La Chasse de Voldorius

Andy Hoare · Chapitre 7 sur 18

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La Chasse de Voldorius

Chapitre VI - Orange dans la Nuit

CHAPITRE VI

Orange dans la Nuit

— Attendez ! souffla le capitaine Space Marine dans sa radio tout en surveillant le paysage à ses pieds. Laissez-les entrer dans le défilé.

Il se tenait au sommet du promontoire de roche noire, le ciel sombre dans son dos. Son armure énergétique était noire elle aussi et était décorée de douzaines de petits objets protecteurs. La colonne de véhicules renégats qui roulait à travers la plaine n’avait aucune possibilité de les détecter, ses guerriers et lui.

Du moins, pas avant qu’il ne soit trop tard.

Cette colonne était composée d’une douzaine de transports de troupes blindés, de modèles provenant de plusieurs mondes voisins, mais dépourvus de l’armement dont les Chimères de la Garde impériale étaient normalement munies. Parmi eux, de plus imposants véhicules transportaient des systèmes d’armes lourdes destinées à la défense du complexe situé dix kilomètres plus loin. Le capitaine et sa compagnie s’étaient fait une spécialité des campagnes de harcèlement, mais ils n’étaient pas très nombreux et l’ennemi avait un contrôle total sur la milice locale.

La colonne continua d’avancer, contournant un large éboulis rocheux à la base d’un éperon. Ses hommes avaient provoqué ce glissement de terrain à l’aide d’une seule et unique grenade judicieusement placée et qui avait provoqué la chute de plusieurs tonnes de roche volcanique en travers de la route. Les véhicules se retrouvèrent forcés d’entrer dans ce ravin.

Le véhicule de tête ralentit en pénétrant dans le défilé, et le puissant projecteur monté sur son capot avant balaya l’endroit. Sous son casque, le capitaine s’autorisa un féroce sourire.

Le transport se remit en route et fut suivi par le deuxième, dont les phares tentèrent eux aussi de percer les secrets de l’obscurité.

— Encore un peu… souffla le capitaine.

Le transport de tête freina subitement, le pilote du véhicule suivant pila lui aussi, mais cria quelque chose à l’attention de son collègue de tête. Il ne s’était visiblement pas attendu à une telle manœuvre. Le chef du premier véhicule lui renvoya une remarque bien sentie, et même s’il ne comprenait pas un traître mot de ce dialecte local, le capitaine en comprit la signification. Cela ne fit qu’élargir un peu plus son sourire.

— … plus.

Le projecteur du transport de tête éclaira subitement vers le haut, son rayon lumineux trancha dans la nuit. Le capitaine s’était placé de manière à bien se détacher sur le disque lunaire, et le projecteur remonta droit sur lui.

— Tuez-les, dit-il dans sa radio. Que pas un seul ne s’échappe.

Le véhicule de tête fut soulevé par une boule de feu lorsque la charge à fusion dissimulée dans le sol du ravin explosa. La nuit fut durant un instant éclairée comme en plein jour, les fragments enflammés volèrent dans toutes les directions. Le rugissement de réacteurs dorsaux soudainement allumés vint s’ajouter au tonnerre des explosions, et les escouades d’assaut plongèrent tels des oiseaux de proie.

D’une impulsion mentale transmise à son armure énergétique, le capitaine déclencha ses propres réacteurs et s’élança haut dans le ciel nocturne. Derrière lui, les frères de son escouade de commandement l’imitèrent, des étincelles courant le long de leurs griffes éclair.

Le second véhicule tenta de se dégager du piège, mais il se retrouva bloqué par le troisième. Une nouvelle explosion déchira la nuit. Le transport de queue venait de recevoir un missile en plein dans les moteurs. Le tir avait été parfaitement ajusté. Le blindé effectua une ruade, le carburant se déversa de son réservoir éventré et se répandit sur le sol. Les survivants tentèrent de s’extraire de l’épave, mais le carburant s’enflamma, transformant chacun d’eux en torche humaine. Ils finirent par se rouler au sol puis ne plus bouger.

