Dictionnaire de la langue verte
Dictionnaire de la Langue Verte
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.
QUI A DU ONZE CORPS-BEAU? Question qui ne
demande pas de réponse, pour annoncer l'entrée
d'un prêtre dans l'atelier. Même argot.
QUIBUS, s. m. Argent,—dans l'argot du peuple. QUI EST-CE QUI VOUS DEMANDE L'HEURE QU'IL EST?
Phrase du même argot, souvent employée pour
répondre à une importunité.
QUIGNON, s. m. Gros morceau de pain.
QUILLER, v. a. et n. Lancer des pierres, soit pour
attraper quelqu'un qui s'enfuit, soit pour abattre
des noix, des pommes, etc. Argot des gamins.
QUILLER A L'OIE, v. a. Envoyer un bâton dans les
jambes de quelqu'un,—par allusion à un jeu cruel
qui était encore en honneur chez nous il y a une
vingtaine d'années. Argot du peuple.
QUILLES, s. f. pl. Jambes,—dans l'argot des
faubouriens.
QUIMPER, v. n. Tomber,—dans l'argot des voleurs.
QUIMPER LA LANCE, v. a. Meiere. Même argot.
QUINQUETS, s. m. pl. Les yeux,—dans l'argot des
faubouriens.
Belle paire de quinquets. Yeux émerillonnés.
Allumer ses quinquets. Regarder avec attention.
Éteindre les quinquets. Crever les yeux.
QUINTE-ET-QUATORZE, s. m. Mal au traitement duquel
est affecté l'hôpital du Midi.
Avoir quinte-et-quatorze. N'avoir pas su écarter la dame de cœur,—ou plutôt la dame de pique.
QUINTETTE, s. m. Le cinq,—dans l'argot des joueurs
de dominos.
QUINZE ANS, TOUTES SES DENTS ET PAS DE CORSET!
Phrase souvent ironique de l'argot des
faubouriens, qui l'emploient à propos des
femmes jeunes et bien faites, ou de celles qui se
croient ainsi.
QUINZE-VINGT, s. m. Aveugle,—dans l'argot du
peuple.
QUIQUI, s. m. Abatis de toutes sortes de choses,
têtes de chats, os de lapins, cous d'oies, etc.,—
dans l'argot des chiffonniers, qui vendent cela
aux gargotiers, lesquels «en font de fameux
potages».
QUI-VA-LA, s. m. Passeport,—dans l'argot des
faubouriens.
QUI-VA-VITE, s. f. Ventris fluxus, courante,—dans
l'argot des bourgeois.
QUONIAM BON TRAIN, adv. Rapidement, avec
empressement,—dans l'argot du peuple.
QUOQUANTE, s. f. Armoire,—dans l'argot des voleurs.
QUOQUARD, s. m. Arbre,—dans le même argot.
QUOQUERET, s. m. Rideau—dans le même argot.
R
RABACHAGE, s. m. Bavardage,—dans l'argot du
peuple. Redites inutiles, vieux clichés,—dans
l'argot des gens de lettres.
RABACHER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on dit; se
répéter, comme font d'ordinaire les vieillards.
RABACHEUR, s. m. Bavard, homme qui dit toujours la
même chose, qui raconte toujours la même
histoire; mauvais écrivain.
RABAT-JOIE, s. m. Homme mélancolique ou grondeur,
—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Père Rabat-joie.
RABIAGE, s. m. Rente,—dans l'argot des voleurs.
RABIAU, s. m. Résidu; reste de portion,—dans l'argot
des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à
l'argot des marins.
On dit aussi Rabiautage.
RABIAU, s. m. Malade qui, dans certains hôpitaux,
rend certains services à ses camarades de salle,
comme de faire leurs lits, de brosser leurs effets,
etc. On lui donne quelquefois de l'argent et, le
plus souvent, des restes de soupe.
RABIAU, s. m. Temps qui reste à faire,—dans l'argot
des troupiers.
On dit aussi Surcroît de punition.
RABIAUTER, v. n. Boire ce qui reste dans le bidon.
Je ne sais pas d'où vient rabiau, mais rabiauter vient certainement de rebibere (boire de nouveau).
RABIBOCHAGE, s. m. Boni, dédommagement,
consolation,—dans l'argot des enfants, qui font
entre eux ce que M. Bénazet fait pour les
décavés de Bade: à celui qui a perdu toutes ses
billes à la bloquette ils en rendent une douzaine
pour qu'il puisse en aller gagner d'autres—à
d'autres.
RABIBOCHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés,—
dans l'argot des bourgeois.
Se rabibocher. Se réconcilier.
RABLÉ, adj. Homme solide des épaules et des reins,
—dans l'argot du peuple.
RABOTER LE SIFFLET (Se). Boire un verre d'eau-de-vie
ou de vin.
RABOUILLÈRE, s. f. Maison de triste apparence,
comme il y en a tant encore dans le faubourg
Marceau, nids à rats et à punaises, trous à lapins
plutôt que demeures humaines.
RABOUIN, s. m. Le Diable,—dans l'argot des voleurs.
RABOULER, v. n. Revenir, abouler de nouveau,—dans
l'argot des faubouriens.
RABROUER, v. a. Gronder, brutaliser, parler rudement,
—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Rembarrer.
RACAILLE, s. f. Individu ou Collection d'individus
crapuleux,—populi fex.
C'est le tag-rag des Anglais.
RACCORD, s. m. Répétition partielle d'une pièce,—
dans l'argot des coulisses.
RACCOURCI, s. m Chemin de traverse,—dans l'argot
des paysans des environs de Paris.
RACCOURCIR, v. a. Guillotiner,—dans l'argot des
voleurs.
On disait autrefois Raccourcir d'un pied, ce qui est une longueur de tête.
On dit aussi Rogner.
RACCROCHER, v. a. Se promener sur le trottoir en
robe décolletée et en bas bien tirés,—dans l'argot
du peuple.
RACCROCHEUSE, s. f. Fille de mauvaises mœurs. RACINES DE BUIS, s. f. pl. Dents jaunes, avariées,
esgrignées,—comme celles que Bilboquet
arracha jadis devant «Monsieur et madame le
maire de Meaux».
RACLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot
du peuple.
RACLER, v. a. Prendre; perdre.
On dit aussi Rafler.
RACLER LE BOYAU, v. a. Jouer du violon,—dans l'argot
des musiciens.
RACLETTE, s. f. Agent de la police secrète,—dans
l'argot des voleurs.
RACONTAINE, s. f. Récit familier, cancan.
RACONTARS, s. m. pl. Bruits de salons et de clubs,
échos,—dans l'argot des journalistes.
C'est Aurélien Scholl qui a employé le premier cette expression: je lui en laisse la responsabilité.
RADE ou RADEAU, s. m. Tiroir de comptoir où sont les
radis,—dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Boutique.
RADE, s. m. Apocope de Radis,—dans l'argot des
voyous.
RADEAU DE LA MÉDUSE, s. m. Misère extrême,—dans
l'argot des bohèmes, qui souffrent parfois de la
faim et de la soif autant que les naufragés
célèbres peints par Géricault.
Être sur le radeau de la Méduse. N'avoir pas d'argent. RADIN, s. m. Gousset de montre ou de gilet,—dans
l'argot des voleurs.
Friser le radin. Le débarrasser de sa montre.
RADIS, s. m. Pièce de monnaie, argent quelconque,—
dans l'argot des faubouriens.
N'avoir pas un radis: Être tout à fait pauvre.
RADOUBER (Se), v. réfl. Réparer sa fortune ou sa
santé,—dans le langage des ouvriers qui ont
servi dans l'infanterie de marine.
On dit aussi: Passer au grand radoub.
RADURER, v. a. Repasser sur la meule,—dans l'argot
des voleurs.
RADUREUR, s. m. Repasseur de couteaux.
RAFALE, s. f. Misère,—dans l'argot du peuple, en
proie aux bourrasques continuelles de la vie.
RAFALÉ, adj. et s. Misérable, pauvrement vêtu ou de
triste mine.
Ne faudrait-il pas dire plutôt affalé? Je crois que oui. Les marins, voulant peindre le même état d'ennui, d'embarras, de misère, disent au figuré Être affalé sur la côte,—ce qui est, en somme, être à la côte.
