Emma Bellamy, aimant à problèmes T2 : Mort à répétition

Chapitre 20

 

Je sus que j’étais suivie dès que je quittai le bureau de la Brigade Para. Mes petits cheveux se dressèrent sur mon cou et je sentis un frisson me parcourir l’échine. Malgré ce que j’avais dit à Liza, je ne m’attendais pas vraiment à ce que les loups-garous s’en prennent de nouveau à moi, mais, voyant que la sensation d’être épiée se faisait de plus en plus forte, je me demandai si je ne m’étais pas trompée.

J’hésitai à rester sur les artères principales afin de m’assurer que mon poursuivant ne tente rien, mais je n’étais pas une petite souris terrifiée ; je n’allais pas passer le reste de ma vie à regarder par-dessus mon épaule parce que j’avais peur de ce qu’il y avait derrière moi. Certains avaient le choix entre fuir et se battre ; moi, je ne l’avais plus. En plus, pensai-je ironiquement, si je suis vraiment un phénix, je n’ai normalement rien à craindre.

Je tournai et pris la direction de la ruelle étroite où Buffy m’avait attirée la veille. L’arbalète était dans mon dos, accrochée à un harnais, et je pourrais l’attraper en quelques secondes si j’en avais besoin. Pour l’instant, je la laissai où elle était, mais c’était réconfortant de savoir qu’elle était là, et que je parvenais enfin à l’utiliser correctement. Enfin, parfois.

Je continuai à avancer d’un pas nonchalant jusqu’à ce que je dépasse la maison dans laquelle j’étais entrée la veille. Je tendis l’oreille, mais à part le bruit des voitures dans les rues voisines et le roucoulement occasionnel d’un pigeon, je n’entendis rien. Je balançai les bras, me grattai distraitement la jambe, puis je me retournai d’un coup. Rien. Il n’y avait personne. Pas la moindre ombre. Je plissai les yeux et scrutai les cachettes les plus évidentes. Il était possible que je sois juste paranoïaque (même si j’en doutais), mais puisqu’il n’y avait personne à affronter, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire. Au moins, je n’étais pas complètement sans défense.

Je pris l’arbalète et la tins dans mes mains pendant un instant ou deux, puis je glissai mon pied dans l’étrier et je la chargeai avant d’enlever la sécurité et de la lever. Avisant un vieux couvercle de poubelle en métal, je visai et tirai. Le carreau fila vers lui à toute allure et un claquement sonore retentit lorsqu’il le frappa. Non loin, un corbeau effrayé s’envola en croassant et en battant des ailes. Je m’autorisai un sourire satisfait. Pour un tir d’avertissement, ce n’était pas si mal que ça. Au moins, c’était assez bruyant pour attirer l’attention.

Je ne pris pas la peine de récupérer le carreau. Si c’était bien un loup-garou qui me suivait, il l’inspecterait et se rendrait compte que la pointe était en argent. Ça devrait suffire à le tenir à distance.

Je rechargeai l’arbalète au cas où et repris ma route, aux aguets ; mais visiblement, mon avertissement avait fonctionné. Lorsque je retrouvai l’avenue bondée au bout de la ruelle, je ne pus me retenir de chantonner joyeusement. Mon sourire resta collé à mes lèvres jusqu’à ce que j’arrive devant le night-club de Lord Fairfax.

Le videur qui m’avait fait entrer la veille était encore là, cette fois rejoint par trois collègues, qui me jetèrent tous un regard noir. Aucun n’eut l’air surpris de me voir débarquer – et aucun n’en eut l’air heureux non plus. Mais ce n’étaient pas leurs expressions identiques qui m’intéressaient, c’était l’étiquette sur leur manche, indiquant qu’ils étaient tous des selsas venant de clans différents. C’était inhabituel pour un loup haut gradé de faire ce genre de boulot ingrat – quant à voir quatre loups des quatre différents clans travailler ensemble, c’était encore plus rare.

Je penchai la tête et les regardai.

— Fairfax, déclarai-je en pointant du doigt le premier loup. Carr, McGuigan et Sullivan. Je me trompe ?

— Vous n’êtes pas la bienvenue aujourd’hui, dit le videur de Fairfax.

— Et pourquoi donc ?

— Retournez à la Brigade Para, grogna le loup du clan Carr. Personne ne veut de vous ici.

Intéressant. Je les observai les uns après les autres. Ils venaient peut-être de clans différents, mais ils étaient tous d’une immobilité déterminée.

