Dictionnaire de la langue verte
Dictionnaire de la Langue Verte
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.
articles ou des livres de ceux de leurs confrères
qu'ils n'aiment pas, à tort ou à raison.
INFECT, adj. Peu généreux,—dans l'argot des petites
dames, pour qui ne pas regarder à la dépense
c'est sentir bon, et n'avoir pas d'argent c'est puer.
INFÉRIEUR, adj. Qui est indifférent; qui semble peu
important. Argot des faubouriens.
Cela m'est inférieur. Cela m'est égal.
INFIRME, s. et adj. Imbécile,—dans l'argot du peuple
et des gens de lettres.
Jouer comme un infirme. Jouer très mal.
INGÉNUE, s. f. Jeune fille innocente et persécutée par
les séducteurs auxquels elle résiste
vertueusement—tant que dure son rôle: la toile
baissée, c'est différent. Argot des coulisses.
Cet emploi commence à disparaître des théâtres et des pièces comme trop invraisemblable et par conséquent ridicule. Les actrices aiment mieux jouer les travestis.
INGLICHE, s. m. Anglais,—dans l'argot des
faubouriens, qui prononcent à peu près bien ce
mot, mais qui l'écriraient probablement très mal.
Ils disent aussi Inglichemann (Englishman).
INGRISTE, s. m. Peintre qui fait gris comme M. Ingres
et exagère la sécheresse et la froideur de couleur
de ce maître. Argot des artistes et des gens de
lettres.
INGURGITER, v. a. et n. Boire, ou manger, avaler,—
dans l'argot du peuple.
On dit aussi S'ingurgiter quelque chose.
INGURGITER SON BILAN. Mourir,—dans l'argot des
commerçants.
IN NATURALIBUS. En chemise, ou nu.
INODORES, s. m. pl. Water-closets,—dans l'argot des
bourgeois.
INQUIÉTUDES, s. f. pl. Démangeaisons,—dans l'argot
des faubouriens.
Avoir des inquiétudes dans le mollet. Avoir une crampe.
INSINUANT, s. m. Apothicaire,—dans l'argot des
voleurs, qui ont voulu détrôner M. Fleurant.
INSOLPÉ, adj. et s. Insolent,—dans le même argot.
INSURGÉ DE ROMILLY, s. m. Résultat probant de toute
bonne digestion. Synonyme de factionnaire,
sentinelle, etc. Cette expression date de 1848 et
est due à une historiette grasse rapportée par le
Corsaire de cette époque.
INTERLOPE, s. et adj. Qui appartient au monde de la
galanterie,—où les smugglers des deux sexes
fraudent sans cesse la Morale, la Pudeur et
même la Préfecture de police.
Le monde interlope. La Bohème galante.
INTERLOQUER, v. a. Confondre, stupéfier, humilier,—
dans l'argot du peuple.
INTIME, s. m. Applaudisseur gagé,—dans l'argot des
coulisses.
INVALIDE, s. m. Ancienne pièce de quatre sous,—
dans l'argot du peuple.
INVALO, s. m. Apocope d'Invalide,—dans l'argot des
faubouriens.
INVITE, s. f. Apocope d'Invitation,—dans l'argot des
joueurs de whist.
INVITE, s. f. Apocope d'Invitation.—Argot des
faubouriens.
Faire une invite à l'as. Solliciter quelqu'un de vous offrir quelque chose.
IRLANDE (En)! Obliquement, à droite ou à gauche,—
dans l'argot des gamins, qui emploient cette
expression en jouant au bouchon ou aux billes.
IROQUOIS, s. m. Imbécile,—dans l'argot du peuple, qui
ne respecte pas assez les héros de Cooper.
S'habiller en iroquois. D'une manière bizarre, extravagante.
Parler comme un iroquois. Fort mal.
ISOLAGE, s. m. Abandon.—dans l'argot des voleurs.
ISOLER, v. a. Abandonner.
ITRER, v. a. Avoir,—dans le même argot.
C'est un verbe irrégulier. Ainsi: Ire-tu picté ce luisant? (As-tu bu aujourd'hui?)
IVOIRE, s. m. Les dents,—dans l'argot des
faubouriens.
Faire un effet d'ivoire. Rire de façon à montrer qu'on a la bouche bien meublée.
Les voyous anglais disent de même: o flash one's ivory. IVROGNER (S'), v. réfl. Avoir des habitudes
d'ivrognerie,—dans l'argot du peuple.
J
JABOT, s. m. Estomac,—dans l'argot des faubouriens,
qui savent pourtant bien que l'homme n'est pas
un granivore.
S'arroser le jabot. Boire.
Faire son jabot. Manger.
On dit aussi Remplir son jabot.
L'expression est vieille:
«De ce vin champenois dont j'emplis mon jabot
On ne me voit jamais sabler que le goulot!»
dit le grand prêtre Impias de la tragédie-parade le Tempérament (1755).
JABOT, s. m. Gorge de femme.
Chouette jabot. Poitrine plantureuse.
JABOTAGE, s. m. Bavardage,—dans l'argot du peuple.
JABOTER, v. n. Parler, bavarder.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne:
«Lise était sotte,
Maintenant elle jabotte;
Voyez comme l'esprit
Dans un jeune cœur s'introduit.»
JABOTEUR, s. m. Bavard.
JACASSE, s. f. Femme bavarde.
Se dit aussi d'un Homme bavard ou indiscret.
JACASSER, v. n. Bavarder. JACASSEUR, s. m. Bavard, indiscret.
JACOBIN, s. m. Révolutionnaire,—dans l'argot des
bourgeois, qui singent les aristocrates.
JACQUE, s. m. Pièce d'un sou,—dans l'argot des
voleurs.
JACQUE, s. m. Geai,—dans l'argot du peuple.
JACQUELINE, s. f. Grisette,—dans l'argot des
bourgeois; Concubine,—dans l'argot des
bourgeoises.
«Notre Jacqueline le fouille,
Emporte la grenouille.
Laisse là mon nigaud,»
dit une vieille chanson.
JACQUELINE, s. f. Sabre de cavalerie,—dans l'argot
des soldats.
JACQUES BONHOMME. Le peuple,—dans l'argot des
faubouriens, dont les pères firent la Jacquerie.
C'est le John Bull anglais, le Frère Jonathan américain, etc.
JACQUOT, s. m. Niais, bavard, importun,—dans l'argot
du peuple.
On dit aussi Grand Jacquot.
JACTER, v. n. Parler,—dans l'argot des voleurs, qui
ont emprunté ce verbe à la vieille langue des
honnêtes gens (jactare, vanter, prôner). JAFFE, s. f. Soufflet,—dans l'argot du peuple, qui
s'assimile volontiers les mots des ouvriers
provinciaux transplantés à Paris, et qui a
certainement emprunté celui-ci au patois
normand.
JAFFES, s. f. pl. Les joues.
JAFFIER, s. m. Jardin,—dans l'argot des voleurs.
JAFFIN, s. m. Jardinier.
JAFFLE, s. f. Soupe, potage,—dans le même argot.
JALO, s. m. Chaudronnier,—dans le même argot.
JAMBE DE VIN, s. f. Ivresse,—dans l'argot du peuple.
Faire jambe de vin. Boire à tire-larigot.
JAMBES DE COQ, s. f. pl. Jambes maigres,—dans
l'argot du peuple.
Jambes en coton. Flageolantes comme le sont d'ordinaire celles des ivrognes, des poltrons et des convalescents.
Jambes en manches de veste. Jambes arquées, disgracieuses.
JAMBES EN L'AIR, s. f. Potence,—dans l'argot des
voleurs.
JAMBONS, s. m. pl. Les cuisses,—dans l'argot des
faubouriens, qui prennent l'homme pour un goret,
et qui ont quelquefois raison.
Scarron n'a pas été moins irrévérencieux:
«Aussi fut Pélias le bon
Fort incommodé d'un jambon.»
dit-il dans son Virgile travesti.
JAPPER, v. n. Crier.
JAR, s. m. Argot des voleurs, qui n'est pas autre
chose qu'un jargon.
Dévider le jar. Parler argot.
