Et que vogue l’amour (La Famille Sullivan, Seattle, tome 4) (French Edition)

Chapitre Vingt-Sept

 

Tout se raidit à l’intérieur de Dylan, puis s’immobilisa.

— Tu as une journée folle, Grace. Tu n’as pas à faire quoi que ce soit de plus, tu n’as pas à prendre de grandes décisions. Pas ce soir. Pas après en avoir vu de toutes les couleurs.

— Je savais depuis le début que j’aurais dû m’efforcer davantage de te résister. Mais je n’arrêtais pas de me dire que ce n’était qu’un baiser. Qu’une nuit. Qu’une semaine. Que pour s’amuser. Que pour le plaisir.

Elle essuya ses larmes en prenant une autre inspiration tremblante.

— Je me suis menti à moi-même et je ne peux plus le faire, Dylan. Je ne peux pas te mentir non plus en te laissant croire que je suis prête pour ça. Pour toi.

— Je t’ai promis que nous irions doucement, Grace. Je sais que j’ai trop insisté depuis le début. Que je t’ai poussée à rencontrer ma famille. Que je t’ai poussée à me donner tes journées et tes nuits. Que je t’ai poussée à me laisser entrer dans la vie de Mason. Même si je savais que tu n’étais pas prête. Tu n’as jamais menti, pas une seule fois. C’est moi qui ai tout foiré encore et encore. Laisse-moi arranger ça. Je m’assurerai que tu ne sois pas embarquée dans toutes les fêtes de ma famille…

— Ta famille est fantastique. Ils ont été incroyables avec Mason et moi.

— Alors, je vais faire un pas en arrière. Je vais te donner de l’espace, tout l’espace dont tu as besoin. Je vais te laisser dicter le rythme à partir de maintenant.

— Tu ne comprends pas ?

Elle s’écarta de ses bras et se retourna.

— C’est exactement le problème. Je ne veux pas d’espace ! Je veux être avec toi tout le temps. À chaque seconde. J’ai eu de plus en plus envie de toi depuis le moment où nous nous sommes rencontrés, depuis la première fois que nous avons parlé, la première fois que nous nous sommes embrassés.

Il ne voulait pas l’effrayer davantage, il s’obligea donc à rester sur place plutôt que de la suivre.

— C’est une bonne chose, non ? Que nous voulions tous les deux la même chose ?

— Non.

Elle secoua la tête frénétiquement à présent.

— Comment est-ce que ça peut être une bonne chose d’avoir l’impression de perdre le contrôle de mon corps, de mon cœur, de ma tête, chaque fois que je suis avec toi ? Chaque fois que je pense à toi ? Comment est-ce que ça peut être une bonne chose que je tombe de plus en plus amoureuse de toi à chaque instant ? Que ta famille me donne déjà l’impression d’être la mienne et celle de Mason ? Que je veuille m’appuyer sur toi pour tout ? Pour le réconfort ? Pour le plaisir ? Pour la sécurité ?

Mais elle ne le laissa pas répondre à ses questions ; elle poursuivit.

— J’avais enfin – enfin ! – l’impression d’avoir à nouveau le contrôle sur ma vie. Et puis, tu es apparu devant ton hangar, splendide et parfait et prenant Mason dans tes bras comme si tu avais simplement attendu que nous entrions dans ta vie.

Il savait que ce n’était peut-être pas la bonne chose à dire à ce moment-là, mais quoi que ce soit d’autre serait un mensonge.

— Je vous attendais. Tous les deux. J’ai toujours été heureux. J’ai toujours adoré ma vie. Ma famille. Mais je savais qu’il me manquait quelque chose, un amour et une famille à moi, comme mes parents l’ont ensemble avec mes frères, Mia et moi. Je savais que je trouverais cela un jour et soudain, vous êtes apparus. Les pièces manquantes, juste devant moi. Je suis tombé amoureux de vous deux ce jour-là et tous les jours depuis m’ont confirmé ce que je savais déjà à ce moment-là. Tu es à moi, Grace. Vous l’êtes tous les deux.

Il tendit les bras vers elle.

— Je veux être à vous aussi.

Pendant un moment, tandis qu’elle le regardait dans les yeux, il pensa qu’elle le prendrait dans ses bras et qu’elle lui donnerait tout ce qu’il voulait : son amour.

Mais ensuite, son visage se froissa encore et elle recula. Loin de lui et non pas plus près.

— Tu m’as manqué quand tu n’étais pas là. Pas juste pendant ce voyage pour la course, mais après le jour de notre rencontre dans ton hangar, quand tu es parti pour transporter le bateau au nord. Tu ne vois pas à quel point c’est tordu, que tu me manques déjà autant alors que je te connais à peine ?

