
de lettres.
Roman vécu. Roman qui est l'histoire réelle de quelqu'un.
VÉCU (Avoir). Avoir joyeusement dépensé sa vie à
boire, à manger, à aimer, etc.,—dans l'argot des
bourgeois.
VEDETTE, s. f. Nom imprimé en caractères très gros,
sur une affiche de théâtre,—dans l'argot des
coulisses.
Être en vedette. Avoir son nom en tête d'une affiche comme acteur plus important que les autres.
VEILLER AU GRAIN, v. n. Surveiller ses domestiques
quand on est maître, ses ouvriers quand on est
patron, afin qu'il n'y ait pas de détournements et
de gaspillage. Argot des bourgeois.
VEINARD, s. et adj. Homme heureux en affaires ou en
amour,—dans l'argot des faubouriens.
VEINARDE, adj. et s. Drôlesse qui a du succès en
hommes sérieux. Argot de Breda-Street.
VEINE, s. f. Chance heureuse, bonheur imprévu,—
dans l'argot du peuple.
VÊLER, v. n. Accoucher.
VELO, s. m. Postillon,—dans l'argot des voleurs.
VÉLOZE, s. f. Poste aux chevaux.
VELOURS, s. m. Tapis,—dans l'argot des joueurs de
cartes.
Eclairer le velours. Déposer son enjeu sur le tapis.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce velours est en cuir ou en drap, en n'importe quoi,—excepté en velours.
VELOURS, s. m. Liaison dangereuse, abus fréquent et
intempestif des s dans la conversation. Argot des
bourgeois.
VENDANGEUSE D'AMOUR, s. f. Drôlesse—bacchante
moderne—qu'on rencontre souvent ivre dans les
Vignes de Cythère.
J'ai créé l'expression il y a quelques années: elle est aujourd'hui dans la circulation.
VENDEUR DE CHAIR HUMAINE, s. m. Agent de
remplacement militaire,—dans l'argot du peuple.
VENDEUR DE FUMÉE, s. m. Homme qui fait de grandes
promesses et qui n'en tient aucune.
Se dit aussi de tout Rêveur, de tout poète, de tout abstracteur de quintessence.
VENDRE, v. a. Trahir quelqu'un.
Vendre la mèche. Dévoiler un secret, ébruiter une affaire.
VENDRE SES GUIGNES, v. a. Loucher, guigner de l'œil.
VENDRE SON PIANO, v. a. Jouer de façon à faire
pleurer les spectateurs,—dans l'argot des
coulisses, où Bouffé (rôle de Pauvre Jacques) a
laissé des souvenirs et des traditions.
Par extension, dans la vie réelle, on dit d'une Femme qui pleure hypocritement: Elle vend son piano.
VENDU, s. m. Remplaçant militaire,—dans l'argot du
peuple, qui attache à ce mot un sens
extrêmement méprisant.
VÉNÉRABLE, s. m. Premier officier dignitaire d'une
loge,—dans l'argot des francs-maçons.
VÉNÉRABLE, s. m. Un des nombreux pseudonymes
de messire Luc,—dans l'argot du peuple.
VENETTE, s. f. Peur.
Avoir une fière venette. Avoir une grande peur.
Docteur Venette. Poltron fieffé.
VENIR AU RAPPORT. Se dit—dans l'argot des
bourgeois—de tout ce qui provoque l'éructation.
VENT, s. m. Ventris flatus malè olens.
Moulin à vents. Podex.
VENT (Du)! Terme de refus,—dans l'argot des
faubouriens.
On dit aussi Du vent! De la mousse!
VENT DESSUS, VENT DEDANS (Être). Être en état
d'ivresse,—dans l'argot des marins.
VENTERNE, s. f. Fenêtre par où passe le vent,—dans
l'argot des voleurs.
Doubles venternes. Lunettes.
VENTERNIER, s. m. Voleur qui s'introduit dans les
maisons par la fenêtre au lieu d'y entrer par la
porte.
VENTRE BÉNIT, s. m. Bedeau, chantre, sacristain,—
dans l'argotdu peuple, qui suppose à tort que les
gens d'église se nourrissent exclusivement de
painbénit.