Le peuple disait autrefois d'un homme très fin, très rusé: Il entend le jar. Et souvent il ajoutait: Il a mené les oies,—le jar étant le mâle de l'oie.
JARDINAGE, s. m. Débinage, médisance,—dans
l'argot des voyous.
JARDINER, v. a. et n. Débiner.
JARDINER, v. n. Parler,—dans le même argot.
JARDINIER, s. m. Complice de l'Américain dans le vol
au charriage. C'est lui qui est chargé de flairer
dans la foule l'homme simple à dépouiller.
JARGOLLE, n. d. l. La Normandie,—dans l'argot des
voleurs.
JARGOLLIER, s. m. Normand.
JARGONNER, v. n. Babiller, bavarder,—dans l'argot du
peuple.
JARGOUILLER, v. n. Parler confusément.
On dit aussi Gargouiller.
JARGUER, v. n. Parler argot, dévider le _jar.
JARNAFFE, s. f. Jarretière,—dans l'argot des voleurs.
Jeu de la jarnaffe. Escroquerie dont Vidocq donne le procédé, pages 233-34 de son ouvrage.
JARRET, s. m. Bon marcheur,—dans l'argot du
peuple, qui emploie souvent la métonymie.
JASANTE, s. f. Prière,—dans l'argot des voleurs.
JASER, v. n. Prier.
JASER, v. n. Parler indiscrètement, de manière à
compromettre des tiers ou soi-même,—dans
l'argot du peuple.
JASPIN, adv. Oui,—dans l'argot des voleurs.
JASPINEMENT, s. m. Aboiement,—dans le même
argot.
JASPINER, v. a. et n. Parler, bavarder.
Jaspiner bigorne. Entendre et parler l'argot. V. Bigorne.
En wallon, Jaspiner c'est gazouiller, faire un petit bruit doux et agréable comme les oiseaux.
JAUNE, s. m. Eau-de-vie,—dans l'argot des
chiffonniers.
JAUNE, s. m. Été, la saison mûrissante,—dans l'argot
des voleurs.
JAUNE D'ŒUF (Avec un). Phrase suffixe que le peuple
emploie ironiquement avec le verbe _Aimer ou
Adorer.
Ainsi Je t'adore avec un jaune d'œuf signifie: «Je ne l'aime pas du tout», et fait une sorte de calembour, par allusion à l'emploi connu du jaune d'œuf.
JAUNET, s. m. Pièce d'or de vingt francs,—dans
l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Jauniau.
Au e XVII siècle, on disait Rouget.
JAUNIER, s. m. Débitant ou buveur d'eau-de-vie.
JAVANAIS, s. m. Langue de convention parlée dans le
monde des coulisses et des filles, qui consiste à
ajouter après chaque syllabe la syllabe _va_ ou JEAN DE LA SUIE, s. m. Savoyard, ramoneur,—dans
_av, _ad libitum, de façon à rendre le mot
prononcé inintelligible pour les profanes.
Les voleurs ont aussi leur javanais, qui consiste à donner des terminaisons en _ar_ et en _oc, en al ou en em, de façon à défigurer les mots, soit français, soit d'argot, en les agrandissant.
Quant aux bouchers, étaliers ou patrons, leur javanais consiste à remplacer toutes les premières lettres consonnes d'un mot, par un l et à reporter la première consonne à la fin du mot, auquel on coud une syllabe javanaise. Ainsi pour dire Papier, ils diront Lapiepem, ou Lapiepoc.
Pour les mots qui commencent par une voyelle, on les fait précéder et suivre par un l, sans oublier de coudre à la fin une syllabe javanaise quelconque. Par exemple avis se dit Laviloc ou mieux Lavilour. Quelquefois aussi ils varient pour mieux dérouter les curieux; ils disent nabadutac pour tabac,—quand ils ne disent pas néfoin du tré pour tréfoin, en employant les syllabes explétives na et né qui sont du pur javanais, comme av et va.
JAVARD, s. m. Lin que l'on met en javelles,—dans
l'argot des voleurs.
JAVOTTE, s. f. Homme bavard, indiscret,—dans l'argot
du peuple.
JEAN, s. m. Imbécile; mari que sa femme trompe sans
qu'il s'en aperçoive.
On disait autrefois Janin.
JEAN-BÊTE, s. m. Imbécile.
C'est le cas ou jamais de citer les vers de madame Deshoulières:
«Jean? Que dire sur Jean? C'est un terrible nom Que jamais n'accompagne une épithète honnête: Jean Des Vignes, Jean Lorgne... Où vais-je? Trouvez bon Qu'en si beau chemin je m'arrête.»
l'argot du peuple.
JEAN DE LA VIGNE, s. m. Crucifix,—dans l'argot des
voleurs.
JEANFESSE, s. f. Malhonnête homme, bon à fouetter,
—dans l'argot des bourgeois.
JEANFOUTRE, s. m. Homme sans délicatesse, sans
honnêteté, sans courage, sans rien de ce qui
constitue un homme,—dans l'argot du peuple,
dont cette expression résume tout le mépris.
JEAN GUÊTRÉ. Le peuple des paysans.
L'expression est de Pierre Dupont.
JEAN-JEAN, s. m. Conscrit,—dans l'argot des vieux
troupiers, pour qui tout soldat novice est un
imbécile qui ne peut se dégourdir qu'au feu.
JEAN-JEAN, s. et adj. Homme par trop simple, qui se
laisse mener par le bout du nez,—dans l'argot du
peuple.
JEANLORGNE, s. m. Innocent, et même niais.
JEANNETON, s. f. Fille de moyenne vertu,—dans
l'argot des bourgeois, qui connaissent leur La
Fontaine.
«Car il défend les jeannetons,
Chose très nécessaire à Rome.»
JEAN-RAISIN. Le peuple des vignerons.
L'expression est de Gustave Mathieu.
JE NE SAIS QUI, s. f. Femme de mœurs plus que
légères,—dans l'argot méprisant des
bourgeoises.
JE NE SAIS QUOI, s. m. Qualité difficile à définir;
l'inconnue d'un sentiment ou d'un caractère qu'on
chercherait en vain à dégager. Argot des gens de
lettres.
JÉRÔME, s. m. Canne, bâton,—dans l'argot du
peuple.
JÉSUITE, s. m. Dindon,—dans l'argot des voleurs, qui
doivent employer cette expression depuis
l'introduction en France, par les missionnaires, de
ce précieux gallinacé, c'est-à-dire depuis 1570.
JÉSUS, s. m. Innocent,—dans l'argot souvent ironique
du peuple.
D'où le grippe-Jésus de l'argot encore plus ironique des voleurs, puisqu'ils appellent ainsi les gendarmes.
JÉSUS, s. m. «Enfant dressé au vol et à la
débauche,»—dans l'argot des voleurs.
JET, s. m. Canne, jonc,—dans le même argot. JETER, v. n. Suppurer,—dans l'argot du peuple.
JETER DES PERLES DEVANT LES POURCEAUX, v. a. Dire
ou faire de belles choses que l'on n'apprécie
point à leur juste valeur,—dans l'argot des
bourgeois.
C'est le margaritas antè porcos des Anciens.
JETER DU CŒUR SUR DU CARREAU. Rendre fort
incivilement son déjeuner ou son dîner, lorsqu'on
l'a pris trop vite ou trop abondant.
JETER LE MOUCHOIR, v. a. Distinguer une femme et lui
faire agréer ses hommages et son cœur,—dans
l'argot des vieux galantins.
JETER SA LANGUE AUX CHIENS, v. a. Renoncer à
deviner une chose, à la comprendre,—dans On dit aussi: Avoir son petit jeune homme.
l'argot des bourgeois.
On dit aussi Jeter sa langue aux chats.
JETER SON BONNET PAR DESSUS LES MOULINS. Dire
adieu à la pudeur, à l'innocence, et, par suite au
respect des honnêtes gens, et se lancer à cœur
perdu dans la voie scabreuse des aventures
amoureuses. Argot du peuple.
JETER SON LEST, v. a. Se débarrasser
involontairement du déjeuner ou du dîner dont on
s'était lesté mal à propos.
