La Chasse de Voldorius
Chapitre IX - La Bataille de Sud Neuf
CHAPITRE IX
La Bataille de Sud Neuf
L’assaut commença lorsque le soleil se montra au-dessus de l’horizon, Mankarra se détachant sur le ciel orange.
Le capitaine Shrike s’éleva dans l’air et les plaines noires défilèrent sous lui. Il conduisait un détachement d’escouades d’assaut, chacune se dirigeant vers le complexe de défenses orbitales. Au sol, une seconde vague composée des éléments terrestres de la Raven Guard suivait et fonçait vers le même objectif.
Cet objectif était le large anneau de fortifications, de tranchées et de bastions. Au centre se trouvait une énorme batterie de défense aérienne destinée à engager tout vaisseau pénétrant dans l’atmosphère au-dessus de la capitale. La position abritait de nombreux tubes lance-missiles orbitaux tournés vers le ciel.
Shrike se laissait rarement emporter par ce qui pouvait ressembler à de l’excitation, mais alors qu’il amorçait sa descente vers la cible, il s’autorisa un sourire féroce. Son cœur battait d’impatience de plonger ses griffes dans la chair de ses ennemis. Le schéma d’attaque était de ceux auxquels sa compagnie et lui étaient largement habitués, ils l’avaient déjà appliqué des douzaines de fois contre les orks de Skullkrak. La Raven Guard allait s’abattre sur l’ennemi tels les anges vengeurs envoyés par l’Empereur lui-même, et mettre à mort le moindre traître osant se dresser face à eux.
Puis, les vrais combats s’engageraient. Shrike lutta contre les doutes motivés par des générations de défiance entre la Raven Guard et les White Scars. Les forces de Kor’sarro risquaient bien de se laisser distraire par leur incorrigible quête de gloire. Cela laisserait sa compagnie affronter seule la contre-attaque généralisée que ne manqueraient pas de monter les défenseurs avec les renforts arrivant de la capitale. Il était essentiel pour l’assaut sur Mankarra même que suffisamment de forces soient détournées des murs de la cité pour permettre une percée. Mais il revenait aux White Scars de lancer l’assaut contre les réserves avant qu’elles puissent mettre sur pied leur contre-attaque contre la Raven Guard, une hypothèse sur laquelle Shrike n’aurait pas parié grand-chose.
Repoussant de telles pensées, le capitaine des ombres se concentra sur sa mission. Le complexe de défense n’était qu’à quelques kilomètres, le capitaine localisa ce que les Scouts de Kor’sarro avaient signalé comme étant le point le plus faible. Une fois encore, il devait faire confiance à la parole des White Scars, mais le sergent en question, un dénommé Kholka, était plutôt compétent. Après tout, c’était lui qui avait détecté sa présence aux abords du site d’atterrissage et lui encore qui avait repéré la colonne ennemie en approche.
Shrike entraîna ses forces dans une descente alors qu’ils approchaient des lignes de défense extérieures. Quelques éclairs s’allumèrent à plusieurs douzaines de mètres en dessous lorsque les premiers défenseurs tentèrent les premiers tirs contre eux. Ces positions étaient tenues par des miliciens félons, une vermine qui ne mériterait même pas la mort rapide qui lui serait très bientôt apportée. Shrike aurait tôt fait de les mettre hors d’état de nuire pour les confier aux bons soins du Commissariat, ou peut-être même de l’Inquisition, qui leur ferait regretter d’avoir retourné leur veste. Mais il était un guerrier et de telles considérations étaient bien éloignées des siennes.
Un peloton de miliciens se rassemblait sur le haut mur qui entourait le complexe. Contrairement aux Space Marines, il s’agissait d’humains ordinaires qui n’étaient probablement pas habitués à la rigueur de la vie militaire. Un officier leur criait dessus, mais Shrike n’entendait pas ce qu’il leur disait. Ils lui tournaient le dos et ils ne virent même pas arriver la mort qui leur plongeait dessus.
L’officier, pour sa part, le vit et ses yeux s’ouvrirent d’horreur devant le spectacle de ces guerriers en armures noires et portées par leurs ailes de feu.
Shrike activa ses griffes, les lames resplendissantes crépitèrent d’une énergie bleutée. Le visage de l’homme devint un masque de terreur, sa bouche s’ouvrait sans qu’il soit capable d’en faire sortir le moindre son. Ses hommes n’avaient toujours pas compris ce qui se préparait.
Puis, la Raven Guard s’abattit sur eux. Shrike heurta le sol juste derrière l’officier. Les miliciens furent paralysés de stupeur devant ce géant en armure qui venait littéralement de tomber du ciel. Shrike brisa le sortilège en tranchant l’officier en deux d’un brutal revers de griffes.
Avant qu’aucun d’eux n’ait pu réagir, l’escouade de commandement de Shrike tomba au beau milieu des soldats et les griffes éclair entrèrent immédiatement en action. Les miliciens n’étaient absolument pas préparés à cela et se retrouvèrent paralysés de stupeur. La Raven Guard se débarrassa très rapidement du peloton entier dont aucun des membres ne fut en capacité de porter la moindre attaque en riposte. En l’espace de quelques secondes, le sol des remparts fut trempé de sang. L’effet des griffes éclair sur la chair humaine était un spectacle toujours impressionnant pour celui qui n’y était pas préparé.
Mais Shrike était déjà passé à la deuxième phase de son assaut. Un cri tomba d’un bastion tout proche et les bruits d’une cavalcade furent rapidement audibles. Les choses sérieuses n’allaient plus tarder à commencer.
Le capitaine activa ses réacteurs dorsaux et plongea dans la cour en contrebas. Les autres unités se répartissaient déjà sur les murs d’enceinte. Ses bottes frappèrent le sol en rocbéton, il chercha du regard autour de lui au cas où des ennemis se seraient présentés. Une porte blindée s’ouvrit violemment dans le flanc d’un bunker.
Il entraîna son escouade vers l’ouverture et un milicien en sortit en courant, venant s’empaler tout seul sur l’une des griffes du capitaine avant même qu’il n’ait eu conscience de la présence des Space Marines. Le corps glissa au sol et Shrike utilisa son autre griffe pour ouvrir en grand la porte. Il s’attendait à en voir surgir d’autres soldats, mais il n’entendit qu’un cri de colère. L’un des défenseurs se tenait derrière une mitrailleuse lourde déployée afin de repousser tout ennemi tentant de passer par là.
La première rafale partit et des icones s’allumèrent immédiatement dans le casque de Shrike. L’aspect de l’une d’elles lui signala immédiatement que l’un de ses hommes avait été blessé sérieusement.
Frère Dhantin gisait en effet au sol, abattu par des tirs nourris. Shrike jura. L’armure énergétique du Space Marine aurait dû le protéger contre une telle arme, mais une balle semblait avoir trouvé par pure chance un point faible au niveau du cou, tranchant la carotide. Même la physiologie surhumaine des Astartes ne les protégeait pas de toutes les blessures et le capitaine avait vu tomber des douzaines de braves guerriers sous les coups ou les tirs de toutes les sortes d’armes connues dans l’univers.
Un autre membre de l’escouade, Frère Keed, se précipita vers son frère blessé. Les balles de mitrailleuse rebondirent sur son armure, faisant voler des éclats de céramite surchauffée.
— Keed ! appela Shrike dans la radio alors que la rune de Dhantin s’éteignait définitivement. Nous le vengerons, mais pas ainsi.
La combinaison de respect et de conditionnement psychologique empêchait tout Space Marine de désobéir à un ordre, même s’il s’agissait d’aller au secours d’un frère tombé. Le guerrier renonça et se retrouva un instant plus tard auprès de son capitaine.
— Grenade ! ordonna froidement Shrike. Frère Keed attrapa une grenade à fragmentation à sa ceinture.
Le capitaine lui fit un signe de tête, et le Space Marine lança sa grenade par la porte ouverte. Une seconde plus tard, des flammes et de la fumée sortirent par l’écoutille, accompagnées par quelques fragments de chairs ensanglantées.
— Vous devez l’informer, dame écuyère ! insista le seigneur colonel Morkis. C’est votre fonction, n’est-ce pas ?
Malya se tenait près d’une haute fenêtre donnant sur la cité en contrebas. Ses pensées se bousculaient en elle et son cœur battait à toute vitesse, mais elle n’allait pas laisser cet officier renégat l’impressionner.
— Et que voudriez-vous que je lui dise, colonel ?
L’homme fronça les sourcils, puis il se pencha vers son subalterne qui lui murmura quelque chose à l’oreille. Morkis s’éclaircit la gorge et tira sur sa veste d’uniforme avant de répondre.