RAFALER, v. a. Abaisser, humilier,—dans l'argot des
voleurs, qui savent mieux que personne combien
la misère ou des vêtements pauvres peuvent
ravaler un homme.
RAFALER (Se), v. réfl. Devenir pauvre; porter des
vêtements usés,—dans l'argot du peuple.
RAFFURER, v. a. Regagner,—dans l'argot des voleurs.
RAFFUT, s. m. Tapage,—dans l'argot du peuple. RAFIAU, s. m. Domestique d'hôpital, infirmier.
RAFIOT, s. m. Chose de peu d'importance; camelotte.
Cette expression est empruntée au vocabulaire des marins, qui appellent ainsi tout Bâtiment léger.
RAFISTOLER, v. a. Raccommoder.
RAFISTOLER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou
seulement Mettre ses habits du dimanche.
RA-FLA, s. m. pl. Notes fréquemment exécutées sur le
tambour.
RAFLE, s. f. Arrestation d'une bande de gens; main
basse faite sur une certaine quantité de choses.
Argot du peuple.
RAFLER, v. a. Prendre, saisir, chiper.
RAFRAÎCHIR (Se), v. réfl. Se battre au sabre,—dans
l'argot des troupiers.
On dit aussi: Se rafraîchir d'un coup de sabre.
RAGE DE DENTS, s. f. Grosse faim,—dans l'argot du
peuple.
RAGOT, s. m. Cancan, médisance,—sans doute par
allusion aux grognements des sangliers de deux
à trois ans, moins inoffensifs que ceux des
marcassins.
RAGOTER, v. n. Murmurer, gronder sourdement.
On dit aussi Ragonner.
RAGOÛT, s. m. Assaisonnement d'un plaisir
quelconque.
S'emploie souvent en mauvaise part:
«J'aurois un beau teston pour juger d'une urine,
Et, me prenant au nez, loucher dans un bassin
Des ragousts qu'un malade offre à son
médecin,»
dit Mathurin Régnier en sa satire la Poésie toujours pauvre.
RAGOÛT, s. m. Relief, accentuation de couleur,
hardiesse de brosse,—dans l'argot des artistes.
RAGOÛT, s. m. Soupçon,—dans l'argot des voleurs.
Faire des ragoûts. Éveiller des soupçons.
RAGOÛTANT, TE, adj. Plaisant, agréable,—dans l'argot
du peuple, qui emploie cette expression à propos
des gens comme à propos des choses.
Vieillard ragoûtant. Qui est propre,—et surtout sans infirmités.
Femme ragoûtante. Qui excite l'appétit des amoureux.
RAGOÛTER, v. a. Remettre en appétit, réveiller le
désir.
RAIDE, s. m. Eau-de-vie,—dans l'argot des
faubouriens.
On dit aussi Rude.
RAIDE, adj. Invraisemblable, difficile à croire,—c'est-
à-dire à avaler.
Se dit à propos d'un Mot scabreux, d'une anecdote croustilleuse.
La trouver raide. Être étonné ou offensé de quelque chose.
RAIDE, adj. Complètement gris,—parce que l'homme
qui est dans cet état abject fait tous ses efforts
pour que cela ne s'aperçoive pas, en se
raidissant, en essayant de marcher droit et avec
dignité.
On dit aussi Raide comme la Justice.
RAIDE COMME BALLE, adv. Rapidement.
RAIDIR, v. n. Mourir.
On dit aussi Raidir l'ergot, ou les ergots.
RAILLE, s. f. Les agents de police en général,—dans
l'argot des voleurs.
RAILLE, s. m. Mouchard.
RAISINÉ, s. m. Sang,—dans le même argot.
RAISINÉ (Faire du), v. a. Saigner du nez,—dans
l'argot du peuple, qui n'a pas emprunté cette
expression aux voleurs.
RAJOUTER, v. a. Ajouter,—dans l'argot des bourgeois,
qui parlent souvent le français des réalistes,
émaillé de pléonasmes.
RALEUR, s. m. Faux amateur de livres qui bouscule
les boîtes sans rien acheter. Argot des
bouquinistes.
RALEUSE, s. et adj. Femme qui marchande tout sans
rien acheter,—dans l'argot des boutiquiers.
RALEUSE, s. f. Courtière, femme chargée d'arrêter les
passant pour leur proposer de la marchandise.
Argot des marchandes du Temple.
RAMA, s. m. Grelot que les artistes trouvaient drôle,
vers 1838, d'attacher à tous leurs mots, pour
parodier les Dioramas, les Panoramas et autres
Géoramas alors en vogue. C'était leur javanais.
Parler en rama. Ajouter rama à toutes les phrases. RAMASSER, v. a. Arrêter; conduire en prison,—dans
l'argot des faubouriens.
Se faire ramasser. Se faire arrêter.
RAMASSER (Se), v. réfl. Se relever lorsqu'on est
tombé.
RAMASSER SES OUTILS. Mourir,—dans l'argot des
ouvriers.
RAMASTIQUER, v. a. Ramasser,—dans l'argot des
voleurs.
RAMASTIQUEUR, s. m. Variété de filous décrite par
Vidocq.
RAMBUTEAU, s. m. Colonne ad usum lotii des
promeneurs, établie le long de nos boulevards
sous l'édilité du comte de Rambuteau.
RAME, s. f. Plume,—dans l'argot des voleurs.
RAMENEUR, s. m. Homme affligé de calvitie, qui
essaye de la dissimuler en ramenant habilement
ses derniers cheveux sur le devant de sa tête—et
«empruntant ainsi un qui vaut dix».
RAMENEUSE, s. f. Petite dame dont la spécialité est
de faire espalier à la porte des cafés du
boulevard, vers l'heure de la fermeture, afin d'y
nouer connaissance avec quelque galant
homme.
RAMICHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés—dans
l'argot du peuple.
Se ramicher. Se dit des amants qui se reprennent après s'être quittés.
RAMOLLI, s. et adj. Imbécile, ou simplement
Ennuyeux,—dans l'argot des faubouriens.
RAMONA, s. m. Petit Savoyard, qui, aux premiers
jours d'automne, s'en vient crier: haut en bas, par RAPIN, s. m. Mauvais peintre,— dans l'argot des
les rues des villes, barbouillé de suie, raclette à la
ceinture et sac au dos. C'est parfois un petit
Auvergnat.
RAMONER, v. n. Murmurer, marmotter, parler entre
ses dents,—par allusion au bruit désagréable que
fait le ramona en montant et en descendant dans
la cheminée qu'il nettoie.
RAMPE, s. f. Le cordon des lumières qui éclairent la
scène,—dans l'argot des coulisses.
Se dit aussi pour: Théâtre, scène, coulisses.
Princesse de la rampe. Actrice.
Se brûler à la rampe. Jouer pour soi,—s'approcher trop près du public, sans s'occuper des autres acteurs en scène.
RAMPEAU! Coup nul,—dans l'argot des enfants, lorsqu'ils jouent aux billes ou à la balle.
Les vieux joueurs de boule emploient la même expression à propos du second coup d'une partie en deux coups de boule.
RAMPONER, v. n. Boire, s'enivrer.
L'expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier de la Courtille.
RANCART, v. Rencart.
RANG, s. m. Armature de bois qui supporte toujours
les casses, et quelquefois les ouvriers
typographes.
RAPATRIER (Se). Se réconcilier,—dans l'argot du
peuple.
RAPE, s. f. Le dos,—dans l'argot des voleurs.
RAPIAT, s. m. Auvergnat, Savoyard. Même argot.
RAPIAT, s. et adj. Cupide, avare, un peu voleur
même,—dans l'argot du peuple.
bourgeois.
RAPIOT, s. m. Pièce mise à un habit ou à un soulier,
—dans l'argot des faubouriens.
RAPIOTER, v. a. Rapiécer.
RAPIOTER, v. a. Fouiller,—dans l'argot des voleurs.
RAPIQUER, v. n. Revenir quelque part, retourner à
quelque chose. Argot des faubouriens.
On dit aussi et mieux Rappliquer.
RAPPORTEUR, s. m. Elève qui dénonce ses
camarades au maître. Argot des écoliers.
