Emma Bellamy, aimant à problèmes T2 : Mort à répétition

Chapitre 1

 

Le vampire débarqua de nulle part. J’étais en train de descendre Beak Street en respirant avec plaisir l’air de la nuit, juste avant l’aube, alors que le monde autour de moi semblait retenir sa respiration, quand soudain, je me retrouvai par terre sur le trottoir, bloquée par quelqu’un qui pesait de tout son poids sur moi en ricanant. Tout se passa tellement vite que je ne vis rien venir du tout. Je n’eus même pas le temps de paniquer, ce qui était sans doute un progrès, venant de moi.

— Je te tiens ! s’exclama le vampire avec un regard malveillant, ses crocs dévoilés. T’es pas si forte que ça, finalement.

Je le poussai avec mes paumes et le forçai à me lâcher avant de me relever d’un bond.

— Tu sais ce que c’est, la peine encourue pour agression sur un agent de police ? dis-je avec un regard noir. Qu’est-ce que tu cherches à faire, au juste ?

Il vacilla lourdement et essaya tant bien que mal de garder son équilibre. Puis il fronça les sourcils et baissa les yeux par terre, comme si c’était la faute du trottoir s’il ne parvenait pas à rester droit.

— Le conseil devrait faire quelque chose pour ça, dit-il d’une voix forte en pointant du doigt un endroit qui n’avait rien de spécial.

Je lâchai un grognement d’irritation. Ce type était complètement bourré. Je pouvais sentir l’odeur rance d’alcool qui émanait de son corps et son regard était voilé, incapable de se poser. Je ne savais pas ce qu’il avait bu, mais ça devait être de la bonne. Toutefois, ça n’excusait pas son comportement. C’était la troisième fois en trois semaines que je me faisais agresser par un para et je commençais vraiment à en avoir plein le dos.

J’étais convaincue qu’aucun loup-garou, aucun vampire ou même aucune autre créature paranormale qui vivait dans ce quartier de Londres n’aurait jamais osé me faire du mal, mais dernièrement, ils semblaient s’amuser à me prendre par surprise. C’était le dernier défi du monde des paras, un peu comme les challenges de gainage, ou le défi du seau d’eau glacée pour les humains. Et encore, ceux qui participaient à ces défis le faisaient volontairement. En ce qui me concernait, j’aurais adoré m’en passer. Tout le monde était au courant que je n’étais pas aussi forte qu’un loup, ou aussi rapide qu’un vampire. J’en avais assez d’amuser la galerie pour les paras.

— Tu es tout seul ? demandai-je. Ou bien tu as des potes dans le coin qui regardent le spectacle ?

— Des potes ? répéta-t-il en clignant des yeux. Ouaip ! J’ai plein de potes.

Il agita les bras, comme s’il était en train d’invoquer toute une horde d’amis pourvus de crocs. Voyant que personne ne sortait de l’ombre et qu’il n’y avait aucun rire venant de la part de spectateurs cachés, il fit la moue.

— J’sais pas où ils sont, ajouta-t-il en fronçant les sourcils. P’t’être qu’ils sont rentrés.

Puis son regard s’éclaira et il me montra du doigt.

— Mais j’t’ai eue, toi ! Je t’ai eue ! J’ai eu la flic !

Incroyable. Je levai les yeux au ciel, ulcérée. Il ne m’avait pas fallu longtemps pour me rendre compte que je n’avais pas vraiment le sens de l’humour quand il s’agissait de frasques du genre. Il était temps de mettre fin à tout ça.

Je plongeai la main dans ma poche et en sortis un lien de serrage en plastique. D’un mouvement vif, je le refermai autour des poignets du vampire. Il lui fallut un moment pour comprendre ce qu’il se passait, puis il baissa les yeux vers ses mains jointes et fronça les sourcils.

— Eh !

— Ce sont des liens magiques, expliquai-je, sachant parfaitement qu’il ne lui aurait fallu qu’un instant pour s’en débarrasser. Si tu les brises, tu seras automatiquement maudit.

Je mentais comme une arracheuse de dents, évidemment. La magie n’existait pas – du moins, pas de la façon dont je la décrivais.