VENTRE DE MA MÈRE (C'est le). Expression du même
argot signifiant: Je ne retournerai plus dans cet
endroit, je ne me mêlerai plus de cette affaire.
VENTRE D'OSIER, s. m. Ivrogne.
VENTRÉE, s. f. Réfection copieuse.
Se foutre une ventrée. Se donner une indigestion.
VENTRILOQUE, s. et adj. Crepitator et même emittens
ventris flatum.
VENTROUILLER, v. n. Ventris flatum emittere.
VENTRU, s. m. Député du centre, satisfait,—dans
l'argot des journalistes libéraux du règne de
Louis-Philippe.
VER COQUIN, s. m. Caprice, fantaisie, hanneton,—
dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait
Régnier:
«.... Mon vice est d'être libre,
D'estimer peu de gens, suivre mon ver coquin,
Et mettre au même taux le noble et le faquin.»
a dit le vieux Mathurin.
VÉREUX, se, adj. Homme d'une probité douteuse;
chose d'une honnêteté problématique.
VERGNE, s. f. Ville,—dans l'argot des voleurs.
Deux plombes crossent à la vergne. Deux heures sonnent à la ville.
VERMICHELS, s. m. pl. Les veines du corps,—dans le
même argot.
VERMILLON, s. m. Anglais,—dans le même argot.
VERMINE, s. f. Avocat.—dans le même argot.
VERMINE, s. f. La populace,—dans l'argot des
bourgeois.
VERMOIS, s. m. Sang,—dans l'argot des voleurs. VERMOISE, adj. De couleur rouge.
VÉROLE, s. f. Syphilis,—dans l'argot du peuple, qui
parle comme écrivait Marot:
«Il mourut l'an cinq cens et vingt
De la verolle qui lui vint.»
On dit aussi Grosse vérole, pour la distinguer de l'autre—la Petite vérole.
VÉROLEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, qui
s'expose à donner ce qu'elle est exposée à
recevoir.
VERRE DE MONTRE, s. m. Le derrière de l'homme,—
dans l'argot des faubouriens.
Casser le verre de sa montre. Tomber sur le derrière.
VER RONGEUR, s. m. Voiture de remise ou de place a
l'heure,—dans l'argot des petites dames.
VERSEUR, s. m. Garçon chargé de verser le café aux
consommateurs.
VERSIGO, n. de l. Versailles, dans l'argot des voleurs.
VERSIONNAIRE, s. m. Humaniste qui, pour vivre,
compose en version latine pour les candidats
bacheliers dont la bourse est mieux garnie que la
cervelle.
VERT, s. m. Froid,—dans l'argot des voleurs.
Il fait vert. Il fait froid.
VERTE, s. f. Verre d'absinthe,—dans l'argot des
absintheurs.
Heure où la verte règne dans la nature. Cinq heures du soir. VERTIGO, s. m. Lubie, caprice,—dans l'argot du
peuple, à qui les gens fantasques semblent
justement atteints de e vertige , qu'au XVI siècle on
prononçait vertigue.
VERTU, s. f. Femme vertueuse,—ou affichant un
grand rigorisme de conduite.
VERVER, v. n. Pleurer,—dans l'argot des voleurs.
VERVEUX, s. m. Crinoline,—dans l'argot des paysans
des environs de Paris, qui trouvent une
ressemblance entre ce filet à cerceaux et cette
jupe à cage.
VESPASIENNES, s. f. pl. Water-closets montés sur
essieux, qui circulaient dans Paris vers les
premières années du règne de Louis-Philippe. Ce
nom leur avait été donné en souvenir de
l'empereur romain qui spéculait sur toutes les
gadoues de son empire.
Encore une chose que M. Louis Festeau n'a pas failli à chanter:
«La Vespasienne
Parisienne
A l'observateur arrêté
Offre asile et commodité.»
VESSARD, s. m. Poltron, homme sans énergie,—dans
l'argot des faubouriens.
VESSE, s. f. Peur.
Avoir la vesse. Avoir peur.
