Et que vogue l’amour (La Famille Sullivan, Seattle, tome 4) (French Edition)

Chapitre Un

 

Grace Adrian avait besoin de Dylan Sullivan. Malheureusement, la baby-sitter qui devait veiller sur son fils de dix mois l’avait lâchée à la dernière minute, alors elle attacha Mason à l’arrière de sa voiture et se dirigea vers le port de Seattle avec lui.

Quinze minutes plus tard, elle se garait sur le parking près du hangar à bateaux de Dylan. Mason qui avait mordillé avec joie sa peluche girafe sur le trajet, leva immédiatement les bras quand elle ouvrit la portière arrière.

— Je dois te détacher avant, chéri.

À la seconde où il fut libre, il sauta dans ses bras. Elle ferma les yeux en l’attrapant et le serra fort. La dernière année et demie n’avait pas été facile, cependant elle n’échangerait son fils, et l’immense amour qu’elle lui portait, pour rien au monde.

Elle avait de nombreux regrets… Mais Mason n’en faisait pas partie.

Elle le posa sur sa hanche pour pouvoir remettre correctement son tailleur bleu marine quand il commença à pleurer.

— Tu veux prendre ta girafe avec toi ?

Elle la lui tendit, mais il la fit tomber de sa main.

— On va devoir la nettoyer avant de la remettre dans ta bouche, dit-elle d’une voix douce en ramassant la peluche sur le sol pour la remettre dans la voiture. Mais ne t’en fais pas, j’ai un autre de tes jouets préférés.

Mason commença immédiatement à secouer le hochet multicolore qu’elle lui tendit.

Grace fit de son mieux pour ajuster ses vêtements, puis passa une main dans ses longs cheveux noirs pour avoir l’air aussi professionnelle que possible quand elle parlerait avec Dylan. En tout cas, elle espérait pouvoir lui parler, étant donné qu’il n’avait répondu à aucun de ses appels au cours de la dernière semaine. Elle lui aurait envoyé un mail si elle avait trouvé un site web ou une adresse à son nom, mais il était l’une des rares personnes sur la planète qui semblait n’avoir ni l’un ni l’autre. Ce qui était tout à fait étrange, avait-elle conclu. Comment pouvait-il gérer une entreprise si personne ne pouvait le contacter ?

— Il est temps de traquer l’évasif M. Sullivan, dit-elle à Mason quand ils traversèrent tous les deux le parking.

En réponse, son fils mordit le jouet avec ses gencives, mais c’était suffisant pour Grace. Elle était devenue une maîtresse de la conversation à sens unique au cours des dix derniers mois et c’était étonnant tout ce qu’elle arrivait à dire de son côté, même quand les seules réponses qu’elle obtenait étaient un gargouillis, un gloussement ou un hurlement.

— Prions pour qu’il soit gentil et veuille coopérer.

Elle n’avait pu trouver que très peu d’informations sur Dylan et c’était assez étrange. Pas d’interview, rien où il se mettait en avant. Quel genre d’homme n’essayait pas de faire sa publicité ? Surtout en étant un des fabricants de voiliers en bois les plus respectés de la Côte Ouest et en ayant gagné de nombreuses courses de voiliers. Et il était aussi apparenté à certaines personnes les plus riches – et célèbres – du monde, dont une star du cinéma, deux rock star et un PDG millionnaire.

C’était une des nombreuses questions qu’elle voulait lui poser.

Bien qu’elle n’ait pas pu trouver beaucoup d’informations écrites à son propos sur Internet, elle avait dégotté beaucoup de photos. Elle s’était juré de ne pas se laisser avoir par un joli visage, mais ça ne voulait pas dire qu’elle ne pouvait pas remarquer un bel homme quand elle en voyait un. Et Dylan était attirant, sans le moindre doute.

Pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’il le serait encore plus s’il avait répondu à un de ses appels.

