Dictionnaire de la langue verte

Alfred Delvau · Chapitre 2 sur 4 · partie 16/20

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Dictionnaire de la langue verte

Dictionnaire de la Langue Verte

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.

sincérité.

PLEURNICHERIE, s. f. Plainte hypocrite, larmes de

crocodile.

PLEURNICHEUR, s. et adj. Homme qui pleure mal, qui

joue la douleur.

 

Pleurnicheuse. Femme qui tire son mouchoir à propos de rien.

 

PLEUTRE, s. m. Pauvre sire, homme méprisable.

 

S'emploie aussi adjectivement dans le même sens.

 

PLEUVOIR A VERSE. Aller mal, très mal,—en parlant

des choses ou des gens. Argot des faubouriens.

 

S'emploie surtout à la troisième personne de l'indicatif présent: Il pleut à verse.

 

PLEUVOIR COMME DU CHIEN, v. n. A verse.

 

Les Anglais ont à peu près la même expression: To rain cats and dogs (Pleuvoir des chiens et des chats), disent-ils. C'est l'équivalent de: Il tombe des hallebardes.

 

PLEUVOIR DES CHASSES, v. n. Pleurer. Argot des

faubouriens et des voleurs.

PLIER SES CHEMISES, v. n. Mourir,—dans l'argot du

peuple.

PLIS (Des)! Exclamation faubourienne de la même

famille que Des navets! du flan!

PLOMB, s. m. Gorge, gosier,—dans l'argot des

faubouriens.

 

L'expression est juste, surtout prise ironiquement, le plomb (pour Cuvette en plomb) étant habitué, comme la gorge, à recevoir des liquides de toutes sortes, et la gorge, comme le plomb, s'habituant parfois à renvoyer de mauvaises odeurs.

Jeter dans le plomb. Avaler.

PLOMB, s. m. Hydrogène sulfuré qui se dégage des

fosses d'aisances,—dans l'argot du peuple.

PLOMB, s. m. Sagette empoisonnée décochée par le

«divin archerot.»

PLOMBE, s. f. Heure,—dans l'argot des voleurs.

 

Mèche. Demi-heure.

Méchillon. Quart d'heure.

 

PLOMBER, v. n. Exhaler une insupportable odeur,—

dans l'argot des faubouriens, qui se souviennent

des plombs du vieux Paris, plus funestes que

ceux de Venise.

 

Plomber de la gargoine. Fetidum halitum emittere.

 

PLOMBER, v. n. Donner à quelqu'un des raisons de se

plaindre du «divin archerot».

PLOMBER, v. n. Être lourd, pesant—comme du plomb.

PLONGEUR, adj. et s. Homme misérable, déguenillé,

—dans l'argot des voleurs. Celui qui lave la

vaisselle,—dans l'argot des cuisiniers.

PLOYANT, s. m. Portefeuille,—dans l'argot des

voleurs.

PLUME, s. f. Monseigneur,—dans le même argot.

PLUME DE BEAUCE, s. f. La paille,—dans le même

argot.

PLUMER UN HOMME, v. a. Le dépouiller au jeu de

l'amour ou du hasard.

PLUMET, s. m. Ivresse,—dans l'argot des ouvriers.

 

Avoir son plumet. Être gris.

On dit aussi Avoir son panache.

PLUS-FINE, s. f. Le stercus humain séché et pulvérisé.

 

L'expression est vieille—comme toutes les plaisanteries fécales.

«Et dit-on que de la plus fine

Son brun visage fut lavé?...»

(Cabinet satyrique.)

 

PLUS SOUVENT! Jamais! Terme de dénégation et de

refus. Argot du peuple.

PLUS SOUVENT, s. m. Sacrifice au Dieu Crépitus.

PPOCHARD, s. m. Homme qui a l'habitude de

s'enivrer.

 

Malgré tout mon respect pour l'autorité de la parole de mes devanciers et mon admiration pour leur ingéniosité, à propos de ce mot encore, je suis forcé de les prendre à partie et de leur chercher une querelle—non d'Allemand, mais de Français. L'un, fidèle à son habitude de sortir de Paris pour trouver l'acte de naissance d'une expression toute parisienne, prend le coche et s'en va en Normandie tout le long de la Seine, où il pêche un poisson dans les entrailles duquel il trouve, non pas un anneau d'or, mais l'origine du mot pochard: des frais de voyage et d'érudition bien mal employés! L'autre, qui brûle davantage, veut qu'un pochard soit un homme «qui en a plein son sac ou sa poche». Si cette étymologie n'est pas la bonne, elle a au moins le mérite de n'être pas tirée par les cheveux. Mais, jusqu'à preuve du contraire, je croirai que l'ivrogne ayant l'habitude de se battre, de se pocher, on a dû donner tout naturellement le nom de pochards aux ivrognes.

 

POCHARDER (Se), v. réfl. S'ivrogner, vivre

crapuleusement.

POCHARDERIE, s. f. Ivrognerie.

POCHE, s. f. Ivrognesse,—dans l'argot des

faubouriens, qui de cochon a déjà fait coche.

 

On dit aussi Poche, au masculin, à propos d'un ivrogne.

 

POCHE-ŒIL, s. m. Coup de poing appliqué sur l'œil,—

dans l'argot au peuple.

On dit aussi Pochon.

 

POCHER, v. a. Meurtrir, donner des coups.

 

Se pocher. Se battre, surtout à la suite d'une débauche de vin.

 

POÊLE A CHATAIGNES, s. f. Visage marqué de petite

vérole,—par allusion aux trous de la poêle dans

laquelle on fait rôtir les marrons.

POÉTRIAU, s. m. Mauvais poète, rapin du Parnasse.

 

Le mot est d'H. de Balzac, à qui il répugnait sans doute de dire poétereau,—comme tout le monde.

 

POGNE, s. f. Apocope de Poignet,—dans l'argot du

peuple.

 

Avoir de la poigne. Être très fort—et même un peu brutal.

 

POGNE-MAIN (A), ad. Lourdement, brutalement, à la

main pleine.

POGNON, s. m. Argent, monnaie qu'on remue à

poignée,—dans l'argot des faubouriens. POIGNARD, s. m. Retouche à un vêtement terminé,—

dans l'argot des tailleurs et des couturières.

POIGNARDER LE CIEL, v. a. Se dit—dans l'argot du

peuple—de tout ce qui se redresse: cheveux,

nez, col, pointe de cravate, etc., etc.

POIL, s. m. Paresse, envie de flâner,—dans le même

argot.

 

Avoir un poil dans la main, ou tout simplement le poil. N'avoir pas envie de travailler.

Nos pères disaient d'un homme fainéant: «Il est né avec un poil dans la main, et on a oublié de le lui couper.»

POIL, s. m. Réprimande, objurgation,—dans l'argot

des ouvriers paresseux.

POIL, s. m. Courage,—dans l'argot du peuple, qui,

sans croire, comme les Anciens, aux gens qui

naissent avec des poils sur le cœur (V. Pline,

Histoire naturelle), a raison de supposer que les

gens velus de corps sont plus portés à l'énergie

que ceux a corps glabre. D'où les deux

expressions: Avoir du poil, c'est-à-dire du

courage, et Être à poils, c'est-à-dire résolu.

POIL (Faire le). Surpasser, faire mieux ou plus vite,—

dans le même argot.

 

Signifie aussi: Jouer un tour. Supplanter.

Autrefois on disait Faire la barbe.

 

POILS (Être à). Être nu.

 

Monter à poils. Monter un cheval sans selle.

 

POINT, s. m. Pièce d'un franc,—dans l'argot des

marchands d'habits.

POINT DE CÔTÉ, s. m. Tiers gêneur,—celui qui, par

exemple, vous empêche, par sa présence, de

lever une femme ou de l'emmener après l'avoir

levée.

 

Signifie aussi Créancier.

 

POINT DE JUDAS, s. m. Le nombre treize,—dans

l'argot du peuple.

POINTE, s. f. Demi-ivresse,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Avoir sa pointe. Être gris.

Avoir une petite pointe. Avoir bu un verre de trop. POINT GAMMA. Epoque des examens de fin d'année,

—dans l'argot des Polytechniciens, pour qui c'est

le temps de l'équinoxe c'est-à-dire celui où le

travail de nuit est égal à celui du jour.

