Et que vogue l’amour (La Famille Sullivan, Seattle, tome 4) (French Edition)
Chapitre Dix-Sept
Grace avait ébloui Dylan depuis le début, mais quand elle lui ouvrit la porte le lendemain soir, il aurait juré que les neurones qui lui restaient fondaient à l’intérieur de son crâne. S’il avait eu les idées claires, il aurait peut-être empêché ses mains de la saisir et sa bouche de la dévorer. Mais il n’avait pas la moindre chance de faire autre chose que l’embrasser jusqu’à se rassasier au moins un petit peu.
— Je suis partagé, Grace. Tellement partagé entre l’idée de rester ici pour te retirer cette belle robe et celle de sortir avec toi pour te montrer à tout le monde.
La façon dont elle lui sourit ne fit que lui rendre la tâche encore plus difficile pour penser rationnellement.
— Tu es très beau aussi dans ce costume.
Mason s’approcha en rampant à ce moment-là, empoignant le pantalon sombre de Dylan pour se redresser.
— Je ne t’ai pas oublié, petit, le rassura-t-il en soulevant Mason. J’ai juste du mal à digérer à quel point ta mère est belle.
Lorsque Mason bafouilla quelque chose d’incompréhensible, Dylan hocha la tête.
— Tu as raison, je n’arriverai jamais à m’habituer à sa beauté, alors je devrais arrêter d’essayer.
Il embrassa Mason sur le front.
— Et puisque ma maman ne me le pardonnera jamais si je ne t’amène pas la voir, en particulier parce qu’elle a acheté tout le magasin de jouets du centre-ville pour te gâter ce soir, je crois que ça veut dire que nous devons y aller.
Il prit le sac pour bébé de Mason de sa main libre et s’efforça de se contrôler pendant que Grace prenait son petit sac à main doré, qui était posé sur la table de l’entrée. Elle était à mi-chemin de sa Jeep quand elle regarda par-dessus son épaule et lança :
— Il faut que tu saches que j’étais tout aussi indécise quand je t’ai vu debout devant ma porte.
Et juste comme ça, tout le contrôle qu’il était parvenu à reprendre sur lui-même tomba en miettes.
* * *
La compagne d’Adam de la soirée, une femme brune que Dylan n’avait jamais vue auparavant, sembla tout sauf ravie de voir son frère rester bouche bée quand ils entrèrent. La beauté de Grace n’était que plus éblouissante parce qu’elle ne semblait pas consciente qu’elle faisait tourner les têtes partout où elle allait. Pas étonnant que ce salop qui l’avait mise enceinte l’avait désirée. La rage n’était pas quelque chose que Dylan ressentait facilement, mais depuis qu’elle lui avait dit ce que son ex et sa famille lui avaient fait, la fureur ne cessait de monter de plus en plus en lui.
Grace se retourna pour l’observer, un air inquiet sur son beau visage.
— Est-ce que tout va bien ?
— Pas juste bien, la rassura-t-il en saisissant sa nuque et en attirant sa bouche vers la sienne. C’est parfait.
L’embrasser là, avec tous les yeux rivés vers eux, était un signal flagrant à l’intention des autres hommes dans la pièce. Elle est à moi, voilà ce qu’il leur disait. Toute à moi.
Il adorait le fait que cet unique baiser soit tout ce qu’il lui fallait pour que les yeux de Grace soient troublés par le désir. Tant de désir qu’elle murmura :
— Combien de temps est-ce que nous devons rester ?
Il attira à nouveau sa bouche contre la sienne avant de répondre :
— Trente minutes. Quarante-cinq, maximum. Nous allons faire un tour de salle, prononcer le discours de restauration d’Adam et puis nous…
Son frère et sa partenaire les interrompirent à ce moment-là. Après qu’Adam avait fait les présentations, il dit à Grace :
— J’espère que tu as l’intention de rester dans les parages, parce que je ne suis pas sûr de pouvoir décoller mon frère du sol si ce n’est pas le cas.
Il ne donna pas à Grace le temps de s’ajuster au poids de son commentaire, il lui demanda simplement quelle boisson il pouvait lui rapporter du bar.
— Un verre de vin blanc serait parfait.
— Votre robe est splendide.
La compagne d’Adam n’était pas non plus parvenue à détourner les yeux de Grace.
— Vos chaussures aussi. Il faut que je sache où vous les avez achetées.
Grace sourit à la femme. Dylan n’avait pas l’impression qu’elle remarquait l’envie de cette dernière, probablement parce qu’elle ne se voyait pas comme quelqu’un dont une autre femme pouvait être jalouse.
— Une boutique fabuleuse dans le centre-ville qui s’appelle Indulgence.
Le nom disait quelque chose à Dylan.
— C’est la meilleure amie de Mia qui possède ce magasin. Colbie Michaels. Enfin, Colbie Bryant maintenant qu’elle est mariée avec notre ami Noah.
— Ouah, c’est incroyable, s’émerveilla Grace en souriant encore plus à présent. Elle est tellement gentille. Et j’aurais facilement pu dépenser toutes mes économies dans sa boutique.
