Dictionnaire de la langue verte

Alfred Delvau · Chapitre 2 sur 4 · partie 10/20

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Dictionnaire de la langue verte

Dictionnaire de la Langue Verte

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.

GOGO, s. m. Homme crédule, destiné à prendre des

actions dans toutes les entreprises industrielles,

même et surtout dans les plus véreuses,—

chemins de fer de Paris à la lune, mines de café

au lait, de charbon de bois, de cassonnade, enfin

de toutes les créations les plus fantastiques

sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert

Macaire.

 

A propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route,—parce qu'ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L'un veut que gogo vienne de gogue, expression du moyen âge qui signifie raillerie: l'autre trouve gogo dans François Villon et n'hésite pas un seul instant à lui donner le sens qu'il a aujourd'hui. Pourquoi, au lieu d'aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l'on promet qu'ils auront tout à gogo?

Ce mot «du moyen âge» date de 1830-1835.

 

GOGO (A), adv. A profusion, en abondance.

GOGOTTE, adj. Faible, mou, sans caractère;

malpropre, mauvais, désagréable. Argot des

faubouriens.

 

Avoir la vue gogotte. Avoir de mauvais yeux, n'y pas voir clair, ou ne pas voir de loin.

Être gogotte. Être un peu niais; faire l'enfant.

 

GOGUENOT, s. m. Vase de fer-blanc,—dans l'argot

des troupiers d'Afrique, qui s'en servent comme

casserole et comme gobelet.

GOGUENOT, s. m. Baquet-latrine,—dans l'argot des

prisons et des casernes.

 

On dit aussi Goguenaux.

 

GOGUETTE, s. f. Société chantante,—dans l'argot du

peuple, qui lui aussi a son Caveau.

GOGUETTE, s. f. Chanson joyeuse.

 

Être en goguette. Être de bonne humeur, grâce à des libations réitérées. GOGUETTIER, s. m. Chanteur de goguettes; membre

d'une société chantante.

GOÏ, s. m. Chrétien,—dans l'argot des voleurs.

GOINFRADE, s. f. Repas copieux,—dans l'argot du

peuple.

 

On dit aussi Goinfrerie.

 

GOINFRE, s. m. Chantre,—dans l'argot des voleurs.

GOINFRER (Se), v. réfl. Boire et manger avec excès,

—comme font les gens qui ne mangent pas tous

les jours.

GOÎTREUX, s. m. Aménité de l'argot des gens de

lettres, qui se croient autorisés à l'adresser à

leurs rivaux,—qu'ils appellent aussi crétins, pour

varier leurs injures.

GOLGOTHER, v. n. Poser en martyr; se donner des

airs de victime; faire croire à un Calvaire, à un

Golgotha imaginaire.

 

Ce verbe appartient à Alexandre Pothey, graveur et chansonnier—sur bois.

 

GOMBERGER, v. a. Compter—dans l'argot des

prisons.

GONCE, s. m. Homme quelconque du bois dont on

fait les dupes,—dans l'argot des voleurs, qui ont

remarqué que les bourgeois se parfumaient

(concio).

GONCIER, s. et adj. Homme rusé, malin, qui enfonce

le gonce.

GONZESSE, s. f. Femme en général, et, en particulier,

Maîtresse, concubine.

GORET, s. m. Premier ouvrier,—dans l'argot des

cordonniers.

GORET, s. m. Homme malpropre, petit cochon,—dans

l'argot du peuple, qui a appelé la reine Isabeau la

grande gore.

GORGE, s. f. Étui,—dans l'argot des voleurs.

GORGNIAT, s. m. Homme malpropre, cochon,—dans

l'argot des faubouriens, qui emploient cette

expression au propre et au figuré.

GOSSE, s. f. Bourde, menterie, attrape,—dans l'argot

des écoliers et du peuple.

 

Voilà encore un mot fort intéressant, à propos duquel la verve des étymologistes eût pu se donner carrière. On ne sait pas d'où il vient, et, dans le doute, on le fait descendre du verbe français se gausser, venu lui-même du verbe latin gaudere. On aurait pu le faire descendre de moins haut, me semble-t-il. Outre que Noël Du Fail a écrit gosseur et gosseuse, ce qui signifie bien quelque chose, jamais les Parisiens, inventeurs du mot, n'ont prononcé gausse. C'est une onomatopée purement et simplement,—le bruit d'une gousse ou d'une cosse.

Conter des gosses. Mentir.

Monter une gosse. Faire une farce.

 

GOSSE, s. m. Apprenti,—dans l'argot des

typographes.

 

Ils disent aussi Attrape-science et Môme.

 

GOSSE, s. m. Enfant, petit garçon,—dans l'argot du

peuple.

GOSSELIN, s. m. Nouveau-né,—dans l'argot des

voleurs.

GOSSELINE. Petite fille.

GOSSEMARD, s. m. Gamin,—dans l'argot des

faubouriens.

On dit aussi Goussemard.

 

GOSSEUR, adj. et s. Menteur.

GOTEUR, s. m. Débauché, libertin,—dans l'argot des

voleurs.

GOTHIQUE, adv. Vieux, suranné,—dans l'argot du

peuple.

GOTHON, s. f. Cuisinière malpropre.

 

Signifie aussi Coureuse,—dans l'argot des bourgeois.

 

GOUALANTE, s. f. Chanson,—dans l'argot des

voleurs.

GOUALER, v. a. et n. Chanter.

 

On dit aussi Galouser.

 

GOUALEUR, s. m. Chanteur des rues.

 

Goualeuse. Chanteuse.

 

GOUAPE, s. f. Vagabondage; fainéantise,—dans

l'argot du peuple.

GOUAPE, s. f. Filou,—dans l'argot des faubouriens.

Faiseur de poufs,—dans l'argot des cabaretiers.

 

On dit aussi Gouapeur. Cependant gouape a quelque chose de plus méprisant.

 

GOUAPER, v. a. Flâner, chercher aventure.

GOUGE, s. f. Fille ou femme qui vend l'amour au lieu

de le donner,—dans l'argot du peuple, qui a

déshonoré là un des plus vieux et des plus

charmants mots de notre langue. Gouge, comme

garce, n'avait pas à l'origine la signification

honteuse qu'il a aujourd'hui; cela voulait dire

jeune fille ou jeune femme. «En son aage viril

espousa Gargamelle, fille du roy des Parpaillos,

belle gouge,» dit Rabelais.

GOUGNOTTE, s. f. «Femme ou fille qui abuse des

personnes de son sexe,—d'où le verbe

gougnotter,» dit Francisque Michel.

 

On dit aussi Gusse.

 

GOUILLE (A la). A la volée,—dans l'argot des enfants,

quand ils jouent à jeter des billes.

 

Envoyer à la gouille. Renvoyer quelqu'un qui importune,—dans l'argot des faubouriens.

 

GOUILLOU, s. m. Gamin, voyou,—avec cette

différence que le premier est le père du second,

comme la lorette est la mère de la boule-rouge.

GOUINE, s. f. Coureuse,—dans l'argot du peuple, qui

a un arsenal d'injures à sa disposition pour

foudroyer les drôlesses, ses filles.

 

A qui a-t-il emprunté ce carreau? A ses ennemis les Anglais, probablement. Il y a eu une Nell Gwynn, maîtresse de je ne sais plus quel Charles II. Il y a aussi la queen, qu'on respecte si fort de l'autre côté du détroit et si peu de ce côté-ci. Choisissez!

 

GOUJAT, s. m. Homme mal élevé,—dans l'argot des

bourgeoises.

GOUJON, s. m. Homme facile à duper,—dans l'argot

des filles, qui ont pour hameçons leurs sourires et

leurs regards;—ainsi que dans l'argot des

faiseurs, qui ont pour hameçons des dividendes

invraisemblables.

GOUJONNER, v. a. Tromper, duper quelqu'un.

 

On disait autrefois Faire avaler le goujon.

GOULE, s. f. La gorge, le gosier,—dans l'argot au

peuple, qui parle latin sans le savoir (gula).

GOULÉE, s. f. Bouchée de viande ou cuillerée de

soupe.

GOULIAFFE, s. m. Gourmand, ou plutôt goinfre.

 

Le mot est vieux, puisqu'on le trouve dans la langue romane.

On dit aussi Gouillafre, ou gouillaffe.