Je me tapotai la bouche.

— Je ne vois qu’une seule raison pour laquelle je ne suis pas admise aujourd’hui alors que j’étais dans le coup hier. Et c’est parce que vos alphas prévoient de faire quelque chose d’illégal.

Je n’étais probablement pas la seule à trouver étrange le fait que Devereau Webb ne veuille pas nommer la personne qu’il voulait transformer. Aussi charismatique qu’il soit, Webb était un criminel. Ce ne serait pas étonnant qu’il veuille contourner le système légal en place en s’arrangeant pour qu’un de ses amis criminels devienne un loup-garou pour échapper à la justice. Après tout, les loups-garous n’obéissaient qu’à leurs propres lois.

— Laissez-moi parler à vos alphas, ordonnai-je.

— Ils sont occupés, répondit le loup McGuigan.

— Tous ?

— Tous, répondit le loup Sullivan en croisant les bras sur sa poitrine.

Mmh. Ils jouaient avec le feu s’ils s’imaginaient pouvoir me garder dehors.

— Dans ce cas, dis-je d’un ton léger, merci de rappeler à vos alphas qu’il est illégal de transformer en loup-garou un humain qui est accusé d’un crime ou suspecté d’en avoir commis un. Si ça devait arriver, le clan entier serait tenu pour responsable.

— Oooh, dit le loup Carr d’une voix moqueuse. J’ai peur.

— Je peux vous assurer que même s’il est tentant d’avoir le droit d’utiliser Regent’s Park pour y jouer pendant les nuits de pleine lune, transformer quelqu’un de façon illégale ne vaut pas le coup, ajoutai-je calmement.

— Je ne vois pas de quoi elle parle, dit le videur de Fairfax en reniflant. Vous avez une idée, les gars ?

— Pas la moindre, mon pote. Pas la moindre.

Je commençais à doucement m’énerver.

— Écoutez, commençai-je.

— Va te faire foutre, chérie.

J’aurais pu lever l’arbalète pour les menacer. J’aurais pu exiger d’être admise à l’intérieur. Mais légalement, je n’avais aucune raison d’être là. M’introduire par la force risquait non seulement de dégrader les relations de la Brigade Para avec toute la communauté des paras, mais en plus, je risquais la suspension.

Je serrai les dents. Puis je décelai un mouvement du coin de l’œil, derrière les quatre loups.

— Très bien.

Je les dépassai et fis semblant de ne pas entendre leurs ricanements dans mon dos. Je n’avais pas dit mon dernier mot. Loin de là.

Je continuai à avancer, consciente que les videurs m’observaient. Lorsque j’atteignis le coin et tournai à gauche pour échapper à leurs regards, je m’arrêtai net.

— Ah, super, dit Buffy avec un sourire éclatant. Je ne savais pas si vous m’aviez remarquée. Comment ça va ?

— Qu’est-ce que tu veux ? demandai-je d’un ton sec, le doigt sur la détente de l’arbalète.

Son sourire ne faillit pas.

— Je ne vous attaquerai pas, si c’est ce que vous vous demandez. Je ne suis pas votre ennemie, inspectrice Bellamy.

— C’est bizarre, mais j’ai du mal à y croire.

Buffy rejeta ses cheveux en arrière.

— J’obéissais à des ordres, dit-elle en haussant les épaules. En plus, vous avez gagné. Vous m’avez échappé. Sans rancune.

Facile à dire, pour elle.

— C’était toi qui me suivais sur la route pour venir ici ?

Son sourire s’élargit.

— C’était moi, oui.

Je soupirai. Au moins, elle ne le cachait pas.

— Qu’est-ce que tu me veux ?

— Je suis là sur les ordres de mon alpha.

— Très bien. Qu’est-ce que Lady Sullivan me veut ?

— Elle veut se faire pardonner, bien sûr.

Je plissai les yeux. Ça ne semblait pas très plausible.

— Continue.

— Une petite minute, dit-elle en se tapotant la tempe. Je veux être sûre que je me rappelle le message. Je n’ai pas une très bonne mémoire.

Elle ponctua sa phrase par un petit gloussement féminin qui ne me trompa pas le moins du monde. Elle était assez forte pour résister à la contrainte, et l’idée d’assassiner un inspecteur de police ne la dérangeait absolument pas. Elle était extrêmement dangereuse.

— Dépêche-toi, dis-je.

