Holo Ladies - Lunettes rondes et bottines de cuir: Tome 1 (French Edition)
7. Elyott
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Elyott
Comme tous les matins, gueule de bois ou pas, je me réveille quelques minutes avant la sonnerie de mon réveil. Et là, les gars — je parle à mes neurones — j’ai une gueule de bois d’enfer ! J’espère qu’Az est dans un meilleur état que moi pour pouvoir me faire un résumé. Notre soirée s’est terminée dans le brouillard. On boit rarement en semaine, mais les évènements de la veille appelaient un écart de conduite. On a croisé sa copine photographe et après ça, le chaos.
On doit être connectées parce qu’Az m’appelle sur mon portable. Je fronce les sourcils. Pourquoi elle m’appelle alors qu’on habite ensemble ? Je tente de me relever, mais la gravité me fait chuter à nouveau dans l’oreiller. Je décroche en comprenant mieux sa décision.
— Je ne viens pas travailler aujourd’hui, déclare-t-elle tout de go.
Son ton est un curieux mélange d’affolement et d’ébahissement. C’est la première fois qu’elle s’autorise un jour off ; même salement grippée, elle fait du télétravail depuis son lit et lâche son ordinateur uniquement sous la menace.
— Euh… bonjour à toi aussi, Az. Tu as bien dormi ? Moi au…
— J’ai un tatouage entre les nibards, me coupe-t-elle.
— Redis ça pour voir.
— Quatre tiges de mimosa, geint-elle avec un soupir à fendre l’âme.
J’essaie — vraiment fort — de me retenir, mais c’est plus fort que moi, il faut que je voie ça en vrai. Mes forces reviennent miraculeusement et je saute du lit. Le téléphone à l’oreille, je lâche un gémissement de douleur.
— Seigneur Bordel !
J’ai mal aux nichons moi aussi ! Mentalement, j’ajoute deux euros dans la boîte à jurons de Mamie ; je dois être à trente euros depuis lundi. Ado, j’arrivais rarement à garder mon argent de poche et tout finissait dans sa boîte. Ça me fait rire parce qu’entre elle et moi, on ne risquait pas de la laisser vide longtemps.
— Elyott ? Qu’est-ce que tu fabriques ?
— Attends, il me faut un miroir… Je crois que moi aussi j’ai un tatouage !
Les jambes tremblantes, j’allume la salle de bain, imaginant déjà les branches de mimosas ornant mon poitrail. Oui, j’aime l’idée d’avoir le même que ma copine, c’est ça les âmes sœurs.
— Non, toi tu as…
Mais je ne l’écoute pas, trop pressée d’admirer notre marque éternelle commune. Je soulève mon t-shirt et fixe mon reflet avec stupeur.
— Des piercings aux tétons, finit Az, amusée.
— Az ! J’ai les tétons percés ! C’est carrément sexy !
— Arrête de hurler dans mes oreilles ! Je sais, j’étais là, je te rappelle !
— J’avais totalement oublié ! Attends, j’arrive.
— Nope ! Je pars sous la douche, chantonne Az avant de raccrocher.
Déçue par sa réponse, je laisse mon téléphone tomber sur le tapis puis reporte mon attention sur mes seins nus. Délicatement, je touche l’un des piercings et rencontre de la chair boursouflée. Je grimace. Ça pique un peu quand même ! Puis, curieuse, je ne résiste pas à passer la pulpe de mon doigt sur le téton. J’étouffe un petit cri. La décharge électrique m’a surprise. C’est moins endolori à cet endroit. C’est même presque plaisant.
— Elyott ? dit Az dans mon dos.
— Hum ? murmuré-je vaguement, les seins à l’air.
— T’es en train de te mater les nichons depuis que j’ai raccroché ?
— Nan, mais regarde comment c’est canon !
Je lui souris et me retourne, mes tétons la saluant fièrement. Je me retiens de commenter sa tenue parfaitement repassée aux couleurs fades. Si elle faisait trois tailles de plus, je pourrais lui prêter mes fringues. Je suis sûre que le pull fuchsia lui irait trop bien.
— Tes seins ont l’air encore plus gros comme ça, commente Az avec une note envieuse dans la voix.
— Tu t’es répété ton mantra quotidien ce matin ?
Elle lève les yeux au ciel, amusée. Je laisse mon t-shirt retomber sur ma poitrine, retenant un frisson de plaisir lorsque le tissu frotte mes bouts de chairs distendus. Az a la fâcheuse tendance à se remettre en question. Pas dans le sens qu’elle ne se trouve pas jolie — et elle est divine, vraiment — mais juste qu’elle n’est pas assez jolie. Pour qui ? Pour sa mère, évidemment ! Az n’est jamais assez ci ou assez cela. Mamie aussi met de l’argent dans sa boîte à jurons quand le sujet de la mère d’Az arrive sur la table. Garce !