 

GOULOT, s. m. Bouche, gosier,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Trouilloter du goulot. Fetidum halitum habere.

 

GOULU, s. m. Poêle,—dans l'argot des voleurs.

 

Se dit aussi pour Puits.

 

GOUPINER, v. a. Voler,—dans le même argot.

 

Goupiner les poivriers. Dévaliser les ivrognes endormis sur la voie publique.

 

GOUPINEUR, s. m. Voleur.

GOUPLINE, s. f. Litre,—dans le même argot.

GOUR, s. m. Pot à eau ou à vin,—dans le même

argot.

 

Dans la langue des honnêtes gens, le gour est un creux plein d'eau dans un rocher, au pied d'un arbre, etc.

 

GOURD, DE, adj. Engourdi par le froid,—dans l'argot

du peuple.

GOURDEMENT, adv. Beaucoup,—dans l'argot des

voyous.

GOURDIN, s. m. Gros bâton,—dans l'argot du peuple,

qui pour le manœuvrer ne doit pas avoir les

mains gourdes.

GOURDINER, v. a. Bâtonner quelqu'un.

GOURGANDE, s. f. Apocope de Gourgandine,—dans

l'argot des faubouriens.

GOURGANDINE, s. f. Fille ou femme qui court plus que

ses jambes et la morale le lui permettent, et qui,

en courant ainsi, s'expose à faire une infinité de

glissades. Argot du peuple.

GOURGANDINER, v. n. Mener une vie libertine.

GOURGANER, v. n. Manger de la prison,—dans l'argot

des faubouriens.

GOURGANES, s. f. pl. Lentilles ou haricots,—dans

l'argot des prisons et des ateliers, où les hommes

sont nourris comme des bestiaux.

 

Gourganes des prés. Celles qui constituent la nourriture des forçats.

Proprement, la gourgane est une petite fève de marais fort douce.

 

GOURGOUSSAGE, s. m. Murmure de mécontentement

ou de colère,—dans l'argot des typographes.

GOURGOUSSER, v. n. Murmurer.

GOURME, s. f. La fougue de la jeunesse,—dans

l'argot du peuple, qui sait que cet impetigo finit

toujours par disparaître avec les années,—

malheureusement!

 

Jeter sa gourme. Vivre follement, en casse-cou, sans souci des périls, des maladies et de la mort.

 

GOURRER, v. a. Tromper, duper,—dans l'argot des

voleurs, qui se sont approprié là un verbe du GRABUGE, s. m. Trouble, vacarme,—dans l'argot du

langage des honnêtes gens. (Goure, drogue

falsifiée: goureur, qui falsifie les drogues.)

GOURREUR, s. m. Trompeur.

GOUSPIN, s. m. Voyou, jeune apprenti voleur,—dans

l'argot des faubouriens, qui se servent de cette

expression depuis longtemps.

GOUSPINER, v. n. Vagabonder au lieu de travailler.

GOUSSE (La). Nom donné au banquet mensuel des

artistes du Vaudeville. Il a lieu, le premier jeudi de

chaque mois, chez Laumônier-Brébant.

GOUSSET, s. m. Aisselle,—dans l'argot du peuple.

 

Sentir du gousset. Puer.

 

«[Grec: Maschalê], axila, aisselle, sale odeur,»

dit M. Romain Cornut, expurgateur de Lancelot et continuateur de Port-Royal.

 

GOÛTER, v. n. Plaire, faire plaisir.

GOUTTE, adv. Peu ou point.

 

N'y voir goutte. N'y pas voir du tout.

On dit aussi N'y entendre goutte.

 

GOUTTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie,—dans l'argot

des ouvriers et des soldats.

 

Marchand de goutte. Liquoriste.

 

GOUVERNE, s. f. Règle de conduite; façon d'agir.

GOUVERNEMENT, s. m. Épée d'ordonnance,—dans

l'argot des Polytechniciens, qui distinguent entre

les armes que leur fournit le gouvernement et

celles qu'ils se choisissent eux-mêmes. (V.

Spickel.)

peuple.

GRAFFIGNER, v. a. et n. Saisir, prendre,—dans l'argot

des faubouriens.

 

Signifie aussi Égratigner.

 

GRAFFIN, s. m. Chiffonnier.

GRAILLON, s. f. Servante malpropre, cuisinière peu

appétissante. Argot du peuple.

 

On dit aussi Marie-Graillon.

 

GRAILLONNER, v. n. Cracher fréquemment.

GRAILLONNER, v. n. S'entretenir à haute voix, d'une

fenêtre ou d'une cour à l'autre,—dans l'argot des

prisons.

GRAILLONNEUR, s. m. Homme qui crache à chaque

instant.

GRAILLONNEUSE, s. f. Femme qui vient laver son linge

au bateau sans être du métier,—dans l'argot des

blanchisseuses.

GRAIN, s. m. Pièce de cinquante centimes,—dans

l'argot des voleurs.

GRAIN (Avoir un), v. a. Être un peu fou, ou seulement

maniaque,—dans l'argot du peuple.

GRAINE D'ATTRAPE, s. f. Mensonge, moquerie,

tromperie.

GRAINE DE CHOU COLOSSAL, s. f. Amorce pour duper

les simples.

 

C'est un souvenir des réclames faites il y a vingt ans par un industriel possesseur d'une variété de brassica oleracea fantastique, servant à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux, et donnant un ombrage agréable pendant l'été.

GRAINE D'ÉPINARDS, s. f. Épaulettes des officiers

supérieurs,—dans l'argot des troupiers, dont ce

légume est le desideratum permanent.

 

Porter la graine d'épinards. Avoir des épaulettes d'officier supérieur.

 

GRAISSE, s. m. Variété de voleur dont Vidocq donne

le signalement et l'industrie (p. 193).

GRAISSE, s. f. Argent,—dans l'argot du peuple, qui

sait que c'est avec cela qu'on enduit les

consciences pour les empêcher de crier

lorsqu'elles tournent sur leurs gonds.

GRAISSER, v. a. Gratter,—dans l'argot des voleurs.

GRAISSER LA PATT, v. a. Acheter la discrétion de

quelqu'un, principalement des inférieurs,

employés, concierges ou valets.

 

On dit aussi graisser le marteau,—mais plus spécialement en parlant des concierges.

 

GRAISSER LES BOTTES, v. a. Donner des coups à

quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens.

 

Signifie aussi: Faire des compliments à quelqu'un, le combler d'aise en flattant sa vanité.

 

GRAISSER SES BOTTES, v. a. Recevoir l'Extrême-

Onction, être en état de faire le grand voyage

d'où l'on ne revient jamais.

GRAMMAIRE BENOITON, s. f. La grammaire de la

langue verte,—dans l'argot des journalistes, qui

ont voulu ainsi fixer le passage, dans la littérature

française, de la pièce de M. Victorien Sardou, la

Famille Benoiton (1865-66).

 

On dit aussi le Dictionnaire Benoiton.

GRAND ARROSEUR, s. m. Dieu,—dans l'argot du

peuple, qui devrait pourtant savoir (depuis le

temps!) comment se forment les nuages et la

pluie.

GRAND COURT-BOUILLON, s. m. La mer.

 

On dit aussi la Grande tasse,—où tant de gens qui n'avaient pas soif ont bu leur dernier coup.

 

GRANDE BOUTIQUE, s. f. La préfecture de police,—

dans l'argot des voleurs, qui voudraient bien

dévaliser celle-là de ses sommiers judiciaires.

GRANDE FILLE, s. f. Bouteille,—dans l'argot des

ouvriers.

 

Petite fille. Demi-bouteille.

 

GRAND LUMIGNON, s. m. Le soleil,—dans l'argot des

voyous.

GRAND RESSORT, s. m. La volonté, le cœur,—dans

l'argot du peuple, qui sait quels rouages font

mouvoir la machine-homme.

 

Casser le grand ressort. Perdre l'énergie, le courage nécessaires pour se tirer des périls d'une situation, des ennuis d'une affaire, pour rompre une liaison mauvaise, etc., etc.

 

GRAND TOUR, s. m. Résultat de la digestion,—dans

l'argot des enfants et des grandes personnes

timides.

GRAND TROTTOIR (Le). Le répertoire classique,—dans

l'argot des coulisses.