Le capitaine atterrit sur le toit du deuxième véhicule, ses bottes claquant sèchement. Le pilote sortit la tête par l’écoutille, se retourna et se retrouva face à la mort. Le Space Marine activa ses griffes et lacéra toute la poitrine de l’homme. Il s’aperçut alors qu’il se tenait juste sur une autre écoutille, plus large, et recula.

Il planta une griffe dans l’écoutille et tira d’un coup sec pour l’ouvrir. Une douzaine de visages se levèrent. Une seconde plus tard, il se laissa tomber au milieu d’eux. L’intérieur du transport était si confiné que toute finesse était impossible, il se contenta donc de donner des coups tout autour de lui. En

l’espace de quelques secondes, les miliciens renégats étaient réduits à des amas de chairs ensanglantées et fumantes, dont certains furent réduits en cendre quand il activa à nouveau ses réacteurs dorsaux et jaillit du véhicule, poursuivi par une traînée de flammes.

Tous les véhicules de la colonne s’étaient arrêtés, leurs pilotes réalisant qu’ils étaient tombés dans un piège. Toute manœuvre leur était cependant impossible puisque les véhicules de tête et de queue étaient immobilisés. La surprise initiale passée, les trappes arrière s’ouvrirent et les différentes escouades se déployèrent rapidement.

— Flanc gauche ! dit le capitaine d’une voix froide et calme lorsque les membres de son escouade touchèrent le sol autour de lui. Engagez l’ennemi à partir du troisième transport. Groupe central, à partir du cinquième.

Les marines d’assaut plongèrent dans la nuit vers leurs cibles. Les miliciens tentèrent quelques rafales désespérées, mais même les rares tirs qui firent mouche ne parvinrent pas à traverser les armures énergétiques. Une poignée de secondes plus tard, les escouades étaient sur eux, les grondements des épées tronçonneuses se mélangèrent aux hurlements des hommes en un concert de mort et de destruction.

— Flanc droit, ajouta le capitaine. Neutralisez le troisième transport.

Un torrent de tirs de bolters cribla le véhicule désigné et l’escouade qui tentait de se regrouper derrière lui. Les deux escouades Tactiques étaient jusque-là restées dissimulées parmi les rochers. Les rares miliciens qui échappèrent aux rafales tentèrent de riposter, mais ils ne virent que des éclairs. Pour la plupart ce furent d’ailleurs les dernières choses qu’ils virent.

— Toutes les autres escouades, reprit le capitaine. Restez en réserve sur delta-rho. Escouade de commandement, avec moi.

Il sauta du haut du transport. Ses hommes le suivirent de près, puis il se retrouva devant le véhicule suivant. Il s’agissait d’un énorme engin peint en gris qui faisait deux fois la taille des autres, sa plate-forme arrière encombrée par un énorme compartiment. Il s’échappait du véhicule un grondement sourd, comme celui d’une bête en colère, et assez fort pour rester audible malgré la fusillade. Le capitaine avança le long du véhicule et il se rendit alors compte que le grondement sourd provenait de la plate-forme de chargement.

Prenant toutes les précautions d’usage, il contourna l’arrière. Une énorme machinerie, ou autre chose, émettait un battement régulier à l’intérieur de la partie arrière du véhicule, tout en déblatérant un torrent d’invectives incohérentes.

— Fuseur ? demanda l’un des membres de l’escouade.

— Non, répondit-il. Nous devons épargner les véhicules, nous nous occupons uniquement de ce qu’il y a à l’intérieur. Tenez-vous prêts.

La griffe du capitaine fit sauter le mécanisme de fermeture, qui tomba dans la poussière, puis les deux battants s’ouvrirent. Un hurlement sauvage retentit depuis l’intérieur : un énorme ogryn se dessina dans l’ombre et fit un pas lourd vers ce qu’il croyait être la liberté.

