Dictionnaire de la langue verte

Alfred Delvau · Chapitre 2 sur 4 · partie 18/20

Pages du PDF

Dictionnaire de la langue verte

Dictionnaire de la Langue Verte

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.

l'argot du peuple, à qui le seigneur de Cholières

n'a pas craint d'emprunter cette expression pour

un de ses Contes.

ROUILLARDE, s. f. Bouteille,—dans l'argot des

voleurs.

ROUILLER (Se), v. réfl. Vieillir,—dans l'argot du

peuple.

ROULANCE, s. f. Bruit de pieds, ou de marteaux, ou

de composteurs, que font entendre les

typographes pour accueillir quelqu'un à son

entrée dans l'atelier.

 

Donner une roulance. Faire ce bruit, qui est tantôt une moquerie, tantôt une marque de sympathie.

 

ROULANT, s. m. Fiacre,—dans l'argot des voyous.

 

Roulant vif. Chemin de fer.

 

ROULANTS, s. m. pl. Pois,—dans l'argot des voleurs. ROULÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot

des faubouriens. Ereintement,—dans l'argot des

gens de lettres.

ROULER, v. a. Battre quelqu'un.

 

Signifie aussi: Tromper, agir malignement.

 

ROULER, v. n. Aller bien comme santé ou comme

commerce.

 

Ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de l'indicatif présent: cela roule. C'est l'équivalent de: Cela boulotte.

 

ROULER, v. a. Se moquer, lutter d'esprit et

d'impertinences,—dans l'argot des gens de

lettres.

 

Se faire rouler. Avoir le dessous dans une affaire, dans une discussion.

 

ROULER, v. n. Vagabonder, voyager,—dans l'argot du

peuple.

 

On dit aussi Rouler sa bosse.

 

ROULER DANS LA FARINE, v. a. Tromper, jouer un tour,

user de finesse envers des gens trop simples.

ROULER SA VIANDE DANS LE TORCHON, v. a. Se

coucher,—dans l'argot des faubouriens.

ROULEUR, s. m. Vagabond, homme suspect.

ROULEUR, s. m. Chiffonnier.

ROULEUR, s. m. Compagnon du tour de France

chargé de présenter les ouvriers aux maîtres et

de consacrer leur engagement.

ROULEUSE, s. f. Femme de mauvaise vie qui roule de

quartier en quartier à la recherche de l'homme

philosophal. Argot du peuple.

ROULOTIN, s. m. Roulier,—dans l'argot des voleurs.

ROULOTTE, s. f. Voiture.

 

Grinchir une roulotte en salade. Voler sur une voiture.

 

ROULOTTIER, s. m. Voleur qui a pour spécialité de

dévaliser les voitures.

ROULURE, s. f. Fille de la dernière catégorie,—dans

l'argot des faubouriens.

ROUMICHIPOTEUSE, s. f. Mijaurée, chipie.

ROUPANÉ, adj. et s. Décavé aux billes ou à tout autre

jeu exigeant une mise. Argot des gamins.

ROUPIE, s. f. Punaise,—dans l'argot des voyous.

ROUPIE, s. f. Mucosité de couleur ambrée qui sort du

nez des priseurs, et tombe tantôt sur leur

chemise, tantôt dans leur potage. Argot des

faubouriens.

ROUPIE DE SINGE, s. f. Rien,—dans l'argot des

voleurs.

ROUPILLER, v. n. Dormir,—dans l'argot des

faubouriens, qui emploient ce verbe depuis plus

d'un siècle.

 

Signifie aussi Avoir continuellement une roupie au nez.

 

ROUPILLEUR, s. m. Grand dormeur—ou grand priseur.

ROUPIOU, s. m. Élève en médecine qui s'essaye au

métier dans les hôpitaux, sans être interne ni

externe. C'est lui qui pose les cataplasmes et les

vésicatoires. Argot des étudiants.

 

On l'appelle aussi Bénévole.

 

ROUSCAILLER, v. a. Aimer,—dans l'argot des voleurs. ROUSCAILLER BIGORNE, v. n. Parler argot.

ROUSCAILLEUR, s. m. Libertin.

ROUSSE, s. f. La police,—dans l'argot des voyous.

ROUSSE, s. m. Agent de police; sergent de ville.

 

On dit aussi Roussin.

Rousse à l'arnache. Agent de police de sûreté, qui reçoit unegratification proportionnée à l'utilité des renseignements qu'il donne ou à l'importance des captures qu'il fait faire.

 

ROUSSIN, s. m. Baudet,—dans l'argot du peuple.

 

Se dit aussi d'un Cheval qui fait en marchant de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.

 

ROUSSINER, v. n. Faire de fréquents sacrifices au

dieu Crépitus, sans plus de façon qu'un baudet.

ROUSTIR, v. a. Tromper, duper,—dans l'argot des

voleurs.

 

Signifie aussi Dévaliser.

 

ROUSTISSEUR, s. m. Voleur.

ROUSTISSEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,

—dans l'argot des faubouriens.

ROUSTISSURE, s. f. Escroquerie.

ROUSTISSURE. s. f. Blague peu heureuse, rôle de peu

d'importance,—dans l'argot des comédiens, qui

sans doute ont voulu faire allusion au mot italien

rostita, rôtie, maigre chose.

ROYAUME DES TAUPES, s. m. La terre,—dans l'argot

du peuple.

 

Partir pour le royaume des taupes. Mourir.

RU, s. m. Ruisseau,—dans l'argot du peuple et des

paysans des environs de Paris.

 

On dit aussi Rio.

L'expression coule de source: ρεω [grec: reô].

«Or beuvez fort tant que rû peut courir,

Ne reffusez, chassant ceste douleur,

Sans empirer un povre secourir,»

dit François Villon à sa maîtresse.

 

RUBAN DE QUEUE, s. m. Long chemin, route qui n'en

finit pas.

RUBIS SUR PIEU, loc. adv. Argent comptant,—dans

l'argot des faubouriens.

RUDE, s. f. Chose difficile à croire, événement subit,

désagréable,—dans l'argot du peuple.

RUDE, adj. Courageux.

RUDEMENT, adv. Extrêmement, remarquablement.

RUE, s. f. L'espace réservé entre deux portants et

figurant un chemin entre deux costières, Argot

des coulisses.

RUE AU PAIN, s. f. Le gosier,—dans l'argot du peuple.

RUE BARRÉE, s. f. Rue où demeure un créancier,—

dans l'argot des débiteurs.

 

On dit aussi Rue où l'on pave.

A en croire Léo Lespès, cette dernière expression serait due au duc d'Abrantès, fils de la duchesse d'Abrantès, et viveur célèbre.

 

RUE DU BEC DÉPAVÉE, s. f. Bouche à laquelle des

dents manquent,—dans l'argot des faubouriens.

RUINE-MAISON, s. m. Homme prodigue, extravagant,

—dans l'argot du peuple.

RUISSELANT D'INOUÏSME, adj. Extraordinairement

inouï.

 

L'expression appartient à M. Philoxène Boyer,—à qui on fera bien de ne pas la voler.

 

RUOLZÉ, adj. Ce qui brille sans avoir de valeur

intrinsèque, ce qui a une élégance ou une

richesse de surface,—par allusion au procédé de

dorure et d'argenture découvert par Ruolz.

 

Existence ruolzée. Vie factice, composée de fêtes bruyantes, de soupers galants, d'amis d'emprunt et de femmes d'occasion, mais dont le bonheur est absent.

Jeunesse ruolzée. C'est notre Jeunesse dorée, et elle vaut moins, quoiqu'elle soit aussi corrompue.

 

RUP, adj. Grand, noble, élevé, beau, riche, élégant,—

dans l'argot des faubouriens et des filles.

 

Francisque Michel fait venir ce mot du bohémien anglais rup et de l'indoustan rupa, argent,—d'où roupie. Pendant qu'il y était, pourquoi n'a-t-il pas fait descendre ce mot d'un rocher (rupes) ou d'une falaise (rupina) quelconque?

On dit aussi Rupart.

 

RUPIN, s. et adj. Homme riche; fashionable, mis à la

dernière mode,—ou plutôt à la prochaine mode.

C'est le superlatif de Rup.

 

«Le rupin même a l'trac de la famine.

Nous la bravons tous les jours, Dieu merci!»

dit la chanson trop connue de M. Dumoulin.

On dit aussi Rupiné.

 

RUPINE, s. f. Drôlesse, fille à grands tralalas de

toilette et de manières.

