La Chasse de Voldorius

Andy Hoare · Chapitre 15 sur 18

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La Chasse de Voldorius

Chapitre XIV - Déliverance

CHAPITRE XIV

Déliverance

Kor’sarro sauta la dernière du millier de marches et se retrouva dans une antichambre voûtée. Devant lui, dans l’autre mur, il trouva les deux battants rouillés d’une haute porte. Dans l’escalier en spirale qui l’avait conduit jusque-là suivait une grande partie de la 3e compagnie. Quelques unités étaient restées en surface et se battaient toujours dans les rues de Mankarra. Au-delà des portes s’ouvrait la cathédrale de l’Impériale Sagesse, là où se trouvait Voldorius.

La salle se remplit progressivement de frères de bataille. Kor’sarro tourna le dos aux portes pour faire face à ses guerriers. Qan’karro et Xia’ghan étaient côte à côte, avec derrière eux plusieurs escouades de guerriers au visage résolu. À en juger par la flamme qui brûlait dans leurs yeux, chacun d’eux était prêt à mourir pour que prenne enfin fin la chasse de Voldorius.

— Fils de Chogoris ! déclama le capitaine. Nous avons fait tout ce chemin pour en arriver là et avons perdu de nombreux frères. Je pourrais difficilement demander plus à chacun d’entre vous, mais il me reste un dernier ordre à vous donner !

Les White Scars l’écoutèrent en silence, s’abreuvant des moindres paroles de leur Khan.

— Je dois affronter Voldorius, mais ses serviteurs tenteront de se mettre sur mon chemin. Je demande à chacun d’entre vous de devenir mon champion. Soyez une compagnie entière de champions. Tenez l’Alpha Legion à distance, pour que je puisse enfin affronter Voldorius et l’abattre.

L’expression dans les yeux de ses guerriers donna à Kor’sarro la réponse dont il avait besoin. Ils mourraient pour lui s’il le leur demandait. Chacun d’entre eux.

— Frère-sergent, s’adressa le capitaine à un chef d’escouade tout proche.

Le Space Marine s’approcha et s’inclina devant son Khan.

Kor’sarro lui indiqua les grandes portes de fer d’un geste du bras, et le visage du sergent s’éclaira d’un sourire féroce.

— Ce serait un honneur, mon Khan.

Les Space Marines s’écartèrent pour laisser passer le sergent. Son gantelet énergétique crépitait d’étincelles bleutées.

Le sergent alla jusqu’aux lourds battants, rassembla toutes ses forces et leur envoya un grand coup. Le fer se déchira sous l’intense décharge d’énergie libérée et les deux battants s’effondrèrent sur le sol de pierre dans un claquement de tonnerre. Kor’sarro avait déjà tiré Croc de Lune de son fourreau et il franchit le premier le passage qui donnait dans la cathédrale de l’Impériale Sagesse.

Le portail s’ouvrait en haut d’une volée de larges marches qui conduisaient dans une nef qui devait faire un bon kilomètre de long. Le plafond voûté de la cathédrale se perdait dans l’obscurité. À l’autre extrémité, pâle et ondulante à cause de la chaleur des braseros, se dressait une immense statue de l’Empereur lui-même. Même à cette distance, la statue était une vision de gloire capable de serrer le cœur d’un vétéran des guerres de l’humanité. De larges colonnes montaient tels des titans et au loin, des silhouettes en robes noires grouillaient comme des insectes sur le sol de pierre. Il s’agissait de la vermine qui servait Voldorius et il y avait parmi eux au moins une centaine de combattants de l’Alpha Legion.

Les adorateurs étaient alignés devant la statue de l’Empereur triomphant, dans un sinistre but que Kor’sarro ne put tout d’abord pas identifier, même s’il comprenait qu’ils étaient engagés dans un immonde rituel blasphématoire. Un sinistre chant rebondissait en échos tout le long de la nef et le Maître de la Chasse réalisa que les adorateurs en noir entonnaient des prières à leur maître maudit, Voldorius.

Puis Kor’sarro localisa l’ennemi qu’il pourchassait depuis si longtemps et qu’il avait été sur le point de débusquer à tant de reprises au cours de la dernière décennie. L’objet de la chasse était enfin devant lui.

Un lourd silence se prolongea sur plusieurs secondes, puis l’Alpha Legion ouvrit le feu depuis le milieu de la nef. L’air fut soudainement rempli des aboiements sourds des bolters. Kor’sarro commença à descendre les marches.

