Dictionnaire de la langue verte

Alfred Delvau · Chapitre 2 sur 4 · partie 19/20

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Dictionnaire de la langue verte

Dictionnaire de la Langue Verte

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.

expression, d'un goût contestable, à propos des

derniers moments de Proudhon.

SUBLIMER, v. n. Travailler avec excès, la nuit

spécialement,—dans l'argot des polytechniciens.

SUBLIMER (Se). Se corrompre davantage, mais avec

art,—dans l'argot des petites dames, qui ont une

façon à elles de s'élever (sublimare).

SUBTILISER, v. a. Dérober quelque chose, une

tabatière ou un foulard,—dans l'argot des

faubouriens.

SUCCÈS D'ESTIME, s. m. Succès douteux, et pour ainsi

dire nul,—dans l'argot des coulisses.

SUCE-LARBIN, s. m. Bureau de placement pour les

domestiques—dans l'argot des voleurs.

SUCER LA FINE CÔTELETTE, v. a. Déjeuner à la

fourchette.—dans l'argot des faubouriens.

SUCER LA POMME (Se), v. réfl. S'embrasser; se

bécotter.

 

On dit aussi Se sucer le trognon.

 

SUCER UN VERRE, v. a. Le boire.

SUCEUR, s. m. Parasite, homme qui boit et mange

aux dépens des autres. Argot des coulisses.

SUÇON, s. m. Pince faite à même le drap pour obtenir

un bombage,—dans l'argot des tailleurs.

SUÇON, s. m. Baiser-ventouse,—dans l'argot des

grisettes.

SUÇON, s. m. Sucre d'orge,—dans l'argot des petites

dames, habituées des Délass Com, et du théâtre

Déjazet.

SUCRE! Exclamation de l'argot des bourgeoises, à qui

—naturellement—répugne celle de Cambronne.

SUCRÉE! s. f. Bégueule,—dans l'argot du peuple.

 

Faire sa sucrée. Se choquer des discours les plus innocents comme s'ils étaient égrillards, et des actions les plus simples comme si elles étaient indécentes.

L'expression est vieille,—comme l'hypocrisie. Perrot d'Ablancourt, dans sa traduction de Lucien, dit: «Et cette petite sucrée de Sapho...»

 

SUDISTE, s. et adj. Partisan des Etats de l'Union qui

ont brisé cette union pour se constituer, sans y

réussir, en République à part, dite République du

Sud.

 

On dit aussi Confédéré, Esclavagiste, Sécessionniste et Séparatiste.

 

SUÉE, s. f. Réprimande,—dans l'argot du peuple.

 

Signifie aussi Peur.

 

SUÉE DE MONDE, s. f. Foule, grand nombre de

personnes.

SUER (Faire). Assassiner,—dans l'argot des voleurs.

 

Faire suer sur le chêne. Tuer un homme.

 

SUER (Faire). Ennuyer outrageusement par ce qu'on

fait ou par ce qu'on dit; faire lever les épaules de

pitié ou de dédain. Argot du peuple.

SUER SON ARGENT (Faire). Lui faire rapporter gros; se

livrer à l'usure. Argot des bourgeois.

SUER THÉMIS (Faire). Étudier le Code, de manière à

pouvoir éluder la loi,—dans l'argot des

faubouriens, qui disent cela à propos des gens

d'affaires, des avocats marrons.

SUEUR DE CANTONNIER, s. f. Chose rare parce que

chère, ou chère parce que rare,—les cantonniers

étant connus généralement pour des gens qui en

prennent à leur aise.

SUIF, s. m. Réprimande de maître à valet, ou de

patron à ouvrier. Argot des faubouriens.

 

Gober son suif. Recevoir les reproches auxquels on s'attendait.

 

SUIF, s. m. Graisse, la partie adipeuse du corps

humain.

 

Être tout en suif. Être fort gras.

 

SUIF, s. m. Argent, beurre.

SUIFFARD, adj. et s. Homme mis avec élégance, avec

chic.

SUIFFARD, s. m. Richard.

SUIFFÉ, adj. Soigné, remarquable, très beau.

 

Femme suiffée. Très jolie ou très bien mise.

 

SUIFFÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.

SUISSE, s. m. Invité, convive,—dans l'argot des

troupiers.

 

Faire Suisse. Boire ou manger seul. SUISSESSE, s. f. Verre d'absinthe,—dans l'argot des

bohèmes.

SUIVEUR, s. m. Galantin de n'importe quel âge,

homme qui suit les femmes dans la rue.

 

Mot créé par Nestor Roqueplan.

 

SUIVEZ-MOI, JEUNE HOMME, s. m. Rubans très minces

et très longs que les petites dames laissent flotter

sur leur dos.

SUIVRE LE SOLEIL, v. a. Aller travailler à la journée

chez les particuliers,—dans l'argot des tailleurs,

qui ont rarement des expressions aussi imagées

et aussi poétiques.

SULFATE DE CUIVRE, s. m. Absinthe de cabaret,—dans

l'argot des bohèmes, qui n'en sont que plus

coupables puisqu'ils boivent obstinément un

liquide dont ils connaissent les désastreux effets.

 

J'ai entendu demander par un ivrogne un verre de sulfate de cuivre et j'ai vu le garçon lui apporter un verre d'absinthe. Empoisonneurs et empoisonnés rient de leur poison. C'est parfait!

 

SULTAN (Le). Le public,—dans l'argot des coulisses.

 

L'expression est juste surtout à propos des actrices, ces odalisques dont les tiroirs regorgent de mouchoirs.

 

SUPERLIFICOQUENTIEUX, a. Merveilleux, étonnant,

inouï,—dans l'argot des faubouriens.

 

On dit aussi Superlificoquentiel.

 

SURBINE, s. f. Surveillance,—dans l'argot des voleurs.

SURETTE, s. f. Pomme,—dans le même argot. SURGERBER, v. a. Condamner en appel,—dans le

même argot.

SURIN, s. m. Couteau,—dans le même argot.

 

Surin muet. Canne plombée; casse-tête.

 

SURINER, v. a. Assassiner quelqu'un avec un surin. V.

Chouriner.

SURINEUR, s. m. Spécialiste du genre de Lacenaire.

V. également Chourineur.

SURJUIN, s. m. Insurgé de juin 1848,—dans l'argot

des campagnards de la banlieue de Paris, pour

qui un mot nouveau n'est facile à retenir

qu'autant qu'il est court et sonore.

SURMOULEUR, s. m. Ecrivain qui, volontairement ou à

son insu, pastiche d'autres écrivains, et emploie

tout son talent à exagérer les mauvais côtés du

talent des autres. Argot des gens de lettres.

SUR-RINCETTE, s. f. Supplément à la rincette,—dans

l'argot des bourgeois.

SUR SEIZE! Exclamation de l'argot des calicots, qui

l'emploient pour se prévenir mutuellement d'un

péril quelconque, comme par exemple de

l'arrivée subite du patron, etc.

SYMBOLE, s. m. Crédit chez le marchand de vin,—

dans l'argot des typographes, qui veulent sans

doute faire allusion à l'œil du fameux triangle

maçonnique.

 

Avoir le symbole. Avoir un compte ouvert chez le cabaretier.

SYMBOLE, s. m. La tête,—dans l'argot des voyous.

 

Se dit aussi pour Chapeau.

 

SYSTÈME, s. m. L'ensemble des fonctions du corps

humain, et, plus spécialement, le système

nerveux. Argot du peuple.

 

Agacer le système. Ennuyer.

Taper sur le système. Agacer les nerfs; exaspérer.

 

T

 

TABAC, s. m. Vieil étudiant,—culotté comme une pipe

qui a beaucoup servi.

TABAC, s. m. Ennui, misère,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Être dans le tabac. Être dans une position critique.

Foutre du tabac à quelqu'un. Le battre—de façon à lui faire éternuer du sang.

Fourrer dans le tabac. Mettre dans l'embarras.

Manufacture de tabac. Caserne.

 

TABAC DE DÉMOC, s. m. Tabac fait avec les détritus de

cigares ramassés par les voyous jeunes et vieux,

dont c'est la spécialité.

TABAR, s. m. Manteau,—dans l'argot des voleurs.

 

Ils disaient autrefois Volant.

 

TABATIÈRE, s. f. Le podex,—dans l'argot du peuple.

 

Ouvrir sa tabatière. Faire un sacrifice muet, mais odore, au dieu Crépitus. D'où: Quelle prise!