— Les installations de défense Sud Neuf sont attaquées, dame écuyère. Comme je l’ai dit, le seigneur Voldorius doit en être informé sur-le-champ.
— Attaqués par qui ? demanda Malya en faisant tout pour ne pas laisser transparaître ses espoirs.
Elle avait depuis un petit moment déjà abandonné toute idée que les Space Marines avec lesquels elle était entrée en contact avant d’être forcée de servir son nouveau maître puissent être là, dehors.
— Dans l’immédiat, nous ne le savons pas, répondit Morkis.
Malya soupira de frustration. Elle avait parfaitement compris ce que l’officier attendait d’elle : il voulait que ce soit elle qui transmette cette mauvaise nouvelle à Voldorius et que ce soit elle qui ait à affronter la colère du prince démon.
— Et quels sont leurs effectifs ? insista-t-elle.
Le seigneur colonel consulta à nouveau son subalterne. Ils échangèrent tous deux à voix basse et elle aperçut un éclat lumineux par la fenêtre. Peut-être s’agissait-il d’un bombardement orbital, ou le signe précurseur d’un assaut planétaire à grande échelle ? Peut-être aussi n’était-ce qu’un vulgaire reflet de rayon de soleil.
— Juste une toute petite force, madame, répondit enfin le colonel.
— La résistance ?
Elle-même en doutait fortement, car il était fort probable que les conspirateurs aient pour la plupart disparu lors des divers massacres, dont celui qui s’était déroulé sur la grande place. Elle n’avait plus entendu parler de leurs actions depuis de nombreux jours.
Le seigneur colonel leva un sourcil, lui aussi paraissant ne pas croire que cette prétendue résistance soit à l’origine de cette nouvelle attaque. Mais ce point-là, justement, semblait l’effrayer.
— Vous voudriez que je transmette votre rapport au seigneur Voldorius ? interrogea Malya en laissant bien percer dans sa voix les implications dangereuses d’une telle démarche.
Intérieurement, elle éprouvait toujours beaucoup de mépris envers cet homme. Il faisait partie des nombreux officiers supérieurs de la milice planétaire qui avaient accueilli favorablement la venue de l’Alpha Legion sur Quintus. Il avait collaboré avec les envahisseurs et saboté tous les efforts de réaction de la part des forces armées locales qui, sans cette trahison au plus niveau, auraient pu tenter de s’opposer à l’invasion. En retour, le seigneur colonel et ses sbires avaient reçu le haut commandement de cette nouvelle force armée dont les effectifs ne cessaient de grossir et avaient sans doute vu enfler des rêves de gloire et de conquête qu’aucune autre circonstance n’aurait pu leur permettre d’assouvir.
— Mon rapport, dame écuyère ? répliqua Morkis.
— Tout à fait, seigneur colonel. Je vais dire au seigneur Voldorius que vous, seigneur colonel de la 12e grande brigade de la garde planétaire de Quintus, faites savoir qu’une attaque est en cours, de la part d’un ennemi inconnu et disposant d’effectifs dont nous n’avons aucune connaissance, et dans un but dont personne n’a aucune idée. Est-ce cela ?
Toute trace de tenue abandonna le visage de l’officier.
— Ne jouez pas à ce petit jeu-là avec moi, maudite sorcière, cracha-t-il en ayant abandonné toute apparence de décorum. Vous êtes peut-être son écuyère, mais cela ne vous rend pas invulnérable.
Malya savait cela parfaitement et maudit une fois de plus sa situation et ce jeu auquel Voldorius s’amusait avec elle.
— Pour être franche, mon cher colonel, lui répondit-elle, je suis d’accord avec vous. Mais j’ai bien peur que ce soit votre position qui soit la plus menacée une fois que j’aurai transmis votre message.
Le colonel fixa froidement Malya, comme s’il ajoutait son nom à la liste déjà longue des candidats aux cellules d’extermination. Malya savait aussi que des milliers avaient déjà péri par la faute de cet individu, directement ou indirectement, et la plupart du temps, uniquement pour se faire bien voir de Voldorius. Le seigneur colonel Morkis était un homme dangereux et il n’était pas bon de s’en faire un ennemi. Pourtant, encourir la colère du seigneur Voldorius était une menace encore plus redoutable, en tout cas dans l’immédiat.
Avant même que l’un et l’autre ne puissent poursuivre, l’aide du colonel se pencha et lui murmura à nouveau quelque chose à l’oreille. Morkis écouta, approuva d’un signe de tête, puis s’adressa une nouvelle fois à Malya.
— Je vais revenir dans une heure, lui dit-il en se redressant dans son uniforme. J’aurai toutes les informations que vous demandez et vous les ferez passer à notre seigneur.
Malya s’inclina très légèrement, intérieurement soulagée de ce répit, même s’il pouvait s’avérer très bref.
— Je vais donc attendre votre retour, lui répondit-elle. Bonne journée.
Le seigneur colonel Morkis fit claquer ses talons et lui adressa un sec signe de tête, même si, délibérément, il ne l’honora pas du salut réglementaire. Puis il s’en alla, plantant Malya au beau milieu de la salle d’audience.
Et maintenant ? se demanda-t-elle. Il était peu probable que ce qu’il restait du mouvement de résistance soit à l’origine de cette opération contre le complexe de défense orbital. Cela n’aurait aucun sens, même si le mouvement en avait eu les ressources et la volonté. Il n’avait plus fait parler de lui depuis les dernières atrocités. Les milliers de cadavres pourrissaient d’ailleurs toujours sur la grande place en avertissement envers quiconque aurait la moindre velléité de désobéissance. Il ne pouvait s’agir que des Space Marines.
Et dans ce cas, ils devaient savoir au sujet du prisonnier du prince démon, puisqu’ils l’avaient déjà interrogée à ce sujet. Il lui faudrait trouver un moyen de leur faire parvenir un message pour leur signaler que cette personne qu’ils recherchaient était détenue dans une cellule adjacente à la cathédrale de l’Impériale Sagesse.
L’écuyère alla vers la grande fenêtre et regarda au-dehors. La cité était toujours baignée par l’aura paresseuse de l’aube. Les lourds bâtiments projetaient de longues ombres sur les rues et les esplanades. Une colonne de fumée montait depuis au-delà des murs de la cité, quelque part dans le secteur des installations Sud Neuf.
Une étincelle d’espoir s’alluma dans la poitrine de Malya. Les attaquants étaient peut-être bien des Space Marines. Peut-être étaient-ils parvenus à échapper aux recherches de l’Alpha Legion. Mais peut-être aussi ne faisait-elle que prendre pour des réalités ses désirs de voir Quintus libérée de la tyrannie de l’Alpha Legion et de Voldorius.
Un plan se dessina dans son esprit. Elle commença à réfléchir à un moyen d’entrer en contact avec les Space Marines, sans que son démoniaque maître ne découvre sa duplicité.
Le bunker explosa en une pluie de débris de rocbéton enflammés. Shrike et ses escouades d’assaut s’enfoncèrent un peu plus encore dans le complexe. L’onde de choc avait traversé la petite place, des fragments de murs et des corps de miliciens jonchaient le sol tout autour de la station de défense orbitale Sud Neuf.
— Sergent Indis ? appela Shrike en avançant entre deux autres bunkers. Première vague dégagée, sous-objectif primus atteint. À vous.
La radio émit quelques craquements d’interférences avant que les esprits des appareils n’entrent en contact l’un avec l’autre. Il entendit tout d’abord d’autres bruits de combat dans ses écouteurs, puis une voix mécanique se fit entendre.
— Patientez, je vous prie.
Après une autre seconde de détonations et de cris d’agonie, la réponse du sergent tomba enfin.
— Ici le sergent Indis. Bien reçu. Seconde vague engagée, vingt secondes.
— Bien compris, ajouta Shrike. Quelle est votre situation ?
— Nous sommes sous des tirs nourris depuis une section de remparts adjacente au sous-objectif oméga.
Une nouvelle rafale coupa la réponse du sergent, puis le bruit caractéristique des balles explosives dans la chair de leurs cibles.
— Les escouades Rhenesi et Ayaan effectuent un contournement, les escouades Kerrania et Pallisan sont en soutien.
Shrike continuait de traverser les installations fortifiées, une rafale de projectiles cribla le mur juste derrière lui, arrosant son armure noire de fragments de rocbéton. Il indiqua la position du tireur à l’un de ses guerriers tout proche, et celui-ci neutralisa la cible d’une seule et unique balle de bolter en pleine tête.
— Vous avez vos instructions, reprit-il à l’attention du sergent. Ces murs doivent être tenus jusqu’à ce que vous soyez relevés.
