Dictionnaire de la langue verte

Alfred Delvau · Chapitre 2 sur 4 · partie 9/20

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Dictionnaire de la langue verte

Dictionnaire de la Langue Verte

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.

... Vous êtes, ma mie, une fille suivante

Un peu trop forte en gueule et fort

impertinente.»

 

FORT-EN-MIE, s. m. Homme très gras,—dans l'argot

des faubouriens, qui prennent les os pour la

croûte du corps.

 

Les voyous anglais ont la même expression: Crummy.

 

FORT-EN-THÈME, s. m. Jeune homme qui obtient de

brillants succès au collège. Argot des gens de

lettres.

FORTIN, s. m. Poivre,—dans l'argot des voleurs.

FORTINIÈRE, s. f. Poivrière.

FORT POUR... (Être). Avoir du goût pour une chose;

avoir tendance à faire une chose. Argot des

bourgeois.

FORTUNE DU POT (A la), adv. Au hasard, au petit

bonheur,—perdrix aux choux ou choux sans

perdrix.

FOSSE AUX LIONS, s. f. Loge d'avant-scène, à l'Opéra,

où se tenaient, il y a une trentaine d'années, les

élégants du jour, les lions.

 

On disait aussi La loge infernale.

FOSSILE, s. m. Académicien,—dans l'argot des

Romantiques, qui prenaient Népomucène

Lemercier pour un Megatherium et Andrieux pour

un Ichthyosaurus.

FOUAILLER, v. n. Manquer d'énergie, de courage,—

dans l'argot du peuple.

FOUAILLER, v. n. Échapper, éclater, manquer,—en

parlant des choses.

 

Signifie aussi Faire faillite.

 

FOUAILLEUR, s. m. Homme irrésolu et même lâche.

FOUCADE, s. f. Lubie, envie subite, fougue d'un

moment, coup de tête.

 

Travailler par foucades. Irrégulièrement.

On prétend qu'il faut dire fougade, et même fougasse. Je le crois aussi, mais le peuple dit foucade,—comme l'écrivait Agrippa d'Aubigné.

 

FOUETTE-CUL, s. m. Magister, maître d'école.

FOUETTEUX DE CHATS, s. m. Homme-femme, sans

énergie sans virilité morale.

FOUILLE-AU-POT, s. m. Homme qui s'occupe plus qu'il

ne le devrait des soins du ménage, qui fait la

cuisine au lieu de la laisser faire par sa femme.

 

Signifie aussi: Marmiton, cuisinier.

 

FOUILLE-MERDE, s. m. L'escarbot.

 

Se dit aussi des gens qui «travaillent sur le tard», et surtout la nuit, comme les goldfinders.

 

FOUILLER (Se). Chercher inutilement,—dans l'argot

des faubouriens, qui n'emploient ce verbe que FOUR, s. m. Insuccès, chute complète,—dans l'argot

dans cette phrase:

 

Tu peux te fouiller. C'est-à-dire: Tout ce que tu diras et feras sera inutile.

 

FOUILLOUSE, s. f. Poche,—dans l'argot des voleurs.

 

Le mot est contemporain de François Villon.

 

FOUINER, v. n. S'occuper de ce qui ne vous regarde

pas,—dans l'argot du peuple.

 

Signifie aussi S'enfuir.

 

FOUINEUR ou FOUINARD, s. m. Homme qui se mêle

des affaires des autres, et rapporte chez lui ce

qui se passe chez ses voisins. Même argot.

 

Signifie aussi: Malin, et même Lâche.

 

FOULAGE, s. m. Besogne pressée,—dans l'argot des

ouvriers.

 

Il y a du foulage. Les travaux arrivent en foule.

 

FOULER LA RATE (Ne pas se). En prendre à son aise,

ne pas se donner beaucoup de mal.

 

On dit aussi absolument: Ne pas se fouler.

 

FOULETITUDE, s. f. Grande quantité de gens ou de

choses.

FOUR, s. m. L'amphithéâtre,—dans l'argot des

coulisses.

FOUR, s. m. «Fausse poche dans laquelle les

enquilleuses cachent les produits de leurs vols.»

Argot des voleurs.

des coulisses et des petits journaux.

 

M. Littré dit à ce propos:

«Rochefort, dans ses Souvenirs d'un Vaudevilliste, à l'article Théaulon, attribue l'origine de cette expression à ce que cet auteur comique avait voulu faire éclore des poulets dans des fours, à la manière des anciens Egyptiens, et que son père, s'étant chargé de surveiller l'opération, n'avait réussi qu'à avoir des œufs durs. Cette origine n'est pas exacte, puisque l'expression, dans le sens ancien, est antérieure à Théaulon. Il est possible qu'elle ait été remise à la mode depuis quelques années et avec un sens nouveau, qui peut avoir été déterminé par le four de Théaulon; mais c'est ailleurs qu'il faut en chercher l'explication: les comédiens refusant de jouer et renvoyant les spectateurs (quand la recette ne couvrait pas les frais), c'est là le sens primitif, faisaient four, c'est-à-dire rendaient la salle aussi noire qu'un four.»

 

FOUR BANAL, s. m. Omnibus,—dans l'argot des

voleurs.

FOURBI, s. m. Piège; malice,—dans l'argot du peuple,

qui ne sait pourtant pas que le fourby (le Trompé)

était un des 214 jeux de Gargantua.

 

Connaître le fourbi. Être malin.

Connaître son fourbi. Être aguerri contre les malices des hommes et des choses.

 

FOURCHETTE, s. f. Baïonnette,—dans l'argot des

soldats.

 

Travailler à la fourchette. Se battre à l'arme blanche.

 

FOURCHETTE, s. f. Mangeur,—dans l'argot des

bourgeois.

 

Belle fourchette ou Joli coup de fourchette. Beau mangeur, homme de grand appétit.

 

FOURCHETTE D'ADAM, s. f. Les doigts. FOURCHU, s. m. Bœuf,—dans l'argot des voleurs.

FOURGAT, s. m. Recéleur,—dans le même argot.

FOURGONNER, v. a. et n. Remuer le feu avec la pelle

ou la pincette, comme les ouvriers des forges

avec le fourgon. Argot des bourgeois.

 

On n'emploie guère ce verbe que dans un sens péjoratif.

Signifie aussi: Remuer les tiroirs d'une commode ou d'une armoire pour y chercher quelque chose.

 

FOURGUER, v. a. Vendre à un recéleur des objets

volés.

FOURLIGNER, v. a. Voler, détourner «tirer hors de la

ligne droite».

FOURLINE ou FOURLINEUR, s. m. Meurtrier,—dans

l'argot des prisons.

 

Signifie aussi Voleur.

 

FOURLINE, s. f. Association de meurtriers, ou

seulement de voleurs.

FOURLOURD, s. m. Malade,—dans l'argot des prisons.

FOURLOUREUR, s. m. Assassin.

FOURMILLON, s. m. Marché, qui fourmille de monde.

Même argot.

 

Fourmilion à gayets. Marché aux chevaux.

 

FOURNÉE, s. f. Promotions périodiques à des grades

ou à des distinctions honorifiques. Argot des

troupiers.

 

Le mot a deux cents ans de noblesse: Saint-Siméon parle quelque part de «l'étrange fournée» de ducs et pairs de 1663.

FOURNIER, s. m. Garçon chargé de verser le café aux

consommateurs. Argot des limonadiers.

FOURNIL, s. m. Lit,—dans l'argot des faubouriens, par

allusion à la chaleur qu'on y trouve

ordinairement.

FOURNION, s. m. Insecte, de fournil ou d'ailleurs,—

dans l'argot des voyous.

FOURNITURE, s. f. Les fines herbes d'une salade,

cerfeuil, estragon, pimprenelle, civette, ciboulette

et cresson alénois. Argot des ménagères.

FOUROBE, s. f. Fouille,—dans l'argot des bagnes.

FOUROBER, v. a. Fouiller les effets des forçats.

FOURRAGER, v. a. et n. Chiffonner de la main la robe

d'une femme,—sa doublure surtout. Argot des

bourgeoises.

FOURRAGEUR, adj. et s. Homme qui aime à chiffonner

les robes des femmes.

FOURRER DANS LE GILET (S'en). Boire à tire-larigot.

Argot du peuple.

