Et que vogue l’amour (La Famille Sullivan, Seattle, tome 4) (French Edition)
Chapitre Sept
Deux heures plus tard, ils portaient Mason et toutes ses affaires en haut des marches menant à l’appartement de Grace. Plus tôt, elle avait prévu de simplement remercier Dylan et de lui souhaiter une bonne nuit à la fin de la soirée. Cependant après ce qu’ils venaient de partager, une soirée pleine d’amour, de famille et de promesses d’éternité, plus rien ne semblait clair aux yeux de Grace.
Rien, mis à part le fait qu’elle n’était pas prête à terminer cette soirée.
— Si ça ne vous ennuie pas d’attendre que je mette Mason au lit, je serais ravie de nous préparer du café.
— Ça me va.
Il passa délicatement sa main sur la tête de son fils.
— Bonne nuit, petit.
Elle emmena Mason dans la chambre qu’ils partageaient, lui mit une couche propre et un doux pyjama bleu. Lorsqu’elle murmura : « Fais de beaux rêves, bébé », il se réveilla suffisamment pour tourner sa bouche vers la sienne pour un baiser. Son cœur déborda d’amour lorsqu’elle l’embrassa puis qu’elle le borda dans son berceau avec sa girafe préférée à la main, sa couverture sur ses petites fesses mise en valeur immédiatement lorsqu’il se retourna sur le ventre.
Sachant qu’elle ne pouvait pas retourner dans la pièce avec Dylan en se sentant aussi sensible et vulnérable, elle alla dans la salle de bains adjacente pour se brosser les cheveux et passer un peu d’eau froide sur son visage. Malheureusement, la femme qui lui rendit son regard ne ressemblait pas du tout à une journaliste professionnelle. Au contraire, avec des yeux aussi brillants et une peau aussi rougie, elle ressemblait davantage à une femme qui était en train de tomber follement amoureuse de l’homme splendide qui se trouvait dans son salon.
Elle se secoua mentalement et physiquement. Elle ne pouvait pas faire ça. Elle ne le ferait pas. Pas quand il y avait un petit garçon en train de dormir à seulement quelques dizaines de centimètres de là et qui dépendait d’elle pour le protéger. Elle en avait assez de commettre des erreurs avec des hommes séduisants et riches.
Grace avait toujours suivi son instinct, du moins jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de Richard. Après s’être trompée à ce point avec lui, elle avait maintenu sa garde en place, à la fois pour se protéger, mais aussi pour protéger son fils.
Elle ne pourrait jamais oublier ce que ses parents lui avaient dit quand ils lui avaient rendu visite un jour après qu’elle avait annoncé sa grossesse à Richard : Notre fils a un faible pour les filles indécentes comme toi, malheureusement. Mais son erreur temporaire ne peut pas devenir un poids permanent sur notre famille. Elle avait été stupéfaite quand l’ancien sénateur estimé et sa femme lui avaient donné deux chèques certifiés tirés d’un compte sans identifiants. Un pour l’avortement… Et l’autre pour acheter son silence. Elle avait commencé à planifier son déménagement ce jour-là, dans une ville aussi éloignée que possible de Washington.
Si les Bentley étaient riches et puissants, Grace était presque sûre que les Sullivan l’étaient davantage. Est-ce que l’un d’eux s’occuperait des « accidents » ainsi ? En l’achetant et en les enterrant ?
Elle ne pouvait pas les imaginer faire, elle ne pouvait pas imaginer qu’un des hommes ou une des femmes qu’elle avait rencontrés ce soir-là fassent quelque chose d’aussi horrible. Cependant, comment pourrait-elle en être sûre ? Après tout, elle venait tout juste de les rencontrer. Et Richard ne l’avait-il pas trompée aussi ?
Tandis qu’une méfiance renouvelée s’immisçait en elle, elle décida qu’il était bon que Dylan soit encore là. Ainsi, elle pourrait lui indiquer très clairement avant qu’il s’en aille que les choses entre eux n’iraient jamais au-delà de l’article qu’elle écrivait.
Car même si Dylan et sa famille étaient aussi bons, aussi honnêtes et gentils qu’ils en avaient eu l’air ce soir-là, en réalité, cela ne rendrait les choses que plus difficiles. Peut-être que si Dylan avait été comme son frère architecte ou sa sœur agente immobilière, dont les vies consistaient à poser des racines permanentes, alors le fantasme aurait eu une chance de devenir réalité. Néanmoins si elle avait appris quoi que ce soit pendant leur interview de deux heures cet après-midi-là sur le porche arrière de ses parents, c’était que l’homme de l’autre côté de la porte de sa chambre était fait pour naviguer là où le vent l’emmène, chaque fois qu’il commençait à souffler. Autrefois, elle aurait pu croire au fantasme des fins heureuses et partir avec lui. Mais elle ne pouvait plus faire cela à présent. Construire un foyer sûr et aimant pour Mason était sa principale priorité.