RUSTIQUE, s. m. Greffier,—dans l'argot des voleurs.

RUSTIQUE, s. m. Décor représentant un intérieur

villageois. Argot des coulisses.

RUSTU, s. m. Greffe.

RUTIÈRE, s. f. Fille publique d'une catégorie à part

décrite par Vidocq (p. 73).

 

S

 

SABLE BLANC, s. m. Sel,—dans l'argot des francs-

maçons.

 

Sable jaune. Poivre.

 

SABLER, v. a. Tuer avec une peau remplie de sable,—

dans l'argot des voleurs.

SABLON, s. m. Cassonade,—dans l'argot des

faubouriens.

SABOCHE, s. f. Mauvais ouvrier, personne maladroite,

—dans l'argot du peuple.

SABOCHER, v. a. Travailler sans soin, avec trop de

hâte.

SABOT, s. m. Mauvais billard.

 

Signifie aussi Mauvais violon.

 

SABOT, s. m. Homme qui aime à dormir.

SABOT, s. m. Toupie plate,—dans l'argot des gamins.

SABOT, s. m. Canot, barque,—dans l'argot des

voleurs.

 

Aller au sabot. S'embarquer.

SABOTER, v. a. Bousiller, travailler sans soin, à la

hâte. Argot des ouvriers.

SABOULER, v. a. Gronder, faire des reproches, battre.

Argot du peuple.

 

Signifie aussi: Travailler sans soin, faire de la mauvaise besogne.

L'expression a des chevrons:

 

«De ton épé' tranchante

Perce mon tendre cœur,

Saboule ton amante,

Ou rends-lui son honneur,»

 

dit Vadé dans sa chanson des Gardes françaises.

 

SABOULER, v. a. Décrotter,—dans l'argot des voyous.

SABOULEUR, s. m. Décrotteur.

SABRE, s. m. Bâton,—dans l'argot des voleurs.

SABRE (Avoir un). Être gris,—dans l'argot des

faubouriens.

SABRENAS, s. m. Savetier,—dans l'argot du peuple.

 

Signifie aussi Mauvais ouvrier, bousilleur.

 

SABRENASSER, v. n. et a. Travailler sans goût,

bousiller l'ouvrage.

 

On dit aussi Sabrenauder.

 

SABRER, v. a. Faire une chose à la hâte, et, à cause

de cela, la mal faire.

SABREUR, s. m. Matamore, homme qui ne parle que

de tuer.

SABREUR, s. m. Bousilleur, ouvrier qui travaille trop

vite pour travailler avec soin.

SABRI, s. m. Bois, forêt,—dans l'argot des voleurs.

SABRIEU, s. m. Voleur de bois.

SAC, s. m. Argent,—dans l'argot des faubouriens, qui

prennent le contenant pour le contenu.

 

Avoir le sac. Être riche, ou seulement avoir de l'argent.

Homme au sac. Homme qui vient d'hériter.

SAC, s. m. Renvoi, congé,—dans l'argot des ouvriers.

 

Avoir son sac. Être renvoyé d'un atelier.

Donner son sac. Remercier un patron.

 

SAC (Avoir dans son). Posséder, être pourvu ou

doué. Argot du peuple.

 

N'avoir rien dans son sac. N'avoir pas de ressources d'esprit; être sans imagination, sans talent.

Avoir une mauvaise pierre dans son sac. Ne pas jouir d'une bonne santé, être atteint de mélancolie ou de maladie grave.

 

SAC (Être ou n'être pas dans le). Être laide ou jolie.

Argot des faubouriens.

 

Cette expression devrait se chanter, comme cette autre, de la même famille:

«Ell' n'est pas mal

Pour foutr' dans l'canal.»

 

SAC-A-PAPIER! Juron bourgeois, qui marque l'ennui

qu'on éprouve, l'embarras dans lequel on se

trouve.

SACARD, adj. et s. Homme à son aise, ayant le sac.

SAC AU LARD, s. m. Chemise,—dans l'argot des

faubouriens, qui se sont rencontrés dans la

même expression avec les voleurs anglais: flesh-

bag, disent ceux-ci.

SAC-A-VIN, s. m. Ivrogne,—dans l'argot du peuple.

 

C'est le guzzler anglais.

 

SAC PLEIN (Avoir le). Être complètement ivre. Se dit aussi à propos d'une Femme enceinte.

 

SACQUÉ (Être). Avoir de l'argent.

SACQUER, v. a. Congédier, renvoyer,—dans l'argot

des ouvriers.

 

On dit aussi Donner le sac.

Sacquer un bœuf. Renvoyer un ouvrier,—dans l'argot des tailleurs.

 

SACRÉ CHIEN, s. m. Eau-de-vie de mauvaise qualité

qui emporte le gosier. Argot du peuple.

 

On dit aussi Sacré chien tout pur.

 

SACRÉ CHIEN, s. m. Feu sacré,—dans l'argot des

rapins et des cabotins.

 

Avoir le sacré chien. Jouer d'inspiration et avec succès. Peindre avec emportement.

 

SACREMENT, s. m. Le mariage,—dans l'argot du

peuple.

 

Offrir le sacrement. Se proposer comme mari, courtiser une fille pour le bon motif.

 

SACRER, v. n. et a. Affirmer.

SACRISTAIN, s. m. Mari de l'abbesse du couvent des

S'offre-à-tous,—dans l'argot des filles.

SACRISTI! Juron de l'argot du peuple.

 

Il dit aussi Cristi!

Les bourgeois, eux, disent Sapristi!—ce qui les éloigne un peu de l'étymologie (sacrarium.)

 

SAFRAN, s. m. Jaunisse conjugale,—dans l'argot des

bourgeois.

Accommoder au safran. Tromper son mari en faveur d'un autre homme, ou sa femme en faveur d'une autre.

On dit aussi Vouer au jaune.

 

SAGE COMME UNE IMAGE, adj. Extrêmement sage,—

c'est-à-dire ne parlant pas. Argot du peuple.

SAGOUIN, s. m. Homme malpropre, grossier,—dans

l'argot du peuple, qui calomnie les callitriches.

 

Vilain sagouin. Pléonasme que les femmes du peuple adressent volontiers à un nomme qui leur débite des gaudrioles et des plaisanteries grasses, dont elles ne se fâchent pas le moins du monde.

 

SAIGNER, v. a. Blesser quelqu'un volontairement, le

tuer même,—dans l'argot des prisons.

SAIGNER, v. a. Emprunter de l'argent,—dans l'argot

du peuple.

 

On dit aussi Faire ou Pratiquer une saignée.

Saigner à blanc. Abuser de la bonté des gens à qui on emprunte.

On dit aussi Faire une saignée blanche.

 

SAIGNER (Se), v. réfl. Donner de l'argent,—qu'on en

doive ou non.

 

Se saigner à blanc. S'épuiser pour fournir aux dépenses d'un enfant ou d'une maîtresse.

 

SAINT-CRÉPIN, s. m. Outils de cordonnier, et, par

extension, de toute autre profession.

SAINT-CRÉPIN, s. m. Économies, peculium,—dans

l'argot du peuple.

SAINT DE CARÊME, s. m. Homme qui se fâche,

hypocrite.

SAINT-DENAILLE, n. de l. Saint-Denis,—dans l'argot

des voleurs.

SAINT-DIFFICILE, s. m. Enfant, et même grande

personne faisant la dégoûtée à propos de la

nourriture ou à propos d'autre chose. Argot des

bourgeois et du peuple.

SAINTE ESPÉRANCE, s. f. La veille de la Sainte

Touche.

SAINTE MOUSSELINE, s. f. Une sainte de la création

de Victorien Sardou (La Famille Benoiton), et

qu'invoquent aujourd'hui, par genre, les mères de

famille qui suivent les modes de la morale

comme elles suivent les modes... de la Mode.

Voici donc l'oraison que murmurent à cette heure

de jolies lèvres parisiennes: «Ah! Mousseline,

blanche Mousseline, des mères ingrates qui te

devaient leurs maris t'ont reniée pour leurs

enfants! Sainte Mousseline, vierge de la toilette,

sauve nos filles qui se noient dans des flots de

dentelles!»

 

Amen!

 

SAINTE-NITOUCHE, s. f. Fille ou femme qui «fait sa

sucrée» ou «sa Sophie»,—dans l'argot du

peuple, qui sait à quoi s'en tenir sur les «giries»

des bégueules.

 

Les ouvriers anglais disent de même: to sham abram (jouer l'innocence patriarcale, feindre la pudeur révoltée).