JETER UN FROID, v. a. Commettre une incongruité
parlée, dire une inconvenance, faire une
proposition ridicule qui arrête la gaieté et met tout
le monde sur ses gardes.
JETON, s. m. Pièce d'argent,—dans l'argot des
faubouriens.
JEUNE, s. m. Petit enfant ou petit animal,—dans
l'argot du peuple.
JEUNE, adj. Naïf, et même un peu sot.
Quand un ouvrier dit de quelqu'un: Il est trop jeune! cela signifie: il est incapable de faire telle ou telle chose,—il est trop bête pour cela.
JEUNE-FRANCE, s. m. Variété de Romantique,
d'étudiant ou de commis—en pourpoint de
velours, en barbe fourchue, en cheveux en
broussailles, avec le feutre mou campé sur
l'oreille.
JEUNE HOMME, s. m. Double moos de bière,—dans
l'argot des brasseurs parisiens.
JEUNE HOMME (Avoir son), v. a. Être complètement
ivre, de façon à se laisser mater et conduire par
un enfant. Argot des faubouriens.
JEUNE SEIGNEUR, s. m. Gandin,—du moins d'après
madame Eugénie Foa, à qui je laisse toute la
responsabilité de ce néologisme, que je n'ai
jamais entendu, mais qu'elle déclare, à la date du
1 er mars 1840, être «le titre de bon goût
remplaçant ceux de petits-maîtres, beaux-fils,
muscadins, etc..» Greffier fidèle, j'enregistre tout.
JEUNESSE, s. f. Jeune fille,—dans l'argot du peuple.
JEUNET, ETTE, adj. Qui est un peu trop jeune, et par
conséquent trop naïf.
S'emploie aussi à propos d'un vin trop nouveau et que sa verdeur rend désagréable au palais.
JEUX SANGLANTS DE MARS (Les). La guerre,—dans
l'argot des académiciens.
JIGLER, v. a. et n. Sauter en s'éparpillant. Ne
s'emploie qu'à propos des liquides, vin, boue ou
sang.
JINGLARD, s. m. Petit vin suret, ou le vin au litre en
général,—dans l'argot du peuple, qui ne veut plus
dire ginguet, et encore moins guinguet, une
étymologie cependant.
JOB, s. m. Innocent, imbécile, dupe,—dans l'argot des
faubouriens, qui parlent comme écrivaient Noël
Du Fail en ses Propos rustiques et d'Aubigné en
sa Confession de Sancy.
JOB, s. m. Tromperie, mensonge.
Monter un job. Monter un coup.
Monter le job. Tromper, jouer une farce.
JOBARD, s. m. et adj. Homme par trop crédule, dont
chacun se moque, les femmes parce qu'il est trop
respectueux avec elles, les hommes parce qu'il
est trop confiant avec eux.
C'est un mot de vieille souche, qu'on supposerait cependant né d'hier,—à voir le «silence prudent» que le Dictionnaire de l'Académie garde à son endroit.
JOBARDER, v. a. Tromper, se moquer; duper.
Se faire jobarder. Faire rire à ses dépens.
JOBARDERIE, s. f. Confiance par trop excessive en la
probité des hommes et la fidélité des femmes.
JOBERIE , s. f. Niaiserie, simplicité de cœur et d'esprit.
JOBISME, s. m. Pauvreté complète, pareille à celle de
Job.
L'expression appartient à H. de Balzac.
JOCKO, s. m. Pain long,—dans l'argot des bourgeois,
qui consacrent ainsi le souvenir du singe Jocko,
un lion il y a trente ans.
On dit aussi Pain jocko ou à la Jocko.
JOCRISSE, s. m. Mari qui se laisse mener par sa
femme,—dans l'argot du peuple, qui a eu
l'honneur de prêter ce mot à Molière.
JOCRISSIADE, s. f. Naïveté,—ou plutôt Niaiserie.
JOINT, s. m. Biais pour se tirer d'affaire,—dans l'argot
des bourgeois, qui découpent mieux qu'ils ne
parlent.
Connaître le joint. Savoir de quelle façon sortir d'embarras; connaître le point capital d'une affaire.
JOJO, adj. Joli,—dans l'argot des voyous.
JOJO, adj. et s. Innocent, et même Niais,—dans
l'argot du peuple.
Faire du jojo. Faire l'enfant, la bête.
JOLI, adj. et s. Chose fâcheuse, désagréable.
Voilà du joli! Nous voici dans une position critique.
JOLI GARÇON, s. m. Se dit ironiquement et en manière
de reproche de quelqu'un dont on a à se
plaindre.
JONC, s. m. Or,—dans l'argot des voleurs, qui
appellent ainsi ce métal, non, comme le veut M.
Francisque Michel, par corruption de jaune, mais
bien parce que c'est le nom d'une bague en or
connue de tout le monde, et qui ne se porte qu'en
souvenir de l'anneau de paille des gens mariés
par condamnation de l'Officialité.
JONCHER, v. a. Dorer.
JONCS, s. m. pl. Lit de prison, à cause de la paille qui
en compose les matelas.
Être sur les joncs. Être arrêté ou condamné pour un temps plus ou moins long—toujours trop long!—«à pourrir sur la paille humide des cachots».
JORDONNE, s. m. Homme qui aime à commander,
dans l'argot du peuple.
On dit aussi Monsieur Jordonne, et, de même, Madame ou Mademoiselle Jordonne, quand il s'agit d'une femme qui se donne des «airs de princesse».
JORNE, s. m. Jour,—dans l'argot des voleurs, qui
d'ordinaire ne travaillent pas a giorno.
JOSEPH, s. m. Homme par trop chaste,—dans l'argot
des petites dames, qui ressemblent par trop à
madame Putiphar.
Faire son Joseph. Repousser les avances d'une femme, comme le fils de Jacob celles de la femme de Pharaon.
JOSÉPHINE, s. f. Mijaurée, bégueule,—dans l'argot
des faubouriens, qui ont voulu donner une
compagne à Joseph.
Faire sa Joséphine. Repousser avec indignation les propositions galantes d'un homme.
JOUASSER, v. n. Jouer mal ou sans application, pour
passer le temps plutôt que pour gagner une
partie.
On dit aussi Jouailler.
JOUASSON, s. m. Joueur malhabile ou distrait, redouté
des véritables joueurs,—qui lui préféreraient
volontiers un Grec.
On dit aussi Jouaillon.
JOUER (se). S'arranger, s'organiser,—dans l'argot du
peuple, qui emploie cette expression à propos
d'une foule de choses étrangères à la musique et
au jeu. Ainsi, à propos d'un portefeuille à secret,
au lieu de dire: Comment cela s'ouvre-t-il? il dira:
Comment cela se joue-t-il?
Ce verbe s'emploie dans un autre sens, celui de faire, pour marquer l'étonnement. Comment cela se joue-t-il donc? Tout à l'heure j'avais de l'argent et maintenant je n'en ai plus!
JOUER A COURIR, v. n. Se défier à la course,—dans
l'argot des enfants.
JOUER A LA MAIN CHAUDE, v. n. Être guillotiné,—dans
l'argot des voleurs, qui font allusion à l'attitude du
supplicié, agenouillé devant la machine, la tête
basse, les mains liées derrière le dos.
JOUER A LA RONFLE, v. n. Ronfler en dormant,—dans
l'argot des faubouriens.
JOUER COMME UN FIACRE, v. n. Jouer très mal,—dans
l'argot du peuple, qui sait que les voitures
imaginées, au e XVII siècle, par Sauvage, sont les
plus détestables véhicules du monde.
On dit aussi Jouer comme une huître.
JOUER DE LA HARPE. S'assurer, comme Tartufe, et
dans le même but que lui, auprès d'une femme,
que l'étoffe de sa robe est moelleuse.
JOUER DE QUELQU'UN, v. n. Le mener comme on veut,
en tirer soit de l'argent, soit des complaisances
de toutes sortes,—dans l'argot de Breda-Street,
où l'on joue de l'homme comme Liszt du piano,
Paganini du violon, Théophile Gautier de la
prose, Théodore de Banville du vers, etc., etc.