Les ogryns étaient des mutants humains originaires de mondes à forte gravité et étaient devenus de véritables montagnes de muscles. Le visage de celui-ci était un masque d’imbécile fureur, sa bouche édentée bavait de colère. Le plancher trembla sous le poids de l’ogryn, ses yeux bestiaux se posèrent sur les Space Marines, puis il cria des mots que le capitaine ne put comprendre. D’autres lui répondirent depuis l’intérieur de l’habitacle, et un second ogryn se montra. Au moins deux de plus attendaient dans l’ombre.

— Tuez-les, ricana le capitaine lorsque l’ogryn poussa son propre cri de guerre. Tous deux se jetèrent en avant au même instant.

Le capitaine actionna ses réacteurs dorsaux et ses pieds quittèrent le sol. Au même moment, l’ogryn lança son énorme poing en avant et celui-ci heurta le Space Marine en plein estomac. Le coup fut si puissant que des icones d’alerte s’allumèrent à l’intérieur de sa visière, l’esprit de l’armure lui signalant des microfissures à trois endroits différents.

L’attaque du capitaine fut portée au même instant. Sa griffe éclair s’abattit sur la tête de l’ogryn, mais le coup de poing l’avait légèrement déséquilibré et la griffe, au lieu de trouver la tête, ne toucha que l’énorme bras, juste sous l’épaule.

L’ogryn poussa un rugissement sauvage, tout autant de douleur que de haine, lorsque la griffe trancha les muscles jusqu’à l’os. Le membre fut arraché, accompagné par des giclées de sang, puis le bloc de viande tomba lourdement au sol. Perdant son sang, l’ogryn se jeta vers le capitaine lorsque celui-ci toucha à nouveau le sol. Derrière lui, deux de ses congénères sautèrent au bas du véhicule.

Le capitaine maudit ce contretemps inattendu. Il ouvrit bien large ses griffes et n’eut qu’une maigre seconde pour se préparer au nouvel assaut de la bête. Puis, le mutant fut sur lui.

Même sérieusement estropié, l’ogryn restait un redoutable adversaire. Ce qui lui manquait en habileté, il le compensait en force brute. Son dernier poing partit en avant, mais cette fois-ci, le capitaine était prêt, sa physiologie améliorée génétiquement le gratifiait de réflexes qui lui avaient maintes fois sauvé la vie. Il fit un pas de côté et l’ogryn se trouva emporté par son propre élan. Avant qu’il n’ait eu le temps de se reprendre, les griffes frappèrent à nouveau et l’autre bras connut le même sort que le premier.

Le capitaine n’eut cependant pas le temps d’aider ses frères contre les trois congénères de l’ogryn, car celui-ci refusa de capituler et se redressa face à lui. Son sang giclait de chacun de ses moignons, mais il criait avec toujours autant de férocité. Il haïssait l’esprit brutal de la bête et son refus de s’avouer vaincu. Il s’apprêtait à se servir de la toute dernière arme qu’il lui restait : son énorme crâne, hideux comme une malédiction.

— Que l’Empereur ait pitié, souffla le capitaine. Vas-tu enfin mourir ?

Comme pour répondre, l’ogryn hurla encore plus fort et porta sa tête en arrière, tendit les muscles de son abdomen, puis projeta vers sa cible son crâne de bélier.

Le capitaine n’eut d’autre choix que d’aller à la rencontre de l’attaque. Il eut tout juste le temps de lever une griffe avant l’énorme impact. La tête de l’ogryn le frappa en plein casque et il fut jeté en arrière sur le sol rocheux.

Il dut perdre connaissance un instant, sa vision s’éclaircit et il ressentit l’énorme poids qui pesait sur lui. Il cligna des yeux et se rendit compte que cette masse était tout simplement celle du corps sans vie de son colossal adversaire, les pointes de ses griffes éclair ressortant dans son dos.