GRAND TURC, s. m. Personnage imaginaire qui

intervient fréquemment dans l'argot des

bourgeois.

S'en soucier comme du Grand Turc. Ne pas s'en soucier du tout.

Travailler pour le Grand Turc. Travailler sans profit.

Ce Grand Turc est un peu parent du roi de Prusse, auquel il est fait allusion si souvent.

 

GRAPPIN, s. m. Main,—dans l'argot du peuple.

 

Poser le grappin sur quelqu'un. L'arrêter.

Poser le grappin sur quelque chose. Le prendre.

 

GRAPPINER, v. a. et n. Arrêter,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Signifie aussi Cueillir.

 

GRAS, adj. Gaillard, grivois, et même obscène,—dans

l'argot des bourgeois.

 

Parler gras. Dire des choses destinées à effaroucher les oreilles.

 

GRAS, s. m. Profit,—dans l'argot des faubouriens.

 

Il y a gras. Il y a de l'argent à gagner.

Il n'y a pas gras. Il n'y a rien à faire là-dedans.

 

GRAS, s. m. Réprimande, correction,—dans l'argot

des voyous. C'est le suif des faubouriens.

GRAS A LARD, s. et adj. Homme chargé d'embonpoint,

—dans l'argot du peuple.

GRAS-DOUBLE, s. m. Plomb volé et roulé,—par

allusion à la ressemblance qu'il offre ainsi avec

les tripes qu'on voit à la devanture des

marchands d'abats.

 

Les voleurs anglais, eux, disent moos, trouvant sans doute au plomb une ressemblance avec la mousse.

GRAS-DOUBLE, s. m. Gorge trop plantureuse,—dans

l'argot des faubouriens.

 

L'analogie, pour être assez exacte, n'est pas trop révérencieuse; en tout cas elle est consacrée par une comédie de Desforges, connue de tout le monde, le Sourd ou l'Auberge pleine: «Je ne voudrais pas payer madame Legras—double!» dit Dasnières en parlant de l'aubergiste, femme aux robustes appas.

Castigat ridendo mores, le théâtre! C'est pour cela que les plaisanteries obscènes nous viennent de lui.

 

GRAS-DOUBLIER, s. m. Plombier,—dans l'argot des

voleurs.

GRATIS, s. m. Crédit,—dans l'argot des marchands de

vin.

GRATOU, s. m. Rasoir,—dans l'argot des voleurs.

GRATOUILLE, s. f. Gale,—dans le même argot.

GRATOUSE, s. f. Dentelle,—dans le même argot.

GRATTE, s. f. Dîme illicite prélevée sur une étoffe,—

dans l'argot des couturières, qui en prélèvent tant

et si fréquemment qu'elles arrivent à s'habiller de

soie toute l'année sans dépenser un sou pour

cela. C'est un vol non puni, mais très punissable.

 

Les tailleurs ont le même mot pour désigner la même chose,—car eux aussi ont la conscience large.

 

GRATTE (La). La gale,—dans l'argot des faubouriens.

GRATTE-CUL, s. m. Femme qui a été jolie comme une

rose et n'a rien conservé de sa fraîcheur et de

son parfum,—dans l'argot du peuple, qui ne sait

pas que:

 

«Si la jeunesse est une fleur,

le souvenir en est l'odeur.»

GRATTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.

 

Se donner une grattée. Se battre à coups de poing.

 

GRATTE-PAPIER, s. m. Employé, clerc d'huissier,

expéditionnaire etc.,—tous les scribes enfin.

GRATTER, v. n. et a. Prélever un morceau plus ou

moins considérable sur une pièce d'étoffe,—de

façon à pouvoir trouver un gilet dans une

redingote et un tablier dans une robe.

GRATTOIR, s. m. Rasoir,—dans l'argot du peuple.

 

Se passer au grattoir. Se raser.

 

GRAVEUR SUR CUIR, s. m. Cordonnier,—dans l'argot

des faubouriens, qui prennent le tranchet pour un

burin.

GREC, s. m. Filou, homme qui triche au jeu,—dans

l'argot des ennemis des Hellènes.

 

Le mot a une centaine d'années de bouteille.

 

GRECQUERIE, s. f. Tricherie, art ou science des grecs.

 

Le mot a été créé par Robert-Houdin.

 

GRÉER (Se), v. réfl. S'habiller,—dans l'argot des

ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

GREFFER, v. n. Mourir de faim,—dans l'argot des

voyous.

GREFFIER, s. m. Chat,—dans l'argot des faubouriens,

qui n'aiment pas les gens à robe noire, et

emploient à dessein ce mot à double

compartiment où l'on sent la griffe.

GRÊLE, s. f. Petite vérole,—dans l'argot du peuple. On dit d'un homme dont le visage porte des traces de virus variolique: Il a grêlé sur lui.

 

GRÊLE, s. m. Patron, maître,—dans l'argot des

tailleurs.

 

Le grêle d'en haut. Dieu.

Grêlesse. Patronne.

 

GRELOT, s. m. La voix humaine,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Faire entendre son grelot. Parler.

 

GRELU, s. m. Blé,—dans l'argot des voleurs, qui font

sans doute allusion à la gracilité de cette

graminée.

GRELUCHON, s. m. Amant de cœur,—dans l'argot des

gens de lettres qui ont lu le Colporteur de

Chevrier, et connaissent un peu les mœurs

parisiennes du e XVIII siècle.

GRELUCHONNER, v. n. Se conduire en greluchon,

comme se conduisent beaucoup de jeunes gens

à qui leur famille a coupé les vivres et qui font de

petits articles de petite littérature dans de petits

journaux.

GRENADIER, s. m. Pediculus,—dans l'argot des

enfants, dont les mères assurent que c'est «la

santé», et qui tous pourraient servir de modèles

au fameux tableau de Murillo.

GRENAFE, s. f. Grange.—dans l'argot des voleurs.

GRENIER A COUPS DE POING, s. m. Femme d'ivrogne,

—dans l'argot du peuple.

GRENIER A COUPS DE SABRE, s. m. Fille à soldats. GRENIER A LENTILLES, s. m. Homme dont le visage

est marqué de la petite vérole.

GRENIER A SEL, s. m. La tête, siège de l'esprit.

GRENOUILLARD, s. m. Buveur d'eau.

GRENOUILLE, s. f. Prêt de la compagnie,—dans

l'argot des troupiers.

 

Manger la grenouille. Dissiper le prêt de la compagnie.

S'emploie aussi, dans l'argot du peuple, pour signifier: Dépenser l'argent d'une société, en dissiper la caisse.

 

GRENOUILLE, s. f. Femme,—dans l'argot des

faubouriens, qui emploient cette expression

injurieuse, probablement à cause du ramage

assourdissant que font les femmes en

échangeant des caquets.

GRENOUILLER, v. n. Boire de l'eau.

GRENOUILLÈRE, s. f. Établissement de bains.

GRÈVE, s. f. Cessation de travail,—dans l'argot des

ouvriers, qui avaient, il y a quelques années

encore, l'habitude de se réunir sur la place de

l'Hôtel-de-Ville.

 

Faire grève. Cesser de travailler et se réunir pour se concerter sur les moyens d'augmenter le salaire.

On dit aussi Se mettre en grève.

 

GRIBLAGE, s. m. Plainte, cri, reproche,—dans l'argot

des voleurs.

 

Ils disent aussi Gourpline.

 

GRIBOUILLAGE, s. m. Écriture mal formée; dessin

confus, incohérent. Argot du peuple.

On dit aussi Gribouillis.

 

GRIBOUILLER, v. a. et n. Écrire illisiblement, dessiner

incorrectement.

GRIBOUILLETTE, s. f. Objet quelconque lancé au

milieu d'enfants,—dans l'argot des écoliers, qui

se bousculent alors pour s'en emparer. Cela

constitue un jeu.

 

Jeter une chose à la gribouillette. La lancer un peu au hasard,—dans l'argot du peuple.

 

GRIF, adj. Froid,—dans l'argot des voleurs.

 

Grielle. Froide.

 

GRIFFER, v. a. Saisir, prendre, dérober,—dans l'argot

du peuple.

 

On dit aussi Agriffer.

 

GRIGNON, s. m. Morceau, de pain spécialement.

GRIGNOTTER, v. n. Faire de maigres profits, et surtout

des profits illicites.