FOURRER LE DOIGT DANS L'ŒIL (Se). S'illusionner, se

faire une fausse idée des choses, des hommes et

des femmes. Argot des faubouriens.

 

Superlativement, ils disent aussi Se fourrer le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Les faubouriens qui tiennent à se rapprocher de la bonne compagnie par le langage disent, eux: Se mettre le doigt dans l'œil.

 

FOURRER SON NEZ, v. a. Se mêler de ce qui ne vous

regarde pas,—dans l'argot des bourgeois.

 

On dit aussi Fourrer son nez partout.

 

FOURRER TOUT DANS SON VENTRE. Manger sa fortune. FOUTAISE, s. f. Chose de peu d'importance, morceau

de peu de valeur,—dans l'argot du peuple.

 

Dire des foutaises. Dire des niaiseries.

 

FOUTIMASSER, v. n. Ne rien faire qui vaille.

FOUTIMASSEUR, s. m. Homme qui fait semblant de

travailler.

FOUTRE (Se). Se moquer,—dans l'argot du peuple,

qui ne mâche pas ses mots, et, d'ailleurs,

n'attache pas à celui-ci d'autre sens que les

bourgeois au verbe se ficher. D'un autre côté

aussi, n'est-il pas autorisé à dire ce que le

bibliophile Jacob n'a pas craint d'écrire dans

Vertu et tempérament,—un roman fort curieux et

fort intéressant sur les mœurs de la Restauration,

où on lit: «Quand un lâche nous trahirait, nous

nous en foutons!»

FOUTRE DU PEUPLE (Se). Se moquer du public, braver

l'opinion du monde.

FOUTRE LA PAIX. Laisser tranquille.

FOUTRE LE CAMP. Déguerpir, s'enfuir au plus vite.

 

Signifie aussi: Disparaître,—en parlant des choses. «Le torchon blanc a foutu le camp!» s'écrie le concierge de la comtesse Dorand dans le roman cité plus haut.

 

FOUTRE SON BILLET (En). Donner sa parole qu'une

chose sera faite, parce qu'on y tient beaucoup.

Quand un ouvrier a dit à quelqu'un: Je t'en fous

mon billet! c'est comme s'il avait juré par le Styx.

FOUTRE UN COUP DE PIED A QUELQU'UN. Lui faire un

emprunt,—le taper d'une somme quelconque.

 

On dit aussi Lui foutre un coup de pied dans les jambes,—mais seulement lorsqu'il s'agit d'un emprunt plus important. Une nuance! FOUTRIQUET, s. m. Homme de petite taille.

 

A signifié, il y a soixante-dix ans, Fat, ridicule, intrigant.

On dit aussi Fautriot.

 

FOUTU, adj. Mauvais, détestable, exécrable.

 

Foutue besogne. Triste besogne.

Foutue canaille. Canaille parfaite.

 

FOUTU, adj. Mal habillé.

 

Foutu comme quatre sous. Habillé sans goût et même grotesquement.

 

FOUTU (Être). Être ruiné, ou sur le point de mourir.

FOUYOU, s. m. Gamin,—dans l'argot des coulisses,

où l'on a gardé le souvenir de là pièce des

Variétés (le Maître d'École) où jouait un enfant de

ce nom.

FRACTURER (Se la). S'en aller de quelque part,

s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.

FRAIS (Être). Être dans une situation fâcheuse, à ne

pas savoir comment s'en tirer. Argot du peuple.

FRANC, s. m. Complice,—dans l'argot des voleurs.

 

Franc bourgeois. Escroc du grand monde.

Franc de maison. Recéleur d'objets volés—et même de voleurs.

 

FRANC DU COLLIER, adj. Homme ouvert, loyal, comme

on n'en fait plus assez. Argot du peuple.

FRANCILLON, s. m. Français,—dans l'argot des

voleurs.

 

Les Belges nous appellent Fransquillons. FFRANGIN, s. m. Frère,—dans l'argot des voleurs.

 

On dit aussi fralin.

Frangin-Dab. Oncle.

 

FRANGINE, s. f. Sœur.

 

Frangine-Dabuche. Tante.

 

FRANQUETTE (A la). Franchement, tout uniment,

loyalement,—dans l'argot du peuple.

 

On dit plutôt A la bonne franquette.

 

FRASQUE, s. f. Folie aimable, coup de tête,—dans

l'argot des bourgeois.

 

Faire des frasques. Faire des folies, des escapades.

 

FRAYER, v. n. Convenir, s'accorder, vivre ensemble.

Argot du peuple.

FREDAINE, s. f. Intrigue amoureuse,—dans l'argot des

bourgeois.

 

Faire ses fredaines. Aimer «le cotillon».

 

FRELOCHE, s. f. Filet à prendre les papillons,—dans

l'argot des écoliers.

FRELUQUET, s. m. Jeune homme, gandin,—dans

l'argot du peuple, probablement par allusion au

parler frelu d'autrefois.

FRÉQUENTER (Se). Avoir avec soi-même des relations

habituelles—condamnées par le livre de Tissot.

FRÈRE, s. m. Initié,—dans l'argot des francs-maçons. Faux frère. Franc-maçon qui joue de la franc-maçonnerie comme d'un instrument.

 

FRÈRE, s. m. Philosophe,—dans l'argot des

encyclopédistes. On sait que Diderot était, en

religion philosophique, frère Platon, Frédéric II,

roi de Prusse, frère Luc, etc.

FRÈRE, s. m. Citoyen,—dans l'argot des Jacobins de

la première révolution.

FRÈRE ET AMI, s. m. Camarade,—dans l'argot des

démocrates de 1848.

FRÈRE DE LIT, s. m. Homme à qui l'on a succédé dans

le cœur d'une femme, épouse ou maîtresse.

Argot du peuple.

 

Sœur de lit. Femme qui a succédé à une autre femme dans le cœur d'un homme, amant ou mari.

 

FRÉROT, s. m. Frère,—dans l'argot du peuple, qui

parle comme écrivait Bonaventure Des Périers.

FRÉROT DE LA CAQUE, s. m. Filou,—dans l'argot des

prisons.

FRESSURE, s. f. Le cœur et ses dépendances, siège

des désirs,—dans l'argot du peuple, qui parle

comme écrivait La Fontaine:

 

«Telle censure

Ne fut si sûre

Qu'elle espéroit;

De ma fressure

Dame Luxure

Jà s'emparoit.»

 

FRÉTILLANTE, s. f. Plume,—dans l'argot des voleurs. FRÉTILLON, s. f. Grisette, bonne fille, amoureuse

garantie bon teint par feu Béranger. Argot des

bourgeois.

FRÉTIN, s. m. Poivre,—dans l'argot des voleurs.

 

On dit aussi Fortin.

 

FRIAUCHE, s. m. Condamné à mort qui s'est pourvu

en cassation. Même argot.

FRICASSÉ (Être). Être ruiné, perdu, déshonoré, à

l'agonie. Argot des faubouriens.

 

Ils disent aussi Être cuit.

 

FRICASSE (On t'en)! Ce n'est pas pour toi! Terme de

refus ironique.

FRICASSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.

FRICASSER, v. a. Dépenser.

 

Fricasser ses meubles. Les vendre.

 

FRICASSEUR, s. m. Dépensier, ivrogne, libertin. FRIC-FRAC, s. m. Effraction de meuble ou de porte,—

dans l'argot des voleurs.

 

Faire fric-frac. Voler avec effraction.

 

FRICHTI, s. m. Ragoût aux pommes de terre,—dans

l'argot des ouvriers, qui prononcent à leur

manière le früstück allemand.

FRICOT, s. m. Ragoût; mets quelconque,—dans

l'argot du peuple, qui dit cela depuis plus d'un

siècle. Le mot se trouve dans Restif de La

Bretonne.

FRICOTER, v. a. et n. Dépenser de l'argent, le boire ou

le manger; faire la noce; se régaler.

FRICOTER, v. n. Se mêler d'affaires véreuses; pêcher

en eau trouble.

FRICOTEUR, s. m. Homme qui aime les bons repas.

 

Signifie aussi Agent d'affaires véreuses.

Le bataillon des fricoteurs.

«S'est dit, pendant la retraite de Moscou, d'une agrégation de soldats de toutes armes qui, s'écartant de l'armée, se cantonnaient pour vivre de pillage et fricotaient au lieu de se battre.» (Littré.)

