Holo Ladies - Lunettes rondes et bottines de cuir: Tome 1 (French Edition)
8. Ye-Jun
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Ye-Jun
Une semaine depuis le rendez-vous chez Holo Ladies — avec la version adulte et insupportable d’Elyott — et mon corps est complètement détraqué.
Attablé avec un café, mon cerveau a profité d’une seconde d’inattention pour convoquer l’image de la furie à lunettes. Résultat, je bande comme un con au milieu de ma cuisine. Pas une demi-molle, non, mais une putain de gaule. C’est catastrophique.
J’en ai des fourmis dans les doigts tant l’excitation est violente.
Donc, depuis plusieurs jours, j’ignore les déformations de mon boxer et me sers des cafés. Il est presque vingt-deux heures...
C’est dingue le décalage qu’il peut y avoir entre ce qui se passe dans notre tête et ce qui se passe dans notre corps. Elyott n’est pas du tout comme dans mes souvenirs. Elle est irritante au possible, avec une propension à parler avant de réfléchir. Le problème, c’est que malgré son caractère, mes joues étaient à vif dès qu’elle me regardait et mon cœur ratait des battements aléatoirement. Je suis rentré chez moi, complètement rincé et tremblant d’adrénaline.
C’est mon quotidien depuis.
Impossible de sortir Elyott de mon esprit. Entre ses lunettes rondes qui subliment parfaitement son visage et les courbes de son corps. Putain. L’ado en moi bavait devant ses formes charnues mises en valeur par sa tenue. Couplé à son assurance toute simple, ça m’a achevé. J’étais pendu à ses lèvres et occupé à détester son attitude hautaine en même temps.
Le pire dans tout ça, c’est que je me surprends à regarder mon téléphone toutes les heures. J’ai beau me dire que c’est pour avoir des nouvelles de Bachelot, au fond, je sais que ce sont des bobards.
Bon sang ! Reprends-toi, Jun !
Avec un peu trop de force, je pose ma tasse sur le bar. L’anse se fend net.
C’est la deuxième que je casse comme ça.
Comme si ça ne suffisait pas, je n’ai pas avancé dans ma recherche avec Iris. Je lance un énième regard à mon téléphone puis l’attrape, décidé à plaider ma cause auprès d’Elyott. De toute façon, le lycéen dans ma tête meurt d’envie d’avoir de ses nouvelles. Ou juste de lui parler. Il n’est pas difficile. J’ouvre les SMS pour me rendre compte que je n’ai pas son numéro de téléphone. Je lui ai laissé ma carte, mais je n’ai pas pris la sienne. Et elle ne risquait pas de proposer.
— Putain, qu’est-ce que t’es con !
La seconde d’après, mon téléphone m’annonce que j’ai reçu un SMS d’un numéro inconnu. Je vais me reconvertir en magicien, c’est elle ! L’excitation me prend si fort à la gorge que mes mains convulsent, envoyant valser mon téléphone au sol. J’ai envie de crever.
Inconnu : Bon, Watson, il faut qu’on cause !
Jun : Watson ? Elyott, c’est vous ?
Inconnu : Oui ! Et vous jouez bien au détective privé, non ? Watson, ça vous va parfaitement.
Je lutte contre un sourire qui fleurit néanmoins sur mes lèvres. Elle cachait donc son sens de l’humour sous son caractère désagréable. Et d’ailleurs, pourquoi diable est-ce que je suis Watson et pas Holmes ?
Elyott : JE SAIS que vous vous posez la question. Sachez qu’Holmes c’est MOI. Ce n’est pas négociable.
Jun : J’ai peur de poser la question, mais je suis curieux : pourquoi êtes-vous Holmes, exactement ?
Elyott : Parce que je lis mieux les indices que vous. Par exemple, aviez-vous remarqué sur la photo de famille qu’Iris portait une perruque ?
Je reste con en lisant son message. Une perruque ? Elle ne peut parler que d’une seule photo, celle que madame Franz a sortie en double pour m’en donner un exemplaire. Poussé par le doute, je récupère la photo qui est dans ma veste et scrute Iris. En plissant les yeux, je finis par remarquer une mèche de cheveux plus foncés que la teinte de dessus. La mèche a exactement la même teinte que ses sourcils.