— En fait, le dernier type qui a essayé de les arracher s’est retrouvé couvert d’affreuses pustules. Je n’avais jamais vu autant de pus de ma vie. Tu aurais dû voir la couleur, chuchotai-je en secouant la tête. Sans parler de l’odeur…

Le vampire devint livide.

— Tu... Tu... Tu n’as pas le droit de me faire ça ! Tu ne peux pas m’arrêter ou me mettre en prison. Tu n’as pas le droit. Tu es humaine !

Ça, j’étais loin d’en être aussi certaine que lui, mais il n’avait pas besoin de le savoir.

— Tu serais surpris de savoir ce que j’ai le droit de faire, répondis-je doucement. Mais ne t’inquiète pas. Je ne vais pas te mettre au trou.

Il me dévisagea.

— Qu’est-ce que tu vas faire, alors ?

— On va rendre une petite visite à ton patron, répondis-je en lui adressant mon tout premier sourire depuis qu’il m’avait sauté dessus. Toi et moi, ensemble.

— Lord Horvath ? dit le vampire en écarquillant les yeux.

— Oui. C’est bien ton patron, pas vrai ?

— Euh…

— Et il doit certainement se trouver au Cœur en ce moment même, pas vrai ?

— Euh…

— Et il t’arrachera la tête pour avoir osé m’agresser. Pas vrai ?

La mâchoire du vampire tressaillit nerveusement. Je souris et lui tapotai l’épaule.

— Alors on est partis, dis-je d’un ton joyeux. Allons-y.

Le vampire m’observa un instant, puis tourna les talons et s’enfuit en courant dans la direction opposée. Je croisai les bras et le regardai. Il oscilla de gauche à droite, puis percuta de plein fouet un lampadaire et rebondit dessus avant de tomber dans une flaque boueuse sur le côté de la route.

Avec un soupir désapprobateur, je me dirigeai vers lui.

— Ce n’était pas très malin, ça, dis-je en baissant les yeux vers lui.

Le vampire grogna. Je tendis la main et l’aidai à se relever avant de lui tapoter le dos.

— Allez, on y va.

— Qu… Qu’est-ce que tu m’as fait ?

Absolument rien.

— Je suis de la Brigade Para, répondis-je à la place. En fait, pour tout te dire, je suis la Brigade Para.

Comme j’étais la seule inspectrice de la section, c’était un peu vrai.

— Et j’ai toutes sortes… d’outils à ma disposition, ajoutai-je.

Il renifla et baissa la tête.

— Je ne veux pas avoir de problèmes.

— Tu aurais dû y penser avant de m’attaquer, dis-je en le poussant à avancer. Allez, je n’ai pas toute la nuit.

Cette fois, il acquiesça, même s’il n’était clairement pas ravi.

— Ça ne voulait rien dire, marmonna-t-il. Je n’essayais pas de t’agresser. Je voulais seulement te prendre par surprise.

— Ouais, ouais, répondis-je tout en le remettant dans le droit chemin lorsqu’il dériva vers moi. Comment tu t’appelles ?

Son hésitation à répondre fut à peine perceptible.

— Joe.

Je soupirai. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me donne son vrai nom, parce que les paras le donnaient rarement – et pas juste quand ils étaient pris en flagrant délit de crime. Leurs noms pouvaient être utilisés contre eux par ceux qui les dominaient dans la hiérarchie. En théorie, n’importe qui disposant d’un pouvoir suffisant pouvait obliger un para à faire tout ce qu’il voulait, une fois qu’il possédait son nom. En pratique, très peu de paras étaient capables d’un tel exploit, et il était impossible de contraindre quelqu’un à faire quelque chose qui allait à l’encontre de sa nature. Par exemple, on ne pouvait pas obliger qui que ce soit à commettre un meurtre, à moins que la personne en question n’ait également souhaité ce meurtre. À présent, tous les paras de Londres savaient que je possédais la capacité de les contraindre – mais, comme n’importe qui d’autre, mes limites étaient toujours considérables.

— Si tu le dis.