— Tu m’as manqué aussi, Grace. Mason m’a manqué. Quel est le problème ?

— Tout ! Tout ça, c’est un problème. De tous les membres de ta famille, tu es le plus libre, Dylan. Tu es le seul à n’avoir jamais été coincé par rien ni personne. Et personne n’a jamais commis l’erreur d’essayer de le faire. Pas quand les gens savent que ça te ferait du mal. Et si tu veux partir en mer ou faire une course un jour où je ne peux pas supporter de te laisser partir ? Et si tu savais que tu me manquerais tellement que tu refuserais l’opportunité et que tu ne partais pas en voyage dans un endroit que tu avais rêvé de voir ? Tu me détesteras pour avoir volé ta liberté.

— Jamais. Je ne pourrais jamais te détester. Tu as raison, j’ai toujours été libre de faire tout ce que je voulais, d’aller où je voulais, de vivre ma vie comme une aventure. À présent, je veux vivre ces aventures avec Mason et toi.

Pendant un moment, il pensa qu’elle pourrait se laisser croire que ce qu’il disait était vrai, mais ensuite, elle secoua la tête.

— J’ai vu à quel point tu étais déterminé, la façon dont tu retournes ciel et terre pour faire de tes rêves une réalité. Et tu ne peux pas imaginer à quel point je t’admire pour ça. Ou à quel point j’aimerais être comme toi. Mais je viens seulement de remettre ma vie sur les rails. Et je dois prendre soin d’un bébé, lui trouver un groupe d’amis, l’inscrire à la maternelle bientôt. Et si je te laissais abandonner ta liberté pour nous et que tu commençais à manquer d’espace ? Et si tu prévoyais un voyage, une sortie en mer nécessaire pour reconnecter avec la personne que tu es vraiment, et que tu ne pouvais pas y aller parce que tu dois être présent pour quelque chose en lien avec Mason ? Tu nous en voudras à tous les deux.

— Grace…

— Mason et moi commençons à peine à prendre nos racines. Des racines dont nous avons désespérément besoin. Je ne me le pardonnerais jamais si ces racines t’attachaient.

— La seule chose que je pourrais regretter, lui révéla-t-il, la seule chose qui pourrait m’agacer, c’est te perdre. Perdre Mason. Je suis prêt pour ça, prêt pour le changement, prêt à apprendre comment fonctionner à trois plutôt que tout seul.

Il pria pour que ses mots sincères l’atteignent lorsqu’il compléta :

— Être avec toi, avoir un enfant, et avec un peu de chance, plus qu’un seul, ne veut pas dire que je ne sortirai plus jamais en mer. Bien sûr que je le ferai. Avec ma femme. Mon fils. Une fille aussi, si nous avons de la chance.

— Tu ne sais même pas si je peux faire du bateau, protesta-t-elle. Peut-être que je vais juste te déranger sur l’eau.

— Je t’ai vu affronter la rencontre avec ma famille. Et aujourd’hui, la manière dont tu t’es courageusement et brillamment occupée de ton ex. Tu n’auras aucun problème à te débrouiller sur l’eau, Grace. Mason non plus.

Il tendit les bras vers elle, posa la main de Grace sur son torse, sur son cœur.

— Donne-nous une chance de trouver un moyen de faire fonctionner cette relation ensemble, en équipe.

— Je n’étais pas censée tomber amoureuse de toi.

Des larmes coulaient le long de ses joues.

— Il n’était censé y avoir que Mason et moi. J’avais l’intention de faire tout mon possible pour le protéger. Mais ensuite, tu es entré dans nos vies et tu as tout mis sens dessus dessous si vite. Trop vite.

Dylan savait que la tête lui tournait, il comprenait que l’apparition de son ex combinée à la crainte de retomber enceinte avait fait remonter toutes ses peurs, toutes ses inquiétudes, tous ses problèmes de confiance. En particulier parce qu’elle avait déjà l’impression que ses sentiments pour lui échappaient à son contrôle.

Mais le fait qu’il le comprenne ne signifiait pas qu’il n’était pas frustré au plus haut point. Il aurait souhaité pouvoir continuer de lui parler jusqu’à ce qu’il la convainque de voir les choses de son point de vue. Mais tout ce qu’il pouvait faire, du moins ce soir-là, c’était l’attirer dans ses bras et la serrer aussi longtemps qu’elle le laisserait faire.

Cependant elle n’éclata pas en sanglots de nouveau ; elle se contenta de s’accrocher à lui tandis qu’il la sentait reprendre des forces. Il ignorait combien de temps ils avaient été debout ensemble au milieu du salon quand Mason se réveilla en pleurant.

— Je dois aller m’occuper de Mason.