GRIGOU, s. m. Avare, homme qui vit sordidement.

 

«Ce grigou, d'un air renfrogné

Lui dit: Malgré ton joli nez...»

a écrit l'abbé de Lattaignant.

 

GRIL, s. m. Charpente légère et à jour qui s'étend au-

dessus de la scène et où s'accrochent les frises.

Argot des coulisses.

GRILLER UNE (En), v. a. Fumer une pipe ou une

cigarette,—dans l'argot des artistes et des

ouvriers.

GRIME, s. m. Rôle de vieux,—dans l'argot des

coulisses.

GRIMOIRE, s. m. Le Code pénal,—dans l'argot des

voleurs.

 

Grimoire mouchique. Les sommiers judiciaires.

 

GRINCHE, s. m. Voleur.

 

On dit aussi Grinchisseur.

 

GRINCHEUX, s. et adj. Homme difficile à vivre,—dans

l'argot du peuple et des gens de lettres.

GRINCHIR, v. a. Voler quelque chose.

 

On dit aussi Grincher.

Grinchir à la cire. Voler des couverts d'argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).

 

GRINCHISSAGE, s. m. Vol. (V. Vidocq, p. 205-220,

pour les nombreuses variétés de grinchissage: à

la limonade, à la desserte, au voisin, aux deux

lourdes, etc.)

GRINCHISSEUR A LA CHICANE, s. m. Voleur adroit, qui

travaille sans compère.

GRINGALET, s. m. Gamin, homme d'apparence

chétive,—dans l'argot des faubouriens.

GRINGUENAUDES, s. f. pl. Ordures des environs du

podex,—dans l'argot du peuple qui sent souvent

le faguenat à cause de cela.

GRIPPE, s. f. Caprice, mauvaise humeur contre

quelqu'un,—dans l'argot des bourgeois.

 

Avoir en grippe. Ne pas pouvoir supporter quelqu'un ou quelque chose.

Prendre en grippe. Avoir de l'aversion pour quelqu'un ou quelque chose. GRIPPER, v. a. Chiper, et même voler,—dans l'argot

du peuple.

GRIPPE-JÉSUS, s. m. Gendarme,—dans l'argot des

voleurs.

GRIPPE-SOUS, s. m. Usurier, avare,—dans l'argot du

peuple.

GRIS, adj. Cher, précieux,—dans l'argot des voleurs.

 

Grise. Chère, aimable.

 

GRISAILLE, s. f. Sœur de charité,—dans l'argot des

faubouriens qui savent qu'on appelle ces saintes

filles des sœurs grises.

GRISE, s. f. Chose extraordinaire et désagréable,—

dans l'argot du peuple.

 

En voir de grises. Peiner, pâtir.

En faire voir de grises. Jouer des tours désagréables à quelqu'un.

 

GRISERIE, s. f. Ivresse légère,—dans l'argot des

bourgeois.

GRIS JUSQU'À LA TROISIÈME CAPUCINE (Être). Être en

complet état d'ivresse, à en déborder,—dans

l'argot des troupiers, qui savent que la troisième

capucine est près de la bouche du fusil.

GRISOTTER (Se), v. réfl. Se griser légèrement,

honnêtement, pour ainsi dire,—dans l'argot des

bourgeois, ennemis des excès parce qu'ils sont

amis de la vie.

GRIVE, s. f. La garde,—dans l'argot des voleurs, qui

se rappellent peut-être que les soldats

s'appelaient autrefois des grivois.

 

Corps de grive.—Corps de garde.

Harnais de grive. Uniforme.

 

GRIVIER, s. m. Soldat.

GRIVOIS, s. m. Libertin,—dans l'argot du peuple.

GRIVOISE, s. f. Fille ou femme qui se plaît dans le

commerce des hommes riches.

GROGNARD, s. m. Homme chagrin, mécontent, qui

gronde sans cesse.

 

L'expression (qui vient de grundire, grogner) ne date pas de l'empire, comme on serait tenté de le croire: elle se trouve dans le Dictionnaire de Richelet, édition de 1709.

On dit aussi grognon.

 

GROGNE, s. f. Mauvaise humeur, chagrin.

GROGNER, v. n. Se plaindre; gronder sans raison.

GROLLER, v. n. Murmurer d'une façon désagréable,

gronder, faire un bruit semblable à celui que fait

en criant le freux, ou plutôt la grolle, une

corneille.

 

Signifie aussi: Remuer des tiroirs, ouvrir et fermer des portes,—et alors c'est un verbe actif.

 

GROMIAU, s. m. Enfant, gamin,—dans l'argot des

faubouriens.

GROS, adv. Beaucoup,—dans l'argot du peuple.

 

Coucher gros. Dire quelque chose d'énorme.

Gagner gros. Avoir de grands bénéfices.

Il y a gros à parier. Il y a de nombreuses chances pour que...

Tout en gros. Seulement.

 

GROS LÉGUMES, s. m. pl. Les officiers supérieurs,—

dans l'argot des troupiers.

GROS LOT, s. m. Mal de Naples.

GROS NUMÉRO, s. m. Prostibulum.

GROS PAPA, s. m. Homme bon enfant, rond de

caractère comme de ventre, ayant ou non des

enfants.

 

On dit aussi Gros père.

 

GROSSE CAVALERIE, s. f. Cureurs d'égout,—dans

l'argot des faubouriens, qui font allusion aux

grosses bottes de ces ouvriers troglodytes.

GROSSE CAVALERIE, s. f. Figurantes du corps de

ballet qu'on ne fait jamais donner,—dans l'argot

des gandins, à qui cette grosse cavalerie fait

toujours donner.

GROSSIER COMME DU PAIN D'ORGE, adj. Extrêmement

brutal, dans l'argot des bourgeois amis du pain

blanc et des discours amènes.

GROUCHY, s. m. Retardataire, flâneur,—dans l'argot

du peuple. Passé de mode.

GROUCHY, s. m. Article qui arrive trop tard à

l'imprimerie.—dans l'argot des journalistes.

 

L'expression est d'H. de Balzac.

On dit aussi Rappel de Waterloo.

 

GROUILLER, v. n. Remuer, s'agiter,—dans l'argot du

peuple.

GROUILLIS-GROUILLOT, s. m. Foule de gens ou

d'animaux,—par allusion à leurs mouvements

vermiculaires.

 

Ce mot fait image et mérite d'être conservé, malgré sa trivialité. GROUIN, s. m. Visage,—dans l'argot des faubouriens,

qui n'ont pas le moindre respect pour le «miroir

de l'âme».

GROUMER, v. n. Gronder, murmurer,—dans l'argot

des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de

marine.

GRUE, s. f. Femme entretenue, que la Nature a

douée d'autant de bêtise que de beauté, et qui

abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là.

 

C'est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l'insolence des filles envers les honnêtes femmes.

Bécasses! disaient-elles. Grues! leur répond-on.

Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n'est pas né d'hier, il y a longtemps que le peuple l'emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.

 

GRUERIE, s. f. Bêtise rare,—comme il en sort tant de

tant de jolies bouches.

GRUGER, v. a. Manger le bien de quelqu'un,—dans

l'argot du peuple.

 

Les gens de lettres écrivent grue-ger, par allusion aux mœurs des grues, —ces Ruine-maison!

GRUGEUR , s. m. Parasite, faux ami qui vous aide à vous ruiner, comme si on avait besoin d'être aidé dans cette agréable besogne.

 

GUANO, s. m. Fèces, non pas des phénicoptères des

mers du Sud, mais de l'homme,—dans l'argot

des faubouriens, qui aiment les facéties grasses

et remuent volontiers la lie de l'esprit pour en

dégager les parfums nauséabonds au nez des

autres et même à leur propre nez.

GUELTE, s. f. Bénéfice (geld) qu'on abandonne aux

commis d'un magasin qui sont parvenus à vendre

un objet jugé invendable. Grâce à la faconde des GUEULE, s. f. Visage.

gaudissards modernes, il est rare qu'un rossignol

reste sur les rayons, et leur guelte s'en accroît

d'autant.

GUENILLON, s. m. Fille ou femme mal habillée,—dans

l'argot des bourgeoises, qui ne tolèrent pas les

infractions à la mode.

GUENON, s. f. Femme laide ou corrompue,—dans

l'argot du peuple.