RASER, v. a. Ennuyer, être importun,—comme le sont
ordinairement les barbiers, gens qui se croient
obligés, pour distraire leurs pratiques sur la
sellette, de leur raconter des fariboles, des
cancans, des anas aussi vieux que Mathusalem.
Argot du peuple et des gens de lettres.
On disait il y a cent ans: Faire la barbe.
RASIBUS, prép. Tout près, tout contre, au ras,—dans
l'argot du peuple.
RASOIR, s. m. Homme ennuyeux.
Rasoir anglais. Le plus ennuyeux,—les rasoirs qui viennent de Londres ayant la réputation d'être les plus coupants du monde.
On dit aussi Raseur.
RASOIR! Exclamation de la même famille que Des
navets!
RASOIR NATIONAL, s. m. La guillotine,—dans l'argot
des révolutionnaires de 1793.
Passer sous le rasoir national. Être exécuté.
RAT, s. m. Petit voleur qui entre dans une boutique un
peu avant sa fermeture, se cache sous le
comptoir en attendant que les maîtres du logis
soient couchés, et, lorsqu'il est assuré de
l'impunité, ouvre la porte à ses complices du
dehors.
On dit aussi Raton.
Courir le rat. Voler la nuit dans une auberge ou dans un hôtel garni. RAT, s. m. Caprice,—dans l'argot du peuple, qui dit
cela aussi bien à propos des serrures qui ne vont
pas que des gens qui font mauvaise mine.
Autrefois, Avoir des rats c'était «avoir l'esprit folâtre, bouffon, étourdi, escarbillard, farceur et polisson».
RAT, s. et adj. Avare; homme intéressé.
RAT, s. m. Bougie cordelée et repliée de façon à tenir
dans la poche. On l'appelle aussi, rat de cave.
RAT, s. m. Retardataire,—dans l'argot des
Polytechniciens.
Rat de ponts. Celui qui, après son examen de sortie, est exclu par son rang des Ponts-et-Chaussées.
Rat de soupe. Celui qui arrive trop tard au réfectoire.
RAT, s. m. Petite fille de sept à quatorze ans, élève
de la danse qui est à la première danseuse ce
que le saute-ruisseau est au notaire, et qui
devient bien plus facilement célèbre comme
courtisane que comme rivale de Fanny Essler.
Le mot date de la Restauration, quoique quelques personnes—mal informées—lui aient donné, comme date, 1842, et comme père, Nestor Roqueplan.
RATA, s. m. Ragoût de pommes de terre et de lard,—
dans l'argot des troupiers.
RATAFIAT DE GRENOUILLE, s. m. L'eau,—dans l'argot
du peuple.
On dit aussi Anisette de barbillon et Bourgogne de cheval.
R er ATAPOIL , s. et adj. Partisan quand même du 1
Empire et admirateur aveugle de l'empereur
Napoléon.
RATATOUILLE, s. f. Mauvais ragoût, plat manqué.
RATATOUILLE, s. f. Coups donnés ou reçus.
RAT DE CAVE, s. m. Employé de la régie,—dans l'argot
des marchands de vin V.—Rat.
RAT DE PRISON, s. m. Avocat,—dans l'argot des
voleurs.
RATER, v. a. Echouer dans une entreprise, manquer
une affaire,—amoureuse ou autre. Argot du
peuple.
Rater une femme. Ne pouvoir réussir à s'en faire aimer après l'avoir couchée en joue.
RATICHON, s. m. Abbé, prêtre,—dans l'argot des
voyous et des voleurs.
Serpillière de ratichon. Soutane de prêtre.
On dit aussi Rasé ou Rasi.
RATICHON, s. m. Peigne,—dans l'argot des
faubouriens.
RATICHONNER, v. a. Peigner.
RATICHONNIÈRE, s. f. Eglise.
RATISSER, v. a. Prendre, chiper,—dans l'argot des
faubouriens.
Se faire ratisser. Se laisser duper, ou voler, ou gagner au jeu.
RATISSER (En), v. a. Se moquer de quelqu'un,—dans
l'argot du peuple.
On n'emploie guère ce verbe qu'à la première et à la troisième personne de l'indicatif présent.
RATON, s. m. Petit voleur.
RATTRAPAGE, s. m. Fin de la copie donnée à un
typographe. Il est tenu de composer (on dit
rattraper) jusqu'au nom de son camarade écrit
sur la copie suivante.
RAVAGE, s. m. Débris métalliques volés.
RAVAGEUR, s. m. Dragueur à la main, qui exploite les
bords de la Seine au-dessous de Paris avec
l'espérance d'y faire des trouvailles heureuses.
Les ruisseaux de Paris avaient aussi, il y a une vingtaine d'années, leurs ravageurs, pauvres diables à l'affût de toutes les ferrailles que charriait la pluie.
RAVAUDER, v. a. Raccommoder du linge, des
vêtements,—dans l'argot du peuple.
RAVAUDER, v. n. Être lent à faire quelque chose;
s'amuser au lieu de travailler.
RAVIGNOLE, s. f. Récidive,—dans l'argot des voleurs.
RAVIGOTE (A la), adv. D'une façon piquante. Argot du
peuple.
RAVIGOTER, v. a. Soulager; refaire, remettre en bon
état; réjouir.
RAYON DE MIEL, s. m. Dentelle,—dans l'argot des
voleurs.
RAZZIA, s. f. Rafle,—dans l'argot du peuple, retour
d'Afrique.
RÉAC, adj. et s. Bourgeois, réactionnaire,—dans
l'argot des faubouriens.
Le mot date de 1848.
REBATIR, v. a. Tuer,—dans l'argot des voleurs.
RÉBECCA, s. f. Fille ou femme qui ne répond qu'avec
aigreur aux observations qu'on lui fait,—qui se Le verbe est désormais consacré pour eux par la chanson de l'Assommoir (o lepida cantio!) où l'on dit:
rebèque en un mot. Argot des bourgeois.
On dit aussi Mademoiselle Rébecca. (Rien de la Bible.)
REBÉQUER (Se), v. réfl. Se révolter, répondre avec
fierté, avec colère,—dans l'argot du peuple, à qui
Saint-Simon et Diderot ont fait l'honneur
d'emprunter ce verbe expressif.
REBÉQUER, v. n. Répéter,—dans l'argot des
faubouriens.
REBIFFER (Se), v. réfl. Regimber, protester plus ou
moins énergiquement,—dans l'argot du peuple.
REBIFFER (Se), v. réfl. Se présenter avec avantage,—
dans l'argot des troupiers, tous plus ou moins
cocardiers.
REBONNETAGE, s. f. Réconciliation,—dans l'argot des
faubouriens.
REBONNETER, v. a. Aduler, flatter,—dans l'argot des
voleurs.
Rebonneter pour l'af. Flatter ironiquement.
RREBONNETER (Se), v. réfl. Devenir meilleur,—dans
l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe à
propos des choses et des gens.
REBONNETEUR, s. m. Confesseur,—dans l'argot des
voleurs.
REBOUIS, adj. Mort, refroidi,—dans le même argot.
REBOUISER, v. a. Tuer,—dans le même argot.
A signifié autrefois, dans le langage des honnêtes gens: Déniaiser quelqu'un; jouer un tour, faire une fourberie.
REBOUISER, v. a. Remarquer, distinguer,—dans
l'argot des faubouriens.
«Faut pas blaguer, le treppe est batte;
Dans c'taudion i' s'trouv' des rupins.
Si queuq's gonziers train'nt la savate,
J'en ai r'bouisé qu'ont d's escarpins.»
REBOUISER, v. a. Réparer, ravauder. Argot du peuple.
REBOUISEUR, s. m. Savetier,—dans l'argot des
revendeurs.
REBOURS, s. m. Déménagement clandestin,—dans
l'argot des voyous. (V. Vidocq, p. 55.)
REBOUTER, v. a. Remettre un membre, réduire une
fracture. Argot du peuple.
REBOUTEUR, s. m. Chirurgien sans diplôme.
RECALER, v. a. Rectifier, corriger. Argot des artistes.
RECALER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou reprendre
des forces quand on a été malade,—dans l'argot
du peuple.
RECARRER (Se), v. réfl. Faire le paon, le suffisant.
RECEVOIR LA PELLE AU CUL, v. a. Être renvoyé de
quelque part ou d'un emploi.
