Dictionnaire de la langue verte

Alfred Delvau · Chapitre 2 sur 4 · partie 12/20

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Dictionnaire de la langue verte

Dictionnaire de la Langue Verte

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.

forçats, qui l'ont emprunté eux-mêmes à l'argot

des marins.

 

Le lof est le côté d'un navire qui se trouve frappé par le vent, qui le fait crier. Le loffard, au bagne, est le forçat frappé par une condamnation à perpétuité, et qui gémit comme un enfant sur son sort.

 

LOFFAT, s. m. Aspirant compagnon,—dans l'argot des

ouvriers.

LOFFITUDE, s. f. Niaiserie, bêtise.

LOGE, s. f. Lieu de réunion,—dans l'argot des francs-

maçons.

 

Loge irrégulière. Assemblée de francs-maçons qui ne sont pas réguliers et avec lesquels on ne doit pas fraterniser.

 

LOGE INFERNALE, s. f. Petite loge d'avant-scène, où

se mettent par tradition, les gandins,—imitateurs

serviles des lions.

 

Se dit aussi des Premières chaises du premier rang, aux concerts en plein vent comme ceux des Champs-Elysées.

 

LOGER AUX QUATRE VENTS, v. n. Demeurer dans une

maison mal close, où le vent entre comme chez

lui.

LOGER RUE DU CROISSANT, v. n. Avoir pour femme

une drôlesse qui donne dans le contrat autant de

coups de canif qu'il y a de jours dans l'année.

LOIR, s. m. Homme paresseux, dormeur, ami de ses

aises,—dans l'argot du peuple, qui sait que cette

sorte de gens, comme le mus nitela, mange les

meilleurs fruits des espaliers et de la vie: d'où le

vieux verbe loirer, pour dérober, voler.

LOLO, s. m. Lait,—dans l'argot des enfants.

LOLOTTE, s. f. Fille ou femme qui aime pour vivre au

lieu de vivre pour aimer. Argot des faubouriens.

LOMBARD, s. m. Commissionnaire au Mont-de-Piété,

—dans l'argot des ouvriers qui ont travaillé avec

les Belges; car c'est en effet le nom qu'on donne

à Bruxelles, au Grand-Mont-de-Piété, et ce nom

a sa valeur historique.

LONDRÈS, s. m. Cigare de vingt-cinq centimes de la

Havane,—ou d'ailleurs.

LONGCHAMP, s. m. Procession plus ou moins

considérable de gens,—dans l'argot du peuple,

qui consacre ainsi le souvenir d'une mode dont

on ne parlera plus dans quelques années.

LONGCHAMP, s. m. Promenade favorite,—dans l'argot

des Polytechniciens. C'est une cour oblongue,

bordée d'une file de cabinets dont nous laissons

deviner la destination, et où les élèves viennent

fumer et causer pendant les heures d'étude.

LONG DU MUR (Le). Avec son argent,—dans l'argot du

peuple.

 

Pour bien comprendre cette expression pittoresque si fréquemment employée, je veux citer la réponse que me fit un jour un coiffeur:

«Combien gagnez-vous chez votre patron?—Trois francs par jour.—Alors vous êtes nourri?—Nourri et blanchi, oui... le long du mur!»

 

LONGE, s. f. Année,—dans l'argot des voleurs, qui

tirent volontiers dessus lorsqu'ils sont en prison.

LONGÉ, adj. Agé.

LONGIS, s. et adj. Homme nonchalant, lent à faire ce

qu'il entreprend. Argot du peuple.

 

On dit aussi Saint Longin.

Longie. Nonchalante, paresseuse.

On dit aussi Sainte-Longie.

 

LOPIN, s. m. Morceau.

 

Signifie aussi: Postillon, crachat, expectoration abondante.

LOQUES, s. f. pl. Boutons de guêtre ou de pantalon,

en cuivre,—dans l'argot des écoliers, qui les

recueillent avec soin.

 

Jouer aux loques. Jouer avec des boutons comme avec des billes, à la bloquette, à la pigoche, etc.

 

LORCEFÉ, s. f. La prison de la Force,—dans l'argot

des voleurs, qui, pour ce mot, se sont contentés

de changer la place des lettres et de mettre un é

au lieu d'un a.

 

La Lorcefé des largues. Saint-Lazare, qui est la prison, la maison de Force où l'on renferme les femmes.

 

LORET, s. m. Monsieur peu délicat et peu difficile, qui

vit volontiers des miettes de la table amoureuse

de la lorette.

 

Le mot appartient à Nestor Roqueplan.

 

LORETTE, s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour

aimer, mais au contraire, aime pour vivre.

 

Le mot a une vingtaine d'années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection,—le quartier Notre-Dame-de-Lorette.

 

LORGNE, s. m. Borgne,—dans l'argot des voleurs.

 

Ils disent aussi Lorgne-bè.

 

LORGUE, s. m. As,—dans le même argot.

LOUBION, s. m. Bonnet d'homme ou de femme,—

dans le même argot.

LOUBIONNIER, s. m. Bonnetier.

LOUCHE, s. f. Cuiller à potage,—dans l'argot du

peuple.

 

Un mot provincial acclimaté maintenant à Paris.

 

LOUCHE, adj. Douteux, équivoque.

LOUCHÉE, s. f. Cuillerée,—dans l'argot des voleurs.

LOUCHER (Faire). Donner envie; exciter la convoitise,

—dans l'argot du peuple, où l'on emploie souvent

cette expression ironique pour refuser quelque

chose.

LOUCHER DE LA JAMBE, v. n. Boîter.

 

Loucher de l'épaule. Être bossu.

Loucher de la bouche. Avoir le sourire faux.

 

LOUCHES, s. f. pl. Les mains,—dans l'argot des

voleurs, qui ne savent pas prendre franchement,

honnêtement, et en en demandant la permission.

LOUCHON, s. m. Individu affligé de strabisme,—dans

l'argot du peuple.

LOUFIAT, s. m. Voyou, homme crapuleux,—dans

l'argot des faubouriens.

LOUIS D'OR, s. m. Insurgé de Romilly,—dans l'argot

facétieux des faubouriens, qui entendent dire

depuis si longtemps et qui répètent eux-mêmes si

volontiers que marcher dedans c'est signe

d'argent.

 

On dit aussi Pièce de vingt francs.

 

LOUIS D'OR (N'être pas). Ne pouvoir plaire à tout le

monde, soit par son visage quand on est femme,

soit par son caractère quand on est homme, soit

par son talent quand on est artiste ou écrivain.

C'est une phrase souvent employée, de l'argot du peuple, qui sait que les Louis—XV ou non—seront toujours les bien-aimés, mais qui ignore les âpres joies des grands dédaigneux, jaloux de plaire seulement à un petit nombre d'amis ou de lecteurs de choix.

Odi profanum vulgus, et arceo.

 

LOUISETTE, s. f. Premier nom donné à la guillotine,

«en l'honneur» du docteur Louis, secrétaire

perpétuel de l'Académie de chirurgie et inventeur,

du moins importateur de cet instrument de mort.

 

On l'a appelée aussi Louison.

 

LOULOU, s. m. Petit chien-loup,—dans l'argot du

peuple.

LOULOU. Terme d'amitié, caresse de femme à amant

ou d'amant à maîtresse.

 

On dit aussi Gros loulou.

 

LOUP, s. m. Homme qui se plaît dans la solitude et

qui n'en sort que lorsqu'il ne peut pas faire

autrement. Argot du peuple.

 

Malgré le væ soli! de l'Ecriture et l'opinion de Diderot: «Il n'y a que le méchant qui vit seul,» les loups-hommes sont plus honorables que les hommes-moutons: la forêt vaut mieux que l'abattoir.

 

LOUP, s. m. Créancier,—dans l'argot des

typographes.

 

Faire un loup. Faire une dette,—et ne pas la payer.

 

LOUP, s. m. Absence de texte, solution de continuité

dans la copie. Même argot.