D’autres icones d’alerte s’allumèrent dans sa visière. Il poussa de toutes ses forces pour faire rouler l’énorme tas de muscles sur le côté, puis libéra ses griffes, entraînant quelques entrailles avec. Le visage de la brute était tourné au sol, à peine reconnaissable dans la mort. Il porta une main sur son casque et sentit qu’il était ébréché. Quelle importance, se dit-il, alors qu’il se retournait pour voir comment s’en sortaient ses guerriers.

La brute contre laquelle s’était battu le capitaine devait avoir été l’individu dominant de la bande, car les autres s’avérèrent des adversaires bien moins à la hauteur. Deux étaient d’ailleurs déjà morts, leur énorme corps portant les traces des dégâts qu’occasionnaient les griffes éclair sur la chair nue, même celle si robuste des ogryns. L’ultime survivant était entouré de Space Marines et saignait déjà par une bonne douzaine de profondes entailles.

Il grogna ce qui devait être un juron quand une de ses jambes se déroba sous lui, avant de basculer en avant et de s’écraser au sol, son sang se répandant en une mare grandissante.

— Groupe de réserve ? appela le capitaine dans sa radio.

Il n’eut comme seule réponse que des craquements électrostatiques. Le système de communication sophistiqué intégré à son casque devait avoir été endommagé. L’esprit de l’armure avait dû être offensé et il devrait faire l’objet de certaines attentions pour qu’il accepte d’être à nouveau pleinement fonctionnel. Malgré les dommages, la réponse du sergent lui parvint quelques secondes plus tard.

— Couvrez le flanc droit pendant qu’ils s’occupent des deux autres transporteurs, lui ordonna le capitaine. À toutes les escouades, il pourrait se trouver d’autres ogryns dans ces véhicules. Neutralisez-les, mais laissez les véhicules intacts. Bien reçu ?

Les différents sergents lui firent savoir tour à tour que ses instructions avaient bien été comprises, mais l’essentiel des combats était passé. Cinq des transports de troupes étaient en flammes, leurs passagers gisaient au sol tout autour. D’autres Space Marines en armure noire émergèrent de l’obscurité, bolters levés en progressant vers les deux derniers camions.

Les marines d’assaut des groupes gauche et centre s’occupaient des derniers défenseurs à l’arrière de la colonne, tombant sur ceux qui tentaient de s’enfuir et mettant fin à leur misérable existence avec une froide efficacité.

— Aucun contact, tomba la voix d’un sergent dans ses écouteurs. Uniquement de la cargaison. Secteur sécurisé.

— Bien compris, répondit le capitaine en se dirigeant vers la fin du convoi. Groupe droit ?

— Présent, signala le sergent concerné.

Le capitaine continua de marcher à travers la nuit. On entendit quelques derniers tirs, puis tout fut bientôt terminé.

— Cargaison uniquement ici aussi, lui indiqua le sous-officier. Sécurisé.

— Parfait, dit le capitaine qui ne voulait pas perdre plus de temps. Rassemblement sur moi !

Un dernier tir retentit vers l’avant de la colonne, un Space Marine venait sans doute d’achever un blessé. En moins d’une minute, les sergents étaient rassemblés près du deuxième transport de troupes, le seul qui n’avait pas été incendié. Le capitaine attrapa une poignée et se hissa jusqu’au toit.

— Bien combattu ! commença-t-il.

Les Space Marines regroupés là approuvèrent d’un sombre signe de tête. Les membres de ce chapitre n’avaient jamais été les plus démonstratifs pour célébrer leurs victoires. Là où d’autres l’auraient fêtée avec des acclamations, des cris, voire des coups de feu en l’air, ceux-ci restaient bien plus introvertis. Plus tard, une fois la bataille terminée, chacun d’eux s’isolerait en silence. Il prierait des heures durant, peut-être même des jours, afin de s’unir à l’Empereur et au primarque au milieu de cet univers de sang, de massacres et de malheurs.