POINT M, s. m. Expression en usage à l'Ecole

polytechnique, et qui sert à indiquer la limite dans

laquelle on accepte, soit des faits, soit des idées.

Ainsi, quand un élève demande à un autre:

«Aimes-tu la tragédie?—Euh! répond l'autre, je

l'aime jusqu'au point M.»

POINT Q, s. m. Le derrière humain,—dans l'argot des

Polytechniciens.

POINTU, s. et adj. Homme qui ne plaisante pas

volontiers, désagréable à vivre,—dans l'argot du

peuple.

POINTU, s. m. Evêque,—dans l'argot des voyous.

POINTU, s. m. Clystère,—dans l'argot des bourgeois.

POIQUE, s. m. Auteur, faiseur de pièces ou de

romans. Argot des voleurs.

POISON, s. f. Femme désagréable, ou de mauvaises

mœurs,—dans l'argot du peuple, qui trouve cette

polio amère à boire et dure à avaler.

POISSARDE, s. f. Femme grossière,—dans l'argot des

bourgeoises, qui n'aiment pas les gens «un peu

trop forts en gueule».

POISSE, s. m. Voleur,—dans l'argot des voyous.

POISSER, v. a. Voler.

 

Poisser des philippes. Dérober des pièces de cinq francs.

 

POISSER (Se), v. réfl. S'enivrer,—dans l'argot des

faubouriens.

POISSON, s. m. Grand verre d'eau-de-vie, la moitié

d'un demi-setier,—dans l'argot du peuple.

Vieux mot certainement dérivé de pochon, petit pot, dont on a fait peu à peu poichon, posson, puis poisson.

 

POISSON, s. m. Entremetteur, souteneur, maquereau.

POISSON D'AVRIL, s. m. Mauvaise farce, attrape

presque toujours de mauvais goût, comme il est

encore de tradition d'en faire, chez le peuple le

plus spirituel de la terre, le 1er avril de chaque

année,—sans doute en commémoration de la

PASSION de Jésus-Christ.

POISSON FRAYEUR, s. m. Souteneur de filles,—dans

l'argot des marbriers de cimetière, qui ont

observé que ces sortes de gens frayaient

volontiers, eux pas fiers!

POITOU, adj. Point, non, nullement,—dans l'argot des

voleurs.

POITOU, s. m. Le public,—dans le même argot.

POITRINAIRE, adj. Femme qui a beaucoup de gorge.

Argot dupeuple.

POIVRE, s. m. Poisson de mer, parce que salé,—dans

le mêmeargot, parfois facétieux.

POIVRE, adj. Complètement ivre,—dans l'argot des

faubouriens, habitués à boire des vins frelatés et

des eaux-de-vie poivrées.

 

Être poivre. Être abominablement gris.

 

POIVRE ET SEL (Être). Avoir les cheveux moitié blancs

et moitié bruns,—dans l'argot du peuple.

 

Se dit aussi de la barbe.

 

POIVREMENT, s. m. Payement, compte,—dans l'argot

des voleurs.

POIVRER, v. a. Payer.

POIVRER, v. a. Charger une note, une addition,—dans

l'argot des consommateurs.

 

C'est poivré! C'est cher.

On dit de même: C'est salé.

 

POIVRER QUELQU'UN, v. a. Lui faire regretter

amèrement la découverte de l'Amérique par

Christophe Colomb et l'expédition de Naples par

Charles VIII. Argot du peuple.

POIVREUR, s. m. Payeur,—dans l'argot des voleurs.

POIVRIER, s. m. Ivrogne,—dans le même argot.

 

C'est aussi le nom qu'on donne aux voleurs qui dévalisent les ivrognes.

 

POIVRIÈRE, s. f. Fille ou femme galante punie par où

elle a péché et exposée à punir d'autres

personnes par la même occasion. Argot du

peuple.

 

«Va, poivrière de Saint-Côme,

Je me fiche de ton Jérôme.»

dit un poème de Vadé.

 

POIVROT, s. m. Ivrogne,—dans l'argot des

faubouriens.

POLICHINELLE, s. m. Homme amusant, excentrique,—

dans l'argot des bourgeois.

POLICHINELLE, s. m. Enfant,—dans l'argot des

faubouriens et des petites dames.

 

Avoir un polichinelle dans le tiroir. Être enceinte.

 

POLICHINELLE, s. m. L'hostie,—dans l'argot des

voyous.

Avaler le polichinelle. Communier; recevoir l'extrême-onction.

 

POLICHINELLE, s. m. Grand verre d'eau-de-vie,—dans

l'argot des chiffonniers, qui aiment à se payer une

bosse.

 

Agacer un polichinelle sur le zinc. Boire un verre d'eau-de-vie sur le comptoir du cabaretier.

 

POLI COMME UNE PORTE DE PRISON, adj. Brutal,—

dans l'argot ironique du peuple, qui sait avec quel

sans-façon les guichetiers vous rejettent la porte

au nez.

POLISSON, s. m. Gamin.

POLISSON, s. m. Impertinent,—dans l'argot des

bourgeois.

POLISSON, s. m. Libertin,—dans l'argot des

bourgeoises.

POLISSON, s. m. Amas de jupons pour avantager les

hanches.

 

Le mot est de madame de Genlis.

Aujourd'hui on dit mieux Tournure.

 

POLISSONNER, v. n. Faire le libertin,—dans l'argot des

bourgeois.

POLITESSE, s. f. Offre d'un verre de vin sur le

comptoir,—dans l'argot du peuple qui entend la

civilité à sa manière.

 

Une politesse en vaut une autre. Un canon doit succéder à un autre canon.

 

POLKA, s. m. Petit jeune homme qui suit trop

religieusement les modes, parce qu'en 1843-44,

époque de l'apparition de cette gigue anglaise

croisée de valse allemande, il était de bon goût

de s'habiller à la polka, de chanter à la polka, de

marcher à la polka, de dormir à la polka, etc. A

Paris, les ridicules poussent comme sur leur sol

naturel: ils ont pour fumier la bêtise.

POLKA, s. m. Photographie à deux personnages dans

un costume non autorisé par la Morale. Argot des

modèles.

POLKA (A la). Très bien, à la mode du jour.

POLKA, s. f. Correction, danse,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Faire danser la polka à quelqu'un. Le battre.

 

POLONAIS, s. m. Ivrogne, dans l'argot du peuple.

 

L'expression, quoique injurieuse pour une nation héroïque, mérite d'être conservée, d'abord parce qu'elle est passée dans le sang de la langue parisienne, qui s'en guérira difficilement; ensuite parce qu'elle est, à ce qu'il me semble, une date, une indication historique et topographique. Ne sort-elle pas, en effet, de l'ancienne rue d'Errancis,—depuis rue du Rocher,—au haut de laquelle était le fameux cabaret-guinguette dit de la Petite-Pologne, et ce cabaret n'avait-il pas été fondé vers l'époque du démembrement de la Pologne?

 

POLONAIS, s. m. Epouvantail dont on menace les

perturbateurs dans les maisons suspectes, mais

tolérées. Quand la dame du lieu, à bout de

prières, parle de faire descendre le Polonais, le

tapage s'apaise comme par enchantement. «Et le

plus souvent, dit l'auteur anonyme moderne

auquel j'emprunte cette expression, le Polonais

n'est autre qu'un pauvre diable sans feu ni lieu,

recueilli par charité et logé dans les combles de

la maison.»

POLYTECHNICIEN, s. m. Elève de l'Ecole

polytechnique,—dans l'argot des bourgeois.

POLYTECHNIQUE, s. m. Polytechnicien,—dans l'argot

du peuple.

POMAQUER, v. a. Perdre,—dans l'argot des voleurs.

 

Être pomaqué. Être arrêté.

 

POMMADER, v. a. Battre quelqu'un,—dans l'argot des

faubouriens, qui peignent ainsi les gens.

POMMADER, v. a. Amadouer, peloter.

POMMADER (Se). Se saoûler.

POMMADIN, s. m. Coiffeur. Signifie aussi ivrogne.

POMMADIN, s. m. Gandin, imbécile musqué,—dans

l'argot du peuple.

 

L'expression a été employée pour la première fois en littérature par M. Fortuné Calmels.

 

POMME, s. f. Tête,—dans l'argot des faubouriens.

 

Pomme de canne. Figure grotesque, physionomie bouffonne.