VESSER DU BEC, v. n. Avoir l'haleine «pire que cade»,
—dans l'argot des faubouriens, plus cyniques
que l'Aventurier Buscon. C'est plus grave, c'est-à-«Je suis Vésuvienne,
dire plus désagréable que le leve peditum
reproché par Catulle à Libon dans une de ses
épigrammes In Cæsaris cinædos.
VESSIE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs.
VESTALE, s. f. Desservante du Dieu des Jardins.
On disait autrefois Vestale de marais.
VESTE, s. f. Echec honteux, Waterloo de la vie
bourgeoise ou littéraire auquel on ne s'attendait
pas,—dans l'argot des gens de lettres et des
comédiens.
M. Joachim Duflot fait dater cette expression de la pièce des Etoiles, jouée au Vaudeville, dans laquelle l'acteur Lagrange, en berger, faisait asseoir mademoiselle Cico sur sa veste pour préserver cette aimable nymphe de la rosée du soir, ce qui faisait rire le public et forçait le berger à reprendre sa veste. Mais il y a une autre origine: c'est la Promise, opéra-comique de Clapisson, dans lequel Meillet chantait au Ier acte, un air (l'air de la veste) peu goûté du public; d'où cette expression attribuée à Gil-Pérez le soir de la première représentation: Meillet a remporté sa veste.
Ramasser ou remporter une veste. Echouer dans une entreprise, petite ou grande.—Se faire siffler en chantant faux ou en jouant mal.—Ecrire un mauvais article ou un livre ridicule.
On dit aussi Remporter son armoire, depuis le 13 septembre 1865, jour de la première représentation à la salle Hertz des prétendus phénomènes spirites des frères Davenport.
VESTIGES, s. m. pl. Légumes,—dans l'argot des
voleurs.
VÉSUVIENNE, s. f. Femme galante.
L'expression date de 1848, et elle n'a pas survécu à la République qui l'avait vue naître. Les Vésuviennes ont défilé devant le Gouvernement Provisoire; mais elles n'auraient pas défilé devant l'Histoire si un chansonnier de l'époque, Albert Montémont, ne les eût chantées sur son petit turlututu gaillard:
A moi le pompon!
Que chacun me vienne
Friper le jupon?»
VEULE, adj. des 2 g. Mou, paresseux, lâche,—dans
l'argot au peuple, qui emploie ce mot depuis des
siècles, comme le prouvent ces vers de Gauthier
de Coinci:
«Mais tant iert plains de vaine gloire
Tout iers fiers, cointes et veules,
Qu'il sembloit bien qu'en ses esteules
Eust trové tout le païs.»
C'est sans doute une antiphrase, de volo, vouloir, avoir volonté: volo, volvis, volui.
VEUVE (La). La guillotine,—dans l'argot des voleurs
qui se marient quelquefois avec elle sans le
vouloir.
Epouser la veuve. Être guillotiné.
VEUVE POIGNET (La). L'onanisme,—dans l'argot du
peuple.
Epouser la veuve Poignet. Se livrer à l'onanisme.
VÉZOUILLER, v. n. Puer,—dans l'argot des
faubouriens.
Vézouiller du bec. Avoir une haleine à la Paixhans.
VIANDE, s. f. La chair,—dans l'argot du peuple. Montrer sa viande. Se décolleter excessivement, comme font les demoiselles du demi-monde dans la rue et les dames du grand monde aux Italiens.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on emploie cette expression froissante pour l'orgueil humain. Tabourot, parlant du choix d'une maîtresse, disait il y a trois cents ans:
«Une claire brune face
Qui ne soit maigre ny grasse,
Et d'un gaillard embonpoint,
Ne put ny ne picque point:
Voilà la douce viande
Qu'en mes amours je demande.»
VICE, s. m. Imagination; ingéniosité; astuce,—dans
l'argot du peuple, qui sait que l'intelligence est un
don souvent fatal.
Avoir du vice. Être très malin,—c'est-à-dire sceptique en amour, en amitié, en politique et en morale.
On dit aussi: Avoir du vice dans la toupie.