«Mon rival, j'en suis convaincu,
Va recevoir la pelle au cul!»
dit une chanson du temps de l'Empire.
RECEVOIR SON DÉCOMPTE. Mourir,—dans l'argot des
troupiers.
RECHANGER (Se), v. réfl. Changer de linge ou d'habit;
quitter les vêtements de travail pour mettre les RRECTA, adv. Net, sans rien laisser ni devoir,—dans
vêtements du dimanche. Argot des ouvriers.
RÉCHAUFFANTE, s. f. Perruque,—dans l'argot des
voleurs.
RÉCHAUFFÉ, s. m. Chose tardive, résolution
intempestive, bonne inspiration venue après
coup. Argot du peuple.
Signifie aussi: Vieux vaudeville, vieille plaisanterie, etc.
RÉCHAUFFER, v. a. Ennuyer,—dans l'argot des
voleurs.
RÊCHE, s. m. Sou,—dans l'argot des faubouriens, qui
trouvent le billon rude.
RÊCHU, adj. et s. Homme désagréable, grincheur,—
dans l'argot du peuple.
RÉCLAME, s. f. Eloge pompeux et ridicule que les
journaux décernent—moyennant cinq francs la
ligne—à toute œuvre ou à tout médicament qui
est le moins digne d'être loué.
RECONDUIRE, v. a. Siffler,—dans l'argot des
coulisses.
RECONDUIRE QUELQU'UN. Le renvoyer à coups de
pied ou à coups de poing,—dans l'argot des
faubouriens.
On dit aussi Faire la conduite.
RECONOBRER, v. a. Reconnaître,—dans l'argot des
voleurs.
RECOQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf; reprendre
de nouvelles forces, revenir à la santé. Argot du
peuple.
RECORDER, v. a. Prévenir quelqu'un de ce qui doit lui
arriver,—dans l'argot des voleurs.
l'argot du peuple.
Payer recta. Payer jusqu'au dernier sou.
C'est l'adverbe latin détourné de son sens.
RÉCURER (Se), v. réfl. Se purger.
Se faire récurer. Se faire traiter à l'hôpital du Midi.
RÉDAM, s. f. Grâce,—dans l'argot des voleurs, qui
cependant ne croient pas à leur rédemption.
REDOUBLEMENT DE FIÈVRE, s. m. Révélation d'un
nouveau fait à charge,—dans le même argot.
REDRESSE, s. f. Institution toute parisienne,
composée de bohèmes qui ne veulent pas
demander au travail les moyens d'existence qu'il
ne leur refuserait pas, et préfèrent s'adresser
pour cela au Hasard, ce dieu des paresseux et
des fripons.
Chevalier de la Redresse. Industriel qui carotte le vivre et le couvert à tout gobe-mouches disposé à écouter ses histoires.
REFAIRE, v. a. Tromper, duper, et même voler,—dans
l'argot des faubouriens.
REFAIRE (Se), v. réfl. Reprendre des forces, recouvrer
la santé,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Regagner au jeu après s'y être ruiné.
REFAIT AU MÊME (Être). Être joué par quelqu'un à qui
l'on avait précédemment joué quelque méchant
tour.
REFAITE, s. f. Repas,—dans l'argot des voleurs. Refaite du mattois. Déjeuner.
Refaite de jorne. Dîner.
Refaite de sorgue. Souper.
Refaite de côni. Extrême-onction, ou, plus cyniquement, la nourriture que prend le condamné à mort avant son exécution.
REFAITER, v. n. Manger.
REFILER, v. a. Rendre, restituer,—dans l'argot des
voyous.
REFILER, v. a. Suivre, rechercher,—dans l'argot des
voleurs.
REFOULER, v. n. Hésiter, renoncer à faire une chose,
—dans l'argot des ouvriers.
Refouler au travail. Fêter la Saint-Lundi.
RÉFRACTAIRE, s. m. Bohème, homme de talent qui
regimbe à suivre les modes morales de son
temps.
L'expression n'est pas de Jules Vallès,—comme on serait excusable de le croire, d'après l'intéressant ouvrage qui porte ce mot pour titre, attendu que voilà une quinzaine d'années qu'on appelle Camp des réfractaires un petit café borgne de la rue Vavin, hanté par des rapins littéraires et artistiques. De même, le garni situé à quelques pas de là est appelé par ses hôtes l'Hôtel des réfractaires, les chambres ressemblant, paraît-il, à des casemates.
REFROIDI, s. m. Noyé, pendu; cadavre,—dans l'argot
des voleurs.
REFROIDIR, v. a. Tuer.
RÉGALADE, s. f. Petite ripaille,—dans l'argot du
peuple.
A la régalade. Boire en renversant la tête en arrière et en élevant la bouteille de façon que les lèvres ne touchent pas celle-ci.
RÉGALER, v. a. et n. Donner à dîner, payer à boire.
RÉGALER SON SUISSE, v. a. C'est, quand on joue à
deux, à un jeu quelconque, une consommation,
ne perdre ni gagner, être chacun pour son écot.
REGARDANT, adj. Économe, avare,—dans l'argot des
domestiques, habitués à considérer le bien de
leurs maîtres comme le leur, peu généreux,—
dans l'argot des petites dames, qui veulent bien
faire payer l'amour, mais ne veulent pas qu'on le
marchande.
RÉGENCE, adj. Galant, libertin, audacieux,—en
parlant des choses et des gens.
Être régence. Se donner des airs de roué.
Souper régence. Souper où les femmes légères sont spécialement admises.
ÉGIMENT DES BOULES DE IAM , s. m. La confrérie S
abjecte dont le docteur Tardieu a décrit les
mœurs et les maladies dans une brochure que
tout le monde a lue,—quoiqu'elle n'eût été écrite
que pour un petit nombre de personnes. Argot
des faubouriens.
REGINGLADE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à
chasser celui qui glisse le premier en lui tombant
sur le dos les deux bras en avant.
REGINGLER, v. n. Jouer à la reginglade.
RÉGLÉ COMME UN PAPIER DE MUSIQUE, adj. Ponctuel,
rangé, régulier dans ses habitudes. Argot des
bourgeois.
C'est le pendant de Sage comme une image.
REGON, s. m. Dette,—dans l'argot des voleurs.
REGONCER, v. a. Devoir.
REGOUT, s. m. Inquiétude, crainte, remords,—dans le
même argot.
Faire du regout. Être arrêté.
RÉGUISÉ (Être). Être battu, ou ruiné, ou volé, ou
condamné par la Faculté ou par le Jury. Argot
des faubouriens.
RÉJOUISSANCE, s. f. Os de bœuf arbitrairement
glissés dans la viande pesée par les bouchers.
RELEVANTE, s. f. Moutarde,—dans l'argot des voleurs.
RELEVER, v. n. Sortir d'un état de gêne,—dans l'argot
des faubouriens, à qui il coûte sans doute de dire
Se relever de la misère.
On dit aussi Être à la relève.
RELICHER (Se). S'embrasser tendrement.
On dit aussi Se relicher le morviau.
RELUIRE DANS LE VENTRE, v. n. Exciter la convoitise,
ou l'envie,—dans l'argot du peuple.
RELUIT, s. m. Œil,—dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Jour.
RELUQUER, v. a. Considérer, regarder avec attention,
—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Faire les yeux doux.
REMBINER, v. a. Rétracter une calomnie; un
débinage,—dans l'argot des voyous.
REMBROCAGE DE PARRAIN, s. m. Confrontation,—
dans l'argot des voleurs.
REMBROQUER, v. a. Reconnaître.
Signifie aussi Regarder.
REMÈDE L'AMOUR, s. m. Figure grotesque ou
repoussante,—dans l'argot du peuple, qui ne sait
pas que Mirabeau a été adoré de Sophie.
REMERCIER, v. a. Renvoyer un domestique; donner
son congé à un ouvrier,—dans l'argot des
bourgeois.
REMERCIER SON BOUCHER, v. a. Mourir,—dans l'argot
des faubouriens.
On dit aussi Remercier son boulanger.
REMETTEZ DONC LE COUVERCLE! disent les voyous à
quelqu'un qui a l'haleine fétide, pour l'empêcher
de parler davantage.
REMETTRE QUELQU'UN A SA PLACE. Répliquer
vertement à quelqu'un qui vous manque de
respect, lui faire comprendre son impertinence.