TABLEAU-RADIS, s. m. Toile qui revient, invendue, du

Salon ou de la boutique du marchand. Argot des

artistes et des gens de lettres.

 

On dit de même Livre-radis.

 

TABLEAUTIN, s. m. Tableau sans valeur.

TABLETTE, s. f. Brique,—dans l'argot des voleurs.

TABLIER DE CUIR, s. m. Cabriolet,—dans l'argot des

faubouriens.

TABLIER LÈVE (Le). Se dit—dans l'argot des bourgeois

—d'une fille qui ne peut plus dissimuler sa

grossesse. Intumescit alvus.

 

Faire lever le tablier. Engrosser une fille ou une femme.

 

TACHE D'HUILE, s. f. Accroc à une robe, déchirure

d'habit,—dans l'argot du peuple.

TACHE D'HUILE, s. f. Mauvais tour,—crasse

impardonnable, ineffaçable, faite par un ami à

son ami.

TAF, s. m. Peur,—dans l'argot des voleurs.

 

Avoir le taf. Avoir peur.

Coller le taf. Faire peur.

On dit aussi Tafferie.

Il n'y a pas à douter que ce mot ne vienne d'une expression proverbiale ainsi rapportée par Oudin: «Les fesses luy font taf taf, ou le cul lui fait tif taf, c'est-à-dire: Il a grand peur, il tremble de peur.»

On dit aussi Taffetas.

Avoir le taffetas du vert. Être frileux, avoir peur du froid.

 

TAFFER, v. n. Avoir peur,—dans l'argot des

faubouriens.

TAFFEUR, s. m. Poltron.

 

Le Royal-Taffeur. Régiment aux cadres élastiques, où l'on incorpore à leur insu tous les gens qui ont donné des preuves de couardise.

 

TAILLER DES BAVETTES, v. a. Bavarder comme font les

commères à la veillée,—dans l'argot du peuple,

qui sait que les femmes déchirent plus de

réputations à coups de langue qu'elles ne

cousent de robes à coups d'aiguille.

TAILLER DES CROUPIÈRES, v. a. Donner de l'inquiétude

à son ennemi, le harceler sans cesse.

TAILLER LES MORCEAUX A QUELQU'UN, v. a. Limiter ce

qu'il doit manger ou dépenser; lui prescrire ce

qu'il doit faire.

TAILLEUSE, s. f. Nom générique de la corporation des

tailleurs.

TAIRE SON BEC, v. a. Se taire,—dans l'argot du

peuple.

TALBIN, s. m. Billet de complaisance,—dans l'argot

des voleurs.

 

Talbin d'altèque. Billet de banque.

Talbin d'encarade. Billet d'entrée dans un théâtre.

 

TALBIN, s. m. Huissier,—dans le même argot.

TALBINER, v. a. Assigner devant le tribunal.

TALOCHE, s. f. Soufflet ou coup de poing,—dans

l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce

mot à Molière.

TALOCHER, v. a. Donner des soufflets.

TALOCHON, s. m. Petite taloche.

TALONNER, v. a. Presser, tourmenter; poursuivre. TALON ROUGE, s. m. Aristocrate.

 

Être talon rouge. Avoir la suprême impertinence.

 

TALONS COURTS (Avoir les). Se dit de toute femme ou

fille qui ne sait pas défendre assez

vigoureusement son honneur, et qui succombe

trop aisément.

TAMBOUILLE, s. f. Ragoût, fricot,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Faire sa tambouille. Faire sa cuisine.

 

TAMBOUR, s. m. Chien,—dans l'argot des voleurs.

 

Roulement de tambour. Aboiement.

 

TAMPON, s. m. Poing,—dans l'argot du peuple.

TAMPONNER (Se), v. réfl. Se battre à coups de poing.

 

On dit aussi Se foutre des coups de tampon.

 

TANGENTE, s. f. Épée,—dans l'argot des

Polytechniciens.

 

Ils l'appellent aussi: La tangente au point Q.

 

TANNANT, E, adj. Ennuyeux, assommant,—dans

l'argot des faubouriens.

TANNER, v. n. Ennuyer.

TANNER LE CUIR, v. a. Battre quelqu'un à coups

redoublés.

 

Au XVIIe siècle on disait: Faire péter le maroquin. TANTE, s. f. Individu du troisième sexe,—dans l'argot

des faubouriens.

 

On dit aussi Tapette.

 

TANTE (Ma). Mont-de-Piété,—dans l'argot des petites

dames et des bohèmes qui croient avoir inventé

là une expression bien ingénieuse, et qui se sont

contentés de contrefaire une expression belge:

car au e XII siècle, dans le pays wallon, on

appelait un usurier mon oncle.

 

On dit aussi Casino.

 

TANTINET, adv. Un peu,—dans l'argot du peuple qui

emploie ce mot depuis quelques siècles.

 

On dit aussi TANTET.

 

TANT QUE TERRE, adv. En abondance, beaucoup.

TAP ou TAPIN, s. m. Poteau du pilori,—dans l'argot

des voleurs.

 

Faire le tapin. Être exposé.

On dit aussi Faire le singe.

 

TAPAGE, s. m. Amour,—dans l'argot des typographes.

TAPAGEUR, EUSE, adj. Eclatant, voyant, criard,—dans

l'argot des gens de lettres et des artistes.

 

Couleurs tapageuses. Couleurs trop vives qui tirent l'œil et l'agacent.

Toilette tapageuse. Toilette d'un luxe de mauvais goût, dressée pour faire retourner les hommes et «crever de jalousie» les femmes.

 

TAPAMORT, s. m. Tambour,—dans l'argot des voyous. TAPANCE, s. f. Maîtresse ou femme légitime,—dans

l'argot des typographes.

 

La tapance du meg. La femme du patron.

 

TAPE, s. f. Coup de la main, à plat ou fermée. Argot

du peuple.

TAPÉ, adj. Réussi, émouvant, éloquent,—c'est-à-dire

bourré de grosses phrases sonores et

d'hyperboles de mauvais goût, comme le peuple

les aime dans les discours de ses orateurs, dans

les livres de ses romanciers et dans les pièces de

ses dramaturges.

 

Tapé dans le nœud. Excessivement beau, ou extrêmement remarquable.

 

TAPE-A-L'ŒIL, s. m. Homme qui a une pétéchie sur

l'œil; chien blanc qui a du poil noir sur les yeux.

TAPECUL, s. m. Voiture mal suspendue qui secoue les

voyageurs.

TAPE-CUL, s. m. Planche en équilibre sur laquelle on

se balance à deux. Argot des gamins.

TAPEDUR, s. m. Serrurier,—dans l'argot des voleurs.

TAPÉE, s. f. Foule, grande réunion de personnes,—

dans l'argot des faubouriens.

TAPER, v. a. Frapper, battre.

TAPER, v. a. et n. Permolere uxorem, quamlibet aliam,

—dans l'argot des typographes.

TAPER, v. a. Demander de l'argent,—dans l'argot des

ouvriers.

 

Taper son patron de vingt francs. Lui demander une avance d'un louis.

 

TAPER, v. n. Prendre sans choisir,—dans l'argot des

faubouriens.

Taper dans le tas. Prendre au hasard dans une collection de choses ou de femmes.

Taper sur les vivres. Se jeter avec avidité sur les plats d'une table; manger gloutonnement.

Taper sur le liquide. S'empresser de boire.

 

TAPER DANS LE TAS. Avoir de la rondeur dans les

allures, de la franchise dans le caractère.

TAPER DANS L'ŒIL, v. a. Séduire,—en parlant des

choses et des femmes.

TAPER DE L'ŒIL, v. n. Dormir.

 

L'expression est plus vieille qu'on ne serait tenté de le croire, car on la trouve dans les Œuvres du comte de Caylus (Histoire de Guillaume Cocher).

 

TAPER SUR LA BOULE, v. a. Griser, étourdir, à propos

d'un liquide.

TAPETTE, s. f. Verve, entrain, platine.

 

Avoir une fière tapette. Être grand parleur,—ou plutôt grand bavard.

 

TAPETTE, s. f. Individu faisant partie du troisième

sexe.

TAPIN, s. m. Tambour,—dans l'argot des troupiers.

 

Le mot a au moins cent ans de bouteille.

 

TAPIQUER, v. n. Habiter,—dans l'argot des voleurs.