 

C'est la trot des Anglais.

On dit aussi Guenippe et Guenuche.

 

GUÉRETS, s. m. pl. Les blés mûrs,—dans l'argot des

Académiciens.

GUÉRITE, s. f. Chapelle,—dans l'argot des marbriers

de cimetière, qui s'y réfugient au moment des

averses.

GUETTE, s. f. Gardien,—dans l'argot du peuple, qui

dit cela à propos des chiens.

 

Bonne guette. Chien qui aboie quand il faut, pour avertir son maître.

Être de guette. Aboyer aux voleurs, ou aux étrangers.

 

GUEULARD, s. m. Gourmand.

 

Signifie aussi Homme qui parle trop haut, ou qui gronde toujours à propos de rien.

 

GUEULARD, s. m. Poêle,—dans l'argot des voleurs.

 

Signifie aussi Bissac.

 

GUEULARDE, s. f. Poche,—dans le même argot.

GUEULARDISE, s.f. Gourmandise,—dans l'argot du

peuple.

 

Bonne gueule. Visage sympathique.

Casser la gueule à quelqu'un. Lui donner des coups de poing en pleine figure.

Gueule en pantoufle. Visage emmitouflé.

 

GUEULE, s. f. Appétit énorme.

 

Être porté sur sa gueule. Aimer les bons repas et les plantureuses ripailles.

Donner un bon coup de gueule. Manger avec appétit.

 

GUEULE, s. f. Bouche.

 

Bonne gueule. Bouche fraîche, saine, garnie de toutes ses dents.

 

GUEULE DE BOIS, s. f. Ivresse,—dans l'argot des

faubouriens, qui ont voulu exprimer son résultat

le plus ordinaire.

 

Se sculpter une gueule de bois. Commencer à se griser.

 

GUEULE D'EMPEIGNE, s. f. Homme qui a une voix de

stentor ou qui mange très chaud ou très épicé.

 

Avoir une gueule d'empeigne. Avoir le palais assuré contre l'irritation que causerait à tout autre l'absorption de certains liquides frelatés.

On dit aussi Avoir la gueule ferrée.

 

GUEULÉE, s. f. Repas.

 

Chercher la gueulée. Piquer l'assiette.

Signifie aussi une grosse bouchée.

GUEULÉES, s. f. pl. Paroles fescennines, et même

ordurières.

GUEULE ENFARINÉE (Avoir la). Être alléché par

quelque chose, par une promesse de dîner ou

d'amour et se créer par avance une indigestion

ou une félicité sans pareilles.

GUEULE FINE, s. f. Gourmet.

GUEULER, v. n. Crier, gronder.

 

Signifie aussi Parler.

 

GUEULETON, s. m. Repas plantureux, ou simplement

Repas.

 

Fin gueuleton. Ripaille où tout est en abondance, le vin et la viande.

 

GUEULETONNER, v. n. Faire un gueuleton.

GUEUSAILLER, v. n. Vagabonder, mendier,—dans

l'argot des bourgeois.

GUEUSAILLE, s. f. La canaille.

GUEUSARD, s. m. Polisson.

GUEUSE, s. f. Drôlesse qui exploite le plus pur, le plus

exquis des sentiments humains, l'amour, et «s'en

fait des tapis de pieds»,—pour employer

l'abominable expression que j'ai entendu un jour

sortir, comme un crapaud visqueux, de la bouche

de l'une d'elles.

 

Courir les gueuses. Fréquenter le monde interlope de Breda-Street.

En 1808 on disait: Courir la gueuse.

 

GUEUSERIE, s. f. Action vile, honteuse, comme les

coquins en peuvent seuls commettre.

GUEUX, s. m. Petit pot de terre qu'on emplit de

cendres rouges et que les marchandes en plein

vent et les bonnes femmes pauvres placent sous

leurs pieds pour se chauffer.

GUEUX, s. m. Coquin,—dans l'argot du peuple, qui,

d'un seul mot, prouve ainsi éloquemment que le

Vice est le fils naturel de la Misère.

GUEUX D'ARGENT! Expression du même argot, qui

équivaut à l'argentum sceleratum (c'est-à-dire

causa omnium scelerum) de l'argot des convives

de Trimalcion, dans Pétrone. C'est un cri que

poussent depuis longtemps les misérables et qui

retentira longtemps encore à travers les âges.

GUIBES, s. f. pl. Jambes,—dans l'argot des voyous.

GUIBOLLES, s. f. pl. Jambes,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Jouer des guibolles. Courir, s'enfuir.

 

GUICHEMAR, s. m. Guichetier,—dans l'argot des

voyous.

GUIGNE, s. f. Mauvaise chance,—dans l'argot des

cochers qui ne veulent pas dire guignon.

 

Porter la guigne. Porter malheur.

 

GUIGNE A GAUCHE, s. m. Homme qui louche,—dans

l'argot des faubouriens.

GUIGNER, v. a. Viser, convoiter, attendre,—dans

l'argot du peuple.

GUIGNON, s. m. Pseudonyme moderne du vieux

Fatum.

 

Avoir du guignon. Jouer de malheur, ne réussir à rien de ce qu'on entreprend.

GUIGNONNANT, adj. Désagréable.

 

C'est guignonnant! C'est une fatalité!

On dit aussi—à tort—guignolant.

 

GUIGNONNÉ (Être). Être poursuivi par la déveine au

jeu, par l'insuccès dans ce qu'on entreprend.

GUIMBARDE, s. f. Voiture mal suspendue, comme les

coucous d'il y a cinquante ans,—dans l'argot des

faubouriens, qui emploient aussi cette expression

à propos de n'importe quelle voiture.

 

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne, qui l'emploie à propos d'une «grande voiture à quatre roues chargée de marchandises».

Se dit aussi en parlant d'une vieille guitare.

 

GUINAL, s. m. Juif,—dans l'argot des voleurs.

 

Grand-guinal. Le Mont-de-Piété.

 

GUINCHE, s. f. Grisette de bas étage, habituée de

bastringues mal famés.

GUINCHE, s. f. Bal de barrière,—dans l'argot des

voyous, qui appellent de ce nom la Belle

Moissonneuse, Aux Deux Moulins, le Vieux

chêne, rue Mouffetard, le Salon de la Victoire, à

Grenelle, etc.

GUINCHER, v. n. Danser. GUINCHER (Se). S'habiller à la hâte,—et mal.

GUINCHEUR, s. m. Habitué des bastringues.

GUINDAL, s. m. Verre,—dans l'argot des bouchers.

 

Siffler le guindal. Boire.

GUINGOIS (De), adv. De travers,—dans l'argot du

peuple.

GUINGUETTE, s. f. Grisette,—parce qu'elle hante les

bals de barrière.

GUITARE, s. f. Rengaîne; plainte banale, blague

sentimentale,—dans l'argot des artistes et des

gens de lettres, reconnaissants à leur manière

envers les beaux vers des Orientales de Victor

Hugo.

GY, adv. Oui,—dans l'argot des voleurs.

 

H

 

HABILLÉ DE SOIE, s. m. Porc,—dans l'argot des

faubouriens et des paysans des environs de

Paris.

HABILLER, v. a. Médire de quelqu'un,—dans l'argot du

peuple.

 

Habiller de taffetas à 40 sous. Mettre sur le dos de quelqu'un des sottises ou des méchancetés compromettantes pour sa réputation.

 

HABILLER, v. a. Préparer un animal pour l'étal,—dans

l'argot des bouchers.

HABILLER DE SAPIN (S'), v. réfl. Mourir,—par allusion

au bois dont se composent ordinairement les

cercueils. Argot du peuple.

 

Les gueux de Londres appellent le cercueil a wooden coat (un habit de bois ou une redingote en sapin).

 

HABIN, Chien,—dans l'argot des voleurs, qui ont

emprunté ce mot au vieux langage des honnêtes

gens.

 

On dit aussi Happin et Hubin.

Habin ergamé. Chien enragé.

 

HABINER, v. a. Mordre.

HABIT NOIR, s. m. Bourgeois,—dans l'argot des

souteneurs de filles, gens au peuple, et, à cause

de cela, ennemis de l'habit.

 

Être habit noir. Être par trop simple, par trop naïf,—comme les bourgeois le sont d'ordinaire aux yeux des voyous, qui ont une morale différente de la leur.