Cette expression s'est employée jadis en parlant d'un Homme timide, mou, irrésolu, en amour comme en autre chose:

 

«Il estoit ferme de roignons. Non comme

ces petits mignons Qui font la Saincte

Nitouche,»

dit Mathurin Régnier.

SAINTE-TOUCHE, s. f. La fin du mois,—dans l'argot

des employés. La fin de la quinzaine,—dans

l'argot des ouvriers.

SAINT-JEAN, s. m. Signal,—dans l'argot des voleurs.

 

Faire le Saint-Jean. Lever l'index et le médium pour avertir un complice.

 

SAINT-JEAN, s. m. Outils, vêtements, affaires,—dans

l'argot des typographes.

 

Emporter son Saint-Jean. S'en aller d'une imprimerie en emportant composteur, pinces, etc.

 

SAINT JEAN-BAPTISTE, s. m. Cabaretier,—dans

l'argot du peuple, qui fait allusion à l'eau

baptismale que l'on ajoute au vin pour le rendre

digne d'être bu par des chrétiens.

SAINT JEAN SOUCHE-D'OR, s. m. Bavard qui, pour le

plaisir de parler, ne craint pas de commettre des

indiscrétions.

SAINT JEAN LE ROND, s. m. Un des nombreux

pseudonymes de messire Luc.

SAINT LACHE, s. m. Le patron des paresseux.

SAINT-LAZE. Apocope de Saint-Lazare, prison de

femmes,—dans l'argot des voyous.

SAINT-LUNDI, s. f. Jour choisi chaque semaine par les

ouvriers pour aller ripailler aux barrières et

dépenser en quelques heures le plus clair de leur

gain, celui que la ménagère attend toujours en

vain pour faire «bouillir la marmite».

 

Fêter la Saint-Lundi. Se griser—et même se soûler.

 

SAINT-MARCEAUX, s. m. Vin de Champagne,—dans

l'argot des gens de lettres qui veulent faire une Sale intérêt. Intérêt sordide.

réclame à la maison de commerce de M. de

Saint-Marceaux riche viticulteur d'Epernay.

SAINT PÈRE, s. m. Tabac à fumer,—dans l'argot des

marbriers de cimetière.

SAINT SACREMENT (Et tout le). C'est l'et cætera de

l'argot du peuple: Il comprend tout—et une foule

d'autres choses.

SAISISSEMENT, s. m. Les liens dont l'exécuteur lie les

bras et les jambes du condamné à mort. Le

saisissement est une pièce essentielle de la

toilette.

SAISON, s. f. Laps de temps plus ou moins long, mais

ordinairement de 21 jours, que l'on passe dans

les villes d'eaux par ordonnance de médecin.

 

Faire une saison. Rester une vingtaine de jours à Vichy ou toute autre station thermale, et y prendre des bains minéraux.

 

SALADE, s. f. Raiponce à une question,—dans l'argot

des voleurs, facétieux à leurs heures.

SALADE DE GASCON, s. f. Corde, ficelle, dans l'argot

du peuple.

 

A signifié autrefois, plus spécialement, Corde de pendu.

 

SALADIER, s. m. Bol de vin sucré,—dans l'argot des

ouvriers.

SALAMALECS, s. m. pl. Politesse exagérée,—dans

l'argot du peuple, qui ne pratique pas

précisément la Civilité puérile et honnête.

SALAUD, adj. et s. Enfant malpropre; homme ordurier.

SALBRENAUD, s. m. Mauvais cordonnier; savetier,—

dans l'argot des voleurs.

SALE, adj. Laid, mauvais, malhonnête. Argot du

peuple.

Sale monsieur. Individu d'une moralité équivoque ou d'un caractère insociable.

Sale pâtissier. Homme qui n'est ni sale ni pâtissier, mais dont, en revanche, la réputation aurait grand besoin d'une lessive.

On dit aussi Sale bête.

 

SALÉ, s. m. Travail payé d'avance,—dans l'argot des

typographes.

 

Morceau de salé. Acompte.

Se dit aussi, par une analogie facile à saisir, d'un Enfant venu avant le mariage.

Les ouvriers anglais disent: to work for the dead horse (travailler pour le cheval mort).

 

SALER, v. a. Adresser de violents reproches à

quelqu'un,—dans l'argot du peuple.

SALER, v. a. Faire payer trop cher.

 

Saler une note. En exagérer les prix.

On dit aussi Répandre la salière dessus.

 

SALETÉ, s. f. Mauvais tour, action vile, entachée de

plus d'improbité que de boue,—dans l'argot des

bourgeois, qui emploient ce mot dans le même

sens que les Anglais leur sluttery.

 

Faire des saletés. Faire des tours de coquin, d'escroc.

 

SALIÈRES, s. f. pl. Cavités de la clavicule,—dans

l'argot du peuple.

 

Montrer ses salières. Se dit d'une Femme maigre qui se décollète trop. SALIGAUD, E, s. et adj. Personne malpropre au

propre, et malhonnête au figuré,—dans l'argot du

peuple, qui emploie ce mot dans le même sens

que les Anglais leur slut.

SALIVERNE, s. f. Écuelle, gamelle,—dans l'argot des

voleurs, qui y laissent volontiers tomber leur

salive pour dégoûter les camarades.

 

Ils disaient autrefois Crolle.

 

SALLE A MANGER, s. f. La bouche,—dans l'argot des

faubouriens.

 

N'avoir plus de chaises dans sa salle à manger. N'avoir plus de dents.

 

SALONNIER, s. m. Critique d'art, chargé du compte

rendu du Salon. Argot des journalistes.

 

Le mot est de création récente.

 

SALOPE, s. f. Fille ou femme du genre de celles que

Shakespeare traite de drabs dans Winter's Tale,

et que, comme on le voit, le peuple parisien traite

presque aussi mal.

SALOPERIE, s. f. Ordure,—au propre et au figuré,

spucritia et obscenitas.

 

Dire des saloperies. Employer un langage ordurier.

Faire des saloperies. Se conduire en goujat.

 

SALOPERIE, s. t. Vilain tour, lésinerie, crasse.

SALOPIAUD, s. m. Homme malpropre d'esprit et de

costume, en actions et en paroles.

 

Au féminin, Salopiaude.

SALTIMBE, s. m. Apocope de Saltimbanque,—dans

l'argot des faubouriens.

SALUER LE PUBLIC, Mourir,—dans l'argot des

comédiens, ces gladiateurs de l'Art. C'est un

ressouvenir de l'Ave, Cæsar, morituri te salutant.

SANG DE POISSON, s. m. Huile,—dans l'argot des

faubouriens.

SANGLÉ, adj. A court d'argent.

SANGLER, v. a. Réprimander vertement, et même

Battre.

SANGLER, v. a. Permolere uxorem quamlibet aliam,—

dans l'argot du peuple.

 

On dit aussi Sauter.

 

SANGLER (Se), v. réfl. Se priver de quelque chose au

profit de quelqu'un, par exemple, se ruiner pour

élever un entant ou pour entretenir une

maîtresse.

SANGLIER, s. m. Prêtre,—dans l'argot des voleurs.

SANGSUE, s. f. Maîtresse qui ruine son amant par ses

prodigalités; neveu qui tire à boulets rouges sur

la cassette avunculaire. Argot du peuple.

SANGSURER, v. a. Faire de nombreuses saignées à la

bourse de quelqu'un,—dans l'argot des ouvriers,

pour qui les parasites sont des sangsues.

 

Se sangsurer. Se ruiner pour élever un enfant ou pour entretenir une drôlesse.

 

SANS-BEURRE, s. m. Chiffonnier,—dans l'argot des

faubouriens.

SANS-BOUT, s. m. Cerceau,—dans l'argot des

voleurs.

SANS CANNE (Être). En rupture de ban,—dans le

même argot.

SANS-CHASSES, s. m. Aveugle. SANS-CŒUR, s. m. Usurier,—dans l'argot des fils de

famille.

SANS-CULOTTE, s. m. Républicain,—dans l'argot des

bourgeois, pour qui Terreur est inséparable de

République.

SANS-CULOTTERIE, s. f. Doctrine des sans-culottes.

 

Le mot est de Camille Desmoulins.

On dit aussi Sans-culottisme.

 

SANS DOS, s. m. Tabouret,—dans l'argot des

faubouriens.

SANS-FEUILLE, s. f. Potence,—dans l'argot des

voleurs.

SANS-GÊNE, s. m. Homme indiscret, mal élevé,—dans

l'argot des bourgeois.