— Votre statut ? demanda le capitaine à ses subalternes.

Chacun des chefs d’escouade lui fit son rapport, indiquant les blessures subies par ses hommes et les munitions utilisées. Plusieurs frères de bataille avaient été blessés, mais aucun n’avait été mis hors de combat. Les ordres du capitaine avaient été d’économiser les ressources, et pour plusieurs raisons. D’autres escouades étaient engagées dans le secteur de Quintus, portant la peur et répandant la confusion parmi l’ennemi. Les chefs de ces différentes unités firent progressivement leur rapport par radio.

— Sergent, s’adressa-t-il à un chef d’escouade Tactique vétéran. Vos hommes sont prêts ?

— Tout à fait, répondit le sergent. Nous sommes à vos ordres.

— Parfait, reprit le capitaine. Je veux trois fusils laser du Munitorum sur le flanc droit, avec une bonne douzaine de cellules énergétiques vides.

Placez l’un des bolters pris sur les gardes sur la droite.

Le sergent fit signe qu’il avait compris et disparut transmettre ses instructions. Les guerriers de son escouade allaient placer l’une des armes qu’ils avaient apportées sur Quintus.

— Et pour les douilles de bolters, demanda un autre sergent. De nombreux gardes ont été tués ainsi.

— Même si l’ennemi remarque la nature de leurs blessures, le doute existera.

L’officier marqua une pause.

— Et le doute, ajouta le capitaine Kayvaan Shrike de la Raven Guard, est la graine de la duperie.

— Vous pouvez me tuer dès maintenant, cracha Malya L’nor. Je ne le servirai pas !

Elle tira sur les chaînes qui lui entravaient les poignets et les chevilles, tout en sachant que cela ne servait à rien. Elle s’était réveillée dans cette cellule humide plusieurs heures auparavant. La première chose qu’elle avait vue avait été la tête encapuchonnée du gardien. Elle avait tout d’abord supplié qu’il la délivre, mais quand elle se souvint de tout, elle préféra tout simplement mourir.

— Je refuse ! cria-t-elle. Plutôt crever !

De sous sa cagoule de cuir, le gardien lui avait susurré avec une voix goulue les intentions de Voldorius à son égard. Quel sinistre sort l’attendait ! Pourquoi avait-il fallu que le choix du démon se porte justement sur elle ?

— Oh, si, tu le serviras, annonça une nouvelle voix.

Incapable de tourner la tête à cause de ses fers, tout ce qu’elle voyait était le plafond rouillé de la cellule et les ombres projetées par des torches. Les intonations du nouveau venu la firent taire, bien malgré elle, tant elles recelaient de menaces.

— Mon seigneur Voldorius fonde de grands espoirs en toi, écuyère.

Malya garda pour elle la réponse qu’elle avait à l’esprit, et celui qui venait de parler entra dans son champ de vision. Une terreur froide se répandit en elle, sa sueur se transforma en glace. Il était immense, ses épaules très larges et il portait une de ces armures bleu-vert que le peuple de Quintus avait appris à tant haïr. C’était la livrée de l’Alpha Legion, dont l’arrivée avait plongé cette planète dans le malheur.

— Je suis Nullus, reprit l’imposant guerrier en approchant son visage de celui de Malya. D’aussi près, il semblait n’être fait que de tissus scarifiés. Ses yeux noirs se posèrent sur elle. Des larmes brouillèrent sa vision, elle refusa pourtant de se laisser aller au désespoir.

— Tu es forte, souffla Nullus. Cela te sera très utile dans ta nouvelle fonction.

— Je…

— Tu le serviras, la coupa Nullus en approchant un peu plus, jusqu’à ce que les yeux noirs occupent tout son champ de vision. Les cicatrices tout autour formaient d’obscènes schémas. Voldorius a besoin d’un… intermédiaire, quelqu’un qui fera marcher droit le peuple sur ce misérable bout de rocher lorsqu’il sera parti vers ses occupations. Tu lui seras très utile.