JOUER DES JAMBES, v. a. S'enfuir,—dans l'argot des
faubouriens.
JOUER DEVANT LES BANQUETTES. Jouer devant une
salle où les spectateurs ne sont pas nombreux,
ainsi que cela arrive fréquemment l'été. Argot des
coulisses.
JOUER DU CŒUR. Rejeter les vins ou les viandes
ingérés en excès ou mal à propos,—dans l'argot
du peuple, à qui les concetti ne déplaisent pas.
Nos aïeux disaient Tirer aux chevrotins.
JOUER DU NAPOLÉON, v. a. Payer; dépenser sans
compter,—dans l'argot des bohèmes, à qui ce
jeu-là est interdit.
JOUER DU PIANO, v. a. Se dit,—dans l'argot des
maquignons, d'un cheval qui frappe inégalement
des pieds en courant.
JOUER DU POUCE, v. a. Dépenser de l'argent,—dans
l'argot du peuple.
Signifie aussi Compter de l'argent.
JOUER DU VIOLON, v. a. Scier ses fers,—dans l'argot
des voleurs.
On dit aussi Jouer de la harpe.
JOUER DU VIOLON, v. n. Se dit,—dans l'argot des
écrivains fantaisistes, à propos des mouvements
de systole et de diastole du cœur humain en
proie à l'Amour, ce divin Paganini.
JOUER LA FILLE DE L'AIR, v. a. S'en aller de quelque
part; s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.
JOUJOU, s. m. Jouet,—dans l'argot des enfants.
Faire joujou. S'amuser,—au propre et au figuré.
JOUJOU, s. m. La croix d'honeur,—dans l'argot du
peuple.
On se rappelle les tempêtes soulevées par Clément Thomas, employant cette expression en pleine Assemblée nationale.
JOUJOUTER, v. n. Jouer, faire joujou,—dans l'argot
des faubouriens, qui emploient ce verbe au
propre et au figuré.
JOUR DE LA SAINT-JEAN-BAPTISTE (Le). Le jour de
l'exécution,—dans l'argot des prisons. C'est une
allusion, comprise même des plus ignorants et
des plus païens, à la décollation du Précurseur,
dont la belle et cruelle Hérodiade ne pouvait
digérer les mercuriales.
Les voleurs anglais ont aussi leur allusion à ce jour fatal, qu'ils appellent le Jour du torticolis (wry-neck day).
JOURNOYER, v. n. Ne rien faire de la journée, flâner.
Argot du peuple.
JUBÉCIEN, IENNE, adj. et s. Grimacier, grimacière, qui
fait des façons, des giries.
JUBILATION, s. f. Contentement extrême,—dans l'argot
du peuple.
Visage de jubilation. Qui témoigne d'un très bon estomac.
JUBILER, v. n. Se réjouir.
JUDAS, s. m. Traître; homme dont il faut se méfier,—
dans l'argot du peuple, chez qui est toujours
vivante la tradition de l'infamie d'Iscariote.
Baiser de Judas. Baiser qui manque de sincérité.
Barbe de Judas. Barbe rouge.
Bran de Judas. Taches de rousseur.
Le point de Judas. Le nombre 13.
JUDAS, s. m. Petite ouverture au plancher d'une
chambre située au-dessus d'une boutique, et qui
trahit ainsi la présence d'un étranger dans celle-
ci.
Les judas parisiens sont les cousins germains des espions belges et suisses.
JUDASSER, v. n. Embrasser pour tromper—comme
Judas Iscariote fit au Christ.
Signifie aussi simplement: Tromper, trahir.
JUDASSERIE, s. f. Fausse démonstration d'amitié; tour,
perfidie; trahison.
JUDÉE, n. de l. Préfecture de police,—dans l'argot des
voleurs, qui ont appris à leurs dépens le chemin
de la rue de Jérusalem.
Ils disent aussi Petite Judée.
JUGE DE PAIX, s. m. Tourniquet de marchand de vin,
qui condamne à payer une tournée celui qui perd
en amenant le plus petit nombre. Argot des
ouvriers.
JUGE DE PAIX, s. m. Bâton,—parce qu'il est destiné à
mettre le holà.
Cette expression fait partie de l'argot des voleurs et de celui des faubouriens.
JUGEOTTE, s. f. Jugement, logique, raison, bon sens,
—dans l'argot du peuple, pour qui cela remplace
la judiciaire.
JUGULER, v. a. Importuner, ennuyer, égorger
d'obsessions.
JUIF, s. m. Prêteur à la petite semaine,—dans l'argot
des étudiants.
JUIF ERRANT, s. m. Grand marcheur, homme qui va
par monts et par vaux, comme Ahasvérus, que
Jésus—«la bonté même»—a condamné à
marcher «pendant plus de mille ans».
JUIFFER, v. a. Tromper en vendant; avoir un bénéfice
usuraire dans une affaire.
JUILLETISER, v. a. Faire une révolution, détrôner un
roi,—dans l'argot du peuple, qui a gardé le
souvenir des «glorieuses journées» de 1830.
JULES, s. m. Pot qu'en chambre on demande,—dans
l'argot des faubouriens révolutionnaires, qui ont
éprouvé le besoin de décharger la mémoire de
saint Thomas des ordures dont on la couvrait
depuis si longtemps.
Aller chez Jules. C'est ce que les Anglais appellent To pay a visit to mistress Jones.
JUMELLES, s. f. pl. Partie du corps qui constitue la
Vénus Callipyge,—dans l'argot des voleurs,
héritiers des Précieuses, lesquelles appelaient
cette partie Les deux sœurs.
JUS, s. m. Grâce, élégance, bon goût,—dans l'argot
des faubouriens, pour qui certaines qualités
extérieures, naturelles ou acquises, sont la sauce
de certaines qualités de l'âme.
Avoir du jus. Avoir du chic, de la tournure.
Être d'un bon jus. Être habillé d'une façon grotesque, ou avoir un visage qui prête à rire.
JUS, s. m. Profit, bénéfice que rend une affaire.
JUS DE BÂTON, s. m. Coup de bâton.
JUS D'ÉCHALAS, s. m. Vin.
JUS DE RÉGLISSE, s. m. Nègre ou mulâtre.
JUSQU'À PLUS SOIF, adv. A l'excès, extrêmement,—
dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à
propos de tout.
JUSTE, s. f. La Cour d'assises,—dans l'argot des
voleurs, qui s'étrangleraient sans doute à
prononcer le mot tout entier, qui est Justice.
JUSTE MILIEU, s. m. Député conservateur quand
même, ami quand même du gouvernement
régnant. Argot des journalistes libéraux.
On dit aussi Centrier.
JUSTE-MILIEU, s. m. L'endroit consacré par la
jurisprudence du Palais-Royal comme cible aux
coups de pied classiques et aux plaisanteries
populaires.
JUTEUX, EUSE, adj. qui donne de grands bénéfices,
qui rend un grand profit, qui a du jus enfin.
K
KIF-KIF, adv. Ric-à-ric,—dans l'argot des faubouriens
qui ont servi dans l'armée d'Afrique.
KINSERLICK, s. m. Autrichien,—dans l'argot des
troupiers, qui ont entendu parler des Impériaux
(die Kaiserlichen) battus par leurs pères, les
soldats de la Grande Armée.
On dit aussi et mieux Kaiserlick.
KLEBJER, v. n. Manger,—dans l'argot des marbriers
de cimetière, qui parlent russe (kleb, pain) sans
le savoir.
Ils disent aussi Tortorer.
KOKSNOFF, adj. Elégant, beau, brillant, chocnosoff,—
dans l'argot des bohèmes et des rapins.
KOLBAC, s. m. Coiffure généralement quelconque,—
dans l'argot des faubouriens.
KRAPSER, v. a. Tuer,—dans l'argot des faubouriens
qui ont fait la guerre d'Orient.
Signifie aussi mourir.
KYRIELLE, s. f. Suite ou procession de gens; famille
nombreuse,—dans l'argot du peuple.
Avoir des kyrielles d'enfants. En avoir beaucoup.
L
LA, s. m. Mot d'ordre, signal; invitation à se mettre à
l'unisson,—dans l'argot des gens de lettres.
