Emma Bellamy, aimant à problèmes T2 : Mort à répétition

Chapitre 9

 

Fred avait l’air remarquablement frais, si on considérait qu’il n’avait que peu dormi. Son genou se mit à tressauter lorsque je lui racontai ce que j’avais appris des goules. L’idée que nous ayons un voleur de cadavres sur les bras le décontenançait autant que moi.

— On peut lui faire confiance, à ce Finnegan ?

— Il m’avait l’air sincère, en tout cas, répondis-je. Pour autant, ça ne veut pas dire qu’une autre goule ne s’est pas rebellée sous prétexte qu’elle préfère chasser son repas plutôt que de se le faire livrer sur un plateau... pour ainsi dire.

Fred fit la grimace.

— Tu veux que je me renseigne sur les autres goules ?

— On est en pleine journée. Tu n’obtiendras rien d’elles tant qu’il ne fera pas nuit à nouveau. Ce qui m’inquiète, c’est que le révérend Knight et le reste de l’Église sont convaincus que ce sont les goules qui sont responsables des profanations de tombes à St Erbin. Knight a clairement dit que depuis qu’il était entré en fonction, par deux fois, il y a eu des traces de passages de goules. Va lui parler et vois si tu peux obtenir les dates exactes. Comme ça, on pourra les lier aux enterrements récents.

— Et pour ce qu’il s’est passé avant son entrée en fonction ?

— Oui, dis-je en hochant la tête, renseigne-toi là-dessus aussi. Depuis combien de temps ça dure ? Combien de tombes ont été touchées ? Y a-t-il une preuve directe qu’il s’agit des goules, ou est-ce qu’il ne s’agit que de suppositions ?

Fred griffonna sur son bloc-notes.

— Je m’en charge tout de suite, dit-il avant de lever les yeux vers moi. Pour quelle autre raison quelqu’un voudrait-il voler des cadavres de leur tombe ?

Je repensai à ce que Finnegan m’avait dit au sujet des activités sinistres de Burke et Hare. Mais c’était du passé. Je secouai la tête.

— Honnêtement, Fred, je n’en ai pas la moindre idée.

***

Molly était sacrément réactive. La première chose qu’elle avait dû faire en arrivant au boulot était de chercher des informations sur le Berger. J’avais quelques heures devant moi avant ma prochaine session d’entraînement à l’arbalète avec Kennedy ; dès que je reçus son message et l’adresse qui y était jointe, j’attrapai mon manteau et me dirigeai vers la sortie.

Étonnamment, Tallulah démarra du premier coup. Peut-être que notre petite « conversation » de la veille avait remis les choses en place. Nous traversâmes les rues animées de Londres à une vitesse record ; avant même que la moitié de la ville ait fini son petit-déjeuner, je me tenais devant l’immeuble où vivait le Berger. Après une telle performance, Tallulah avait bien mérité une vidange.

Après lui avoir murmuré des remerciements sans même me sentir gênée, je sortis de la voiture et levai la tête pour examiner le bâtiment. La tour était relativement neuve, et pourtant déjà d’aspect miteux. Peut-être que ça ne paye pas tant que ça d’être un criminel, pensai-je ironiquement. J’avançai vers la porte principale et me préparai à être assaillie par les effluves de vieille urine qu’on trouvait toujours dans ce genre d’endroit.

Toutefois, je fus agréablement surprise. Au lieu de l’entrée couverte de tags et du sol jonché de détritus auxquels je m’étais attendue, il y avait des plantes en pot bien arrosées, l’odeur citronnée de produits nettoyants et un ascenseur qui semblait fonctionner.

Je m’arrêtai pour lire le tableau d’information. Des affiches pour des bingos, des cours de Pilates et même un comité de voisinage destiné à recueillir des fonds pour la création d’un court de tennis avaient été placardées dessus. Je me morigénai d’avoir eu des préjugés. J’avais réussi à garder l’esprit ouvert en ce qui concernait les paras ; il fallait que j’apprenne à faire pareil avec les humains. L’extérieur de la tour du Berger ne ressemblait pas à l’intérieur ; il y avait là-dessous une leçon à tirer pour tout le monde.

Selon l’adresse, il vivait au treizième étage. Au lieu de prendre l’ascenseur, je décidai de monter les escaliers. Je n’avais pas eu le temps de courir ce matin à cause de ma nouvelle affaire – et aussi à cause de ma troisième mort. Ça ne me ferait pas de mal de faire un peu de cardio au boulot.