SANS-LE-SOU, s. m. Artiste, ou Homme de lettres,—

dans l'argot des petites dames.

SAP, s. m. Apocope de Sapin, cercueil,—dans l'argot

des voyous.

 

Taper dans le sap. Être mort et enterré,—dormir du dernier somme.

M. Louis Festeau, qui a chanté tout, a naturellement consacré quelques loisirs de sa muse au Sap:

«Avant d'être mis dans le sap,

Vous voulez, orné de lunettes,

Me décalquer de pied en cap.»

 

SAPAJOU, s. m. Galantin, suborneur en cheveux gris,

—dans l'argot des harengères, qui sont plus

«fortes en gueule» qu'en histoire naturelle.

SAPEUR, s. m. Homme qui ne respecte rien,—dans

l'argot des bourgeoises, qui n'aiment pas les

gens barbus.

 

D'où la fameuse chanson à la mode:

«Rien n'est sa..a..cré pour un sapeur!»

 

SAPIN, s. m. Fiacre,—dans l'argot du peuple, qui sait

que ces voitures-là ne sont pas construites en

chêne.

SAPIN, s. m. Cercueil de pauvre.

 

Sentir le sapin. Être atteint d'une maladie mortelle.

 

SAPIN, s. m. Plancher; grenier,—dans l'argot des

voleurs.

 

Sapin de muron. Grenier à sel.

Sapin des cornants. La terre,—plancher des vaches.

 

SAPINIÈRE, s. f. La fosse commune, exclusivement

réservée aux cercueils de sapin. Argot des

faubouriens.

SAQUET, s. m. Secousse,—dans l'argot du peuple.

 

Le vieux français avait Saquer, tirer l'épée.

 

SARDINES, s. f. pl. Galons de laine ou d'or aux

manches de l'uniforme,—dans l'argot des

soldats.

 

Sardines blanches. Galons de gendarme, ou d'infirmier militaire.

 

SARRASIN, s. m. Ouvrier qui consent à travailler au-

dessous du tarif. Argot des typographes.

On dit aussi Faux frère.

 

SATISFAIT, s. m. Député conservateur, ami quand

même du gouvernement du moment—et des

gouvernements à venir. Argot des journalistes.

SATOU, s. m. Bois débité,—dans l'argot des voleurs.

 

Signifie aussi Bâton.

 

SATOUSIER, s. m. Menuisier.

SAUCE, s. f. Correction ou simplement Réprimande,—

dans l'argot du peuple.

 

Gare à la sauce! Prenez garde à ce qui va arriver de fâcheux.

Gober la sauce! Être puni pour les autres; recevoir la correction, la réprimande méritée par d'autres.

 

SAUCÉ (Être). Recevoir la pluie.

 

On dit aussi Être rincé et Être trempé.

 

SAUCER, v. a. Réprimander.

 

On disait autrefois Faire la sauce à quelqu'un.

 

SAUCISSE MUNICIPALE, s. f. Viande empoisonnée que

l'on jette dans les rues pour détruire les chiens

errants non muselés.

SAUTE-MOUTON, s. m. Jeu d'enfants qui consiste à

sauter les uns par-dessus les autres.

 

On dit aussi Faire un saute-mouton ou Jouer à saute-mouton.

 

SAUTER (Faire). Dérober, chiper et même Voler. Argot

des faubouriens.

 

D'où Faire sauter la coupe au jeu.

SAUTER, v. n. Cacher le produit d'un vol à ses

complices,—dans l'argot des prisons.

 

Sauter à la capahut. Assassiner un complice pour lui enlever son fade.

 

SAUTER A LA PERCHE, v. n. Ne pas savoir où manger,

—dans l'argot des faubouriens, par allusion aux

efforts souvent vains des singes de bateleurs

pour atteindre les friandises placées à l'extrémité

d'un bâton.

SAUTERELLE, s. f. Puce,—dans l'argot des voleurs.

SAUTERELLE, s. f. Petite dame,—dans l'argot des

gens de lettres qui ont emprunté ce mot à N.

Roqueplan.

 

C'est un des plus heureux qu'on ait inventés jusqu'ici pour désigner ces femmes maigres qui s'abattent chaque jour, par nuées, sur les boulevards, dont elles sont la plaie.

 

SAUTERIE, s. f. Danse,—dans l'argot du peuple.

SAUTE-RUISSEAU, s. m. Petit clerc. C'est le trottin de

l'avoué, comme le trottin est le saute-ruisseau de

la modiste.

SAUTER LE PAS, v. a. Se décider à faire une chose,

sans se préoccuper de ses conséquences. Argot

du peuple.

SAUTER LE PAS, v. a. Faire faillite et, par extension,

Mourir,—dans l'argot des bourgeois.

 

Signifie aussi Faire banqueroute à la vertu,—en parlant d'une jeune fille qui se laisse séduire.

On dit aussi La sauter.

 

SAUTEUR, s. m. Filou.

SAUTEUR, s. m. Homme politique qui change

d'opinion toutes les fois que cela peut lui profiter

personnellement. Argot du peuple.

 

Se dit aussi de tout Homme sans consistance, sans parole, sur lequel on ne peut pas compter.

 

SAUTEUSE, s. f. Drôlesse.

SAUVAGE, s. m. Garde national de la banlieue, avant

1870—dans l'argot des faubouriens.

SAUVER BIEN (Se). Bien courir,—dans l'argot des

maquignons, qui disent cela à propos des

chevaux qu'ils essayent.

SAUVER LA CAISSE, v. a. Se sauver avec la caisse

dont on est le gardien,—par allusion au mot

d'Odry dans les Saltimbanques.

SAUVER LA MISE A QUELQU'UN. Lui éviter une

humiliation, un ennui; lui prêter à temps de

l'argent. Argot du peuple.

SAUVETTE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à se

sauver et ne pas se laisser attraper.

 

On dit aussi Sauvinette.

 

SAUVETTE, s. f. Mannette d'osier,—dans l'argot des

chiffonniers.

SAVATE, s. f. Boxe française,—«avec cette différence,

dit Th. Gautier, que la savate se travaille avec les

pieds et la boxe avec les poings.»

 

(V. Chausson.)

 

SAVATE, s. f. Correction militaire, qui consiste à

fouetter le soldat coupable à tour de bras et de

souliers. Le Conseil de guerre, on le devine, n'a

rien à voir là dedans: c'est une petite justice de

famille et de caserne.

SAVATE, s. f. Ouvrage mal fait; chose abîmée,

gâchée,—dans l'argot du peuple.

SAVATER, v. a. Travailler sans soin, faire une chose à

la hâte.

 

On dit aussi Saveter.

 

SAVETIER, s. m. Mauvais ouvrier; homme qui fait une

chose sans goût, sans soin, à la hâte.

SAVOIR CE QUE QUELQU'UN A DANS LE VENTRE.

Découvrir ses sentiments, ses projets; connaître

le faible et le fort de son caractère. Argot des

bourgeois.

SAVOIR DE QUOI IL RETOURNE. Connaître l'état

financier d'une maison, la situation morale d'une

famille; être au courant des affaires politiques et

littéraires et savoir quel journal ce gros homme

va fonder et quel ambassadeur on va envoyer en

Prusse. Même argot.

SAVOIR LIRE. Connaître toutes les ruses du métier,—

dans l'argot des voleurs.

SAVON, s. m. Réprimande,—dans l'argot des

domestiques malpropres.

 

Foutre un savon. Gronder, objurguer quelqu'un.

 

SAVONNER, v. a. Réprimander—et même Battre.

SAVOYARD, s. m. Homme mal élevé, brutal,—dans

l'argot des bourgeois, injurieux envers les

Allobroges.

SAVOYARDE, s. f. Malle,—dans l'argot des voleurs.

SCÈNE DE L'ABSINTHE (Faire la). Jouer son verre

d'absinthe avec un camarade, ou lui en offrir un.

Argot des coulisses.

 

On dit de même, à propos de toutes les consommations: Faire ou jouer la scène du cigare, du café, de la canette, etc.

 

SCHAFFOUSE, s. m. Le derrière, parce qu'à la chute

du Rein,—dans l'argot facétieux du peuple, qui

connaît la géographie.

SCHLAGUE, s. f. Correction brutale qu'un père donne

volontiers à son enfant, un mari à sa femme, etc.

SCHLAGUER, v. a. Corriger, battre.

 

Encore un mot allemand,—schlagen.