Son sourire disparut.

— Comme vous voudrez.

Puis elle se pencha vers moi en découvrant ses dents pointues de louve.

— Vous avez fait preuve d’honneur, hier. Vous avez tenu votre promesse et vous nous avez donné votre échantillon ADN alors que vous n’aviez pas de raison de le faire. Nous apprécions votre geste. Et nous apprécions aussi que vous soyez restée discrète à propos de ce qu’il s’est passé.

— Et donc ? insistai-je, à bout de patience.

— Et donc, le clan Sullivan souhaiterait se faire pardonner, dit-elle en passant la langue sur ses lèvres. Suivez-moi, et tout deviendra clair.

— Si tu t’imagines que je vais tomber une deuxième fois dans le panneau…

— Mon vrai nom est Patricia. Patricia Sullivan.

Je clignai des yeux, surprise. Elle n’avait pas la tête d’une Patricia.

— Vous pouvez l’utiliser contre moi si vous le souhaitez. On sait toutes les deux que vous en êtes capable.

Je n’en étais pas si sûre, moi.

— Je vais me contenter de Buffy.

Il y eut un éclair de soulagement dans son regard et je me rendis soudainement compte qu’elle était bien plus nerveuse qu’elle ne le laissait paraître. Cette découverte m’aida légèrement à me détendre.

— Comme vous voudrez, inspectrice. Je vous promets que vous n’êtes pas en danger. Vous voulez savoir ce qu’il se passe avec Devereau Webb. Avec la permission de Lady Sullivan, j’accepte de vous aider.

Je lui jetai un long regard, puis remis mon arbalète dans mon dos et l’accrochai avec des straps pour qu’elle ne me dérange pas.

— Je te suis.

— Il y a une entrée arrière qui mène au night-club. Je peux vous faire entrer et vous emmener dans la salle de surveillance. Comme ça, vous verrez et entendrez tout ce qu’il se passe dans la salle de réunion.

— Je ne comprends pas, dis-je en fronçant les sourcils. En faisant ça, Lady Sullivan met en péril ses chances d’obtenir l’accès total à Regent’s Park.

Buffy n’hésita pas un instant avant de répondre.

— Aussi tentante que soit l’offre, nous ne cherchons pas à nous fâcher avec les autres clans. Devereau Webb veut nous monter les uns contre les autres. Nous, les Sullivan, nous sommes trop intelligents pour tomber dans ce genre de piège. Et en plus, nous avons une dette envers vous. C’est notre façon de nous racheter pour ce qu’il s’est passé hier.

Je l’observai pendant quelques instants. Les yeux noirs de Lukas, pleins de détermination, me revinrent en tête.

— Laisse-moi deviner, dis-je. Lord Horvath vous a menacés.

Buffy ne répondit pas, mais je compris tout de suite que j’avais raison. Ça n’avait rien à voir avec le fait de vouloir se racheter. D’un côté, Lady Sullivan avait une chance sur quatre d’obtenir les droits de Regent’s Park ; de l’autre, elle risquait la guerre froide entre le Clan Sullivan et les vampires. Entre deux maux, elle avait choisi le moindre. Ça n’avait pas d’importance. Ses intrigues ne me dérangeaient pas si la Brigade Para et moi pouvions en tirer profit.

— Montre-moi la route, dis-je à Buffy.

***

Une porte coupe-feu était restée ouverte à l’arrière du night-club de Fairfax. Buffy m’adressa un autre grand sourire et posa son doigt sur ses lèvres pour m’indiquer de rester silencieuse. Je hochai la tête, tout en me demandant ce que risquait le clan Sullivan si Lord Fairfax découvrait qu’ils m’avaient aidée à entrer en douce dans son night-club. Puis je songeai que ce n’était pas mon problème. On récolte ce que l’on sème, après tout.

Buffy poussa doucement la porte et nous pénétrâmes à l’intérieur. Je la suivis dans un couloir qui serpentait jusqu’à un escalier étroit. Une fois arrivée là, elle se tourna vers moi.

— Il faut monter d’un étage et tourner à droite, chuchota-t-elle. À partir de maintenant, vous devez vous débrouiller seule.

C’était parfait comme ça. Je hochai la tête pour la remercier et la dépassai. Quand je me tournai pour lui jeter un dernier coup d’œil, elle avait déjà disparu. Je continuai à monter, en espérant ne pas avoir raté une trop grosse partie de la réunion.