TAPIS, s. m. Conversation, causerie,—dans l'argot

des bourgeois.

 

Être sur le tapis. Être l'objet d'une causerie, le sujet d'une conversation.

Amuser le tapis. Distraire d'une préoccupation sérieuse par une causerie agréable.

TAPIS, s. m. Cabaret, auberge, hôtel,—dans l'argot

des voleurs, qui se servent là d'un vieux mot de

la langue romane, tapinet (lieu secret), dont on a

fait tapinois.

 

Ils disent aussi Tapis franc, c'est-à dire Cabaret d'affranchis.

Tapis de grives. Cantine de caserne.

Tapis de malades. Cantine de prison.

Tapis de refaite. Table d'hôte.

 

TAPIS BLEU, s. m. Paradis,—dans l'argot des

faubouriens, qui voient par avance le dedans du

ciel semblable au dehors.

TAPIS BRÛLE (Le). Expression de l'argot des joueurs,

pour exciter quelqu'un à se mettre au jeu.

TAPIS DE PIED, s. m. Courtisan,—dans l'argot

énergique du peuple, qui sait que les gens qui

veulent parvenir essuient sans murmurer, de la

part des gens parvenus, toutes les humiliations et

toutes les mortifications.

 

Il dit aussi Lèche-tout.

 

TAPISSERIE, s. f. Femmes laides ou vieilles qu'on

n'invite pas à danser—dans l'argot des

bourgeois.

 

Faire tapisserie. Regarder faire, ou écouter parler les autres.

 

TAPISSERIE (Avoir de la). Avoir beaucoup de figures

en main,—dans l'argot des joueurs.

TAPISSIER, s. m. Cabaretier.

TAPIS VERT, s. m. Tripot,—dans l'argot des voleurs et

des bourgeois.

Jardiner sur le tapis vert. Jouer dans un tripot.

 

TAPON, s. m. Amas de choses,—et spécialement

d'étoffes, de chiffons. Argot du peuple.

 

Mettre sa cravate en tapon. La chiffonner, la mettre sans goût, comme si c'était un chiffon.

L'expression sort évidemment du vocabulaire des marins, qui appellent Tapon une pièce de liège avec laquelle on bouche l'âme des canons pour empêcher l'eau d'y entrer.

 

TAPOTER DU PIANO. Toucher médiocrement du piano.

Argot des bourgeois.

TAPOTEUR DE PIANO, s. m. Pianiste médiocre.

TAPOTEUSE DE PIANO. Femme qui fait des gammes.

TAPPE, s. f. La marque qu'on appliquait avant 1830

sur l'épaule des condamnés aux travaux forcés.

TAQUER, v. a. Hausser,—dans l'argot des voleurs.

TARAUDER, v. n. Faire un bruit agaçant en remuant

mal à propos des meubles, en secouant des

tiroirs, etc. Argot du peuple.

TARAUDER, v. a. Battre, donner des coups,—dans

l'argot des faubouriens.

TARD-A-LA-SOUPE, s. m. Convive qui se fait attendre,

—dans l'argot du peuple.

TAROQUE, s. f. Marque du linge,—dans l'argot des

voleurs.

TAROQUER, v. a. Marquer.

TARTARE, s. m. Apprenti; médiocre ouvrier,—dans

l'argot des tailleurs.

 

On dit aussi Chasseur.

TARTARE, s. m. Fausse nouvelle, canard politique,—dans l'argot des journalistes et des boursiers.

Se dit depuis la dernière guerre de Crimée. Un peu avant que le résultat de la bataille de l'Alma fût connu, le bruit courut,—et ce furent évidemment des spéculateurs qui le firent courir qu'un cavalier tartare était arrivé à franc étrier au camp d'Omer-Pacha, annonçant la victoire des armées alliées contre les Russes. On le crut à Paris, et les fonds montèrent. Quelques jours après, la nouvelle apocryphe devenait officielle.

 

TARTE, adj. Qualité bonne ou mauvaise d'une chose,

—dans l'argot des voleurs.

TARTE BOURBONNAISE, s. f. Résultat du verbe alvum

deponere,—dans l'argot du peuple, qui a la

plaisanterie fécale.

 

Il a pour excuse l'exemple de Rabelais (Pantagruel, liv. II, chap. XVI).

 

TTARTINE, s. f. Article bon ou mauvais, mais surtout

mauvais. Argot des journalistes.

 

Signifie aussi Long discours, homélie ennuyeuse.

Débiter des tartines. Parler longtemps.

 

TARTINER, v. n. et a. Ecrire des articles.

 

Tartiner une brochure. La rédiger.

 

TARTINES, s. f. pl. Souliers éculés, pantoufles,—dans

l'argot des voyous.

TARTIR, v. n. Levare ventris onus,—dans l'argot des

voleurs.

TAS DE PIERRES, s. m. Prison,—dans l'argot des

faubouriens.

 

On dit aussi Boîte aux cailloux.

 

TATA, s. f. Tante,—dans l'argot des enfants. C'est également le mot qu'ils répètent le plus souvent pour appeler leur père. On le retrouve jusque dans les épigrammes de Martial.

 

TATA, s. f. Femme plus bavarde que ne le permet son

sexe; belle diseuse de riens; précieuse; mijaurée.

 

Faire sa tata. Se donner de l'importance; être une commère écoutée.

 

TATE-POULE, s. m. Innocent, et même imbécile.

 

Se dit aussi d'un Homme qui s'amuse aux menus soins du ménage.

 

TATER, v. a. et n. Peloter.

TATEUR, s. m. Peloteur.

TATEZ-Y, s. m. Croix à la Jeannette, ou petit cœur d'or

qui pend sur la gorge des demoiselles et même

des dames.

TATILLON, s. et adj. Homme méticuleux à l'excès,

s'occupant de riens comme s'ils étaient

importants et négligeant les choses importantes

pour des riens. Argot du peuple.

 

On dit aussi Tatillonneur.

L'expression a une centaine d'années de bouteille.

 

TATILLONNER, v. n. S'occuper de choses qui n'ont pas

d'importance; faire la mouche du coche.

TATOUILLE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans

l'argot des faubouriens.

TATOUILLER, v. a. Battre, donner des coups.

TAUDE, s. f. Apocope de Taudion,—dans l'argot des

voyous.

TAUDION, s. m. Endroit quelconque; logement

malpropre, taudis. Argot des faubouriens. TAULE, s. m. Le bourreau,—d'après Victor Hugo, à

qui j'en laisse la responsabilité.

TAULE ou TÔLE, s. f. Maison,—dans l'argot des

voleurs et des voyous.

 

C'est la piaule, moins les enfants.

 

TAUPAGE, s. m. Egoïsme, existence cachée,—dans le

même argot.

TAUPE, s. f. Fille de mauvaises mœurs,—dans l'argot

peu chrétien des bourgeois.

 

On dit aussi gaupe.

 

TAUPER, v. a. et n. Battre, Accabler de coups,—dans

l'argot des ouvriers.

 

On dit aussi Tauper dessus.

 

TAUPER, v. n. Travailler,—dans l'argot des

faubouriens.

TAUPIER, s. m. Egoïste.

TAUPIN, s. m. Candidat à l'Ecole polytechnique,—

peut-être parce qu'on a remarqué que la plupart

des jeunes gens qui se destinent à cette école,

travailleurs plus acharnés que les autres avaient

de bonne heure la vue aussi faible que celle des

taupes.

 

Taupin carré. e Taupin de 2 année.

Taupin cube. e Taupin de 3 année.

 

TAUPIN VAUT MAROTTE. Se dit ironiquement—dans

l'argot du peuple—de deux personnes qui ont les

mêmes vices ou la même laideur physique.

On dit aussi Taupin vaut Taupine.

 

TEIGNE, s. f. Fille ou femme acariâtre, hargneuse

dont on ne peut pas se débarrasser.

 

On dit aussi Gale.

 

TEINTÉ (Être). Commencer à être gris,—dans l'argot

des ouvriers.

TEINTURIER, s. m. Homme de lettres qui met en

français un travail littéraire fait par un illettré, et lui

donne du style, de la poésie, de la couleur.

 

Il y a aussi les teinturiers politiques, c'est-à-dire des gens supérieurs que les hommes d'Etat inférieurs s'attachent par tous les moyens pour profiter de leurs lumières et s'assimiler leurs talents.

Voltaire a employé ce mot, très clair, très significatif.

 

TEMPLE, s, m. Salle de réunion,—dans l'argot des

francs-maçons.