 

FRIGOUSSE, s. m. Cuisine, ou plutôt chose cuisinée,

—dans l'argot des faubouriens.

 

Signifie spécialement: Ragoût de pommes de terre.

 

FRIGOUSSER, v. a. et n. Cuisiner; préparer un ragoût

quelconque.

FRILEUX, adj. et s. Poltron, homme qui a froid aux

yeux et au cœur,—dans l'argot du peuple.

 

S'emploie surtout avec la négative.

 

FRIMAS, s. m. pl. Le froid, la neige, l'hiver,—dans

l'argot des académiciens.

FRIME, s. f. Mensonge, hypocrisie, fausse alerte,—

dans l'argot des faubouriens.

 

C'est pour la frime. C'est pour rire.

Le mot a quelques siècles de bouteille:

«Renart qui scet de toutes frumes

Luy esracha quatre des plumes!»

dit le Roman du Renard.

FRIME, s. f. Apocope de Frimousse,—dans l'argot des

voyous et des voleurs.

 

Tomber en frime. Se rencontrer nez à nez avec quelqu'un.

 

«Sans paffs', sans lime et plein de crotte

Aussi rupin qu'un plongeur,

Un jour un gouapeur en ribote

Tombe en frime avec un voleur.»

 

(National de 1835.)

 

FRIMER, v. a. Envisager et dévisager.

FRIMOUSSE, s. f. Visage,—dans l'argot des

faubouriens.

 

C'est pour ma frimousse. C'est pour moi.

L'expression a des cheveux blancs:

«... De tartes et de talmouses,

On se barbouille les frimouses.»

a écrit l'auteur de la Henriade travestie.

 

FRIMOUSSER, v. n. Tricher au jeu en se donnant les

figures à chaque coup,—dans l'argot des voleurs.

FRIMOUSSEUR, s. m. Tricheur.

FRIPE, s. f. Action de manger ou de cuisiner,—dans

l'argot du peuple.

 

Signifie aussi: Dépense, écot de chacun.

 

FRIPER, v. a. et n. Manger.

 

L'expression se trouve dans Saint-Amant, un goinfre fameux:

«Les dieux du liquide élément,

Conviés chez un de leur troupe,

Sur le point de friper la soupe,

Seront saisis d'étonnement.»

 

S'emploie aussi, au figuré, dans le sens de Dissiper.

 

FRIPE-SAUCE, s. m. Cuisinier, marmiton.

 

Signifie aussi Goinfre.

 

FRIPOUILLE, s. f. Homme malhonnête et même

canaille.

 

On dit aussi Frapouille.

 

FRIQUET, s. m. Mouchard,—dans l'argot des voleurs.

FRIRE, v. a. et n. Faire; Manger,—dans l'argot du

peuple, dont la cuisine se fait en plein vent, sur le

fourneau portatif des friturières.

 

N'avoir rien à frire. N'avoir pas un sou pour manger ou boire.

L'expression est vieille, car elle se trouve en latin et en français dans Mathurin Cordier: Il n'a que frire; il n'a de quoy se frapper aux dez. Nullam habet rem familiarem. Est pauperio Codro.» (qui est le «pauvre comme Job» de Juvénal).

 

FRIRE DES ŒUFS A QUELQU'UN. Lui préparer une

mauvaise affaire; s'apprêter à lui jouer un

méchant tour.

 

J'ai souvent entendu: Prends garde, Jean, on te frit des œufs.

 

FRISÉ, s. m. Juif,—dans l'argot des voleurs.

FRISER COMME UN PAQUET DE CHANDELLES. Ne pas

friser du tout, en parlant des cheveux. Argot du

peuple.

FRISES, s. f. pl. Bandes de toiles pendantes qui

figurent le haut des décors en scène. Argot des

machinistes.

FRISONS, s. m. pl. Boucles de cheveux frisés à la

chien, que les femmes à la mode portent

aujourd'hui sur les tempes. Ces cheveux-là au

moins leur appartiennent tandis que les frisons

en soie qu'elles portent en chignon ne leur ont

jamais appartenu.

FRISQUET, s. m. Froid vif.

 

Il fait frisquet. Il fait froid.

 

FRISQUETTE, adject. subs. fém. Fille jeune, fraîche et

avenante.

 

Le vieux français avait l'adjectif frisque.

 

FRIT, adj. Perdu, compromis, arrêté, atteint d'une

maladie mortelle.

FRITES, s. f. pl. Pommes de terre frites.

FRITURER, v. a. Manger; cuisiner.

FRITURIER, ÈRE s. Marchand, marchande de pommes

de terre frites ou de gras-double à la poêle.

FRIVOLISTE, s. m. Littérateur léger, écrivain de journal

de modes,—dans l'argot des gens de lettres.

 

Ce mot a été créé par Mercier.

 

FROID AUX YEUX, s. m. Manque de courage,—dans

l'argot au peuple.

 

Avoir froid aux yeux. Avoir peur.

N'avoir pas froid aux yeux. Être résolu à tout. FROIDUREUX, adj. Sujet à avoir froid.

FROLLAU, s. m. Traître, médisant,—dans l'argot des

voleurs.

 

On dit aussi Froller sur la balle.

 

FROMAGES (Faire des). Se dit—dans l'argot des

petites filles,—d'un jeu particulier qui consiste à

imprimer un mouvement de rotation à leur robe et

à se baisser rapidement de façon à former par

terre «une belle cloche».

FROME, s. m. Apocope de Fromage,—dans l'argot

des voyous.

FRONTIN, s. m. Valet habile, fripon, spirituel,—dans

l'argot des gens de lettres.

FROTESKA, s. f. Correction, frottée,—dans l'argot du

peuple, qui a saisi cette occasion de donner un

nom de plus à la danse qu'il a inventée pour son

plaisir et pour sa défense.

FROTIN, s. m. Billard,—dans l'argot des faubouriens.

 

Coup de frotin. Partie de billard.

 

FROTTE (La). La gale,—qu'on guérit en frottant

énergiquement le corps.

FROTTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot

du peuple.

FROTTER, v. a. Battre, donner des coups.

 

On dit aussi Frotter les reins et Frotter le dos.

 

FROUFROU, s. m. Bruissement d'une robe de soie,—

dans l'argot des amoureux, à qui cette

onomatopée fait toujours bondir le cœur.

Au e XVII siècle, c'était une autre onomatopée, frifilis, mais qui ne valait pas celle-ci,—n'en déplaise à saint François de Sales.

 

FROUFROU, s. m. Embarras, manières; effet de

crinoline,—dans l'argot du peuple.

 

Faire du froufrou. Faire de «l'épate».

 

FROUFROU, s. m. Onomatopée par laquelle les

voleurs désignent un Passe-partout.

FROUSSE, s. m. Peur, frissonnement,—dans l'argot du

peuple.

FRUGES, s. f. pl. Bénéfices plus ou moins licites sur la

vente—dans l'argot des commis de nouveautés.

FRUIT, s. m. Enfant nouveau-né,—dans l'argot des

faubouriens, qui, tout en gouaillant, font ainsi une

allusion philosophique au fameux pommier du

Paradis de nos pères.

FRUIT SEC, s. m. Jeune homme qui sort bredouille du

lycée ou d'une école spéciale.

 

Se dit aussi, par extension, d'un mauvais écrivain ou d'un artiste médiocre.

«Cette appellation,—dit Legoarant, vient de l'Ecole polytechnique, où un jeune homme de Tours qui travaillait peu fut interpellé par ses camarades pour savoir quelles étaient ses intentions s'il n'était pas classé. Il répondit: Je ferai comme mon père le commerce des fruits secs. Et en effet ce fut son lot.»

Les fruits secs de la vie. Les gens qui, malgré leurs efforts ambitieux, n'arrivent à rien,—qu'au cimetière.

 

FRUSQUE, s. f. Habit ou redingote,—dans l'argot des

marchandes du Temple.

FRUSQUES, s. f. pl. Vêtements en général,—dans

l'argot des faubouriens.

 

Frusques boulinées. Habits en mauvais état. FRUSQUIN (Saint), s. m. Vêtements; économies

serrées dans une armoire, à même le linge et les

habits.

 

L'expression n'est pas d'hier:

 

«J'étois parfois trop bête

D'aimer ce libertin,

Qui venait tête-à-tête

Manger mon saint frusquin,»

 

dit Vadé.

 

FRUSQUINER (Se), v. réfl. S'habiller.