LOUP, s. m. Pièce manquée ou mal faite,—dans

l'argot des tailleurs.

On dit aussi Bête ou Loup qui peut marcher tout seul.

 

LOUP-CERVIER, s. m. Homme qui fait des affaires

d'argent; Boursier,—dans l'argot des gens de

lettres.

LOUPE, s. f. Paresse, flânerie,—dans l'argot des

ouvriers, qui ont emprunté ce mot à l'argot des

voleurs.

 

Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de savant, s'en est allé jusqu'en Hollande, et même plus loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie. «Loupeur, dit-il, vient du hollandais looper (coureur), loop (course), loopen (courir). L'allemand a laufer... le danois lœber...: enfin le suédois possède lopare... Tous ces mots doivent avoir pour racine l'anglo-saxon lleàpan (islandais llaupa), courir.»

L'ardeur philologique de l'estimable M. Francisque Michel l'a cette fois encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler: soit les pois lupins dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s'acquérant vraiment que dans le far niente et le far niente ne s'acquérant que dans la pauvreté;—soit les Lupanarii, où l'on ne fait rien de bon, du moins; soit les lupilli, qu'enployaient les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon (humulus lupulus) qui grimpe et s'étend au soleil comme un lézard; soit enfin et surtout, le loup classique (lupus), qui passe son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.

 

LOUPE (Camp de la), s. m. Réunion de vagabonds.

C'était une guinguette du boulevard extérieur,

alors près de la barrière des Amandiers. Cette

guinguette était flanquée, d'un côté par un

pâtissier nommé Laflème, et, de l'autre, par un

marchand de vin, nommé Feignant...

LOUPEL, s. m. Avare; homme tout à fait pauvre,—

dans l'argot des voleurs.

LOUPER, v. n. Flâner, vagabonder,—dans l'argot des

ouvriers.

LOUPEUR, s. m. Flâneur, vagabond, ouvrier qui se

dérange.

LOUPEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie qui,

n'aimant pas le travail honnête et doux de

l'atelier, préfère le rude et honteux travail de la

débauche.

LOUPIAT, s. m. Fainéant, Loupeur,—dans l'argot des

faubouriens.

LOUPION, s. m. Chapeau d'homme, rond. Même

argot.

LOURDE, s. f. Porte,—dans l'argot des voleurs.

LOURDIER, s. m. Portier.

LOUVETEAU, s. m. Fils d'affilié,—dans l'argot des

francs-maçons.

 

On dit aussi Louveton et Louftot.

 

LOUVRE, s. m. Maison quelconque en pierre de taille,

—dans l'argot des bourgeois, pour lesquels la

colonnade de Perrault est le nec plus ultra de l'art

architectonique.

 

Ils disent aussi Petit Louvre,—pour ne pas scandaliser dans leurs tombes François I er, Henri II et Charles IX.

 

LOVELACE, s. m. Libertin, grand séducteur,—dans

l'argot des bourgeois, qui éternisent ainsi le

souvenir du principal héros du roman de

Richardson (Clarisse Harlowe).

LUCARNE, s. f. Monocle,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Crever sa lucarne. Casser le verre de son lorgnon. LUCRÈCE, s. f. Femme chaste, en apparence du

moins,—dans l'argot du peuple, qui a entendu

parler de l'héroïsme de la femme de Collatin, et

qui n'y croit que sous bénéfice d'inventaire.

 

Faire la Lucrèce. Contrefaire la prude et l'honnête femme.

 

LUISANT, s. m. Soleil, ou Jour,—dans l'argot des

voleurs.

 

On dit aussi Luisard.

 

LUISANTE, s. f. La Lune.

 

On dit aussi Luisarde.

 

LUNCH, s. m. Collation légère entre le déjeuner et le

dîner—dans l'argot des gandins, qui répudient

ainsi notre ancien goûter.

 

Le mot et la mode sont anglais; seulement le lunch anglais a cet avantage sur le lunch parisien, qu'il est une réfection copieuse,—un troisième déjeuner ou un premier dîner,—destiné à ravitailler les estomacs épuisés par les luttes des hustings, quand il y a des élections.

 

LUNCHER, v. n. Manger des gâteaux arrosés de

bordeaux chez un pâtissier en renom.

LUNDICRATE, adj. et s. Feuilletonniste du lundi,—dans

l'argot des gens de lettres.

 

Ce mot appartient à M. Pierre Véron.

 

LUNE, s. f. Caprice; mauvaise humeur,—dans l'argot

du peuple.

 

Être dans ses lunes. Avoir un accès de mauvaise humeur, de misanthropie.

LUNE, s. f. Visage large, épanoui, rayonnant de

satisfaction et de santé.

 

On dit aussi Pleine lune.

 

LUNE, s. f. Le second visage que l'homme a à sa

disposition, et qu'il ne découvre jamais en public,

—à moins d'avoir toute honte bue.

 

On dit aussi Pleine lune.

 

LUNE A DOUZE QUARTIERS, s. f. Roue,—dans l'argot

des voleurs.

LUNETTE, s. f. Le cercle de la trulla,—dans l'argot du

peuple.

LUNETTES, s. f. pl. Les nates,—qui sont en effet de

petites lunes.

LUQUE, s. m. Faux certificat, faux passeport, loques

de papier,—dans l'argot des voleurs.

 

Porte-luque. Portefeuille.

Luque signifie aussi image, dessin.

 

LURELURE (A), loc. adv. Au hasard, sans dessein,

sans réflexion surtout,—dans l'argot du peuple.

LURON, s. m. Homme hardi, déluré.

 

Joyeux luron. Bon compagnon.

 

LUSQUIN, s. m. Charbon,—dans l'argot des voleurs.

 

Lusquine. Cendre.

 

LUSTRE, s. m. La claque,—dans l'argot des coulisses.

 

Chevaliers du lustre. Gens payés pour applaudir les pièces et les acteurs, qui se placent ordinairement au parterre au-dessous du lustre.

On dit aussi Romains.

 

LUSTRE, s. m. Juge,—dans l'argot des voleurs.

LUSTRER, v. a. et n. Juger.

LUSTUCRU, s. m. Imbécile; évaporé, extravagant,—

dans l'argot du peuple.

LYCÉE, s. m. Prison,—dans l'argot des voleurs, qui y

font leurs humanités et parmi lesquels se trouve,

de temps en temps, un Aristote de la force de

Lacenaire qui leur enseigne sa Logique du

meurtre et sa Philosophie de la guillotine.

LYONNAISE, s. f. Soierie,—dans l'argot des

faubouriens, qui pratiquent volontiers l'hypallage

et la métonymie.

 

M

 

MAC, s. m. Apocope de Maquereau,—dans l'argot

des faubouriens.

MACACHE, adj. Mauvais, détestable,—dans l'argot

des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie.

 

On emploie ordinairement ce mot avec bono:

Macache-bono. Ce n'est pas bon, cela ne vaut rien.

Signifie aussi Zut!

 

MACADAM, s. m. Boue épaisse et jaune due à

l'ingénieur anglais Mac Adam.

MACADAM, s. f. Boisson sucrée qui ressemble un peu

comme couleur à la boue des boulevards

macadamisés.

MACADAMISER, v. a. Empierrer les voies publiques

d'après le système de Mac Adam.

MACAIRE, s. m. Escroc; agent d'affaires véreuses;

saltimbanque,—dans l'argot du peuple, qui a

conservé le souvenir du type créé par Frédérick-

Lemaître au théâtre et par Daumier au Charrivari.

 

On dit aussi Robert-Macaire.

 

MACARON, s. m. Huissier,—dans l'argot des voyous.

Traître,—dans l'argot des voleurs.

MACARONER, v. a. et n. Agir en traître.

MACCHABÉE, s. m. Cadavre,—dans l'argot du peuple,

qui fait allusion, sans s'en douter, aux sept

martyrs chrétiens.