Shrike avait totalement confiance, Indis tiendrait ces murs. L’homme portait plus de cicatrices que
n’importe quel guerrier de Kor’sarro, la plupart gagnées au cours de la décennie durant laquelle il avait servi au sein de la Deathwatch. Les White Scars pourraient avoir du retard ou, pire, être détournés de leur mission première par l’intervention de renforts déjà en route pour intercepter la Raven Guard. Le sergent vétéran Indis et ses escouades Tactiques et Devastators devraient tenir leur position forçant éventuellement les escouades d’assaut, sous les ordres directs de capitaine Shrike, à se débrouiller seules.
Par chance, cette éventualité extrême ne se produirait pas, mais tout bon officier savait qu’il lui fallait envisager toute possibilité.
Il avait devant lui les fortifications intérieures des installations de défense. L’énorme ensemble de silos lance-missiles était dressé droit vers le ciel. Ces pièces devaient être détruites pour convaincre Voldorius qu’un assaut orbital était imminent. Entre les escouades d’assaut et cet objectif, on comptait cependant toujours des douzaines d’autres bunkers ainsi qu’une garnison de milliers de miliciens.
Shrike conduisit ses hommes à travers un espace découvert et ils se retrouvèrent sous les tirs d’un bolter lourd retranché dans un poste de tir non loin. Les projectiles de lourd calibre s’enfoncèrent dans le sol à leurs pieds et le capitaine actionna ses réacteurs dorsaux, immédiatement imité par les membres de son escouade de commandement. Tous bondirent dans les airs, droit sur l’endroit où se trouvait ce bolter lourd.
La charge aérienne ne prit que quelques secondes, mais ce bref laps de temps permit tout de même au capitaine de localiser sa cible. Durant son approche, des tirs de suppression délivrés par les autres unités ricochèrent tout autour de la position, forçant les artilleurs à baisser la tête et à cesser leurs tirs.
Le capitaine Shrike leva bien haut ses griffes lorsque ses pieds touchèrent le sol, puis il les abattit, tranchant l’arme lourde en deux. Les artilleurs tentèrent de s’écarter de lui, leurs visages tordus par la terreur, leurs pantalons trempés. Shrike n’avait aucune envie de faire preuve de la moindre pitié, mais ces hommes représentaient une bien moindre menace que la douzaine d’autres qui se montraient par une écoutille ouverte.
Les défenseurs étaient équipés d’armes diverses, allant des fusils automatiques d’origine locale aux fusils largement utilisés. Ils ouvrirent le feu au fur et à mesure qu’ils sortaient par l’écoutille, les étincelles ricochant sur les armures des Space Marines. Le désespoir emplissait leur regard, comme s’ils étaient forcés de combattre tout en sachant qu’ils ne pourraient vaincre. L’amertume s’installa dans le cœur de Shrike, car ces gardes auraient dû donner leur vie plutôt que d’accepter de se tourner contre l’Empereur comme ils l’avaient fait. En les tuant, il accomplissait la volonté du Maître de l’Humanité.
Il ne fallut que quelques secondes pour que son escouade et lui se retrouvent au milieu des restes d’un véritable carnage, les miliciens traîtres ayant été taillés en pièces à coups de griffes éclair. Mais la Raven Guard ne disposait pas du luxe de perdre du temps, et alors que Shrike s’apprêtait à donner de nouvelles instructions, un rayon incandescent jaillit d’un bastion voisin. Le rayon transperça le flanc du bunker sur lequel ils se trouvaient, pourtant épais d’un bon mètre de rocbéton, et provoqua une explosion interne.
Shrike alluma à nouveau ses réacteurs et toute l’unité bondit d’une bonne vingtaine de mètres. Une nouvelle explosion secoua le bunker et, un instant plus tard, une troisième l’éventra totalement. Un épais panache de fumée noire monta vers le ciel, illuminé de l’intérieur par des flammes orange.
— Activez vos filtres, ordonna Shrike lorsque sa vision se trouva masquée par l’épaisse fumée. Il trouva lui-même le bon filtre et l’obscurité qui l’entourait fut remplacée en un instant par une vision infrarouge. Le bunker en flammes occupait tout l’espace sous ses pieds, les munitions stockées à l’intérieur explosaient les unes après les autres. Shrike étudia les environs et estima que le tir de canon laser qui avait détruit le bunker et faillit éliminer son escouade devait venir d’un grand bastion qui s’élevait à une centaine de mètres de distance.
— Escouades Enriso et Sohen, suivez-moi ! ordonna-t-il en s’élevant davantage. Les autres escouades de la première vague, suivez et sécurisez le secteur, ajouta-t-il lorsque ses pieds touchèrent le sol recouvert de gravillons. D’une nouvelle impulsion, il reprit de l’altitude, pas loin de deux douzaines de ses Space Marines le suivant de près.
La fumée les dissimulait de la meurtrière derrière laquelle se trouvait le canon laser, mais des rafales d’armes légères les accueillirent cependant, sporadiques et largement inefficaces. Son filtre thermique était toujours abaissé et Shrike se retrouva en partie aveuglé par une sphère de plasma surchauffé qui fonça droit vers lui. Malgré ses capacités visuelles améliorées, le système intégré à son casque se retrouva saturé. Il se jeta instinctivement de côté et la sphère incandescente passa à quelques centimètres de lui. Il récupéra sa vision en quelques secondes et juste à temps d’ailleurs, car il émergeait du nuage de fumée.
Les tirs s’intensifièrent lorsque l’ennemi fut à nouveau en mesure de voir ses cibles. Les obus d’autocanons ricochèrent sur son armure, marquant quelques points d’impact dans la peinture, mais sans plus de dommages. Les tirs de fusils laser étaient nourris, mais c’était ce lance-plasma qui le préoccupait le plus. Le bruit caractéristique de rechargement de ses accumulateurs se fit entendre et grimpa en tonalité, et Shrike put localiser le tireur.
Celui-ci était retranché dans un abri de sacs de sable et il épaulait déjà son arme en vue d’un nouveau tir. Ce soldat semblait savoir ce qu’il faisait, car il visait avec calme l’un des Space Marines alors que ceux-ci fonçaient droit sur lui. Il appuya sur la détente et un soleil miniature apparut dans la gueule de son arme. Shrike n’eut pas le temps de crier son avertissement, et l’un des marines d’assaut fut touché en pleine poitrine. Celle-ci s’évapora instantanément, et le reste de son corps s’écrasa au sol plusieurs mètres en dessous. L’armure fumait alors que les entrailles du guerrier se consumaient à l’intérieur et le tireur afficha un sourire triomphant.
Un instant plus tard, ce sourire explosa sous
l’impact d’une balle de bolter.
— Explique-toi, grogna Voldorius.
— C’est exactement comme je l’ai rapporté à votre écuyère, monseigneur, se défendit Morkis, même si sa voix restait d’une assurance incroyable compte tenu des circonstances. Les installations de défense Sud Neuf font l’objet d’une attaque par une force ennemie peu nombreuse, mais très bien équipée et dont les intentions sont à l’évidence de détruire nos capacités de défenses orbitales.
Voldorius se pencha en avant et rapprocha son visage bestial de celui du colonel.
— Qui sont-ils ?
— Eh bien… les premiers rapports… commença Morkis en cherchant autour de lui son adjoint qui n’était visible nulle part. Les premiers rapports laissent supposer qu’il s’agit de Space Marines.
Un grondement sourd enfla dans la gorge du démon. Ses yeux n’étaient plus que deux tout petits points noirs.
— De quel chapitre ?
— Monseigneur, je… Je ne sais pas, bredouilla le colonel qui commençait à transpirer de frayeur.
— Alors, trouve-le ! répliqua Voldorius en se reculant et en parcourant du regard la ligne de généraux et de seigneurs colonels présents. Il ne peut exister qu’une seule raison qui pourrait motiver les larbins de l’Empereur à vouloir détruire nos batteries orbitales.
— Les balafrés ? demanda Nullus qui s’était placé derrière la rangée d’officiers engalonnés.
— Qui d’autre ? dit Voldorius.
— Aucun n’aurait pu survivre sur Cernis IV, monseigneur, assura Nullus.
Malya crut percevoir une note de crainte dans la voix du traître, même si elle n’avait aucune idée de ce à quoi il faisait référence.
— C’est en effet ce que tu m’avais promis, Nullus, rétorqua Voldorius à son lieutenant. Tu sais très bien que Kor’sarro n’abandonnera jamais, tellement il est obsédé par sa chasse. En un sens, je devrais en être flatté…
— Je vais m’occuper de lui, se hâta de dire Nullus avec un rien de défiance, peut-être de fierté blessée. Donnez-moi des hommes et je vais l’écraser.