Arrivée en haut, je suivis les instructions de Buffy et aperçus une porte sur la droite. Tout en retenant mon souffle, je l’ouvris : elle donnait sur une petite pièce bourrée d’équipements électroniques, de talkies-walkies pendus au mur. Un grand miroir sans tain donnait sur la salle principale du night-club.

Je jetai un coup d’œil. Les quatre alphas et Devereau Webb étaient assis à la même table qu’hier. Personne d’autre ne semblait être présent. Les lèvres de Webb bougeaient, mais je n’entendais pas ce qu’il disait. En regardant autour de moi, je trouvai un casque branché sur un système de sécurité qui semblait compliqué. Je le mis sur mes oreilles. Bingo !

— Je peux vous assurer que les papiers sont authentiques. Je ne suis pas stupide au point de tenter d’arnaquer toute la population de loups-garous de Londres, disait la voix de Webb.

— Mes avocats ont examiné les dossiers, dit McGuigan avec une nonchalance affectée. À l’inverse du clan Carr, nous ne doutons pas de vous. Personne ne vous force à être ici, Lady Carr. Vous êtes libre de partir si vous le souhaitez.

Ha ha ! Il léchait les bottes de Webb pour essayer de prendre de l’avance et de se débarrasser de ses compétiteurs par la même occasion. Toutefois, je doutais que Lady Carr se laisse faire – et j’avais raison.

— Espèce d’abruti de loup ! cracha-t-elle. Vous êtes peut-être prêt à accepter cet accord les yeux fermés, mais moi, je suis plus prudente.

— Je n’accepte rien les yeux fermés, rétorqua McGuigan. Je constate un fait, c’est tout.

— Mesdames, messieurs, intervint Webb en levant les mains, paumes en l’air. Inutile de se disputer. Les avocats de Lord McGuigan ont raison, mais Lady Carr a raison également. Ceci est un échange de bons procédés, et il est bon d’être prudent. À votre place, je le serais.

Lady Sullivan, qui devait savoir que je les regardais d’en haut, se pencha. Pas un instant elle ne leva les yeux vers moi.

— Dans ce cas, arrêtons de tourner autour du pot. Qui est cette personne que vous cherchez désespérément à transformer ? Qui mérite de devenir l’un des nôtres ?

Il y eut une longue pause. Devereau Webb observa les loups, les uns après les autres. Puis il leur adressa un petit sourire.

— Vous avez raison. Inutile de tourner autour du pot. Cette personne est ma nièce.

Je le regardai, stupéfaite. Sa nièce ?

— Elle est malade ? demanda Lord Fairfax en se frottant le menton.

— Oui, acquiesça Webb. Leucémie. Toutes les autres tentatives de guérison ont échoué. C’est sa dernière chance.

— Si elle est malade, elle risque de ne pas survivre à la transformation, fit remarquer Lady Carr. Son système immunitaire est déjà affaibli. Nous ne pouvons rien vous garantir, monsieur Webb.

— Je sais. Elle a terminé sa dernière chimiothérapie il y a quelques mois. Alice est en train de mourir, mais elle est forte. C’est un risque que je suis prêt à prendre.

— Est-ce que c’est un risque qu’elle est prête à prendre ? demanda Fairfax.

— Je suis son tuteur légal, dit Webb. C’est à moi de prendre la décision. Et elle comprend que la meilleure chose à faire pour elle serait d’être transformée.

Une minute. Quoi ?

— Que voulez-vous dire par tuteur légal ? demanda Lady Sullivan en se raidissant.

Webb croisa les jambes. Il y avait quelque chose de mécanique dans ses mouvements. Nous abordions enfin le cœur du problème – et tout le monde le savait.

— Alice a onze ans.

Mes épaules s’affaissèrent d’un coup. Ce n’était pas un criminel que Webb tentait d’aider ; c’était encore pire que ça.

Pendant un moment, tous les alphas restèrent silencieux ; puis ils se mirent tous à parler en même temps.

— Une enfant ? On ne peut pas transformer une enfant !

— C’est impossible.

— Si ça se sait…

Webb se racla la gorge.

— Je comprends vos inquiétudes. Je ne me serais pas démené pour attirer votre attention et je n’aurais pas négocié une si belle affaire si je n’étais pas conscient du côté inhabituel de ma requête.

La voix de Lord McGuigan, qui était mielleuse quelques instants auparavant, se fit soudainement glaciale.