Tu lui dois deux euros de plus ! Ouais, bon bah, ça va !
— Je. Suis. Une. Sublime. Créature. Qui. Mérite. D’être. Heureuse, récite mollement Azeline.
— Tu dois y croire en le disant !
— Je sais, je sais. Bon, on se prépare ou Clarisse va nous faire une syncope en voyant HL vide à son arrivée.
Elle m’abandonne devant mon armoire. Je sais immédiatement qu’aujourd’hui, je vais devoir porter la brassière la plus douce possible, et j’opte donc pour la blanche en tencel. Même si elle titille mes tétons, c’est supportable. J’enfile un t-shirt blanc — ils sont tous blancs, de toute façon — confortable, un boxer en dentelle et un jean pattes d’éléphant. De retour dans la salle de bain, je passe un coup de brosse dans ma crinière châtain, applique un peu de mascara bleu et finis par du rouge à lèvres rouge cerise. Puis j’inspire et prononce mon propre mantra avec un sourire éclatant.
— Je. Suis. Une. Glorieuse. Créature. Qui. Mérite. D’être. Heureuse. Ouais, carrément sexy, la glorieuse créature ! Et ces tétons !
— Elyott ! Arrête de parler à tes tétons et dépêche-toi, on va être à la bourre !
— Glorieux tétons ! répété-je plus fort.
Ma réponse est accueillie par un grognement agacé. Au fond, elle m’aime.
Quand on arrive enfin au bureau, Clarisse est au téléphone. Elle nous adresse de grands signes de la main et nous lui envoyons des baisers en réponse. Il n’y a rien de tel qu’être accueillie par le sourire phénoménal de Clarisse. Rien n’entache sa bonne humeur.
Un coup d’œil à mon agenda me fait rapidement déchanter. Je vais à l’hôpital cet après-midi. Je croyais que c’était demain !
— Argh ! Comment je fais pour mes tétons ? marmonné-je, inquiète.
— Hum… bonjour ?
Je lève la tête, surprise de trouver quelqu’un dans l’encadrement de ma porte. Un très, très sexy quelqu’un. Je m’apprête à calculer le pourcentage de chances qu’il ait entendu ma phrase, mais vu sa tête gênée, la réponse est évidente. Pour ce que j’en ai à faire ! Les gens jugent, qu’ils entendent nos pensées ou non, alors… Je colle un sourire professionnel — totalement faux — sur ma face. Il a beau être sexy, son expression est à la limite de la moquerie. Le coin de sa bouche est légèrement relevé ou c’est moi ?
Une très belle bouche, au passage. Libido redresse sa tête soudain intéressée.
Toujours là quand il faut pas celle-là !
— Monsieur Tessier, bonjour. Entrez, je vous en prie.
— Merci d’avoir accepté de me voir.
Le ronronnement de sa voix est indécent. Je me renfrogne d’un coup et croise mes bras sur ma poitrine. Grimace de douleur, mais tiens bon. J’ignore son sourcil inquisiteur pour entrer directement dans le vif du sujet.
— Vous aviez des questions à propos de mon client. Sachez que toutes les informations que je possède sont confidentielles. Je vous reçois ce matin par politesse, mais je ne vous garantis pas de pouvoir vous aider.
C'est un mensonge. J'ai vérifié deux fois, toutes les informations que le client m'a données sont fausses. Pour couronner le tout, la dame a qui j'ai laissé un message ne connaissait pas de Tom Bachelot.
— Je m’en suis douté. Je voulais tout d’abord vous donner ma version de la scène d’hier, dit-il, un brin nerveux.
Je rêve ou… Il rougit ! Son teint est si clair que je ne peux pas rater les deux taches rouges qui sont apparues sur son visage. Je sais pertinemment que mes yeux moqueurs se sont plissés. C’est à son tour de froncer les sourcils.
— Monsieur Bachelot, que j’ai rencontré hier, vendait une bague de famille qui appartient à madame Franz. Sa fille, Iris, a fugué depuis plusieurs semaines en emportant la bague.
— Et vous pensez que mon client la lui a volée ?
À mon ton, il devine que je ne crois pas une seule seconde à cette théorie.
— C’est une possibilité oui…
— C’est ridicule ! le coupé-je comme une sauvage.
— C’est aussi ce que je pense, répond-il, agacé. Hier, il a immédiatement réagi en entendant son prénom. Je suis sûr qu’il sait où elle est. C’était ma seule piste, ajoute-t-il plus calmement.