 

HABITONGUE, s. f. Habitude,—dans l'argot des

voleurs.

HACHER DE LA PAILLE, v. a. Parler allemand,—dans

l'argot des ouvriers.

HALEINE CRUELLE, s. f. C'est-à-dire fétide—dans

l'argot des gens de lettres, qui ne veulent pas

dire haleine homicide.

 

Ils disent aussi Haleine à la Domitien.

 

HALEINER, v. a. Respirer l'haleine de quelqu'un,—

dans l'argot du peuple.

 

Signifie aussi, au figuré: Flairer, chercher à deviner ce qu'une personne pense.

 

HALLE AUX DRAPS, s. f. Le lit,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Aller à la halle aux draps. Se coucher.

 

HALLEBARDE, s. f. Femme trop grande et mal

habillée.

 

On disait autrefois, et plus justement, Hallebréda, qui était une corruption de Halbrené (dépenaillé).

HALOT, s. m. Soufflet,—dans l'argot des voleurs.

HALOTER, v. n. et a. Souffleter.

 

Signifie aussi Souffler.

 

HANNETON, s. m. Manie quelconque, idée fixe,—dans

l'argot de Breda-Street, où les hannetons-

hommes viennent d'eux-mêmes s'attacher le fil à

la patte.

 

Avoir un hanneton dans le plafond. Être fou de quelqu'un ou de quelque chose.

Les voyous anglais ont une expression analogue: To have a bee in his bonnet (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.

 

HANNETONNER, v. n. Se conduire comme un enfant;

avoir des distractions.

HARAUDER, v. n. Crier après quelqu'un, le poursuivre

d'injures ou de moqueries,—dans l'argot du

peuple.

 

J'ai respecté l'orthographe dece verbe, que j'ai entendu souvent après l'avoir lu dans les Matinées du seigneur de Cholières. Mais, à vrai dire, on devrait l'écrire Haroder, puisqu'il vient de Haro. Et, à ce propos, qui se douterait que ce dernier mot, si connu, est composé de l'exclamation Ha! et du nom de Raoul, premier duc de Normandie?...

 

HARDES, s. f. pl. Vêtements.

HARDI A LA SOUPE, adj. Homme doué de plus

d'appétit que de courage,—gulo.

 

On dit aussi dans le même sens: N'avoir de courage qu'à la soupe.

 

HARENGÈRE, s. f. Femme du peuple quelconque, «un

peu trop forte en gueule»—dans l'argot des

bourgeoises, qui se souviennent des

plaisanteries salées dont les accablaient jadis les HASARD! Expression de l'argot des typographes, qui

Dames de la Halle, aujourd'hui muselées par

ordonnance de police.

HARIA, s. m. Embarras; chose ennuyeuse à faire ou à

dire,—dans l'argot du peuple.

 

J'ai suivi pour ce mot l'orthographe de Balzac, mais je crois que c'est à tort et qu'il doit s'écrire sans H, venant probablement de l'italien aria, air, —d'où arietta, ariette, air de peu d'importance. A moins cependant que Haria ne vienne d'Hariolus, sorcier.

 

HARICANDER, v. n. Chamailler quelqu'un sur des

vétilles; être de mauvaise composition.

HARICOTS, s. m. pl. Maison d'arrêt de la garde

nationale, où il est de tradition—fausse—que

l'ordinaire de cette prison pour rire se compose

de légumes, comme celui des prisons sérieuses.

 

On dit aussi l'Hôtel des Haricots.

Aug. Villemot prétend que cette expression est une corruption d'Hôtel Darricau. Il a peut-être raison.

 

HARIDELLE, s. f. Femme maigre et grande.

 

On dit aussi, mais en moins mauvaise part, Haquenée.

 

HARNACHÉ, adj. Mal habillé.

HARPE, s. f. Barreaux de fer qui garnissent les

fenêtres des prisons,—dans l'argot des voleurs.

 

Pincer de la harpe. Se mettre à la fenêtre.

 

HARPIE, s. f. Femme acariâtre comme la femme de

Socrate,—dans l'argot des bourgeois, qui ont

souvent le malheur d'épouser une Xantippe.

HARPIGNER (Se), v. réfl. Se quereller, se battre,—

dans l'argot du peuple.

s'en servent ironiquement à propos de choses

qu'on répète trop souvent devant eux.

 

Souvent ils se contentent de dire H!

 

HASARD DE LA FOURCHETTE (Au). Expression

proverbiale de l'argot du peuple, qui, après l'avoir

longtemps employée au propre, l'emploie

maintenant au figuré.

 

C'est l'équivalent de Au petit bonheur.

 

HASARDER LE PAQUET. Tenter une chose, fortune ou

danger, après avoir longtemps hésité.

HAUS, s. m. Nom que les commis de nouveautés

donnent à toute personne qui entre dans le

magasin, y marchande plusieurs choses, et s'en

va sans rien acheter.

HAUSSIER, s. m. Spéculateur qui joue plus souvent à

la hausse qu'à la baisse,—dans l'argot des

boursiers.

HAUT-DE-TIRE, s. m. Bas,—dans l'argot des voleurs,

pour qui ce mot a signifié originairement Haut-de-

chausses.

 

Ils disent aussi Tirants.

 

HAUTE, s. f. La fraction riche de chaque classe de la

société, bourgeois, lorettes, et même ouvriers.

 

Cette expression, très employée par le peuple et par le monde interlope, appartient à l'argot des voleurs, qui se sont divisés en deux grandes catégories, Haute et basse pègre.

 

HAUTE-BICHERIE, s. f. «Les plus élégantes et les plus

connues d'entre les coureuses parisiennes, HIC, s. m. Difficulté, obstacle, ennui quelconque. Hic

reines d'un jour qui ne font que paraître et

disparaître sur le boulevard, leur champ de

bataille.»

HAUT-MAL, s. m. L'épilepsie,—dans l'argot du peuple.

HAUTOCHER, v. n. Monter,—dans l'argot des voleurs.

HAUT-ET-BAS, s. m. pl. Chances diverses de bonheur

et de malheur, de perte et de gain, de tristesse et

de joie,—dans l'argot du peuple, qui connaît le

jeu de bascule de la vie.

 

Avoir des hauts et des bas. N'avoir pas de position solide, de commerce à l'abri de la ruine.

Les Anglais ont la même expression: the ups and downs, disent-ils à propos de ces vicissitudes de l'existence.

 

HERBE A GRIMPER, s. f. Belle gorge ou belles épaules,

—éperons du cœur, compulsoires d'amour.

HERBE SAINTE, s. f. L'absinthe,—à cause de la

désinence, et par antiphrase.

HERBES DE LA SAINT-JEAN, s. f. pl. Moyens

extraordinaires employés pour faire réussir une

affaire, soins excessifs donnés à une chose,—

dans l'argot du peuple, qui a une Flore à lui,

comme il a sa Faune.

HIATER, v. n. Bâiller, s'entr'ouvrir comme hiatus.

 

L'expression appartient à J. Janin, qui l'a employée à propos des guenilles indécentes de Chodruc Duclos.

 

HIBOU, s. m. Homme d'un commerce difficile et

désagréable,—dans l'argot des bourgeois,

incapables de comprendre les susceptibilités

sauvages d'Alceste, qui préférait la nuit avec son

silence solennel au jour avec ses bruits

discordants, et le désert avec les loups à la ville

avec les hommes.

jacet lepus.

 

Voilà le hic. Voilà le difficile de l'affaire, son côté scabreux, ou périculoseux, ou seulement désagréable.

 

HIRONDELLE, s. f. Ouvrier récemment débarqué de

province,—dans l'argot des tailleurs.

HIRONDELLE, s. f. Commis voyageur,—dans l'argot

des faubouriens.

HIRONDELLE, s. f. Cocher de remise,—dans l'argot

des cochers de place.

HIRONDELLE DE GRÈVE, s. f. Gendarme,—dans

l'argot des voleurs, qui se souviennent du temps

où l'on exécutait en Grève.

 

On disait autrefois, avant Guillotin, Hirondelle de potence.

Les voleurs anglais disent de même: gallows bird.

 

HIRONDELLES D'HIVER, s. f. pl. Les marchands de

marrons, et aussi les petits ramoneurs, parce que

c'est au milieu de l'automne, aux approches de

l'hiver, que les premiers viennent s'installer dans

les boutiques des marchands de vin, et que les

seconds font leur apparition dans les rues de

Paris.