Elyott : Vous regardez la photo, hein ? Vous n’avez pas les cheveux dans les yeux ? HA ! HA ! HA !
— Oui, je l’ai vue, grogné-je à mon téléphone.
Elle a regardé la photo, quoi, dix secondes à tout casser ? J’avoue que je suis impressionné, et à moitié excité par son intelligence ; mais j’enterre ce détail dans mon esprit sinon. La deuxième partie de son message me fait froncer les sourcils. Quel est le rapport avec mes cheveux ? Elle a bu, ou quoi ? Un second message arrive avant que j’aie le temps de répondre.
Elyott : Je vous parie que quelque chose clochait à la maison et que c’est pour ça qu’elle a (encore) fugué. Regardez bien ses yeux.
Encore une fois, je suis ses instructions. Le sourire d’Iris que je pensais timide me paraît à présent tendu, faux. Tout comme son regard qui ne fixe pas vraiment l’objectif, mais regarde dans le vide. Elyott a raison !
Jun : Vous avez remarqué d’autres éléments ?
Elyott : Son chemisier est trop serré au niveau de la gorge. Ses chaussures pointent vers l’extérieur, comme si elle n’attendait qu’un instant d’inattention pour se sauver. Vous utilisez quoi comme après-shampoing ? Ils sont super brillants, vos cheveux !
Chacun des détails qu’elle cite me saute à présent aux yeux, changeant radicalement l’ambiance de la photo de famille. J’ai du mal à croire que je ne l’ai pas vu avant.
Jun : Pourquoi diable est-ce que vous n’avez rien dit la semaine dernière ? Et laissez mes cheveux tranquilles.
Elyott : J’étais agacée. Et puis c’est vous qui jouez au détective ! Vous devez passer un sacré temps à vous en occuper pour qu’ils soient aussi beaux. Et « diable » ? Vraiment, Watson ? Vous vivez dans un livre ?
Jun : Et vous ne l’êtes plus ?
Elyott : C’est qu’avec ma meilleure amie, la beauté indienne dont Peter est dingue, on a décidé de ne pas appeler les flics. Pour l’oreillette. C’est pas sympa d’ignorer une partie de mes messages !
Jun : Vous m’avez perdu.
Il n’y a pas que le sens de ses messages qui me perdent, j’ai perdu toute volonté au passage. J’attends impatiemment ses réponses, toujours plus avide de ses mots. Mon moi lycéen n’en revient toujours pas, il parle à Elyott ! Elle est aussi beaucoup moins froide par SMS. J’aimerais bien savoir pourquoi.
Elyott : Suivez, Watson ! Vous êtes un acolyte en carton ! Bachelot a toujours l’oreillette HL !! Et Watson ne devrait pas avoir autant de cheveux, d’ailleurs. Vous les attachez tous les jours ?
Jun : Vous avez bu ?
Elyott : Un peu ! Je vais vous facturer la prestation, je ne donne jamais d’informations gratuitement.
Putain, pourquoi j’ai envie de sourire à ses conneries ? Maintenant, je sais d’où vient sa soudaine sociabilité. On dirait un scénario de romance Netflix. Je m’oblige à visualiser son air pincé et ses réponses plates de la dernière fois. Mon sourire disparaît. À la seconde où elle sera sobre, elle va remettre ses cornes de démon et m’envoyer paître.
Je m’apprête à clore cette discussion en lui souhaitant bonne nuit quand une idée un peu dingue me traverse. Et si Elyott rencontrait madame Franz ? Elle dénicherait peut-être d’autres indices. Non. Mauvaise idée. On s’entretuerait avant d’arriver à destination.
Pense à Iris. La trouver est le plus important. Et, sois honnête, tu crèves d’envie d’apprendre à connaître la furie à lunettes, même sobre. J’admets être un peu curieux.
Jun : Est-ce que vous accepteriez de m’accompagner chez la mère d’Iris pour user de vos compétences ? Vous avez l’adresse de Bachelot ?
Elyott : Cela va vous coûter cher…
Jun : Vous avez ignoré ma deuxième question par vengeance ?