Voldorius hésita, posant brièvement un regard sombre sur Malya.
— Peut-être est-ce finalement très bien que les balafrés reviennent d’entre les morts. Notre cher prisonnier ressuscité pourra enfin nous être utile.
— Monseigneur ? demanda Nullus.
Voldorius se recula pour examiner la rangée d’écrans allumés dans le centre de commandement de la milice. Il trouva enfin celui montrant les installations Sud Neuf, des images retransmises par une caméra de surveillance placée sur les murs de la cité.
— Tu vas aller les affronter, Nullus, ordonna Voldorius. Prends la moitié des hommes et autant d’unités de miliciens dont tu as besoin. Si cette attaque prépare un débarquement à grande échelle, elle doit être stoppée. Tu as compris ?
Nullus s’inclina, puis releva des yeux dans lesquels brûlait une lueur sauvage.
— J’ai compris, monseigneur.
Kor’sarro se tenait à l’entrée des cavernes, regardant vers le nord et les combats qui y faisaient rage. Il avait près de lui le Prophète des Tempêtes Qan’karro et le chapelain Xia’ghan. Les trois vétérans regardaient monter au loin cette épaisse colonne de fumée qui trahissait l’ampleur des destructions occasionnées par la Raven Guard.
— Tout est prêt ? demanda le capitaine sans jamais détourner les yeux du spectacle qui lui était offert.
— Aussi prêt que l’on puisse l’être, chasseur, lui répondit Qan’karro en tournant son visage tanné par le temps. La confrérie est à tes côtés, comme elle l’a toujours été.
Kor’sarro glissa un regard en coin au prophète. Il savait que le vieux guerrier ne parlait pas que de la préparation militaire de la compagnie, mais aussi de la résolution de chacun de ses membres d’abattre enfin la proie qu’ils pourchassaient depuis si longtemps.
— Et en ce qui concerne les corbeaux, mon vieil ami ?
Le visage de Qan’karro s’assombrit légèrement.
— J’étais à la chute de Kordon, chasseur, lui répondit-il. Ainsi qu’à la bataille de l’Anneau de Nuit. Je sais que ce sont de bons guerriers, malgré ce… différend entre nous.
— Et j’imagine qu’ils ressentent la même chose envers nous, n’est-ce pas ? Il m’a fait part de ses réserves à l’égard de notre chapitre.
— Mon Khan, intervint le chapelain Xia’ghan. Les fils du corbeau sont de très vieilles connaissances, comme vous le savez. Leurs âmes sont troublées et affectées par l’esprit de leur primarque, comme nous le sommes par celui du nôtre, béni soit son nom.
Le chapelain marqua une pause avant de poursuivre en remarquant le regard de travers que lui lançait le prophète.
— Leurs âmes sont affectées, mais pas de la même manière. Chez eux, cela se traduit par une certaine amertume envers les injustices de notre époque.
— N’est-ce pas le cas de nous tous ? s’étonna Kor’sarro.
— C’est exact, mon Khan, mais chacun porte ce fardeau à sa manière. Nous autres, hommes de Chogoris, suivons une ancienne route qui nous guide à travers l’univers. Nous avons notre honneur et nos serments.
— Et pas eux ?
Xia’ghan fit une grimace.
— Ils sont assombris par un fort sentiment de culpabilité, mon Khan. Chacun d’eux suit sa propre voie. Des hommes comme Kayvaan Shrike portent le poids de tous les maléfices de l’univers sur leurs épaules et n’autorisent personne à partager cette charge avec eux.
— Je ne puis prétendre connaître l’âme des hommes autant que vous, lui répondit Kor’sarro en secouant la tête. Mais ce que vous dites revêt une certaine signification pour moi.
Le grondement des lointaines explosions leur parvenait, porté par le vent.
— Et voilà pourquoi vous nous conduisez, mon Khan, ajouta Xia’ghan.
— La bataille nous appelle, poursuivit Kor’sarro en se sentant empli d’une nouvelle résolution. La confrérie est-elle prête à répondre ?
— Absolument, mon Khan, lui répondit Xia’ghan. Elle n’attend que votre ordre.
— Alors, elle l’a. Nous chevauchons pour rejoindre nos frères de la Raven Guard et ensemble, nous écraserons quiconque se dressera devant nous.
Malya se tenait immobile au milieu de l’apparente anarchie de la salle de commandement. Des officiers de tout grade, du petit sous-lieutenant aux généraux et aux seigneurs colonels, hurlaient leurs ordres en une apparente compétition pour parvenir à se faire entendre mieux que le voisin. Le seigneur Kline se démenait pour coordonner les renforts, pendant que le chef d’état-major, le général Ackenvol, supervisait la distribution d’armes et de munitions aux secteurs les plus en demande. Le personnel d’état-major tentait comme il le pouvait de retransmettre les ordres de ses supérieurs respectifs et de les transformer en instructions cohérentes, puis de leur répercuter les douzaines de rapports qui lui parvenaient par les écrans de contrôle situés devant lui sur une myriade de canaux.
Le seigneur Voldorius avait quitté la salle juste après Nullus et, pour son grand soulagement, n’avait pas demandé à Malya de le suivre. Il était parti tourmenter le prisonnier, elle en était certaine, même si elle n’avait aucune idée d’où cela mènerait.
Un large écran affichait une scène capturée par l’une des caméras de surveillance. Les installations de défense Sud Neuf étaient en flammes, des colonnes de fumée tourbillonnantes montaient depuis plusieurs douzaines de bunkers ou bastions. Pourtant, malgré toute cette fumée, un groupe de guerriers en armure noire était clairement visible. Ils tenaient fermement une section de mur que la milice tentait de reprendre. Les officiers avaient établi que ce groupe représentait la deuxième vague d’assaut. La première, entièrement équipée de systèmes autoporteurs et d’armes clairement destinées au corps à corps, avait frappé un peu plus tôt et s’était d’ores et déjà profondément enfoncée dans les installations, droit sur l’énorme batterie lance-missiles.
S’agissait-il des mêmes Space Marines qui l’avaient contactée avant la tuerie ? Étaient-ils vraiment venus répondre à l’appel à l’aide lancé par la résistance ? Elle pria de tout son cœur pour qu’il en soit ainsi, même si elle n’osait pas croire que la libération était proche, en tout cas pour son compte personnel.
Au plus profond d’elle-même, Malya avait déjà compris que si ces guerriers, les redoutables Space Marines de l’Empereur, défaisaient Voldorius et son Alpha Legion, elle serait probablement considérée comme traîtresse à son peuple. Était-ce une partie du plan du démon ? Son rôle en tant qu’écuyère se limitait à servir de liaison avec l’administration locale et transmettre les moindres paroles de Voldorius. Le démon l’avait gardée près de lui, jouant sur sa peur pour s’assurer qu’elle remplissait bien son rôle, et cette peur était bien réelle. Malya avait vu plusieurs individus réduits à l’état de créatures décérébrées au simple contact de la malignité qui se dégageait de la bête. Étrangement, peut-être grâce à sa foi, elle s’était vue épargner ce sort, même si elle en sentait la menace ramper aux confins de son âme mortelle chaque fois qu’elle se trouvait proche de lui.
Elle rejeta ces pensées et reporta son attention sur l’écran principal. Nullus avait regroupé une force importante et était sur le point de tenter une contre-attaque pour reprendre les installations avant que les batteries ne soient détruites. Une vague bleu-vert d’Alpha Legion conduisait la multitude des miliciens. Malya n’avait jamais vu autant de guerriers rassemblés au même endroit. Elle savait pourtant que les trois cents légionnaires ne représentaient que la moitié des effectifs apportés sur la planète par Voldorius. Derrière la masse des miliciens suivait la horde des adorateurs dépravés du prince démon. La multitude des égarés et des damnés, les rebus de la société poussés à l’adoration de cette créature qui avait mis leur planète dans cet état. La plupart portaient des vêtements déchirés, comme pour reproduire les accoutrements d’un ordre mendiant, mais ils s’étaient entouré le corps de chaînes et hurlaient des prières à leur vil seigneur. D’autres n’avaient que des restes de leurs vêtements de travail, comme s’ils avaient quitté leur emploi juste pour rejoindre les autres, sans aucune considération pour leur propre destinée. Il y en avait même qui allaient nus, des runes brutales dessinées à la peinture – peut-être avec du sang – sur leur corps alors qu’ils chargeaient vers ce que Malya ne pouvait que considérer comme l’annonce d’un gigantesque massacre.
La horde se répandit sur la plaine noire en direction des installations. Malya vit au milieu d’elle une chose qui lui glaça le sang. Le tank superlourd, l’Ironsoul, le même qui avait massacré tous ces gens sur la grande place, roulait sur ses larges chenilles. Ses nombreux canons étaient tournés vers la section de mur tenue par les Space Marines.