 

SCHLOFFER, v. n. Dormir, se coucher,—dans l'argot

des faubouriens, qui ont appris cette expression

dans la fréquentation d'ouvriers alsaciens ou

allemands (schlafen).

 

Ils disent aussi Faire schloff.

 

SCHNICK, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure,—

dans l'argot du peuple.

 

On dit aussi Schnaps.

 

SCHNIQUER, v. n. Se griser d'eau-de-vie.

SCHNIQUEUR, s. m. Buveur d'eau-de-vie.

SCIANT, adj. Ennuyeux,—dans l'argot du peuple.

SCIE, s. f. Ennui, contre-temps fâcheux.

SCIE, s. f. Femme légitime.

 

Porter sa scie. Se promener avec sa femme au bras.

 

SCIE, s. f. Mystification, plaisanterie agaçante,—dans

l'argot des artistes.

Le chef-d'œuvre du genre, c'est:

 

«Il était quatre jeunes gens du quartier,

Eh! eh! eh! eh!

Ils étaient tous les six malades,

Ade! ade! ade! ade!

On les mit tous sept dans un lit,

Hi! hi! hi! hi!

Ils demandèrent du bouillon,

On! on! on! on!

Qui n'était ni salé ni bon,

On! on! on! on!

C'est l'ordinair' de la maison,

On! on! on! on!

Ça commence à vous embêter,

Eh! eh! eh! eh!

Et bien je vais recommencer,

Eh! eh! eh! eh!»

 

Et l'on recommence en effet jusqu'àce que l'importun que l'on scie ainsi comprenne et s'en aille.

Faire ou Monter une scie. Imaginer une mystification contre quelqu'un.

 

SCIER, v. a. Importuner, obséder sans relâche.

 

On dit aussi Scier le dos.

 

SCIER DU BOIS, v. a. Jouer du violon ou de la

contrebasse,—dans l'argot des faubouriens.

SCIEUR DE BOIS, s. m. Violoniste ou contrebassiste.

SCION, s. m. Baguette et même Bâton,—dans l'argot

du peuple.

SCIONNER, v. a. Battre quelqu'un, le bâtonner.

SCIONNER, v. a. Tuer,—dans l'argot des voleurs. SCIONNEUR, s. m. Meurtrier.

SCRIBOUILLAGE, s. m. Mauvais style,—style à la

Scribe. Argot des gens de lettres.

SCULPSIT, s. m. Sculpteur,—dans l'argot des artistes.

SCULPTURE RONFLANTE, s. f. Sculpture tourmentée,

colorée, entre la sagesse et l'exagération.

SEC, s. m. Élève qui a passé des examens de fin

d'année déplorables. Argot des Polytechniciens.

 

On dit aussi, mais moins: Fruit sec.

 

SÉCHÉ (Être). N'être plus gris,—dans l'argot des

faubouriens.

SÉCHER, v. n. Être fruit sec,—dans l'argot des

Polytechniciens.

SÉCOT, s. et adj. Homme maigre et sec,—dans l'argot

du peuple.

SECOUER, v. a. Gronder quelqu'un, et même le battre,

—dans le même argot.

 

On dit aussi Secouer les puces.

 

SECOUER LA COMMODE, v. a. Jouer de l'orgue de

Barbarie,—dans l'argot des faubouriens.

SECRET DE POLICHINELLE, s. m. Secret connu de tout

le monde,—dans l'argot du peuple.

SEIGNEUR ET MAITRE, s. m. Mari,—dans l'argot des

bourgeois: protecteur,—dans l'argot de Breda-

Street.

SEMAINE DES QUATRE JEUDIS, s. f. Semaine

fantastique, dans laquelle les mauvais débiteurs

promettent de payer leurs dettes, les femmes

coquettes d'être fidèles, les gens avares d'être SEPT, s. m. Crochet,—dans l'argot des chiffonniers.

généreux, etc. C'est la Venue des Coquecigrues

de Rabelais.

 

On dit aussi: La semaine des quatre jeudis, trois jours après jamais.

 

SEMAINES, s. f. pl. Sous de poche distribués le

samedi et le dimanche.—dans l'argot des

collégiens.

SEMER QUELQU'UN, v. a. S'en débarrasser,—dans

l'argot des faubouriens.

 

Signifie aussi: Le renverser, le jeter à terre d'un coup de poing ou d'un coup de pied.

 

SENS DEVANT DIMANCHE. adv. De travers, sens

dessus dessous,—dans l'argot du peuple.

SENTINELLE, s. f. Résultat de la digestion. Stercus.

 

Poser une sentinelle. Alvum deponere.

 

SENTIR, v. a. Aimer,—dans l'argot du peuple, qui

emploie surtout ce verbe avec la négative.

 

Ne pas pouvoir sentir quelqu'un. Avoir répugnance à le rencontrer, à lui parler, le haïr enfin.

On dit aussi Avoir dans le nez.

 

SENTIR LE COUDE A GAUCHE. v. n. Avoir confiance en

soi et dans l'amitié de ses camarades; se sentir

appuyé, soutenu, encouragé, etc.

SENTIR LE LAPIN. Suer abondamment et

désagréablement des aisselles.

SENTIR MAUVAIS, v. n. Devenir grave, sérieux; se

gâter,—en parlant des choses.

 

Cela sent mauvais est une phrase de la même famille que Le torchon brûle.

SÉQUELLE, s. f. Grand nombre de gens ou de choses,

—dans l'argot du peuple, qui n'emploie ce mot

que péjorativement.

 

Signifie aussi: Gens ou choses qui font suite à quelqu'un ou à quelque chose.

Toute la séquelle. Tous les membres de la famille, et surtout les enfants.

 

SER, s. m. Signal donné en crachant,—dans l'argot

des voleurs. (V. Serpent.)

SERGOLLE, s. f. Ceinture,—dans le même argot.

SÉRIEUX, adj. Excellent, convenable,—dans l'argot

des gens de lettres et des petites dames.

 

Homme sérieux. Qui ne refuse rien aux femmes qui ne refusent rien aux hommes—riches.

Souper sérieux. Où rien ne manque de ce qui doit en faire l'attrait: vins exquis, chère non-pareille, femmes charmantes, hommes d'esprit, etc.

Le peuple emploie aussi cet adjectif dans l'acception de Copieux: un beefsteak sérieux, un dessert sérieux, etc.

 

SERIN, s. m. Gendarme de la banlieue,—dans l'argot

des voyous.

 

S'est dit aussi, à une certaine époque du règne de Louis-Philippe, des compagnies de voltigeurs de la garde nationale qui avaient des parements jaunes, des passe-poils jaunes, des torsades jaunes, tout jaune, au point qu'en les passant un jour en revue dans la cour des Tuileries, et les voyant se débander, le maréchal Lobau s'écria: «Fermez donc les grilles, mes serins vont s'envoler!»

 

SERIN, s. et adj. Imbécile, ou seulement Homme naïf,

—dans l'argot des faubouriens.

SERINER, v. a. Répéter à satiété une chose à

quelqu'un, afin de la lui loger dans la mémoire.

SERINETTE, s. f. Homme qui fait chanter d'autres

hommes,—dans l'argot des voleurs.

SERINGUE, s. f. Voix fausse, aigre, criarde,—dans

l'argot du peuple.

 

Chanter comme une seringue. Chanter très mal.

 

SERPENT, s. m. Ceinture de cuir,—dans l'argot des

troupiers, qui y serrent leur argent.

 

On dit aussi Anguille.

 

SERPENT, s. m. Crachat,—dans l'argot des voleurs.

SERPENTIN, s. m. Matelas,—dans le même argot.

SERPETTES, s. f. pl. Les jambes,—dans l'argot des

troupiers.

SERPILLIÈRE, s. f. Soutane,—dans l'argot des

faubouriens.

 

On dit aussi Serpillière à ratichon.

SERRANTE, s. f. Serrure,—dans l'argot des voleurs.

SERRÉ, adj. Pauvre; sans argent, momentanément

ou par habitude,—dans l'argot des bourgeois.

 

Signifie aussi Avare.

 

SERRER, v. a. Mettre en prison,—dans l'argot des

faubouriens.

SERRER LA VIS. Achever une affaire, presser un

travail. Étrangler quelqu'un. Argot du peuple.

SERRER LE NŒUD. Se marier,—dans l'argot des

bourgeois et des vaudevillistes.

SERRER LES POUCES A QUELQU'UN, v. a. Le presser

vivement de questions pour lui faire avouer la

vérité. Argot du peuple.

