Geneviève

Alphonse Karr · Chapitre 57 sur 84

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Geneviève

Chapitre XII

 

La toilette de Geneviève.

La toilette de Geneviève, cela est bientôt dit; je vois d'ici votre mauvaise humeur, madame; vos lèvres déjà un peu minces se sont resserrées, et il a passé par votre tête une pensée injurieuse pour moi. A quoi bon, en effet, faire un gros volume, quatre cents pages, ma foi, et plus de quatre cent vingt-huit mille lettres, pour passer sous silence précisément ce qui peut se rencontrer d'intéressant? Je m'expose à vous voir comparer chacune des choses que je dis à la chose que je ne dis pas, et ne rien trouver dans mes quatre cents pages qui vaille la page que j'ai négligé d'écrire.

«Ce monsieur, dites-vous, a le plus grand soin de nous détailler la parure des prairies: parure de printemps, parure d'été, parure d'automne, parure d'hiver; il n'oublie pas un seul bouton d'or, ni une sauge, ni une marguerite.

«Il ne néglige pas de nous apprendre de quelles teintes se parent les forêts de l'automne: les tilleuls sont jaunes; les marronniers roux; les chèvrefeuilles bleuâtres; tout cela est fort joli; la vigne vierge pend des grands murs en hardis festons pourpres et amarantes. Je le veux bien. Il ne rencontre pas une fleur sans nous préciser sa couleur et son parfum; il nous dit bien au juste la nuance de vert de chaque brin d'herbe. Cela fait bien quelque plaisir, mais enfin, c'est ce que nous savons aussi bien que lui; et au fait, cela ne sert à rien, tandis qu'on peut trouver un bon modèle à suivre dans une jolie toilette, et il pourrait bien nous parler des femmes avec autant de détails et d'amour que des fleurs de son jardin.»

Je pourrais répondre à cette exclamation par trois cents raisons; mais j'aime autant céder, et je vous dirai la toilette de Geneviève,

Et aussi la toilette de Rose,

Et aussi la toilette d'Anaïs,

Et aussi, si cela peut vous être agréable, la toilette de Mme ***.

Et aussi la mienne; mais cela ne serait pas convenable: je suis, en ce moment, en robe de chambre et en pantoufles.

Je vais faire allumer par mon nègre, un Savoyard de treize ans intitulé père Michel, la plus grande de mes pipes de cerisier. Le père Michel va serrer ses soldats de plomb et me donner du feu; et je vais me rappeler les toilettes en question, en fumant un tabac parfumé de benjoin et d'aloès, ce que je vous recommande, ô vous qui fumez; ce que je vous recommande, ô vous qui ne fumez pas, de recommander à ceux qui fument près de vous.