Argot des bourgeois.
REMISER SON FIACRE. Se taire,—dans l'argot des
faubouriens.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
REMISIER, s. m. Variété d'Agent de change: homme
qui touche une remise sur les affaires qu'il
procure à un agent de change.
RÉMONENCQ, s. m. Revendeur auvergnat, chineur,—
dans l'argot des gens de lettres, qui se
souviennent de la Comédie humaine de Balzac.
REMONTER SA PENDULE, v. a. Battre de temps en
temps sa femme,—dans l'argot des ouvriers.
REMONTER SUR SA BÊTE, v. n. Rétablir ses affaires, sa
fortune, son bonheur,—dans l'argot du peuple.
REMOUCHER, v. a. Apercevoir, remarquer, admirer,—
dans l'argot des faubouriens.
Les Italiens disent rimorchiare, donner des regards pour allécher.
REMOUCHICOTER, v. n. Chercher les aventures
galantes—ou des prétextes à rixe.
REMPIÉTER, v. a. Mettre des talons et des bouts aux
bas—dans l'argot des ménagères.
REMPLIR LE BATTANT (Se). Manger,—dans l'argot des
faubouriens.
REMPLISSAGE, s. m. Prose inutile, destinée à allonger
un article, un volume,—dans l'argot des gens de
lettres.
REMPLUMER (Se), v. réfl. Engraisser, s'enrichir,—dans
l'argot des faubouriens.
RENACHÉ, s. m. Fromage,—dans l'argot des voleurs.
RENACLER, v. n. Bouder au travail; ne pas se sentir
en disposition de faire une chose. Argot des
faubouriens.
Signifie aussi: Crier après quelqu'un, gronder, murmurer.
RENARD, s. m. Aspirant compagnon,—dans l'argot
des ouvriers.
RENARD, s. m. Pourboire,—dans l'argot des marbriers
de cimetière, forcés d'employer toutes les ruses
de leur imagination pour en obtenir un des
familles inconsolables, mais «dures à la
détente».
RENARD, s. m. Résultat d'une indigestion,—dans
l'argot du peuple.
Piquer un renard. Vomir.
Du temps de Rabelais et d'Agrippa d'Aubigné, on disait Ecorcher le renard.
Les Anglais ont une expression analogue: to shoot the cat (décharger le chat).
RENARDER, v. n. Rendre le vin bu ou la nourriture
ingérée avec excès ou dans de mauvaises
dispositions d'estomac.
RENARÉ, adj. et s. Malin, homme habile.
RENAUD, s. m. Reproche, esclandre,—dans l'argot
des voleurs.
Signifie aussi: Danger, péril.
RENAUDER, v. n. Se refuser à faire quelque chose,
être de mauvaise humeur. Argot du peuple.
C'est le verbe arnauder de la langue romane.
Renauder signifie aussi Se plaindre.
RENCART ou RANCART (Au) A l'écart, au rebut.
RENDÈVE, s. m. Apocope de Rendez-vous,—dans
l'argot des faubouriens.
RENDOUBLÉ, ÉE, adj. Plein, pleine,—dans l'argot des
voleurs.
RENDRE SA BÛCHE, v. a. Livrer une pièce au patron,—
dans l'argot des tailleurs.
Au figuré, Mourir,—rendre son âme au Grêle d'en haut.
RENDRE SA CANNE AU MINISTRE. MOURIR,—dans
l'argot des troupiers, qui disent cela à propos des
tambours-majors.
RENDRE SA CLEF. Mourir,—dans l'argot des bohèmes. RENDRE SON CORDON. Mourir,—dans l'argot des
rapins, qui disent cela à propos des concierges.
RENDRE SON LIVRET. Mourir,—dans l'argot des
domestiques.
RENDRE SON PERMIS DE CHASSE. Mourir,—dans
l'argot du peuple, qui dit cela à propos des
médecins, de qui l'homme malade est le gibier
naturel.
RENDRE UNE FÈVE POUR UN POIS, v. a. Riposter à un
coup de langue ou à un coup de poing par un
autre coup de langue plus aigu ou par un autre
coup de poing plus violent. Argot du peuple.
Signifie aussi: Rendre le bien pour le mal; agir avec générosité envers des gens qui ont montré de la parcimonie.
RENDRE VISITE A M. DU BOIS. Aller «où le Roi va à
pied»,—dans l'argot des faubouriens.
RENFONCEMENT, s. m. Coup de poing.
RENFRUSQUINER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf avec
des vêtements d'occasion,—dans l'argot des
ouvriers.
RENGAÎNE, s. f. Phrases toutes faites à l'usage des
apprentis journalistes ou vaudevillistes,—telles
que «l'étoile de l'honneur, la croix de ma mère,
l'épée de mon père, le nom de mes aïeux», etc.,
etc.
RENGAÎNER SON COMPLIMENT, v. a. Se taire,—dans
l'argot du peuple.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
RENGRACIER, v. n. Renoncer au métier, redevenir
honnête homme,—dans l'argot des voleurs, gens
peu rengraciables.
Rengraciez! Taisez-vous! faites silence!
RENIFLANTES, s. f. pl. Bottes éculées et percées,—
dans l'argot des voyous.
RENIFLER, v. n. Reculer, se refuser à faire une chose,
—dans l'argot des faubouriens, qui ont eu
l'occasion d'observer les chevaux peureux.
RENIFLER, v. a. Respirer, sentir.
Signifie aussi, au figuré: Pressentir, deviner, avoir soupçon de...
RENIFLER, v. a. et n. Boire.
Il faudrait n'avoir pas été enfant pour ne pas se rappeler le maternel:
«Renifle, Pierrot,
Y a du beurre au pot.»
RENIFLER, v. n. Faire un effet rétrograde,—dans
l'argot des joueurs de billard.
RENIFLER LA POUSSIÈRE DU RUISSEAU, v. a. Tomber
dans le ruisseau,—dans l'argot des voyous.
RENQUILLER, v. n. Rentrer.
RENQUILLER (Se), v. réfl. Réussir; engraisser;
s'enrichir,—dans l'argot des typographes.
RENSEIGNEMENT, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie,
—dans l'argot des canotiers.
Prendre un renseignement. S'arrêter au cabaret.
RENTIER A LA SOUPE A L'OGNON, s. m. Ouvrier,—dans
l'argot des faubouriens.
RENTOILER (Se). Revenir à la santé quand on a été
malade; devenir riche quand on a été pauvre.
RENTRER BREDOUILLE. Rentrer sans avoir levé
personne,—dans l'argot des petites dames, dont
la chasse n'est pas toujours heureuse, bien que
Paris soit un pays fort giboyeux.
RENTRER BREDOUILLE. Rentrer ivre-mort. Argot des
faubouriens.
RENTRER DE LA TOILE, v. n. Prendre du repos par
suite d'infirmités ou de vieillesse,—dans l'argot
des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de
marine.
RENTRER SES POUCES. Mourir,—dans l'argot des
étudiants en médecine, qui ont eu de fréquentes
occasions de remarquer que lorsque la mort
arrive, la main du moribond se ferme toujours de
la même manière, le pouce se plaçant en dedans
des autres doigts.
RENVERSANT, adj. Étonnant, extraordinaire.—dans
l'argot du peuple et des gandins.
RENVERSER, v. n. Rejeter ce qu'on a bu ou mangé
avec excès ou mal à propos.
RENVERSER LA MARMITE, v. a. Cesser de donner à
dîner,—dans l'argot des bourgeois.
RENVERSER SA MARMITE. Mourir,—dans l'argot des
ouvriers.
RENVERSER SON CASQUE. Mourir,—dans l'argot des
faubouriens, qui disent cela à propos des
saltimbanques, probablement depuis la mort du
fameux marchand de crayons Mengin.
RÉPANDRE (Se), v. réfl. S'étaler dans le ruisseau;
tomber, soit par accident, soit parce qu'on est
ivre.
L'expression est âgée de plus d'un siècle. Elle signifie aussi Mourir. REPASSE, s. f. Mauvais café,—dans l'argot des
ouvriers.
On dit aussi Cafetiau.
REPASSER, v. a. Céder quelque chose à quelqu'un,
donner,—dans l'argot du peuple.