Monter les escaliers en courant n’était pas une mince affaire, et je m’attendais à être essoufflée avant même d’en avoir atteint la moitié, mais ce ne fut pas le cas. Je sprintai et sautai d’abord deux marches à la fois, puis trois. Je n’avais jamais trouvé ça aussi facile. Je ne m’arrêtai pas avant d’avoir atteint le dixième étage, et ce ne fut pas la fatigue qui me stoppa, mais plutôt son absence.

J’examinai mon corps avec admiration. J’avais toujours été assez sportive, mais ça, c’était nouveau. Je bandai mes muscles et étirai mes jambes, émerveillée de découvrir que ça n’aurait rien changé si le Berger avait vécu au centième étage. Il était de plus en plus difficile de nier l’évidence : chaque fois que je mourais, je me réveillais plus puissante. Je ne savais pas si l’idée m’enchantait ou me terrifiait.

Alors que j’étais sur le point de reprendre la montée, j’entendis des voix en colère à l’étage du dessous. J’hésitai, penchai la tête et écoutai la dispute. La porte coupe-feu menant à l’escalier étant fermée, je n’entendis que quelques mots, mais l’un d’entre eux était Devereau, j’en étais sûre. Ce n’était pas un nom très courant par ici. Quel que soit le sujet de la dispute des gens du neuvième étage, ça avait quelque chose à voir avec le Berger. Je m’approchai de la porte sur la pointe des pieds et collai mon oreille dessus.

— Je me fous de ce tu veux, dit une voix bourrue de femme. C’est trop tôt pour le déranger.

— On sait tous les deux que Devereau est déjà debout. Je ne le dérangerai pas longtemps. Je veux juste savoir pourquoi on m’a enlevé de l’équipe Harvey Nichols.

— Je te l’ai déjà dit. On se concentre sur d’autres choses.

— Je ne peux pas y aller aujourd’hui ? demanda la voix de l’homme, presque suppliante. Les jeudis, c’est ce qu’il y a de mieux.

— Personne ne sort aujourd’hui. Ce sont les ordres de Devereau.

Je plissai les yeux. Intéressant.

— Laisse-moi passer. Je veux le voir.

Lorsque la femme répondit, sa voix était devenue lasse.

— Dégage, Gaz. Je t’ai déjà répondu.

Je me reculai et réfléchis un instant. Ma petite séance d’espionnage avait été providentielle. De ce que j’en avais entendu, le Berger étendait ses griffes à tout le bâtiment. Ça ne m’aurait pas surprise si toute sa bande vivait aussi ici. Et bien que l’adresse que Molly m’avait donnée mentionnait le treizième étage, visiblement, il était au neuvième. Ce n’était pas improbable. Il devait posséder plusieurs appartements, et lorsque la police venait frapper à la porte (ce qui devait arriver souvent), il pouvait les retarder ou leur échapper. Entouré de son Troupeau, le Berger était un criminel rusé. Pas étonnant qu’il ait réussi à se créer un petit empire.

Avant d’avoir pu décider de ce que je faisais ensuite, une autre porte coupe-feu s’ouvrit, et j’entendis des pas qui montaient l’escalier. Un instant plus tard, une jeune fille avec des taches de rousseur apparut devant moi. La pâleur de sa peau laissait penser qu’elle passait plus de temps derrière un écran d’ordinateur qu’à jouer dehors, mais bon, ce n’était pas à moi de juger.

Elle s’arrêta dès qu’elle me vit et ses couettes tressautèrent tandis qu’elle me fixait, bouche bée. Je lui adressai un sourire. C’était une gamine. Je savais y faire avec les gamins.

— Bonjour, dis-je. Je suis…

Elle rejeta la tête en arrière et hurla :

— Les poulets ! Les poulets sont là !

Pendant une seconde, il ne se passa rien, puis la porte à côté de moi s’ouvrit d’un coup. La fillette disparut par là où elle était venue et je me retrouvai face à face avec deux visages furieux : une femme et un homme. Ceux que j’avais entendus se disputer, sans le moindre doute.

La femme ressemblait parfaitement à ce que j’avais imaginé : un visage buriné, des cheveux d’un blond platine et des yeux soupçonneux. Elle me jeta un regard noir.

— Gaz, marmonna-t-elle.

L’homme entra un numéro sur son téléphone et le tint contre son oreille. Un instant plus tard, il secoua la tête.