— Non ! répondit froidement Malya, en faisant de gros efforts pour donner à sa voix le plus d’assurance possible.

Malgré toute sa volonté, elle ne pouvait croiser le regard du guerrier, car son âme s’y serait brûlée.

Le visage de Nullus fut traversé par un rictus amusé, et les cicatrices s’alignèrent en un nouveau dessin.

— Pour chaque refus qui s’échappe de tes pathétiques lèvres, reprit Nullus, une centaine des tiens meurent. Dix mille sont déjà morts sur la grande place, tu as été la seule à être épargnée. Leurs cadavres resteront là en guise d’avertissement. Tu peux les voir, si tu veux. Tu préfères que dix mille autres connaissent le même sort ? Dans ce cas, continue à t’obstiner. Tu comprends ?

Les larmes coulèrent plus abondamment sur les joues de Malya. Elle ferma les yeux.

— Oui, répondit-elle avec le seul mouvement de tête que lui permettaient ses entraves. Je comprends…

— Votre rapport ? demanda Shrike en entrant dans la sombre caverne dans laquelle le techmarine Dyloss observait quelques appareils.

— Frère-capitaine, le salua le techmarine en lui adressa un signe de tête.

Il se retourna vers le globe qui luisait faiblement au-dessus d’une machinerie et qui affichait des successions de un et de zéro.

— Je n’arrive pas à la joindre, ni aucun de ses complices.

Shrike soupira. Le techmarine n’avait que tout récemment pu entrer en contact avec un groupe de combattants à l’intérieur même de Mankarra et ils avaient eu quelques conversations méfiantes. Bien sûr, les résistants avaient été suspicieux, et avaient conclu que ces messages étaient en fait transmis par l’ennemi qui leur tendait un piège.

— Votre dernier contact ? demanda Shrike.

— Il y a douze heures. Comme vous l’avez ordonné, j’ai fait part de votre position sur cette opération contre le maudit tant qu’aucune coordination d’actions n’était possible.

— Et quelle avait été sa réponse ?

— Elle était d’accord, mais ne pouvait pas en dire autant de tous ses compatriotes.

— Les fous, jura Shrike.

Voldorius avait déjà sur les mains le sang de milliards d’êtres et de très nombreux parmi l’élite de l’humanité avaient donné leur vie en tentant de l’éliminer. Aucun n’y était arrivé, alors quelles chances avaient une poignée de civils qui venaient tout juste de prendre les armes ?

— Vous l’avez interrogée au sujet du prisonnier, insista Shrike.

Ce n’était pas vraiment une question.

— Tout à fait, répondit le techmarine. Elle ne savait rien.

L’humeur de Shrike s’assombrit et il fit mine de quitter la caverne.

— Frère-capitaine, le retint le techmarine. J’ai cependant capté d’autres signaux.

— Je vous écoute, répondit Shrike en s’arrêtant à l’entrée.

— Le poste de commandement rudimentaire mis en place par la résistance a été entièrement détruit. Les derniers messages faisaient état de milliers de victimes massacrées.

— Qu’est-ce qu’ils… commença Shrike.

— Oui, frère-capitaine ? interrogea Dyloss.

— Non, rien, répondit Shrike en tournant le dos à la matrice et à son techmarine. Nous restons en alerte, comme prévu.

— Les rats de sang, souffla Telluk. Ils tombent sur les ossements du dragon céleste.

— Bien compris, répondit le sergent Scout Kholka qui était venu se glisser silencieusement près du néophyte au sommet du rocher.

Kholka leva la tête en prenant toutes les précautions. Le soleil était maintenant totalement levé. Il porta doucement ses jumelles à ses yeux et étudia la scène devant lui.