VICELOT, s. m. Petit vice, défaut peu grave.
VICTOIRE, s. f. Chemise,—dans l'argot des
chiffonniers, qui ont voulu consacrer ainsi le
souvenir d'une marchande du faubourg chez
laquelle ils se fournissaient.
VICTORIA, s. f. Voiture découverte à quatre roues,—
dans l'argot des cochers.
C'est une façon de milord.
VIDANGE, s. f. Accouchement,—dans l'argot des
voleurs.
Largue en vidange. Femme en couches.
VIDER (Se), v. réfl. Mourir,—dans l'argot des
faubouriens.
VIDER UN HOMME, v. a. Le ruiner,—dans l'argot des
petites dames.
VIDER LE PLANCHER, v. a. S'en aller de quelque part,
—dans l'argot du peuple.
VIE (Faire la). S'amuser plus que la morale et la santé
ne le permettent; se débaucher, les femmes avec
les hommes, les hommes avec les femmes.
VIE DE CHIEN, s. f. Conduite déréglée, crapuleuse.
Faire ou Mener une vie de chien. Vivre dans le désordre et le vagabondage. Les Anglais ont la même expression, dans le même sens: to lead a dog's life. On dit aussi Faire une vie de polichinelle.
VIEILLE, s. f. Eau-de-vie qui devrait avoir cent sept
ans et qui n'a que quelques mois.
VIEILLE (Ma), s. f. Expression de tendresse banale
employée entre hommes,—je me trompe, entre
cabotins.
VIEILLE CULOTTE DE PEAU, s. f. Général en retraite,—
dans l'argot des troupiers.
VIEILLE MÉDAILLE, s. f. Vieille femme usée par le
frottement de la vie. Argot des faubouriens.
VIERGE DE COMPTOIR, s. f. Demoiselle de caboulot,—
dans l'argot ironique du peuple, qui ne se doute
pas qu'il a emprunté ce mot à John Bull: Bar-
maids, disent les Anglais à propos des mêmes
Hébés.
VIEUX, s. m. Amant en cheveux blancs ou gris, et
même sans cheveux,—dans l'argot des petites
dames.
Avoir son vieux. Être entretenue.
VIEUX (Se faire). S'ennuyer, attendre plus qu'il ne
faudrait; rester longtemps quelque part. Argot du
peuple.
VIEUX COMME LES RUES, adj. Extrêmement vieux.
On dit aussi Vieux comme Mathieu-salé,—par corruption de Mathusalem, un patriarche.
VIEUX JEU, s. m. Méthode classique, procédé
d'autrefois pour faire des chansons, des
vaudevilles, des romans. Argot des gens de
lettres.
VIEUX MEUBLE, s. m. Vieillard, personne impotente,
bonne à mettre au rancart de la vie.
VIEUX STYLE, s. m. Se dit de toute chose démodée,
de tout procédé tombé en désuétude, de toute
idée arriérée, etc.
VIEUX TISON, s. m. Galantin, vieillard amoureux.
VILLOIS, s. m. Village,—dans l'argot des voleurs.
VINAIGRE (Du)! Exclamation de l'argot des enfants,
garçons et petites filles, lorsqu'ils sautent à la
corde, afin d'en accélérer le mouvement.
Grand vinaigre! Le superlatif de la vitesse.
VINAIGRE DES QUARANTE VOLEURS, s. m. Acide
acétique cristallisé,—dans l'argot des bourgeois.
Historiquement, ce devrait être Vinaigre des quatre voleurs.
VIN CHRÉTIEN, s. m. Vin coupé de beaucoup trop
d'eau.—dans l'argot du peuple, assez païen pour
vouloir boire du vin pur.
VIN D'UNE OREILLE, s. m. Bon vin.
Vin de deux oreilles. Mauvais vin. VINGT-CINQ-FRANCO-JOURIEN, s. m. Représentant du
peuple,—parce que payé vingt-cinq francs par
jour.
Le mot date de 1848 et de Théophile Gautier.
VINGT-CINQ FRANCS PAR TÊTE (A), adv. Extrêmement,
remarquablement,—dans l'argot des faubouriens.