 

Mauvais macchabée. Mort de dernière classe, ou individu trop gros et trop grand qu'on est forcé de tasser,—dans l'argot des employés des pompes funèbres.

 

MAC-FARLANE, s. m. Paletot sans manche,—dans

l'argot des gandins et des tailleurs.

MÂCHER DE HAUT, v. a. Manger sans appétit,—dans

l'argot des bourgeois.

MÂCHER LES MORCEAUX, v. a. Préparer un travail,

faire le plus difficile d'une besogne qu'un autre

achèvera. Argot du peuple.

MACHER LES MOTS, v. a. Choisir les expressions les

plus chastes, les moins blessantes.

 

Ne pas mâcher les mots à quelqu'un. Lui dire crûment ce qu'on a à lui dire.

 

MACHIN, s. m. Nom qu'on donne à une personne ou à

une chose sur laquelle on ne peut mettre une

étiquette exacte.

 

On dit aussi Chose.

MACHINE, s. f. Chose quelconque dont on ne peut

trouver le nom,—dans l'argot des bourgeois, qui

ne connaissent pas exactement la propriété des

termes. Ainsi il n'est pas rare d'entendre l'un

d'eux dire à un artiste, en parlant de son tableau:

«Votre petite machine est très jolie.»

 

Grande machine. Grande toile ou statue de grande dimension.

 

MÂCHOIRE, s. f. Imbécile,—dans l'argot du peuple, qui

sait avec quelle arme Samson assomma tant de

Philistins.

 

Signifie aussi: Suranné, Classique,—dans l'argot des romantiques,—ainsi que cela résulte d'un passage des Jeune France de Théophile Gautier, qu'il faut citer pour l'édification des races futures: «L'on arrivait par la filière d'épithètes qui suivent: ci-devant, faux toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l'épithète la plus infamante, académicien et membre de l'Institut.»

 

MACHICOT, s. m. Mauvais joueur,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Ils disent aussi Mâchoire.

 

MACHONNER, v. n. Parler à voix basse; murmurer,

maugréer.

MACHURER, v. a. Barbouiller, noircir.

MAÇON DE PRATIQUE, s. m. Ouvrier en bâtiment,—

dans l'argot des francs-maçons.

MAÇON DE THÉORIE, s. m. Franc-maçon.

MADAME, s. f. Dame,—dans l'argot des petites filles.

 

Jouer à la Madame. Contrefaire les mines, les allures des grandes personnes.

MADAME. Nom que les filles de maison donnent à leur

maîtresse,—à l'abbesse.

MADAME LA RESSOURCE, s. f. Marchande à la toilette;

revendeuse.

MADAME TIREMONDE, s. f. Sage-femme,—dans

l'argot des faubouriens.

 

Les voyous disent Madame Tirepousse.

Au e XVI siècle, on disait Madame du guichet et Portière du petit guichet.

 

MADEMOISELLE MANETTE, s. f. Malle.

MADRICE, s. f. Finesse, habileté, madrerie,—dans

l'argot des voleurs.

MADRIN, adj. et s. Habile, fin, madré.

MAFFLU, adj. et s. Qui a une face large, épanouie,—

dans l'argot du peuple.

 

Grosse mafflue. Grosse commère.

On dit aussi grasse maffrée et grosse mafflée.

 

MAGNEUSE, s. f. «Femme qui se déprave avec des

individus de son sexe,» dit M. Francisque Michel,

qui va bien loin chercher l'étymologie de ce mot,

—dans lequel il veut voir une allusion

malveillante à une communauté religieuse, tandis

qu'il l'a sous la main, cette étymologie.

MAGOT, s. m. Economies, argent caché,—dans

l'argot du peuple.

 

Manger son magot. Dépenser l'argent amassé.

 

MAGOT, s. m. Homme laid comme un singe ou

grotesque comme une figurine chinoise en pierre

ollaire.

MAIGRE COMME UN CENT DE CLOUS, adj. Extrêmement

maigre.

 

On dit aussi Maigre comme un coucou, et Maigre comme un hareng-sauret.

 

MAIGRE (Du)! interj. Silence!—dans l'argot des

voleurs.

MAINS DE BEURRE, s. f. pl. Mains maladroites, qui

laissent glisser ce qu'elles tiennent. Argot du

peuple.

MAISON DE SOCIÉTÉ, s. f. Abbaye des S'offre-à-tous,

—dans l'argot des bourgeois.

MAISON DE MOLIÈRE (La). Le Théâtre-Français,—

dans l'argot des sociétaires de ce théâtre, qui n'y

exercent pas précisément l'hospitalité à la façon

écossaise.

 

Sous le premier Empire c'était le Temple du goût, et, sous la Restauration, le Temple de Thalie.

 

MAISONNÉE, s. f. Les personnes, grandes et petites,

qui composent une famille,—dans l'argot du

peuple.

MAÎTRESSE DE PIANO, s. f. Dame d'âge ou laide qui

vient chaque matin chez les petites dames leur

faire les cors, ou les cartes, ou leur

correspondance amoureuse. Argot de Breda-

Street.

MAJOR, s. m. Chirurgien,—dans l'argot des soldats.

MAJOR DE TABLE D'HÔTE, s. m. Escroc à moustaches

grises et même blanches, à cheveux ras, à

redingote boutonnée, à col carcan, à linge

douteux, qui sert de protecteur aux tripots de la

banlieue.

MALADE, adj. et s. Prisonnier,—dans l'argot des

voleurs, qui ont perdu la santé de l'âme.

 

Être malade. Être compromis.

 

MALADE DU POUCE, adj. Paresseux,—dans l'argot du

peuple.

 

On dit aussi Avoir le pouce démis pour son argent.

 

MALADE DU POUCE, adj. Avare, homme qui n'aime pas

à compter de l'argent,—aux autres. Argot des

faubouriens.

MALADIE, s. f. Emprisonnement. Argot des voleurs.

MAL-A-GAUCHE, s. et adj. Maladroit,—dans l'argot

facétieux et calembourique des faubouriens.

MALANDREUX, s. et adj. Infirme; malade; mal à son

aise,—dans l'argot du peuple.

 

On disait autrefois Landreux.

 

MAL BLANCHI, s. et adj. Nègre,—dans l'argot des

faubouriens.

MALECHANCE, s. f. Fatalité, mauvaise chance,—dans

l'argot du peuple.

MAL CHOISI, s. m. Académicien,—dans l'argot des

faubouriens, qui ont parfois raison.

MALDINE, s. f. Pension bourgeoise,—dans l'argot des

voyous.

MAL-DONNE, s. f. Fausse distribution de cartes.—

dans l'argot des joueurs.

MALE, s. m. Homme,—dans l'argot des

faubouriennes, qui préfèrent les charretiers aux

gandins.

Beau mâle. Homme robuste, plein de santé.

Vilain mâle. Homme d'une apparence maladive, ou de petite taille.

Signifie aussi Mari.

MAL EMBOUCHÉ, adj. et s. Insolent, grossier,—dans

l'argot du peuple.

MAL FICELÉ, s. m. Garde national de la banlieue,—

dans l'argot des faubouriens.

MALFRAT, s. m. Vaurien, homme qui mal fait, ou

gamin qui mal fera,—dans l'argot des paysans de

la banlieue de Paris.

 

M. Francisque Michel donne Malvas, en prenant soin d'ajouter que ce mot est «provençal» et qu'il est populaire à Bordeaux. M. F. Michel a beaucoup plus vécu avec les livres qu'avec les hommes. D'ailleurs, les livres aussi me donnent raison, puisque je lis dans l'un d'eux que le peuple parisien disait jadis un Malfé (malefactus) à propos d'un malfaiteur, et donnait le même nom au Diable.

 

MALINGRER, v. n. Souffrir,—dans l'argot des voleurs.

MALINGREUX, s. et adj. Souffreteux,—dans l'argot du

peuple.

MALITORNE, s. f. Femme disgracieuse, laide, mal

faite,—malè tornata.