— Mia a assuré que ses articles étaient superbes et je vois qu’elle ne plaisantait pas.
Il avait aussi appris de la part de Mia et de son frère Rafe qu’Indulgence vendait des articles très sexy en plus des robes et des chaussures. Est-ce que Grace avait acheté autre chose ?
Dylan avait hâte de le découvrir, quand il aurait enfin l’occasion de lui retirer sa jolie nouvelle robe.
À ce moment-là, la partenaire d’Adam sortit son téléphone et jeta un œil au site Internet du magasin.
— Oh, mon Dieu, Indulgence organise une braderie nocturne. Uniquement ce soir !
Dylan put à peine réprimer son sourire lorsque son frère revint avec leurs boissons, un verre de vin pour Grace et une bière pour chacun d’eux. Il avait pensé qu’une petite vengeance karmique était méritée pour la façon dont son frère avait été ravi de les surprendre dans le hangar deux jours plus tôt.
Adam se tourna vers sa partenaire en affichant son sourire le plus charmant pour lui donner un verre de champagne, mais elle était déjà en train de dire :
— J’ai bien peur de ne pas pouvoir rester.
Il fronça les sourcils, lui tendant toujours le verre de champagne.
— Pourquoi ?
Elle eut l’air légèrement coupable un instant avant de hausser les épaules.
— Tu es un type super, mais je pense que nous savons déjà tous les deux que nous ne partageons pas le genre d’étincelles qui dureraient plus d’une nuit ou deux. Pas comme Dylan et Grace, annonça-t-elle en faisant un petit geste de la tête dans leur direction. Tout le monde peut voir qu’ils ont quelque chose d’authentique. Toi et moi, nous ne serions qu’une passade. Je suis sûre que tu serais une super aventure d’un soir, mais je pense qu’il est plutôt temps d’attendre la bonne personne. Je vais m’en aller.
Elle partit si vite qu’elle fit presque le coup du lapin à son frère.
— Qu’est-ce qu’il s’est passé pendant que j’allais chercher les verres de tout le monde ? leur demanda Adam.
Dylan perdit enfin sa bataille contre le rire.
— Crois-moi, tu ne veux pas savoir. Ça ne t’aiderait qu’à te sentir encore moins viril. Alors, à qui est-ce que tu veux que Grace et moi parlions ?
Il ne pouvait qu’admirer la vitesse à laquelle son frère se reprenait. Adam avait toujours été doué pour compartimenter les choses. Le travail débordait rarement sur le reste de sa vie. Et les émotions ne se mélangeaient jamais au sexe. Cependant, Dylan supposait que c’était une des principales raisons pour lesquelles la partenaire de son frère avait décidé qu’il valait mieux passer la soirée à une vente de robes.
Faire le tour de la salle finit par prendre bien plus de quarante-cinq minutes, mais Dylan adorait écouter Grace parler de l’histoire du Musée maritime et du rôle important que le bâtiment avait joué dans la formation des quais de Seattle. Il voyait des ampoules s’illuminer au-dessus des têtes des membres du comité tandis qu’elle s’exprimait avec tant d’éloquence sur l’Histoire qui les entourait. Personne n’avait jamais autant aidé l’argumentaire de rénovation historique d’Adam.
— Tu es incroyable, affirma ce dernier en les emmenant vers un couple aux cheveux gris qui se trouvait près de la fenêtre en angle.
— Quand Dylan m’a parlé de ce que tu essayais de faire, je dois admettre que j’ai un peu étudié.
— Un peu ?
Son frère était plein d’admiration.
— Tu pourrais écrire un livre sur cet endroit.
Dylan eut l’impression de voir une ampoule s’allumer au-dessus de la tête de Grace cette fois.
— Tu as raison, il y a tant d’histoires intéressantes sur ce bâtiment et sur les hommes et les femmes qui l’ont traversé au fil des ans. Des histoires romantiques aussi, comme celle de monsieur et madame Callam, qui se sont rencontrés et qui sont tombés amoureux ici.
— Quand on me donnera le projet, commença Adam, je vais insister pour que tu écrives un livre complémentaire.
— Ça me semble génial, dit-elle.
Il vit que la connexion à long terme avec son frère l’inquiétait aussi. Car elle avait beau croire en l’honnêteté, au romantisme et en l’amour durable, sa rencontre avec la famille Bentley lui avait enseigné tout le contraire.
C’était à Dylan et à sa famille de lui redonner foi en la vérité et en l’amour. Heureusement, si qui que ce soit pouvait le faire, c’étaient bien les Sullivan.
Le téléphone de Dylan sonna avec la sonnerie dédiée à Rafe ; c’était un appel qu’il avait attendu.
— Est-ce que c’est ta mère ? demanda immédiatement Grace.
Sachant à quel point il était considérable pour elle de laisser Mason avec qui que ce soit, il lui caressa doucement la joue.