FRUSQUINEUR, s. m. Tailleur.

FUIR, v. n. Mourir, s'en aller,—comme le vin d'un

tonneau défoncé.

FUMÉ, adj. Pris, perdu, ruiné, mort.

FUMELLE, s. f. Femme.

 

Les faubouriens parlent comme écrivait Jean Marot.

«Le masle n'a la fumelle en mépris,»

dit le père du valet de chambre de François Ier.

 

FUMER, v. n. Enrager, s'impatienter, s'ennuyer.

 

On dit aussi Fumer sans pipe et sans tabac.

 

FUMERIE s. f. Science du fumeur, action de fumer.

FUMERON, s. m. Fumeur acharné,—dans l'argot des

bourgeoises, que la fumée de la pipe incommode

et qui ne pardonnent qu'à celle du cigare.

Se dit aussi pour Gamin qui s'essaye à fumer.

 

FUMERONS, s. m. pl. Jambes,—dans l'argot des

faubouriens, qui disent cela surtout quand elles

sont maigres.

FUMER SA PIPE. Se dit,—dans l'argot des infirmiers,

—«d'un symptôme qui se présente quelquefois

dans les apoplexies: le malade, dont un côté de

la face est paralysé, a ce côté gonflé

passivement à chaque expiration; mouvement qui

a quelque ressemblance avec celui d'un fumeur.»

FUMER SES TERRES. Être enterré dans sa propriété.

Argot des bourgeois.

 

Voltaire a employé cette expression.

 

FUMER SES TERRES. Épouser, noble et pauvre, une

fille de vilain, riche,—laquelle selon l'expression

de Montesquieu, «est comme une espèce de

fumier qui engraisse une terre montagneuse et

aride».

FUSEAUX, s. m. pl. Jambes grêles,—dans l'argot du

peuple, qui parle comme a écrit Voltaire.

FUSÉE, s. f. Jet de vin qui sort de la bouche d'un

homme qui en a trop bu.

 

Lâcher une fusée. Vomir.

 

FUSER, s. m. Levare ventri onus,—dans l'argot des

troupiers.

FUSIL, s. m. Estomac,—dans l'argot des faubouriens.

 

Se coller quelque chose dans le fusil. Manger ou Boire.

Ecarter du fusil. Cracher une pluie de salive en parlant à quelqu'un. FUSILLER, v. n. Donner un mauvais dîner—dans

l'argot des troupiers.

FUTÉ, adj. et s. Malin, rusé, habile,—dans l'argot du

peuple qui emploie souvent ce mot en bonne

part.

 

G

 

GABATINE, s. f. Plaisanterie,—dans l'argot du peuple,

héritier des anciens gabeurs, dont il a lu les

prouesses dans les romans de chevalerie de la

Bibliothèque Bleue.

 

Donner de la gabatine. Se moquer de quelqu'un, le faire aller, en s'en moquant.

 

GABEGIE, subst. f. Fraude, tromperie.

 

Est-ce un souvenir de la gabelle, ou une conséquence du verbe se gaber?

 

GABELOU, s. m. Employé de l'octroi, le Gabellier de

nos pères.

GACHER, v. n. Se dit à propos du mauvais temps, de

la boue et de la neige qui rendent les rues

impraticables.

 

Cependant, au lieu de Il gâche, on dit plus fréquemment: Il fait gâcheux ou il fait du gâchis.

 

GACHER DU GROS, v. a. Levare ventris onus.

GACHEUR, adj. et s. Écrivain médiocre, qui gâche les

plus beaux sujets d'articles ou de livres par son

inhabileté ou la pauvreté de son style. Argot des

gens de lettres.

GACHEUSE, s. f. Femme ou fille du monde de la

galanterie, qui ne connaît le prix de rien excepté

celui de ses charmes.

GACHIS, s. m. Embarras politique ou financier.

 

Il y aura du gâchis. On fera des barricades, on se battra.

 

GADIN, s. m. Bouchon,—dans l'argot des voyous.

 

Flancher au gadin. Jouer au bouchon.

 

GADIN, s. m. Vieux chapeau qui tombe en loques.

Argot des faubouriens.

GADOUAN, s. m. Garde national de la banlieue,—

dans l'argot des voyous.

GADOUE, s. f. Immondices des rues de Paris, qui

servent à faire pousser les fraises et les violettes

des jardiniers de la banlieue.

 

D'où l'on a fait Gadouard, pour Conducteur des voitures de boue.

 

GADOUE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,—dans

l'argot des faubouriens, sans pitié pour les

ordures morales.

GAFFE, s. f. Les représentants de l'autorité en

général,—dans l'argot des voleurs, qui redoutent

probablement leur gaflach (épée, dard).

 

Être en gaffe. Monter une faction; faire sentinelle ou faire le guet.

 

GAFFE, s. m. Représentant de l'autorité en particulier.

 

Gaffe à gail. Garde municipal à cheval; gendarme.

Gaffe de sorgue. Gardien de marché; patrouille grise.

On dit aussi Gaffeur.

GAFFE, s. m. Gardien de cimetière,—dans l'argot des

marbriers.

GAFFE, s. f. Bouche, langue,—dans l'argot des

ouvriers.

 

Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps.

Coup de gaffe. Criaillerie.

 

GAFFER, v. a. et n. Surveiller.

GAGA, s. m. Gâteau,—dans l'argot des enfants, qui,

de même que M. Jourdain faisait de la prose

sans le savoir, emploient à leur insu l'allitération,

l'aphérèse et l'apocope. Ouf!

GAGNER DES MILLE ET DES CENTS, v. a. Gagner

beaucoup d'argent,—dans l'argot des bourgeois.

GAGUIE, s. f. Bonne commère d'autant d'embonpoint

que de gaieté. Argot du peuple.

GAI (Être). Avoir un commencement d'ivresse,—dans

l'argot des bourgeois.

 

On dit aussi Être en gaieté.

 

GAIL, s. m. Cheval,—dans l'argot des souteneurs de

filles et des maquignons.

 

Quelques Bescherelle de Poissy veulent qu'on écrivegaye et d'autres gayet.

 

GAILLARDE, s. f. Fille ou femme à qui les gros mots

ne font pas peur et qui se plaît mieux dans la

compagnie des hommes que dans la société des

femmes. Argot des bourgeois.

GALA, s. m. Repas copieux, fête bourgeoise.

GALANTERIE, s. f. Le mal de Naples,—depuis si

longtemps acclimaté à Paris.

GALAPIAT, s. m. Fainéant, voyou,—dans l'argot du

peuple.

 

On dit aussi: Galapiau, Galapian, Galopiau, qui sont autant de formes du mot Galopin.

GALBE, s. m. Physionomie, bon air, élégance,—dans

l'argot des petites dames.

 

Être truffé de galbe. Être à la dernière mode, ridicule ou non,—dans l'argot des gandins.

Ils disent aussi Être pourri de chic.

 

GALBEUX, adj. Qui a du chic, une désinvolture

souverainement impertinente,—ou

souverainement ridicule.

GALE, s. f. Homme difficile à vivre, ou agaçant

comme un acarus,—dans l'argot du peuple.

 

On dit aussi Teigne.

 

GALERIE, s. f. La foule d'une place publique ou les

habitués d'un café, d'un cabaret.

 

Parler pour la galerie. Faire des effets oratoires;—parler, non pour convaincre, mais pour être applaudi,—et encore, applaudi, non de ceux à qui l'on parle, mais de ceux à qui on ne devrait pas parler. Que de gens, de lettres ou d'autre chose, ont été et sont tous les jours victimes de leur préoccupation de la galerie?

 

GALETTE, s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans

épaisseur morale. Argot du peuple.

GALETTE, s. f. Matelas d'hôtel garni.

GALIFARD, s. m. Cordonnier,—dans l'argot des

revendeuses du Temple.

GALIFARDE, s. f. Fille de boutique.

GALIMAFRÉE, s. f. Ragoût, ou plutôt Arlequin,—dans

l'argot du peuple.

 

S'emploie aussi au figuré.

GALIOTE, s. f. «Complot entre deux joueurs qui

s'entendent pour faire perdre ceux qui parient

contre un de leurs compères.»

 

On dit aussi Gaye.

 

GALIPOT, s. m. Stercus humain,—dans l'argot des

ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

 

A proprement parler le Galipot est un mastic composé de résine et de matières grasses.