J’observai attentivement « Joe ». Les vampires ne vieillissaient pas comme les humains. Même s’ils étaient loin d’être immortels, leur espérance de vie était au moins le double de celle d’un humain normal. Joe donnait l’air d’avoir la petite vingtaine, mais pour ce que j’en savais, il était peut-être deux fois plus âgé.

En tout cas, quelque chose dans son attitude et dans ses réactions laissait penser qu’il était encore jeune. Il possédait la beauté éblouissante qui était l’apanage de la plupart des vampires après leur transformation : leurs traits devenaient plus harmonieux, et la nature en faisait de meilleurs prédateurs. Joe avait les cheveux blonds et brillants, et ses yeux étaient d’un bleu profond attirant. Malgré tout, il conservait une espèce d’immaturité qui était bien visible en dépit de son état d’ivresse et de son apparence séduisante.

— Tu as été transformé cette année, pas vrai ? demandai-je.

Joe fit la moue.

— Non. Ça fait trois ans que je suis un vampire. Trois ans, répéta-t-il en levant quatre doigts.

— Je vois, répondis-je en cachant mon sourire. Et pourquoi est-ce que tu as été choisi pour être transformé ? De nombreuses personnes en font la demande. Comment est-ce que tu as réussi à faire partie des chanceux ?

— Parce que je suis génial, répondit Joe.

Pour l’instant, il manquait de sérieuses preuves pour que je le croie. Je me frottai le menton.

— Je me demande si Lord Horvath continuera à te trouver génial quand je te traînerai devant lui pour lui raconter ce que tu m’as fait.

Joe s’immobilisa.

— Tu n’as pas besoin de lui dire, marmonna-t-il. Tu peux toujours laisser de côté le moment où je t’ai sauté dessus.

Je ne comptais pas raconter quoi que ce soit à Lord Horvath. Je n’avais pas besoin que Lukas me protège, et courir lui demander de l’aide ne ferait que prouver ma faiblesse. Mais ça non plus, Joe n’avait pas besoin de le savoir.

— Je crois que je ne vais pas pouvoir m’en empêcher, répondis-je avec un soupir théâtral. Quand je le vois, j’oublie tout le reste. Je crois que c’est à cause de ses yeux noirs... Ils sont tellement hypnotiques. Il lui suffit de me regarder, et ça me donne envie de lui raconter tous mes secrets. C’est plus fort que moi.

Joe déglutit.

— Il est très occupé. Lord Horvath a beaucoup de choses à faire, il ne voudra sans doute pas être dérangé.

Je fis semblant d’y réfléchir.

— Je crois que ça ne l’embête pas quand c’est moi qui le dérange, dis-je lentement en me tapotant le coin de la bouche. Il a bien dit à ses vampires qu’ils devaient me respecter, non ? Je pense qu’il m’aime bien.

Je jetai un regard curieux à Joe et ajoutai :

— Je me demande de quelle façon il te punira pour ce que tu as fait. Tu crois que ça va faire mal ?

Le vampire pâlit encore plus.

— Ne m’emmène pas le voir ! Ne lui dis pas ce que j’ai fait !

— Désolée, Joe, répondis-je en secouant la tête, mais je ne fais que mon travail. Il faut que j’assure la sécurité dans la ville. Tu m’as agressée. Que se passera-t-il si tu agresses et blesses quelqu’un d’autre ?

— Ça n’arrivera pas ! Je ne ferais jamais ça ! Je suis désolé ! s’exclama-t-il en me jetant un regard suppliant. Je ferai n’importe quoi, mais ne dis pas à Lord Horvath ce que j’ai fait, s’il te plaît…

— Tu feras n’importe quoi ? répétai-je lentement.

Il hocha la tête frénétiquement.

— Oui ! N’importe quoi !

Je le dévisageai. Il était encore complètement ivre ; il était fort probable qu’il ne se rappelle rien demain. Je n’aurais pas dû profiter de son état d’ébriété, mais c’était Joe qui m’était tombé sur le râble, et non l’inverse.

— À vrai dire, Joe, dis-je, j’ai besoin d’un informateur. Quelqu’un qui pourra me donner des infos croustillantes sur les problèmes des vampires. Pas de ragots, hein ? J’ai besoin de quelqu’un qui me dise la vérité.

— Comme… Comme un espion ? dit-il en écarquillant ses yeux bleus.