 

POMMÉ, - ÉE. Excessif, exorbitant, remarquable.

 

Bêtise pommée. Grande ou grosse bêtise.

C'est pommé! C'est réussi à souhait.

L'expression ne date pas d'aujourd'hui, puisque je trouve dans le Tempérament (1755):

«Admirez le pouvoir de ce Dieu fou pommé:

Je l'adore et je meurs si je ne suis aimé.»

 

POMME-A-VERS, s. m. Fromage de Hollande,—dans

l'argot des voleurs.

POMME D'ADAM, s. f. Le cartilage thyroïde,—que le

peuple regarde comme la marque de la pomme POMPADOUR, adj. Suranné, rococo,—dans l'argot des

que le premier homme mangea dans le Paradis à

l'instigation de la première femme, et dont un ou

deux quartiers lui restèrent dans la gorge.

POMMELER (Se), v. réfl. Grisonner.

POMMES (Aux)! Exclamation de l'argot des

faubouriens, qui l'emploient comme superlatif de

Bien, de Bon et de Beau.

 

On dit aussi Bath aux pommes! pour renchérir encore sur l'excellence d'une chose.

Cette expression est l'aïeule des petits ognons et autres petits oiseaux en circulation à Paris.

 

POMMIER, s. m. La gorge.

 

Pommiers en fleurs. Seins de jeune fille.

Pommier stérile. Poitrine maigre et plate.

C'est aux poètes poudrés du e XVIII siècle que nous devons cette expression faubourienne. Ils ont comparé les seins à des pommes, rappelant à ce propos, en les interprétant à leur façon, le Jugement de Pâris sur le mont Ida et la séduction d'Adam par Eve dans le Paradis terrestre. Il était tout naturel que les pommes ainsi semées par eux produisissent un pommier. Œuf implique forcément l'idée de poule.

gens de lettres.

 

Dans l'argot des artistes, c'est le synonyme de Prétentieux.

 

POMPADOUR, adj. Du dernier galant,—dans l'argot

des bourgeois.

POMPAGE, s. m. Action de boire, c'est-à-dire de se

griser,—dans l'argot du peuple.

POMPE, s. f. Retouche,—dans l'argot des tailleurs.

 

Petite pompe. Retouche des pantalons et des gilets.

Grande pompe. Retouche des habits et des redingotes.

 

POMPER, v. a. et n. Boire continuellement,—dans

l'argot du peuple.

 

C'est le to guzzle anglais.

 

POMPER. Travailler dur,—dans l'argot des

typographes.

POMPER LE GAZ, v. a. Être le jouet d'une mystification,

—dans l'argot des calicots, qui se plaisent à faire

monter tout nouveau sur le comptoir et à lui faire

manœuvrer des deux mains un mètre à coulisse,

la prétendue pompe à gaz.

POMPETTE, adj. Gris,—dans l'argot du peuple.

 

L'expression a des chevrons,car on la trouve dans la première édition du Grand Dictionnaire de Pierre Richelet.

 

POMPIER, s. m. Ivrogne,—dans l'argot des

faubouriens.

POMPIER, s. m. Mouchoir,—dans l'argot des voyous. POMPIER, s. m. Scie chantée à certaines fêtes de

l'Ecole polytechnique.

 

Pompier d'honneur. Scie musicale, spécialement chantée le jour des élections du bureau de bienfaisance de l'Ecole, au commencement du mois de mai.

 

POMPIER, s. m. Ouvrier chargé de faire les poignards,

—dans l'argot des tailleurs.

 

Pompière. Ouvrière qui a la même spécialité pour les petites pièces.

 

POMPON, s. m. Tête,—dans l'argot des faubouriens.

 

Dévisser le pompon à quelqu'un. Lui casser la tête d'un coup de poing ou d'un coup de pied.

C'est la même expression que Dévisser le trognon.

 

POMPON, s. m. Supériorité, mérite, primauté.

 

A moi le pompon! A moi la gloire d'avoir fait ce que les autres n'ont pu faire.

Avoir le pompon de la fidélité. Être le modèle des maris ou des femmes.

 

POMPONNER (Se), v. réfl. S'attifer, s'endimancher.

PONANT, s. m. Un des nombreux pseudonymes de

messire Luc,—dans l'argot du peuple.

 

Ce sont les marins qui ont imaginé le vent du ponant, poner signifiant vesser dans le vieux langage. «La vieille ponoit,» dit Rabelais.

 

PONANTE, s. f. Fille publique,—dans l'argot des

voleurs.

PONCIF, s. m. «Formule de style, de sentiment, d'idée

ou d'image, qui, fanée par l'abus, court les rues

avec un faux air hardi et coquet.»

L'expression, ainsi définie par Xavier Aubryet, est de l'argot des peintres et des gens de lettres.

Faire poncif. Travailler, peindre, écrire sans originalité.

 

PONDEUSE, adj. et s. Femme féconde,—dans l'argot

du peuple.

PONDRE SUR SES ŒUFS, v. n. S'enrichir encore, quand

on est déjà suffisamment riche.

PONDRE UN ŒUF, v. a. Déposer discrètement, le long

d'un mur ou d'une haie, le stercus humain,—dans

l'argot du peuple, ami de toutes les plaisanteries

qui roulent sur les environs du périnée.

 

On connaît cette anecdote: Une bonne femme était accroupie, gravement occupée à remplir le plus impérieux de tous les devoirs, car omnes cacant, etiam reges; passe le curé, elle le reconnaît, et, confuse, veut se relever pour lui faire sa révérence; mais le saint homme, l'en empêchant de la voix et de la main, lui dit en souriant: «Restez, ma mie, j'aime mieux voir la poule que l'œuf.»

 

PONIFLE, s. f. Fille publique,—dans l'argot des

voleurs.

 

Ils disent aussi Magnuce et Ponisse.

 

PONIFLE, s. f. Femme,—dans l'argot des voyous.

PONIFLER, v. a. Aimer.

PONSARDISER, v. a. Ennuyer les gens,—dans l'argot

des gens de lettres, qui ont gardé rancune à

l'auteur de Lucrèce et d'Agnès de Méranie.

PONT, s. m. Congé que s'accorde l'employé pour

joindre deux autres congés qui lui ont été

accordés par ses chefs ou par le calendrier.

 

Faire le pont. Ne pas venir au bureau le samedi ou le lundi, lorsqu'il y a fête ou congé le vendredi ou le mardi.

PONT D'AVIGNON, s. m. Fille publique,—dans l'argot

des gens de lettres.

PONTER, v. n. Payer,—dans l'argot des bohèmes.

PONTES POUR L'AF, s. f. pl. «Galerie des étouffoirs,

fripons réunis,»—dit Vidocq.

PONTEUR, s. m. Entreteneur, miché.

PONTIFE, s. m. Patron, maître,—dans l'argot des

cordonniers.

PONTONNIÈRE, s. f. Fille de mauvaises mœurs qui

exerce sous les ponts.

POPOTE, s. f. Cuisine,—dans l'argot des troupiers, qui

ont trouvé là une onomatopée heureuse: le

clapotement du bouillon dans le pot-au-feu, des

sauces dans les casseroles, etc.

 

Signifie aussi Table d'hôte.

 

POPOTE, adj. Médiocre,—dans l'argot des gens de

lettres et des artistes.

POPOTER, v. n. Faire sa cuisine.

POPULO, s. m. Le peuple,—dans l'argot des

bourgeois, qui disent cela avec le même dédain

que les Anglais the mob.

POPULO, s. m. Marmaille, grand nombre d'enfants,—

dans l'argot des ouvriers.

PORC-ÉPIC, s. m. Le Saint-Sacrement,—dans l'argot

des voleurs.

POREAU, s. m. Poireau,—dans l'argot du peuple, qui

parle beaucoup mieux que ceux qui se moquent

de lui, poreau venant d'allium porrum, comme

légume, ou de πορος [grec: poros], comme

excroissance verruqueuse de la main.

PORTANCHE, s. m. Portier,—dans l'argot des voleurs. PORTANT, s. m. Armature en bois qui forme l'entrée

des coulisses et sur laquelle se placent les

appliques.

PORTE-CHANCE, s. m. Le stercus humain,—dans

l'argot du peuple, chez qui il est de tradition,

depuis un temps immémorial, que marcher là

dedans est un signe d'argent et porte bonheur.

