Geneviève
Chapitre XXIV
Au jardin.
«Qu'as-tu donc, Rose? dit Albert en voyant le visage de sa sœur tout bouleversé.
—Hélas! Albert, répondit Rose, papa vend la maison.
—Celle-ci? demanda froidement Albert.
—Oui, reprit Rose, plus triste encore.
—Est-ce qu'il en trouve un bon prix?
—Il paraît que oui.
—Alors il n'y a pas là de quoi se désoler, au contraire.
—Ah! tu ne comprends pas cela, toi.
—Qu'est-ce... cela? Je vais aller m'informer auprès de mon père.»
—Oh! dit Rose, quand elle fut seule, c'est qu'on vend à la fois tous mes souvenirs, toutes mes douces journées d'enfance, dont les riants fantômes semblent voltiger dans le feuillage des arbres. Il n'y a pas dans un jardin que des arbres et des fleurs; tout ce qui s'y passe, tout ce qui s'y dit, a un caractère différent, part du cœur et va au cœur. Toutes les paroles d'amour que m'a dites Léon sont restées dans le jardin; et quand, l'été, le soir, un vent doux agite le feuillage, il me semble dans son murmure entendre chaque feuille me redire une de ses paroles qu'elle a conservée. Comment peut-on vendre tout cela? Et maintenant qu'il n'y a plus pour moi de bonheur dans l'avenir ni dans le présent, comment faut-il encore renoncer au passé?»
Et elle se mit à pleurer amèrement. «O mes beaux rosiers! dit-elle, voici la dernière confidence peut-être que je vous ferai.»