Elle devait absolument les contacter. Ils devaient savoir au sujet du prisonnier. Mais comment le faire au milieu de ce chahut qui régnait dans le strategium ? Il lui faudrait attendre que l’attention des officiers soit détournée ailleurs.
Le capitaine Shrike se jeta de côté lorsque trois bolters lourds ouvrirent le feu depuis le rez-de-chaussée de la base fortifiée qui constituait son objectif. Les lance-missiles se dressaient droit vers le ciel, une bonne douzaine d’ogives, chacune de la taille d’un tank. Il s’était accroupi derrière un mur de rocbéton et il serra les dents sous la pluie de mitraille qui passait au-dessus de sa tête.
Il en profita pour vérifier le statut de ses guerriers. Des runes indiquaient l’ampleur des blessures subies jusque-là par les membres de la première vague. Trois étaient rouges, signalant la mort ou des dommages sérieux dans leur armure. Une douzaine clignotaient, indiquant autant de blessures sérieuses.
Il roula sur le côté et risqua un rapide coup d’œil vers les silos à missiles, n’exposant le sommet de son casque que l’espace d’un instant. Il eut cependant le temps de voir que les trois équipes de bolters lourds étaient abritées dans des trous creusés à la base des silos. Il estima qu’ils pouvaient être neutralisés par une charge coordonnée.
— Escouade Morior, dit-il dans son micro. Flanc gauche, large, trente secondes.
Le sergent Morior signala qu’il avait bien reçu les instructions, puis ses hommes et lui partirent entre deux bunkers en flammes, épées tronçonneuses grondantes et pistolets bolters se cherchant déjà des cibles.
— Sohen, Enriso, tenez-vous prêts.
Shrike compta les secondes alors que l’escouade Morior contournait la position ennemie par le flanc, prêt à donner aux deux autres unités et à son escouade de commandement l’ordre de charger de front.
Lorsqu’il arriva à zéro, le rugissement caractéristique de dix réacteurs dorsaux Astartes signala que les marines d’assaut de l’escouade Morior effectuaient leur manœuvre de contournement.
— Chargez ! cria Shrike, puis il se dressa de derrière le mur qui lui avait jusque-là servi de protection, tout en activant ses griffes.
Mais avant qu’il ait pu faire le moindre pas, alors que les guerriers de l’escouade Morior tombaient littéralement du ciel par la gauche de la position de tir, des interférences crépitèrent dans ses écouteurs et un réseau de rayons rouges se matérialisa autour de la cible. Il était si serré que les hommes de Morior n’avaient pas la moindre chance de passer au travers de cette toile mortelle.
Le sergent Morior, à la pointe de l’attaque comme le faisaient ceux de son grade, fut le premier à entrer en contact avec les rayons tranchants. Il n’avait accédé à ce grade que six mois plus tôt. Il sembla franchir le réseau sans dommage, mais quand il en ressortit, son armure se sépara en une douzaine de parties qui tombèrent au sol, sans même que ne s’en échappe la moindre goutte de sang tant la chaleur des rayons avait été intense, au point de cautériser instantanément les chairs.
Trois de ses guerriers subirent le même sort avant de comprendre ce qui était arrivé à leur chef. Le troisième d’entre eux, au lieu de porter l’habituel pistolet bolter, était armé d’un pistolet à plasma, et son arme explosa d’une manière spectaculaire. La déflagration l’engloutit dans une boule de feu aussi intense que le cœur d’une étoile. Le corps du Space Marine fut réduit à un amas d’atomes, mais la sphère incandescente toucha également les munitions de l’arme lourde la plus proche. Les bandes de projectiles explosèrent à leur tour alors que la boule de plasma s’éteignit en un clin d’œil.
La position de tir fut criblée par ses propres balles, et les servants de la première arme furent tués en un instant. Shrike saisit la chance qui lui était offerte de foncer avant que les servants des deux autres bolters lourds ne se remettent de la confusion.
Ses hommes et lui étaient désormais emplis d’une rage vengeresse envers ces ennemis qui avaient décimé l’escouade Morior. Les survivants de l’unité s’étaient regroupés : deux d’entre eux tiraient à l’abri leurs frères touchés par les rayons, mais toujours en vie, les autres mitraillaient à l’aide de leurs pistolets bolters.
— Attention aux pièges de ce genre ! avertit Shrike en allumant ses réacteurs dorsaux. Il se retrouva deux secondes plus tard en l’air, la position de tir sous lui.
Il entendit à nouveau les mêmes crépitements dans ses écouteurs et il comprit que les servants des deux autres armes venaient d’activer à leur tour leur réseau laser de défense. Maintenant avertis, les Raven Guards évitèrent le piège et Shrike parvint même à localiser le milicien qui avait activé le terrible réseau. Il se trouvait près d’un boîtier de commande à l’arrière de la position centrale.
Shrike ne pouvait pas atteindre l’homme, car les rayons constituaient un maillage infranchissable, même pour un Space Marine. Pourtant, alors que ses réacteurs le portaient, il vit une possibilité. D’une pensée, il engagea trois grenades à fragmentation dans le lanceur situé au-dessus de ses réacteurs dorsaux, puis il plongea droit vers le réseau laser et tira ses trois grenades en même temps.
Les grenades jaillirent. L’une d’elles explosa au contact d’un rayon, mais les deux autres passèrent au travers pour tomber au milieu des servants. Les déflagrations suivirent un instant plus tard, éparpillant dans le même souffle les servants et le générateur qui alimentait le terrible piège.
Shrike put franchir cet espace qui une fraction de seconde plus tôt était traversé par les mortels rayons. Il atterrit au milieu de la fumée et de la poussière, et vit que l’un des traîtres était toujours en vie et tentait d’attraper d’une main ensanglantée un pistolet tombé au sol. Shrike posa un talon sur le poignet et pesa de tout son poids, arrachant un cri de douleur.
Le capitaine recula d’un pas et baissa le regard vers le soldat. La colère bouillonnait en lui.
Il lui montra d’un geste du menton les restes de ses frères littéralement découpés.
— Tu es responsable de ça.
Le visage de l’homme était tordu de haine et, malgré ses blessures, il parvint à se redresser sur ses genoux.
— Non, parvint-il à répondre. Je sers Voldorius.
Le capitaine crut que son âme tout entière allait être consumée par toute la haine de l’univers. Il n’avait pas face à lui un ork barbare, ni un Eldar dégénéré, pas même un organisme tyranide privé de la moindre étincelle de conscience propre, mais un homme, jadis serviteur de l’Empereur. Il ne trouva aucun mot pour lui signifier son mépris, alors il se contenta de le décapiter d’un revers de griffe, puis se tourna vers ses hommes.
La voix du sergent Indis tomba dans ses écouteurs.
— Frère-capitaine ? Ennemi en approche.
— Combien ?
— La totalité.
L’air était saturé des chants déments hurlés par dix mille bouches. La horde déboucha dans le grand espace dégagé sous les murs des installations de défense Sud Neuf. On entendait également des rafales et des ordres aboyés par les membres de l’Alpha Legion qui faisaient en sorte, sans le moindre ménagement, de canaliser la foule dans la bonne direction, tirant dans le tas s’il le fallait.
Les armes des escouades Devastators de la Raven Guard ouvrirent le feu. Tout d’abord, uniquement les lance-missiles, puisqu’eux seuls disposaient de la portée suffisante. Les projectiles à fragmentation décimèrent les premiers rangs et ouvrirent de grands trous dans la masse chaotique des traîtres, mais ils se trouvèrent comblés en l’espace de quelques secondes.
Les légionnaires continuèrent de faire en sorte de pousser la piétaille vers cette section de mur tenue par l’ennemi. La foule hurlait ses chants à la gloire de Voldorius alors que les premiers étaient fauchés par les armes lourdes de la Raven Guard.
Le nombre de victimes fut ahurissant dès les premières secondes. Les balles des bolters lourds faisaient exploser les corps en des gerbes de sang et de viscères. De nombreux projectiles transpercèrent plusieurs corps avant d’exploser et de réduire leur dernière victime en un tas de chairs sanguinolentes.
Les restes des morts furent piétinés par ceux qui suivaient derrière, mélangeant les chairs à la poussière. Les pertes ne semblèrent pas dissuader les autres d’avancer, comme si le massacre de leurs semblables ne faisait que renforcer leur dévotion pervertie envers leur démoniaque maître. Il n’y avait plus aucune distinction entre ceux qui s’étaient volontairement offerts aux puissances de la Ruine et les autres qui n’avaient été que des victimes de la chute de Quintus. Les enrôlés de force au sein de la milice étaient tellement terrorisés et désespérés qu’ils se comportaient d’une manière parfaitement indiscernable. En tout cas, l’élite de l’Empereur ne faisait aucune différence : le moindre membre de cette horde méritait la mort et les escouades Tactiques et Devastators en haut des murs allaient la leur dispenser.