PORTEFEUILLE, s. m. Lit,—dans l'argot des

faubouriens, qui font allusion aux différentes

épaisseurs formées par les couvertures et les

draps.

 

S'insérer dans le portefeuille. Se coucher.

 

PORTE-LUQUE, s. m. Portefeuille,—dans l'argot des

voleurs.

 

Ils disent aussi Porte-mince.

 

PORTE-LYRE, s. m. Poète,—dans l'argot ironique des

gens de lettres.

PORTE-MAILLOT, s. m. Figurante,—dans l'argot des

coulisses.

PORTE-MANTEAU, s. m. Epaules,—dans l'argot des

faubouriens.

PORTE-PIPE, s. m. Bouche,—dans le même argot.

PORTER (En). Être trompé par sa femme,—dans

l'argot du peuple, qui fait allusion aux cornes dont

la tradition orne depuis si longtemps le front des

maris malheureux.

 

En faire porter. Tromper son mari.

 

PORTER A LA PEAU, v. n. Provoquer à l'un des sept

péchés capitaux,—dans l'argot de Breda-Street.

On dit aussi Pousser à la peau.

 

PORTER LA FOLLE ENCHÈRE, v. n. Payer pour les

autres,—dans l'argot des bourgeois.

PORTER LE BÉGUIN, v. a. Celui des deux époux,

nouvellement mariés, qui perd le premier les

couleurs de la santé,—dans l'argot du peuple, un

peu trop indiscret.

PORTER LE DEUIL DE SA BLANCHISSEUSE, v. n. Avoir

une chemise sale,—dans le même argot.

PORTER SA MALLE, v. a. Être bossu. Argot des

faubouriens.

 

On dit aussi Porter son paquet.

 

PORTER UNE CHOSE EN PARADIS (Ne pas). La payer

avant de mourir,—dans l'argot du peuple, qui dit

cela surtout à propos des mauvais tours qu'on lui

a joués et dont il compte bien tirer vengeance un

jour ou l'autre.

PORTÉ SUR SA BOUCHE (Être). Ne songer qu'à boire et

à manger plutôt qu'à travailler,—dans l'argot des

bourgeois.

 

Le peuple—sans connaître le gulæ parens d'Horace—dit: Être porté sur sa gueule.

 

PORTE-TRÈFLE, s. m. Pantalon,—dans l'argot des

voleurs.

PORTIER, s. m. Homme qui se plaît à médire,—dans

l'argot des artistes.

PORTRAIT, s. m. Visage,—dans l'argot du peuple.

 

Dégrader le portrait. Frapper au visage.

POSE, s. f. Affectation de sentiments qu'on n'a pas,—

vices ou vertus; étalage de choses qu'on ne

possède pas,—maîtresses ou châteaux.

Lacenaire a bien imaginé la pose au meurtre!

POSE, s. f. Tour,—dans l'argot du peuple qui a

emprunté ce mot aux joueurs de dominos qui

posent le leur à tour de rôle.

 

A moi la pose! dit parfois un ouvrier, qui vient de recevoir un coup de pied, en lançant un coup de poing à son adversaire.

 

POSER, v. n. Afficher des sentiments ou des vices

qu'on n'a pas; se vanter de succès et de

richesses imaginaires.

 

Signifie aussi Tirer avantage de qualités morales ou physiques qu'on a ou qu'on croit avoir.

Poser pour le torse. Passer pour un garçon bâti comme l'Antinoüs.

Poser pour la finesse. Se croire très fin, très malin.

 

POSER, v. a. Mettre en évidence.

 

Se poser. Faire parler de soi.

 

POSER (Faire). Faire attendre, mystifier, se moquer

des gens.

POSER UN GLUAU, v. a. Préparer une arrestation,

trouver un individu que l'on cherchait, savoir où il

loge et où il fréquente, pour n'avoir plus qu'à le

grappiner à la première occasion. Argot des

voyous et des voleurs.

 

Se faire poser un gluau. Se faire mettre en prison.

 

POSSÉDER SON EMBOUCHURE. Savoir bien jouer de la

parole,—cette flûte traversière. Argot des POTAGE AVEUGLE, s. m. Potage qui devrait être gras,

faubouriens.

POSTE-AUX-CHOUX, s. f. Le canot aux provisions,—

dans l'argot des marins.

P OSTÉRIEUR, s. m. Le derrière,—dans l'argot des

bourgeois.

POSTICHE, s. m. Histoire douteuse,—discours

ennuyeux, blague,—dans l'argot des

typographes.

POSTICHE, s. f. Rassemblement sur la voie publique,

—dans l'argot des voleurs.

POSTIGE, s. f. Travail sur les places publiques,—dans

l'argot des saltimbanques.

POSTILLON, s. m. La première dame mise en

circulation,—dans l'argot des joueurs de jacquet.

POSTILLON, s. m. Éclaboussure de salive ou de

nourriture que lancent en parlant les gens à qui il

manque des dents ou ceux qui ont la malhonnête

habitude de parler en mangeant.

 

«Ces postillons sont d'une maladresse!»

 

POSTILLONNER, v. n. Envoyer des postillons au nez

des gens,—qui n'aiment pas à voyager.

POT, s. m. Trou fait au pied d'un mur ou au pied d'un

arbre pour bloquer les billes. Argot des gamins.

POT, s. m. Cabriolet,—dans l'argot des voleurs.

 

Ils disent aussi Cuiller à pot et Potiron roulant.

 

POTACHE, s. m. Camarade ridicule et bête comme un

pot,—dans l'argot des lycéens. Voir dans un

autre sens Potasseur.

 

On dit aussi Pot-à-chien.

avoir des yeux de graisse, et qui est maigre.

Argot du peuple.

POTAGER, s. m. Prostibulum,—dans l'argot des

voyous, pour qui, sans doute, les femmes sont

vraiment les choux sous lesquels poussent les

enfants.

POTARD, s. m. Pharmacien,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Plus spécialement Pharmacien militaire.

 

POTASSER, v. n. S'impatienter, bouillir de colère ou

d'ennui,—dans le même argot.

POTASSER, v. n. Travailler beaucoup,—dans l'argot

des Saint-Cyriens et des lycéens.

POTASSEUR, s. m. Elève très bien coté à son cours et

très mal quant aux aptitudes militaires.

POT-AU-FEU, s. m. L'endroit le plus charnu du corps

humain,—dans l'argot des faubouriens, qui l'ont

pris depuis longtemps pour cible de leurs

plaisanteries et de leurs coups de pied.

POT-AU-FEU, s. et adj. Commun, vulgaire, bourgeois,

—dans l'argot des petites dames.

 

Être pot-au-feu. Être mesquin.

Devenir pot-au-feu. Se ranger épouser un imbécile ou un myope incapable de voir les taches de libertinage que certaines femmes ont sur leur vie.

 

POT-BOUILLASSER (Se). Se marier de la main gauche

ou de la main droite,—dans l'argot des troupiers.

POT-BOUILLE, s. f. Cuisine,—ou plutôt chose cuisinée.

Argot des ouvriers.

Au figuré, Faire sa petite pot-bouille. Arranger ses petites affaires dans l'intérêt de son propre bien-être.

 

POTENCE, s. f. Homme ou femme d'une grande

rouerie, qui ne vaut pas la corde qu'on achèterait

pour les pendre.

 

On dit aussi Roué comme une potence.

 

POTEAUX, s. m. pl. Jambes solides,—dans l'argot des

faubouriens.

 

On se souvient de la définition, par Gavarni, d'une danseuse maigre de partout, et ayant la réputation de ruiner ses amants: «Deux poteaux qui montrent la route de Clichy.»

 

POTET, s. et adj. Maniaque, radoteur, vieil imbécile.

 

On dit aussi Vieux potet,—même à un jeune homme.

Ne serait-ce pas une syncope d'empoté? ou une allusion à la vieille toupie qui sert de potet aux enfants?

 

POTIN, s. m. Bavardage de femmes, cancan de

portières,—dans l'argot du peuple, qui a

emprunté ce mot au patois normand.

 

Faire des potins. Cancaner.

Se faire du potin. Se faire du mauvais sang, s'impatienter à propos de médisance ou d'autre chose.

 

POTINER, v. n. Bavarder, faire des cancans, des

potins.

POU AFFAMÉ, s. m. Ambitieux à qui l'on a donné un

emploi lucratif et qui veut s'y enrichir en peu de

temps.