SERT, s. m. Signe fait par un compère,—dans l'argot

des saltimbanques.

SERVIETTE, s. f. Portefeuille,—dans l'argot des

avocats.

SERVIETTE, s. f. Aniterge en papier,—dans l'argot des

bourgeois.

SERVIR, v. a. et n. Trahir, dénoncer,—dans l'argot des

voleurs.

 

Servir de belle. Dénoncer à faux.

 

SERVIR, v. a. Arrêter, prendre,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Vidocq, lorsqu'il était chef de la police de sûreté, avait l'habitude de dire tranquillement au malfaiteur pris dans une souricière, ou ailleurs: «Monsieur, vous êtes servi!...»»

SÉSIÈRE, pr. pers. Soi, lui, elle,—dans l'argot des

voleurs.

 

On dit aussi Sésigue et Sésingard.

 

SEU, s. m. Second,—dans l'argot des enfants, qui

pratiquent l'apocope comme des hommes.

SÉVÈRE, s. f. Chose étonnante; événement inattendu,

—dans l'argot des faubouriens.

SEXE, s. m. Les femmes en général,—dans l'argot du

peuple, qui, sans tomber à leurs pieds, comme le

recommande M. Legouvé, sait qu'il leur doit une

mère, la seule créature digne de ses respects.

 

Ami du sexe. Homme de complexion amoureuse.

 

SHOCKING! Exclamation qui, de la langue des

pudiques Anglaises, a passé dans l'argot ironique

des gouailleurs parisiens. Ce qui est choquant de

l'autre côté du détroit cesse de l'être de ce côté-

ci.

SHOCKINER (Se), v. réfl. Se scandaliser.

SIBIJOITE, s. f. Cigarette,—dans l'argot des marbriers

de cimetière, parfois trop fantaisistes.

 

Orpheline. Cigarette presque fumée.

 

SIFFLE, s. f. Voix,—dans l'argot des voleurs.

SIFFLER, v. a. et n. Boire ou manger, mais surtout

boire,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce

verbe depuis plus d'un siècle, comme le prouvent

ces vers d'une chanson du commencement du

XVIIe siècle:

 

«Lorsque je tiens une lampée

Pleine de vin, le long de la journée,

Je siffle autant que trois.»

 

SIFFLER, v. a. Dépenser.

 

Avoir tout sifflé. Être ruiné.

 

SIFFLER LA LINOTTE, v. a. Appeler sa maîtresse avec

un cri ou un air convenus; faire le pied de grue.

SIFFLET, s. m. Gorge, gosier,—entonnoir à air et à

vin.

 

S'affûter le sifflet. Boire.

On dit aussi Se rincer le sifflet.

Couper le sifflet à quelqu'un. Le forcer à se taire, soit en lui coupant le cou, ce qui est un moyen extrême, soit en lui prouvant éloquemment qu'il a tort de parler, ce qui vaut mieux.

 

SIGNE D'ARGENT, s. m. Le stercus humain,—dans

lequel il est bon de marcher, paraît-il, parce que

cela porte bonheur.

SIGNER DES ORTEILS (Se), v. réfl. Se pendre ou être

pendu,—dans l'argot du peuple, qui fait allusion

aux derniers tressaillements des suicidés ou des

condamnés.

SILENCE, s. m. Audiencier,—dans l'argot des voyous,

habitués de police correctionnelle ou de cour

d'assises.

SIME, s. f. Patrouille,—dans l'argot des voleurs.

SIMON, s. m. Propriétaire,—dans l'argot des ouvriers

viveurs.

 

Aller chez Simon. Aller «où le roi va à pied»,—dans l'argot des bourgeoises.

 

SIMPLE, s. et adj. Niais,—dans l'argot du peuple, qui a

un faible pour les roublards.

Les Anglais ont la même expression: Flat, plat,—nigaud.

 

SINGE, s. m. Patron,—dans l'argot des charpentiers,

qui, les jours de paye, exigent de lui une autre

monnaie que celle de son nom.

SINGE, s. m. Ouvrier compositeur,—dans l'argot des

imprimeurs.

SINGE BOTTÉ, s. m. Homme amusant, gros farceur,—

dans l'argot des bourgeoises.

SINGERIES, s. f. Grimaces, mines hypocrites, comédie

de la douleur,—dans l'argot du peuple, qui n'aime

pas les gens simiesques.

SINGULIER PISTOLET, s. m. Homme bizarre, original,

qui ne fait rien comme tout le monde, part quand

il faudrait rester, et reste quand il faudrait partir.

SINVE, s. m. Homme simple, imbécile, bon à duper,—

dans l'argot des voleurs.

 

Quelques lexicographes de la rue affirment qu'on écrit et prononce sinvre.

Affranchir un sinve. Faire d'un paresseux un voleur, ou d'un débauché un escarpe.

 

SINVINERIE, s. f. Niaiserie.

SIROP, s. m. Vin,—dans l'argot des faubouriens, qui

ont l'honneur de se rencontrer avec Rabelais:

«Après s'être bien antidoté l'haleine de sirop

vignolat,» dit l'immortel Alcofribas Nasier.

 

Avoir un coup de sirop de trop. Être ivre.

 

SIROTER, v. a. Boire plus que de raison.

 

Signifie aussi Boire à petits coups.

SIROTER, v. n. et a. Nettoyer à fond la tête de

quelqu'un, la bien peigner, friser et pommader.

Argot des coiffeurs.

SIROTER LE BONHEUR, v. a. Être dans la lune de miel.

Argot des faubouriens.

SIROTEUR, s. m. Ivrogne.

SIX, s. f. Une des six chandelles dont se compose un

paquet d'une livre.

 

Brûler des six. N'employer que ces chandelles-là.

 

SIX-FRANCS, s. m. Outil de bois sur lequel on repasse

les habits,—dans l'argot des tailleurs.

SIX-QUATRE-DEUX (A la), adv. Sans soin, sans grâce,

à la hâte,—dans l'argot des bourgeois.

SMALA, s. f. Famille, ménage,—dans l'argot des

troupiers qui ont fait les campagnes d'Afrique.

 

Se dit depuis la prise de la smala d'Abd-el-Kader par le duc d'Aumale.

 

SNOB, s. m. Fat, ridicule, vaniteux,—dans l'argot des

gens de lettres, qui ont emprunté cette

expression au Livre des Snobs de Thackeray,

comme si nous n'avions pas déjà le même mot

sous une douzaine de formes.

SNOBISME, s. m. Fatuité, vanité.

SNOBOYE, adj. Parfait, excellent, chocnosof,—dans

l'argot des faubouriens.

SOCIÉTÉ DU DOIGT DANS L'ŒIL, s. f. Association pour

rire, formée par Nadar, dans laquelle on

enrégimente à leur insu les gens qui «se fourrent

le doigt dans l'œil».

SOCIÉTÉ DU FAUX COL, s. f. Société de secours

mutuels que forment entre eux les comédiens Signifie aussi elliptiquement. Correction violente,—pile donnée avec soin.

pour se débarrasser des raseurs, des importuns,

des gêneurs.

 

Le signe de détresse que font entre eux les membres de la Société du faux col consiste à passer le doigt sur le col de la chemise.

Cette société s'appelle aussi la Société du rachat des captifs.

 

SODA, s. m. Mélange de sirop de groseille et d'eau de

seltz (soda-water).

SŒUR, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des soldats et

des voyous, qui, sans s'en douter, se servent du

même mot que les Romains, dans le même sens,

soror. Les Romains avaient de plus le mâle de la

sœur, qui était le frater.

 

On dit aussi: Nos sœurs du peuple, pour désigner certaines victimes cloîtrées, qui ne se plaignent pas de l'être. Au e XVI siècle, on disait: Nos cousines.

Sœur se trouve, avec cette dernière acception, dans le Dictionnaire de Leroux.

 

SŒUR, s. f. Fille ou femme,—dans l'argot des francs-

maçons.

SŒURS BLANCHES, s. f. pl. Les dents,—dans l'argot

des voleurs.

SOIFFARD, s. m. Ivrogne,—dans l'argot des

faubouriens.

 

On dit aussi Soiffeur.

 

SOIFFER, v. n. Boire outre mesure,—sous prétexte de

soif.

SOIGNÉ, s. m. Chose de qualité supérieure, vin ou

chapeau, tabac ou salade, etc.

SOIGNÉE, s. f. Chose étonnante, difficile à croire;

événement extraordinaire.

 

SOIGNER, v. a. Battre quelqu'un avec un soin dont il

n'est nullement reconnaissant.

