Francesca Woodman

Bertrand Schefer · Chapitre 9 sur 19

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Francesca Woodman

La jeune morte

Une fois sortie du lycée, elle partira à Providence, au sud de Boston, pour intégrer l’école d’art où Wendy MacNeil obtient un poste, et c’est là, à la Rhode Island School of Design, RISD, prononcez « Rizdi », que se situe le cœur de la vie de Francesca Woodman.

La jeune morte

Mais avant cela, dans un vieux cimetière victorien de Boulder, elle se photographie escaladant une stèle blanche qui penche et s’enfonce dans l’herbe. Nue, de dos, elle grimpe au sommet du petit monument. Elle joue à saute-mouton avec les tombes. Elle est le monument vivant, la statue de chair de cette famille Hamilton choisie au hasard, lignée peut-être éteinte, dont le nom est gravé dans le marbre du cimetière en ruine. Qu’est-ce qu’elle fait là ? Hanter nue les cimetières, c’est gothique. Dans le genre c’est le comble. On a dit que les féministes s’étaient emparées du mouvement gothique dans ces années-là : elles y voyaient une représentation de la femme étouffée, enterrée vivante et rendue folle par le système patriarcal. Elle est adolescente, elle est américaine, mais plutôt que d’aller voir Halloween ou L’Exorciste, sortis cette année-là, ce qu’elle fait peut-être pourtant comme tout le monde, elle répète à qui veut l’entendre qu’elle n’est pas arrivée à la bonne époque, d’où les vieilles robes trouvées dans les brocantes et les friperies. Elle dit que son livre préféré c’est Jane Eyre, et un peu plus tard elle ajoutera le Nadja de Breton, Colette, Henry James, Proust et Gertrude Stein. Les jeunes