POUCE (Avoir du). Avoir de la vigueur; être fièrement

campé, crânement exécuté,—dans l'argot des POUFFIASBOURG, n. d. v. Asnières,—dans l'argot des

artistes.

POUDRE DE PERLINPINPIN, s. f. Remède sans

efficacité; graine d'attrape,—dans l'argot du

peuple.

POUDRE D'ESCAMPETTE, s. f. Fuite.

 

Prendre la poudre d'escampette. S'enfuir.

C'est ce qu'on appelait autrefois Faire escampativos.

 

POUDRE FAIBLE, s. f. Eau,—dans l'argot des francs-

maçons.

 

On disait autrefois Huile blanche.

Poudre forte. Vin.

On disait autrefois Huile rouge.

Poudre fulminante. Eau-de-vie.

Poudre noire. Café noir liquide.

 

POUDRER, v. a. et n. Se moquer,—dans l'argot des

gamins, qui font le geste bien connu par lequel ils

ont l'air de poudrer la tête de la personne dont ils

se moquent.

 

On dit aussi Poudrer à blanc.

 

POUF, s. m. Dette qu'on ne paye pas; crédit qu'on

demande et auquel on ne fait pas honneur. Argot

du peuple.

 

Signifie aussi Banqueroute.

Quoique pouf ait l'air de venir de puff, comme la malhonnêteté vient du mensonge, ce sont des mots d'une signification bien différente, et on aurait tort de les confondre.

faubouriens, qui savent que ce village est le

rendez-vous de la Haute-Bicherie parisienne.

 

On dit aussi plus élégamment: Gadoûville.

 

POUFFIASSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise fille.

POUFFIASSER, v. n. Mener une conduite déréglée—

quand on est femme. Fréquenter avec les

drôlesses—quand on est homme.

POUIC! Rien! non!—dans l'argot des voleurs.

POUILLARD, s. m. Dernier perdreau d'une couvée ou

dernier levraut d'une portée. Argot des

chasseurs.

POUILLEUX, adj. et s. Homme pauvre,—dans l'argot

méprisant des bourgeois.

 

Signifie aussi Econome—et même avare.

 

POULAILLER, s. m. Partie du théâtre la plus voisine du

plafond, ordinairement désignée sous le nom

d'Amphithéâtre. Argot du peuple.

POULAINTE, s. f. Vol par échange.

POULE LAITÉE, s. f. Homme sans énergie,—dans

l'argot du peuple.

 

Il dit aussi Poule mouillée.

 

POULES, s. f. pl. La population d'une abbaye des

S'offre-à-tous.

POULET, s. m. Billet doux, ou lettre raide,—dans

l'argot du peuple, qui se sert du même mot que

Shakespeare (capon).

POULET DE CARÊME, s. m. Hareng saur. Les gueux de Londres appellent le hareng saur Yarmouth capon (chapon de Yarmouth).

 

POULET D'HOSPICE, s. m. Homme maigre.

POULET D'INDE, s. m. Cheval.

POULET D'INDE, s. m. Imbécile, maladroit.

POULETTE, s.f. Grisette, femme légère qui se laisse

prendre au cocorico des séducteurs bien

accrêtés.

 

Lever une poulette. «Jeter le mouchoir» à une femme, dans un bal ou ailleurs.

 

POULEUR, s. m. Souscripteur de poules, parieur de

courses.

POUPARD, s. m. Affaire préparée de longue main,—

dans l'argot des voleurs.

POUPARD, s. m. Nourrisson bien portant,—dans

l'argot du peuple.

 

Gros poupard. Se dit d'un homme aux joues roses, sans barbe, ressemblant à un nourrisson de belle venue.

On dit aussi poupon.

On a dit autrefois poupin, comme en témoigne cette épigramme du seigneur des Accords:

 

«Estant popin et mignard,

Tu veus estre veu gaillard;

Mais un homme si popin

Sent proprement son badin.»

 

POUPÉE, s. f. Morceau de linge dont on enveloppe un

doigt blessé.

On dit aussi Cathau.

 

POUPÉE, s. f. Concubine,—dans l'argot du peuple, qui

sait que ces sortes de femmes se prennent et se

reprennent par les hommes comme les poupées

par les enfants.

 

C'est la mammet des ouvriers anglais.

On dit aussi,—quand il y a lieu: Poupée à ressorts.

 

POUPÉE, s. f. Soldat,—dans l'argot des voleurs.

POUPOUILLE, s. f. Cuisine, popote,—dans l'argot des

faubouriens.

POUPOULE, s. f. Chère amie,—dans l'argot des

bourgeois.

POUR, adv. Peut-être,—dans l'argot des voleurs.

POUR-COMPTE, s. m. Vêtement marqué dont le client

ne veut pas,—dans l'argot des tailleurs.

 

Armoire aux Pour-compte. C'est le carton aux ours chez les vaudevillistes.

 

POUR DE VRAI, adv. Véritablement, sérieusement,—

dans l'argot du peuple.

 

Femme pour de vrai. Femme légitime.

Ami pour de vrai. Ami sûr.

On dit aussi Pour de bon.

 

POURRI, adj. et s. Homme vénal, corrompu,

ambitieux, qui a laissé pénétrer dans sa

conscience le ver du scepticisme et dans son

cœur le taret de l'égoïsme.

POURRI DE CHIC, adj. A la dernière mode et de la

première élégance,—dans l'argot des gandins et POUSSÉE DE BATEAUX, s. f. Se dit ironiquement—dans

des petites dames.

POURRITURISME, s. m. Etat des esprits et des

consciences à Paris, ville où l'on s'effémine trop

facilement,—dans l'argot du caricaturiste Lorenz,

qui affectionne la désinence isme.

POUSSE, s. f. Les gendarmes,—dans l'argot des

voleurs.

POUSSE (Ce qui se), s. m. Argent, or ou monnaie,—

dans l'argot du peuple.

 

Substantif bizarre,—mais substantif. J'ai entendu dire: «Donne-moi donc de ce qui se pousse.»

 

POUSSE-AU-VICE, s. f. Cantharide, et généralement

tous les aphrodisiaques. Argot des voleurs.

POUSSE-CAFÉ, s. f. Petit verre d'eau-de-vie ou de

rhum pris après le café,—dans l'argot des

bourgeois.

POUSSE-CAILLOUX, s. m. Fantassin,—dans l'argot des

faubouriens.

POUSSE-CUL, s. m. Sergent de ville,—dans l'argot du

peuple, qui sait que ces agents de l'autorité ne

prennent pas toujours des mitaines pour faire

circuler la foule.

 

Les aïeux de celui-ci disaient, en parlant d'un des aïeux de celui-là: Chien courant du bourreau.

 

POUSSÉE, s. f. Bourrade; coups de coude dans la

foule.

 

Par extension: Reproches, réprimande.

 

POUSSÉE, s. f. Besogne pressée, surcroît de travail,

—dans l'argot des ouvriers.

l'argot du peuple—d'une chose vantée d'avance

et trouvée inférieure à sa réputation, ainsi que de

toute besogne ridicule et sans profit.

 

On dit mieux: Une belle poussée de bateaux!

 

POUSSE-MOULIN, s. f. Eau courante,—dans l'argot des

voleurs.

POUSSER, v. n. Surenchérir,—dans l'argot des

habitués de l'Hôtel des ventes.

POUSSER, v. a. et n. Parler,—dans l'argot des

faubouriens.

 

On dit aussi: Pousser son glaire.

 

POUSSER DE L'AIR (Se). S'en aller de quelque part.

 

On dit aussi: Se pousser un courant d'air.

 

POUSSER DU COL (Se), v. réfl. Être content de soi, et

manifester extérieurement sa satisfaction,—dans

l'argot des faubouriens, qui ont remarqué que les

gens fats remontaient volontiers le col de leur

chemise.

 

Une chanson populaire—moderne—consacre cette expression; je me reprocherais de ne pas la citer ici:

 

«Tiens! Paul s'est poussé du col!

Est-il fier, parc'qu'il promène

Sarah, dont la douce haleine

Fait tomber les mouch's au vol.»

 

Signifie aussi S'enfuir.

POUSSER LE BOIS, v. a. Jouer aux échecs ou aux

dames,—dans l'argot du peuple, qui a eu

l'honneur de prêter ce verbe au neveu de

Rameau.