— White Scars ! cria-t-il par-dessus le vacarme des détonations et l’explosion des projectiles partout autour de lui. Pour le primarque !

— Béni soit son nom ! répondit d’une seule voix la 3e compagnie. Et la bataille finale s’engagea.

— C’est fait, grogna le capitaine Shrike en coupant la communication. Le prisonnier était mort, mais Meleriex lui avait transmis d’autres nouvelles alarmantes.

Shrike se trouvait au bord d’une galerie creusée dans l’une des parois de la nef, à une bonne centaine de mètres de hauteur, et il avait une vue plongeante sur Voldorius, depuis bien plus haut que ne montait la statue de l’Empereur triomphant. Ses escouades d’assaut et lui s’étaient séparés des White Scars durant leur descente vers la cathédrale, afin de surprendre l’ennemi depuis un angle différent et le prendre en tenailles.

La scène qui se jouait sous lui était un peu obscurcie par la fumée d’un millier de chandelles votives et par un nuage d’encens qui imprégnait la pierre elle-même. Depuis sa position dominante, Shrike apercevait Voldorius au pied de l’immense statue. Devant le prince démon, il y avait une sorte d’autel, ou peut-être une table, avec une silhouette allongée dessus. Les détails de la procession n’étaient pas très clairs, mais Shrike dénombra au moins une dizaine d’adeptes en robes rouges s’affairant autour de la table sur des appareils rassemblés là. Ces adeptes devaient appartenir à un culte renégat du Dieu-Machine inféodé à Voldorius. Il arrivait donc juste à temps.

Les chants des centaines d’adorateurs en robes noires furent soudain accompagnés par une furieuse fusillade. Shrike regarda vers l’autre extrémité de la nef et aperçut en son centre les éléments de l’Alpha Legion qui ouvraient le feu sur quelque chose au loin. Il ne put voir ce sur quoi les renégats tiraient, mais il savait que cela ne pouvait signifier qu’une chose : les White Scars avaient lancé leur assaut.

La Raven Guard devait donc lancer le sien.

Le capitaine Shrike se tourna vers ses propres effectifs.

— Chacun connaît son objectif, leur dit-il.

— Et vous, capitaine ? lui demanda le sergent Kylanek.

— Je combattrai seul, allez !

Shrike s’élança du bord de la galerie et activa ses réacteurs dorsaux pour plonger à travers la fumée.

La couronne de l’Empereur triomphant monta à toute vitesse vers lui, puis quelque chose le heurta de côté et il commença à chuter, ses réacteurs momentanément hors de contrôle.

Il chercha ce qui l’avait touché tout en reprenant le contrôle de ses systèmes autoporteurs. Cela revint vers lui, depuis la direction opposée, et il tenta d’instinct de l’attraper au passage. La chose entre ses mains couina et il se retrouva face à un visage horrible, avec une énorme gueule garnie de milliers de dents effilées.

D’un coup de poignet, Shrike tordit le cou de l’animal abject, puis il le jeta au loin avec une grimace de dégoût. Il se rendit alors compte qu’un véritable nuage de ces gargouilles aux ailes membraneuses fonçait droit sur ses escouades d’assaut et lui.

Ses pieds se posèrent sur les épaules de la statue et il activa ses griffes éclair pour se préparer à affronter ces créatures volantes. La dernière chose qu’il vît avant que le nuage ne l’engloutisse littéralement, ce furent plusieurs de ses hommes se faire déchirer par des griffes tranchantes comme des rasoirs.

Puis l’essaim fut sur lui. Il se campa solidement sur son solide perchoir et il porta un coup de griffe à la première créature qui arriva à portée. Tout en dessinant des traînées sanglantes dans l’air, il fut révulsé par la nature de ces monstruosités. Elles étaient apparentées aux cyberchérubins qui vivaient en nombre dans les lieux de culte du Ministorum, mais celles-ci devaient avoir été victimes d’un croisement avec des entités de nature démoniaque. Seul l’esprit le plus torturé aurait pu concevoir une telle chose, réalisa-t-il en apercevant brièvement les adeptes en robes rouges de Voldorius, ces technoprêtres apostats.

L’un des chérubins-gargouilles parvint à s’accrocher à ses réacteurs dorsaux et planta ses griffes dans son casque. Des pointes incroyablement acérées entamèrent son cuir chevelu, allumant des icones d’alerte à l’intérieur de sa visière, puis les systèmes optiques cessèrent de fonctionner, le plongeant subitement dans le noir.