HISTOIRE, s. f. Bagatelle, chose de rien, fadaise,—

dans l'argot du peuple, qui donne ce nom à tout

ce qui n'en a pas pour lui.

HISTOIRE, s. f. Visage de campagne que découvrent

si volontiers et si innocemment les petits garçons

et les petites filles.

HISTOIRES, s. f. pl. Discussion à propos de quelque

chose,—et surtout à propos de rien.

Faire des histoires. Se fâcher sans motif raisonnable; exagérer un événement de peu d'importance.

 

HOGNER, v. n. Murmurer, se plaindre, pleurer.

HOMARD, s. m. Soldat de la ligne,—dans l'argot des

faubouriens, qui, sans connaître l'anglais, imitent

cependant les malfaiteurs de Londres appelant

les soldats de leur pays lobsters, à cause de la

couleur rouge de leur uniforme.

 

Signifie aussi: Suisse; domestique en grande livrée.

 

HOMÉLIE, s. f. Discours ennuyeux,—dans l'argot du

peuple, qui se soucie peu des Pères de l'Église,

et bâille aussi volontiers devant un sermon

profane que Gil Blas devant les sermons religieux

de l'archevêque de Grenade.

HOMICIDE, s. m. L'hiver,—dans l'argot des

vagabonds, pour qui cette saison est en effet

meurtrière.

HOMMASSE, adj. Femme que son embonpoint

exagéré rapproche trop de l'homme,—dans

l'argot du peuple.

HOMME, s. m. «Nom que les filles donnent à leur

amant de prédilection.»

 

C'est aussi le nom que les femmes du peuple donnent à leur mari.

 

HOMME A FEMMES, s. m. Homme de galante humeur,

—dans l'argot du peuple.

HOMME A CASQUE, s. m. Saltimbanque, dentiste en

plein vent, pédicure de place publique, etc.

HOMME AU SAC, s. m. Personne riche, généreuse,—

dans l'argot des petites dames qui voudraient

que l'Humanité ne fût composée que de ces

hommes-là.

HOMME DE LETTRES, s. m. Faussaire,—dans l'argot

des voleurs.

HOMME DE PAILLE, s. m. Gérant responsable,

machine à signatures,—dans l'argot des

bourgeois.

 

Les Anglais, qui ont inventé les sociétés en commandite, devaient inventer le man of straw,—et l'homme de paille fut.

 

HOMME DE PAILLE, s. m. Bonhomme, pauvre homme

et homme pauvre,—dans l'argot du peuple, qui

emploie cette expression depuis quelque trois

cents ans, comme le témoigne cette épigramme

du Seigneur des Accords:

 

«Jean qui estoit homme de paille,

N'ayant que mettre sous la dent,

Prit une vieille et de l'argent:

Maintenant il vit et travaille.»

 

HOMME DE PEINE, s. m. Voleur qui a déjà subi une ou

plusieurs condamnations.

HOMMELETTE, s. f. Homme qui n'a rien des qualités et

des vices de l'homme,—dans l'argot du peuple,

ami «des lurons».

HONNÊTE, adj. Plus que suffisant,—dans l'argot des

bourgeois.

HÔPITAL, s. m. Prison,—dans l'argot des voleurs, dont

la conscience est souvent malade.

HORION, s. m. Coup donné ou reçu.

HORLOGER, s. m. Le Mont-de-Piété,—dans l'argot

des ouvriers, qui y portent volontiers leur montre

lorsqu'elle retarde de 20 francs.

HORREUR D'HOMME, s. f. Homme qui fait rougir et que

l'on n'ose pas chasser,—dans l'argot des

bourgeoises, qui commencent à se shockigner

comme les ladies anglaises.

HORREURS, s. f. pl. Ce que Cicéron appelle turpitudo

verbarum,—dans l'argot des bourgeois.

 

Dire des horreurs. Tenir des propos plus que grivois.

Dire des horreurs de quelqu'un. L'accuser de choses monstrueuses, invraisemblables,—par exemple d'avoir volé les tours Notre-Dame.

Faire des horreurs. Agir trop librement.

 

HOSTO, s. m. Prison,—dans l'argot des ouvriers.

HÔTEL DE LA MODESTIE, s. m. Hôtel garni, mauvaise

auberge,—dans l'argot des faubouriens, qui

savent que les locataires de ces maisons-là n'ont

pas le droit de faire les fiers.

 

Ils disent aussi Être logé à l'enseigne des Haricots.

 

HÔTEL DU RAT QUI PÈTE, s. m. Cabaret populacier,—

dans l'argot des marbriers de cimetière.

HOTTERIAU, s. m. Chiffonnier,—dans l'argot des

faubouriens.

HOUPE DENTELÉE, s. f. Lien de fraternité,—dans

l'argot des francs-maçons.

HOURVARI, s. m. Vacarme, dispute bruyante,—dans

l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot en

l'altérant à l'argot des chasseurs. V. Boulvari.

HOUSPILLER, v. a. Maltraiter quelqu'un par paroles ou

par action.

HUCHER, v. a. Appeler quelqu'un, crier après lui.

HUGREMENT, adv. Beaucoup, victorieusement,—dans

l'argot des faubouriens.

HUILE, s. f. Vin,—dans l'argot du peuple, qui oint ses

membres avec cette onctueuse liqueur.

 

Pomper les huiles. Boire avec excès.

 

HUILE, s. f. Soupçon,—dans l'argot des voyous.

HUILE BLONDE, s. f. Bière,—dans l'argot des

étudiants, habitués des brasseries.

HUILE DE BRAS, s. f. Vigueur physique, volonté de

bien faire, qui remplace avantageusement l'huile

pour graisser les ressorts de notre machine.

Argot du peuple.

 

On dit aussi Huile de poignet.

 

HUILE DE COTRET, s. f. Coups de bâton,—dans l'argot

des ouvriers, qui, dans les jours gras, se plaisent

à envoyer les nigauds chez les épiciers pour

demander un litre de cette huile-là.

 

La plaisanterie et l'expression sortent du roman de Cervantès.

 

HUILE DE MAINS, s. f. L'argent, qui vous glisse

toujours entre les doigts,—dans l'argot du peuple,

plagiaire involontaire des voyous anglais: Oil of

palms disent ces derniers.

HUIT, s. m. Entrechat,—dans l'argot des troupiers.

 

Battre un huit. S'en aller gracieusement en pirouettant sur les talons.

 

HUIT ÉCUS, s. m. La mésange,—dans l'argot des

paysans des environs de Paris, qui ont voulu

faire allusion au chant de cet oiseau.

HUÎTRE, s. f. Mucosité expectorée,—dans l'argot des

faubouriens, qui prennent les produits des

cryptes muqueuses des bronches pour des

mollusques acéphales.

 

Faire des huîtres. Cracher beaucoup et malproprement.

 

HUÎTRE, s. f. Imbécile,—dans l'argot du peuple, qui

jette volontiers ses coquilles à la tête des gens.

 

Le parti des huîtres. Nom qu'on a donné, sous Louis-Philippe aux députés du centre, gens satisfaits,—et attachés à leurs bancs.

 

HUIT-RESSORTS, s. m. Voiture à la mode, coupé de

petite dame.

 

Se dit aussi pour la Petite dame elle-même.

 

HUÎTRIFIER (S'). S'embourgeoiser, se parquer dans

une vie casanière.—Argot des gens de lettres.

HUMECTER (S'), v. réfl. Boire,—dans l'argot des

ouvriers qui avaient assez de poussières

malsaines pour avoir le droit de se mouiller un

peu le palais.

HUMIDE EMPIRE (L'). La mer,—dans l'argot des

académiciens.

 

Ils disent de même Les plaines humides.

La première expression peut s'appliquer aussi justement à l'Egout collecteur, et la seconde aux prairies suffisamment irriguées.

 

HUMORISTE, s. m. Écrivain de l'école de Swift et de

Sterne en Angleterre, et de Jean-Paul Richter et

Henri Heine en Allemagne,—dans l'argot des

gens de lettres, qui ont emprunté le mot

(humourist) et la littérature qu'il représente.