POUSSER DANS LE BATTANT (Se). Boire ou manger,

mais surtout boire.

POUSSER LE BOUM DU CYGNE. Mourir,—dans l'argot

des faubouriens, qui disent cela à propos des

garçons de café et de leur fatigant boum! pas de

crème, messieurs?

POUSSER SA POINTE, v. ac. S'avancer dans une

affaire quelconque,—mais surtout dans une

entreprise amoureuse.

 

«Que de projets ma tête avorte tour à tour!

Poussons toujours ma pointe et celle de

l'amour.»

dit une comédie-parade du e XVIII siècle (le Rapatriage).

 

POUSSER SON ROND, v. a. Alvum deponere,—dans

l'argot des maçons.

POUSSER UN BATEAU, v. a. Avancer une chose fausse,

inventer une histoire, mentir. Argot des

faubouriens.

 

On dit aussi: Monter un bateau.

 

POUSSER UNE GAUSSE, v. a. Faire un mensonge,—

dans l'argot du peuple.

 

On dit aussi: Pousser une histoire.

 

POUSSIER, s. m. Monnaie,—dans l'argot des voleurs.

POUSSIER, s. m. Lit d'auberge ou d'hôtel garni de bas

étage,—dans l'argot des faubouriens.

POUSSIER DE MOTTE, s. m. Tabac à priser.

 

On dit aussi simplement Poussier.

 

POUSSIF, adj. Qui n'a plus de souffle, qui n'en peut

plus,—dans l'argot du peuple, qui, travaillant

comme un cheval, en a naturellement les

infirmités.

POUVOIR EXÉCUTIF, s. m. Enorme canne en spirale

que portaient les Incroyables sous le Directoire.

 

L'expression est encore employée de temps en temps.

 

POUVOIR VOIR QUELQU'UN EN PEINTURE (Ne). Le haïr;

le détester extrêmement,—dans l'argot des

bourgeois.

PRANDION, s. m. Repas copieux,—dans l'argot des

artistes, dont quelques-uns, je pense, savent que

cette expression est le mot latin (prandium)

francisé par quelque écrivain fantaisiste.

 

C'est un provincialisme, maintenant naturalisé parisien.

 

PRANDIONNER, v. n. Faire un repas plantureux.

PRAT, s. f. Fille de mauvaise vie,—dans l'argot du

peuple.

PRATICABLE, s. m. Partie de décors accessible aux

acteurs, montagnes, rochers, etc. Argot des

coulisses.

PRATIQUE, s. f. Petit instrument plat, composé de

deux lames d'ivoire jointes, à l'aide duquel les

saltimbanques imitent la voix stridente de

Polichinelle.

PRATIQUE, s. f. Libertin; homme d'une probité

douteuse; débiteur qui ne paye pas ses dettes;

soldat qui passe son temps à la salle de police,

etc. Quand un homme a dit d'un autre homme:

«C'est une pratique!» c'est qu'il n'a pas trouvé de

terme de mépris plus fort.

PRÉ, s. m. Bagne,—dans l'argot des voleurs.

 

On dit aussi le Grand pré.

Aller au pré. Être condamné aux travaux forcés.

On dit aussi: Aller faucher au pré.

 

PRÉ-CATELANIÈRE, s. f. Petite dame, drôlesse,

habituée de bals publics, du pré Catelan et de

Mabille. Hors d'usage.

PRÊCHI-PRÊCHA, s. m. Sermonneur ennuyeux,—dans

l'argot du peuple.

PRÉDESTINÉ, s. m. Galant homme qui a épousé une

femme trop galante.

PRÉFECTANCHE, s. f. Préfecture de police,—dans

l'argot des voyous.

PREMIÈRE, s. f. Manière elliptique de désigner la

première représentation d'une pièce de théâtre,

—dans l'argot des comédiens et des gens de

lettres.

PREMIÈRES, s. f. pl. Wagons de première classe.

 

On dit de même e e Secondes et Troisièmes , pour les voitures de 2 et de 3

classe.

 

PREMIER NUMÉRO, adj. Excellent, parfait, numéro un.

PREMIER-PARIS, s. m. Article de tête d'un journal

politique où l'on voit, d'après Alphonse Karr, «une

série de longues phrases, de grands mots qui,

semblables aux corps matériels, sont sonores à

proportion qu'ils sont creux».

PRENDRE AU SOUFFLEUR. Jouer son rôle le sachant

mal, en s'aidant du souffleur. Argot des coulisses.

 

On dit aussi: Prendre du souffleur.

 

PRENDRE DE BEC (Se), v. pron. Se dire des injures,—

dans l'argot des bourgeois.

PRENDRE DES MITAINES, v. a. Prendre des précautions

pour dire ou faire une chose,—dans l'argot du

peuple, qui emploie cette expression avec ironie.

 

On dit aussi: Prendre des gants.

 

PRENDRE DES TEMPS DE PARIS. Augmenter l'effet d'un

mot par une pantomime préalable,—dans l'argot

des comédiens de la banlieue et de la province.

PRENDRE LA TANGENTE. S'échapper de l'Ecole,—dans

l'argot des Polytechniciens.

PRENDRE LE COLLIER DE MISÈRE, v. a. Se mettre au

travail,—dans l'argot du peuple, qui prend et

reprend ce collier-là depuis longtemps.

 

Quitter le collier de misère. Avoir fini sa journée et sa besogne et s'en retourner chez soi.

 

PRENDRE SES INVALIDES, v. n. Se retirer du

commerce,—dans l'argot des bourgeois.

PRENDRE SES JAMBES A SON COU. Courir.

PRENDRE SON CAFÉ AUX DÉPENS DE QUELQU'UN. Se

moquer de lui par parole ou par action.

PRENDRE UN BILLET DE PARTERRE, v. a. Tomber sur le

dos,—dans l'argot facétieux du peuple.

PRENDRE UN PINÇON, v. a. Se laisser pincer le doigt

entre deux pierres ou deux battants.

PRÉSOMPTIF, s. m. Enfant—qui est toujours l'héritier

présomptif de quelqu'un.

PRESSE, s. f. Nécessité à faire ou dire une chose;

empressement.

 

Il n'y a pas de presse. Il n'est pas nécessaire de faire cela,—du moins pour le moment. Cela ne presse pas.

 

PRESSER A CARREAU FROID, v. a. Faire ce qu'un autre

ne pourrait pas faire,—dans l'argot des tailleurs,

qui savent qu'on ne peut venir à bout d'une pièce

qu'avec un carreau très chaud.

PRÊT, s. m. Paie,—dans l'argot des soldats.

PRÊTER CINQ SOUS A QUELQU'UN. Lui donner un

soufflet, c'est-à-dire les cinq doigts sur le visage,

—dans l'argot des faubouriens.

PRÊTER LOCHE. Prêter l'oreille, écouter,—dans l'argot

des voleurs.

PREU, s. et adj. Premier—dans l'argot des enfants et

des ouvriers.

PRÉVÔT, s. m. Chef de chambrée,—dans l'argot des

prisons.

PRIANTE, s. f. Eglise,—dans l'argot des voleurs.

PRINCE, s. m. Galeux,—dans l'argot facétieux et

elliptique des faubouriens. Ils disent Prince, mais

ils sous-entendent de Galles.

 

Princesse. Galeuse.

 

PRINCE DU SANG, s. m. Meurtrier,—dans l'argot

sinistrement facétieux du peuple.

PRINCE RUSSE, s. m. Entreteneur,—dans l'argot de

Breda-Street, où il semble que la générosité,

comme la lumière, vienne exclusivement du

Nord.

PRINCESSE DE L'ASPHALTE, s. f. Petite dame,—dans

l'argot des gens de lettres.

 

On dit aussi Princesse du trottoir.

 

PRISE, s. f. Mauvaise odeur respirée tout à coup,—

dans l'argot du peuple.

PRISE DE BEC, s. f. Engueulement.

PRISON DE SAINT-CRÉPIN (Être dans la). Être dans

des souliers trop étroits.

PRIX DOUX, s. m. Prix modéré,—dans l'argot des

bourgeois.

PRODUISANTE, s. f. La terre,—dans l'argot des

voleurs, reconnaissants envers la vieille Cybèle.