MALTAIS, s. m. Cabaretier,—dans l'argot des troupiers

qui ont été en Algérie.

MALTAISE, s. f. Pièce de vingt francs,—dans l'argot

des voleurs.

MALTOUZE, s. f. Contrebande,—dans l'argot des

voleurs, les maltôtiers modernes (malle tollere,

enlever injustement).

 

Pastiquer la maltouze, Faire la contrebande.

 

MALTOUZIER, s. m. Contrebandier.

MANCHE, s. f. Partie,—dans l'argot des joueurs.

 

Manche à (sous-entendu: Manche), Se dit quand chacun des joueurs a gagné une partie et qu'il reste à faire la belle. MANCHE, s. f. Quête; aumône,—dans l'argot des

saltimbanques.

 

Faire la manche. Quêter, mendier.

 

MANCHE (Avoir dans sa). Disposer de quelqu'un

comme de soi-même,—dans l'argot du peuple.

MANCHON, s. m. Chevelure absalonienne,—dans

l'argot des faubouriens.

 

Avoir des vers dans son manchon. Avoir çà et là des places chauves sur la tête.

 

MANCHOT, s. m. Homme maladroit comme s'il avait

un bras de moins.

 

N'être pas manchot. Être très adroit,—au propre et au figuré.

 

MANDARIN, s. m. Personnage imaginaire qui sert de

tête de Turc à tous les criminels timides,—dans

l'argot des gens de lettres.

 

Il a été inventé par Jean-Jacques Rousseau ou par Diderot comme cas de conscience. Vous êtes assis tranquillement dans votre fauteuil, au coin de votre feu, à Paris, cherchant sans les trouver, les moyens de devenir aussi riche que M. de Rothschild et aussi heureux qu'un roi, parce que vous supposez avec raison que l'argent fait le bonheur, attendu que vous avez une maîtresse très belle, qui a chaque jour de nouveaux caprices ruineux, et que vous seriez très heureux de la voir heureuse en satisfaisant tous ses caprices à coups de billets de banque. Eh bien, il y a, à deux mille lieues de vous, un mandarin, un homme que vous ne connaissez pas, qui est plus riche que M. de Rothschild: sans bouger, sans même faire un geste, rien qu'avec la Volonté, vous pouvez tuer cet homme et devenir son héritier, sans qu'on sache jamais que vous êtes son meurtrier.

Voilà le cas de conscience que beaucoup de gens ont résolu en chargeant Volonté à mitraille, sans pour cela en être plus riches, mais non sans en être moins déshonorés. Je ne devais pas oublier de le signaler dans ce Dictionnaire, qui est aussi bien une histoire des idées modernes que des mots contemporains. D'ailleurs, il a passé dans la littérature et dans la conversation, puisqu'on dit Tuer le mandarin. A ce titre déjà, je lui devais une mention honorable.

 

MANDIBULES, s. f. pl. Le bas du visage,—dans l'argot

du peuple.

 

Jouer des mandibules. Manger.

On dit aussi Jouer des badigoinces.

 

MANDOLE, s. f. Soufflet,—dans l'argot des marbriers

de cimetière.

 

Jeter une mandole. Donner un soufflet.

 

MANDOLET, s. m. Pistolet,—dans l'argot des voleurs.

MANDRIN, s. m. Bandit, homme capable de tout, à

quelque rang de la société qu'il appartienne, sur

quelque échelon qu'il se soit posé.

 

Cette expression—de l'argot du peuple—est dans la circulation depuis longtemps.

On dit aussi Cartouche,—ces deux coquins faisant la paire.

 

MANGEAILLE, s. f. Nourriture.

MANGEOIRE, s. f. Restaurant, cabaret,—dans l'argot

des faubouriens.

MANGER, v. a. Subir, avoir, faire,—dans l'argot du

peuple.

 

Manger de la misère. Être besogneux, misérable.

Manger de la prison. Être prisonnier.

Manger de la guerre. Assister à une bataille.

 

MANGER DANS LA MAIN, v. n. Prendre des familiarités

excessives, abuser des bontés de quelqu'un.

MANGER DE CE PAIN-LÀ (Ne pas). Se refuser à faire

une chose que l'on croit malhonnête, malgré le

profit qu'on en pourrait retirer; répugner à

certains métiers, comme ceux de domestique, de

souteneur, etc.

MANGER DE LA MERDE. Souffrir de toutes les misères

et de toutes les humiliations connues; en être

réduit comme l'escarbot, à se nourrir des

immondices trouvées sur la voie publique, des

détritus abandonnés là par les hommes et

dédaignés même des chiens.

 

Cette expression—de l'argot des faubouriens—est horrible, non parce qu'elle est triviale, mais parce qu'elle est vraie. Je l'ai entendue, cette phrase impure, sortir vingt fois de bouches honnêtes exaspérées par l'excès de la pauvreté. J'ai hésité d'abord à lui donner asile dans mon Dictionnaire, mais je n'hésite plus: il faut que tout ce qui se dit se sache.

 

MANGER DE LA VACHE ENRAGÉE, v. a. Pâtir beaucoup;

souffrir du froid, de la soif et de la faim; n'avoir ni

sou ni maille, ni feu ni lieu; vivre enfin dans la

misère en attendant la richesse, dans le chagrin

en attendant le bonheur.

 

Cette expression est de l'argot du peuple et de celui des bohèmes, qui en sont réduits beaucoup trop souvent, pour se nourrir, à se tailler des beefsteaks invraisemblables dans les flancs imaginaires de cette bête apocalyptique.

 

MANGER DES PISSENLITS PAR LA RACINE, v. a. Être

mort.

MANGER DU BŒUF, v. a. Être pauvre,—dans l'argot

des ouvriers, qui savent combien l'ordinaire finit

par être fade et misérable.

MANGER DU FROMAGE. Être mécontent; avoir de la

peine à se débarbouiller de ses soucis. On connaît l'épigramme faite en 1814 contre Cambacérès, duc de Parme:

 

«Le duc de Parme déménage;

Plus d'hôtel, plus de courtisan!

Monseigneur mange du fromage,

Mais ce n'est plus du parmesan...»

 

MANGER DU MÉRINOS, v. a. Jouer au billard,—dans

l'argot des habitués d'estaminet.

 

Ils disent aussi Manger du drap.

 

MANGER DU PAIN ROUGE, v. a. Vivre d'assassinats

impunis,—dans l'argot du peuple.

MANGER DU PAVÉ, v. a. Chercher de l'ouvrage et n'en

jamais trouver,—dans l'argot des coiffeurs.

Trimer,—dans l'argot du peuple.

MANGER DU SUCRE, v. a. Recevoir des

applaudissements,—dans l'argot des comédiens.

MANGER LA CHANDELLE (Ne pas). N'avoir rien contre

soi qu'on puisse reprocher,—dans l'argot du

peuple, qui emploie cette expression à propos

des gens qu'il ne connaît pas assez pour en

répondre. Ainsi quand il dit: C'est un bon enfant,

il ne mange pas la chandelle, cela signifie: Je

n'en sais ni bien ni mal, ce n'est ni mon ami ni

mon ennemi.

MANGER LA LAINE SUR LE DOS DE QUELQU'UN, v. a. Le

tromper, et même le voler, sans qu'il proteste ou

s'en aperçoive. Même argot.

MANGER LE BLANC DES YEUX (Se). Se dit de deux

personnes qui se regardent avec colère, comme

prêtes à se jeter l'une sur l'autre et à se dévorer.

MANGER LE BON DIEU, v. a. Communier,—dans

l'argot des faubouriens.

MANGER LE GIBIER, v. a. Ne rien exiger des hommes,

ou ne pas rapporter intégralement l'argent qu'ils

ont donné,—dans l'argot des souteneurs qui

disent cela à propos des filles, leurs maîtresses.

MANGER LE MORCEAU, v. a. Faire des révélations,

nommer ses complices,—dans l'argot des

voleurs.