Poussant un cri de rage, il arracha son casque et le jeta au loin. Les griffes éclair frappèrent derrière sa tête, découpant l’immonde bambin en une douzaine de tranches qui tombèrent au sol, bien plus bas.

De nombreuses autres gargouilles lui tourbillonnaient autour et il se retrouva un instant plus tard à lutter pour sa survie, perché au sommet d’une statue de l’Empereur.

Un cri perçant tombant des voûtes obscures fit ouvrir les yeux à Malya. Quelque chose de lourd chuta et heurta les dalles non loin d’elle. Un instant plus tard, des morceaux ensanglantés tombèrent à leur tour, l’un d’eux si près d’elle que les fluides malodorants lui aspergèrent le visage.

Voldorius sembla ne rien avoir remarqué du tout.

Les grandes ailes du prince démon s’ouvrirent lorsqu’il se plaça devant Malya. Elle tenta de se débattre sur la table métallique glacée, même si elle savait qu’elle ne pouvait pas se libérer de ses liens. Elle cria son défi lorsque Voldorius se pencha au-dessus d’elle, emplissant sa vision de ses traits bestiaux, et son âme en fut frigorifiée.

— Il semble que tes amis soient arrivés, Malya L’nor, gronda Voldorius alors que les bruits de fusillade montaient depuis l’autre extrémité de la nef. Ils doivent vraiment tenir à toi pour venir à ton aide.

— Ils sont venus pour te tuer, saloperie ! cracha Malya en tirant une nouvelle fois sur ses liens de frustration. Je ne veux pas vivre, sanglota-t-elle. Je veux juste mourir.

Un ricanement moqueur résonna du plus profond de la gorge du démon. L’emprise de Malya sur sa propre santé mentale commença à faillir, la foi qui lui avait permis jusque-là de supporter l’immonde présence se retrouva assaillie par des vagues successives d’une vile puissance démoniaque.

— Oh oui, tu vas mourir, grogna Voldorius. Une partie de toi, en tout cas. Mais l’essentiel, cette autre partie dont j’ai besoin, survivra.

Une balle de bolter toucha le sol à moins d’un mètre d’elle, sans doute un tir perdu des combats qui se déroulaient à l’autre extrémité de la nef. Voldorius n’y prêta pas la moindre attention, sans doute même ne s’en aperçut-il même pas. Malya ne put quant à elle s’empêcher de tressaillir et de détourner la tête.

— Et grâce à toi, ils deviendront tous des armes vivantes à leur tour, continua Voldorius en regardant en direction des Space Marines à l’autre extrémité de la nef.

— Je ne te laisserai pas faire ! répliqua Malya entre ses dents serrées. Je vais les avertir, quelles que soient tes intentions !

Voldorius leva la main griffue qui tenait la fiole. Son contenu brillait d’une aura argentée.

— Bientôt, reprit-il. Lorsque le rituel sera complété, tu n’auras plus le choix.

Il se retourna alors vers le technoprêtre affairé autour de la table.

— Bientôt, tu deviendras un être transcendant. Tu deviendras un ange-ruche ! Il tendit une griffe vers le fond de la nef. Et ils deviendront tes hôtes serviles.

Il marqua une pause et gonfla sa poitrine de triomphe.

— Et alors, le flot se déchaînera à nouveau et la galaxie s’effondrera !

Le sergent Scout Kholka entendit se déclencher la fusillade, provenant de l’extrémité du tunnel qui débouchait directement dans la cathédrale. Il ne leur restait plus que vingt mètres à parcourir. Il leva son bolter et se tourna vers les autres membres de son groupe.

— La bataille a commencé, leur dit-il. Nos capitaines vont se concentrer sur Voldorius. Nos frères auront fort à faire contre l’Alpha Legion. Ce sera à nous de neutraliser la femme.

— Tout à fait d’accord, l’appuya Meleriex. Si elle porte en elle ne serait-ce qu’une infime portion de ce pouvoir dont a parlé le prisonnier, elle est alors une menace pour l’Imperium, équivalente à celle d’une flotte-ruche tyranide. Elle ne peut pas rester en vie.

— Dans ce cas, nous savons tous ce que nous devons faire, ajouta Kholka d’une voix sombre en regardant tour à tour chacun de ses compagnons.

Meleriex était toujours affaibli par sa confrontation avec le prisonnier. Il était difficile de savoir ce que ressentaient les deux autres Raven Guards, Sazllas et Rydulon, car ils portaient toujours leur casque. À leur attitude, Kholka comprit cependant qu’ils étaient prêts à accomplir ce qui devait l’être.