PROFANE, s. m. Étranger,—dans l'argot des francs-

maçons, qui ont leurs mystères comme autrefois

les païens, avec cette différence que la révélation

n'en est pas punie de mort et qu'on s'y occupe de

toute autre chose que des farces spéciales aux

mystères de la Bonne Déesse, ou à ceux d'Isis,

ou à ceux de Bacchus, ou à ceux de Mithra.

PROFOND, s. m. Fossé, trou,—dans l'argot des

paysans des environs de Paris.

PROFONDE, s. f. Poche de pantalon,—dans l'argot

des voyous et des voleurs.

PROFONDE, s. f. Cave,—dans l'argot des voyous.

PROMENER QUELQU'UN. Se moquer de lui,—dans

l'argot du peuple.

PROMONT, s. m. Procès,—dans l'argot des voleurs.

PROMONTOIRE NASAL, s. m. Le nez,—dans l'argot des

romantiques, qui avaient, eux aussi, l'horreur du PROPRE, adj. Antiphrase de l'argot du peuple, qui

mot propre, tout comme les classiques, leurs

ennemis.

 

Théophile Gautier a le premier employé cette expression, qu'emploient depuis longtemps les médecins zagorites: το μπουρνο [grec: to mpourno].

l'emploie au figuré.

 

Être propre: pour lui, est l'équivalent de: Être dans de beaux draps.

 

PROPRE-A-RIEN, s. m. Lâche canaille, misérable digne

de la roue,—dans l'argot du peuple, qui ne

connaît pas, après feignant, d'injure plus

sanglante à jeter à la tête d'un homme, fût-il le

plus honnête et le plus brave des hommes.

PROTE A TABLIER, s. m. Prote qui lève la lettre comme

les autres ouvriers,—dans l'argot des

typographes.

PROTECTEUR, s. m. Galant homme qui entretient une

femme galante.

 

On dit aussi Milord protecteur.

Les actrices disent Bienfaiteur.

 

PROTÉGER, v. a. Entretenir une femme.

PROUE, s. f. L'arrière du navire-homme,—dans l'argot

des marins.

 

Filer le cable de proue. Alvum deponere.

 

PROUTE, s. f. Plainte, gronderie,—dans l'argot des

voleurs.

PROUTER, v. n. Porter plainte, gronder.

PROUTER, v. a. et n. Appeler, héler,—dans l'argot du

peuple, qui crie souvent: Prout! prout!

 

Se dit aussi—dans le même argot—des sacrifices faits au dieu Crépitus. C'est une onomatopée.

 

PROUTEUR, s. et adj. Plaignant, grondeur. PROUTEUR, s. et adj. Qui fait de fréquents sacrifices

au dieu Crépitus.

PRUDHOMME, s. m. Imbécile solennel dont le type a

été inventé par Henry Monnier. On se rappelle et

l'on cite souvent en riant, dans la conversation,

cette phrase supercoquentieuse, digne du

bourgeois sur les lèvres duquel elle est éclose:

«Si cela peut faire votre bonheur, soyez-le.»

Soyez-le pour soyez heureux! L'ellipse est un

peu forte.

 

Un chroniqueur parisien, M. Jules Maillot, plus inconnu sous le nom de Jules Richard, s'est rendu coupable d'une phrase de la même famille: «Il ne faut pas traiter sérieusement les choses qui ne le sont pas,» a-t-il dit très sérieusement dans le Figaro du 7 décembre 1865.

 

PRUNE, s. f. Balle ou boulet,—dans l'argot des

soldats, qui ne se battent vraiment que pour des

prunes.

 

Le mot a des chevrons. Un jour, Sully, accourant pour prévenir Henri IV des manœuvres de l'ennemi, le trouve en train de secouer un beau prunier de damas blanc: «Pardieu! Sire! lui cria-t-il du plus loin qu'il l'aperçut, nous venons de voir passer des gens qui semblent avoir dessein de vous préparer une collection de bien autres prunes que celles-ci, et un peu plus dures à digérer.»

On dit aussi Pruneau.

Gober la prune. Recevoir une blessure mortelle.

 

PRUNE, s. f. Griserie,—dans l'argot du peuple, qui

emploie cette expression depuis la création de

rétablissement de la Mère Moreaux, c'est-à-dire

depuis 1798.

 

Avoir sa prune. Être saoul.

 

PRUNEAU, s. m. Chique de tabac,—dans l'argot des

faubouriens.

PRUNEAU, s. m. Alvi dejectio.

 

Poser un pruneau. Levare ventris onus.

 

PRUNEAUX, s. m. pl. Yeux.

 

Boucher ses pruneaux. Dormir.

 

PRUNE DE MONSIEUR, s. f. Archevêque,—dans l'argot

des voleurs, qui savent que ces prélats sont

habillés de violet.

PRUNES DE PROPHÉTIE, s. f. pl. Fumées d'un animal,

—dans l'argot des chasseurs.

PRUSSIEN, s. m. Un des trop nombreux pseudonymes

de Messire Luc,—dans l'argot des troupiers, dont

les pères ont eu sous la République et sous

l'Empire, de fréquentes occasions d'appliquer

leurs baïonnettes dans les reins des soldats

prussiens.

 

On connaît la chanson:

 

«Le général Kléber,

A la barrièr' d'Enfer,

Rencontra un Prussien

Qui lui montra le sien.»

 

C'est à tort qu'un étymologiste va chercher à ce mot, jusque chez les Zingaris, une étymologie—toute moderne.

 

PUANT, s. et adj. Fat,—dans l'argot du peuple, qui fait

peut-être allusion aux odeurs de musc et de

patchouli qu'exhalent les vêtements des

élégants.

PUCEAU, adj. et s. Naïf, innocent; peu dégourdi,—

plus sot qu'il ne convient.

PUCELAGE (Avoir encore son). Être un peu neuf dans

une affaire; n'avoir pas encore la rouerie

nécessaire dans un métier.

 

Les marchandes emploient la même expression pour dire qu'elles n'ont pas étrenné, qu'on ne leur a encore rien acheté de la journée.

 

PUCE TRAVAILLEUSE, s. f. Lesbienne,—dans l'argot

des faubouriens.

PUER AU NEZ, v. n. Déplaire, ennuyer,—dans l'argot

du peuple, qui dit cela à propos des choses et

des gens qui souvent puent le moins.

PUER BON, v. n. Sentir bon.

PUFF, s. m. Charlatanerie.

 

Vient du verbe anglais to puff, bouffer, boursoufler, faire mousser.

 

PUFFISTE, s. et adj. Charlatan, inventeur de

pommades impossibles, d'élixirs

invraisemblables; montreur de phénomènes

c'est-à-dire, par exemple, d'un cheval à toison de

brebis, d'un veau à deux têtes, d'une Malibran

noire, de frères spirites, etc.

 

Les Français vont assez bien dans cette voie; mais ils ne sont pas encore allés aussi loin que les Anglais, et surtout les Américains. parmi lesquels il faut citer M. Barnum, le prince de la blague (prince of humbug).

 

PUISSANT, adj. Gros, fort,—dans l'argot du peuple,

qui ne s'éloigne pas autant du sens latin (potens)

que seraient tentés de le croire les bourgeois

moqueurs.

PUITS DE SCIENCE, s. m. Homme profond par son

savoir—ou par ses apparences de savoir.

PUNAISE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs,

—dans l'argot des gens de lettres.

 

Encore une punaise dans le beurre! Encore une drôlesse qui du trottoir passe sur les planches d'un petit théâtre pour y faire des hommes plus respectables,—comme argent.

Cette expression sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à poudre (une pièce à poudre à Lazari!). la soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l'ouvre et recule en s'écriant: «Madame la marquise! encore une punaise dans le beurre!» L'auteur de la pièce, qui n'avait pas écrit cette phrase, fut très étonné; mais le public, habitué aux choses abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C'était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.

 

PUNAISE, s. f. Fleur de lit,—dans l'argot des voyous,

qui ne sont pas précisément légitimistes.

PUNAISE, s. f. Femme hargneuse, acariâtre, puante

de méchanceté,—dans l'argot du peuple, qui ne

se doute pas qu'il se sert là de l'expression

même employée par le prince des poètes latins:

Cimex, dit Horace.

PUNAISIÈRE, s. f. Café borgne, caboulot spécialement

hanté par des gigolettes et leurs gigolos.

PUNAISIN, adj. et s. Homme dont le corps ou les

vêtements sont nidoreux.