Le garçon avait vu juste et il avait utilisé le bon extrait de chant de bataille pour lui décrire la situation. La falaise sous lui était ouverte en deux par un étroit défilé, et une colonne de véhicules de la milice y était tombée dans une embuscade. Ce n’avait cependant pas été une simple embuscade, mis à part son indéniable efficacité.

Il regarda vers la gauche et vit un mouvement parmi les épaves en flammes. Des silhouettes se déplaçaient au milieu des débris.

— Des miliciens ? demanda le Scout Telluk.

Kholka continua d’observer la scène durant quelques secondes avant de répondre.

— On dirait bien, néophyte, lui dit-il. Tu en penses quoi ?

— Une embuscade, répondit Telluk. Ça, au moins, c’est clair. Toute récente.

— Quand ?

— Durant la nuit, sergent. Peut-être aux alentours de zéro-trois-zéro.

— Pourquoi ?

— Les assaillants doivent être très bien dissimulés pour approcher de très près un tel convoi. Mais la lune, la nuit dernière, était pleine. Elle aurait éclairé tout embusqué et l’aurait signalé.

— Sauf ?

— Sauf si la lune était placée derrière cet éperon rocheux, précisa le Scout avec un geste du menton en direction d’une haute concrétion volcanique sur leur droite. La lune n’aurait été utile que lorsque la colonne aurait contourné cet éboulis, et c’est à ce moment-là qu’ils ont dû déclencher leur attaque.

— Très bien, dit Kholka.

Il était lui-même arrivé à la même conclusion et avait espéré que cette petite leçon débouche sur un résultat aussi positif. Il continua d’observer les miliciens aller de cadavre en cadavre. L’un d’eux, sur la gauche, cria quelque chose. Le sergent porta ses jumelles dans cette direction, il vit un soldat agiter une main et sortir un fusil laser d’entre les rochers.

Quelques minutes plus tard, un officier dirigea des recherches sur chacun des pans du ravin. Ils découvrirent d’autres armes semblables à la première, ainsi qu’un bolter, chose bien moins ordinaire.

— Des Gardes impériaux ? demanda Telluk.

— J’en doute fortement, mon gars, répondit le sergent. Mais il semble que quelqu’un veuille le faire croire.

— Frère-capitaine ! appela le techmarine Dyloss alors que Shrike s’éloignait de la caverne. Celui-ci se retourna.

— Qu’y a-t-il ? répondit Shrike.

Il était devenu bien sombre lorsqu’il avait appris que l’Alpha Legion s’était livrée à un nouveau massacre et il n’avait pas trop envie de discuter avec qui que ce soit.

— Il y a eu d’autres signaux.

Shrike accepta de retourner dans la caverne et baissa la tête pour en franchir l’entrée. Le techmarine était retourné devant la matrice et effectuait une série d’ajustements complexes. Là où les uns et les zéros s’étaient succédé jusque-là, il y avait maintenant des nombres.

— De quoi s’agit-il ? demanda Shrike.

Le capitaine n’était absolument pas initié aux secrets du Dieu-Machine et, comme tous les officiers Space Marines, se fiait aux talents particuliers des techmarines pour cela.

— C’est une onde porteuse subéthérée, expliqua Dyloss.

Shrike leva un sourcil.

— Un signal à longue portée, tout juste décelable par cet appareil, continua Dyloss.

— De qui ? Et destiné à qui ?

— C’est un support compliqué, ajouta le techmarine, ses mains courant sur l’affichage comme pour désigner ce qu’il annonçait. Hautement crypté, et selon un processus que je ne connaissais pas. Je ne peux par vous répondre.

— Une onde porteuse subéthérée ? réfléchit Shrike. Une balise ?

— Possible. Mais le mode de diffusion nous empêche de trouver la source et la destination sans la clé pour la décrypter.

— Que nous n’avons pas, termina Shrike. Je veux ce message décodé, et transmettez les informations à tous les chefs de groupes. Nous allons avoir très bientôt de la compagnie, d’une nature ou d’une autre.

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