 

On dit aussi Casser le morceau.

 

MANGER LE MORCEAU, v. a. Trahir un secret; ébruiter

trop tôt une affaire,—dans l'argot du peuple.

MANGER LE MOT D'ORDRE, v. a. Ne plus se le rappeler,

—dans l'argot des troupiers.

MANGER LE NEZ (Se). Se battre avec acharnement,—

dans l'argot des faubouriens, qui jouent parfois

des dents d'une manière cruelle.

 

Par bonheur, ils jouent plus souvent de la langue, et, dans leurs «engueulements»,—qui rappellent beaucoup ceux des héros d'Homère, —s'il leur arrive de dire, en manière de début: «Je vais te manger le nez!» ils se contentent de se moucher.

 

MANGER LE PAIN HARDI, v. a. Être domestique,—dans

l'argot du peuple, qui veut marquer que ces

sortes de gens mangent le pain de leurs maîtres,

sans se soucier autrement de le gagner.

MANGER LE POULET, v. a. Partager un bénéfice illicite,

—dans l'argot des ouvriers, qui disent cela à

propos des ententes trop cordiales qui existent

parfois entre les entrepreneurs et les architectes,

grands déjeuneurs.

MANGER LES SENS (Se). S'impatienter, se mettre en

colère,—dans l'argot des bourgeois.

MANGER SON BEEFSTEAK, v. a. Se taire,—dans l'argot

des faubouriens, qui ne devraient pourtant pas

ignorer qu'il y a des gens qui parlent la bouche

pleine.

MANGER SON PAIN BLANC LE PREMIER, v. a. De deux

choses faire d'abord la plus aisée; s'amuser

avant de travailler, au lieu de s'amuser après

avoir travaillé. Cette expression,—de l'argot du

peuple, signifie aussi: Se donner du bon temps

dans sa jeunesse et vivre misérablement dans sa

vieillesse.

MANGER SUR L'ORGUE, v. n. Dénoncer un complice

pour se sauver soi-même ou atténuer son propre

crime,—dans l'argot des voleurs.

 

On dit aussi Manger sur quelqu'un.

 

MANGER UNE SOUPE AUX HERBES. Coucher dans les

champs. Argot des faubouriens.

MANGER UN LAPIN, v. a. Enterrer un camarade,—dans

l'argot des typographes, qui, comme tous les

ouvriers, s'arrêtent volontiers chez le marchand

de vin en revenant du cimetière.

MANGEUR, s. m. Dissipateur, viveur,—dans l'argot du

peuple.

MANGEUR DE BLANC, s. m. Souteneur de filles,—dans

l'argot des faubouriens.

MANGEUR DE BON DIEU, s. m. Bigot, homme qui

hante plus volontiers l'église que le cabaret. Argot

du peuple.

MANGEUR DE CHOUCROUTE, s. m. Allemand.

MANGEUR DE GALETTE, s. m. Homme qui trahit ses

camarades pour de l'argent.

MANGEUR DE POMMES, s. m. Normand. MANGEUSE DE VIANDE CRUE, s. f. Fille publique.

 

L'expression est vieille: elle se trouve dans Restif de la Bretonne.

 

MANICLE, s. f. Se dit de toutes les choses gênantes,

embarrassantes, comme le sont en effet les

manicles des prisonniers.

 

Ce mot vient de manicæ, menottes. Les forçats, qui ne sont pas tenus de savoir le latin, donnent ce nom aux fers qu'ils traînent aux pieds; en outre, au lieu de l'employer au pluriel, comme l'exigerait l'étymologie, ils s'en servent au singulier: c'est ainsi que de la langue du bagne il est passé dans celle de l'atelier.

Frère de la manicle. Filou.

 

MANIÈRE, s. f. Façon de se conduire avec les

hommes,—dans l'argot des drôlesses habiles,

qui ont ainsi comme les grands artistes, leur

première, leur seconde, leur troisième manière.

Le cynisme en paroles et en actions peut être la

première manière d'une courtisane, et la pudicité,

voire l'honnêteté, sa troisième manière,—la plus

remarquable et la plus dangereuse.

MANIÈRES, s. f. pl. Embarras, importance exagérée;

mines impertinentes; simagrées,—dans l'argot

des faubouriens.

MANIGANCE, s. f. Intrigue, fourberie,—dans l'argot du

peuple.

MANIGANCER, v. a. Méditer une fourberie; préparer

une farce, un coup, une affaire.

MANIQUE, s. f. Métier; cuir dont les cordonniers se

couvrent la main.

 

Connaître la manique. Connaîtreà fond une affaire.

Sentir la manique. Sentir le cuir ou toute odeur d'atelier. MANIVELLE, s. f. Chose qui revient toujours

fastidieusement; travail monotone, ennuyeux.

 

C'est toujours la même manivelle. C'est toujours la même chanson.

 

MANNEAU, pron. pers. Moi,—dans l'argot des voleurs.

 

On dit aussi Mézingaud et Mézière.

 

MANNEQUIN, s. m Imbécile, homme de paille,—dans

l'argot du peuple.

MANNEQUIN, s. m. Voiture quelconque, et

spécialement Tapecul,—dans l'argot du peuple.

MANNEQUIN DU TRIMBALLEUR DES REFROIDIS, s. m.

Corbillard,—dans l'argot des voleurs.

MANNEZINGUE, s. m. Cabaret; marchand de vin,—

dans l'argot des faubouriens, qui n'emploient ce

mot que depuis une trentaine d'années.

 

On dit aussi Minzingouin et Mannezinguin.

Voilà un mot bien moderne, et cependant les renseignements qui le concernent sont plus difficiles à obtenir que s'il s'agissait d'un mot plus ancien. J'ai bien envie de hasarder ma petite étymologie: Mannsingen, homme chez lequel on chante, le vin étant le tire-bouchon de la gaieté que contient le cerveau humain.

 

MANNEZINGUEUR, s. m. Habitué de cabaret.

MANON, s. f. Gourgandine,—dans l'argot du peuple.

 

Signifie aussi Maîtresse,—dans l'argot des bourgeois.

 

MANQUE, (A la), adv. A gauche,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Signifie aussi Endommagé et Malade.

 

MANTEAU D'ARLEQUIN, s. m.

Draperie qui entoure le rideau d'avant-scène,—dans l'argot des coulisses.

«On l'a nommée ainsi, dit M. J. Duflot, parce que du temps de la Comédie italienne les rideaux de théâtre ne tombaient pas comme des rideaux d'alcôve en glissant sur des tringles; or, comme Arlequin, au dénoûment de la pièce, était toujours le dernier comédien qui saluait le public de sa batte, le rideau, qui se fermait sur lui, semblait lui faire un manteau.»

 

MAQUA, s. f. Entremetteuse,—dans l'argot du peuple,

qui emploie ce mot depuis quelques cents ans.

 

On a écrit e Maca au XVI siècle.

 

MAQUECÉE, s. f. Abbesse de l'abbaye des S'offre-à-

tous,—dans l'argot des voleurs.

MAQUEREAU, s. m. Souteneur de filles, ou plutôt

Soutenu de filles,—dans l'argot du peuple.

 

Il est regrettable que Francisque Michel n'ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d'autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l'étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n'en seraient pas réduits à la conjecturer.

Il y a longtemps qu'on emploie cette expression; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà; mais quel auteur, prosateur ou poète, l'a employée le premier et pourquoi l'a-t-il employée? Est-ce une corruption du mæchus d'Horace («homme qui vit avec les courtisanes,» mœcha, fille)? Est-ce le μαχρος [grec: machros] grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou (matou, mâle)? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu'ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d'ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord? Je l'ignore,—et c'est précisément pour cela que je voudrais le savoir; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des Etudes de philologie de Francisque Michel.

Au e XVIII siècle, on disait Croc de billard, et tout simplement Croc,—par aphérèse.