 

Tabourot a donné ce nom a une de ses victimes.

 

PUR, s. m. Homme sévère et injuste; Prudhomme

politique ou philosophique intraitable, qui n'admet

pour honnêtes que ceux qui partagent ses

opinions, pour philosophes que ceux qui avec

Strauss nient la divinité de Jésus, pour

républicains que ceux qui avec Alibaud ont un

peu tiré sur le Roi. Le type existe à côté des plus

nobles et des plus généreux, comme le

bouledogue à côté du caniche, comme le loup à

côté du lion. J'aurais regretté d'oublier ce mot et

ce type—modernes.

PURÉE, s. f. Cidre,—dans l'argot des voleurs.

PURÉE DE MARRONS, s. f. Meurtrissures du visage,—

dans l'argot des faubouriens.

 

Faire de la purée de marrons. Appliquer un vigoureux coup de poing en pleine figure.

 

PURGATION, s. f. Plaidoyer,—dans l'argot des voleurs.

PUR-SANG, s. m. Vin rouge naturel, sans addition

d'eau ni d'alcool,—dans l'argot des cabaretiers.

PUR-SANG, s. m. Cheval de race,—dans l'argot du

Jockey-Club.

PUR-SANG, s. f. Fille entretenue et qui mérite de l'être

à cause de sa beauté—et de ses vices. Argot des

viveurs.

PUT! Interj. qui sert à marquer, soit le doute, soit le

mépris,—plus souvent encore le mépris que le

doute.

PUTAIN, s. f. Femme qui vend l'amour—ou qui le

donne trop facilement. Argot du peuple.

 

L'expression est vieille, comme la légèreté du sexe féminin. Il n'est peut-être pas un seul poète français—un ancien—qui ne s'en soit servi.

Putain comme chausson. Extrêmement débauchée.

On dit aussi en parlant d'un Homme dont l'amitié est banale: C'est une putain.

Avoir la main putain. Donner des poignées de main à tout le monde, même à des inconnus.

 

PUTASSIER, s. et adj. Libertin.

PUTINER, v. n. Courir les gueuses. PUTINERIE, s. f. Libertinage,—en parlant des femmes.

Amitié banale,—en parlant des hommes.

PUTIPHARISER, v. a. Essayer de séduire un

jouvenceau,—dans l'argot de Breda-Street. Le

mot date de 1830 et de Pétrus Borel.

 

Champfleury, à qui l'on doit quelques néologismes malheureux, a écrit putipharder.

 

Q

 

QUAND IL FERA CHAUD, adv. Jamais,—dans l'argot du

peuple.

 

On dit aussi Quand les poules auront des dents.

 

QUANT A SOI, s. m. Réserve exagérée, fierté,

suffisance.

QUANTUM, s. m. Argent, somme quelconque, caisse.

QUART D'AGENT DE CHANGE, s. m. Personne

intéressée pour un quart dans une charge

d'agent de change. Argot des boursiers.

 

Il y a aussi des cinquièmes, des sixièmeset même des dixièmes d'agent de change.

 

QUART D'AUTEUR, s. m. Collaborateur pour un quart

dans une pièce de théâtre. Argot des coulisses.

QUART-D'ŒIL, s. m. Commissaire de police,—dans

l'argot des faubouriens.

 

Se dit aussi de l'habit noir de ce fonctionnaire.

 

QUARTIER, s. m. Logement de trois ou quatre pièces,

—dans l'argot des ouvriers qui ont été travailler

en Belgique.

QUASIMODO, s. m. Homme fort laid, plus que laid,

contrefait,—dans l'argot du peuple, qui a lu

Notre-Dame de Paris.

QUATORZIÈME ÉCREVISSE, s. f. Figurante,—dans

l'argot des coulisses.

 

L'expression est récente. Elle sort du théâtre des Folies-Marigny, aux Champs-Elysées, où l'on a joué je ne sais quelle revue-féerie où paraissaient beaucoup de femmes chargées de représenter, celles-ci des légumes, et celles-là des poissons,—crustacés ou non. Vous avez compris?

 

QUATRE-COINS, s. m. Mouchoir,—dans l'argot des

voleurs.

QUATRE SOUS. Etalon à l'aide duquel le peuple

apprécie la valeur des choses—qui n'en ont pas

pour lui.

 

Fichuou Foutu comme quatre sous. Mal habillé.

 

QUATRE-SOUS, s. m. Cigare de vingt centimes.

QUATRE-VINGT-DIX, s. m. Truc, secret du métier,—

dans l'argot des marchands forains.

 

Vendre le quatre-vingt-dix. Révéler le secret.

 

QUATRE-Z-YEUX, s. m. Homme qui porte des lunettes,

—dans l'argot du peuple.

QUATUOR, s. m. Le quatre,—dans l'argot des joueurs

de dominos.

QUELPOIQUE, adv.—Rien,—dans l'argot des voleurs.

QUELQUE PART, Adverbe de lieux,—dans l'argot des

bourgeois.

QUELQUE PART, adv. L'endroit du corps destiné à

recevoir des coups de pied,—dans l'argot du

peuple.

Avoir quelqu'un quelque part. En être importuné,—en avoir plein le dos.

 

QUELQU'UN, s. m. Personnage, homme d'importance

ou se donnant de l'importance.

 

Se croire un quelqu'un. S'imaginer qu'on a de la valeur, de l'importance.

Faire son quelqu'un. Prendre des airs suffisants. Faire ses embarras.

 

QUÉMANDER, v. a. et n. Mendier, au propre et au

figuré,—dans l'argot du peuple, qui pourtant n'a

pas lu les Aventures du baron de Fœneste.

QUÉMANDEUR, s. m. Mendiant.

QUENOTTES, s. f. pl. Dents,—dans l'argot des

enfants.

 

Ils les appellent aussi Louloutes.

 

QUENOTTIER, s. m. Dentiste,—dans l'argot des

faubouriens.

QUEUE, s. f. Infidélité faite à une femme par son

amant, ou à un homme par sa maîtresse Faire

une queue à sa femme. La tromper en faveur

d'une autre femme.

QUEUE, s. f. Escroquerie, farce de mauvais goût,

carotte. Argot des soldats.

 

Faire sa queue. Tromper.

 

QUEUE, s. f. Reliquat de compte,—dans l'argot des

débiteurs.

 

Faire une queue. Redevoir quelque chose sur une note, qui arrive ainsi à ne jamais être payée, parce que, de report en report, cette queue s'allonge, s'allonge, s'allonge, et finit par devenir elle-même une note formidable.

QUEUE DE POIREAU, s. f. Ruban de Saint-Maurice et

Lazare, lequel est vert. Argot des faubouriens.

QUEUE DE RAT, s. f. Bougie roulée en corde,—dans

l'argot des bourgeois.

QUEUE DE RAT, s. f. Tabatière en écorce d'arbre

s'ouvrant au moyen d'une longue et étroite

lanière.

QUEUE DE RENARD, s. f. Témoignages accusateurs

d'un dîner mal digéré. Argot du peuple.

QUEUE D'UN CHAT (Pas la). Solitude complète.

QUEUE-LEU-LEU (A la), adv. L'un après l'autre, en

s'entre-suivant comme les loups.

QUEUE ROUGE, s. f. Jocrisse, homme chargé des

rôles de niais,—dans l'argot des coulisses.

 

Signifie aussi Homme qui se fait le bouffon des autres, sans être payé par eux.

 

QUEUES, s. f. pl. Phrases soudées ensemble à la

queue-leu-leu,—dans l'argot des typographes,

dont c'est le javanais.

 

Un échantillon de ce systèmede coquesigruïtés, que l'on pourrait croire moderne et qui est plus que centenaire, sera peut-être plus clair que ma définition. Quelqu'un dit, à propos de quelque chose: «Je la trouve bonne.» Aussitôt un loustic ajoute d'enfant, puis un autre ticide, puis d'autres de Normandie,—t-on—taine—ton ton—mariné—en trompette— tition—au Sénat—eur de sanglier—par la patte—hologie—berne—en Suisse—esse—vous que je vois, etc., etc., etc. Lesquelles coquesigruïtés, prises isolément, donnent: Bonne d'enfant,—infanticide, —cidre de Normandie,—dit-on,—ton taine ton ton,—thon mariné,—nez en trompette,—pétition au Sénat,—hure de sanglier, etc.

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