Rigoler à vingt-cinq francs par tête. S'amuser beaucoup.
S'emmerder à vingt-cinq francs par tête. S'ennuyer considérablement.
VINGT-DEUX, s. m. Poignard,—dans l'argot des
voleurs.
Jouer du vingt-deux, Donner des coups de poignard.
VIOC, s. m. Vieux,—dans le même argot.
VIOCQUE, s. f. Vie débauchée,—dans le même argot.
VIOLON, s. m. Partie d'un corps de garde réservée
aux gens arrêtés pendant la nuit et destinés à
être, soit relâchés le lendemain, soit conduits à la
Préfecture de police.
L'expression a un siècle de bouteille.
Sentir le violon. Être sans argent. Argot des voleurs.
VIRGULE, s. f. Barbiche,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Cicatrice.
VIRGULE, s. f. Trace que les faubouriens se plaisent à
laisser de leur passage dans certains lieux.
VISAGE COUSU, s. m. Homme très maigre,—dans
l'argot du peuple.
VISAGE DE BOIS, s. m. Porte fermée.
VISAGE DE BOIS FLOTTÉ, s. m. Mauvaise mine, figure
pâle, allongée.
L'expression a des ancêtres:
«Je ne suis pas un casse-mottes,
Un visage de bois flotté:
Je suis un Dieu bien fagotté,»
a dit d'Assoucy.
VISAGE DE CUIR BOUILLI, s. m. Figure grotesque.
VISAGE SANS NEZ, s. m. Messire Luc.
On dit aussi tout simplement Visage, ainsi que le constatent ces vers de Voiture à une dame:
«. . . . Ce visage gracieux
Qui peut faire pâlir le nôtre,
Contre moi n'ayant point d'appas,
Vous m'en avez fait voir un autre
Duquel je ne me gardois pas.»
VISCOPE, s. f. Visière,—dans l'argot des voyous.
VISITEUR, s. m. Frère qui se présente à une loge qui
n'est pas la sienne,—dans l'argot des francs-
maçons.
VITELOTTE, s. f. Le nez,—du moins le nez de certains
buveurs, qui affecte en effet la forme de cette
variété de pomme de terre. Argot du peuple.
VITRES, s. m. pl. Yeux,—dans l'argot des faubouriens,
qui ne savent pas se rencontrer si juste avec les
gueux anglais, lesquels disent aussi Glaziers. Carreaux de vitres. Lunettes.
VITRIERS, s. m. pl. Les chasseurs de Vincennes,—
dans l'argot du peuple, qui a emprunté cette
expression aux zouaves, heureux de rendre à
leurs rivaux la monnaie de leurs chacals.
On croit généralement que cette appellation ironique date de 1851, époque à laquelle les chasseurs de Vincennes dégarnirent à coups de fusil une notable quantité de fenêtres parisiennes. On croit aussi qu'à cette occasion leur fut appliqué le couplet suivant, encadré dans une de leurs sonneries de clairon:
«Encore un carreau d' cassé!
V' là l' vitrier qui passe.
Encore un carreau d' cassé!
V' là l' vitrier passé!»
On se trompe généralement. L'expression date de 1840, époque de la formation des chasseurs de Vincennes au camp de Saint-Omer, et elle venait du sac de cuir verni que ces soldats portaient sur leur dos à la façon des vitriers leur sellette. Ce qui ajoutait encore à la ressemblance et justifiait le surnom, c'étaient le manteau roulé et le piquet de tente qui formaient la base du sac des chasseurs, comme le mastic et la règle plate la base de la sellette des vitriers.
VITRINE, s. f. Lorgnon, lunettes,—dans le même
argot.
VIVRE D'AMOUR ET D'EAU FRAÎCHE, v. n. Se dit
ironiquement—dans l'argot de Breda-Street—de
l'amour pur, désintéressé, sincère, celui
«Qu'on ne voit que dans les romans
Et dans les nids de tourterelles.»
VIVRE DE L'AIR DU TEMPS, N'avoir pas de quoi vivre.