Repasser une taloche. Donner un soufflet.
REPAUMER, v. a. Reprendre, arrêter de nouveau.
REPÉSIGNER, v. a. Arrêter de nouveau,—dans l'argot
des voleurs.
RÉPÉTER, v. n. Aimer,—dans l'argot des cabotins.
On dit aussi Aller à la répétition.
REPIGER, v. a. Rattraper, retrouver,—dans l'argot des
faubouriens.
REPIQUER, v. n. Reprendre courage, se tirer
d'embarras.
Signifie aussi: Revenir à la charge; retourner à une chose.
Repiquer sur le rôti. En demander une nouvelle tranche.
RÉPLIQUE, s. f. Les derniers mots d'une tirade, d'un
couplet quelconque,—dans l'argot des coulisses.
Envoyer la réplique. Prononcer ces derniers mots de façon à appeler l'attention de l'acteur qui doit reprendre le dialogue.
REPORTER SON FUSIL A LA MAIRIE, v. a. Commencer à
vieillir,—dans l'argot du peuple, qui sait qu'à
cinquante ans on cesse de faire partie de la
garde nationale.
REPORTER SON OUVRAGE. Assister, quand on est
médecin, à l'enterrement d'une personne qu'on a
t...,—pardon! qu'on n'a pas pu guérir. Argot des
faubouriens.
REPORTER, s. m. Journaliste en quête de nouvelles.
REPOUSSANT, s. m. Fusil,—dans l'argot des voleurs.
REPOUSSER DU TIROIR, v. n. Avoir l'haleine cousine
germaine du lac Stymphale. Argot des
faubouriens.
On dit aussi Repousser du corridor.
REPRENDRE DU POIL DE LA BÊTE, v. a. Continuer le
lendemain les débauches de la veille. Argot du
peuple.
REPRENDRE SON PIVOT, v. a. Retrouver son aplomb,
son sang-froid,—dans l'argot du peuple, qui se
sert de cette expression depuis longtemps, car
on la trouve dans les Œuvres diverses de Cyrano
de Bergerac.
REQUIN DE TERRE, s. m. Huissier,—dans l'argot des
faubouriens, qui ont voulu faire allusion à la
voracité de ce fonctionnaire, pour qui tout est
bon, meubles et bijoux, le portrait de votre
première maîtresse aussi bien que le berceau de
votre dernier né.
On l'appelle aussi Macaron.
REQUINQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou
seulement s'endimancher, dans l'argot du peuple.
RESSERRER SON LINGE, v. a. Mourir,—dans l'argot
des faubouriens.
RESTANT DE NOS ÉCUS (Le). Se dit à propos des
Gens qui surviennent quelque part quand on ne
les attend pas. Argot du peuple.
RESTE (Donner son). Achever un homme en le tuant
de n'importe quelle façon.
RESTE (Ne pas demander son). C'est, quand on a été
battu, fuir sans exiger d'explications—et surtout
sans demander le supplément de coups de pied
ou de poing auxquels on pourrait avoir droit.
RESTER EN FIGURE. Rester coi, ne savoir que dire.
Signifie aussi: Rester seul, être abandonné de ses compagnons.
RESTER EN PLAN, v. n. Rester comme otage quelque
part, lorsqu'on n'a pas d'argent pour payer sa
consommation.
RESTITUER SA DOUBLURE. Mourir,—dans l'argot des
faubouriens.
RESUCÉE, s. f. Chose qu'on a déjà goûtée, lue,
entendue, ou vue plusieurs fois.
On dit aussi C'est de la troisième ou de la quatrième resucée.
RÉSURRECTION (La), n. de l. La prison de Saint-
Lazare,—dans l'argot des faubouriens.
RETAPE, s. f. Raccrochage,—dans l'argot des filles et
de leurs souteneurs.
Aller à la retape. Raccrocher.
On dit aussi Faire la retape.
RETAPÉ, adj. Vêtu proprement,—dans l'argot du
peuple.
RETIRATION (Être en). Avoir plus de quarante ans,
vieillir,—dans l'argot des typographes.
RETIRER LE PAIN DE LA BOUCHE, v. a. Ruiner
quelqu'un, lui enlever son emploi, les moyens de
gagner sa vie. Argot du peuple.
RETOURNE, s. f. Atout,—dans l'argot des joueurs.
Chevalier de la Retourne. Joueur passionné—jusqu'à en être grec.
RETOURNER (S'en). Vieillir,—dans l'argot de Breda-
Street.
RETOURNER SA VESTE, v. a. Faire faillite, et, par
extension, Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Rendre son tablier et Retourner son paletot.
REVENDRE, v. a. Répéter ce qu'on a appris de
quelqu'un, commettre une indiscrétion. Argot des
voleurs.
REVENIR, v. n. Se dit—dans l'argot des bourgeois—
de tout ce qui plaît, choses ou gens.
REVENIR DE PONTOISE, v. n. Avoir l'air étonné, ahuri;
dire des sottises,—dans l'argot du peuple.
Faire ou dire une chose comme en revenant de Pontoise. La dire ou la faire mal, gauchement, niaisement.
REVENIR SUR L'EAU, v. n. Rétablir ses affaires, sortir
d'un mauvais pas; occuper de nouveau l'attention
publique.
REVERS DE LA MÉDAILLE, s. m. La partie du corps sur
laquelle on tombe le plus souvent lorsqu'on a
l'habitude de marcher sur les talons.
C'est une expression de l'argot du peuple parisien, qui appartient également à l'argot du peuple napolitain: Il revescio de la medaglia, disent les fils de Mazaniello.
REVIDAGE, s. m. Opération qui consiste à se partager,
entre brocanteurs, les lots achetés trop cher à
l'hôtel Drouot, mais achetés par eux pour les
enlever aux bourgeois.
REVIEWER, s. m. Écrivain de revues,—dans l'argot
des gens de lettres, qui ont emprunté cette
expression à l'Angleterre.
REVOIR LA CARTE, v. a. Rendre son déjeuner ou son
dîner,—ce qui est une façon désagréable de
s'assurer de ce qu'on a mangé. Argot du peuple.
RHUME, s. m. Maladie sœur du Quinte-et-quatorze.
On disait autrefois Rhume ecclésiastique.
RIBAMBELLE, s. f. Troupe nombreuse de choses ou
de gens.
RIBOTE, s. f. Griserie, petite débauche.
Être en ribote. Être ivre.
RIBOTER, v. n. Hanter les cabarets.
RIBOUIS, s. m. Savetier,—dans l'argot des
faubouriens.
Francisque Michel a raison: on devrait dire Rebouis, ce mot venant de l'opération par laquelle le cordonnier communique du lustre à une semelle en donnant le bouis. Le rebouis donne un second bouis, ou second lustre, aux chaussures avariées par l'usage.
RIC-A-RIC, adv. Chichement, morceau par morceau,—
dans l'argot du peuple.
Payer ric-à-ric. Par acompte.
Autrefois cela signifiait au contraire, Payer rigoureusement, jusqu'au dernier sou.
RICHE, adj. Bon, agréable, amusant.
S'emploie ordinairement en mauvaise part et avec la négative.
Ce n'est pas riche! Ce n'est pas honnête, ce n'est pas bien.
C'est, me semble-t-il, le luculentus des Latins: hæreditas luculenta, riche succession, dit Plaute; luculentus scriptor, excellent écrivain, dit Cicéron.
RICHE EN IVOIRE, adj. Qui a de belles dents,—dans
l'argot des faubouriens.
Montrer son ivoire. Montrer ses dents.
Les ouvriers anglais ont la même expression: Flash his ivory. RICHE EN PEINTURE, adj. et s. Homme glorieux, plus
riche en paroles qu'en réalité. Argot du peuple.
On dit de même d'un Fanfaron qu'il est brave en peinture.
RICHELIEU, adj. Galant, magnifique, entreprenant,—
dans l'argot des bourgeois, dont les grand'mères
ont conservé bon souvenir du vainqueur de
Mahon.
RICHEMENT, adv. Extrêmement.
RICHONNER, v. n. Rire,—dans l'argot des voleurs.
RIDEAU ROUGE, s. m. Cabaret,—dans l'argot du
peuple, qui se rappelle toujours les maisons à
boire du vieux temps, reconnaissables à leurs
rideaux de percale de couleur pourpre.