 

GALIPOTER, v. n. Cacare.

GALLI-BATON, s. m. Vacarme; rixe,—dans l'argot des

faubouriens.

GALLI-TRAC, s. m. Poule-mouillée, homme qui a le

trac.

GALOCHE, s. f. Jeu du bouchon,—dans l'argot des

gamins.

GALONS D'IMBÉCILE, s. m. pl. Grade subalterne

obtenu à l'ancienneté,—dans l'argot des

troupiers.

GALOP, s. m. Réprimande,—dans l'argot des

ouvriers.

GALOPÉ, adj. Fait à la hâte, sans soin, sans goût.

GALOPER, v. n. Se dépêcher.

 

Signifie aussi Aller çà et là.

Activement, ce verbe s'entend dans le sens de Poursuivre, Courir après quelqu'un.

 

GALOPER UNE FEMME. Lui faire une cour pressante.

GALOPIN, s. m. Apprenti,—dans l'argot des ouvriers.

Mauvais sujet,—dans l'argot des bourgeois.

Impertinent,—dans l'argot des petites dames.

GALOUBET, s. m. Voix,—dans l'argot des coulisses.

 

Avoir du galoubetAvoir une belle voix.

Donner du galoubet. Chanter.

 

GALUCHE, s. m. Galon,—dans l'argot des voleurs.

GALUCHER, v. a. Galonner.

GALUCHET, s. m. Valet,—dans l'argot des voyous.

GALURIN, s. m. Chapeau.

 

Ce mot ne viendrait-il pas, par hasard, du latin galea, casque, ou plutôt de galerum, chapeau?

 

GALVAUDAGE, s. m. Désordre, gaspillage de fortune

et d'existence. Argot des bourgeois.

GALVAUDER, v. a. Gâcher, gâter, dissiper.

GALVAUDER (Se). Vivre dans le désordre; ou

seulement Hanter les endroits populaciers.

GALVAUDEUX, s. m. Fainéant, bambocheur. Argot du

peuple.

GAMBILLARD, adj. et s. Homme alerte qu'on rencontre

toujours marchant.

GAMBILLER, v. n. Danser, remuer les jambes.

 

Il est tout simple qu'on dise gambiller, la première forme de jambe ayant été gambe.

 

«Si souslevas ton train

Et ton peliçon ermin,

Ta cemisse de blan lin,

Tant que ta gambete vitz»

 

dit le roman d'Aucassin et Nicolette.

GAMBILLES, s. f. pl. Jambes.

GAMBILLEUR, s. m. Danseur,—dans l'argot des

voleurs qui, comme de simples vaudevillistes,

prennent le bien des autres où ils le trouvent.

 

Gambilleur de tourtouse. Danseur de corde.

 

GAMBRIADE, s. f. La danse, et principalement le

Cancan.

GAMET, s. m. Raisin des environs de Paris avec

lequel on fait de la piquette. Argot du peuple.

GAMIN, s. m. Enfant qui croit comme du chiendent

entre les pavés du sol parisien, et qui est destiné

à peupler les ateliers ou les prisons, selon qu'il

tourne bien ou mal une fois arrivé à la Patte d'Oie

de la vie, à l'âge où les passions le sollicitent le

plus et où il se demande s'il ne vaut pas mieux

vivre mollement sur un lit de fange, avec le bagne

en perspective, que de vivre honnêtement sur un

lit de misères et de souffrances de toutes sortes.

 

Ce mot, né à Paris et spécial aux Parisiens des faubourgs, a commencé à s'introduire dans notre langue sous la Restauration, et peut-être même un peu auparavant,—bien que Victor Hugo prétende l'avoir employé le premier dans Claude Gueux, c'est-à-dire en 1834.

 

GAMIN, s. m. Homme trop impertinent,—dans l'argot

des petites dames, qui ne pardonnent les

impertinences qu'aux hommes qui en ont les

moyens.

GAMINER, v. n. Faire le gamin ou des gamineries.

GAMINERIE, s. t. Plaisanterie que font volontiers les

grandes personnes à qui l'âge n'a pas apporté la

sagesse et le tact.

 

Faire des gamineries. Écrire ou faire des choses indignes d'un homme qui se respecte un peu.

GAMME, s. f. Correction paternelle,—dans l'argot du

peuple.

 

Faire chanter une gamme.—Châtier assez rudement pour faire crier.

On dit aussi Monter une gamme.

 

GANACHE, s. f. Homme qui ne sait rien faire ni rien

dire; mâchoire.

 

Dans l'argot des gens de lettres, ce mot est synonyme de Classique, d'Académicien.

 

«Montesquieu toujours rabâche,

Corneille est un vieux barbon;

Voltaire est une ganache

Et Racine un polisson!»

 

dit une épigramme du temps de la Restauration.

Père Ganache. Rôle de Cassandre,—dans l'argot des coulisses. On dit aussi Père Dindon.

 

GANCE, s. f. Clique, bande,—dans l'argot des

voleurs.

GANDIN, s. m. Oisif riche qui passe son temps à se

ruiner pour des drôlesses,—et qui n'y passe pas

beaucoup de temps, ces demoiselles ayant un

appétit d'enfer.

 

Le mot n'a qu'une dizaine d'années. Je ne sais plus qui l'a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. On a dit gant-jaune précédemment.

 

GANDIN, s. m. Coup monté ou à monter,—dans l'argot

des voleurs.

Hisser un gandin à quelqu'un. Tromper.

 

GANDIN, s. m. Amorce, paroles fallaces,—dans l'argot

des marchandes du Temple.

 

Monter un gandin. Raccrocher une pratique, forcer un passant à entrer pour acheter.

 

GANDIN D'ALTÈQUE, s. m. Décoration honorifique

quelconque,—dans l'argot des voleurs.

GANDINE, s. f. La femelle du gandin,—un triste mâle

et une triste femelle.

GANDINERIE, s. f. Actions, habitudes de gandin. Peu

usité.

GANTER, v. a. et n. Convenir, agréer,—dans l'argot

des bourgeois.

GANTER, v. n. Payer plus ou moins généreusement,

—dans l'argot des filles.

 

Ganter 1 5/ . N'être pas généreux. 2

Ganter 1 8/ . Avoir la main large et pleine.

2

 

GANTS, s. m. pl. Les deux sous du garçon des filles,

—avec cette différence que les sous du premier

sont en cuivre et les sous des secondes en

argent, et même en or. Ce sont nos anciennes

épingles, la drinkgeld des Flamands, le

paraguantes des Espagnols et la buona mancia

des Italiens.

GGANTS DE... (Avoir les). Avoir tout le mérite d'une

découverte, tout l'honneur d'une affaire, etc.

 

Se donner les gants de... Se vanter d'une chose qu'on n'a pas faite; s'attribuer l'honneur d'une invention, le mérite d'une fine repartie,—en un mot, et il est de Génin, «s'offrir à soi-même un pourboire» gagné par un autre.

GARCE, s. f. Fille ou femme qui recherche volontiers

la compagnie des hommes,—surtout quand ils

sont riches.

 

Un mot charmant de notre vieux langage, que l'usage a défloré et couvert de boue. Il n'y a plus aujourd'hui que les paysans qui osent dire d'une jeune fille chaste: «C'est une belle garce.»

S'emploie fréquemment avec de, à propos des choses.

 

GARÇON, s. m. Voleur,—dans l'argot des prisons.

 

Brave garçon. Bon voleur.

Garçon de campagne. Voleur de grand chemin.

 

GARÇON D'ACCESSOIRES, s. m. Employé chargé de la

garde du magasin où sont renfermés les

accessoires. Argot des coulisses.

 

On dit aussi Accessoiriste.

 

GARÇONNER, v. n. Se plaire avec les petits garçons

quand on est petite fille, et avec les jeunes

hommes quand on est femme. Argot des

bourgeois.

GARÇONNIÈRE, adj. et s. Fille qui oublie son sexe en

jouant avec des garçons qui profitent de cet oubli.

GARDE-MANGER, s. m. Water-Closet,—dans l'argot du

peuple, moins décent que l'argot anglais, qui ne

fait allusion qu'à l'estomac en disant: Victualling-

Office.

GARDE NATIONAL, s. m. Paquet de couenne,—dans

l'argot des faubouriens, irrévérencieux envers

l'institution inventée par La Fayette.