En levant les yeux vers le miroir, elle vit que cet éclat sur son visage avait maintenant disparu. À sa place se trouvait de l’acceptation… et la détermination de ne pas être entraînée par l’attirance ou le romantisme.
— Désolée que ça ait pris aussi longtemps, dit-elle quand elle revint dans le salon. J’ai dû changer Mason avant de le border.
Sans parler du temps qu’il lui avait fallu pour remettre ses idées en place.
— Ça m’a donné le temps d’admirer vos photos.
Dylan se tenait devant une photographie du jour où Mason était né. Trois kilogrammes deux cents, enroulés dans les langes de l’hôpital, il avait le visage rouge et aucun cheveu sur la tête. Grace se souvenait encore de la manière dont elle avait été émerveillée par la vie qu’elle avait créée… et de la terreur qu’elle avait ressentie à l’idée de le ramener chez elle toute seule.
— C’était le plus beau jour de ma vie.
— Je n’en doute pas.
Elle pouvait sentir le regard de Dylan sur elle à présent, et non pas sur la photographie.
— Tout le monde dans ma famille vous a adorés, tous les deux. Comme je l’imaginais.
— Votre famille est sensationnelle, admit-elle en entrant dans la petite cuisine adjacente pour préparer le café. Mason était au paradis en jouant avec tout le monde. Et ils étaient tous tellement gentils, même quand il a presque gâché le mariage de votre sœur.
— Il n’a même pas un peu gâché les choses. Croyez-moi, Mia le pensait quand elle a déclaré que c’était le mariage parfait.
Grace savait qu’elle devait parler sérieusement à Dylan, mais elle devait lui dire quelque chose d’abord.
— Cette soirée a été incroyable. Le mariage de Mia et Ford a été le plus beau auquel j’ai assisté. Ils sont tellement parfaits l’un pour l’autre, et le fait que votre frère Ian ait officié l’a rendu encore meilleur.
— Mia a toujours été douée pour faire les choses à sa façon.
Elle pouvait entendre l’amour qu’il ressentait pour sa sœur dans sa voix, elle voyait l’affection évidente dans ses yeux.
— Je dirais que le mariage de ce soir était parfait pour Ford et elle.
— C’était magnifique. Vous ne saviez vraiment pas que ça allait arriver ?
— Non, pas du tout. Ian et Mia ont toujours été particulièrement proches, alors ce n’est pas surprenant qu’ils aient préparé tout ça. Ils savaient aussi à quel point mes parents adoreraient ce moment, plus que de devoir faire face à des centaines d’inconnus et de paparazzis partout.
Grace n’avait jamais vraiment compris la pression à laquelle quelqu’un comme Ford pouvait faire face jusqu’à ce soir-là. De toute évidence, aucun des Sullivan ne se plaignait de leur fortune conséquente, mais cela ajoutait définitivement un autre argument aux raisons pour lesquelles Dylan choisissait de garder la presse à distance. Elle espérait sincèrement que son article à propos de lui ne finirait pas par lui ouvrir une boîte de Pandore.
— Vos parents ont vraiment adoré le mariage, dit Grace en souriant tandis qu’elle tendait une tasse à Dylan. Tout le monde était tellement content que même Mason n’a pas pu résister à l’envie d’applaudir à la fin.
Et elle n’avait pas été capable de résister à l’envie de serrer Dylan dans ses bras et de partager la joie qui l’avait entourée.
Se souvenir d’à quel point il avait été chaud et bon d’être dans ses bras la fit soudain réaliser que toutes ces histoires de mariage l’avaient déviée encore plus vers quelque chose de personnel. Sachant qu’elle devait imposer ses limites professionnelles une fois de plus, elle s’obligea à retourner à la réelle raison pour laquelle Dylan et elle passaient du temps ensemble.
— J’espère que je ne vous ai pas inquiétée quand j’ai dit à votre famille qu’un article comme celui-là demandait généralement plus d’une interview en profondeur pour que je le rédige. Cela dit, je ne vais pas vous prendre trop de temps.
— Faites-moi savoir tout ce dont vous avez besoin, lui annonça-t-il avec l’un de ses sourires faciles, l’incarnation du navigateur insouciant. Est-ce que vous êtes libre demain ?