Argot du peuple.
VOILE, s. m. Nappe,—dans l'argot des francs-
maçons.
Ils disent aussi Grand drapeau.
VOIR, v. a. Permolere uxorem quamlibet aliam,—dans
l'argot des bourgeois.
VOIR, v. n. Se dit de l'indisposition mensuelle des
femmes,—dans l'argot des bourgeoises.
VOIR (Se). Concubare.
VOIR A LA CHANDELLE. Se dit d'une chose que l'on
croit ou que l'on dit bonne, mais qu'on n'ose pas
déclarer telle trop haut de peur de se tromper.
Cette expression de l'argot du peuple, M. J. Duflot la fait venir de l'argot des comédiens. «Avant le règne du gaz, dit-il, avant même que l'huile à quinquet fût en usage, la rampe du théâtre était éclairée par une rangée de chandelles. Quand on répétait une pièce, les comédiens de ce temps-là n'osaient pas affirmer que c'était un chef-d'œuvre qu'ils allaient jouer; aussi créèrent-ils cette phrase qu'ils nous ont transmise: Il faudra voir cela à la chandelle.»
VOIRIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,—dans
l'argot des faubouriens.
VOIR LA FARCE (En). Satisfaire sa curiosité ou son
caprice. Argot du peuple.
VOIR LA FEUILLE A L'ENVERS, v. a. Le couplet suivant,
tiré d'une très vieille chanson reproduite par
Restif de la Bretonne dans sa LXXII-CLXXVIIe.
Contemporaine, expliquera cette expression
mieux que je ne le pourrais faire:
«Sitôt, par un doux badinage,
Il la jeta sur le gazon.
—Ne fais pas, dit-il, la sauvage,
Jouis de la belle saison.
Pour toi, le tendre amour m'engage
Et pour toi je porte ses fers;
Ne faut-il pas, dans le jeune âge.
Voir un peu la feuille à l'envers?»
chante le berger Colinet à la bergère Lisette, chapitre des Jolies Crieuses.
VOIR QUE DU FEU (N'y). Être trompé par un beau
parleur; être ébloui par des promesses brillantes.
VOIR LE COUP DE TEMPS. Deviner à temps les
intentions malveillantes de quelqu'un, de façon à
être prêt à la riposte, soit qu'il s'agisse d'un coup
de poing ou d'une question embarrassante.
VOIR SOPHIE, v. a. Avoir ses menses,—dans l'argot
des ouvrières.
VOIR TRENTE-SIX CHANDELLES, v. a. Avoir un
éblouissement occasionné par un coup sur la tête
ou par une émotion subite. Argot du peuple.
Faire voir trente-six chandelles. Appliquer un vigoureux coup de poing en plein visage.
VOIR VENIR QUELQU'UN AVEC SES GROS SABOTS. Se dit
—dans le même argot—de quelqu'un qui est
deviné avant d'avoir parlé ou agi, par son
inhabileté ou sa gaucherie.
VOITE, s. f. Apocope de Voiture,—dans l'argot des
voyous.
VOITURE A TALONS (La). Les jambes avec lesquelles
on se passe de voiture. Argot du peuple.
VOIX D'EN BAS, s. f. Le peditum de Catulle, ou plutôt
son leve petitum,—dans l'argot facétieux des
faubouriens qui ignorent que Savinien Lapointe a
publie sous ce titre un recueil de poésies fort
estimables.
VOLAILLE, s. f. Femme ou fille débauchée,—dans
l'argot du peuple, qui sait que la plupart des
drôlesses sont bêtes comme des oies.
VOLAILLE, s. f. Homme sans consistance; aimable
sceptique qui ne croit qu'à lui. Argot des gens de
lettres.
VOLAILLER, v. n. Argot des gens de lettres.
VOLAILLER, v. n. Courir les gueuses.
VOLAILLER, v. n. N'avoir pas de stabilité dans ses
affections, se faire l'ami du premier venu.
VOLE-AU-VENT, s. f. Plume,—dans l'argot des voleurs.
VOLÉ (Être). Mystifié, trompé, déçu,—dans l'argot du
peuple.
VOLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
C'est le Banging des ouvriers anglais.
VOLTIGEANTE, s. f. La boue,—dans l'argot des
voyous.
VOLTIGEUR DE LA CHARTE, s. m. Homme qui croit
encore à la Charte-Vérité comme les Juifs croient
au Messie. Argot des journalistes.
VOLTIGEUR DE LOUIS XIV, OU DE LOUIS XVIII, s. m.
Emigré, retour de Gand ou de Coblentz.
Se dit depuis 1815.
VOLTIGEUR DE 89, s. m. Prudhomme politique qui a
toujours à la bouche les «immortels principes» de
la première Révolution.
VOUÉ AU BLANC (Être). Se dit—dans l'argot des
faubouriens—d'un apprenti qui n'aime pas à
travailler et qui préfère polissonner avec les
voyous et les filles du faubourg.
VOUSAILLE, pron. pers. Vous,—dans l'argot des
voleurs.
VOUS-N'AVEZ-RIEN, s. m. Employé de l'octroi,—dans
l'argot des faubouriens, par allusion à sa phrase
habituelle: «Vous n'avez rien à déclarer?».
VOÛTE AZURÉE, s. f. Le ciel,—dans l'argot des
académiciens, qui ont des lunettes bleues.
VOÛTE D'ACIER, s. f. Partie du cérémonial
maçonnique.
VOYAGE (Le). Le tour de France,—dans l'argot des
saltimbanques.
Se connaître sur le voyage. Pendant la tournée départementale.
VOYAGEUR, s. m. Insecte parasite,—dans l'argot des
faubouriens.
VOYAGEUR, s. m. Amateur,—dans l'argot des
saltimbanques, qui donnent ce nom à celui des
spectateurs qui consent à leur servir de compère
dans un tour de force ou d'adresse.
VOYAGES, s. m. pl. Épreuves de réception,—dans
l'argot des francs-maçons.
VOYOU, s. m. Gamin de Paris, enfant perdu de la voie
publique; produit incestueux de la boue et du
caillou; fumier sur lequel pousse l'héroïsme:
hôpital ambulant de toutes les maladies morales
de l'humanité; laid comme Quasimodo, cruel
comme Domitien, spirituel comme Voltaire,
cynique comme Diogène, brave comme Jean
Bart, athée comme Lalande,—un monstre en un
mot.
Type vieux—comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu'on ait voulu le faire remonter jusqu'à Saint-Simon, qui traite de voyous les petits bourgeois de son temps.
VOYOUCRATE, s. m. Démocrate qui exagère la
Démocratie, et dont l'Idéal, au lieu de plonger
dans l'éther de l'abbé de Saint-Pierre, barbote
dans la fange du sans-culottisme.
VOYOUCRATIE, s. f. Gouvernement de la blouse sale;
tyrannie du ruisseau; démocratie qui ferait
regretter aux républicains sincères «le
despotisme de nos rois»—lequel du moins était
un despotisme aimable.
VOYOUTE, s. f. Petite drôlesse qui s'accouple avec le
voyou avant l'âge de la nubilité,—afin de n'en pas
laisser perdre la graine. Fleur fanée qui ne se
nouera jamais en fruit,—fille qui ne sera jamais
que fille.
J'ai créé le mot il y a quelques années: il est maintenant dans la circulation.
VOYOUTISME, s. m. État crapuleux, abject,—la satire
boueuse de l'humanité.
VRILLE, s. f. Lesbienne,—dans l'argot des
souteneurs.
W
WAGON, s. m. Verre de vin d'une contenance plus
grande que l'omnibus.
WAGON, s. m. Femme de mauvaise vie,—de
troisième classe.
Il y aussi des wagons de première, réservés aux gandins riches. WATER-CLOSET, s. m. Endroit où, moyennant 15
centimes, tout le monde a le droit d'aller—mais à
pied, comme le roi.
WATERLOO, s. m. Échec subi; défaite éprouvée, en
amour, en art, en littérature,—par allusion à la
néfaste journée du 18 juin 1815.