Donner le la. Indiquer par son exemple, par sa conduite, ce que les autres doivent faire, dire, écrire.
LA-BAS, adv. de l. Saint-Lazare,—dans l'argot des
filles, qui n'aiment à parler qu'allusivement de ce
Paraclet forcé.
LABORATOIRE, s. m. Cuisine,—dans l'argot des
restaurateurs, chimistes ingénieux qui savent
transformer les viandes et les vins de façon à
dérouter les connaisseurs.
LACETS, s. m. pl. Poucettes,—dans l'argot des
voleurs.
Les marchands de lacets. Les gendarmes.
LACHE, s. et adj. Paresseux,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Saint Lâche.
LACHER, v. a. Quitter.
Lâcher d'un cran. Abandonner subitement.
LACHER LA RAMPE, v. a. Mourir,—dans l'argot des
faubouriens.
LACHER (Se), v. réfl. Oublier les lois de la civilité
puérile et honnête, ventris flatum emittere,—dans
l'argot des bourgeois.
On dit aussi En lâcher un ou une,—selon le sexe de l'incongruité.
LACHER LE COUDE DE QUELQU'UN, v. a. Cesser de
l'importuner,—dans l'argot des faubouriens.
C'est plutôt une exclamation qu'un verbe: Ah! tu vas me lâcher le coude! dit-on à quelqu'un qui ennuie, pour s'en débarrasser.
LÂCHER SON ÉCUREUIL, v. a. Meiere,—dans l'argot
des voyous.
LACHER UN CRAN, v. a. Se déboutonner un peu quand
on a bien dîné,—dans l'argot des bourgeois.
LACHER UNE NAÏADE, v. a. Meiere,—dans l'argot
facétieux des ouvriers.
Ils disent aussi Lâcher les écluses.
LACHER UNE TUBÉREUSE. (V. Se lâcher.)
LACHEUR, s. et adj. Homme qui abandonne volontiers
une femme,—dans l'argot de Breda-Street, où le
rôle d'Ariane n'est pas apprécié à sa juste valeur.
LACHEUR, s. m. Homme qui laisse ses camarades
«en plan» au cabaret, ou ne les reconduit pas
chez eux lorsqu'ils sont ivres,—dans l'argot des
ouvriers, que cette désertion humilie et indigne.
Beau lâcheur. Homme qui fait de cette désertion une habitude.
LACHEUR, s. et adj. Confrère qui vous défend mal
quand on vous accuse devant lui, et qui même,
joint ses propres railleries à celles dont on vous
accable. Argot des gens de lettres.
Lâcheur ici est synonyme de Lâche.
LAFARGER, v. a. Se débarrasser de son mari en
l'empoisonnant ou de tout autre façon,—dans
l'argot du peuple, plus cruel que la justice,
puisqu'il fait survivre le châtiment au coupable.
LAFFE, s. f. Potage, soupe,—dans l'argot des voleurs.
LAGO, adv. Là,—dans le même argot. Labago. Là-bas.
LAIDERON, s. m. Fille ou femme fort laide,—dans
l'argot des bourgeois, dont l'esthétique laisse
beaucoup à désirer.
On dit aussi Vilain laideron,—quand on veut se mettre un pléonasme sur la conscience.
LAINE, s. f. Ouvrage,—dans l'argot des tailleurs.
LAINÉ, s. m. Mouton,—dans l'argot des voleurs.
LAISSER ALLER (Se), v. réfl. N'avoir plus d'énergie,
s'habiller sans goût et même sans soin; se
négliger. Argot du peuple.
LAISSER ALLER LE CHAT AU FROMAGE. Perdre tout droit
à porter le bouquet de fleurs d'oranger
traditionnel.
L'expression est vieille,—comme l'imprudence des jeunes filles. Il y a même à ce propos, un passage charmant d'une lettre écrite par Voiture à une abbesse qui lui avait fait présent d'un chat: «Je ne le nourris (le chat) que de fromages et de biscuits; peut-être, madame, qu'il n'était pas si bien traité chez vous; car je pense que les dames de *** ne laissent pas aller le chat aux fromages et que l'austérité du couvent ne permet pas qu'on leur fasse si bonne chère.»
LAISSER DE SES PLUMES, v. a. Perdre de l'argent dans
une affaire; ne sortir d'un mauvais pas qu'en
finançant.
LAISSER FUIR SON TONNEAU. Mourir,—dans l'argot des
marchands de vin.
LAISSER PISSER LE MÉRINOS, v. n. Ne pas se hâter;
attendre patiemment le résultat d'une affaire,
d'une brouille, etc. Argot des faubouriens.
LAISSER SES BOTTES QUELQUE PART, v. a. Y mourir,—
dans l'argot du peuple.
LAISSER TOMBER SON PAIN DANS LA SAUCE. S'arranger
de manière à avoir un bénéfice certain sur une
affaire; montrer de l'habileté en toute chose.
LAIT, s. m. Encre,—dans l'argot des voleurs.
Lait à broder. Encre à écrire.
Lait de cartaudier. Encre d'imprimerie.
LAIT DE VIEILLARD, s. m. Vin,—dans l'argot du peuple,
qui dit cela pour avoir le droit de téter jusqu'à
cent ans.
LAÏUS, s. m. Discours quelconque,—dans l'argot des
Polytechniciens, chez qui ce mot est de tradition
depuis 1804, époque de la création du cours de
composition française, parce que le sujet du
premier morceau oratoire à traiter par les élèves
avait été l'époux de Jocaste.
Piquer un Laïus. Prononcer un discours.
Les Saint-Cyriens, eux, disent Brouta (du nom d'un professeur de l'Ecole), broutasser et broutasseur.
LAMBERT. Nom qu'on donne, depuis l'été de 1864 à
toute personne dont on ignore le nom véritable.
Appeler Lambert. Se moquer de quelqu'un dans la rue.
LAMBIN, s. et adj. Paresseux, flâneur,—dans l'argot
du peuple.
Il emploie ce mot depuis très longtemps, trois siècles à peu près, si l'on en croit le Dictionnairehistorique de M. L.-J. Larcher, qui le fait venir de Lambin, philosophe français, «lent dans son travail et lourd dans son style».
Signifie aussi hésitant.
LAMBINER, v. n. Hésiter à faire une chose, à prendre
un parti; flâner.
LAME, s. f. Tombeau,—dans l'argot des romantiques,
qui avaient ressuscité les vieux mots des poètes
du e XVI siècle.
Être couché sous la lame. Être mort.
LAMINE, n. d. v. Le Mans,—dans l'argot des voleurs.
LAMPE, s. f. Verre à boire,—dans l'argot des francs-
maçons.
Ils disent aussi Canon.
LAMPÉE, s. f. Grand coup de vin,—dans l'argot du
peuple.
LAMPER, v. a. et n. Boire abondamment.
On disait, il y a deux siècles: Mettre de l'huile dans la lampe pour emplir un verre de vin.
LAMPIE, s. f. Repas,—dans l'argot des voleurs.
LAMPION, s. m. Chapeau,—dans l'argot des voyous.
LAMPIONS, s. m. pl. Yeux,—dans l'argot des
faubouriens.
«Si j'te vois fair' l'œil en tir'lire
A ton perruquier du bon ton,
Calypso, j'suis fâché d'te l'dire,
Foi d'homme! j'te crève un lampion!»
dit une chanson qui court les rues.
Lampions fumeux. Yeux chassieux.
LANCE, s. f. Pluie,—dans l'argot des faubouriens, qui
ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.
A qui qu'il appartienne, il fait image.
LANCE, s. f. Balai,—dans le même argot.
LANCE DE SAINT CRÉPIN, s. f. Alène,—dans l'argot du
peuple, qui sait que saint Crépin est le patron des
cordonniers.
LANCÉ, s. m. Effet de jambes, dans l'argot des
bastringueuses.
LANCÉ, adj. Sur la pente de l'ivresse,—dans l'argot
des bourgeois.
LANCER, v. n. Meiere,—dans l'argot des voleurs.
LANCER (Se), v. réfl. De timide devenir audacieux
auprès des femmes. Argot des bourgeois.