Surprise de voir à quel point il était impatient d’aller de l’avant avec leur article, elle répondit :
— Je dois retranscrire l’enregistrement de notre interview avant de pouvoir vous poser des questions pertinentes pendant le deuxième round. Lundi serait probablement mieux.
— Lundi est parfait pour l’interview, mais demain soir, j’aimerais vous emmener, Mason et vous, à l’aquarium pour enfants que l’un de mes amis possède. D’après ce que je sais de votre petit garçon et de la curiosité qu’il a pour tout, je suis presque sûr qu’il serait très content de mettre ses mains dans les bassins pour toucher les créatures de la mer.
— Nous ne pouvons pas.
Les quatre mots étaient parmi les plus durs qu’elle ait jamais dits, car elle savait non seulement que Mason adorerait jouer à l’aquarium, mais aussi qu’y aller avec Dylan rendrait les choses encore plus agréables pour lui.
— Alors, dimanche ?
— Non, ce n’est pas ce que je veux dire.
Son appartement était bien trop petit pour les étincelles qui bondissaient entre eux, en dépit de ses efforts les plus déterminés pour les éteindre.
— Nous nous sommes tous les deux beaucoup amusés ce soir, mais à partir de maintenant, je pense que nous ne devrions nous voir que lorsque nous travaillons sur l’article.
— Vous m’avez dit qu’il n’y avait pas de mari et pas de petit ami non plus.
— Il n’y en a pas.
— Vous, moi, Mason… Nous nous entendons plutôt bien, vous ne trouvez pas ?
— Oui, mais ce n’est pas le problème.
— Alors, dites-moi ce que c’est, Grace. Dites-moi pourquoi vous ne voulez pas me laisser vous emmener, Mason et vous, pour nous amuser un peu demain soir après notre journée de travail respective.
En moins de soixante secondes, Dylan était passé de l’insouciance à la détermination absolue. Elle aurait dû le voir venir, elle aurait dû se rendre compte que quiconque pouvant piloter un voilier de douze mètres sur des mers dangereuses et imprévisibles aurait plus de détermination que la plupart des gens.
Et, à ce moment-là, elle se rendit compte que c’était précisément ce que Dylan était. Dangereux. Car il avait beau être doux avec Mason, avec elle, avec sa famille… Il était aussi incroyablement, scandaleusement dangereux pour sa paix d’esprit. Pour son avenir.
Elle pensait qu’elle l’avait désiré mardi quand elle l’avait rencontré pour la première fois près de son hangar, puis ce soir-là quand il était passé les chercher. Mais ce n’était rien comparé à la manière dont elle le désirait, dont elle avait besoin de lui, à cet instant. En dépit du passé qui lui avait enseigné qu’elle devrait être plus avisée.
Elle était tellement perdue que la première chose qui sortit de sa bouche fut :
— Si nous passons trop de temps ensemble, il se pourrait que je ne sois pas objective pour mon article.
— Je ne vois pas en quoi vous devez être objective à propos d’un type qui aime la navigation et les bateaux.
Ses yeux plongeaient trop profondément, percevaient trop de choses. Cependant elle ne pouvait toujours pas détourner le regard.
— Ce n’est pas pour ça que vous pensez que vous devez garder vos distances, pas vrai ?
Tout l’après-midi, elle lui avait demandé de lui dire la vérité à propos de sa vie, de son amour pour la navigation. Et après avoir été témoin de son amour sincère pour sa famille en personne, comment pourrait-elle lui mentir à présent ?
— Non, ce n’est pas la vraie raison.
— Un jour, reprit-il d’une voix douce, après que le silence s’était éternisé entre eux pendant plusieurs longs moments, j’espère que vous me ferez assez confiance pour me dire de quoi il s’agit.
Elle n’avait parlé à personne de ce qu’il s’était passé, elle n’avait pas voulu que ses anciens amis sachent à quel point elle avait été stupide en croyant les promesses que son ex n’avait pas vraiment faites. Elle ne voulait pas non plus que qui que ce soit connaisse l’identité du père de son enfant, juste au cas où les Bentley décideraient qu’ils voulaient Mason après tout. Il avait été plus simple de disparaître le jour où ils lui avaient donné les chèques, de voyager à travers le pays, de découvrir tous les paysages que ses parents et elle avaient toujours voulu aller voir un jour, avant de s’installer enfin à Seattle quand elle avait perdu les eaux.
Cependant, même si elle ne devrait pas avoir l’impression qu’elle connaissait suffisamment Dylan, tout ce qu’elle avait traversé au cours de l’année et demie précédente voulait soudain sortir.
— Est-ce que Mason va dormir à vingt heures d’habitude ?
