Geneviève
Chapitre XIII
La toilette de Geneviève.—La toilette de Rose.—La toilette d'Anaïs.—La
toilette de Mme Michaud.
Commençons par Anaïs. Voulez-vous aussi le portrait d'Anaïs? Anaïs est assez jolie, mais insignifiante, c'est tout ce que je me rappelle. Malheureusement je n'invente pas ce que je raconte, et il y a des choses que j'ai oubliées, d'autres que je n'ai pas regardées au moment où elles se sont passées; et, quand il m'arrive de vouloir combler une lacune avec l'imagination, cela fait disparate de la manière la plus choquante, et j'efface. Voilà donc tout ce que je sais d'Anaïs; mais sa toilette, je me la rappelle parfaitement, parce que j'ai entendu des femmes en parler dans les plus grands détails. C'était:
Une robe de velours épinglé blanc, garnie d'angleterre, un voile d'angleterre, des manches et une mantille pareilles; une petite couronne en fleurs d'oranger naturelles, montées sur des fils d'argent (ah! je me rappelle qu'Anaïs était blonde), un bandeau, un collier et des bracelets en perles; la jupe de la robe un peu traînante.
Cela avait un grand succès; Geneviève, si elle eût osé donner audience à aucune pensée contre Anaïs, eût trouvé cela trop paré et trop riche pour une mariée, et à coup sûr, si elle eût été la mariée, ce n'est pas ainsi qu'elle aurait été habillée. Si elle eût été la mariée! pourvu, Dieu tout-puissant, que cette idée-là ne soit pas venue à la tête de la pauvre enfant; elle aurait bien souffert!
La toilette des deux demoiselles d'honneur ne devait pas attirer les yeux. Rose avait une robe de taffetas changeant vert et noir, un châle de taffetas, un chapeau, je ne sais pas vraiment comment était le chapeau, et un bracelet d'or très-simple.
La robe de Geneviève était également en taffetas changeant, mais gris et orange, avec un châle pareil; elle avait une capote de crêpe blanc, et un bracelet orné de pierreries; un très-beau bracelet, c'était la montre de Léon, laquelle était une fort belle montre à répétition.
Mme Michaud avait un chapeau jaune avec des plumes exorbitantes, et une robe verte, et un châle puce; toilette de belle-mère; genre de Mme Leloup, de notre roman le Chemin le plus court. (Un arrêt de la cour royale du... au diable les dates! a déclaré que ce n'était pas un roman, mais une histoire vraie; qu'est-ce que je vous disais tout à l'heure?)
Pour moi qui assistais au mariage, je ne remarquai qu'une chose: c'est que Geneviève n'était pas en blanc; j'en tirai la conséquence qu'elle ne s'était pas occupée de sa toilette, et avait laissé faire son frère et sa couturière. C'était la première fois que je la voyais ainsi; peut-être aussi n'avait-elle pas voulu ressembler à la mariée. Le soir, cependant, au bal, elle était vêtue de blanc, mais c'était une robe qu'elle avait depuis longtemps.
Je crois que c'est tout.