Les ouvriers anglais disent de même Red-lattice, parce que chez eux c'est le treillage extérieur du cabaret qui est peint en rouge.
RIDEAUX DE PERSE, s. m. pl. Rideaux déchirés,
percés de trous,—dans l'argot des bourgeois
plaisantins.
On dit de même Mouchoir de Perse, chemise de Perse, etc.
RIEN, s. m. Garde-chiourme, argousin,—dans l'argot
des forçats.
RIEN. Mot de l'argot des faubouriens, qui l'emploient
comme selle à tous chevaux, pour donner plus
de force et de couleur à leurs discours.
Ainsi, ils disent: Il n'a rien l'air de... pour: Il a extrêmement l'air de... Il n'est rien paf, pour: Il est très gris. Ce n'est rien mauvais, pour: On ne saurait imaginer chose plus détestable, etc.
Une autre négation, sœur de celle-ci, et valant comme elle une affirmation, c'est n'être pas. Ainsi: Tu n'es pas blagueur! signifie: «Comme tu es menteur!»
RIEN, s. m. Un peu, très peu,—dans l'argot du
peuple.
En un rien de temps. En très peu de temps.
Rien de rien. Moins que rien.
RIF ou RIFLE, s. m. Feu,—dans l'argot des voleurs.
RIFFAUDANTE, s. m. Flamme.
RIFFAUDATE, s. m. Incendie.
RIFFAUDER, v. a. Incendier, brûler.
RIFFAUDEUR, s. m. Chauffeur.
RIFFLARD, n. m. Bourgeois,—dans le même argot.
RIFFLARD, s. m. Parapluie,—dans l'argot du peuple.
Ce mot date de Picard et de sa Petite Ville, comédie dans laquelle il y a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu'escorté d'un parapluie.
RRIFLER, v. a. et n. Brûler.—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Riffauder.
RIFLER, v. a. Prendre, saisir, chiper,—dans l'argot du
peuple.
Signifie aussi: Passer tout près; effleurer.
RIFOLARD, adj. Amusant, rigolo.
RIGOLADE, s. f. Amusement, réjouissance,
plaisanterie.
Coup de rigolade. Chanson.
RIGOLBOCHADE, s. f. Drôlerie dite ou faite, écrite ou
peinte,—dans l'argot des faubouriens.
Ici encore se pose l'éternelle question: Quel est le premier né de l'œuf ou de la poule? Est-ce mademoiselle Marguerite la Huguenote—plus généralement oubliée aujourd'hui sous le nom de Rigolboche—qui a donné naissance à ce substantif, ou est-ce ce substantif qu'on a décerné comme un brevet à cette aimable bastringueuse? J'inclinerais volontiers à admettre cette dernière hypothèse. La foule se laisse parfois imposer certains noms, mais elle a pour habitude d'en inventer. Quant aux Mémoires de mademoiselle Marguerite, où elle prétend que c'est elle qui a créé le mot en question, il me suffit que ce soient des Mémoires pour que je ne leur accorde pas la moindre créance.
RIGOLBOCHE (Être). Être excentrique, amusant, drôle.
RIGOLBOCHER, v. n. S'amuser, soit en buvant, soit en
dansant.
RIGOLE, s. f. Bonne chère,—dans l'argot des voleurs.
RIGOLER, v. n. S'amuser, se réjouir, boire, danser,
rire,—dans l'argot du peuple.
Un vieux mot de notre vieille langue, que beaucoup de personnes, j'en suis sûr, s'imaginent né d'hier. Un hier qui a six cents ans! Les gens du monde croiraient parler argot en employant ce mot employé par Jean de Meung, par Rabelais, par l'auteur de la Farce de Maistre Pathelin et par d'autres écrivains qui font autorité.
RIGOLETTE, s. f. Habituée de bals publics, amie de la
danse et de la gaieté.
RIGOLEUR, adj. et s. Ami de la joie et de la bouteille.
RIGOLO, s. et adj. Bon enfant, homme gai.
Rigolo-pain-de-seigle ou pain-de-sucre. Extrêmement amusant.
On dit aussi d'une chose: C'est rigolo, pour signifier: c'est plaisant, c'est drôle.
RIGRI, s. m. Ladre, méticuleux,—dans l'argot du
peuple.
RIGUE, s. f. Apocope de _Rigueur_,—dans l'argot des
voyous.
RINCÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot
du peuple.
RINCER, v. a. Battre, donner des coups.
Signifie aussi Gagner quelqu'un au jeu.
RINCER, v. a. Dévaliser, nettoyer,—dans l'argot des
voleurs.
RINCER (Se), v. réfl. Se purger,—dans l'argot des
faubouriens.
On dit aussi Se rincer le fusil.
RINCER (Se faire). Recevoir la pluie; se laisser voler;
perdre au jeu.
RINCER LA DALLE, v. a. Offrir à boire à quelqu'un,—
dans l'argot des faubouriens.
Se faire rincer la dalle. Accepter à boire sans offrir la réciproque.
On dit aussi Rincer la dent, ou le bec, ou le fusil, ou le tube, ou la gargote, ou la corne.
RINCETTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie pris comme
supplément au gloria,—dans l'argot des
bourgeois.
RIOLE, s. f. Rivière, ruisseau,—dans l'argot des
voleurs.
RIOLE, s. f. Joie, divertissement, débauche,—dans
l'argot du peuple.
Être en riole. Être en train de s'amuser, être gris.
Se mettre en riole. Se griser.
En wallon. Être en riolle ou riotte, c'est Se quereller. RIPATONNER, v. a. Raccommoder quelque chose ou
quelqu'un,—dans l'argot des Polytechniciens, qui
ont ainsi consacré la mémoire d'un concierge de
l'Ecole, M. Ripaton, tailleur.
RIPATONS, s. m. pl. Souliers,—dans l'argot des
faubouriens.
RIPER, v. a. Embrasser tendrement.
RIPEUR, s. m. Libertin.
RIPOPÉE, s. f. Mauvais vin,—dans l'argot du peuple.
Se dit aussi à propos de Toute chose médiocre ou mal faite.
Ce mot a été autrefois masculin, et tantôt substantif et tantôt adjectif: Du ripopé, du café ripopé.
RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure,—
dans l'argot des ouvriers.
RIQUIQUI, adj. et s. Chose mal faite ou de qualité
inférieure,—dans l'argot des ouvrières.
Avoir l'air riquiqui. Être ridiculement habillée, ou n'être pas habillée à la dernière mode.
Je ne suis pas bien sûr que ce mot ainsi employé ne soit pas une contrefaçon de Rococo.
RIRE AUX ANGES. Sourire doucement en dormant,—
dans l'argot du peuple.
RIRE COMME UN CUL. Rire sans desserrer les dents.
RIRE JAUNE, v, n. Rire à contre-cœur, quand on
voudrait ou pleurer de douleur ou écumer de
rage.
RISETTE, s. f. Sourire,—dans l'argot des bourgeois.
Faire des risettes. Faire des avances aimables. RISQUER LE PAQUET, v. a. Se hasarder à faire une
chose délicate, aventureuse,—dans l'argot du
peuple.
RIVANCHER, v. a. Aimer,—dans l'argot des voleurs.
RIVER SON CLOU A QUELQU'UN, v. a. Lui dire vertement
son fait, lui tenir tête dans une lutte de paroles ou
de gestes. Argot des bourgeois.
RIVETTE, s. f. Fille publique,—dans l'argot des
voleurs.
RIZ-PAIN-SEL, s. m. Fournisseur militaire,—dans
l'argot des troupiers.
ROBERT-MACAIRE, s. f. Danse fort en honneur dans
les bals publics il y a vingt-cinq ou trente ans.
C'était une variété de la Chahut.
ROBIGNOL, adj. Très bien, très beau, très amusant,—
dans l'argot des voleurs, qui emploient ce
superlatif à propos des choses et des gens.
ROBIN, s. m. Taureau communal,—dans l'argot des
paysans de Paris.
ROBINSON, s. m. Parapluie,—dans l'argot du peuple,
qui a gardé bon souvenir du naufragé de Daniel
de Foë.
On dit aussi Pépin.