TEMPLE, s. m. Manteau,—dans l'argot des

faubouriens.

TEMPS DE BÛCHE, s. m. Epoque qui précède les

examens,—dans l'argot des étudiants.

TEMPS DE CHIEN. Mauvais temps, pluie ou neige,—

temps à ne pas mettre un chien dehors. Argot du

peuple.

TEMPS DE DEMOISELLE, s. m. Quand il ne fait ni pluie

ni soleil, ni poussière ni vent.

TEMPS SALÉ, s. m. Temps chaud, qui fait boire.

TENDRE LA PERCHE, v. a. Venir en aide à quelqu'un

qui se trouble dans une conversation ou dans un

discours.

TENDRON, s. m. Grisette, jeune fille à laquelle il est

permis de manquer de respect,—dans l'argot des TERNAUX, s. m. Cachemire français,—dans l'argot

bourgeois.

TENIR (En). Avoir de l'amour pour quelqu'un,—dans

l'argot des bourgeois.

TENIR A 40 SOUS AVEC SON CROQUE-MORT (Se). Se

débattre dans l'agonie, ne pas vouloir mourir.

 

Cette expression, aussi cynique que sinistre, est du pur argot de voyou. Si je ne l'avais entendue de mes oreilles, je l'aurais crue inventée.

 

TENIR A QUATRE (Se). Se contenir tout en enrageant;

ne pas oser éclater. Argot du peuple.

 

On dit aussi Être à genoux devant sa patience.

 

TENIR BIEN SUR SES ANCRES, v. n. Être en bonne

santé,—dans l'argot des marins.

TENIR LA CHANDELLE, v. a. Être témoin du bonheur

des autres, sans en avoir sa part; servir, sans le

savoir, ou le sachant, une intrigue quelconque.

Argot du peuple.

TENIR LA CORDE, v. a. Être le succès, le héros du jour,

—dans l'argot des gens de lettres, qui ont

emprunté cette expression aux sportsmen.

TENIR SUR LES FONTS. Déposer comme témoin contre

un accusé,—dans l'argot des voleurs.

 

(V. Parrain.)

 

TENUE, s. f. Assemblée, réunion,—dans l'argot des

francs-maçons.

 

Ils disent aussi Convent,—mais surtout à propos de réunions d'un caractère particulier, plus solennel que les tenues.

Tenue d'obligation. Jour fixé pour les assemblées de la loge.

Tenue extraordinaire. Réunion pour une fête d'adoption, pour une réception d'urgence, etc.

des lorettes, qui ne savaient pas que ce nom de

choses est un nom d'homme, celui d'un industriel

qui le premier en France entreprit de fabriquer

des châles avec la laine d'un troupeau de

chèvres du Tibet amenées en 1818 à ses frais.

TERREAU, s. m. Tabac à priser,—dans l'argot des

marbriers de cimetière.

 

Se flanquer du terreau dans le tube. Priser.

 

TERRER, v. a. Tuer,—dans l'argot des voleurs, pour

qui c'est une façon de mettre en terre les gens

qui les gênent.

 

Le patois normand a Terrage pour Enterrement.

 

TERRION, s. m. Habitant du continent,—dans l'argot

des marins.

 

On dit aussi Terrien.

 

TÉSIÈRE, pron. pers. Toi,—dans l'argot des voleurs.

 

On dit aussi Tésigue, Tésigo et Tésingard.

 

TESSON, s. m. La tête,—dans l'argot des voyous.

 

Nib de douilles sur le tesson. Pas de cheveux sur la tête.

 

TÉTAIS, s. m. pl. Seins,—dans l'argot des enfants, qui

conservent longtemps aux lèvres, avec les

premières gouttes de lait bues, les premiers mots

bégayés.

 

Ils disent Tettes.

TÉTARD, s. et adj. Entêté,—dans l'argot des

faubouriens.

TÉTASSES, s. f. pl. Seins de fâcheuse apparence,—

dans l'argot irrévérencieux du peuple, qui dit cela

depuis longtemps comme en témoigne cette

épigramme de Tabourot des Accords:

 

«Jeannette à la grand'tetasse

Aux bains voulut une fois

Enarrher pour deux la place:

On luy fit payer pour trois.»

 

On dit aussi Calebasses.

 

TÉTASSIÈRE, s. f. Femme dont la gorge n'a aucun

rapport avec celle de la Vénus de Milo.

 

L'expression se trouve aussi dans Tabourot.

 

TÊTE, s. f. Air, physionomie.

 

Avoir une tête. Avoir de la physionomie, de l'originalité dans le visage.

 

TÊTE, s. f. Air rogue, orgueilleux, prétentieux, de

mauvaise humeur.

 

Faire sa tête. Faire le dédaigneux; se donner des airs de grand seigneur ou de grande dame.

 

TÊTE CARRÉE, s. f. Allemand ou Alsacien.

 

On dit aussi Tête de choucroute.

 

TÊTE D'ACAJOU, s. f. Nègre.

TÊTE DE BUIS, s. f. Crâne complètement chauve. TÊTE DE HOLZ, s. f. Allemand,—dans l'argot des

marbriers de cimetière, qui croient que les braves

Teutons ont la tête dure comme du bois.

TÊTE DE TURC, s. f. Homme connu par ses mœurs

timides et par son courage de lièvre, sur lequel

on s'exerce à l'épigramme, à l'ironie, à

l'impertinence,—et même à l'injure,—assuré

qu'on est qu'il ne protestera pas, ne réclamera

pas, ne régimbera pas, et ne vous cassera pas

les reins d'un coup de canne ou la tête d'un coup

de pistolet.

 

C'est une expression de l'argot des gens de lettres, qui l'ont empruntée aux saltimbanques.

 

TÉTER, v. n. Vider une bouteille, dans l'argot du

peuple, qui prétend que le vin est «le lait des

vieillards». Oui, des vieillards—et surtout des

adultes.

TÊTES DE CLOU, s. f. pl. Caractères déformés par un

long usage. Argot des typographes.

TETINES, s. f. pl. Gorge avachie,—sumen plutôt

qu'uber. Argot des faubouriens.

 

Nous sommes loin du:

«Tétin, qui fait honte à la rose,

Tétin, plus beau que nulle chose,»

de Clément Marot.

 

TETONNIÈRE, s. f. Femme ou fille que la Nature a

richement avantagée,—dans l'argot du peuple,

fidèle à sa langue nourricière.

TETONS, s. m. pl. La gorge de la femme.

 

Tetons de satin blanc tout neufs. Virgo pulchro pectore.

C'est un vers de Marot resté dans la circulation.

TETTES, s. f. pl. Seins,—dans l'argot des enfants.

 

Ce sont autant les mamillæ que les papillæ.

 

TÊTUE, s. f. Épingle,—dans l'argot des voleurs.

THÉÂTRE ROUGE, s. m. La guillotine,—dans l'argot

des révolutionnaires un peu trop avancés.

 

«Demain, relâche au Théâtre rouge,» écrivait à Lebon Duhaut-Pas, un de ses émissaires.

 

THÉ DE LA MÈRE GIBOU, s. m. Mélange insensé de

choses et de mots; discours incohérent; pièce

invraisemblable. Argot des coulisses.

THÉMIS, s. f. La Justice,—dans l'argot des

Académiciens.

THÊTA X, s. m. Élève de seconde année,—dans

l'argot des Polytechniciens.

 

On l'appelle aussi Ancien.

 

THOMAIN, s. m. Mauvais rôle,—dans l'argot des

coulisses, où l'on a trouvé sans doute panne bien

usée.

THOMAS, s. m. «Pot qu'en chambre on demande»,—

dans l'argot du peuple.

 

Passer la jambe à Thomas. Vider le goguenot.

La veuve Thomas. La chaise percée.

 

THUNE, s. f. Pièce de cinq francs,—dans l'argot des

voleurs.

 

On dit aussi Thune de cinq balles.

 

TIC, s. m. Manie, toquade,—dans l'argot du peuple. L'expression a des cheveux blancs.

 

TICHE, s. f. Bénéfices plus ou moins réguliers,—dans

l'argot des commis de nouveautés.

TICKET, s. m. Billet de chemin de fer,—dans l'argot

des gandins, anglomanes par genre.

 

Pourquoi alors ne disent-ils pas aussi single ticket (billet simple) et return ticket (billet d'aller et de retour)?