SOIGNER SES ENTRÉES. Se faire applaudir à son

entrée en scène par les chevaliers du lustre.

Argot des coulisses.

SOIR, s. m. Journal du soir,—dans l'argot des

gandins.

 

Cette ellipse est à la mode depuis quelque temps dans les cafés des boulevards.

 

SOISSONNAIS, s. m. pl. Haricots,—dans l'argot des

voleurs, qui savent que Soissons est la patrie de

ce farineux.

SOLDAT DU PAPE, s. m. Mauvais soldat,—dans l'argot

du peuple.

SOLDATS, s. m. pl. De l'argent,—dans l'argot des

faubouriens, qui savent que l'argent est le nerf de

la guerre.

 

Dans les Joyeuses Commères de Windsor, Shakespeare fait dire par Falstaff à Ford: Money is a good soldier, Sir, and will on. (L'argent est un bon soldat; il pousse en avant.)

 

SOLDE, s. m. Restant d'étoffe; coupon,—dans l'argot

des marchands.

SOLDE, s. m. Chose de médiocre valeur,—dans

l'argot des gens de lettres.

 

Cigare de solde. Mauvais cigare.

Dîner de solde. Exécrable dîner.

 

SOLFÉRINO, adj. et s. Couleur rouge violacée, fort à la

mode depuis la guerre d'Italie.

SOLIR, v. a. Vendre,—dans l'argot des voleurs.

 

Solir sur le verbe. Acheter à crédit,—c'est-à-dire sur parole.

 

SOLITAIRE, s. m. Spectateur qui ne paye sa place que

moitié prix, mais à la condition d'entrer au théâtre

dans les rangs de la Claque, sans être forcé

d'applaudir comme elle. Argot des coulisses.

SOLLICEUR, s. m. Marchand,—dans l'argot des

voleurs.

 

Solliceur à la pogne. Marchand, ambulant.

Solliceur de lacets. Gendarme.

Solliceur de loffitudes. Homme de lettres.

SONDE, s. f. Médecin,—dans le même argot.

 

SONDEUR, adj. et s. Sournois, prudent, malin,—dans

l'argot des faubouriens.

 

Aller en sondeur. S'informer avant d'entreprendre une chose, écouter une conversation avant de s'y mêler.

Père sondeur. Bonhomme rusé, dont personne ne se méfie, et qui se joue de tout le monde.

 

SONNETTE DE BOIS, s. f. Sonnette d'hôtel garni que

l'on bourre de chiffons pour l'empêcher de sonner

lorsqu'on veut s'en aller clandestinement.

 

D'où l'expression Déménager à la sonnette de bois.

 

SONNETTE DE NUIT, s. f. Houpette de soie blanche

que les petites dames portent au capuchon de

leurs caracos (1865).

SONNETTES, s. f. pl. Pièces d'or ou d'argent, d'une

musique supérieure à celle de Rossini—pour les

oreilles des petites dames.

SONNETTES, s. f. pl. Gringuenaudes de boue qui

pendent aux poils des chiens. Argot des

chasseurs.

SORBONNE, s. f. La tête,—parce qu'elle «médite,

raisonne et conseille le crime». Argot des

voleurs.

SORCIÈRE, s. f. Femme mal mise ou d'une figure

ravagée,—dans l'argot des bourgeoises.

 

Elles disent aussi Vieille sorcière.

 

SORGUE, s. f. Nuit,—dans l'argot des voleurs.

 

Les Maurice La Châtre de Poissy prétendent qu'il faut écrire Sorgne.

 

SORGUER, v. n. Passer la nuit.

SORGUEUR, s. m. Voleur de nuit.

SORTE, s. f. Mauvaise raison, faux prétexte,

balançoire,—dans l'argot des typographes.

SORTIE, s. f. Discours inconvenant; emportement plus

ou moins violent. Argot du peuple.

SORTIR, v. a. Transporter un mobilier extra-muros,—

dans l'argot des déménageurs.

 

Le rentrer. Le ramener à Paris.

On dit de même Sortie pour un déménagement extra-muros, et Rentrée pour le contraire.

 

SORTIR, v. n. Avoir des absences d'esprit, être

distrait,—dans l'argot du peuple.

 

On dit mieux Être sorti ou Être ailleurs, pour n'être pas à la conversation, ne pas savoir ce qu'on dit autour de soi.

SORTIR, v. n. Être insupportable,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Ce verbe ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de l'indicatif présent: il me sort,—c'est-à-dire, je ne peux pas le voir sans en être blessé, offusqué.

Quelques-uns, pour être plus expressifs, disent: Il me sort par le cul.

 

SORTIR D'UNE BOITE, v. n. Être vêtu avec une propreté

méticuleuse,—dans l'argot des bourgeois, qui ont

des notions de blanchisseuse sur l'élégance.

 

Ils disent aussi Avoir l'air de sortir d'une boîte.

 

SORTIR LES PIEDS DEVANT, v. n. Être emporté mort,

«cloué sous la lame»,—dans l'argot du peuple,

qui sait de quelle façon un cercueil sort d'une

maison.

SOT-L'Y-LAISSE, s. m. Le croupion d'une volaille,—

dans l'argot des bourgeois.

SOUDRILLARD, s. et adj. Libertin,—dans l'argot des

voleurs.

 

Le vieux français avait Soudrille (soldat, ou plutôt soudard).

 

SOUFFLANT, s. m. Pistolet,—dans le même argot.

SOUFFLER, v. a. Prendre, s'emparer de quelque

chose,—dans l'argot du peuple.

 

Souffler la maîtresse de quelqu'un. La lui enlever,—et, dans ce cas-là, souffler, c'est jouer... un mauvais tour.

 

SOUFFLER DES POIS, v. n. Agiter ses lèvres en

dormant pour expirer l'air par petits coups secs.

 

Les étudiants en médecine disent: Fumer sa pipe. Dans l'argot du peuple, Souffler des pois, c'est Faire l'important.

 

SOUFFLER SON COPEAU, v. a. Travailler,—dans l'argot

des ouvriers.

SOUFFLET, s. m. Le podex.

SOUFFLEUR DE BOUDIN, s. m. Homme à visage

rubicond.

SOUILLON, s. f. Femme malpropre, fille à soldats.

C'est la malkin des voyous anglais.

SOUILLOT, s. m. Ivrogne, débauché, arsouille,—dans

l'argot des faubouriens.

SOULAGER, v. a. Alléger la poche de son voisin de la

montre ou de la bourse qu'elle contenait.

SOULAGER (Se), v. réfl. Meiere. Argot du peuple.

 

Se dit aussi à propos de la fonction du plexus mésentérique.

 

SOULARD, adj. et s. Ivrogne.

SOÛLER (Se). Se goinfrer de vin ou d'eau-de-vie à en

perdre la raison.

SOULEUR, s. f. Frayeur subite et violente, qui remue

le cœur et soûle l'esprit au point que, pendant

qu'elle dure, on ne sait plus ce que l'on fait.

 

Faire une souleur à quelqu'un. Lui faire peur.

 

SOULEVER, v. a. Dérober adroitement,—dans l'argot

des faubouriens.

SOULIERS A MUSIQUE, s. m. pl. Qui craquent lorsqu'on

les porte pour la première fois.

SOULIERS-SEIZE, s. m. pl. Souliers très étroits (13 et

3),—dans l'argot ridiculement facétieux des

bourgeois.

SOULIERS SE LIVRANT A LA BOISSON , s. m. pl. Souliers

usés, prenant l'eau,—dans l'argot des

faubouriens.

SOULOGRAPHE, s. m. Ivrogne abject. Argot des

typographes.

SOULOGRAPHIE, s. m. Ivrognerie dégoûtante.

SOULOGRAPHIER (Se), v. réfl. S'enivrer

crapuleusement.

SOUPÇON, s. m. Très petite quantité,—dans l'argot du

peuple.

 

On dit aussi Idée.

 

SOUPE AU LAIT, s. f. Homme qui s'emporte pour un

rien.

SOUPE DE PERROQUET, s. f. Pain trempé dans du vin.

SOUPE-ET-LE-BŒUF (La), Bonheur conjugal,—c'est-à-

dire ordinaire.

 

C'est une expression de la même famille que Pot-au-feu.

 

SOUPENTE, s. f. Le ventre,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Le mot a été recueilli par Traviès.

 

SOUPE-SEPT-HEURES, s. m. Homme qui a des

habitudes de repas régulières,—dans l'argot du

peuple, qui, en conservant cette expression, a

conservé aussi la coutume qu'elle consacre.