LANCEUR, s. m. Libraire qui sait vendre les livres qu'il
édite,—dans l'argot des gens de lettres.
Bon lanceur. Éditeur intelligent, habile, qui vendrait même des rossignols, —par exemple Dentu, Lévy, Marpon, etc.
Le contraire de lanceur c'est Etouffeur,—un type curieux, quoiqu'il ne soit pas rare.
LANCEUSE, s. f. Lorette vieillie sous le harnois, qui
sert de chaperon, et de proxénète, aux jeunes
filles inexpérimentées, dont la vocation galante
est cependant suffisamment déclarée.
LANCIER DU PRÉFET, s. m. Balayeur,—dans l'argot des
faubouriens.
LANCIERS, s. m. pl. Quadrille à la mode il y a une
dizaine d'années.
Danser les lanciers. Danser ce quadrille. LANDERNAU, n. d. l. Ville de Bretagne située entre la
Madeleine et la porte Saint-Martin,—dans l'argot
des gens de lettres, qui ne se doutent peut-être
pas que l'expression est octogénaire.
Il y a du bruit dans Landernau. Il y a un événement quelconque dans le monde des lettres ou des arts.
LANDIER, s. m. Employé de l'octroi,—dans l'argot des
voleurs, qui ont conservé le souvenir du Landit de
Saint-Denis.
LANDIÈRE, s. f. Boutique de marchand forain.
LANGUARD, e, adj. et s. Bavard, bavarde, mauvaise
langue,—dans l'argot du peuple.
Le mot sort des poésies de Clément Marot.
LANGUE DES DIEUX (La). La poésie,—dans l'argot des
académiciens, dont cependant les vers n'ont rien
de divin.
LANGUE VERTE, s. f. Argot des joueurs, des amateurs
de tapis vert. Il y a, dans les Nuits de la Seine,
drame de Marc Fournier, un professeur de langue
verte qui enseigne et pratique les tricheries
ordinaires des grecs. Le sens du mot s'est
étendu: on sait quel il est aujourd'hui.
Langue verte! Langue qui se forme, qui est en train de mûrir, parbleu!
LANSQUE, s. m. Apocope de Lansquenet,—dans
l'argot de Breda-Street.
Faire un petit lansque. Jouer une partie de lansquenet.
LANSQUAILLER, v. n. Meiere,—dans l'argot des
voleurs.
On dit aussi Lascailler.
LANSQUINE, s. f. Eau pluviale,—dans le même argot.
LANSQUINER, v. n. Pleuvoir.
Lansquiner des chasses. Pleurer.
LANTERNER, v. n. Temporiser; hésiter; marchander et
n'acheter rien. Argot du peuple.
LANTERNER, v. a. Ennuyer quelqu'un, le faire attendre
plus que de raison, se moquer de lui.
LANTERNES DE CABRIOLET, s. m. pl. Yeux gros et
saillants.
LANTERNIER, s. m. Homme irrésolu, sur lequel il ne
faut pas compter.
LANTIMÈCHE, s. m. Imbécile; jocrisse,—dans l'argot
des faubouriens.
LANTIPONNAGE, s. m. Discours importun, hésitation à
faire ou dire une chose,—dans l'argot du peuple.
LANTIPONNER, v. n. Passer son temps à bavarder, à
muser.
LANTURLU, s. m. Ecervelé, extravaguant, hurluberlu.
On disait autrefois L'Enturlé.
LA PALFÉRINETTE, s. f. Princesse de la bohème
galante, de bal et de trottoir,—dans l'argot des
gens de lettres, qui ont consacré ainsi le souvenir
de La Palférine de H. de Balzac.
LAPIN, s. m. Apprenti compagnon,—dans l'argot des
ouvriers.
LAPIN, s. m. Homme solide de cœur et d'épaules,—
dans l'argot du peuple.
Fameux lapin. Robuste compagnon, à qui rien ne fait peur, ni les coups de fusil quand il est soldat, ni la misère quand il est ouvrier.
LAPIN s. m. Camarade de lit,—dans l'argot des
écoliers, qui aiment à coucher seuls.
On sait quel était le lapin d'Encolpe, dans le Satyricon de Pétrone.
LAPIN (En), adv. Être placé sur le siège de devant,
avec le cocher,—dans l'argot du peuple.
LAPIN DE GOUTTIÈRE, s. m. Chat.
LAPIN FERRÉ, s. m. Gendarme à cheval,—dans l'argot
des voleurs.
Ils l'appellent aussi Liège.
LARBIN, s. m. Domestique,—dans l'argot des
faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot
des voleurs.
LARBINERIE,s. f. Domesticité, valetaille.
LARD, s. m. La partie adipeuse de la chair,—dans
l'argot du peuple, qui prend l'homme pour un
porc.
Sauver son lard. Se sauver quand on est menacé.
Les ouvriers anglais ont la même expression: To save his bacon, disent-ils.
LARDER, v. a. Percer d'un coup d'épée ou d'un coup
de sabre,—dans l'argot des troupiers.
Se faire larder. Recevoir un coup d'épée.
LARDOIRE, s. f. Epée ou sabre.
LARGE, adj. Généreux, qui ne regarde pas à la
dépense,—dans l'argot du peuple, qui parle
comme écrivait Clément Marot:
«.... Ils sçavent bien
Que vostre père est homme large;
A souper l'auront, à la charge
Pour dix buveurs maistres passez.»
(Traduction du Colloque d'Erasme.)
LARGE DES ÉPAULES. Avare. Cette expression se
trouve dans le Dictionnaire de Leroux, édition de
1786, qui n'est pas la première édition.
LARGUE, s. f. Femme, maîtresse,—dans l'argot des
voleurs et des souteneurs.
Larguepé. Femme publique.
LARGUOTTIER, s. m. Libertin, ami des largues.
On dit aussi Larcottier.
LARME, s. f. Très petite quantité,—dans l'argot des
bourgeois, qui prennent une larme d'eau-de-vie
dans une larme de café et se trouvent gris.
LARTIF, ou LARTILLE, ou LARTON, s. m. Pain,—dans
l'argot des voleurs qui ne veulent pas dire artie.
Larton brut. Pain bis.
Larton savonné. Pain blanc.
Lartille à plafond. Pâté,—à cause de sa croûte.
LARTONNIER, IÈRE, s. Boulanger, boulangère.
LASCAR, s. m. Nom que,—dans l'argot des troupiers
et du peuple—on donne à tout homme de LAVEMENT, s. m. Homme ennuyeux, tracassier,
mauvaises mœurs, à tout réfractaire, à tout
insurgé contre la loi, la morale et les choses
établies.
C'est une allusion aux mœurs des matelots indiens, malais ou autres, qui naviguent sur des bâtiments européens, hollandais principalement, et qui, tirés de la classe des parias, ne passent pas pour de parfaits honnêtes gens.
LATIF, s. m. Linge blanchi,—dans l'argot des voleurs.
LATINE, s. f. maîtresse d'étudiant.
«Je suis latine
Gaiment je dine
Sur le budget de mon étudiant!»
dit une chanson moderne.
LATTE, s. f. Sabre de cavalerie,—dans l'argot des
troupiers.
Se ficher un coup de latte. Se battre en duel.
LAUMIR, v. a. Perdre,—dans l'argot des voleurs.
LAVABE, s. m. Place de parterre à prix réduit,—dans
l'argot des voyous.
LAVAGE, s. m. Vente au rabais d'objets ayant déjà eu
un premier propriétaire,—dans l'argot des filles et
des bohèmes, qui ont l'habitude de laver
précisément les choses les plus neuves et les
plus propres, afin de s'en faire de l'argent
comptant.
LAVASSE, s. f. Mauvais bouillon, trop lavé d'eau, où la
viande a été trop épargnée. Argot des bourgeois.
Se dit aussi du mauvais café.
canulant,—dans l'argot du peuple, qui n'aime pas
les détersifs.
LAVER, v. a. Vendre à perte les objets qu'on avait
achetés pour les garder.