Il n’était pas aussi bête qu’il en avait l’air, finalement.

— Oui, exactement.

— Si Lord Horvath apprend que je révèle des secrets…

— Je ne te demande rien de confidentiel, me hâtai-je d’ajouter. Tu n’auras pas besoin de trahir les tiens. Je veux juste savoir ce qu’il se passe de temps en temps, et quelque chose me dit que tu es du genre à prêter attention à ce qu’il se passe autour de toi… et je suis sûre que tu es dans les bonnes grâces des types puissants.

Joe bomba immédiatement le torse.

— Absolument. C’est exactement ça.

— Alors ? demandai-je. On a un accord ?

— Peut-être, dit-il en fronçant le nez. Je vais y réfléchir.

— Tu n’as pas le temps d’y réfléchir, Joe. C’est oui ou c’est non. Il faut que tu te décides maintenant.

Le voyant hésiter, j’ajoutai :

— Sinon, il est toujours temps d’aller au Cœur pour raconter à Lord Horvath ce que…

— C’est bon, j’accepte, me coupa-t-il.

Je souris. Excellent.

— On se retrouvera une fois par semaine sous le grand chêne de Trinity Square, chaque mercredi au crépuscule, et tu me raconteras ce que tu sais. En échange, je ne dirai rien sur ce qu’il s’est passé ce soir.

— Une fois par semaine ? répéta-t-il d’un ton incrédule. Au crépuscule ? J’ai des choses plus intéressantes à faire à ce moment-là que de traîner avec une flic !

Je restai calme.

— On va commencer comme ça, et ensuite, on verra ce que ça donne.

— Je ne veux pas… Je ne peux pas…

Puis il baissa la tête.

— OK, dit-il finalement.

Je sortis mon téléphone et allumai la caméra pour l’enregistrer.

— Répète ça pour la caméra, Joe. Je suis sûre que tu es quelqu’un d’honorable, mais tu risques d’oublier ta promesse. Il faut que je l’enregistre, juste au cas où.

Je me penchai vers lui et ajoutai :

— Une preuve visuelle nous protège tous les deux.

S’il avait été plus sobre, Joe aurait peut-être refusé, mais son jugement était sérieusement compromis.

— Très bien, dit-il en regardant l’objectif. Je viendrai te retrouver tous les mercredis au coucher du soleil et je te raconterai ce qu’il se passe chez les vampires. En échange, tu n’iras pas raconter à Lord Horvath que je t’ai agressée.

— C’est bien.

Il leva les poignets.

— Tu peux me libérer, maintenant ?

Je sortis un canif de poche et tranchai le plastique.

— Et voilà. C’est fini. Pas de pustules pour toi.

Joe frissonna.

— Je peux y aller, maintenant ? demanda-t-il presque docilement.

— Tu peux. Mais si tu me poses un lapin mercredi, je rends la vidéo publique, dis-je en agitant mon téléphone.

— Je serai là, répondit-il en se balançant d’un pied sur l’autre. Je suis désolé de t’avoir attaquée.

Je m’obligeai à ne pas me laisser attendrir. Il ne m’avait pas blessée, mais il aurait pu.

— J’espère bien. À bientôt, Joe.

Il inclina la tête et ne perdit pas un instant avant de décamper. Alors qu’il descendait la rue, il percuta de plein fouet une voiture garée. Le bruit de la collision me fit grimacer ; ça avait l’air plus violent que lorsqu’il s’était cogné contre le lampadaire. Je le regardai se relever et s’éloigner en titubant deci delà.

Lorsqu’il fut parti, je repris la parole.

— Vous pouvez sortir, maintenant.

Un petit rire se fit entendre dans l’ombre à côté de moi.

— Vous saviez que j’étais là ?

— J’ai deviné, répondis-je en haussant les épaules.

Lukas fit un pas en avant et sortit de la pénombre.

— Ça fait plaisir de vous revoir, D’Artagnan.

— De même, Lord Horvath, dis-je en inclinant la tête.

Un petit sourire naquit au coin de ses lèvres.

— Est-ce que ma présence vous fait oublier tout le reste, alors ? demanda-t-il doucement. Mes yeux noirs vous hypnotisent ?