ROCAMBOLADE, s. f. Farce littéraire dans le goût des
Exploits de Rocambole de Ponson du Terrail.
ROCAMBOLE, s. f. Chose sans valeur; promesse en
l'air qu'on sait devoir n'être pas tenue,
gasconnade.
ROCANTIN, s. m. Vieillard libertin.
ROCHET, s. m. Evêque,—dans l'argot des voleurs. ROCOCO, adj. Suranné, arriéré, démodé, grotesque à
cause de cela,—comme si le goût d'autrefois ne
valait pas bien le goût d'aujourd'hui!
Se prend aussi en bonne part.
Pendule rococo. Pendule Louis XV ou faite sur le modèle de cette époque.
Tentures rococo. Etoffes en vieille perse à ramages.
RŒDERER, s. m. Vin de Champagne,—dans l'argot
des gens de lettres qui tiennent à faire une
réclame à la maison de commerce dont les
produits portent cette signature.
ROGNEUR, s. m. Fourrier,—dans l'argot des troupiers.
ROGNONNER, v. n. Bougonner,—dans l'argot des
bourgeois.
ROGNURES DE FER-BLANC. (V. Troupe de fer-blanc.)
ROGOME, s. m. Eau-de-vie,—dans l'argot du peuple.
Voix de Rogome. Voix éraillée par l'ivrognerie.
ROGOMIER, s. m. Buveur d'eau-de-vie.
ROGOMISTE, s. m. Liquoriste.
ROMAGNOL, ou ROMAGNON, s. m. Trésor caché,—
dans l'argot des voleurs.
ROMAIN, s. m. Soldat d'infanterie.
ROMAIN, s. m. Applaudisseur gagé,—dans l'argot des
coulisses, sans doute par allusion aux claqueurs
de Néron.
ROMANCIER, s. m. Chanteur qui a la spécialité des
romances et autres «choses du cœur»,—dans
l'argot des cafés-concerts.
Fort romancier. Premier chanteur de romances d'un café-concert. Forte romancière. Grosse femme qui chante avec efforts, et très mal, de petites choses sentimentales, très faciles à chanter.
ROMANICHEL, s. m. Bohémien,—dans l'argot des
voleurs.
On dit aussi Romamitchel, Romanitchel, Romonichel et Romunichel. Suivant le colonel Harriot, «Romnichal est le nom que portent les hommes de cette race en Angleterre, en Espagne et en Bohême, et Romne-chal, Romaniche, est celui par lequel on désigne les femmes».
RONCHONNER, v. n. Être grognon, maussade;
bougonner,—dans l'argot du peuple.
ROND, s. m. Sou, pièce de monnaie,—dans l'argot
des voyous.
On dit aussi Rotin.
ROND, adj. Ivre,—dans l'argot des faubouriens.
Rond comme une futaille. Ivre mort.
On dit aussi Rond comme une pomme.
RONDE BOSSE, adj. Hardi, audacieux, frisant
l'immoralité,—dans l'argot des gens de lettres,
qui consacrent ainsi le souvenir de l'Aristide
Froissard de Léon Gozlan.
RONDELET, s. m. Sein,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Rondin.
RONDIN, s. m. Stercus (V. étron)—dans l'argot du
peuple.
RONDIN, s. m. Bâton, gourdin.
RONDINE, s. f. Bague,—dans l'argot des voleurs.
RONDINER, v. a. Boutonner,—dans le même argot. RONDINER, v. n. Dépenser de l'argent, des ronds,—
dans l'argot des voyous.
On dit aussi Se dérondiner.
RONDINER, v. a. Battre à coups de bâton,—dans
l'argot du peuple.
RONDINER DES YEUX, v. n. Faire les gros yeux.
RONDIN JAUNE, s. m. Pièce d'or,—dans l'argot des
voleurs.
Rondin jaune servi. Or volé, caché par son voleur.
RONFLER DU BOURRELET, v. n. Crepitare, ou alvum
deponere,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Faire ronfler le bourrelet.
RONRONNER, v. n. Faire le joli-cœur auprès d'une
femme,—dans l'argot des ouvriers.
RONRONNER, v. n. Ecrire de petits articles qui ne
produisent qu'un bien petit bruit. Argot des gens
de lettres.
ROQUET, s. m. Homme de petite taille, et, à cause de
cela, hargneux. Argot du peuple.
ROSE DES VENTS, s. f. Le podex,—dans l'argot
facétieux des faubouriens.
ROSSARD, adj. et s. Mauvais compagnon.
ROSSE, adj. des deux g. Homme sans consistance,
femme sans pudeur.
Il n'est rien rosse! Se dit pour: Est-il canaille!
ROSSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus. ROSSER, v. a. Frapper, battre, étriller à coups de
poing ou de bâton.
ROSSIGNANTE, s. f. Flûte,—dans l'argot des voleurs.
ROSSIGNOL, s. f. Fausse clé,—dans le même argot.
ROSSIGNOL, s. m. Livre qui ne se vend pas,—dans
l'argot des libraires.
Marchandise qui n'est pas de bonne défaite,—dans l'argot des boutiquiers.
ROSSIGNOL D'ARCADIE, s. m. Ane,—dans l'argot des
académiciens, à qui le mot propre répugne tant.
Ils disent aussi «Le patient animal qui...,» etc.
ROTIN, s. m. Pièce de cinq centimes, sou,—dans
l'argot des ouvriers. C'est sans doute une
contrefaçon ironique du radis,—à cause de
l'éructation.
RÔTIR LE BALAI, v. a. Mener une vie obscure et
misérable,—dans l'argot du peuple.
Avoir rôti le balai. Se dit d'une fille qui a eu de nombreuses aventures galantes, par allusion aux chevauchées sabbatiques des sorcières.
ROTOTO, s. m. Coups de bâton, de rotin,—dans
l'argot des faubouriens.
Coller du rototo. Battre quelqu'un.
ROTOTO! Exclamation de refus ou de mépris.
ROUATRE, s. m. Lard,—dans l'argot des voleurs.
ROUBIGNOLE, s. f. Petite boule de liège dont se
servent certains voleurs pour faire des dupes.
(Voy. Cocangeur.)
ROUBIGNOLEUR, s. m. Voleur qui a de la Roubignole
et des Cocanges, et, par extension, Homme
madré. Argot des faubouriens.
ROUBLARD, adj. Laid, défectueux, pauvre,—dans
l'argot des voleurs.
ROUBLARD, adj. et s. Rusé, adroit, qui a vécu, qui a
de l'expérience,—dans l'argot des faubouriens.
Si ce mot vient de quelque part, c'est du XV e siècle et de ribleux, qui signifiait Homme de mauvaise vie, vagabond, coureur d'aventures.
ROUBLARDERIE, s. f. Ruse, astuce, expérience de
l'homme qui a vécu et qui remplace l'argent qu'il
n'a pas par l'ingéniosité qu'il aura jusqu'au bout
de son rouleau.
Signifie aussi: Pauvreté, gêne, misère.
ROUCHI, s. m. Homme sans morale et sans
honnêteté, voyou,—dans l'argot du peuple.
ROUCHIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie.
ROUCOUCOU, s. m. Lapin mort-né,—dans l'argot des
chiffonniers et de leurs gargotiers.
ROUE, s. f. Juge d'instruction,—dans l'argot des
voleurs.
ROUE DE DERRIÈRE, s. f. Pièce de cinq francs en
argent,—dans l'argot des cochers, qui emploient
cette expression depuis longtemps, puisqu'on la
trouve dans les Œuvres badines du comte de
Caylus.
Les Anglais ont la même expression: A hind-coach-wheel, disent-ils à propos d'une pièce de cinq shillings (une couronne).
ROUE DE DEVANT, s. f. Pièce de deux francs. Les Anglais disent A fore-coach-wheel pour une demi-couronne.
ROUFFION, s. m. Dernier employé du magasin,—dans
l'argot des calicots.
On dit Mousse.
ROUFFLE, s. f. Coup de poing ou coup de pied,—dans
l'argot des voleurs.
ROUGE, s. m. Républicain,—dans l'argot des
bourgeois.
ROUGET, s. m. Homme à barbe rouge ou à cheveux
d'un blond ardent.
ROUGET, s. m. Cuivre volé.
ROUGETS, s. m. pl. Les menses des femmes,—dans