— Il y a beaucoup de raisons qui font que nous n’acceptons pas d’enfants humains, monsieur Webb. Ce n’est pas une question de tradition, mais de nécessité.

Lady Carr hocha la tête, enfin d’accord avec son collègue alpha.

— Il n’y a pas que la loi humaine qui empêche les mineurs d’être transformés. La puberté peut causer toutes sortes de problèmes, voire de désastres. Tout est parfaitement documenté.

Fairfax se leva et commença à faire les cent pas.

— C’était quand, le dernier ? Un garçon dans les années cinquante, n’est-ce pas ? Celui qui a été accepté dans le clan Sullivan.

— Si c’est une critique, rétorqua Lady Sullivan, la mâchoire crispée, rappelez-vous que ça s’est passé bien avant notre naissance. Comme vous le savez tous. Mais oui, c’est une histoire tragique. Il a tué trois personnes, monsieur Webb.

— Un homme averti en vaut deux, contra Webb. Je suis sûr que vous saurez mettre en place des mesures pour éviter que ce genre de situation déplaisante ne se reproduise.

— Déplaisante ? répéta Lady Sullivan en haussant les sourcils.

— Nous avons durement lutté pour obtenir notre indépendance, dit Fairfax. Un cas pareil pourrait nous ramener des décennies en arrière.

— Elle n’est pas comme les autres enfants. Elle est intelligente. Sensée. Elle est…

— Elle sera incapable de contrôler ses hormones ! l’interrompit Lady Carr.

Webb décroisa les jambes, se leva et se dirigea vers la sortie. Pendant une seconde, je fus persuadée qu’il s’en allait, dépité – jusqu’à ce que je le voie revenir avec une petite silhouette sur ses talons.

Je dévisageai la petite fille aux couettes qui avait crié pour avertir les autres lorsqu’elle m’avait vue dans l’escalier de l’immeuble de Devereau Webb. Mon cœur se serra dans ma poitrine. Oh. Oh non.

— Voici Alice, dit simplement Webb.

Lady Sullivan secoua la tête. Elle refusait de la regarder.

— Non. Nous ne pouvons pas faire ça. Ça allait encore quand nous pensions que vous vouliez protéger un criminel, mais c’est différent lorsqu’il s’agit d’un enfant. C’est impossible.

Alice se tourna vers Webb.

— Tu vois ? s’exclama-t-elle en serrant les poings. Je te l’avais dit ! Je ne veux même pas devenir un putain de loup-garou !

— Alice, répondit-il sévèrement, on ne dit pas de gros mots.

Puis il leva les yeux et supplia les quatre alphas.

— Parlez-lui. Vous verrez vite à quel point elle est spéciale. Je ne serais pas là si je ne pensais pas qu’elle en vaut la peine.

— Bien sûr que vous pensez qu’elle en vaut la peine, monsieur Webb, répondit Lady Carr. C’est votre nièce. Mais ça ne change rien. Quand elle aura dix-huit ans…

— Elle ne vivra pas jusque-là ! s’exclama Webb, le visage contracté.

— Alors nous ne pouvons rien faire, déclara Lady Carr en se levant. Et si l’un d’entre vous souhaite accepter le marché, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous en empêcher.

— C’est inutile, dit McGuigan, le visage impassible. Nous sommes tous d’accord. Elle ne peut pas être transformée et elle ne le sera pas.

Webb n’était pas encore prêt à abandonner.

— Mais Regent’s Park est…

— Ça ne suffit pas, coupa Fairfax.

Il était visiblement irrité, mais pas contre Webb ni Alice ; c’était probablement la situation dans sa globalité qui l’énervait.

— Vous devriez partir, ajouta-t-il. C’est mieux comme ça.

Pour la première fois, Devereau Webb eut l’air vaincu.

— Qu’est-ce qu’il vous faudrait ? demanda-t-il. Qu’est-ce que je peux vous offrir d’autre ?

— Rien, répondit Lady Sullivan. Cette conversation est terminée.

L’un après l’autre, les quatre alphas sortirent de la salle. Webb avait l’air effondré.

— Je suis désolé, murmura-t-il. Je suis vraiment désolé.

Alice renifla. Sa lèvre inférieure tremblait et ses taches de rousseur se détachaient nettement sur sa peau pâle. Elle passa les bras autour de sa taille et le serra fort contre elle.

— Ça fait rien, dit-elle en lui tapotant le dos. Rentrons à la maison, Oncle Dev.

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