Alors qu’elle faisait attention à éviter une flaque de la pluie de la veille, elle respira l’air marin de cette journée étonnamment chaude et humide, songeant à nouveau comme elle était heureuse d’avoir déménagé à Seattle. Bien sûr, il pleuvait beaucoup, mais elle aimait le fait que la poussière n’ait jamais la chance de se poser. En plus, une pluie constante signifiait qu’il y avait de l’eau presque partout. Elle avait grandi dans une ferme, à une heure et demie de Washington D.C. Et elle avait adoré jouer dans les rivières et les ruisseaux. Pourtant, la seule fois où elle était sortie sur l’océan était avec son ex, un an et demi plus tôt. Elle avait adoré la brise marine et la sensation de l’eau sous le voilier. Malheureusement, le tour en mer n’avait duré que quinze minutes parce que son ex avait eu le mal de mer et avait ordonné au capitaine de revenir à quai.

Une mouette plongeant vers l’eau à quelques mètres devant eux la ramena au présent. Mason fit tomber son jouet en la pointant, excité.

— C’est très excitant ! lui accorda-t-elle, même si la mouette revint le bec vide.

Mais quand Mason baissa les yeux vers ses mains quelques secondes plus tard et réalisa que son jouet était parti, son visage se plissa.

Oh oh. La dernière chose dont elle avait besoin était de tenir un bébé en pleurs quand elle rencontrerait enfin Dylan.

Elle se pencha, et sa jupe d’avant bébé se serra encore plus sur ses hanches quand elle ramassa le hochet. Habituellement, elle ne redonnait jamais un jouet à Mason sans l’avoir bien lavé d’abord, mais quand il commença à pleurer, elle fit de son mieux pour retirer toute la terre avant qu’il le remette dans sa bouche. Elle se souvint qu’elle-même avait mangé beaucoup de terre en grandissant et qu’elle s’en était bien sortie.

Malheureusement le jouet ne semblait pas faire de différence, et Mason se déchaîna avec un fort hurlement, puis jeta le hochet en plastique qui atterrit sur le dock en bois avec un bruit sourd.

— Mason, chéri, ne pleure pas. S’il te plaît, ne pleure pas.

Elle passa une main sur ses cheveux, puis sur ses joues humides.

— On a seulement à passer quelques minutes ici et ensuite on rentre à la maison pour la sieste.

Mais plus elle essayait de l’apaiser, plus Mason faisait des histoires dans ses bras.

— Tout va bien dehors ?

Elle leva les yeux vers l’homme aux cheveux bruns qui sortait du hangar à bateaux… Et elle en eut littéralement le souffle coupé. Dylan Sullivan était un millier de fois plus beau en personne qu’en photo. Et il était déjà superbe sur un écran d’ordinateur.

Elle s’était demandé quel pouvait être l’uniforme d’un constructeur de bateaux. Maintenant, elle le savait. Un T-shirt, un vieux jean et de grosses bottes de travail. Les cheveux bruns sous sa casquette de baseball étaient un peu trop longs et juste assez indisciplinés pour donner à une fille envie de tout abandonner pour passer une main dedans. Étant donné qu’elle avait appris à être relativement immunisée contre les hommes avec une belle apparence, son allure de star de ciné, à elle seule, n’aurait pas dû lui couper le souffle à ce point.

Ce fut l’inquiétude dans les yeux de Dylan quand il vit la détresse de Mason qui eut raison d’elle.

— Tout va bien, merci.

Mason se tourna pour la regarder, et, même s’il ne parlait pas, elle put clairement lire sur son visage. Je ne vais pas bien. Son fils fit suivre son message silencieux par un autre qui l’était beaucoup moins et résonna affreusement fort sur la surface de l’eau.

— Mason, chéri, tout va bien, d’accord ? dit-elle en le berçant, lui murmurant des choses, l’embrassant et le faisant rebondir pour essayer tout ce qu’elle pouvait et le faire cesser de pleurer.

Dylan avait fait plusieurs pas vers eux, ce qui la troubla davantage.

— Je l’ai nourri juste avant de venir, alors il ne doit pas avoir faim. Et, ajouta-t-elle en tapotant le derrière de Mason pour vérifier l’état de sa couche, il est sec et propre.

— Est-ce qu’il veut récupérer son jouet ?

Dylan avait ramassé le jouet sans qu’elle le remarque. Quand il lui tendit, elle réalisa qu’elle n’avait jamais vu auparavant un homme comme lui, si grand et farouche, et plus que beau, tenant un jouet de bébé. Cela lui donna de drôles de sensations à l’intérieur, comme des papillons.