GARDER, v. n. Être près du bouchon ou de l'une des

pièces tombées. Argot des gamins.

GARDER A CARREAU (Se). S'arranger de façon à

n'être pas surpris par une réclamation, par un

désaveu, par une attaque, etc. Argot du peuple.

 

Signifie aussi: Ne pas dépenser tout son argent.

On dit de même Avoir une garde à carreau.

 

GARDER UN CHIEN DE SA CHIENNE A QUELQU'UN. Se

proposer de lui jouer un tour ou de lui rendre un

mauvais office.

 

On dit aussi Garder une dent, et, absolument, la garder.

 

GARDER UNE POIRE POUR LA SOIF. Faire des

économies; épargner, jeune, pour l'heure où l'on

sera vieux.

GARDIEN, s. m. Variété de Sentinelle ou de

Factionnaire. (V. Insurgé de Romilly.)

GARE-L'EAU, s. m. «Pot qu'en chambre on

demande.»,—dans l'argot des voleurs.

 

Ils disent aussi Reçoit-tout.

 

GARGANTUA, s. m. Grand mangeur,—dans l'argot du

peuple.

GARGARISER (Se), v. réf. Boire un canon de vin ou un

petit verre d'eau-de-vie.

GARGARISME, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie.

GARGOINE, s. f. Gorge, gosier, γαργαρεων [grec:

gargareôn].

 

Se rincer la gargoine. Boire.

 

GARGOT, s. m. Petit restaurant où l'on mange à bon

marché et mal.

On dit aussi Gargote.

 

GARGOTAGE, s. m. Mauvais ragoût; chose mal

apprêtée,—au propre et au figuré.

 

On dit aussi Gargoterie.

 

GARGOTER, v. a. et n. Cuisiner à la hâte et

malproprement.

 

On trouve «Gargoter la marmite» dans les Caquets de l'accouchée.

Signifie aussi Hanter les gargotes.

 

GARGOTER, v. a. et n. Travailler sans goût, à la hâte.

GARGOTIER, s. m. Mauvais traiteur, au propre;

mauvais ouvrier au figuré.

GARGOUILLADE, s. f. Borborygmes.

 

Se dit aussi de Fioritures de mauvais goût.

 

GARGOUILLER, v. n. Avoir des borborygmes.

 

On dit aussi Trifouiller.

 

GARGUE, s. f. Bouche,—dans l'argot des voleurs.

 

C'est l'apocope de Gargoine.

 

GARNAFFE, s. f. Ferme,—dans le même argot.

GARNAFFIER, s. m. Fermier, paysan.

GARNISON, s. f. Pediculi,—dans l'argot du peuple.

 

Naturellement c'est une garnison de grenadiers.

 

GAS, s. m. Garçon, enfant mâle,—dans l'argot du

peuple, qui trouve plus doux de prononcer ainsi

que de dire gars.

 

Beau gâs. Homme solide.

Mauvais gâs. Vaurien, homme suspect.

 

GATEAU FEUILLETÉ, s. m. Bottes qui se délitent,—

dans l'argot des faubouriens.

GÂTE-MÉTIER, s. m. Ouvrier qui met trop de cœur à

l'ouvrage; marchand qui vend trop bon marché,—

dans l'argot du peuple, qui, s'il le connaissait,

citerait volontiers le mot de Talleyrand: «Pas de

zèle! Pas de zèle!»

GÂTER LA TAILLE (Se), pour une femme «devenir

enceinte».

GÂTE-SAUCE, s. m. Garçon pâtissier.

GATEUX, s. m. Journaliste sans esprit, sans style et

sans honnêteté,—dans l'argot des gens de

lettres, qui n'y vont pas de plume morte avec

leurs confrères.

GAU, s. m. Pou,—dans l'argot des voleurs.

 

Basourdir des gaux. Tuer des poux.

On a écrit autrefois Goth; Goth a été pris souvent pour Allemand; les Allemands passent pour des gens qui «se peignent avec les quatre doigts et le pouce»: concluez.

 

GAU PICANTI, s. m. Le pediculus vestimenti.

GAUDINEUR, s. m. Peintre-décorateur.

GAUDISSARD, s. m. Commis-voyageur, loustic,—dans

l'argot du peuple.

 

Le type appartient à Balzac, qui en a fait un roman; mais le mot appartient à la langue du XVIe siècle, puisque Montaigne a employé Gaudisserie pour signifier Bouffonnerie, plaisanterie. GAUDRIOLE, s. f. Parole leste dont une femme a le

droit de rougir,—dans l'argot des bourgeois, qui

aiment à faire rougir les dames par leurs

équivoques.

GAUDRIOLER, v. n. Rire et plaisanter aux dépens du

goût et souvent de la pudeur.

GAUDRIOLEUR, s. et adj. Bourgeois farceur, qui a de

l'esprit aux dépens de Piron, qu'il a lu sans le

citer, et de la morale, qu'il blesse sans l'avertir.

GAULÉ, s. m. Cidre,—dans l'argot des voleurs et des

paysans.

GAULOIS, adj. et s. Homme gaillard en action, et

surtout en paroles,—dans l'argot du peuple, qui a

conservé «l'esprit gaulois» de nos pères,

lesquels étaient passablement orduriers.

GAUPE, s. f. Fille d'une conduite lamentable.

GAUPERIE, s. f. Actions, conduite, dignes d'une

gaupe.

GAVÉ, s. m. Ivrogne,—dans l'argot des voleurs.

 

Ils disent aussi Gaviolé.

 

GAVER (Se), v. réfl. Manger,—dans l'argot du peuple,

qui prend l'homme pour un pigeon.

GAVIOT, s. m. Gorge, gosier.

 

Serrer le gaviot à quelqu'un. L'étrangler, l'étouffer.

Autrefois on disait Gavion.

 

GAVOT, s. m. Rival du Dévorant,—dans l'argot du

compagnonnage.

GAVROCHE, s. m. Voyou,—dans l'argot des gens de

lettres, qui ont lu les Misérables de Victor Hugo. GAZ, s. m. Les yeux, que la passion allume si vite,—

dans l'argot des faubouriens.

 

Allumer son gaz. Regarder avec attention.

 

GAZ , s. m. Ventris flatus.

 

On dit aussi Fuite de gaz.

Lâcher son gaz. Crepitare.

Avoir une fuite de gaz dans l'estomac. Fetidum halitum emittere.

 

GAZER, v. a. et n. Ne pas dire les choses crûment,—

dans l'argot des bourgeois.

GAZON, s. m. Perruque plus ou moins habilement

préparée, destinée à orner les crânes affligés de

calvitie.

GAZOUILLER, v. n. Parler,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Signifie aussi Répondre.

 

GEIGNEUR, s. et adj. Homme qui aime à se plaindre

sans avoir de sérieux motifs de plainte,—dans

l'argot du peuple, ennemi de ces hommes-

femmes-là.

GEINDRE, v. n. Se plaindre.

GENDARME, s. m. Hareng saur,—dans l'argot des

charcutiers.

GENDARME, s. m. Femme délurée et de grande taille,

—dans l'argot du peuple.

GENDARME, s. m. Fer à repasser,—dans l'argot des

ménagères, qui ont constaté que la plupart de

ces utiles instruments sortaient de la maison de

la veuve Gendarme.

Branleuse de gendarme. Repasseuse.

 

GENDARMER (Se), v. réfl. S'offenser.

 

Signifie aussi: Regimber, résister.

 

GENDARMES, s. m. pl. Moisissures que le contact de

l'air développe à la surface du vin,—dont cela

arrête ainsi le travail de bonification.

GENDELETTRE, s. m. Homme de lettres,—dans l'argot

des bourgeois, qui font de ce mot ce que le

peuple a fait du mot précédent, primitivement

écrit gens d'armes.

GÊNE, s. f. Pauvreté,—dans l'argot du peuple, dont

c'est le vice principal.

GÊNÉ DANS SES ENTOURNURES. Ennuyé, agacé par

quelqu'un ou par quelque chose,—dans l'argot

des faubouriens, qui aiment les vêtements larges

et les «bons enfants».

GÉNÉRAL MACADAM, s. m. Le public, qui est le

Salomon de toutes les filles.

 

On disait le général Pavé, avant l'introduction en France du système d'empierrement des rues dû à l'ingénieur anglais MacAdam.