Elyott : Ses coordonnées étaient fausses. Google Map l'a confirmé. Il ne s'appelle même pas Bachelot.
Jun : Vous ne pouviez pas me le dire plus tôt ? Pourquoi vous continuez à l'appeler comme ça ? Bref. Et pour vos compétences ?
Elyott : Je vais prendre du temps pour vous aider. Je ne suis pas bénévole ! Et si je vous demande une mèche de cheveux ? HA ! HA ! HA !
Jun : Non.
Elyott : Oh, je plaisante, Watson !
Jun : Concentrez-vous deux secondes ! C’est oui ou non ?
Elyott : C’est oui ! Je me ferai un plaisir de vous montrer pourquoi je suis Holmes.
Jun : Vous êtes disponible demain ? Je dois faire une maintenance près d’Holo Ladies vers dix-huit heures.
Elyott : Dix-huit heures. HL. Noté ! Bye, Watson !
Jun : Bonne nuit.
Il fallait s’en douter, je tourne en rond dans mon lit, incapable de trouver le sommeil et à deux doigts de relire les SMS d’Elyott comme un abruti. Et quand je sombre enfin, c’est à elle et ses lunettes que je pense.
Le lendemain, je me gare tout juste en face d’Holo Ladies quand Elyott en sort. Son expression renfrognée me fait sourire une seconde avant que mon corps ne s’électrise soudain. Mon esprit est propulsé en arrière, vivant une nouvelle fois la scène de son bureau. Mes pensées entrent guerre contre mon cerveau d’adulte et mon corps d’ado timide. Diable, je refuse de rougir encore une fois ! À la place, un rictus en coin s’installe sur mon visage. Ce tic qui me sauve la vie depuis le lycée.
Elyott s’approche de la voiture lorsque je fais descendre ma vitre. Sa tenue ressemble sensiblement à celle de la dernière fois, même si les pièces sont différentes. Haut blanc et pantalon moulant. Le style est minimaliste et pourtant je peine à en détacher mon regard. Je me force à le remonter jusqu'à son visage. Elle est sublime, même avec les sourcils froncés.
Jun ? Qu’est-ce qu’on s’en fout !
Les bras croisés, elle s’arrête à ma hauteur. Ses yeux sont légèrement plissés, comme dérangés par la lumière. Quelle quantité d’alcool avait-elle ingérée avant de m’envoyer le premier SMS ? Je suis sûr qu’elle a regretté ce matin. L’alcool et les SMS. Merde. J’ai envie de rire.
— Bonjour. Bien dormi ? lui demandé-je, amusé pour de vrai cette fois.
Je n’ai pas pu m’empêcher de la taquiner un peu et… Oh ! ça ne lui plaît pas du tout ! Mes chances de survie lors du trajet en voiture s’amenuisent de seconde en seconde.
— Si vous voulez tout savoir, j’ai voulu me rétracter hier soir. Et Az a ouvert une bouteille de plus…, ronchonne-t-elle.
Elle n’a pas besoin de préciser qu’elle a oublié par la suite. Je me mords la langue pour m’empêcher de me moquer. Si elle sent que j’ai envie de rire, Elyott va changer d’avis.
— Ça veut dire que vous ne m’accompagnez plus ?
— Allons-y. Mais je ne vous garantis rien.
Le trajet se passe relativement bien. Essentiellement parce que je le passe à tenter de calmer mes hormones d’adolescent. À la seconde où Elyott a mis un pied dans ma voiture, son parfum fruité a pris possession de mon cerveau. Pourquoi diable a-t-il fallu qu’elle ait le même qu’au lycée ?
En me garant devant chez madame Franz, alors que je vais pour mettre le point mort, un mouvement périphérique attire mon regard. Elyott a sa main plongée dans son décolleté, totalement concentrée sur ses nibards. Mon pied glisse de la pédale et la voiture cale. Elle hoquète de surprise et je détourne les yeux, me sentant stupide au possible. Elle n’a qu’à foutre ses mains ailleurs que dans son soutif, bordel !
— On est arrivés ! grogné-je avant de fuir l'habitacle plus vite que mon ombre.
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