 

TIERS ET LE QUART (Le). Celui-ci et celui-là, les

premiers venus,—unusquisque. Argot des

bourgeois.

 

Médire du tiers et du quart. Médire de son prochain.

 

TIGNASSE, s. f. Chevelure abondante, épaisse, bien

ou mal peignée,—dans l'argot du peuple, pour

qui ces chevelures-là sont autant de nids à

teigne.

 

A signifié au début Perruque.

On dit aussi Tignon.

 

TIGNE, s. f. Foule,—dans l'argot des voleurs.

 

S'ébattre dans la tigne. Chercher à voler dans la foule.

Signifie aussi Réunion, Cénacle.

Quelques Vaugelas de la Roquette veulent qu'on écrive Tine.

 

TIGRE, s. m. Groom, petit gamin en livrée,—dans

l'argot des fashionables.

TIGRE, s. m. Rat, qui commence à sortir de la foule et

devient troisième, puis second, puis premier sujet

de la danse. Argot des coulisses.

TIMBALLE (La). Dîner mensuel des artistes du théâtre

de l'Opéra-Comique. Il a lieu le troisième jeudi de

chaque mois.

TIMBRÉ, adj. et s. Fou, maniaque, excentrique,—dans

l'argot des bourgeois.

 

Grand timbré. Extravagant aimable, fou plaisant.

A l'origine, cette expression signifiait juste le contraire de ce qu'elle signifie aujourd'hui: un nomme timbré était un sage, un homme ayant bonne tête.

 

TIMBRE-POSTE, s. m. Cartouche,—dans l'argot des

chasseurs.

 

Est-ce parce que chaque cartouche revient à vingt centimes environ, ou parce qu'elle sert à marquer le gibier?

 

TINETTE, s. f. Hotte en bois qui sert aux vidangeurs

pour monter les matières solides d'une fosse.

 

Chevalier de la tinette. Vidangeur.

 

TINETTE, s. f. Bouche à l'haleine déplorable, sœur de

celle à propos de laquelle Martial dit (Lib. I, ep.

51):

 

«Os et labra tibi lingit, Manuella, catellus,

Nil mirum merdas si libet esse cani.»

 

TINTOUIN, s. m. Souci, tracas d'esprit; embarras

d'argent ou d'affaire,—dans l'argot du peuple, qui

a eu l'honneur de prêter ce mot à Rabelais.

TINTOUINER (Se), v. réfl. Se mettre martel en tête; se

chagriner à propos de rien ou de quelque chose.

TIRAGE, s. m. Difficulté, obstacle, rémora. Il y aura du tirage dans cette affaire. On ne la mènera pas à bonne fin sans peine.

 

TIRANTES, s. f. pl. Jarretières,—dans l'argot des

voleurs.

TIRANTS, s. m. pl. Bas,—dans le même argot.

 

Tirants radoucis. Bas de soie.

Tirants de trimilet. Bas de fil.

Tirants de filsangue. Bas de filoselle.

 

TIRÉ A QUATRE ÉPINGLES (Être). Être vêtu avec un

soin et une recherche remarquables,—dans

l'argot des bourgeois, pour qui «avoir l'air de

sortir d'une boîte» est le dernier mot du

dandysme.

TIRE-BOGUE, s. m. Voleur qui a la spécialité des

montres.

TIRE-JUS, s. m. Mouchoir de poche,—dans l'argot des

faubouriens.

 

On dit aussi Tire-moelle.

TIREJUTER, (Se). Se moucher.

TIRE-LARIGOT (A), adv. Abondamment, beaucoup,—

dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de

prêter cette expression à Rabelais.

 

Si j'étymologisais un peu?

Larigot était jadis pris, tantôt pour le gosier, tantôt pour une petite flûte, Arigot; d'autant plus une flûte que souvent on employait ce mot au figuré dans un sens excessivement gaillard. (V. Saint-Amant). Donc, Boire à tire-larigot, c'était, c'est encore Boire de grands verres de vin hauts comme de petites flûtes.

On a étendu le sens de cette expression: on ne boit pas seulement à tire-larigot, on chante, on joue, on frappe à tire-larigot.

 

TIRE-LIARD, s. m. Avare.

TIRELIRE, s. f. Le podex,—dans l'argot ironique des

ouvriers.

TIRELIRE, s. f. La tête,—où se mettent les économies

de l'Étude et de l'Expérience. Argot des

faubouriens.

TIRE-MOLARD, s. m. Mouchoir,—dans l'argot des

voyous.

TIRER, v. a. Peindre, spécialement le portrait,—dans

l'argot du peuple.

TIRER (Se la), v. réfl. Fuir.

TIRER A BOULETS ROUGES SUR QUELQU'UN, v. n. Le

poursuivre inexorablement, lui envoyer des

monceaux de papier timbré,—dans l'argot des

bourgeois, qui deviennent corsaires avec les

flibustiers.

 

On dit aussi Poursuivre à boulets rouges.

TIRER A LA LIGNE, v. n. Ecrire des phrases inutiles,

abuser du dialogue pour allonger un article ou un

roman payé à tant la ligne,—dans l'argot des

gens de lettres, qui n'y tireront jamais avec autant

d'art, d'esprit et d'aplomb qu'Alexandre Dumas, le

roi du genre.

TIRER AUX GRENADIERS, v. n. Emprunter de l'argent à

quelqu'un en inventant une histoire quelconque,

—dans l'argot du peuple.

TIRER DE LONGUEUR (Se). Se dit—dans l'argot des

faubouriens—d'une chose qui tarde à venir, d'une

affaire qui a de la peine à aboutir, d'une histoire

qui n'en finit pas.

TIRER D'ÉPAISSEUR (Se), v. réfl. Se tirer d'un mauvais

pas,—dans l'argot des ouvriers.

 

Signifie aussi diminuer,—en parlant d'une besogne commencée.

 

TIRER DES PIEDS (Se), v. réfl. S'en aller, s'enfuir.

TIRER LA DROITE, v. a. Traîner la jambe droite par

habitude de la manicle qu'elle a portée au bagne,

—dans l'argot des agents de police, qui se

servent de ce diagnostic pour reconnaître un

ancien forçat.

TIRER LA LANGUE, v. a. Être extrêmement pauvre,—

dans l'argot du peuple.

 

On dit aussi Tirer la langue d'un pied.

 

TIRER LE CANON, v. a. Conjuguer le verbe pedere,—

dans le même argot.

 

On dit aussi Tirer le canon d'alarme.

 

TIRER LE CHAUSSON, v. a. S'enfuir,—dans l'argot des

faubouriens.

Signifie aussi se battre.

 

TIRER LE DIABLE PAR LA QUEUE, v. a. Mener une vie

besogneuse d'où les billets de banque sont

absents, remplacés qu'ils sont par des billets

impayés. Argot des bohèmes.

 

On dit aussi Tirer la Ficelle ou la corde.

 

TIRER LES PATTES (Se), v. réfl. S'ennuyer,—dans

l'argot des typographes, à qui il répugne

probablement de s'étirer les bras.

TIRER SA COUPE. S'en aller, s'enfuir,—dans l'argot des

faubouriens.

TIRER SA LONGE, v. a. Marcher avec difficulté par

fatigue ou par vieillesse,—dans l'argot des

faubouriens.

TIRER SES GUÊTRES, v. a. S'en aller de quelque part,

s'enfuir,—dans l'argot du peuple.

 

On disait autrefois Tirer ses grègues.

 

TIRER SON PLAN. Faire son temps de prison ou de

bagne,—dans l'argot des voleurs.

TIRER UNE DENT, v. a. Escroquer de l'argent à

quelqu'un en lui contant une histoire.

TIREUR, s. m. Pick-pocket.

TIREUSE DE VINAIGRE, s. f. Femme de mauvaises

mœurs; drôlesse,—dans l'argot du peuple.

TIROIR DE L'ŒIL, s. m. Celui qui contient le produit de

la gratte,—dans l'argot des tailleurs.

TISANIER, s. m. Infirmier d'hôpital, chargé de

distribuer la tisane aux malades.

TITI, s. m. Gamin, voyou,—dans l'argot des gens de

lettres.

TOC, s. m. Cuivre,—dans l'argot des faubouriens.

 

Signifie aussi Bijoux faux.

 

TOC, adj. et s. Laid; mauvais—en parlant des gens et

des choses. Argot des petites dames et des

bohèmes.

 

C'est toc. Ce n'est pas spirituel.