 

GÊNEUR, s. et adj. Type essentiellement parisien,—

comme la punaise. C'est plus que l'importun, plus

que l'indiscret, plus que l'ennuyeux, plus que le

raseur: c'est—le gêneur.

GÉNISSE, s. f. Femme trop libre.

GENOU, s. m. Crâne affligé de calvitie.

 

Avoir son genou dans le cou. Être chauve.

 

GENRE, s. m. Manières; embarras; pose,—dans

l'argot du peuple.

Que ça de genre! est son exclamation favorite à propos de choses ou de gens qui «l'épatent».

 

GENTLEMAN, s. m. Homme d'une correction de

langage et de manières à nulle autre pareille,—

dans l'argot des gandins.

 

On dit aussi Parfait Gentleman, mais c'est un pléonasme, puisqu'un Gentleman qui ne serait pas parfait ne serait pas gentleman.

 

GERBEMENT, s. m. Jugement, condamnation,—dans

l'argot des voleurs.

GERBER, v. a. Condamner.

 

Gerber à vioc. Condamner aux travaux forcés à perpétuité.

Gerber à la passe ou à conir. Condamner à mort.

 

GERBERIE, s. f. Tribunal, Cour d'assises.

GERBIER, s. m. Avocat d'office,—dans l'argot des

voleurs, qui, certainement à leur insu, donnent à

leur défenseur, médiocre porte-toge, le nom du

très célèbre avocat au parlement de Paris.

 

Signifie aussi Juge.

 

GÉRONTOCRATIE, s. f. Puissance des préjugés, de la

routine et des idées caduques, «sous laquelle

tout se flétrit en France»,—où les Gérontes sont

encore plus nombreux que les Scapins.

 

L'expression est d'Honoré de Balzac.

 

GERCE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des voyous

pour qui, sans doute, c'est la vermine.

GÉSIER, s. m. Gorge, gosier,—dans l'argot du peuple.

 

Avoir mal au gésier. Avoir une laryngite ou une bronchite. GESSEUR, s. m. Homme qui fait des embarras,—dans

l'argot des faubouriens.

 

Signifie aussi Grimacier, excentrique.

Je n'ai pas besoin de dire que l'étymologie de ce mot est geste, et que c'est par euphonie qu'on le prononce ainsi que je l'écris.

 

GESSEUSE, s. m. Femme minaudière, qui fait sa

sucrée—et même «sa Sophie».

G. G. s. m. Bon sens, jugeotte.

 

Avoir du g.-g. N'être pas un imbécile.

 

G. D. G. Phrase ironique qu'emploient fréquemment

les faubouriens, qui dédaignent d'en dire plus

long, affectant de n'en pas savoir davantage.

 

Avec ou sans g. d. g.? disent-ils souvent, à propos des moindres choses. Il est inutile d'ajouter que ce sans g. d. g. est l'abréviation de sans garantie du gouvernement.

 

GIBASSE, s. f. pl. Gorge qui a peut-être promis, mais

qui ne tient pas.

GIBELOTTE DE GOUTTIÈRE, s. f. Chat de toits,—dans

l'argot du peuple.

GIBERNE, s. f. La partie du corps dont les femmes

augmentent encore le volume à grand renfort de

jupons et de crinolines.

 

Ce mot,—de l'argot des faubouriens, s'explique par la position que les soldats donnaient autrefois à leur cartouchière.

 

GIBIER DE GAYENNE, s. m. Voleur, ou meurtrier,—

dans l'argot du peuple.

GIBOYER, s. m. Journaliste d'estaminet, homme de

lettres à tout faire,—dans l'argot des gens de

lettres, qui consacrent ainsi le souvenir de la

comédie d'Emile Augier. Encore un nom

d'homme devenu un type.

GIFFE ou GIFFLE, s. f. Soufflet,—dans l'argot du

peuple, qui se rappelle sans doute que ce mot

signifiait autrefois joue.

GIFFLER, v. a. Souffleter quelqu'un.

GIGOLETTE, s. f. Jeune fille qui a jeté sa pudeur et

son bonnet par-dessus les moulins, et qui fait

consister son bonheur à aller jouer des gigues

dans les bals publics,—surtout les bals de

barrière.

 

Je crois avoir été un des premiers, sinon le premier, à employer ce mot, fort en usage dans le peuple depuis une quinzaine d'années. J'en ai dit ailleurs (Les Cythères parisiennes): «La gigolette est une adolescente, une muliéricule. Elle tient le milieu entre la grisette et la gandine,—moitié ouvrière et moitié fille. Ignorante comme une carpe, elle n'est pas fâchée de pouvoir babiller tout à son aise avec le gigolo, tout aussi ignorant qu'elle, sans redouter ses sourires et ses leçons.»

 

GIGOLO, s. m. Male de la gigolette. C'est un

adolescent, un petit homme. Il tient le milieu entre

Chérubin et don Juan,—moitié nigaud et moitié

greluchon. Type tout à fait moderne, que je laisse

à d'autres observateurs le soin d'observer plus en

détail.

GIGOTER, v. n. Remuer les gigues; danser.

GIGOTS, s. m. pl. Cuisses de l'homme,—dans l'argot

des faubouriens, toujours contempteurs de

l'humanité.

GIGUE, s. f. Femme maigre et d'une taille élevée.

 

On dit aussi Grande gigue.

 

GIGUER, v. n. Danser.

GIGUES, s. f. pl. Jambes,—dans l'argot du peuple, qui

s'en sert pour danser la gigue ou la faire danser

aux gens qui l'ennuient.

 

On disait autrefois gigoteaux.

 

GILET, s. m. Estomac; poitrine.

 

S'emplir le gilet. Boire ou manger.

Avoir le gilet doublé de flanelle. Avoir mangé une soupe plantureuse.

Gilet à la mode. Belle gorge de femme, où le lard abonde.

 

GILLES, s. m. Nom d'homme devenu celui de tous les

hommes dont l'esprit et le cœur ne se sont pas

développés autant que les jambes.

 

Faire Gilles. S'en aller,—s'enfuir.

 

GILMONT, s. m. Gilet,—dans l'argot des voleurs.

 

On dit aussi Georget.

 

GILQUIN, s. m. Coup de poing,—dans l'argot des

artistes et des canotiers.

 

On dit aussi Coup de Gilquin.

 

GIN, s. m. Genièvre,—dans l'argot des faubouriens,

qui s'anglomanisent par moquerie comme les

gandins par genre.

GIRAFE, s. f. Escalier en spirale,—dans l'argot des

écoles de natation.

GIRIES, s. f. pl. Fausse modestie, refus des lèvres et

non du cœur,—dans l'argot du peuple, qui a

horreur de l'hypocrisie.

Faire des giries. Faire semblant de pleurer quand on n'en a pas envie; refuser ce qu'on meurt d'envie d'accepter.

Faiseuse de giries. Fausse Agnès, fausse prude,—et vraie femme.

 

GIROFLÉE A CINQ FEUILLES, s. f. Soufflet,—dans

l'argot des faubouriens, qui savent très bien le

nombre des feuilles du cheiranthus, et encore

mieux celui des doigts de leur main droite.

 

On dit aussi giroflée à plusieurs feuilles,—autre ravenelle qui pousse sur les visages.

 

GIROFLÉTER, v. a. Souffleter.—Verbe créé par Balzac.

GIROLLE, adv. Soit,—dans l'argot des voleurs.

GIRON, s. m. La partie du corps comprise entre la

ceinture et les genoux d'une femme assise,—

dans l'argot du peuple, qui a conservé

précieusement ce mot, en souvenir de ce qu'il

représente pour lui, fils reconnaissant.

GIRONDE, adj. f. Se dit de toute fille ou femme

agréable, plaisante à voir ou à avoir. Argot des

voleurs.

 

On dit aussi Girofle.

 

GIRONDINE, adj. Femme plus jeune et plus gentille

que celle qui n'est que gironde.

GIROUETTE, s. f. Homme sans conscience et sans

moralité, mais non sans habileté et sans esprit,

qui tourne à tous les vents sociaux et politiques:

royaliste avec les Bourbons, républicain avec la

République, napoléonien avec l'Empire, mouton

avec les gens qui bêlent, dogue avec les gens

qui mordent, roquet avec les gens qui aboient,

enclume avec le peuple et marteau avec le

Pouvoir. Argot du peuple.