La foule continua d’approcher et arriva enfin à portée des bolters de la Raven Guard. L’ennemi était regroupé d’une manière tellement compacte que les Space Marines n’avaient même pas besoin de viser. Il était cependant évident que même si chaque balle prenait la vie d’un traître, la grande majorité de la horde atteindrait les murs. Les guerriers de l’Alpha Legion, tout juste visibles en bordure de la foule, prenaient bien garde à rester hors de portée des armes de la Raven Guard, un signe de plus de la duplicité de l’ennemi. Les membres de cette légion étaient réputés pour leur habileté à tendre des pièges et effectuer des diversions, ainsi qu’à sacrifier sans compter les masses d’adorateurs. Il devint rapidement clair que la horde servait de chair à canon dont le seul but était de faire dépenser ses munitions à la Raven Guard, et une fois celles-ci descendues à un niveau critique, l’Alpha Legion interviendrait.
La Raven Guard n’avait d’autre choix que de tenir sa position jusqu’à ce que ses alliés White Scars viennent les renforcer. Les guerriers en armure noire étaient bien plus habitués à lancer des frappes chirurgicales depuis l’ombre, mais ils étaient avant tout des Space Marines et ils allaient accomplir cette mission.
Nullus marchait au beau milieu de la multitude, entouré de ses guerriers. Le lieutenant du seigneur Voldorius hurlait lui aussi ses prières à ses divinités alors que la mort se déchaînait tout autour. Les cultistes et les miliciens étaient fauchés par poignées entières, mais chaque mort de plus le plongeait dans l’extase. Sa bouche sans lèvres égrena les noms des puissances de la Ruine, son visage ravagé se tordant en une grimace terrifiante et blasphématoire. Les murs des installations de défense étaient là, devant lui, et tout en haut, il voyait les armures noires de ses nouveaux ennemis, même si de là où il se trouvait, il ne pouvait reconnaître leur iconographie. Il se trouva un peu déçu qu’il ne se soit pas agi des White Scars, mais ils étaient tout de même des Space Marines et l’objet de millénaires de la haine profondément enfouie dans ce qui lui servait de cœur. Il existait des douzaines de chapitres portant cette même livrée noire. Ceux-là devaient sans nul doute être de mèche avec les White Scars. Le lieutenant savait très bien que Kor’sarro avait survécu à la bataille sur Cernis IV et que, de plus, il avait pisté l’Alpha Legion jusque sur Quintus. Il avait tout fait pour cela.
Nullus continua d’avancer. Sa haine envers les White Scars, tous les Space Marines de ce prétendu Empereur, la totalité du genre humain bouillonnait en lui. Il écrasa sans le moindre remords de ses lourdes bottes cultistes et miliciens qui ne s’écartèrent pas assez vite pour le laisser passer. La mort pleuvait du ciel, l’odeur du sang et de la poudre l’enivrait.
L’énorme carcasse de l’Ironsoul avançait elle aussi, et les cultistes se jetèrent par douzaines sous ses chenilles en hurlant leurs prières immondes, se sacrifiant à une divinité guerrière invoquée par leur mort. Là où passait l’Ironsoul, il ne restait plus qu’une masse informe de chairs et d’os broyés, les viscères s’accrochant aux maillons des chenilles.
Nullus ralentit sa marche et laissa l’énorme blindé le dépasser. Ses armes ne tarderaient pas à être à une portée où leur efficacité serait décuplée. L’imposante tourelle principale tourna légèrement et son canon long de dix mètres s’aligna sur le mur.
— Maintenant, vous allez mourir, siffla Nullus, sa voix nasillarde ne parvenant pas à percer la cacophonie guerrière.
Selon le chronomètre affiché à l’intérieur de la visière de Shrike, le moment était presque arrivé. Les White Scars devaient être sur le point de lancer leur attaque. Une rafale de bolter lourd attira son attention. Ses hommes et lui approchaient et n’allaient plus tarder à en terminer avec les derniers défenseurs.
Cette opération contre les installations de défense n’était qu’une diversion, mais les silos avaient désormais pris une signification d’importance. Ne pas les détruire serait considéré comme un échec de la part de la Raven Guard, une insulte envers sa fierté.
Les lanceurs le dominaient de tout leur gigantisme. Les derniers traîtres qui les défendaient furent abattus au moment où il arriva à leur pied. Ses griffes étaient trempées du sang du nombre incalculable d’ennemis tués de ses mains, et les épées tronçonneuses de ses marines d’assaut n’étaient pas dans un meilleur état. Cet assaut avait coûté cher à la Raven Guard, même si chaque guerrier tombé avait été prêt à donner sa vie pour combattre les ennemis de l’humanité. Les escouades d’assaut submergèrent les ultimes défenseurs et prirent pied sur les fortifications. Il n’y avait plus personne entre les Space Marines et les énormes batteries de défense orbitales.
— Escouade Sohen, demanda Shrike. Mettez en place les charges à fusion.
La réponse arriva immédiatement et un groupe de Space Marines de l’escouade du sergent Sohen, accompagné par un techmarine, avança. En l’espace de quelques minutes, les guerriers avaient mis en place leurs charges aux pieds des silos, aux endroits indiqués par le techmarine.
— Nous attendons votre ordre, signala le techmarine en venant rejoindre le capitaine. Il vaut mieux nous reculer d’une bonne centaine de mètres.
En quelques secondes, tous les sergents furent regroupés autour de Shrike. Les vétérans affichaient tous sur leur visage la férocité des derniers combats, leurs armures étaient marquées et griffées, plusieurs d’entre eux portaient des signes évidents de blessures. Pourtant, aucun d’eux ne paraissait fatigué, leurs regards noirs brillaient de l’excitation de la bataille. Le sergent Morior avait immédiatement été remplacé par le frère de bataille le plus ancien de son unité, qui ferait office de chef d’escouade pour le reste de la bataille.
— Bien, le sergent Indis nous signale que l’ennemi face à lui se présente en effectifs bien plus importants que prévu.
Il marqua une courte pause. Le fait de combattre n’était absolument pas un problème pour les Space Marines.
— Les White Scars ne sont pas encore intervenus.
À la mention de leurs alliés, plusieurs sous-officiers échangèrent des regards en coin, mais aucun n’osa faire le moindre commentaire.
— Je fais confiance à notre chapitre frère pour qu’il soit au rendez-vous.
D’après les nouveaux coups d’œil qu’échangèrent les sergents, eux-mêmes semblaient bien moins convaincus que leur capitaine de cela.
— Compte tenu de l’importance de l’ennemi, il est de notre devoir d’aller renforcer ces murs, ce que nous ferons dès que ces batteries seront hors d’usage.
— L’explosion des missiles pulvérisera la moitié des installations, expliqua le techmarine.
— Parfait, ricana Shrike.
Il était sur le point de donner ses ordres quand la voix du sergent Indis lui parvint à nouveau par ses écouteurs.
— Frère-capitaine ? dit le sergent sur un fond sonore de chants, de hurlements et de rafales. Nous tenons pour l’instant, mais il se présente une nouvelle menace. Un Baneblade en parfait état de marche.
Shrike réfréna un juron. Un seul tir bien placé de la part de l’énorme canon de ce mastodonte d’acier pouvait annihiler la totalité des escouades qui tenaient le mur.
— Tenez bon, répondit Shrike sous le regard bien sombre des sous-officiers qui l’entouraient et qui avaient tout entendu de la conversation. Les White Scars sont en route, et nous aussi.
L’ordre avait été donné. La 3e compagnie du chapitre des White Scars, la confrérie de Kor’sarro, chevauchait à l’aide de la Raven Guard. Les escadrons de motards et les blindés de la compagnie étaient sortis des cavernes au sud de Mankarra où ils s’étaient dissimulés jusque-là et fonçaient à travers la plaine volcanique, droit sur le flanc de la horde de traîtres.
Pour Kor’sarro, Maître de la Chasse, il n’existait pas de meilleur endroit où se trouver qu’à la pointe d’un tel assaut. Monté sur sa moto, Lunadrak, et brandissant bien haut son antique lame, Croc de Lune, il était à l’image des héros épiques des sagas de Chogoris. Les pendentifs en crinière noire et les trophées flottaient dans son dos. Sa cape, taillée dans la peau d’un terrible loup de lave, claquait au vent. Ses cheveux noirs remontés au sommet de son crâne et ses longues moustaches étaient levés presque à l’horizontale.