Femme toc. Qui n'est pas belle.

 

TOCANDINE, s. f. Femme entretenue; drôlesse à la

mode,—toquée.

 

Le mot date de 1856-57.

 

TOCARD, s. m. Vieux galantin.

TOCARDE, s. f. Vieille coquette.

TOCASSE, adj. Méchant,—dans l'argot des voleurs.

TOCASSERIE, s. f. Méchanceté.

TOCASSON, s. f. Femme laide, ridicule et

prétentieuse,—dans l'argot de Breda-Street.

 

On dit aussi Tocassonne.

 

TOILE D'EMBALLAGE, s. f. Linceul,—dans l'argot des

faubouriens, qui font allusion à la serpillière de

l'hôpital.

TOILES SE TOUCHENT (Les) Se dit—dans l'argot du

peuple—lorsqu'on n'a pas d'argent en poche.

TOILETTE, s. f. Morceau de serge verte dans lequel

les cordonniers enveloppent les souliers qu'ils

portent à leurs pratiques: morceau de percaline

noire dans lequel les tailleurs enveloppent les

vêtements qu'ils portent à leurs clients.

TOILETTE, s. f. Coupe des cheveux et de la barbe des

condamnés à mort,—dans l'argot des prisons.

 

On dit aussi Fatale toilette.

 

TOISER, v. a. Juger des qualités ou des vices de

quelqu'un,—dans l'argot du peuple, pour qui un

homme toisé est un homme jugé et souvent

condamné.

TOISON, s. f. Chevelure opulente, absalonienne,—

dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait

Rabelais: «Comme tomba la rousée sus la toison

de Gédéon,» dit Panurge effrayé des paroles

dégelées qui planent au dessus de sa tête. (Liv.

IV, ch. LV.)

 

Signifie aussi Pudenda mulieris.

 

TOITURE, s, f. Chapeau, coiffure quelconque,—dans

l'argot des faubouriens.

TOLÈDE (De). Excellent, de premier choix,—dans

l'argot des gens de lettres, qui disent cela à

propos de tout, en souvenir ironique des

fameuses lames de Tolède des Romantiques.

TOLLARD, s. m. Bureau,—dans l'argot des voleurs.

TOMBEAU, s. m. Le lit,—dans l'argot des ouvriers, qui

s'y enterrent chaque soir avec plaisir, et s'en

relèvent chaque matin avec ennui.

TOMBER, v. a. Faire tomber; terrasser;—dans l'argot

des amis du pugilat.

TOMBER, v. a. Écraser sous le poids de son

éloquence ou de ses injures,—dans l'argot des

gens de lettres.

TOMBER A PIC, v. n. Arriver à propos,—dans l'argot du

peuple, qui emploie cette expression aussi bien à

propos des gens que des choses.

TOMBER DANS LE BŒUF, v. n. Devenir pauvre,

misérable,—dans l'argot des ouvriers.

TOMBER DE LA POÊLE DANS LA BRAISE, v. n. N'éviter un

petit ennui que pour tomber dans un plus grand;

n'avoir pas de chance. Argot du peuple.

 

C'est l'Incidit in Scyllam, cupiens vitare Charybdim des lettrés.

 

TOMBER DESSUS, v. n. Maltraiter en paroles ou en

action.

TOMBER EN FIGURE. Se trouver face à face avec un

individu qu'on cherche à éviter, ennemi ou

créancier.

TOMBER MALADE, v. n. Être arrêté. Argot des voleurs.

TOMBER PILE, v. n. Choir sur le dos. Argot du peuple.

TOMBER SOUS LA COUPE DE QUELQU'UN, v. n. Être à

sa merci; vivre sous sa dépendance.

TOMBER SUR LE DOS ET SE CASSER LE NEZ. Se dit d'un

homme à qui rien ne réussit.

TOMBER SUR LE DOS ET SE FAIRE UNE BOSSE AU

VENTRE. Se dit d'une jeune fille qui, comme Ève,

a mordu dans la fatale pomme, et, comme elle,

en a eu une indigestion de neuf mois.

TTOMBER SUR UN COUP DE POING. Recevoir un coup

de poing sur le visage et mettre les avaries qui en

résultent sur le compte d'une chute.

TOMBER UNE BOUTEILLE. La vider, la boire.

TOMBEUR, s. m. Lutteur; homme qui tombe ses

rivaux.

TOMBEUR, s. m. Acteur plus que médiocre, et, à

cause de cela, habitué à compromettre le succès

des pièces dans lesquelles il joue. Argot des

coulisses.

TOMBEUR, s. m. Éreinteur, journaliste hargneux.

TONDEUR D'ŒUFS, s. m. Homme méticuleux,

tracassier, insupportable par ses minuties, par sa

recherche continuelle de la petite bête. Argot du

peuple.

TONDRE, v. a. Tailler les cheveux, les raser,—dans

l'argot du peuple, qui prend les hommes pour des

chiens et les industriels à sellette du Pont-Neuf

pour des Figaros.

 

C'est ainsi que les vieux grognards, par une sorte d'irrévérence amicale, appelaient Napoléon le Petit Tondu...

La Fontaine a employé cette expression dans un de ses Contes:

«Incontinent de la main du monarque

Il se sent tondre...»

Au fait, pourquoi rougirait-on de dire Tondre, puisque l'on ne rougit pas de dire Tonsure?

 

TONNEAU, s. m. Degré; qualité d'une chose ou d'une

personne, ironiquement.

 

Être d'un bon tonneau. Être ridicule.

 

TONNER, v. n. Crepitare,—dans l'argot facétieux des

petits bourgeois.

TONISSIME, pronom pers. inventé par Nadar, qui ne

peut se décider à vostrissimer les gens qu'il

connaît.

TONTON, s. m. Oncle,—dans l'argot des enfants.

TOPER, v. n. Consentir à quelque chose,—dans

l'argot du peuple.

TOPER, v. n. Questionner un compagnon qu'on

rencontre,—dans l'argot des ouvriers qui font leur

tour de France.

TOPO, s. m. Plan topographique,—dans l'argot des

officiers d'état-major.

 

Se dit aussi pour Officier d'état-major.

 

TOQUADE, s. f. Manie, dada.

TOQUADE, s. f. Inclination, caprice,—dans l'argot de

Breda-Street.

TOQUADEUSE, s. f. Drôlesse qui s'amuse à la

moutarde du sentiment au lieu de songer aux

protecteurs sérieux.

TOQUANTE, s. f. Montre,—dans l'argot des

faubouriens, à qui Vadé a emprunté cette

expression:

 

«Il avait la semaine

Deux fois du linge blanc,

Et, comme un capitaine,

La toquante d'argent.»

 

Les voleurs disaient autrefois Toque, une onomatopée—tic-toc.

 

TOQUÉ, adj. et s. Fou plus ou moins supportable;

maniaque plus ou moins aimable; original. Argot

du peuple.

 

Le patois normand a Toquard pour Têtu.

 

TOQUEMANN, s. m. Excentrique, extravagant, toqué,

—dans l'argot des petites dames.

TOQUER (Se), v. réfl. S'enthousiasmer pour quelqu'un

ou pour quelque chose; s'éprendre subitement

d'amour pour un homme ou pour une femme.

TORCHE-CUL, s. m. Journal,—dans l'argot du peuple,

qui ne prise la politique et la littérature que

comme aniterges.

TORCHER (Se), v. réfl. Se battre.

TORCHER (Se). Se servir d'une aniterge.

TORCHER DE LA TOILE, v. a. Se hâter de faire une

chose, aller rapidement vers un but,—dans

l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie

de marine.

TORCHER LE CUL DE... (Se). Faire peu de cas,

mépriser profondément,—dans l'argot du peuple,

qui, par une hyperbole un peu forte, dit cela à

propos des gens comme à propos des choses.

TORCHER LE NEZ (S'en). Se passer d'une chose.

TORCHON BRÛLE (Le). Se dit de deux amants qui se

boudent, ou de deux amis qui sont sur le point de

se fâcher.

TORDRE LE COU A UNE BOUTEILLE. La boire,—dans

l'argot du peuple.

TORDRE LE COU A UN LAPIN. Le manger.

TORD-BOYAUX, s. m. Eau-de-vie,—dans l'argot des

faubouriens.

TORGNOLE, s. f. Soufflet ou coup de poing,—dans

l'argot du peuple.