Pourquoi laver au lieu de vendre? M. J. Duflot prétend que cela vient de l'habitude qu'avait Théaulon de remettre à son blanchisseur, afin qu'il battît monnaie avec, les nombreux billets auxquels il avait droit chaque jour. (L'Institution Porcher—la claque—ne fonctionnait pas encore.) «Un jour, dit M. Duflot, le vaudevilliste avait à sa table quelques amis, parmi lesquels Charles Nodier et quelques notabilités politiques, quand le blanchisseur entra pour prendre les billets.—«C'est mon blanchisseur, messieurs, dit-il. Bernier, ajouta-il, en se tournant vers lui, vous trouverez mon linge dans ma chambre à coucher; sur la cheminée, il y a un petit paquet que vous laverez aussi.» Le petit paquet que Bernier trouva contenait les billets de spectacle, et Bernier fut obligé de comprendre que laver voulait dire vendre. Depuis ce jour, il ne manquait jamais de dire, en entrant chez Théaulon: «C'est le blanchisseur de Monsieur: Monsieur a-t-il quelque chose à laver?»
LAVER LA TÊTE, v. a. Faire de violents reproches, et
même dire des injures,—dans l'argot du peuple,
qui ne fait que traduire le verbe objurgare de
Cicéron.
LAVETTE, s. f. Langue,—dans l'argot des faubouriens,
qui le disent aussi bien à propos des hommes
que des chiens.
LAVOIR, s. m. Le confessionnal,—dans l'argot des
voyous, qui ne vont pas souvent y dessouiller
leur conscience, même lorsqu'elle est le plus
chargée d'impuretés.
LAZAGNE, s. f. Lettre,—dans l'argot des voleurs.
LAZZI-LOFF, s. m. Maladie qui ne se guérit qu'à
l'hôpital du Midi et à Lourcine. Même argot.
LÈCHECUL, s. m. Flatteur outré; flagorneur,—dans
l'argot du peuple.
LÉCHER UN TABLEAU, v. a. Le peindre trop
minutieusement, à la hollandaise,—dans l'argot
des artistes.
LÉCHEUR, s. et adj. Qui aime à embrasser; qui se
plaît à recevoir et à donner des baisers,—dans
l'argot du peuple, qui n'est pas précisément de la
tribu des Amalécites.
LÉGITIME, s. f. Épouse,—dans l'argot des bourgeois.
LÉGRE, s. f. Foire, marché,—dans l'argot des voleurs.
LÉGUMES, s. m. pl. Oignons, œils de perdrix, durillons
des pieds,—dans l'argot des faubouriens.
J'en ai entendu un s'écrier: «Oui, quand il poussera des légumes entre les doigts de pied de Louis XIV!»
On dit aussi Champignons.
LÉGUMISTE, s. m. Homme qui, par respect pour les
bêtes, se nourrit exclusivement de légumes,
comme un vertueux brahmine. Il y a une Société
des légumistes.
LENDORE, s. m. Paresseux, nonchalant, endormi,—
dans l'argot du peuple.
LÉON, n. d'h. Le président des assises,—dans l'argot
des voleurs, renards qui se sentent en présence
du lion.
LERMON, s. m. Etain,—dans le même argot.
LERMONER, v. a. Etamer.
LEM. Désinence javanaise,—mais d'un javanais
spécial aux saltimbanques, et quelquefois aussi
aux voleurs.
Parler en lem. Ajouter cette syllabe à tous les mots pour les rendre inintelligibles au vulgaire.
On dit aussi Parler en luch—et alors on remplace lem par luch. LESBIEN, s. m. Ce que les voleurs anglais appellent
un gentleman of the back-door. Argot de gens de
lettres.
LESBIENNE, s. f. Fleur du mal, et non du mâle.
LESSIVANT, s. m. Avocat d'office,—dans l'argot des
voleurs, qui ont grand besoin d'être blanchis.
Les Gilles Ménage de Poissy et de Sainte-Pélagie prétendent qu'il faut dire Lessiveur.
LESSIVE, s. f. Plaidoirie,—tout avocat ayant pour
mission de blanchir ses clients, fussent-ils nègres
comme Lacenaire, ce Toussaint-Louverture de la
Cour d'assises.
LESSIVE, s. f. Perte,—dans l'argot des joueurs.
LESSIVE, s. f. Vente à perte, de meubles, de
vêtements ou de livres,—dans l'argot des
bohèmes et des lorettes.
Faire sa lessive. Se débarrasser au profit des bouquinistes, des livres envoyés par les éditeurs ou par les auteurs,—dans l'argot des bibliopoles, qui n'en enlèvent pas assez souvent les ex-dono.
LESSIVE DE GASCON, s. f. Propreté douteuse qui ne
résiste pas à l'examen,—dans l'argot des
bourgeois, heureux d'avoir du linge.
Faire la lessive du Gascon. Retourner sa chemise quand elle est sale d'un côté,—ce que font beaucoup de bohèmes.
On connaît ce mot d'un vaudevilliste propret à propos d'un autre vaudevilliste goret: «Faut-il que cet homme ait du linge sale, pour pouvoir en mettre ainsi tous les jours!»
LESSIVER. Défendre un prévenu en police
correctionnelle, un accusé en Cour d'assises.
LESSIVER (Se faire). Perdre au jeu. LETTRE DE JÉRUSALEM, s. f. Escroquerie par lettre,
dont Vidocq donne le détail aux pages 241-253
de son livre.
LETTRE MOULÉE, s. f. Le journal,—dans l'argot des
gens de lettres, qui ont emprunté cette
expression à Paul-Louis Courier.
LEVAGE, s. m. Escroquerie,—dans l'argot des
faubouriens. Séduction menée à bonne fin,—
dans l'argot des petites dames. Galanteries
couronnées de succès,—dans l'argot des
gandins.
LEVÉ (Être). Être suivi par un garde du commerce,—
dans l'argot des débiteurs.
LÈVE-PIEDS, s. m. Echelle, escalier,—dans l'argot des
voleurs.
LEVER, v. a. Capter la confiance,—dans l'argot des
faubouriens.
Signifie aussi voler.
Se faire lever de tant. Se laisser gagner ou «emprunter une somme de...»
LEVER LA JAMBE, v. a. Danser le chahut d'une façon
supérieure. Argot des gandins.
LEVER DE RIDEAU, s. m. Petite pièce sans importance,
de l'ancien ou du nouveau répertoire, qui se joue
la première devant les banquettes, au milieu du
bruit que font les spectateurs à mesure qu'ils
arrivent. Argot des coulisses.
LEVER LA LETTRE, v. a. Être compositeur d'imprimerie,
—dans l'argot des typographes.
LEVER LE BRAS, v. a. N'être pas content,—dans le
même argot.
LEVER LE COUDE, v. a. Boire,—dans l'argot du peuple. LEVER LE PIED, v. a. Fuir en emportant la caisse.
LEVER UNE FEMME, v. a. «Jeter le mouchoir» à une
femme qu'on a remarquée au bal, au théâtre ou
sur le trottoir. Argot des gandins, des gens de
lettres et des commis.
Lever une femme au crachoir. La séduire à force d'esprit ou de bêtises parlées.
LEVER UN HOMME, v. a. Attirer son attention et se faire
suivre ou emmener par lui. Argot des petites
dames.
Lever un homme au souper. S'arranger de façon à se faire inviter à souper par lui.
LEVEUR, s. m. Pick-pocket.
LEVEUR, s. m. Lovelace de bal ou de trottoir.
LÉZARD, s. m. Mauvais compagnon,—dans l'argot
des voleurs.
LÉZINER, v. a. Tromper au jeu; hésiter avant de faire
un coup. Même argot.
LIARDEUR, s. et adj. Homme qui couperait un liard en
quatre pour moins dépenser,—dans l'argot du
peuple, qui n'est point avare, n'étant pas riche.
LICHADE, s. f. Embrassade,—dans l'argot des
faubouriens.
LICHANCE, s. f. Repas plus ou moins plantureux.
Lichance soignée. Gueuleton.
On dit aussi Lichade.
LICHER, v. a. et n. Manger et boire à s'en lécher les
lèvres.
LICHETTE, s. f. Petite quantité de quelque chose.