HUMOUR, s. m. Mélange d'esprit et de sentiment, de

gaieté et de mélancolie, d'ironie et de tendresse,

qui se rencontre à foison chez les écrivains HURÉ, adj. Riche,—dans l'argot des voleurs.

anglais, et qu'on remarque depuis une

quarantaine d'années chez quelques-uns des

écrivains français, Charles Nodier, Gérard de

Nerval, etc. Argot des gens de lettres.

HUPPÉ, adj. Bien habillé,—dans l'argot du peuple.

 

Monsieur huppé. Personne de distinction.

HURLUBERLU, s. m. Homme fantasque, excentrique,

étourdi, et même un peu fou. Argot du peuple.

HURON, s. m. Homme rude d'aspect et de langage,—

dans l'argot des bourgeois, qui n'aiment pas

Alceste.

HUS-MUS! Grand merci,—dans l'argot des voleurs.

HUSSARD A QUATRE ROUES, s. m. Soldat du train,—

dans l'argot des troupiers.

HUSSARD DE LA GUILLOTINE, s. m.Gendarme,—dans

l'argot des prisons.

 

On dit aussi Hussard de la veuve.

 

HYDRE DE L'ANARCHIE (L'). Le socialisme,—dans

l'argot des bourgeois qui ont peur de leur ombre.

HYDROPIQUE, adj. et s. Fille ou femme enceinte,—

dans l'argot facétieux du peuple.

HYMÉNÉE, s. m. Mariage,—dans l'argot des

académiciens.

 

Serrer les liens ou les nœuds de l'hyménée. Se marier.

 

I

 

ICIGO, adv. Ici,—dans l'argot des voleurs.

 

Ils disent aussi Icicaille.

 

IDÉE, s. f. Petite quantité de quelque chose, solide ou

liquide,—dans l'argot du peuple.

 

Cette expression est de la même famille que scrupule, larme, soupçon et goutte.

IDÉES, s. f. pl. Soupçons jaloux,—dans l'argot des

bourgeoises.

 

Se forger des idées. Concevoir des soupçons sur la fidélité d'une femme.

 

IDIOT, s. m. Aménité de l'argot des gens de lettres, qui

l'adressent volontiers aux confrères qui leur

déplaisent.

IDIOTISME, s. m. Bêtise complète; ânerie renversante.

IL A PLU SUR SA MERCERIE. Se dit—dans l'argot des

gens de lettres et des rapins—d'une femme

autrefois très avantagée par la Nature, et

maintenant tout à fait désavantagée par la Vie.

 

On connaît l'effet désastreux de la pluie sur les étoffes—sur les étoffes de satin principalement.

 

IL EST MIDI! Exclamation de l'argot des faubouriens,

pour avertir quelqu'un qui parle d'avoir à se

méfier des gens devant lesquels il parle.

 

On dit aussi Il est midi et demi.

 

ILLICO, adv. Sur-le-champ, tout de suite,—dans l'argot

du peuple.

ILLICO, s. m. Potion improvisée,—dans l'argot des

pharmaciens, qui composent ordinairement ce

garus de teinture de cannelle, de sucre et

d'alcool.

IL N'Y A PAS DE BON DIEU! Phrase elliptique de l'argot

du peuple, qui ne sent pas le fagot autant qu'on

pourrait le croire au premier abord; elle signifie

simplement, dans la bouche de l'homme le plus

en colère: «Malgré tout, je ferai ce que je veux

faire, rien ne m'arrêtera.»

IL PLEUT! Terme de refus ironique,—dans l'argot des

gamins et des ouvriers.

IL PLEUT! Exclamation de l'argot des typographes,

pour annoncer la présence d'un étranger dans

l'atelier.—Exclamation de l'argot des francs-

maçons, pour s'avertir mutuellement de l'intrusion

d'un profane dans une réunion.

IL TOMBERA UNE ROUE DE VOTRE VOITURE! Phrase

souvent employée,—dans l'argot du peuple—à

propos des gens trop gais ou d'une gaieté

intempestive.

IMAGE, s. f. Lithographie, gravure, dessin,—dans

l'argot des enfants et du peuple, ce grand enfant.

IMBIBER (S'), v. réfl. Boire,—dans l'argot des

faubouriens.

IMBRIAQUE, s. f. Écervelé, excentrique, maniaque,—

dans l'argot du peuple.

 

A signifié autrefois Homme pris de vin.

Nous ne sommes pas loin de l'ebriacus de Plaute.

 

IMMEUBLE, s. m. Maison,—dans l'argot des bourgeois. IMMORTEL, s. m. Académicien,—dans l'argot ironique

des gens de lettres, qui savent très bien que

l'Institut est un Léthé.

 

Les quarante immortels. Les quarante membres de l'Académie à tort dite Française.

 

IMPAIR, s. m. Insuccès, fiasco,—dans l'argot des

artistes.

IMPAVIDE, adj. Impassible, que rien ou personne

n'émeut.

J'ai employé cette expression il y a quatre ou cinq ans, quelques-uns de mes confrères l'ont employée aussi,—et maintenant elle est dans la circulation.

 

IMPAYABLE, adj. Qui est d'une haute bouffonnerie, d'un

caractère extrêmement plaisant.—dans l'argot du

peuple, qui emploie ce mot à propos des choses

et des gens.

IMPAYABLE, adj. Etonnant à force d'exigences,

ennuyeux à force de caprices,—dans l'argot de

Breda-Street.

IMPÈRE, s. f. Apocope d'Impériale,—dans l'argot des

faubouriens.

IMPOSSIBLE, adj. Extravagant, invraisemblable à force

d'être excentrique.—Argot des gens de lettres.

IMPURE, s. f. Femme entretenue,—dans l'argot des

vieux galantins, qui ont conservé les traditions du

Directoire.

INCOMMODE, s. m. Réverbère,—dans l'argot des

malfaiteurs, ennemis-nés des lumières.

INCONGRUITÉ, s. f. Ventris crepitus, ou Ructus,—dans

l'argot des bourgeois, qui oublient que leurs

pères éructaient et même crépitaient à table sans

la moindre vergogne.

 

Faire une incongruité. Crepitare vel eructare.

Dire une incongruité. Dire une gaillardise un peu trop poivrée,— turpitudoverborum.

 

INCONOBRÉ, s. et adj. Inconnu, étranger,—dans l'argot

des voleurs.

INCONSÉQUENCE, s. f. Infidélité galante,—dans l'argot

de Breda-Street, où le manque de probité en

amour est naturellement considéré comme péché

véniel.

INCONSÉQUENTE, s. f. Femme qui change souvent

d'amants, soit parce qu'elle a la papillonne de

Fourier, soit parce qu'ils n'ont pas la fortune de

M. de Rothschild.

INCONVÉNIENT, s. m. Infirmité,—dans l'argot du

peuple.

 

Avoir l'inconvénient de la bouche. Mériter cette épigramme de Tabourot à Punaisin:

 

«Tu t'esbahis pourquoy ton chien,

Les estrons de sa langue touche:

Se peut-il pas faire aussi bien

Qu'il lesche ta lèvre et ta bouche?»

 

Avoir l'inconvénient des pieds. Suer outrageusement des pieds.

 

INCROYABLE, s. m. Le gandin du Directoire.

 

On prononçait Incoïable.

 

INDÉCROTTABLE, adj. Incorrigible,—dans l'argot des

bourgeois.

INEXPRESSIBLE, s. m. Pantalon,—dans l'argot des

Anglaises pudiques, qui est devenu celui des

gouailleurs parisiens.

INFANTE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des troupiers.

 

Les infantes étant les filles puînées des rois d'Espagne et de Portugal, sont supposées belles, et l'on sait que tous les amants jouent volontiers de l'hyperbole à propos de leurs maîtresses: ils disent «mon infante» comme ils disent «ma reine». Une couronne leur coûte moins à donner avec les lèvres qu'une robe de soie avec les mains.

 

INFECT, adj. Détestable, mal écrit,—dans l'argot des

gens de lettres qui disent cela à propos des Ce verbe, que n'oseraient pas employer les gens du bel air, est un des mieux formés et des plus expressifs que je connaisse: ingurgitare,—qui évoque naturellement le souvenir du fameux ingurgite vasto, cet abîme goulu où disparurent les Lyciens, les fidèles compagnons d'Enée.

Continuer : partie 11 sur 20