TORPIAUDE, s. f. Femme de mauvaise vie,—dans

l'argot des paysans de la banlieue.

TORPILLE, s. f. Femme galante. Circé parisienne qui

ravit les hommes et les change en bêtes.

 

Le mot est de H. de Balzac, qui l'a appliqué à une de ses héroïnes, la courtisane Esther.

Torpille d'occasion. Fille de trottoir.

TORSE, s. m. Estomac,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Se rebomber le torse. Manger copieusement.

Se velouter le torse. Boire un canon de vin ou d'eau-de-vie.

 

TORSE, s. m. Tournure, élégance,—dans l'argot des

artistes et des gens de lettres.

 

Poser pour le torse. Marcher en rejetant la poitrine en avant pour montrer aux hommes, quand on est femme, combien on est avantagée, ou pour montrer aux femmes quand on est homme, quel gaillard solide on est.

 

TORSEUR, s. m. Homme qui fait des effets de torse.

 

Expression créée par N. Roqueplan.

 

TORTILLARD, s. m. Fil de fer,—dans l'argot des

voleurs.

TORTILLARD, s. m. Boiteux,—dans l'argot des

faubouriens.

TORTILLER, v. a. et n. Manger.

TORTILLER, v. n. Faire des façons, hésiter,—dans

l'argot du peuple, qui n'emploie jamais ce verbe

qu'avec la négative.

 

Il n'y a pas à tortiller. Il faut se décider tout de suite.

On dit aussi Il n'y a pas à tortiller des fesses ou du cul.

 

TORTILLER, v. n. Avouer, dans l'argot des voleurs.

TORTILLER DE L'ŒIL, v. n. Mourir,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Ils disent aussi Tourner de l'œil et Être tortillé. TORTILLETTE, s. f. Bastringueuse, fille qui se

déhanche exagérément en dansant.

 

Se dit aussi d'une Petite dame qui tortille de la crinoline en marchant, pour allumer les hommes qui la suivent.

 

TORTILLON, s. m. Petite servante, fillette.

TORTORER, v. a. et n. Manger,—dans l'argot des

marbriers de cimetière.

TORTU (Le), s. m. Le vin,—dans l'argot des voleurs,

qui, fils de la terre pour la plupart, savent que la

vigne est une plante sarmenteuse, contournée,

torte, et qui ont voulu donner son nom à son

produit.

TOUCHE, s. f. Physionomie, façon d'être, allure,—

dans l'argot du peuple, qui emploie ordinairement

ce mot en mauvaise part.

 

Bonne touche. Tête grotesque.

Avoir une sacrée touche. Être habillé ridiculement ou pauvrement.

 

TOUCHE, s. f. Coup de poing ou coup de couteau.

TOUCHÉ, adj. Réussi, éloquent,—dans l'argot des

faubouriens et des gens de lettres.

 

Article touché. Bien écrit.

Parole touchée. Impertinence bien dite.

 

TOUCHER LES FRISES. Obtenir un grand succès,

s'élever à une grande hauteur tragique ou

comique. Argot des coulisses.

TOUCHER SON PRÊT, v. a. Être l'amant en titre d'une

fille,—dans l'argot des souteneurs, qui ne

craignent pas de faire leur soupe avec cette

marmite.

On dit aussi Aller aux épinards.

 

TOUILLAUD, adj. et s. Gaillard, et même paillard. Argot

du peuple.

TOUILLER, v. a. et n. Remuer, agiter un liquide,—dans

l'argot du peuple.

 

C'est une expression provinciale.

 

TOUPET, s. m. Aplomb, effronterie.

 

Payer de toupet. Ne pas craindre de faire une chose.

 

TOUPET, s. m. La tête.

 

Se foutre dans le toupet. S'imaginer, s'entêter à croire.

 

TOUPIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, qui

tourne au gré du premier venu,—dans l'argot du

peuple, cruel pour les drôlesses, ses filles.

 

Les voyous anglais emploient la même expression (gig) à propos des mêmes créatures.

 

TOUPIE, s. f. La tête,—dans l'argot des faubouriens.

 

Avoir du vice dans la toupie. Être très malin, savoir se tirer d'affaire.

 

TOUPILLER, v. n. Aller et venir, tourner comme une

toupie.

 

Beaumarchais l'a employé dans le Barbier de Séville.

On dit aussi Toupier.

 

TOUPIN, s. m. Boisseau,—dans l'argot des voleurs.

TOUPINIER, s. m. Boisselier.

TOUR, s. m. Farce; tromperie.

Faire voir le tour. Tromper.

Connaître le tour. Être habile, malin, ne pas se laisser tromper.

 

TOUR DE BABEL, s. f. Chambre des Députés,—dans

l'argot des faubouriens.

TOUR DE BÊTE (Au), adv. A l'ancienneté,—dans l'argot

des troupiers.

 

Passer capitaine à son tour de bête. Être nommé à ce grade, non à cause des capacités militaires qu'on a montrées, mais seulement parce qu'on a vieilli sous l'uniforme.

 

TOUR DE BÂTON, s. m. Profit illicite sur une affaire,

ressources secrètes. Argot des bourgeois.

TOURLOURER, v. a. Tuer, assassiner,—dans l'argot

des voleurs.

TOURLOUROU, s. m. Soldat d'infanterie,—dans l'argot

du peuple.

 

Francisque Michel pousse une pointe jusqu'au XIVe siècle et en rapporte les papiers de famille de ce mot: turlereau, turelure, tureloure, dit-il. Voilà bien de la science étymologique dépensée mal à propos! Pourquoi? Tout simplement parce que le mot tourlourou est moderne.

 

TOURMENTE, s. f. Colique,—dans l'argot des voleurs.

TOURNANT, s. m. Moulin,—dans le même argot.

TOURNANTE, s. f. Clé,—dans le même argot.

TOURNÉ, adj. Mou,—dans le même argot.

 

Tournée. Molle.

 

TOURNE-A-GAUCHE, s. m. Homme sur le caractère

duquel on ne peut compter, girouette. Argot du

peuple.

TOURNE-AUTOUR, s. m. Tonnelier,—dans le même

argot.

TOURNÉE, s. f. Rasade offerte sur le comptoir du

marchand de vin,—dans l'argot du peuple.

 

Offrir une tournée. Payer à boire.

 

TOURNÉE, s. f. Coups reçus ou donnés.

 

Payer une tournée. Battre.

 

TOURNER AUTOUR DU POT, v. n. N'oser parler

franchement d'une chose; hésiter avant de

demander une grâce, un service.

TOURNER DE L'ŒIL. Se pâmer, s'évanouir de plaisir.

TOURNER DE L'ŒIL. S'endormir.

 

Signifie aussi, par extension, Mourir.

 

TOURNER EN EAU DE BOUDIN, v. n. Se dit d'une chose

sur laquelle on comptait et qui vous échappe,

d'une entreprise qui avorte, d'une promesse

qu'on ne tient pas.

 

Faire tourner quelqu'un en eau de boudin. Se moquer de lui, le berner par des promesses illusoires.

 

TOURNER LA VIS, v. a. Tordre le cou à quelqu'un.

TOURNIQUET, s. m. Chirurgien,—dans l'argot des

marins.

TOURNIQUET, s. m. Moulin,—dans l'argot des voleurs.

TOURTOUSE, s. f. Corde, lien,—dans le même argot.

 

C'était autrefois une expression et une chose officielles, le funis strangulatorius qu'employait M. de Paris pour lancer les criminels dans l'éternité.

 

TOURTOUSER, v. a. Lier, garrotter. TOURTOUSIER, s. m. Cordier.

TOUSSER, v. n. Ce verbe—de l'argot des faubouriens

—ne s'emploie qu'à un seul temps et dans les

deux acceptions suivantes: «C'est de l'or comme

je tousse,»—c'est-à-dire: Ce n'est pas de l'or.

«Elle n'est pas belle, non! c'est que je tousse!»

c'est-à-dire: Elle est très belle.

TOUT DE CÉ, adv. Très bien, tout de go,—dans l'argot

des voleurs.

TOUTES FOIS ET QUANTES, adv. Toutes les fois,—dans

l'argot du peuple.

 

Une vieille et très française expression, presque latine (toties quoties), dont se moquent les gens qui s'imaginent bien parler.

 

TOUTIME, adj. Tout,—dans l'argot des voleurs.

TOUTOU, s. m. Chien,—dans l'argot des enfants, qui

disent cela à propos d'un terre-neuve aussi bien

qu'à propos d'un King's Charles.