Lorsqu’elle hocha la tête, il poursuivit :
— Alors, qu’est-ce que vous diriez si je venais vous chercher à dix-sept heures pour que nous ayons deux bonnes heures à l’aquarium avant qu’il ne soit trop fatigué pour s’amuser ?
— Vous n’avez pas entendu ce que je viens de dire ? Je ne peux pas sortir avec vous.
— Ce ne sera pas un rendez-vous. Juste trois nouveaux amis qui traînent ensemble.
Elle savait qu’elle devrait refuser, pourtant maintenant qu’elle avait été parfaitement claire avec Dylan en lui disant qu’ils ne commenceraient rien de romantique, y avait-il vraiment le moindre mal à passer deux heures ensemble à l’aquarium ? En particulier quand elle pensait au plaisir que Mason prendrait avec les créatures de la mer et avec Dylan.
Bien entendu, alors même qu’elle y réfléchissait, le désir fredonna en elle, la traitant de menteuse. Admets que tu veux être avec lui, que tu as envie de sa bouche, de ses mains sur toi. Que tu t’es demandé toute la nuit ce que tu ressentirais en l’embrassant.
— L’aquarium ne fermait pas à dix-sept heures ?
Le sourire de Dylan lui indiqua à quel point il était ravi d’être sur le point d’obtenir ce qu’il voulait, même si elle n’avait pas encore vraiment accepté.
— J’offrirai une balade en mer à mon ami pour qu’il l’ouvre deux heures de plus pour nous.
Sur ces mots, il emporta leurs tasses dans l’évier et les rinça ; c’était un homme qui avait clairement été élevé pour ne pas s’attendre à ce qu’on le serve. Elle se leva aussi, espérant que les choses ne seraient pas gênantes quand ils se diraient au revoir.
— Merci pour cette très bonne interview et pour m’avoir présentée à votre famille. Je me suis vraiment amusée ce soir.
— Moi aussi, mon amie, dit-il en sortant par la porte. On se voit demain soir.
Un autre homme aurait pu lui mettre la pression pour qu’elle lui en donne davantage, mais Dylan l’avait plutôt fait rire en utilisant le mot « amie ».
— Vous étiez pénible quand vous étiez petit, pas vrai ? demanda-t-elle.
En bas des marches, il rit également.
— Pourquoi est-ce que vous pensez que mes parents étaient toujours réellement ravis de me voir prendre le large ?
En fermant la porte derrière elle, Grace sut qu’elle n’avait pas le droit d’être déçue qu’il parte sans même essayer de lui donner un baiser. Il faisait simplement ce qu’elle lui avait demandé : il la traitait comme une amie plutôt qu’une petite amie potentielle. Cependant elle avait à peine fermé le verrou quand elle entendit des pas et un coup sur la porte.
— Vous êtes de retour.
Elle leva les yeux vers les siens, d’un marron encore plus profond et foncé que d’habitude, tandis que tous les papillons revinrent immédiatement.
Il lui tendit son sac avec son cahier et son magnétophone.
— Vous avez oublié ça dans ma voiture.
— Oh.
Sa voix était monotone, lourde d’une déception qu’elle ne savait pas comment retenir.
— Merci. J’aurais été embêtée demain sans ça.
— Ça ne me semble pas correct non plus, dit-il doucement.
Ça ne semble pas correct ?
— Vous ne voulez pas travailler avec moi sur l’article ?
— Non, il n’y a pas de problème avec l’article. Partir comme ça, comme si vous n’aviez pas plus d’importance pour moi qu’une simple journaliste, c’est ça qui ne semble pas correct.
Il tendit sa main libre pour prendre la sienne, un simple contact qui fit monter la température en elle.
— J’ai tellement essayé de la jouer tranquille ce soir, pour ne pas vous effrayer en allant trop vite. Mais j’ai juste fini par avoir l’impression de mentir. Et je ne peux pas supporter l’idée de vous mentir, Grace.
Il passa son pouce sur la paume de celle-ci, la faisant frémir en dépit de la chaleur qui inondait son système.
— Alors, voilà la vérité : j’ai voulu vous embrasser depuis le premier moment où j’ai posé les yeux sur vous et pendant tout le temps que nous avons passé ensemble, je n’ai fait que le désirer davantage. Mais, bon sang, je ne ferai rien pouvant vous blesser en sachant que quelqu’un d’autre l’a déjà fait. Alors, si vous ne voulez pas que je vous embrasse et si, d’une manière ou d’une autre, j’ai tout mal interprété depuis mardi quand j’aurais juré qu’il y avait déjà une connexion, dites-le-moi tout de suite… Et je partirai sans savoir si votre bouche a aussi bon goût qu’elle en a l’air.