 

MAQUEREAUTAGE, s. m. Exploitation de la femme qui

exploite elle-même les hommes;

maquignonnage.

 

On prononce Macrotage.

 

MAQUEREAUTER, v. a. et n. Vivre aux dépens des

femmes qui ne vivant elles-mêmes qu'aux

dépens des hommes.

 

On prononce Macroter.

Maquereauter une affaire. Intriguer pour la faire réussir.

 

MAQUEREAUTIN. s. m. Apprenti débauché, jeune

maquereau.

 

On prononce Macrotin.

 

MAQUERELLAGE, s. m. Proxénétisme.

MAQUERELLE, s. f. Femme qui trafique des filles.

 

Au e XVIII siècle on disait Maqua.

 

MAQUI, s. f. Rouge, fard,—dans l'argot des voleurs.

 

C'est probablement une apocope du vieux mot Maquignonnage.

 

MAQUIGNON, s. m. Homme qui fait tous les métiers,

excepté celui d'honnête homme,—dans l'argot du

peuple.

MAQUIGNONNAGE, s m. Proxénétisme; tromperie sur

la qualité et la quantité d'une marchandise; abus

de confiance.

MAQUIGNONNER, v. a. Faire des affaires véreuses.

MAQUILLAGE, s. m. Application de blanc de céruse et

de rouge végétal sur le visage,—dans l'argot des

acteurs et des filles, qui ont besoin, les uns et les

autres, de tromper le public, qui, de son côté, ne

demande qu'à être trompé.

 

Blanc de céruse et rouge végétal,—je ne dis pas assez; et pendant que j'y suis, je vais en dire davantage afin d'apprendre à nos petits-neveux, friands de ces détails, comme nous de ceux qui concernent les courtisanes de l'Antiquité, quels sont les engins de maquillage des courtisanes modernes: Blanc de céruse ou blanc de baleine; rouge végétal ou rouge liquide; poudre d'iris et poudre de riz; cire vierge fondue et pommade de concombre; encre de Chine et crayon de nitrate,—sans compter les fausses nattes et les fausses dents. Le visage a des rides, il faut les boucher; l'âge et les veilles l'ont jauni, il faut le roser; la bouche est trop grande, il faut la rapetisser; les yeux sont trop petits, il faut les agrandir. O les miracles du maquillage!

 

MAQUILLÉE, s. f. Lorette, casinette, boule-rouge,

petite dame enfin,—dans l'argot des faubouriens.

MAQUILLER, v. a. Faire agir, machiner,—dans l'argot

des voleurs et des faubouriens.

 

Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie.

Maquiller les brèmes. Jouer aux cartes,—dans le même argot.

Signifie aussi Tricher à l'écarté.

Maquiller son truc. Faire sa manœuvre;

Maquiller une cambriolle. Dévaliser une chambre;

Maquiller un suage. Se charger d'un assassinat. Même argot.

 

MAQUILLER (Se), v. réfl. Se couvrir le visage de

carmin et de blanc,—dans l'argot des petites

dames, dont la beauté est l'unique gagne-pain, et

qui cherchent naturellement à dissimuler les MARCASSIN, s. m. Petit garçon malpropre et grognon,

outrages que les années—et la débauche—

peuvent y faire.

MAR, Désinence fort à la mode vers 1830,—comme

les Osages. On retranchait la dernière syllabe

des mots et on y substituait ces trois lettres qui

donnaient un «cachet» au langage des gens

d'esprit de ce temps-là. On disait Boulangemar

pour Boulanger, Epicemar pour Epicier, etc.

C'était une sorte de javanais mis à la portée de

tout le monde. Il en est resté malheureusement

quelques éclaboussures sur notre langue. (Lire

les Béotiens de Louis Desnoyers.)

MARAILLE, s. f. Le peuple, le monde,—dans l'argot

des voleurs.

MARAUDER, v. n. Raccrocher des pratiques en route,

—dans l'argot des cochers de voitures de place,

qui frustrent ainsi leur administration.

 

On dit aussi Aller à la maraude et Faire la maraude.

 

MARAUDEUR, s. m. Cocher en quête d'un

«bourgeois».

 

On dit aussi Hirondelle.

 

MARBRE, s. m. Table sur laquelle, dans les

imprimeries, les typographes posent les paquets

destinés à être mis en page.

 

Avoir un article sur le marbre. Avoir un article composé, sur le point de passer,—dans l'argot des typographes et des journalistes.

 

MARCANDIER, s. m. Marchand,—dans l'argot des

voleurs, qui emploient là une expression de la

vieille langue des honnêtes gens.

—dans l'argot du peuple.

MARCHAND D'EAU CHAUDE, s. m. Cafetier. MARCHAND DE CERISES, s. m. Mauvais cavalier.

MARCHAND DE FEMMES, s. m. Négociateur en

mariages.

MARCHAND DE SOMMEIL, s. m. Logeur en garni,—

dans l'argot des faubouriens.

MARCHAND DE SOUPE, s. m. Maître de pension,—

dans l'argot des écoliers.

MARCHAND D'HOMMES, s. m. Agent de remplacement

militaire,—dans l'argot du peuple.

MARCHE-A-TERRE, s. m. Fantassin,—dans l'argot de

la cavalerie.

MARCHE DE FLANC, s. f. Le sommeil, ou seulement le

repos,—dans l'argot des sous-officiers.

MARCHER, v. n. Être de la même opinion; consentir,—

dans l'argot des typographes.

MARCHER DEDANS. Rencontrer sous son pied un

insurgé de Romilly,—dans l'argot du peuple.

MARCHER AU PAS. Obéir, filer doux,—dans le même

argot.

 

Faire marcher quelqu'un au pas. Agir de rigueur envers lui.

On dit aussi: Mettre au pas.

 

MARCHER SUR LA CHRÉTIENTÉ, v. n. N'avoir pas de

souliers ou avoir des souliers usés,—dans le

même argot.

MARCHER SUR LE PIED, v. n. Chercher querelle à

quelqu'un,—une querelle d'Allemand; saisir le

moindre prétexte pour se fâcher,—dans l'argot

des bourgeois.

N'aimer pas qu'on vous marche sur le pied. Être très chatouilleux, très susceptible.

 

MARCHES DU PALAIS, s. f. pl. Rides du front,—dans

l'argot du peuple.

MARCHEUSE, s f. Rat d'une grande beauté que sa

mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue

le jour où elle n'a pu devenir ni premier, ni

deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où

elle a préféré l'état de coryphée à tout autre, par

la grande raison qu'après l'emploi de sa jeunesse

elle n'en pouvait pas prendre d'autres. C'est un

débris de la fille d'Opéra du e XVIII siècle.

MARCHEUSE, s. f. Femme en bonnet et en tablier

blanc, dont les fonctions «sont d'appeler les

passants à voix basse et de les engager à

monter dans la maison qu'elle représente».

MARCO, s. f. Petite dame,—dans l'argot des gens de

lettres, qui disent cela depuis la pièce de leurs

confrères Lambert Thiboust et Barrière, Les Filles

de marbre, dont l'héroïne principale s'appelle

Marco.

MARDI, S'IL FAIT CHAUD!

 

Les calendes grecques du peuple, qui y renvoie volontiers quand il veut se moquer ou se débarrasser d'un importun.

Ce mardi-là et le Dimanche après la grand'messe font partie de la fameuse Semaine des quatre jeudis.

 

MARGAUDER, v. n. Dénigrer quelqu'un; décrier une

chose. Argot des bourgeois.

 

Est-ce que ce verbe ne viendrait point de la jacasserie continuelle de la pie, dite margot, qui joue le rôle de commère parmi les oiseaux? Mais alors il faudrait écrire margoter, ou tout au moins margoder. MARGOT, s. f. Pie,—dans l'argot du peuple.

MARGOT, s. f. Fille ou femme qui a jeté son bonnet et

sa pudeur par-dessus les moulins.

 

On dit aussi Margoton.