SOUPEUR, s. et adj. Viveur,—dans l'argot des gens de

lettres.

SOUPEUSE, s. f. Femme galante qui a pour spécialité

de lever les hommes au souper,—c'est-à-dire de

faire espalier avec d'autres à la porte des cafés SOUS, s. m. pl. Argent, fortune,—dans l'argot des

du boulevard, vers les onze heures du soir, afin

d'être priée à souper par les gens qui n'aiment

pas à rentrer seuls chez eux. La soupeuse a une

prime par chaque tête de bétail qu'elle amène au

restaurant.

SOUPIER, adj. et s. Grand mangeur de soupe. Argot

du peuple.

SOUPIR, s. m. Crepitus ventris,—dans l'argot des

bourgeois.

 

Soupir de Bacchus. Éructation.

 

SOUPIRER, v. n. Crepitum reddere.

SOUQUER, v. a. Battre ou seulement Rudoyer. Argot

du peuple.

SOURICIÈRE, s. f. Cabaret suspect où se réunissent

les voleurs et où ils se font arrêter par les agents

de police, au courant de leurs habitudes.

 

Tendre une souricière. Surveiller les abords d'un de ces mauvais lieux-là.

 

SOURICIÈRE, s. f. Crinoline, ou Tournure exagérée,—

dans l'argot des petites dames, qui savent

combien les hommes se laissent prendre à cela.

SOURICIÈRES, s. f. pl. Ce sont, d'après Vidocq, de

grandes pièces souterraines dont on peut voir les

fenêtres garnies d'énormes barreaux de fer sur le

quai de l'Horloge, et dans lesquelles les prévenus

extraits des différentes prisons de Paris sont

déposés pour attendre le moment de paraître

devant le juge d'instruction.

SOURIS, s. f. Baiser sur l'œil,—dans l'argot des

faubouriens, qui savent que ce baiser fait moins

de bruit que les autres.

ouvriers.

 

Avoir des sous. Être riche.

 

SOUS DE POCHE, s. m. pl. Monnaie à dépenser,—

dans l'argot des collégiens et des grandes

personnes qui n'aiment pas à sortir sans argent.

SOUS LE LIT (Être). N'être pas au courant d'un métier

ou au fait d'une chose; se tromper. Argot des

faubouriens.

SOUS-LIEUTENANT, s. m. Résultat moulé d'une

évacuation alvine,—dans l'argot des royalistes

ennemis de la première Révolution.

 

«Je m'accroupis en gémissant

Au coin d'une boutique.

Je mis bas un sous-lieutenant

D'une figure étique?»

 

dit une chanson du comte Barruel de Beauvert, publiée dans les Nouveaux Actes des Apôtres.

On disait aussi Un représentant.

Avant de s'entre-tuer, les hommes que divisent les opinions politiques s'entre-souillent d'épigrammes ordurières.

 

SOUS-OFF, s. m. Apocope de Sous-Officier,—dans

l'argot des troupiers.

SOUS PRESSE (Être). Être occupée,—dans l'argot de

Breda-Street.

SOUSSOUILLE, s. et adj. Débauché, ivrogne, arsouille,

—dans l'argot des faubouriens.

SOUTADOS, s. m. Pièce de cinq centimes. SOUTE AU PAIN, s. f. L'estomac,—dans l'argot des

ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

 

Les ouvriers anglais ont la même expression: Bread-basket (panier au pain), disent-ils.

 

SOUTELLAS, s. m. Cigare d'un sou,—dans l'argot des

voyous qui ont voulu se moquer des panatellas.

SOUTENANTE, s. f. Canne,—dans l'argot des voleurs.

SOUTENEUR, s. m. Homme qui vit aux dépens des

filles,—dans l'argot du peuple.

SOUTIRER AU CARAMEL, v. a. Tirer de l'argent de

quelqu'un en employant la douceur.

SPECK, s. m. Lard,—dans l'argot des voleurs, qui ont

emprunté ce mot à la langue allemande.

SPEECH, s. m. Discours, bavardage,—dans l'argot du

peuple et des gens de lettres.

SPER, s. m. Carreau dont on vient de se servir, mais

qui possède encore assez de chaleur pour être

de nouveau utilisé.

 

Expression de l'argot des tailleurs.

 

SPHINX, s. m. Mets imaginaire comme le monstre

auquel fut forcé de répondre Œdipe, et qu'on

demande facétieusement dans certains

restaurants qui prétendent avoir de tout.

Alphonse Karr, ou Méry, eut un jour la curiosité

d'en exiger;—«Nous venons de donner la

dernière portion,» lui répondit tranquillement le

garçon. Léon Gozlan fut plus heureux, ou plus

malheureux; il en demanda—et on lui en servit.

SPICKEL, s. f. Épée de fantaisie,—dans l'argot des

Polytechniciens, qui l'achètent ordinairement Ce mot entrera sans peine dans la prochaine édition du Dictionnaire de l'Académie, plus hospitalier pour les mots anglais que pour les mots français. Même observation à propos de derby, turf, studbook, handicap, steeple-chase, match, etc.

chez le marchand qui porte ce nom, et dont le

magasin est rue Saint-Honoré, ou rue Richelieu.

SPIRITE, s. et adj. Homme qui ne croit peut-être pas à

Dieu mais qui croit aux esprits, afin de prouver

l'insanité du sien.

SPIRITISME, s. m. Dada, à l'usage des gens sérieux

qui tiennent à passer pour grotesques. Ils

évoquent Voltaire et ils le font parler comme

Eugène de Mirecourt.

SPORT, s. m. Science de la haute vie et des nobles

amusements, courses, paris, etc.,—dans l'argot

des anglomanes.

SPORTIF, IVE, adj. Qui a rapport aux choses du sport.

 

Mot barbare qui a fait récemment son apparition dans les journaux.

 

SPORTSMAN, s. m. Homme de cheval, habitué des

courses.

SPORTSMANIE, s. f. La manie des courses,—dans

l'argot des bourgeois.

STALLE, s. f. Chaise ou fauteuil,—dans l'argot des

francs-maçons.

STERLING, adj. Pur, de bon aloi; riche,—dans l'argot

du peuple, qui n'a pas le moins du monde

«emprunté ce superlatif au système monétaire

anglais», par l'excellente raison que ce

«superlatif» a, en anglais, la même signification

qu'en français: Sterling wit (esprit de bon aloi),

sterling merit (mérite remarquable), disent nos

voisins. M. Ch. Nisard s'est trompé.

STICK, s. m. Petite canne,—dans l'argot des «young

gentlemen», qui mettent cela dans leur bouche

comme un sucre d'orge, au lieu d'appuyer leurs

mains dessus comme sur un bâton.

 

STOCKFISH, s. m. Anglais,—dans l'argot des

faubouriens.

STOP! Expression de la langue anglaise qui est

passée dans l'argot des canotiers parisiens. Elle

signifie, on le sait: «Arrêtez!»

STOPPER, v. n. Arrêter, faire escale.

 

C'est le verbe anglais To stop.

 

STROC, s. m. Chopine,—dans l'argot des voleurs.

 

Demi-stroc. Demi-setier.

On dit aussi Stron.

 

STUC, s. m. Part d'un vol,—dans l'argot des voleurs,

qui doivent s'estimer heureux de ne plus vivre au

XVIIIe siècle, à une époque où un arrêt de la Cour

du Parlement (22 juillet 1722) condamnait à être

rompu vif un sieur Cochois, pour avoir recélé des

vols, en avoir eu le stuc, et acheté le stuc des

autres.

 

J'ai vu écrit Lestuc sur feuillet de garde du Langage de l'argot réformé, avec mention du sens dans lequel stuc est employé.

 

STUCQUER, v. a. et n. Renseigner, styler,—dans

l'argot des faubouriens.

 

Être stuqué. Être instruit.

 

STYLER QUELQU'UN, v. a. Lui faire la leçon, lui

apprendre ce qu'il doit dire ou faire. Argot du

peuple.

SUAGE, s. m. Assassinat,—dans l'argot des voleurs.

 

Signifie aussi Chauffage.

 

SUAGEUR, s. m. Chauffeur.

SUBLIME COUP DE L'ÉTRIER, s. m. Le viatique, qu'on

donne aux mourants avant leur départ pour le

grand voyage,—dans l'argot de lord Pilgrim, aliàs

Arsène Houssaye, qui a employé cette

Continuer : partie 19 sur 20