GÎTER, v. n. Habiter, demeurer.

GIVERNER, v. n. Passer la nuit à vagabonder,—dans

l'argot des cochers de fiacre.

GIVERNEUR, s. m. Vagabond, rôdeur de nuit.

GLACIS, s. m. Verre,—dans l'argot des voleurs, qui

parlent anglais (glass) sans le savoir.

 

Un glacis de lance. Un verre d'eau.

 

GLACIS, s. m. Ton léger et transparent,—dans l'argot

des artistes.

 

Se poser un glacis. Boire,—ce qui amène la transpiration sur le visage et le fait reluire en le colorant.

 

GLAÇON, s. m. Homme d'un abord un peu raide,—

dans l'argot du peuple, que la distinction

effarouche.

GLAIVE, s. m. Couteau à découper,—dans l'argot des

francs-maçons.

GLAS, s. m. Homme ennuyeux, qui répète toujours la

même chose,—comme la cloche qui sonne la

mort de quelqu'un. Argot du peuple.

 

Les ouvriers anglais ont une expression du même genre: croaker, disent-ils.

 

GLAUDE, s. m. Innocent, et même niais.

 

Evidemment le Glaude d'ici est un Claude, comme Colas est un Nicolas, et Miché peut être un Michel.

 

GLAVIOT, s. m. Mucosité expectorée,—dans l'argot

des faubouriens.

GLAVIOTTER, v. n. Cracher fréquemment et

malproprement.

Signifie aussi Débiner.

 

GLAVIOTTEUR, s. m. Homme qui crache fréquemment

et abondamment.

GLIER, s. m. Le Diable,—dans l'argot des voleurs.

 

C'est une syncope de Sanglier probablement.

Le Glier t'enrôle en son pasclin! Le diable t'emporte en enfer (son pays).

Signifie aussi Enfer.

 

GLISSADE, s. f. Chute plus déshonorante que

dangereuse pour la jeune fille qui la fait: elle ne

casse que son sabot, mais il vaudrait mieux

qu'elle se fût cassé la jambe. Argot du peuple.

 

Faire des glissades. Changer souvent d'amants.

 

GLISSANT, s. m. Savon,—dans l'argot des voleurs.

GLISSER, v. n. Mourir,—dans l'argot des faubouriens.

GLISSOIRE, s. f. Ruisseau gelé sur lequel les gamins

s'amusent à glisser.

GLOBE, s. m. Tête,—dans l'argot des faubouriens, qui

la laissent souvent osciller sur son axe.

GLOBES ARRONDIS (Les). La gorge,—dans l'argot des

Académiciens. Quelques-uns ajoutent

quelquefois: par la main des Grâces.

GLORIA, s. m. Tasse de café noir avec un petit verre

d'eau-de-vie. Argot des limonadiers.

GLOUGLOUTER, v. n. Boire, faire des glouglous en

buvant. Argot des faubouriens.

GLOUSSER, v. n. Parler.

GLUANT, s. m. Enfant à la mamelle que le lait qu'il

tette et qu'il laisse baver sur lui rend tout GNOLLES-CEAUX, n. d. l. Batignolles-Monceaux.

poisseux et désagréable à toucher pour

quiconque n'est ni son père ni sa mère.

GLUAU, s. m. Expectoration abondante.

 

Lâcher son gluau. Cracher malproprement.

 

GNANGNAN, adj. des deux g. Mou, paresseux, sans

courage.

GNIAF, s. m. Ouvrier,—dans l'argot des cordonniers.

Savetier,—dans l'argot des ouvriers.

GNIAFFER, v. a. Travailler mal; faire une chose sans

soin, sans goût,—comme un savetier.

GNIFF, s. et adj. Clair, dépouillé,—dans l'argot du

peuple, qui dit cela spécialement à propos du vin.

GNOGNOTTE, s. f. Marchandise sans valeur; chose

sans importance.

 

Balzac a employé aussi ce mot à propos des personnes,—et dans un sens péjoratif, naturellement.

 

GNOLLAIS, s. m. Batignollais,—dans l'argot des

voyous.

GNOLLE, adj. des 2 g. Paresseux; niais,—dans l'argot

des faubouriens.

 

Quelques lexicographes du ruisseau veulent que l'on écrive et prononce gniole.

GNOLLES-CHY., Batignolles-Clichy.

GNON, s. m. Meurtrissure que se fait une toupie ou

un sabot,—dans l'argot des enfants; et par

extension, Blessure que se font les hommes en

se battant.

 

S'emploie au figuré.

 

GO (De, ou Tout de), adv. Librement, sans façon,

sans obstacle,—dans l'argot du peuple.

GOBELOTTER, v. a. Aller de cabaret en cabaret.

 

Signifie aussi, Buvotter, boire à petits coups.

 

GOBELOTTEUR, s. m. Ami des franches lippées, et

des plantureuses réfections.

GOBE-MOUCHERIE s. f. La franc-maçonnerie,—dans

l'argot des voleurs.

GOBE-MOUCHES, s. m. Imbécile, homme qui bée au

vent au lieu de regarder à ses côtés, où se trouve

parfois un pick-pocket. Argot du peuple.

GOBER, v. a. Croire légèrement aux choses qu'on dit,

avaler les mensonges avec autant de confiance

que si c'étaient des vérités.

GOBER, v. a. Avoir de la sympathie pour quelqu'un;

ressentir de l'enthousiasme pour certaines idées.

Argot des faubouriens.

 

Eprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon,—dans l'argot des petites dames.

 

GOBER (La). Être ruiné pour avoir trop cru aux

Mercadets.

Par extension: Mourir.

 

GOBER (Se). Avoir de la fatuité; s'écouter parler et se

regarder dans une glace en parlant.

GOBERGER (Se), v. réfl. Se complaire dans un

endroit, dans un bon lit, dans un bon fauteuil,

auprès d'un bon feu ou d'une bonne table.

 

On sait qu'on appelle goberges les ais du fond sanglé du lit.

 

GOBER SON BŒUF, v. a. Être furieux, d'une chose ou

contre quelqu'un,—dans l'argot des ouvriers.

GOBE-SON, s. m. Calice,—dans l'argot des voleurs.

GOBET, s. m. Morceau de viande quelconque,—dans

l'argot des bouchers, qui emploient ce mot à

propos de la viande non encore détaillée.

GOBET, s. m. Polisson; ouvrier qui se débauche,—

dans l'argot du peuple.

 

Mauvais gobet. Méchant drôle.

 

GOBICHONNADE, s. f. Ripaille.

GOBICHONNER, v. n. Courir les cabarets; faire le lundi

toute la semaine. Argot des ouvriers.

GOBICHONNEUR, s. m. Ami des franches lippées.

GOBIN, s. m. Bossu.

GODAILLER, v. n. Courir les cabarets.

 

Ce verbe est un souvenir de l'occupation de Paris par les Anglais, amateurs de good ale.

 

GODAILLEUR, s. m. Ivrogne, pilier de cabaret.

GODAN, s. m. Rubrique, mensonge, supercherie,—

dans l'argot des faubouriens.

Connaître le godan. Savoir de quoi il s'agit; ne pas se laisser prendre à un mensonge.

Tomber dans le godan. Se laisser duper; tomber dans un piège.

 

GODANCER, v. n. Croire à un mensonge; tomber dans

un piège,—dans un godan.

GODDAM, s. m. Anglais,—dans l'argot du peuple, qui

a trouvé moyen de désigner toute une nation par

son juron favori.

GODELUREAU, s. m. Jeune homme qui fait l'agréable

auprès des «dames» et les réjouit,—dans l'argot

des bourgeois qui n'aiment pas les Lovelaces.

 

On écrivait au e XVI siècle gaudelereau,—ce qu'explique l'étymologie gaudere.

 

GODET, s. m. Verre à boire,—dans l'argot du peuple.

GODICHE, s. et adj. Niais, ou seulement timide.

 

On dit aussi Godichon.

 

GODILLER, v. n. Se réjouir, être content.

GODINETTE, s. f. Grisette, maîtresse.

 

Baiser en godinette. «Baiser sur la bouche en pinçant les joues de la personne,»—sans doute comme baisent les grisettes des romans de Paul de Kock.

 

GOFFE, adj. Homme mal bâti, ou maladroit, grossier

de corps ou d'esprit.

GOGAILLE, s. f. Repas joyeux et plantureux.

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