 

MARGOT, s. f. Maîtresse, concubine,—dans l'argot

des bourgeois.

 

Vivre avec des margots. Vivre avec des filles; passer le meilleur de son temps à filer le plus imparfait amour aux pieds d'Omphales d'occasion, sans avoir l'excuse du fils d'Alcmène,—qui du moins était un hercule.

 

MARGOUILLIS, s. m. Gâchis,—dans l'argot du peuple,

qui emploie ce mot au propre et au figuré.

MARGOULETTE, s. f. La bouche, considérée comme

avaloir.

 

Rincer la margoulette à quelqu'un. Lui payer à boire.

 

MARGOULIN, s. m. Débitant,—dans l'argot des

commis voyageurs.

MARGUERITES, s. f. pl. Poils blancs de la barbe,—

dans l'argot du peuple, qui a parfois des images

aussi poétiques que justes.

 

Il dit aussi Marguerites de cimetière.

 

MARIAGE À LA DÉTREMPE, s. m. Union morganatique,

—dans l'argot des ouvriers.

 

«Nos bons amis nos ennemis» ont une expression de la même famille: Wife in water colours (femme à l'aquarelle, en détrempe), disent-ils à propos d'une concubine.

 

MARIANNE, s. f. La République,—dans l'argot des

démocrates avancés.

Avoir la Marianne dans l'œil.

Clignoter des yeux sous l'influence de l'ivresse.

 

MARIE-BON-BEC, s. f. Femme bavarde, «un peu trop

forte en gueule»,—dans l'argot du peuple.

MARIE-COUCHE-TOI-LÀ, s. f. Femme facile,—trop

facile.

MARIER JUSTINE. Précipiter un dénouement, arriver

vite au but,—dans l'argot des coulisses.

 

Cette expression date de la première représentation d'un vaudeville des Variétés, Thibaut et Justine, joué sous la direction de Brunet. La pièce gaie en commençant, avait, vers la fin, des longueurs. Le public s'impatiente, il est sur le point de siffler. L'auteur ne mariait Justine qu'à la dernière scène, encore bien éloignée. «Il faut marier Justine tout de suite», s'écria le régisseur, pour sauver la pièce. Et l'on cria des coulisses aux acteurs en scène: «Mariez Justine tout de suite!» Et l'on maria Justine, et la pièce fut sauvée,—et l'argot théâtral s'enrichit d'une expression.

 

MARIE-SALOPE, s. f. Femme de mauvaise vie.

MARIE-SALOPE, s. f. Bateau dragueur,—dans l'argot

des mariniers de la Seine.

MARI MALHEUREUX, s. m. «Le dernier de Paul de

Kock»,—dans l'argot pudibond des bourgeois.

MARIN D'EAU DOUCE, s. m. Canotier de la Seine,—

dans l'argot du peuple.

MARIOLLE, s. m. Homme adroit, rusé, plus habile que

délicat, et même un peu voleur,—dans l'argot des

souteneurs.

 

J'ai entendu cette phrase: «Tant qu'il y aura des pantes, les mariolles boulotteront.»

 

MARIOLLE, s. et adj. Malin, ingénieux, rusé,—dans

l'argot des faubouriens.

MARIONNETTE, s. f. Soldat,—dans l'argot des voleurs.

MARIONNETTES, s. f. pl. Partisans, mâles ou femelles,

d'une bastringueuse du nom de Maria, qui

florissait en l'an de grâce 1839 à la Grande-

Chaumière et à la Chartreuse, et à qui une autre

joueuse de flûte du nom de Clara disputait le

sceptre du cancan et le prix de chahutage.

 

Les partisans de cette dernière s'appelaient Clarinettes.

 

MARLOU, s. m. Souteneur de filles,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Pourquoi, à propos de ce mot tout moderne, Francisque Michel a-t-il éprouvé le besoin de recourir au Glossaire de Du Cange et de calomnier le respectable corps des marguilliers? Puisqu'il lui fallait absolument une étymologie, que ne l'a-t-il demandée plutôt à un Dictionnaire anglais! Mar (gâter) love (amour); les souteneurs, en effet, souillent le sentiment le plus divin en battant monnaie avec lui. Cette étymologie n'est peut-être pas très bonne, mais elle est au moins aussi vraisemblable que celle de Francisque Michel. Il y a aussi le vieux français marcou.

 

MARLOU, s. et adj. Malin, rusé, expert aux choses de

la vie.

MARLOUSERIE, s. f. Profession de Marlou.

 

Se dit aussi pour Habileté.

 

MARLOUSIER, s. m. Apprenti marlou.

MARMAILLE, s. f. Troupe, nichée d'enfants,—dans

l'argot du peuple.

 

On dit aussi Marmaillerie.

 

MARMITE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des

souteneurs, qui n'éprouvent aucune répugnance

à se faire nourrir par les filles.

Marmite de cuivre. Femme qui gagne—et rapporte beaucoup.

Marmite de fer. Femme qui rapporte un peu moins.

Marmite de terre. Femme qui ne rapporte pas assez, car elle ne rapporte rien.

 

MARMITEUX, s. et adj. Piteux, ennuyé, malade,—dans

l'argot du peuple.

MARMITON DE M. DOMANGE, s. m. Vidangeur,—dans

l'argot des faubouriens, qui ne se doutent guère

qu'ils ne font que répéter une expression du e XVI

siècle: «Marmiton de la gadouarde», lit-on dans

les Après-disnées du seigneur de Cholières.

 

Cela ne vaut pas, comme délicatesse ironique, le goldfinder des Anglais.

 

MARMONNER, v. a. Parler entre les dents d'un air

fâché; murmurer, gronder,—dans l'argot du

peuple.

 

On dit aussi Marmotter.

 

MARMOT, s. m. Enfant, et, par extension, Homme

chétif.

 

Croquer le marmot. Attendre en vain.

 

MARMOTTE, s. f. Boîte ou carton d'échantillons,—

dans l'argot des commis-voyageurs.

MARMOTTE, s. f. Madras que les femmes du peuple

se mettent sur la tête pour dormir.

MARMOTTIER, s. m. Savoyard,—dans l'argot des

faubouriens.

MARMOUSE, s. f. Barbe,—dans l'argot des voleurs.

MARMOUSER, v. n. Bruire, comme l'eau qui bout,—

dans l'argot du peuple.

MARMOUSET, s. m. Gamin, homme de mine chétive.

MARMOUSET, s. m. Pot-au-feu,—dans l'argot des

voleurs, par allusion au marmousement du

bouillon.

 

Le marmouset riffode. Le pot bout.

 

MARNER, v. a. Voler,—dans l'argot des revendeuses

du Temple.

MARNER, v. n. Travailler avec ardeur,—dans l'argot

des faubouriens.

MAROTTE, s. f. Caprice, entêtement, manie,—dans

l'argot des bourgeois.

MAROTTIER, s. m. Bimbelottier, camelotteur,—dans

l'argot des voleurs.

MARQUANT, s. m. Maître, chef,—dans le même argot.

MARQUE, s. f. Femme,—dans le même argot.

 

Marque de cé. Femme légitime d'un voleur.

Marque franche. Concubine.

 

MARQUÉ, s. m. Mois,—dans le même argot.

 

Quart de marqué. Semaine.

 

MARQUÉ (Être). S'être battu et avoir l'œil poché.

Argot des faubouriens.

MARQUÉ A LA FESSE, adj. et s. Homme méticuleux,

maniaque, ennuyeux,—dans l'argot des

typographes.

MARQUÉ AU B, adj. Borgne ou bossu, ou bigle, ou

boiteux, ou bavard,—dans l'argot du peuple.

MARQUER (Ne plus), v. n. Vieillir,—dans l'argot des

faubouriens.