Miraculeusement, Mason arrêta de pleurer en regardant Dylan. Puis, soudain, son fils se tordit et lui tendit les bras. Elle présuma qu’il voulait attraper le jouet, mais quand il le repoussa à nouveau, il devint clair qu’il voulait réellement aller voir Dylan.

Son cœur s’arrêta dans sa poitrine. En fait, il cessa de battre un instant. Mason n’avait jamais tendu les bras à personne à part elle. Mais un regard vers le bel étranger et il lui tendait instinctivement les bras pour qu’il le porte ?

Ça doit être de famille.

Attendez. Non. C’était de la folie. Elle ne voulait pas tendre la main à Dylan. Elle ne voulait pas que ce beau fabricant de voiliers l’attire dans ses bras, la serre contre lui et ne la laisse jamais partir. Elle était seulement fatiguée, stressée et submergée parce qu’elle n’avait personne sur qui s’appuyer depuis si longtemps.

— Ça vous aiderait si je le prenais un peu ?

Elle n’avait jamais confié son enfant à un étranger. Elle n’aurait jamais pensé envisager cette idée.

— Peut-être que si vous tenez sa main quelques secondes, ça suffira pour le calmer.

— Salut, grand garçon.

Dylan caressa les doigts de Mason.

— Bienvenue dans mon hangar à bateaux.

Mais son fils continuait de pleurer, et se penchait tellement vers Dylan, qu’il était pratiquement sorti de ses bras. D’après le regard de Mason et la teneur de ses hurlements, Grace sut qu’ils étaient à peu près à cinq secondes d’une effusion encore plus grande. C’est pourquoi, enfin, elle prit la seule décision semblant pouvoir éviter plus de souffrances à son fils. Elle le laissa aller dans les bras de l’homme par lequel il voulait tellement être porté.

Dylan le prit avec l’aisance d’un homme qui avait tenu beaucoup de bébés. Et qui aimait ça. À son plus grand émerveillement, il n’avait pas eu le temps de demander « Quel est ton nom ? » que son fils avait arrêté de pleurer et babillait des salutations dans son propre langage.

— Mason, répondit Grace. Il s’appelle Mason.

Et le petit garçon souriait maintenant, tellement heureux que son visage s’illuminait.

— C’est la première fois qu’il veut aller voir quelqu’un d’autre comme ça.

Dylan la regarda et elle eut l’impression que ses yeux marron voyaient jusque dans son âme. Quand son fils grogna pour avoir de l’attention, il se retourna pour lui sourire.

— Mason est habituellement assez gai. Je pense que la moiteur l’atteint peut-être.

Ou peut-être que c’était seulement elle, parce que chaque fois que Dylan la regardait elle avait une impression de chaleur dans la poitrine. Ce qui était fou à plusieurs niveaux. Premièrement, durant les derniers dix-huit mois, elle s’était complètement refermée quand il s’agissait des hommes. Deuxièmement, elle était ici pour des raisons professionnelles, pas personnelles. Et troisièmement, les chances de passer au-delà de professionnel avec un homme comme Dylan Sullivan étaient réellement risibles.

— Je peux reprendre mon fils, maintenant.

Mais quand elle tendit les bras à Mason, il se blottit simplement plus contre le large torse de Dylan.

— Je peux le tenir plus longtemps, si ça vous va.

Non ! Elle n’était pas d’accord pour toutes sortes de raisons. Ce n’était pas seulement que Mason avait choisi un étranger plutôt qu’elle pour la première fois. C’était plus qu’elle avait pensé être en paix avec le fait que son fils ne connaîtrait jamais son père, mais maintenant qu’elle avait vu Mason dans les bras d’un homme, elle était à nouveau frappée, plus fort que jamais, par le fait qu’il n’aurait jamais ça. Du moins, pas plus que ces quelques minutes avec Dylan.

Debout devant un étranger dont elle avait désespérément besoin de l’aide, un qui tenait son fils si adorablement, elle ne trouvait pas de moyens d’arrêter son cœur de se briser en mille morceaux à nouveau.

Ou de tomber sous le charme de Dylan de la même manière que son fils venait de le faire.

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