Son toucher, son physique, même l’intense attirance qu’elle ressentait pour lui n’avaient pas été suffisants pour la faire craquer. Mais quand il lui annonce qu’il ne lui volerait pas un baiser qui pourrait la blesser, toutes ses défenses tombèrent. En particulier parce qu’elle était encore sur un nuage suite du beau mariage chez ses parents.
Il lui donnait le choix. Pas un choix provenant de la culpabilité. Ou parce qu’elle avait l’impression de lui devoir un baiser après la soirée qu’ils venaient de passer. Mais simplement parce qu’elle voulait savoir quel goût il avait aussi.
Échanger un baiser avec Dylan n’engageait en rien. Cela ne promettait même pas quelque chose de plus. Et s’ils s’embrassaient à présent, cela les empêcherait peut-être de faire quelque chose de déplacé pendant le reste de l’interview.
Alors, au lieu de saisir son sac, elle le saisit, lui.
Glissant ses mains dans ses cheveux sombres, elle attira sa bouche contre la sienne et transmit dans ce baiser toute sa soif réprimée, son désir et son émerveillement face à la beauté du mariage auquel elle avait assisté ce soir-là. Pendant quelques précieux moments, elle se permit de céder à la folie, à la férocité, au désir le plus doux qu’elle ait jamais connu tandis qu’elle mordillait la lèvre inférieure de Dylan puis qu’elle unissait sa langue humide à la sienne. Il s’approcha suffisamment pour qu’elle sente sa chaleur et sa force à l’avant de son corps. Elle se délecta de son grognement, inspira son odeur propre et masculine, savoura ses muscles durs appuyés contre elle.
La tête lui tourna en le goûtant, son sang se réchauffa sous l’effet du désir et sa poitrine se serra d’un besoin désespéré. Elle en voulait davantage, tellement plus qu’elle était absolument stupéfaite par le désir qu’elle ressentait envers lui, et, pendant quelques instants supplémentaires, elle ne put s’empêcher d’approfondir davantage leur baiser tandis qu’un vrombissement grave de plaisir sortait de sa gorge.
Ils haletaient tous les deux quand elle parvint à se reprendre et à s’écarter de lui. Elle n’avait jamais vu des yeux aussi sombres, si pleins de désir. Des yeux qui l’observaient aussi minutieusement, comme s’il craignait qu’elle prenne peur. Mais après tout ce qu’elle avait traversé au cours des deux dernières années, elle décida qu’elle se permettrait d’échanger ce baiser parfait. Et qu’elle ne le regretterait pas.
Même s’ils ne pourraient jamais en partager un deuxième.
Souhaitant désespérément ne pas faire toute une histoire de ce baiser, elle essaya de plaisanter :
— Si vous naviguez aussi bien que vous embrassez, pas étonnant que vous soyez une légende.
Les mains de Dylan étaient encore sur ses hanches quand il répondit :
— Vous le découvrirez bientôt.
— Vous voulez m’emmener faire un tour en voilier ?
L’idée la ravissait autant qu’elle l’inquiétait. Elle savait qu’il avait raison, qu’elle devrait faire elle-même l’expérience d’être sur l’un de ses bateaux avec lui. Malheureusement, quelque chose lui soufflait qu’il serait vraiment très difficile de garder ses secrets, et ceux de Mason, quand elle serait sur l’océan avec Dylan.
— Vous ne pouvez pas écrire cet article sans naviguer avec moi au moins une fois.
— Une fois que j’aurai mieux compris vos bateaux et ce que vous faites, je me joindrai à vous pour une sortie. Mais ce serait certainement mieux si cela avait lieu pendant notre dernière interview.
Ainsi, elle aurait beaucoup de temps pour se préparer à faire face au pouvoir du confessionnal qu’était le cockpit.
— Est-ce que ce serait vraiment mieux ? demanda-t-il. Attendre aussi longtemps ?
Elle savait qu’il ne parlait plus seulement de navigation lorsqu’elle répliqua :
— Je le pense vraiment.
Le plus simple aurait été de se pencher en avant pour un autre baiser. Simple et tellement bon. Néanmoins elle avait cessé de choisir la facilité un an et demi plus tôt.
— Bonne nuit, Dylan.
Les mains de celui-ci serrèrent ses hanches pendant une fraction de seconde, envoyant des frissons dans tout le corps de Grace avant qu’il ne la lâche enfin.
— Bonne nuit.
Et le plus fou, c’était qu’elle avait beau savoir qu’elle devait garder son cœur sous contrôle, Grace ne se souvenait pas d’avoir passé une soirée aussi agréable.
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