MARQUER AVEC UNE FOURCHETTE, v. a. Exagérer le

compte d'un débiteur, en marquant 4 quand il a

dépensé 1,—ainsi qu'il arrive à beaucoup de

cafetiers, de restaurateurs, de tailleurs, pour se

rattraper sur une bonne paye, distraite, des

pertes qu'ils ont subies avec une mauvaise, plus

distraite encore.

MARQUER LE COUP, v. a. Trinquer,—dans l'argot des

ouvriers.

MARQUER LE COUP, v. a. Toucher légèrement son

adversaire,—dans l'argot des professeurs

d'escrime, boxe, etc.

MARQUER SON LINGE, v. a. Embrener sa chemise ou

sa culotte. Argot du peuple.

MARQUIS D'ARGENTCOURT, s. m. Homme qui rendrait

des points à Job, mais ne pourrait lui rendre que

cela,—n'ayant absolument rien autre.

 

On dit aussi Marquis de la bourse plate.

MARQUISE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des

faubouriens.

MARQUISE, s. f. Le saladier de vin blanc sucré des

bourgeois,—comme le saladier de vin blanc est

la marquise des ouvriers.

MARRAINE, s. f. Témoin femelle, dans l'argot des

voleurs.

MARRON, s. m. Rapport, procès-verbal des chefs de

ronde,—dans l'argot des soldats.

MARRON, s. m. Livre imprimé clandestinement,—

dans l'argot des typographes.

MARRON (Être). Être la victime de quelque chose,

être la dupe de quelqu'un,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Être servi ou paumé marron. Être pris sur le fait encore nanti des objets soustraits,—dans l'argot des voleurs.

Je ne crois pas qu'il faille, à propos de cette expression, remonter à Régnier, à La Fontaine et à Molière, et citer la fable de Bertrand et Raton, comme l'a fait Francisque Michel avec une vraisemblance plus apparente que réelle. Au premier abord, on songe à ces marrons que le singe fait tirer du feu par le chat, mais en y réfléchissant, on ne tarde pas à comprendre qu'il faut chercher ailleurs l'origine de cette expression. Le verbe marronner, que Francisque Michel ne cite pas, quoiqu'il soit fréquemment et depuis longtemps employé par le peuple, ce verbe est-il antérieur ou postérieur à celui qui nous occupe en ce moment? Voilà ce qu'il aurait fallu rechercher et dire, car s'il est antérieur, comme tout le fait supposer, nul doute qu'il ait donné naissance à Être marron. En outre, voilà longtemps, me semble-t-il, qu'on appelle nègre marron un nègre fugitif,—qu'on reprend toujours. Que le lecteur daigne conclure.

 

MARRONNER, v. a. Maugréer, être de mauvaise

humeur,—dans l'argot du peuple.

 

Faire marronner quelqu'un. Le faire attendre en murmurant et plus que la politesse et la raison ne le permettent.

Signifie aussi Faire enrager, taquiner.

MARRONNER UNE AFFAIRE, v. a. Manquer un vol par

maladresse,—dans l'argot des voleurs.

MARRON SCULPTÉ, s. m. Tête grotesque, personnage

ridicule,—dans l'argot du peuple, qui a fait

allusion à ces fantaisies découpées dans les

marrons d'Inde, à la mode il y a une vingtaine

d'années.

 

On dit aussi Pomme de canne.

 

MARSEILLAISE, s. f. Pipe courte, dont le fourneau est

à angle droit avec le tuyau.

MARSOUIN, s. m. Homme laid et mal fait; marin.

MARTYR, s. m. Le caporal,—dans l'argot des soldats,

qui ont constaté que ce simple gradé se donnait

plus de mal que les autres gradés ses supérieurs

et pour une paye moins haute.

MASQUE, s. f. Fille ou femme un peu coquine,—dans

l'argot du peuple, qui ne dit pas cela en trop

mauvaise part.

MASQUE, s. m. Vilaine figure, homme fort laid.

MASSACRE, s. m. Ouvrier qui travaille mal, qui gâte

l'ouvrage,—dans l'argot des bourgeois.

 

Signifie aussi Gaspillage de choses ou d'argent.

 

MASSE, s. f. Grande quantité de gens ou de choses,

—dans l'argot du peuple.

 

En masse. En grand nombre, en grande quantité.

 

MASSÉ, s. m. Coup de queue donné

perpendiculairement à une bille,—dans l'argot

des joueurs de billard.

MASSER, v. n. Travailler,—dans l'argot des ouvriers. MASSER, v. a. et n. Payer, donner l'argent de sa

masse. Argot des faubouriens.

MASSEUR, s. et adj. Homme laborieux.

MASTIC, s. m. Homme,—dans l'argot des canotiers.

MASTIC, s. m. Sens interverti, lignes ou mots

déplacés dans le trajet de la galée au marbre, et

occasionnant par cela même une confusion où

souvent l'auteur a grand'peine à se reconnaître.

Argot des typographes.

MASTIC, s. m. Homme,—dans l'argot des voleurs.

MASTIC, s. m. Le pain ou la viande,—dans l'argot des

francs-maçons.

MASTIQUER, v. n. Manger,—dans l'argot du peuple en

général, et en particulier des francs-maçons, qui

se livrent à la mastication comme de simples

profanes.

MASTOC, s. et adj. Homme gras, gros, épais, lourd,—

dans l'argot du peuple.

MASTROQUET, s. m. Marchand de vin,—dans l'argot

des faubouriens.

 

Ne serait-ce pas une corruption de mastoquet, homme mastoc, le marchand de vin étant ordinairement d'une forte corpulence?

 

MATADOR, s. m. Homme riche, de fait ou

d'apparence,—dans l'argot du peuple.

 

Faire le matador. Faire des embarras.

 

MATAGOT, s. m. Homme bizarre, original, amusant

par son esprit ou par sa laideur de singe.

MATASSIN, s. m. Personnage ridicule, en parole ou en

action,—dans l'argot des gens de lettres, qui se

souviennent de leur Molière.

MATELASSER (Se), v. réfl. Garnir le corsage de sa

robe d'assez de coton pour tromper les yeux—

des myopes.

MATELOT, s. m. Copain,—dans l'argot des ouvriers

qui ont servi dans l'infanterie de marine.

MATÉRIAUX, s. m. pl. Les aliments en général,—dans

l'argot des francs-maçons, pour qui manger c'est

travailler.

 

Ils disent aussi Parfums.

 

MATHURINS, s. m. pl. Dés à jouer,—dans l'argot des

voleurs.

 

Mathurins plats. Dominos.

 

MATIGNON, s. m. Messager,—dans le même argot.

MÂTIN, s. m. Homme rusé, expert en toutes sortes de

choses,—dans l'argot du peuple.

 

Mâtine,, s. f. Gaillarde qui n'a pas peur des hommes.

MÂTIN! Exclamation qui sert à marquer l'admiration la plus violente ou la douleur la plus vive.

On dit aussi Sacré mâtin.

 

MATOIS, s. m. Homme rusé, et même un peu fourbe.

 

On dit aussi fin matois, malgré le pléonasme.

 

MATOISE, s. f. Intrigante,—ou seulement Femme

habile à vendre sa marchandise.

 

On dit aussi Fine matoise.

 

MATOU, s. m. Homme aimant les femmes.

 

Bon matou. Libertin.

MATRAQUE, s. m. Bâton, canne,—dans l'argot des

faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.

 

Ils ont entendu des Arabes, s'essayant au français, dire: ma traque pour ma trique, et ils ont pris cela pour du sabir.

 

MAUVAIS COUCHEUR, s. m. Homme difficile à vivre.

MAUVAISE TROUPE, s. f. Garnement, vagabond,

fainéant,—dans l'argot du peuple.

 

Quelquefois la même expression est employée dans un sens amical, comme, par exemple, pour convier quelqu'un au départ: Allons, en route, mauvaise troupe! lui dit-on.

 

MAUVIETTE, s. et adj. Enfant, et même grande

personne d'un tempérament délicat, d'une

apparence chétive.

MAUVIETTE, s. f. Décoration à la boutonnière,—dans

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