— Elle est seule.

— Ça n’explique pas pourquoi ils n’ont rien dit plus tôt, rétorqua la femme. Ils sont censés surveiller l’arrivée de visiteurs. Il va falloir qu’ils se reprennent, ceux-là.

— C’est pas une flic, répondit Gaz, toujours au téléphone. Elle est venue en Mini. Et une vieille, en plus. Aucun agent de police ne conduit une voiture pareille.

Ce n’était pas le bon moment pour le détromper. La femme tourna autour de moi avant de s’arrêter pile devant mon nez.

— Qui êtes-vous ?

— Je m’appelle Emma, commençai-je.

— Je ne vous ai pas demandé votre nom. Je vous ai demandé qui vous étiez.

Je la fixai droit dans les yeux. Si je lui disais que j’étais de la police, je ne pourrais pas approcher de Devereau, aussi décidai-je de ne pas révéler cette information tant que je ne serais pas face à l’homme en question.

— Je dirai au Berger qui je suis, répondis-je calmement. C’est lui que je viens voir.

Elle se pencha vers moi. Son haleine de vieux tabac me remonta dans les narines.

— Personne ne le voit sans que je donne mon accord.

Il fallait que je joue les dures. C’était sans doute comme ça que je gagnerais son respect.

— Écoute, dis-je. Je ne sais pas qui tu es et je m’en fous. Je suis là pour voir le Berger, et je n’accepte pas qu’on me dise non.

Malheureusement, ce n’était pas la bonne approche ; je m’en rendis compte dès qu’elle se mit à ricaner.

— C’est ce qu’on va voir.

— Fenêtre ? demanda Gaz en rangeant son téléphone ; il avait visiblement tout oublié de son altercation avec la femme.

— Ouais, répondit-elle avec un sourire à faire froid dans le dos. Fenêtre.

Oh oh. Ça n’annonçait rien de bon. J’étais face à un dilemme : si je leur disais que j’étais inspectrice, ce serait un million de fois plus dur pour moi d’approcher Devereau Webb. Ils me jetteraient dehors, à moins que je ne leur montre un mandat. Mais si je ne leur disais pas que j’étais de la police, ils allaient me rosser.

En fait, je n’eus pas le temps de dire quoi que ce soit. Avec une rapidité surprenante pour un homme de sa taille, Gaz plongea vers moi.

Je sautai sur le côté pour lui échapper. En théorie, c’était une bonne idée, mais l’escalier était étroit et il n’y avait pas beaucoup de place pour manœuvrer, d’autant que la petite aux taches de rousseur qui avait donné l’alarme avait fait venir des renforts. D’autres membres du Troupeau arrivaient dans les escaliers derrière moi. J’étais coincée entre deux par-devant et plusieurs à l’arrière.

Gaz plongea à nouveau et arriva cette fois à attraper mon poignet droit. Ses gros doigts s’enroulèrent autour et ses ongles crasseux s’enfoncèrent dans ma peau. Il me tira vers lui.

— Viens là, salope !

La femme lui donna un coup dans les côtes.

— Arrête d’utiliser ce mot-là ! Je te l’ai déjà dit mille fois, je ne te le répéterai plus.

Tiens tiens, une hors-la-loi politiquement correcte. C’était bon à savoir.

Je tirai profit de la situation et me libérai d’un geste sec. Il fallait que je trouve Devereau. C’était le seul moyen de me sortir de là.

Je fis volte-face et me précipitai dans les escaliers. Gaz, la femme et les autres me suivirent. Je montai huit marches, puis je tournai d’un coup et sautai par-dessus leurs têtes, afin d’atterrir à l’arrière du groupe furieux. L’atterrissage en question ne fut pas très gracieux, mais la tactique fonctionna. Tandis que les membres du Troupeau se reprenaient et se retournaient pour essayer de m’attraper à nouveau, je fonçai par la porte coupe-feu du neuvième étage.

Je reclaquai la porte derrière moi. À présent, j’avais besoin de quelque chose pour la bloquer et la maintenir fermée. De l’autre côté, Gaz, ou l’un de ses compères, était en train de tirer dessus ; je n’eus pas d’autre choix que de tirer aussi, tout en regardant autour de moi pour découvrir quelque chose qui pourrait m’être utile. Malheureusement, il n’y avait rien.