Le sergent était au demeurant moins certain de pouvoir se fier à ses propres Scouts. Shahan en particulier avait perdu beaucoup de sang, car il avait subi de plein fouet l’attaque initiale du prisonnier. Cependant, le Scout avait suivi le groupe sans jamais se plaindre, un indice qui laissait présumer de sa future résolution en tant que Space Marine, s’il survivait à la bataille à venir.

— Chacun de vous a servi avec honneur, leur dit Kholka. Si certains d’entre nous ont la chance de survivre et de retourner au chapitre, ils devront rapporter aux Prophètes des Tempêtes les noms de ceux qui ne seront pas revenus, pour que leurs hauts faits soient connus de nos frères et de nos ancêtres.

Les Scouts inclinèrent la tête en un salut silencieux.

— Nous ne savons pas ce que nous allons trouver au bout de ce tunnel, mais l’un de nous aura, très probablement, à tuer un innocent. Cela sera une terrible épreuve, mais de celles que vous devrez surmonter si vous voulez être intégrés définitivement au chapitre.

Kholka marqua une pause et posa son regard sur chacun de ses hommes.

— Le primarque veille sur nous, termina-t-il en se tournant vers l’extrémité du tunnel.

Le sergent mena le groupe vers le vacarme des combats qui ne cessait de s’intensifier. Les détonations se mariaient aux chants atonaux des adorateurs de Voldorius, ces derniers représentant un son particulièrement honni et encore plus dérangeant que tout ce qu’il avait pu entendre au cours de sa vie d’Astartes. En quelques secondes, il fut au bout du tunnel et il risqua un coup d’œil pour juger de la situation.

Le couloir émergeait derrière une haute statue. Quelque chose tourbillonnait à son sommet, mais Kholka ne put comprendre quoi.

Derrière le socle de la statue étaient agenouillés plusieurs rangs de personnes en robes noires. C’était ces silhouettes qui produisaient les chants ignobles que les membres du petit groupe entendaient depuis de trop longues minutes déjà. Les adorateurs étaient tous orientés vers l’espace dégagé devant les pieds de la statue, mais Kholka étant situé juste derrière elle, il ne put voir ce qui s’y trouvait. Il était cependant suffisamment perspicace pour deviner que Voldorius devait être là, ainsi que la femme décrite par le prisonnier.

Il regarda vers la droite et vers la gauche pour s’assurer qu’il ne se trouvait aucun complice du prince démon, puis s’engagea hors du tunnel, bolter levé, et fit signe aux autres de le suivre.

Kor’sarro percuta les premiers éléments de l’Alpha Legion, ses guerriers juste derrière lui. En un instant, il se retrouva au beau milieu de ses plus terribles ennemis, d’anciens Space Marines qui, bien longtemps auparavant, avaient renié leur serment et s’étaient eux-mêmes déclarés du côté du Grand Ennemi. Croc de Lune frappa furieusement et le premier traître perdit un bras dans des gerbes de sang. L’ennemi le pressait de toute part, et le hurlement des épées tronçonneuses, éventrant les armures, tranchant dans les chairs et découpant les os, se déchaîna. Des hurlements blasphématoires l’assaillirent. Les cris de guerre impurs des guerriers de l’Alpha Legion déclamèrent leur allégeance aux quatre divinités du Chaos. Une rage primitive inonda les veines du capitaine, qui puisa dans ses réserves les plus profondes pour continuer à progresser parmi les corps en armure et les épées tronçonneuses qui dansaient autour de lui.

Ses trois premiers ennemis se trouvèrent jetés au sol dès les premières secondes et il tourna sur lui-même à la recherche d’autres victimes. Un White Scar près de lui fut tranché en deux par un coup d’épée énergétique et Kor’sarro gronda son offense que même un seul des nobles fils de Chogoris puisse perdre la vie des mains des immondes adorateurs des puissances de la Ruine. La bannière de la 3e compagnie se balançait au-dessus de la mêlée, un bastion de devoir et d’honneur au milieu de ce tourbillon de sang et de furie. Croc de Lune partit en avant et un traître fut ouvert de l’épaule à l’abdomen, puis le Maître de la Chasse enjamba le corps pour venir se placer près du frère qui brandissait l’étendard.

— En avant ! cria Kor’sarro.