Son escouade de commandement fonçait autour de lui. Elle était composée de ses plus fidèles compagnons et chacun d’eux avait plusieurs décennies de chasse à ses côtés. Frère Yeku brandissait la bannière de la 3e compagnie. Amis et ennemis sauraient en la regardant quels hauts faits d’armes ils avaient accomplis. Les autres membres de l’escouade, dont le champion de compagnie nouvellement appointé, Frère Kergis, étaient armés de lances rappelant celles en usage parmi les tribus nomades de leur monde chapitral. Chacune de celles-ci était cependant terminée par une lame énergétique capable d’ouvrir même les plus solides armures.
Les escadrons se déployèrent progressivement derrière Kor’sarro et ses guerriers, chaque motard également équipé d’une lance de chasse. D’ordinaire, la plupart d’entre eux allaient au combat à bord de transports blindés Rhinos, mais cette bataille-ci demandait de la vitesse de réaction et de la puissance d’impact. La moto était par conséquent plus adaptée. De plus, ils retrouvaient les sensations ressenties par leurs ancêtres alors qu’ils chevauchaient à travers les steppes sur le dos de leurs montures de chasse.
Suivait ensuite une colonne de véhicules blindés qui soulevait un épais panache de poussière grise. Des Rhinos transportaient les escouades Devastators et leurs armes lourdes, et des tanks Predators les encadraient. Mais surtout, il y avait également un char de siège Vindicator portant le nom de Thunderheart. Son terrible canon avait réduit en poussière nombre de bunkers et abattu des murailles supposées invincibles par leurs défenseurs, comme sur le monde maudit de Luyten ou aux Portes Infernales de Bleak Void.
Le cœur de Kor’sarro s’abreuvait de ce spectacle glorieux alors que Lunadrak le portait à travers la plaine. Le vent sifflait à ses oreilles et le moteur de sa machine grondait son propre chant de guerre. Devant le Maître de la Chasse s’étendait la marée ondulante de la horde renégate qui se précipitait sur les murs tenus par la Raven Guard. Les guerriers semblaient pourtant avoir abandonné les remparts et un instant plus tard, Kor’sarro en comprit la raison.
Le canon principal du Baneblade tonna. L’onde de choc renversa de nombreux fanatiques autour de lui, aussi sûrement que l’auraient fait les rafales de la Raven Guard. Un obus qui faisait presque la taille d’un homme percuta le mur où s’étaient tenus les Space Marines en armure noire quelques instants plus tôt. L’explosion projeta des pans de maçonnerie dans le ciel, certains allant s’écraser au milieu de la foule hurlante. Lorsque la fumée se dissipa, une large brèche avait été ouverte dans l’enceinte des installations de défense et un tas de débris s’était accumulé à ses pieds.
L’Alpha Legion semblait tirer en direction de la horde plutôt que vers les murs sur lesquels étaient supposés se trouver ses ennemis. Sans doute faisait-elle cela pour pousser les miliciens vers la brèche.
La cacophonie des chants des cultistes était telle et le vacarme des tirs si assourdissant que ni les uns ni les autres n’entendirent la charge des White Scars. Lorsqu’ils atteignirent la multitude, les premiers éléments de celle-ci se ruaient à travers la brèche. La Raven Guard choisit ce même instant pour se montrer à nouveau et reprendre ses tirs meurtriers. Mais l’ennemi ne ralentit pas, les suivants marchant sur les premiers corps tombés. La brèche se transforma rapidement en un amas de corps sans vie trempé de sang, mais la marée poursuivit sa progression. Kor’sarro se doutait que la Raven Guard devait commencer à manquer de munitions et qu’elle ne serait plus capable très longtemps de contenir cet assaut.
— White Scars ! Droits comme la lance !
Une centaine de gorges répondirent au cri de guerre de Kor’sarro juste avant qu’il ne s’enfonce dans la horde et n’entre à son tour dans la bataille.
Nullus hurla à nouveau son adoration aux puissances blasphématoires du Warp alors que les carnages s’intensifiaient tout autour de lui. L’Ironsoul roulait sur un véritable tapis de cultistes et de miliciens morts, ses armes délivrant un authentique barrage contre la Raven Guard sur les murs éventrés. Nullus marchait sur les morts et les blessés sans la moindre distinction, la puissance des tueries abreuvait la chose démoniaque au plus profond de lui. D’une seule parole, il déploya l’Alpha Legion derrière lui. Tous étaient prêts à lancer l’assaut final contre ces Astartes qui avaient cru pouvoir se dresser face à eux.
Pour que l’Alpha Legion puisse prendre cette brèche, la horde devait d’abord jouer son rôle. Pour chaque assaillant abattu sous les tirs de la Raven Guard, un autre prenait sa place, grimpant sur les cadavres avant d’être à son tour criblé de balles explosives. Chaque mort permettait pourtant à la horde de progresser d’un nouveau pas. La brèche serait prise dès que le tas de décombres serait recouvert par une couche de cadavres, sur laquelle Nullus et son Alpha Legion monteraient à l’assaut de l’ennemi et le massacreraient pour la gloire du Chaos.
Nullus se nourrit de l’ampleur de la tuerie. Il s’abreuva des chants des cultistes et de leurs hurlements d’agonie. Il rit des cris désespérés des miliciens poussés en direction des combats. Nombre d’entre eux comprenaient qu’ils partaient à la mort, mais cela leur semblait pourtant préférable au sort qui les attendait s’ils désobéissaient à leurs maîtres. Il ressentit le grondement sourd des moteurs de l’Ironsoul, ponctué par les tirs de ses bolters lourds.
Puis, un autre rugissement vint s’ajouter aux autres.
Au-dessus du vacarme des combats, Nullus entendit le son fort reconnaissable de motos de l’Adeptus Astartes. Il se tourna vers le flanc de la horde et abattit d’un revers de bras un cultiste qui l’empêchait de voir d’où provenait ce nouveau bruit. Il était maintenant parfaitement audible et ne cessait d’enfler. Nullus trouva un débris de maçonnerie et monta dessus pour y voir un peu mieux.
À l’instant où il comprit ce qui se passait, son cœur se trouva encore plus impatient de goûter aux joies de la bataille. Les White Scars, leurs ennemis jurés, étaient enfin là.
Le capitaine Shrike et ses escouades d’assaut volaient de bastion en bastion en direction des murs, et la clameur des combats enflait à chaque nouveau bond. Derrière eux, un énorme champignon noir montait vers le ciel. Les batteries de missiles étaient la proie de violents incendies. L’espace entre les différents bunkers était jonché des morts qu’ils avaient laissées derrière eux à l’aller.
Il posa les pieds sur le toit d’un nouveau bunker. Il n’était plus qu’à un seul et unique bond des murs d’enceinte. Les escouades Tactiques et Devastators sous les ordres du sergent Indis ne cessaient de mitrailler la brèche. L’ennemi se montrait en haut du tas de décombres pour se retrouver abattu par une pluie de mort, mais il était clair pour Shrike que la horde innombrable finirait par passer.
Une nouvelle fois depuis le début des combats, ses pensées dérivèrent vers les White Scars. Où donc étaient-ils ?
La voix du sergent Indis lui signala que ses hommes avaient déjà brûlé quatre-vingt-dix pour cent de leurs munitions. Shrike arrivait juste à temps.
— Tenez bon, sergent, répondit le capitaine. La première vague est là.
Shrike n’eut pas besoin de donner le moindre ordre à ses unités. La situation était claire, leurs frères qui tenaient le mur étaient en grand besoin d’aide. Le capitaine activa ses réacteurs dorsaux et effectua un nouveau bond. Il put alors avoir une vision
d’ensemble de cet océan de cultistes et de miliciens qui roulait vers la brèche. Durant sa descente, il perçut du coin de l’œil la présence de la livrée blanc et rouge des White Scars. Puis elle disparut, et il se retrouva sur les murs.
Malgré les modérateurs acoustiques intégrés à son casque, la cacophonie produite par la horde était presque assommante. Les chants montaient vague après vague et se mélangeaient aux hurlements des blessés ainsi qu’au tonnerre incessant des rafales et des explosions. Shrike s’était rarement retrouvé face à une telle multitude, même quand il avait combattu les bandes barbares du seigneur ork Skullkrak. Mais ce n’était pas uniquement une question de volume, les chants étaient en effet dédiés à d’innommables puissances, les divinités démoniaques de cet au-delà qui menaçait de dévorer l’âme de l’humanité. Pour un homme, adorer de tels pouvoirs revenait à condamner son âme à une damnation éternelle, et constituait le pire blasphème qui puisse être aux yeux de l’Empereur-Dieu et à ceux de Ses serviteurs qu’étaient les Space Marines.