J’entendis un grognement, un halètement et plusieurs marmonnements. J’avais suffisamment de force pour maintenir la porte fermée contre deux ou trois d’entre eux, mais s’ils décidaient de s’y mettre à plusieurs pour forcer le passage, je ne parviendrais pas à la retenir. Une seconde plus tard, c’est ce qu’ils firent. La porte s’ouvrit d’un coup, malgré tous mes efforts pour la maintenir fermée. Je lâchai tout et me précipitai dans le couloir ; le Troupeau se jeta à ma poursuite.

Il y avait au moins une dizaine de portes menant à autant d’appartements, et je ne savais absolument pas laquelle me mènerait au Berger. Je serrai les dents. C’était une grave erreur. J’aurais dû leur dire qui j’étais dès le début. Devant moi, il y avait une impasse, derrière moi, plusieurs voyous en colère, et je ne savais pas du tout où était leur chef. À moins que...

Je baissai les yeux vers la moquette tandis que j’allais de porte en porte. Non. Non. Non. Un rugissement résonna derrière moi. Le Troupeau me suivait.

Non.

Oui.

Je bondis vers la porte de droite, actionnai la poignée et me précipitai dans l’appartement. Au milieu de la pièce se tenait un homme bien habillé, la petite trentaine, dont les cheveux blonds étaient ramenés en arrière. Il ressemblait à Ken, le petit copain de Barbie. Néanmoins, en dépit de son apparence soignée et de la tasse de thé qu’il avait à la main, la dureté de son regard trahissait son physique avenant. C’était Devereau Webb, à tous les coups.

Je lâchai une exclamation et me redressai. Gaz et les autres débarquèrent en trombe derrière moi. Je sentis l’un d’entre eux essayer de m’attraper, mais Devereau leva la main et la personne derrière moi recula instantanément.

— Elle est de la police, dit-il sans la moindre trace de colère.

— Je vous l’avais dit ! s’exclama une voix furieuse.

Je me retournai et aperçus la jeune fille qui avait donné l’alarme. Elle était dans le couloir, à peine visible derrière la douzaine d’autres personnes qui m’avaient suivie. Elle avait l’air très fière d’elle-même – c’était bien la seule.

— Inspectrice Emma Bellamy, dis-je. Ravie de vous rencontrer, M. Webb.

Il avança vers moi, sa tasse de thé toujours en main, et m’examina d’un air étrangement détaché.

— Au temps pour notre système d’alarme, marmonna-t-il. Ce genre d’incident n’est pas censé arriver.

Je ne pouvais pas voir les visages de Gaz, de la femme ou des autres, mais j’avais comme l’impression qu’ils étaient tous en train de grimacer.

— Dites-moi, continua Webb, comment avez-vous su que je me trouvais dans cet appartement-ci ?

Je n’avais rien à perdre en le lui disant.

— La moquette, répondis-je en haussant les épaules. Elle était plus usée devant cette porte que les autres. Vous recevez plus de visiteurs que vos innocents voisins, apparemment.

Devereau sirota une gorgée de thé.

— Bravo, inspectrice Bellamy. Vous êtes très perspicace. En revanche, je ne crois pas qu’on puisse qualifier qui que ce soit de réellement innocent.

Je choisis de ne pas relever cette remarque.

— Comment avez-vous su que j’étais de la police ?

— Votre voiture, dit-il immédiatement. Sa réputation vous précède. Inspectrice Bellamy, vous êtes de la Brigade Para.

Je tentai de cacher ma surprise. Bien que tous les paras de Londres soient capables de reconnaître Tallulah, la plupart des humains ne la connaissaient absolument pas. Devereau Webb était bien informé. Le Troupeau rassemblé derrière moi m’observa avec un intérêt renouvelé.

— Savez-vous pourquoi je suis ici ? demandai-je.

— Je crois que oui.

Il posa sa tasse sur une table non loin, puis s’adressa aux autres.

— Laissez-nous, dit-il sans même lever la voix ou les yeux.

Le Troupeau n’hésita pas un instant, pas même Gaz qui avait tant voulu parler à son patron. Tous sortirent de la pièce et me laissèrent seule avec Devereau.

— Et fermez la porte ! lança-t-il. On n’est pas dans un moulin !

La fillette qui avait donné l’alarme revint sur ses pas. Avec un sourire effronté, qui m’était adressé, elle ferma la porte.

— Asseyez-vous, commença Devereau en indiquant un drôle de canapé à fleurs.

— Merci, répondis-je sans bouger, mais je préfère rester debout.