— Oh oui, j’en ai les genoux qui tremblent, répondis-je sèchement. Je suis trop troublée pour réfléchir.

Il rit à nouveau, puis tourna le regard vers la rue dans laquelle Joe avait disparu.

— Je commence à me dire que c’était peut-être une erreur de le transformer, celui-là. Les jeunes vampires ont souvent du mal à garder la tête froide pendant un moment, mais je m’attendais à mieux de sa part.

— Vous êtes en colère que j’aie fait de lui mon informateur ?

Lukas agita la main dédaigneusement.

— Oh, ce n’est pas comme s’il était au courant de secrets d’État. Vous pouvez vous amuser avec lui si vous en avez envie. Mais je dois tout de même vous dire quelque chose : si vous tenez à ce point à en savoir plus sur nous, il vous suffit de me demander.

Il dévoila ses crocs et ajouta :

— Il pourrait même m’arriver de vous répondre honnêtement.

Je lui souris.

— C’est toujours utile d’avoir plusieurs sources d’information.

— Si vous le dites, D’Artagnan, dit-il avant de s’approcher. Il ne vous a pas fait mal ?

J’avais probablement des bleus dans le dos, là où j’étais tombée, mais je survivrais.

— Non, pas vraiment.

— Il n’aurait pas dû faire ça, dit Lukas, les yeux étincelants.

— En effet, il n’aurait pas dû. Mais vous ne pouvez pas le punir. Vous n’êtes pas censé être au courant de ce qu’il s’est passé.

— Mmh…

Il m’observa pendant un long moment, puis reprit :

— Vous n’avez pas votre arbalète avec vous.

— Joe m’a peut-être sauté dessus, mais il ne mérite pas de finir avec un carreau d’argent planté dans le cœur.

Je m’étais entraînée à manier l’arme, mais je n’étais pas beaucoup plus douée qu’un mois auparavant.

— Non, murmura Lukas, mais le prochain qui vous sautera dessus ne sera peut-être pas un vampire ivre en train de relever un défi. Il faut que vous soyez capable de vous défendre correctement.

— Je suis en train de travailler là-dessus.

— Travaillez plus dur que ça, alors, dit-il en croisant les bras. Vous vous croyez peut-être immortelle, D’Artagnan, mais il y a toujours des failles quelque part. En plus, on ne sait même pas vraiment ce que vous êtes. Vous ne ressusciterez peut-être pas à chaque fois. Et... ça me ferait de la peine s’il vous arrivait quelque chose.

Je croisai son regard. C’était difficile d’imaginer qu’il puisse m’arriver quelque chose, surtout après le mois qui venait de s’écouler.

— Vous savez ce que je fais, ces derniers temps ? La Brigade Para est censée s’occuper de vos affaires, et pourtant, je passe ma vie à indiquer leur chemin à des touristes perdus.

— Ce n’est pas si mal que ça.

— Ce n’est pas pour ça que je suis ici ! insistai-je.

Lukas s’humecta les lèvres.

— Vous êtes en train de me dire que vous préféreriez qu’il y ait davantage de crimes pour pouvoir justifier l’existence de la Brigade Para ?

— Non, je suis en train de vous dire que quand un crime est commis, il faut que je le sache pour pouvoir vous aider, comme le stipule notre accord. Je n’aurais pas besoin de forcer des vampires comme Joe à jouer les espions pour moi si vous et les quatre clans étiez plus honnêtes avec moi.

Son regard se fit perçant.

— Vous avez aussi des informateurs parmi les loups ?

— Je ne révèle pas mes sources, répondis-je d’un ton pincé. Je ne suis pas quelqu’un de mauvais, Lukas. Je ne suis pas votre adversaire.

— Je suis heureux de l’entendre.

Il pencha la tête, et j’eus l’étrange intuition qu’il avait envie de dire quelque chose d’autre ; de me poser une question. Finalement, il se contenta de hocher la tête.

— Soyez prudente, D’Artagnan.

— Vous de même, Lord Horvath, rétorquai-je.

Avant même que j’aie fini ma phrase, il s’était déjà évanoui dans les ombres.

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