Elle s’était déjà écartée des bras de Dylan bien trop rapidement pour la tranquillité d’esprit de ce dernier.

— Je l’ai mis au lit trop tard pour sa sieste aujourd’hui et maintenant, tout est décalé.

Avant, elle l’aurait invité à entrer dans la chambre pour calmer Mason. Elle l’aurait laissé prendre Mason de son berceau et dans ses bras. Mais à présent, elle attendait simplement qu’il s’en aille.

— Demain, annonça-t-il, souhaitant désespérément savoir que partir à ce moment-là ne signifiait pas ne plus jamais la revoir.

Souhaitant désespérément avoir un peu de temps pour penser à un moyen de la persuader de changer d’avis et de prendre le risque de l’aimer.

— Nous allions sortir en mer demain. Le morceau manquant de ton article.

— Ta mère allait garder Mason, mais maintenant…

— Elle l’adore, Grace. Tu le sais. Rien de ce qui se passe entre toi et moi ne va changer ça. Laisse-la le garder demain pendant notre sortie en mer.

Mason hurla une nouvelle fois depuis son berceau, plus fort cette fois. Le son transperça le cœur de Dylan. Bon sang, comme il détestait ne pas pouvoir aller le voir, réconforter le petit garçon dont il avait espéré être le père.

— D’accord, accepta-t-elle rapidement. Je te retrouverai à ton hangar à quinze heures. Mais je dois aller m’occuper de Mason maintenant. Et je veux m’assurer de verrouiller la porte derrière toi.

Ce qui signifiait qu’elle voulait qu’il s’en aille.

Néanmoins lorsqu’elle lui ouvrit la porte quelques secondes plus tard, même s’il savait qu’il n’avait pas d’autre choix que de partir, il y avait quelque chose qu’elle devait savoir.

— Je t’ai dit que je n’avais jamais eu le cœur brisé, que je n’avais jamais vraiment regretté quoi que ce soit. Mais maintenant, je sais que si tu ne te laisses pas m’aimer en retour, je serai enfin brisé. Et je ne cesserai jamais de regretter de vous avoir perdus, Mason et toi.

* * *

Le téléphone de Dylan sonnait sur le siège avant de la Jeep, là où il l’avait laissé. Lorsqu’il vit le nom de son frère Rafe sur l’écran, il décrocha immédiatement.

— Richard Bentley est à Seattle, lança Rafe sans préambule. Je t’ai appelé une demi-douzaine de fois en une heure pour essayer de te le dire. Où est-ce que tu étais, bordel ?

— Avec Grace. Je gérais les conséquences de la visite de Bentley. Il l’a menacée et il a essayé de l’obliger à lui donner Mason.

Rafe jura.

— Est-ce qu’elle…

— Elle s’est défendue. Elle lui a dit de les laisser tranquilles, Mason et elle, et elle a des ressources pour s’assurer qu’il le fasse.

Il parla rapidement de l’enregistrement à son frère et lui annonça qu’il avait besoin de lui pour trouver le meilleur avocat spécialisé dans la garde d’enfant dès que possible.

— Où loge le salop ?

— Tu as l’intention de lui faire du mal, pas vrai ?

— Oh oui.

Rafe aurait pu lui dire qu’il devait faire attention avec un nom aussi puissant pour s’assurer de ne pas apparaître dans la presse ou de ne pas aller en prison. Mais Dylan savait que si Brooke avait été menacée, son frère aurait fait tout ce qu’il pouvait pour la venger… et la protéger.

Rafe lui donna le nom de l’hôtel de Richard Bentley et le numéro de sa suite.

* * *

Dylan frappa à la porte de Bentley si fort qu’il aurait pu transpercer le bois lourd si l’ex de Grace ne l’avait pas ouverte. Une petite fente fut tout ce dont il avait besoin quand la poignée de la porte se tourna. Dylan la poussa et la claque derrière lui.

La peur monta immédiatement dans les yeux de Bentley. Bien entendu, à ce moment-là Dylan avait déjà vu de nombreuses photographies de lui sur le rapport de Rafe et en ligne. Mais Richard Bentley avait été imbu de lui-même et avait complètement contrôlé toutes ces images. À présent, il y avait une peur nue sur son visage.

— Qui êtes-vous, bon sang ? Qu’est-ce que vous faites ?

Dylan lui donna un coup de poing dans la mâchoire, prenant plaisir à entendre le son d’un os entrant en contact avec un autre.

Ce coup de poing puissant fut suffisant pour que le type le supplie.

— Prenez mon argent. Mon portefeuille est à côté de la télévision. Prenez tout ce que vous voulez dans mes bagages et dans ma chambre.