Il eut l’air plus amusé qu’offensé.

— Comme vous voudrez, répondit-il avant de s’asseoir, le dos affaissé contre les coussins. Vous savez, vous auriez dû révéler qui vous étiez dès le début. Ça aurait rendu les choses bien plus faciles.

— Je pensais que vous ne voudriez pas me parler.

Devereau haussa un sourcil.

— Je n’ai pas de raison de me cacher de la police.

Bien sûr.

— On a mentionné le mot « fenêtre ».

— Ah, ça, ricana-t-il. La légende prétend que lorsque des intrus entrent chez nous, on les suspend par la cheville à la fenêtre la plus proche et on les secoue un peu pour leur faire comprendre leurs torts.

— La légende ?

— Bien sûr. Tous ceux qui travaillent pour moi savent que ce n’est pas quelque chose à faire. Ce serait contre la loi.

Devereau Webb était vraiment un homme effrayant. Ce n’étaient pas ses mots qui me faisaient frissonner, mais la façon doucereuse dont il les prononçait. J’essayai de ne pas me demander si je parviendrais à revenir d’entre les morts si on me ramassait à la petite cuillère sur le sol après une chute de neuf étages. Autant aller au fait.

— Il y a eu un incident à Knightsbridge hier.

— La vampire morte.

— Exactement.

Il comprit tout de suite où je voulais en venir.

— Et vous croyez que je suis impliqué dans cette histoire.

— On m’a laissé entendre que ce territoire appartenait à votre Troupeau.

— Je ne vois vraiment pas de quoi vous voulez parler, inspectrice Bellamy.

Si on continuait à tourner autour du pot de cette façon, ça risquait de durer un petit moment.

— Écoutez, dis-je, je ne suis pas là pour vous. Je suis là parce qu’une vampire a été agressée et est morte de ses blessures. Nous avons une vidéo de la scène. Nous savons que sa mort était un accident, mais le vol ne l’était pas.

Je lui jetai un regard entendu et continuai :

— M. Webb, je ne pense pas que vous ayez envie de vous mettre les vampires à dos. Lord Horvath n’est pas quelqu’un qu’il faut prendre à la légère.

Une lueur de colère apparut dans les yeux de Devereau. Ha ha ! Finalement, je commençais à percer l’armure et à atteindre l’homme en dessous.

— Moi non plus, inspectrice Bellamy, répondit-il en entrelaçant ses doigts. L’incident dont vous parlez n’a rien à voir avec moi ou mon Troupeau.

Il niait toute implication. Qui l’eût cru ?

— M. Webb, commençai-je.

Il se leva et m’interrompit :

— Cependant, même si nous n’avons rien à voir là-dedans, vous serez peut-être surprise d’apprendre que nous sommes prêts à vous aider dans votre enquête... en échange d’une petite faveur.

Cette fois, je me tus et attendis.

— Je possède des informations qui vous aideront à retrouver votre voleur. Je vous le garantis. Je vous donnerai ces informations gratuitement si vous pouvez m’arranger un entretien avec les alphas des clans.

Les loups-garous ? Je clignai des yeux, stupéfaite.

— Je n’ai pas d’influence sur les clans.

— Ce n’est pas vrai. Et puis, sourit-il, je ne demande qu’un entretien. Rien de plus, rien de moins.

— Ce n’est pas comme ça que ça marche, M. Webb. Je pose les questions et vous y répondez. C’est tout. Je n’offre pas de faveurs.

Il haussa les épaules avec élégance.

— Posez autant de questions que vous voudrez, inspectrice Bellamy. Tant que je n’aurai pas mon entretien, vous n’aurez pas de réponse à une seule d’entre elles. Et vous pouvez le dire à votre Lord Horvath aussi. Vampire ou non, il ne m’intimide pas. En quelque sorte, ajouta-t-il avec une pointe d’humour, je suis un loup déguisé en agneau.

Je le fixai droit dans les yeux et compris sans l’ombre d’un doute qu’il disait la vérité. Le Berger, et par extension son Troupeau, ne dirait rien tant que je n’aurais pas organisé cette rencontre.

— Les loups-garous ne sont pas aussi couche-tard que les vampires, mais je ne pourrai pas les contacter avant cet après-midi, l’avertis-je. Avant midi, ils sont tous sous leur forme de loup.

L’expression de Webb ne changea pas.

— Je suis quelqu’un de patient, inspectrice Bellamy, dit-il. Et vous ?

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