Shrike sentit monter les nausées provoquées par tant de dévotion et de mort envers les pouvoirs du Warp. La horde devait être détournée avant que tout ne soit perdu.
Poussant un nouveau rugissement impie, une autre vague de traîtres se rua vers la brèche, des centaines de corps tassés les uns contre les autres tels des grox pour l’abattoir. Les cultistes hurlaient en brandissant des chaînes terminées par des crochets, les miliciens terrorisés tiraient comme ils le pouvaient avec leurs armes automatiques. Malgré la vigueur avec laquelle se défendait le sergent Indis, Shrike comprit bien vite que la brèche était déjà perdue. Cette marée était impossible à endiguer.
— Repliez-vous par escouades, schéma epsilon-douze, ordonna Shrike entre ses dents.
Il regrettait de devoir donner un tel ordre, mais il était évident que, dépassés comme ils l’étaient par le nombre, les Space Marines se retrouveraient bientôt débordés s’ils restaient sur ces murs. Indis et ses hommes s’étaient battus vaillamment, tels les vénérables héros du chapitre, mais ils ne pouvaient faire plus. Il arrivait parfois qu’il faille tenir coûte que coûte une position et même mourir sur place, mais ce n’était pas le cas cette fois-ci. En se repliant et en attirant l’ennemi dans des corps à corps au milieu des fortifications et des redoutes, la Raven Guard aurait la possibilité de briser la poussée de la horde et gagnerait du temps pour l’attaque de flanc de Kor’sarro.
En réponse à l’ordre donné par leur capitaine, les escouades Tactiques décrochèrent, chaque unité se partageant en deux moitiés, l’une assurant un tir de couverture pendant que l’autre se repliait. Puis, les Devastators se redéployèrent, couverts par les escouades Tactiques dès que celles-ci eurent établi un nouveau périmètre en exploitant d’autres fortifications intérieures.
Shrike ne pouvait pas encore se joindre à ses hommes, car l’ennemi terminait de gravir l’obstacle.
Il leva ses griffes et des arcs d’énergie bleutée coururent le long de leur tranchant. Le sang qui avait séché dessus se consuma en une seconde, laissant les terribles armes resplendir d’une impatience de tuer davantage de traîtres.
Lorsque la vague se déversa de l’autre côté de la brèche, elle perdit un peu de sa poussée et se transforma plus en un conglomérat d’individus. Le premier à se présenter devant Shrike était un fanatique portant les robes sales d’un ancien prêtre du credo impérial. La bile monta à la gorge du capitaine quand l’homme se jeta sur lui, la bouche écumante de haine. Shrike se retint de charger au-devant de lui, afin de ne pas se laisser engluer dans la multitude. Il se contenta d’envoyer voler dans les airs la tête qui continuait de déverser ses immondes blasphèmes, le corps s’effondrant aux pieds du capitaine.
Puis, les premiers éléments de la horde furent sur lui comme un véritable raz de marée. Les rafales de pistolets bolters renvoyèrent en arrière la première douzaine d’ennemis dans des gerbes de sang. Shrike n’eut même pas besoin de se retourner pour savoir que l’ensemble des escouades d’assaut était derrière lui.
Une seconde plus tard, les combats se déchaînèrent. Toute l’existence de Shrike était liée à son application à contrôler ses gestes, chaque mouvement du moindre muscle de son corps et la moindre poussée de son armure énergétique dans le seul et unique but de répandre la mort parmi les traîtres. Les corps se pressaient depuis toutes les directions, tellement proches qu’il avait à peine besoin de lever ses griffes éclair pour tuer. Shrike devint un tourbillon de mort, dur comme le diamant. Une poignée de renégats étaient éviscérés chaque nouvelle seconde, et leurs entrailles se répandaient sur le monticule de débris. Malgré
l’intensité des combats, le capitaine n’était pas réduit à l’état de dément assoiffé de sang, il ressemblait bien plus à un ange vengeur, le pourvoyeur de justice de l’Empereur, l’ombre qui apportait la mort. Il conservait une parfaite maîtrise sur ses pensées et son corps. Nulle goutte de sang ne touchait le sol sans qu’il ne l’ait voulu.
Lorsqu’il jugea qu’il s’était écoulé assez de temps, et qu’assez de morts gisaient tout autour de lui, il ordonna la retraite.
— Désengagement ! cria-t-il dans sa radio, puis il activa ses réacteurs dorsaux.
Comme un seul homme, le capitaine Shrike et l’ensemble de ses guerriers décollèrent. La horde qui s’était trouvée retenue par l’ardeur de la Raven Guard se retrouva propulsée en avant, certains roulant au bas du talus de gravats pour se faire piétiner juste après par ceux qui suivaient ou incinérés vivants par les flammes des équipements propulseurs. Un millier de cultistes hurlants et de miliciens se retrouva bientôt à se répandre de l’autre côté de la brèche.
Shrike se posa au sommet d’une nouvelle ligne de fortifications, là où attendaient les escouades Devastators à peine redéployées.
— Attendez, souffla-t-il quand les Space Marines levèrent leurs armes lourdes.
Toujours plus d’ennemis se déversaient par la large ouverture. Délivrée de ce véritable bouchon qui l’avait jusque-là empêché d’avancer, la horde prenait maintenant pied sur les murs tenus auparavant par les Space Marines.
— Allez-y, ordonna Shrike.
Les Devastators ouvrirent le feu sur l’ennemi qui occupait maintenant une bonne centaine de mètres des murs de part et d’autre de la brèche. Suivant des doctrines vieilles de plusieurs millénaires, ils commencèrent par mitrailler les extrémités de la multitude afin d’abattre ceux qui s’étaient avancés le plus, puis revinrent vers le centre. En quelques secondes, plusieurs centaines d’ennemis furent fauchés par les rafales de bolters lourds, projetés dans les airs par les missiles ou incinérés par les tirs de plasma. Les corps explosèrent, ne laissant que des amas sanguinolents. D’autres furent réduits à l’état d’atomes, ne laissant absolument rien du tout. Tout cela se produisit si rapidement qu’aucun d’eux n’eut la possibilité de réagir, et les murailles se transformèrent en une antichambre de l’enfer.
Pourtant, malgré l’efficacité de la manœuvre, rester plus longtemps en position aurait eu comme seul résultat de faire dépenser aux Devastators leurs dernières munitions sur les milliers de déments qui continuaient à franchir la brèche. L’ordre de poursuivre la fusillade était bien tentant, mais Shrike décida du contraire.
— Tous les Devastators, repliez-vous !
Shrike resta sur la redoute, son escouade de commandement derrière lui, alors que les unités d’armes lourdes se repliaient. En un instant, tous descendirent les marches à l’arrière de la fortification et s’engagèrent dans les rues en bas. L’ennemi se rua immédiatement en avant, piétinant sans remords ceux qui auraient eu le malheur de trébucher. Les remparts devinrent bien vite tellement remplis de monde que de nombreux corps se retrouvèrent précipités dans le vide.
Puis, Shrike comprit ce qui poussait la horde en avant. Parmi la foule, il aperçut des silhouettes en armures bleu-vert, ornées de sigles blasphématoires. La haine de dix mille ans de guerre se raviva dans le cœur du capitaine. Il avait reconnu devant lui l’Alpha Legion, les serviteurs de Voldorius. Ces guerriers avaient jadis été de loyaux Space Marines, mais ils avaient vendu leur âme au service du Chaos, brisant ainsi les plus sacrés des serments. Shrike dut lutter contre une envie de plonger droit sur ses ennemis jurés. Cette bravade aurait en effet été un véritable suicide.
Jurant entre ses dents, il leur tourna le dos et conduisit ses guerriers un peu plus loin. La bataille continuerait, mais ce serait dans les environs plus confinés des installations de défense.
OceanofPDF.com
QUOTE
« Il y avait jadis les ténèbres et l’ignorance, et l’homme, éparpillé à travers les étoiles, se sentit abandonné. Sur les vents de Chogoris vint le Kagayaga, le Souffle de la Nuit. Le Grand Jaghatai Khan, primarque des White Scars, bénit soit son nom, unifia les tribus de Chogoris et bannit le Kagayaga. Mais en vérité, de telles malédictions ne peuvent être vaincues. Elles ne font que refluer pour un temps et se terrent dans l’ombre du cœur des hommes. Elles attendent le moment de se manifester à nouveau et de prendre leur revanche sur le monde… »
— Chroniques cachées des Épiques chogoriennes
OceanofPDF.com