Il me tend une photo d’une famille, celle d’Iris, je devine. Pff… Ma prof de fac aurait des choses à dire là-dessus ! Il n’y a rien qui va sur cette photo. Tout est calculé : les poses, les tenues, les expressions. La jeune femme placée entre ses deux parents a un sourire qui rivalise de fausseté avec le mien et ses yeux sont vides. Pas étonnant qu’elle ait fugué. Sans commenter, je la lui rends.
— Je n’ai malheureusement pas le droit de vous communiquer ses coordonnées. Même si votre histoire tient la route.
Az a raison, je suis capable de mentir et d'être convaincante quand je le veux.
— Ce n’est pas une histoire !
Il se lève en pinçant les lèvres, comme s’il se retenait de soupirer. Il sort une carte professionnelle qu’il pose sur mon bureau au lieu de me la donner directement. Le rustre !
— Je vous remercie pour votre temps. Si jamais quelque chose vous revient, à n’importe quelle heure, s’il vous plaît, prévenez-moi.
Il me tend la main, et lorsque je glisse la mienne dans sa paume chaude et large, je ne peux m’empêcher d’admirer à quel point les couleurs de nos peaux se mêlent parfaitement. Ensemble, elles donneraient un caramel doux et sucré. Mais qu’est-ce que je raconte ?
Je retire ma main et capte de l’espoir dans son expression. Il détourne le regard, mais trop tard.
— Vous connaissez la jeune femme qui a disparu ?
Il fronce les sourcils et adopte à nouveau son expression presque moqueuse. Je vois. C’est donc son masque. Il cache quelque chose, mais honnêtement, j’ai d’autres chats à fouetter. Je le raccompagne à la sortie et laisse mon regard suivre sa silhouette dans la rue.
Sa silhouette, hein ? J’avoue tout, je matais son cul !
Si on s’était croisés dans d’autres circonstances, je n’aurais pas hésité une seconde à lui proposer de venir boire un verre chez moi. Puis dans mon lit.
Puis entre tes…
— BREF !
— Hein ? répond Clarisse dans mon dos.
— Non, rien.
Son sourire en dit long sur ce qu’elle pense vraiment, mais son professionnalisme est à toute épreuve. Je retourne à mon ordinateur pour répondre à mes e-mails, déterminée à me mettre à jour avant midi.
— C’est du flan que je sens d’ici, hum ?
Je pouffe en l’entendant prononcer le point d’interrogation, une habitude dont elle n’arrive pas à se débarrasser et qu’elle fait passer pour de l’argot. J’entre dans sa chambre et croise un infirmier au sourire jovial. Mamie me regarde arriver, les yeux pétillants de malice. Elle est assise dans son lit, son châle fleuri préféré posé sur ses épaules. Même à l’hôpital, elle a réussi à emporter avec elle le parfum de la maison. Une note de cannelle et de citron qui me donne immédiatement envie de me blottir contre elle. Je n'aime pas la voir dans cet environnement, elle d'ordinaire si énergique semble si fragile dans son lit. Même si cheveux blanc ont perdu de leur panache. Je ravale ma boule d'angoisse et fais un effort.
— Les soignants ont dû faire une drôle de tête en t’entendant prononcer tes points d’interrogation, ricané-je. Comment tu te sens, Mamie ?
— Je sors demain, je vais très bien, ronchonne-t-elle en acceptant la part de flan.
— Demain ? Ils ne voulaient pas te garder deux jours de plus pour surveiller les broches ?
— Humpf ! Je sors demain, je te dis.
Son ton me confirme que la décision vient d’elle et non du médecin. Mamie n’aime pas les hôpitaux, c’est bien connu. Ses récents passages en chirurgie pour ses yeux, puis son poignet et maintenant son épaule lui ont laissé un mauvais souvenir.
— Alors, Elyott, des nouvelles croustillantes à me raconter, hum ?
— Naon, baragouiné-je.
Le sourire que je voulais rassurant s'avère coupable puisqu'elle me grille dans la seconde et m’oblige à lui raconter ma soirée. Je remercie le ciel qu’elle ne demande pas à voir mes tétons, ça aurait été un poil gênant si le personnel soignant était rentré à ce moment-là. Contrairement à ce que j’attendais, elle ne me fait pas la leçon sur les piercings. Et juste avant que je parte, elle trouve le moyen de me faire vider mon portefeuille de tous les deux euros que je lui dois pour sa boîte à jurons. Je suis sûre que c’est Azeline — cette majestueuse gargouille — qui cafte tout.
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