Se dit aussi pour Goutte d'eau-de-vie; petit verre.
LICHEUR, EUSE, s. Homme, femme, qui aime à
manger et à boire.
On dit aussi Lichard.
LIE DE FROMENT, s. f. Les fumées humaines,—dans
l'argot du peuple.
LIGNARD, s. m. Soldat de la ligne,—dans l'argot des
faubouriens.
LIGNOTTE, s. f. Corde, lien,—dans l'argot des voleurs,
qui répugnent sans doute à employer lignette, un
mot de la langue des honnêtes gens.
Ils disent aussi Ligotte.
LIGOTTER, v. a. Lier,—dans le même argot.
LILANGE, n. d. l. Lille,—dans le même argot.
LILLOIS, s. m. Fil à coudre.
LIMACE, s. f. Fille à soldats,—dans l'argot des
faubouriens.
LIMACE, s. f. Chemise,—dans l'argot des voleurs et
des vendeurs du Temple.
LIMACIÈRE, s. f. Lingère.
LIMANDE, s. f. Homme plat,—dans l'argot des voleurs
et des faubouriens.
LIMER, v. n. «Aller lentement en affaire,»—dans
l'argot du peuple.
LIME SOURDE, s. f. Sournois,—dans l'argot des
voleurs.
LIMOGÈRE, s. m. Chambrière,—dans le même argot.
LIMONADE, s. f. Eau,—dans l'argot des faubouriens.
Tomber dans la limonade. Se laisser choir dans l'eau.
LIMONADE, s. f. Etat de limonadier.
LIMONADE, s. f. Assiette,—dans l'argot des voleurs.
LIMOUSIN, s. m. Maçon,—dans l'argot du peuple, qui
sait que les castors qui ont bâti Paris et qui sont
en train de le démolir appartiennent à l'antique
tribu des Lémovices.
LIMOUSINE, s. f. Blouse de charretier.
LIMOUSINE, s. f. Plomb,—dans l'argot des voleurs.
LIMOUSINER, v. a. et n. Bâtir des maisons.
LIMOUSINEUR, s. m. Voleur de plomb sur les toits.
LINGE, s. m. Chemise,—dans l'argot du peuple.
Jupon blanc de dessous,—dans l'argot des filles.
Avoir du linge. Porter une chemise blanche.
Faire des effets de linge. Retrousser adroitement sa robe, de façon à montrer trois ou quatre jupons éblouissants de blancheur et garnis de dentelles—de coton.
LINGE LAVÉ (Avoir son). S'avouer vaincu; être pris,—
dans l'argot des voleurs, qui, une fois en prison,
n'ont plus à s'occuper de leur blanchisseuse.
LINGRE, s. m. Couteau,—dans l'argot des voleurs, qui
savent que Langres est la patrie de la coutellerie.
Lingriot. Petit couteau; canif; bistouri.
LINGRER, v. a. Frapper à coups de couteau.
LINGRERIE, s. f. Coutellerie.
LINSPRÉ, s. m. Prince,—dans l'argot des voleurs, qui
cultivent l'anagramme comme le grand Condé les
œillets.
LION, s. m. Homme qui, à tort ou à raison,—à tort
plus souvent qu'à raison,—a attiré et fixé sur lui,
pendant une minute, pendant une heure, pendant
un jour, rarement pendant plus d'un mois,
l'attention capricieuse de la foule, soit parce qu'il
a publié un pamphlet scandaleux, soit parce qu'il
a commis une éclatante gredinerie, soit pour ceci,
soit pour cela, et même pour autre chose;
homme enfin qui, comme Alcibiade, a coupé la
queue à son chien, ou, comme Alphonse Karr,
s'est fait dévorer par lui, ou, comme Empédocle,
Du plat de sa sandale a souffleté l'histoire.
Être le lion du jour. Être le point de mire de tous les regards et de toutes les curiosités.
LION, s. m. Le frère aîné du gandin, le dandy d'il y a
vingt-cinq ans, le successeur du fashionable—qui
l'était du beau—qui l'était de l'élégant—qui l'était
de l'incroyable—qui l'était du muscadin,—qui
l'était du petit-maître, etc.
Ce mot nous vient d'Angleterre.
LIONCEAU, s. m. Apprenti lion,—garçon tailleur qui
cherche à se faire passer pour le comte d'Orsay
ou pour Brummel, et qui réussit rarement, le goût
étant une fleur rare comme l'héroïsme.
LIONNE, s. f. Femme à la mode—il y a trente ans.
C'était «un petit être coquet, joli, qui maniait
parfaitement le pistolet et la cravache, montait à
cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette
et ne dédaignait point le champagne frappé.»
Aujourd'hui, mariée ou non, grande dame ou
petite dame, la lionne se confond souvent avec
celle qu'on appelle drôlesse.
LIONNERIE, s. f. Haute et basse fashion.
LIPPE, s. f. Moue, grimace,—dans l'argot du peuple.
Faire sa lippe. Bouder.
LIPPÉE, s. f. Simple bouchée; repas insuffisant.
Franche lippée. Repas copieux.
LIPPER, v. n. Courir de cabaret en cabaret, y manger,
—et surtout y boire.
LIQUIDE, s. f. Apocope de Liquidation,—dans l'argot
des coulissiers.
LIQUIDE, s. m. Vin,—dans l'argot du peuple, qui fait
semblant d'ignorer qu'il existe d'autres corps
aqueux.
Avoir absorbé trop de liquide. Être ivre.
LIRE AUX ASTRES, v. n. Muser, faire le gobe-mouches;
regarder en l'air au lieu de regarder par terre,—
comme l'astrologue de la fable.
LISETTE, s. f. Gilet long,—dans l'argot des voleurs.
LITHOGRAPHIER (Se). Tomber par terre,—dans l'argot
des faubouriens, qui savent que lorsqu'on tombe,
on a le visage désagréablement impressionné
par la pierre.
LITRER, v. a. Avoir, posséder,—dans l'argot des
voleurs. V. Itrer.
LITRON, s. m. Litre douteux servi dans un pot qui n'a
pas toujours la contenance légale. Argot du
peuple.
LITTÉRATURE JAUNE, s. f. Le Réalisme,—une maladie
ictérique désagréable qui a sévi avec assez
d'intensité dans les rangs littéraires il y a une
dizaine d'années, et dont a été particulièrement
atteint Champfleury, aujourd'hui (1867) presque
guéri.
L'expression, fort juste, appartient à Hippolyte Babou.
LITTÉRATURIER, s. m. Mauvais écrivain,—dans l'argot
des gens de lettres.
LIVRE ROUGE, s. m. Les registres du Dispensaire,—
dans l'argot des filles.
LIVRAISON DE BOIS DEVANT SA PORTE (Avoir une), v. a.
Se dit,—dans l'argot des faubouriens, d'une
femme richement avantagée par la Nature.
LIVRE D'ARCHITECTURE, s. m. Registre qui contient les
procès-verbaux d'une loge,—dans l'argot des
francs-maçons.
LIVRE DES ROIS, s. m. Jeu de cartes. Argot des
faubouriens.
LOCANDIER, s. m. Variété de voleur au bonjour.
LOCATIS, s. m. Cheval de louage,—dans l'argot des
commis de nouveautés, à qui leurs moyens
défendent les pur-sang.
LOCHE, s. f. Paresseux, gras, mou,—dans l'argot du
peuple, qui emploie ce mot au propre et au
figuré, par allusion à la limace, grise ou rouge,
qu'on voit se traîner, visqueuse, par les sentiers.
LOCHE, s. f. Oreille,—dans l'argot des voleurs.
LOCHER, v. a. et n. Ecouter.
LOCHER, v. n. Branler, être près de tomber,—dans
l'argot du peuple.
LOCOMOTIVE, s. f. Fumeur acharné,—dans l'argot des
bourgeois, qui, sans s'en douter emploient là une
expression de l'argot des voleurs anglais:
Steamer.
LOFFARD ou LOFF, s. et adj. Innocent, niais, pleurard,
—dans l'argot des comédiens, qui ne se doutent
pas qu'ils ont emprunté ce mot à l'argot des