 

Les enfants ont bien le droit d'employer un mot que Mme Deshoulières a consacré:

 

«Bonjour, le plus gras des toutous,

Si par hasard mon amitié vous tente,

Je vous l'offre tendre et constante:

C'est tout ce que je puis pour vous.»

 

TRAC, s. m. Peur,—dans l'argot du peuple.

 

Avoir le trac. Avoir peur.

Le trac, autrefois, c'étaient les équipages de guerre; traca, dit Du Cange. «Compagnons, j'entends le trac de nos ennemis,»—dit Gargantua.

TRACQUER, v. n. Avoir peur.

TRACQUEUR, s. m. Poltron.

TRADITION, s. f. Effet non indiqué dans la pièce écrite

ou imprimée, mais qui, trouvé par un acteur, se

transmet à ceux qui jouent le rôle après lui.

 

Se dit aussi pour Addition à un rôle.

Les traditions—à la Comédie française,—sont des conventions auxquelles il ne saurait être dérogé sans blesser le goût... des vieux amateurs de l'orchestre.

 

TRAIN, s. m. Vacarme, rixe de cabaret,—dans l'argot

du peuple.

 

Signifie aussi Émeute. Il y aura du train dans Paris. On fera des barricades et l'on se battra.

Originairement le mot signifiait Prostibulum, et, par une métonymie fréquente dans l'Histoire des mots, la cause est devenue l'effet. De même pour Bousin.

 

TRAIN (Du)! Vite!—dans l'argot des petites dames.

TRAIN (Être en). Commencer à se griser,—dans

l'argot des bourgeois.

TRAÎNE, s. f. Queue de robe exagérée mise à la

mode, en ces derniers temps, par les traînées,

qui s'ingénient à gaspiller les étoffes.

TRAÎNÉE, s. f. Fille de mauvaise vie,—dans l'argot du

peuple.

TRAÎNE-GUÊTRES, s. m. Vagabond; flâneur.

TRAÎNE-PAILLASSE, s. m. Fourrier,—dans l'argot des

troupiers.

 

On dit aussi Gratte-papier et Rogneur de portions. TRAÎNER LA SAVATE, v. a. Être misérable, n'avoir rien à

se mettre sous la dent ni aux pieds,—dans l'argot

des bourgeois, qui ne manquent ni de bottes, ni

de pain.

 

C'est le to shuffle along des Anglais.

 

TRAÎNER LE CHEVAL MORT, v. a. Avoir du travail payé

d'avance,—dans l'argot des ouvriers.

 

On dit aussi Faire du chien.

 

TRAÎNER SA SAVATE QUELQUE PART, v. a. Aller quelque

part, se promener,—dans l'argot du peuple.

 

On dit aussi Traîner ses guêtres.

 

TRAÎNEUR DE SABRE, s. m. Soldat fanfaron qui croit

faire beaucoup d'effet en faisant beaucoup de

bruit et qui ne réussit qu'auprès des filles, amies

des soudards. Type aussi vieux que le monde,

puisque les anciens avaient aussi leur

machærophorus...

 

Mais, eurêka! me voilà sans le vouloir sur la piste de maquereau. Qu'en pensent messieurs les étymologistes?...

 

TRAIN-TRAIN, s. m. Train ordinaire de la vie;

habitudes.

 

Suivre son petit train-train. Ne pas interrompre ses habitudes.

On dit aussi tran-tran.

 

TRAIT, s. m. Caprice amoureux,—dans l'argot des

filles et de leurs souteneurs.

 

Avoir un trait pour un miché. Ne rien exiger de lui que son amour, se passer de gants.

TRAITER, v. a. et n. Donner à dîner; régaler,—dans

l'argot des bourgeois.

TRAITER DU HAUT EN BAS. Parler à quelqu'un avec

colère,—et même avec mépris.

TRAITS, s. m. pl. Infidélité conjugale,—dans l'argot

des bourgeoises.

 

Faire des traits à sa femme. La tromper en faveur d'une autre, la trahir.

 

TRALALA, s. m. Embarras, cérémonies; luxe de

toilette.—dans l'argot du peuple.

 

Se mettre sur son tralala ou sur son grand tralala. S'habiller coquettement, superbement.

 

TRANCHE-ARDENT, s. m. Mouchettes,—dans l'argot

des voleurs, qui ont emprunté cette expression

aux Précieuses.

TRANQUILLE COMME BAPTISTE, adj. Extrêmement

sage, calme, tranquille,—dans l'argot du peuple.

TRAPILLON, s. m. Bande de bois qui bouche les

coulisseaux ou rainures dans lesquelles glissent

les décors, lorsqu'on enlève ces décors. Argot

des machinistes.

TRAVAIL, s. m. Chose difficile à faire,—dans l'argot

des saltimbanques.

 

Beau travail. Tour extraordinaire ou nouveau.

 

TRAVAIL, s. m. Action de manger,—dans l'argot des

francs-maçons.

TRAVAILLER, v. n. Voler.

TRAVAILLER, v. n. Aller au persil.

TRAVAILLER LE CADAVRE, v. a. Battre quelqu'un, au

propre, ou en médire, au figuré,—dans l'argot On dit aussi Tréfoin.

des faubouriens.

 

On dit aussi travailler les côtes.

 

TRAVAILLER LE SUCCÈS, v. a. Être chef de claque dans

un théâtre. Argot des coulisses.

TRAVAILLER POUR LE ROI DE PRUSSE, v. n. Faire un

travail mal payé, ou pas payé du tout,—dans

l'argot du peuple, à qui sans doute on a fait croire

que les successeurs du grand Frédéric payaient

leurs soldats fort chichement.

 

On dit aussi Travailler pour la gloire et Travailler gratis pro Deo.

 

TRAVAILLER POUR M. DOMANGE, v. n. Manger.

TRAVAILLER QUELQU'UN, v. a. L'obséder d'une chose,

insister afin d'obtenir ce qu'on lui demande;

revenir souvent à la charge auprès de lui.

TRAVAILLEUSE, s. f. Giton,—dans l'argot des voleurs.

TRAVERSE (En), adv. Travaux forcés à perpétuité,—

dans l'argot des voleurs.

 

On dit aussi A perte de vue.

 

TRAVESTI, s. m. Rôle d'homme joué par une femme,

amoureux ou page. Argot des coulisses.

TRAVIATA, s. f. Fille perdue,—dans l'argot des

élégants qui n'osent pas dire cocotte.

 

Introduit pour la première fois en littérature par l' er Evénement (1 octobre 1866).

 

TRAVIOLE (De), adv. De travers,—dans l'argot du

peuple.

TRÈFLE ou TREF, s. m. Tabac,—dans l'argot des

voleurs et des faubouriens.

Longuette de tref. Tabac en carotte.

On dit aussi Trifois,—d'où Trifoissière pour Tabatière.

 

TRÈFLE, s. m. Le podex,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Vise-au-trèfle. Apothicaire.

 

TREMBLANT, s. m. Lit de sangle,—dans l'argot des

faubouriens.

TREMBLEMENT, s. m. Bataille,—dans l'argot des

troupiers.

TREMBLEMENT (Et tout le), adv. Au complet,—dans

l'argot du peuple.

TREMPE, s. f. Vigoureuse et brutale correction.

 

On dit aussi Trempée.

 

TREMPÉ (Être). Être mouillé par la pluie.

TREMPER, v. a. Battre.

TREMPER, v. n. Souper, manger,—dans l'argot des

ouvriers.

TREMPER SON PIED DANS L'ENCRE, v. a. Être consigné,

—dans l'argot des vieux troupiers.

TREMPER UNE SOUPE A QUELQU'UN, v. a. Le maltraiter

rudement, par paroles ou par action. Argot du

peuple.

TREMPETTE, s. f. Biscuit ou morceau de pain trempé

dans un doigt de vin.

 

Faire la trempette. Déjeuner d'un morceau de pain trempé dans un verre de vin.

TREMPETTE, s. f Pluie,—dans l'argot des faubouriens.

TREMPLIN, s. m. La scène—dans l'argot des

coulisses.

TRENTE-ET-UN, s. m. Dernière élégance, suprême bon

ton,—dans l'argot du peuple.

 

Se mettre sur son trente-et-un. Se vêtir de son plus bel habit ou de sa plus belle robe,—l'habit à manger du rôti et la robe à flaflas.

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