Avec qui que ce soit d’autre, les supplications pathétiques auraient empêché Dylan d’être plus violent. Mais ce type et sa famille avaient mérité bien plus qu’un seul coup de poing. Richard devait sentir assez de douleur et de peur pour ne plus jamais oser s’approcher de Grace ou de Mason.

Dylan donna un coup de poing dans le ventre de l’ex de Grace.

— Je ne vais te le dire qu’une fois, alors tu ferais mieux d’écouter. Ne t’approche pas de Grace et de son fils. Plus jamais.

Le type écarquilla les yeux.

— Vous êtes un Sullivan. Celui qu’elle bai…

Les mains de Dylan se resserrèrent autour de la gorge du type avant qu’il ne termine de prononcer le mot.

— Elle m’a raconté ce qu’il s’était passé. Tout ce qu’il s’était passé, tout ce que tes parents et toi aviez essayé de l’obliger à faire. Je sais qu’elle a tout enregistré, chaque mot que ces malades lui ont dit. Si tu essaies de la mettre dos au mur pour atteindre son fils, qui n’est à toi d’aucune façon, tu vas le payer.

Le type haletait, ayant du mal à respirer, mais Dylan ne voulait pas qu’il s’évanouisse. Pas encore. Pas avant qu’il n’entende chaque mot.

— Je sais que tu penses que tu es puissant. Je sais que ta famille et toi avez probablement gagné toutes les batailles juridiques dans lesquelles vous avez été impliqués. Entre sa parole contre la tienne et celle de tes parents, tu penses certainement que tu pourrais gagner à cause de ton parcours dans les organisations caritatives. Même après avoir entendu ce qu’elle a contre toi, tu pourrais encore être assez présomptueux pour penser que tu vas gagner. Mais Grace et son fils sont avec moi, maintenant. Avec ma famille. Et si j’étais toi, je ne commettrais pas l’erreur de m’en prendre à un Sullivan. Nous te détruirons si vite et nous te briserons en tant de morceaux que ta famille ne s’en remettra jamais.

Dylan dut s’obliger à desserrer ses mains du cou de Bentley avant que les os ne soient réduits en poudre. Le salop tomba par terre, se tenant la gorge des deux mains tandis qu’il essayait de respirer.

— Bon sang, vous êtes fou.

Son ex pouvait à peine prononcer les mots.

— Vous auriez pu me tuer.

— Tu ne m’as pas encore vu fou, rétorqua Dylan d’un ton menaçant.

Il affichait un sourire sans joie, un sourire promettant plus de douleur que Bentley ne puisse imaginer même s’il venait presque d’être broyé par les mains de Dylan.

— Si j’entends un jour que tu t’es approché de nouveau de Grace et de son fils, si tu essaies de les contacter en douce, si tu les menaces d’une quelconque façon, ma famille frappera la tienne de tous les côtés. Nous ne ménagerons aucun effort. Nous retrouverons toutes les choses sales et moches que vous avez faites, tes ancêtres et toi, dans votre vie personnelle et professionnelle, au cours de cent dernières années. Et nous nous assurerons que le monde entier en entende parler.

Le type avait reculé, toujours par terre, dos au mur.

— Nous ne voulons plus avoir affaire avec elle. C’était une erreur. Tout ça, c’était une erreur. Venir ici. Être avec elle, pour commencer.

— Tu aurais pu tout avoir.

Dylan s’était déjà comporté bêtement, mais jamais à cette échelle. L’argent et le pouvoir prenaient souvent ce qu’il y avait de bon et de mauvais chez les gens et l’amplifiaient. Mais le bon que Richard Bentley avait bien pu avoir en lui avait été enterré depuis longtemps dans la croyance prétentieuse qu’il pouvait faire tout ce qu’il voulait parce qu’il était intouchable.

— Un mauvais pas et je m’assurerai que tu n’aies plus rien. Compris ?

— Je ne lui parlerai pas, promit Richard, sa voix n’étant plus qu’un gémissement de douleur. Je ne leur ferai rien, ni à elle ni à l’enfant. Je m’assurerai que mes parents ne fassent rien non plus. Nous ne la dérangerons plus. Plus jamais.

Dylan ne faisait pas confiance au serpent, mais il faisait confiance à la peur qu’il voyait dans ses yeux, qui en disaient plus que n’importe quelle promesse. Il s’obligea à contrôler la rage qui brûlait encore en lui. Peu importe à quel point cela serait satisfaisant, se montrer plus violent le rabaisserait au niveau de l’ex de Grace.

Sans adresser un seul regard de plus au vaurien, Dylan sortit du bâtiment et se dirigea vers le port. Il avait besoin d’une sortie rapide et sauvage en mer ce soir-là pour s’éclaircir les idées, anéantir sa frustration et par-dessus tout, trouver un moyen de gagner Grace et Mason pour toujours.

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