WATRIPONNER, v. n. Écrire dans les petits journaux;
en fonder.
Expression créée par Firmin Maillard. (>Hist. anecdot. de la Presse, p. 130), et qui est une allusion à la fécondité journalistique de feu Antonio Watripon.
X
X, s. m. Polytechnicien,—dans l'argot des collégiens.
Fort en X. Elève qui a des dispositions pour les mathématiques.
Tête à X. Tête organisée pour le calcul; cerveau à qui le Thêta X est familier.
X. s. m. Secret,—dans l'argot des gens de lettres.
Y
YANKEE, adj. et s. Américain vu par ses mauvais
côtés.
Dans la bouche d'un Anglais c'est un terme de mépris.
YAVOIR PASSÉ. Se dit—dans l'argot du peuple—d'une
jeune fille qui n'est plus digne de porter à son
corsage le bouquet de fleurs d'oranger
emblématique.
YEUX AU BEURRE NOIR, s. m. pl. Yeux pochés par
suite d'une chute ou d'une rixe,—dans l'argot des
faubouriens.
YEUX DE LAPIN BLANC (Avoir des). Rouges, avec des
cils blancs.
YEUX SUR LE PLAT, s. m. pl. Se dit des yeux blancs
que font certaines femmes grimacières, et qui
ressemblent assez, en effet, à deux œufs dont on
ne verrait que l'albumine.
YOUTRE, s. m. Israélite,—dans l'argot des
faubouriens, qui prononcent presque bien, sans
s'en douter, le mot allemand Iude.
Jardin des youtres. Cimetière juif,—par antiphrase sans doute, car il y a plus de pierres que de verdure.
Z
ZE-ZE, s. des 2 g. Homme ou femme qui blèse, qui
prononce Ze pour Je et parle Ze-ze. Argot du
peuple.
ZÉPHIR, s. m. Soldat indiscipliné ou bon pour les
compagnies de discipline. Argot des troupiers.
ZÉRO, s. m. Homme sans valeur, sans énergie, sans
consistance, sans rien. Argot du peuple.
On dit aussi Zéro en chiffre.
ZIF, s. m. «Marchandise supposée dont certains
industriels font intervenir le nom dans leurs
opérations.»
ZIG ou ZIGUE, s. m. Ami, camarade de bouteille,—
dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux
zigzags du lundi soir.
Bon zigue. Homme joyeux,—mauvais mari peut-être, mauvais fils ou mauvais père, mais bon ami de cabaret et de débauche.
C'est un zigue. Phrase consacrée par laquelle un ouvrier répond d'un autre ouvrier comme de lui-même.
ZIG-ZAG, s. m. Boiteux, bancal,—dans l'argot des
voleurs.
ZINC, s. m. Maladie vénérienne,—dans l'argot des
faubouriens.
ZINC, s. m. Chic,—dans le même argot.
Avoir du zinc. Avoir une brillante désinvolture.
ZINC, s. m. Voix métallique et solide,—dans l'argot
des coulisses.
Avoir du zinc. Avoir une voix sonore.
On dit aussi Être zingué.
ZINGO, s. m. Bon Zigue,—dans l'argot des marchands
de vin.
ZOÏLE, s. m. Ecrivain envieux, et même un peu
calomniateur,—dans l'argot des académiciens et
des apprentis écrivains, qui éternisent ainsi, sans
s'assurer si elle est méritée, la mauvaise
réputation dont jouit, depuis deux mille ans, le
contempteur de l'Odyssée et de l'Iliade.
ZOUAVE, s. m. Pardessus de femme, à capuchon,
taillé sur le patron du manteau des zouaves.
On dit aussi Une Permission de dix heures.
ZOUZOU, s. m. Zouave,—dans l'argot des
faubouriens.
ZUT! Exclamation qui est une formule de refus ou de
congé.
Depuis 1865, on dit: Ah! zut alors si ta sœur est malade! C'est plus long, mais c'est plus canaille—et, à cause de cela, préférable.
ZUT AU BER... GER! Exclamation de l'argot des gamins,
par laquelle ils se défient à courir, à jouer, etc.