— C’est Rafe. Et même si je suis sûr que Mason va très bien avec ma mère, pourquoi tu ne les appelles pas pendant que je parle à mon frère ?
— Et moi qui pensais que je n’agissais pas de manière aussi flagrante.
— Il n’y a rien de mal à vouloir savoir que ton fils est en sécurité. Avant, ma mère vérifiait que nous allions bien une demi-douzaine de fois quand ils sortaient. D’accord, admit-il en souriant, c’est peut-être parce que nous avions déjà fait des choses comme sauter du toit et allumer de grands feux de camp dans le jardin.
Le rire facile de Grace le réchauffa tandis qu’ils sortaient leurs téléphones portables et qu’ils se dirigeaient vers le quai, face à l’eau. Pendant qu’elle appelait sa mère pour vérifier que tout allait bien, il tapa le numéro de Rafe. Malheureusement, tout ce que son frère lui apprit au cours des quelques minutes suivantes ne fit que renforcer la rage qu’il peinait déjà à contenir. Plus brûlante que jamais.
Le sourire de Grace était large d’un kilomètre quand elle se tourna vers lui après qu’ils avaient tous les deux raccroché à quelques secondes d’intervalle.
— Regarde les photos adorables que ta mère a prises de Mason en train de jouer du piano. On dirait un grand garçon ! Et il a l’air tellement fier de lui parce qu’il joue de la musique tout seul.
Voir le visage innocent de Mason serra davantage les entrailles de Dylan.
— Rafe vient de me confirmer que tu n’étais pas la seule, Grace.
Elle leva les yeux du téléphone.
— Pas la seule quoi ?
Juste avant qu’il ne puisse le lui expliquer, elle comprit.
— Rafe a enquêté sur mon ex et sa famille, pas vrai ?
La douleur apparut sur son visage, clairement illuminé par la lune presque pleine au-dessus d’eux.
— Rafe a trouvé exactement ce que nous pensions.
Dylan n’avait pas pu cesser de la toucher de toute la nuit, mais à présent, lorsqu’il l’attira contre lui, même si l’attirance palpitait encore, cette étreinte servit simplement à les rassurer tous les deux.
— D’autres femmes. Beaucoup de femmes.
— Est-ce qu’il… Est-ce qu’il a d’autres enfants ?
Il put voir une pensée passer rapidement à une autre.
— Est-ce que Mason a des demi-frères ou des demi-sœurs ?
— Non. En tout cas, d’après ce que Rafe a découvert, il semblerait qu’aucune autre femme n’a été aussi forte que toi. Elles ont toutes pris l’argent et elles ont fait ce que la famille avait demandé.
Il vit le cœur de Grace se briser d’empathie pour toutes ces autres femmes.
— Elles étaient probablement trop effrayées pour désobéir.
Il était incroyable qu’elle ne considère pas les autres femmes comme faibles. Il savait aussi qu’elle avait raison : une pression aussi forte de la part d’une famille aussi puissante pourrait briser presque n’importe qui. Mais pas elle. Pas sa Grace.
— Pourquoi est-ce que je ne l’ai pas vu ? Pourquoi est-ce que je n’ai pas vu clair dans son jeu ? Pourquoi est-ce que je me suis laissé abuser par les rendez-vous chics sans jamais rencontrer qui que ce soit ? Aucun de ses amis. Encore moins sa famille.
— J’ai beau mépriser ce type, admit doucement Dylan, à vrai dire, je suis ravi que tu lui aies fait confiance. En tout cas, assez longtemps pour concevoir Mason.
— Richard et ses parents n’ont pas la moindre idée de toute la joie, de l’émerveillement qu’ils ont essayé de détruire parce que ma lignée n’est pas assez pure pour eux. Et maintenant, j’espère… En réalité, j’ai prié pour qu’ils ne le découvrent jamais. Qu’ils ne changent jamais d’avis et qu’ils ne décident jamais de venir chercher Mason, après tout.
— Rafe affirme que rien n’indique qu’ils vous ont cherché, toi ou Mason, ou que l’un d’eux a prévu de venir à Seattle. Il a aussi dit que Ian et lui ont parlé à Smith ; notre cousin a refusé à plusieurs reprises l’offre des Bentley d’investir dans ses films parce qu’ils lui ont toujours semblé faux jetons.
De toute évidence, elle était ravie d’apprendre ces deux nouvelles, mais il vit aussi quand elle se tourna à nouveau vers la fête, qui battait encore son plein, que c’était le dernier endroit où elle avait envie d’être.
— Je sais que je viens de téléphoner à ta mère et que nous avions l’intention de sortir tard pour notre premier rendez-vous officiel, mais…
— J’ai envie d’être avec Mason aussi.
Il avait besoin de les serrer tous les deux dans ses bras ce soir-là et de remercier le ciel de les avoir trouvés, et qu’ils l’aient trouvé.
— Nous avons parlé à plus de gens qu’il n’en faut de la part de mon frère ce soir. Allons chercher ton fils et rentrons à la maison.
OceanofPDF.com