Les White Scars redoublèrent d’efforts, l’ennemi fit de même, chacun tout aussi déterminé d’étriper l’autre. Une balle de bolter, tirée à bout portant, frappa Kor’sarro à l’épaule et ricocha sur sa joue, y traçant une profonde blessure d’où gicla le sang jusqu’à ce que son organisme surhumain bloque l’hémorragie, le fluide se coagulant sur sa cuirasse. Un autre White Scar tomba sous un tir de pistolet à plasma qui lui pulvérisa la tête, et son corps décapité tomba à genoux devant son assassin, puis s’effondra dans un énorme craquement.

— Pour le primarque ! gronda la capitaine. Croc de Lune chanta lorsqu’elle s’interposa devant un bolter levé. Les projectiles toujours dans le chargeur explosèrent lorsque la lame les trancha, coupant le bras du traître juste sous l’épaule. Kor’sarro plongea ensuite son épée dans le ventre de son ennemi, puis fit remonter sa lame pour l’éventrer jusqu’au sternum.

Un éclair de lumière blanche jaillit d’un point sur les marches. Kor’sarro en avait vu de semblables une bonne centaine de fois auparavant, sur d’innombrables champs de bataille d’un bout à l’autre de la galaxie, et il ne s’était jamais habitué à la puissance des pouvoirs dans lesquels le Prophète des Tempêtes Qan’karro puisait pour abattre les ennemis de l’Empereur. La lumière blanche tomba au milieu de l’Alpha Legion. Les guerriers bouillirent à l’intérieur de leurs armures, des volutes de vapeurs graisseuses s’échappant des ouvertures d’aération, avant qu’elles s’écroulent au sol, ne contenant plus qu’une masse informe et toujours bouillonnante.

Un instant plus tard, une volée de dards noirs, forgés depuis l’essence même du Warp, trancha l’air droit sur Qan’karro. Le prophète leva une main et un bouclier incandescent d’énergie pure se dressa devant lui. Les dards s’y éparpillèrent en des millions de fragments, laissant Qan’karro miraculeusement indemne. Puis il engagea un duel avec le sorcier ennemi, dont seul l’un d’eux pouvait sortir vivant.

Offrant une prière pour que le vainqueur soit son ami, le Maître de la Chasse reprit sa moisson de mort. Alors qu’une nouvelle vague de guerriers en armures bleu-vert approchait, Kor’sarro aperçut une paire de grandes ailes noires battre l’air derrière les rangs adverses, juste au pied de la statue de l’Empereur triomphant.

C’était son ennemi, l’objet de sa chasse. Kor’sarro se jeta de toute son ardeur dans la mêlée.

Il était le chasseur, ils étaient ses proies.

Dans un grognement, le capitaine Shrike se débarrassa de la dernière gargouille, puis il regarda autour de lui pour voir où en étaient ses marines d’assaut. Une douzaine de corps brisés gisaient au sol, et certaines des immondes créatures semblaient vouloir les traîner dans des recoins d’ombre. Plusieurs de ses unités avaient atteint le sol de la nef, mais les combats sous les voûtes les avaient éparpillées et elles étaient engagées dans de féroces combats contre les éléments de l’Alpha Legion les plus proches, bien plus nombreux.

Accroupi sur l’épaule de l’immense statue, Shrike était sur le point de rallumer ses réacteurs dorsaux pour se laisser tomber près de ses hommes. Il aperçut alors la femme, maintenue par des liens sur une table, ses yeux grands ouverts d’horreur.

— Vous voilà enfin, soupira Shrike. Malya L’nor…

La femme cria quelque chose. Tout d’abord, il ne put comprendre ses mots à cause des hurlements blasphématoires des adorateurs et des rafales de bolters. Il se concentra autant qu’il put, filtrant l’un après l’autre les sons parasites.

— La fiole ! criait-elle. Ne le laissez pas… !

Shrike essaya de comprendre le sens de ces paroles. Quelle fiole ?

Puis, il la vit. Voldorius tenait un petit récipient dans l’une de ses mains griffues et le brandissait devant sa prisonnière, la tourmentant en lui montrant son inexorable destinée. La fiole resplendissait d’une aura argentée d’une pureté aveuglante, et lorsque le prince démon la souleva bien haut, les chants de ses serviteurs devinrent encore plus discordants. Shrike eut l’impression que ses oreilles allaient se mettre à saigner sous cet assaut acoustique.

La fiole ne pouvait contenir qu’une chose : les restes du Flot de Sang, la raison qui avait conduit Shrike sur Quintus, malgré ce qu’il avait pu dire à Kor’sarro concernant une prétendue poursuite du prince démon. Malya L’nor allait être contaminée…

Shrike alluma enfin ses réacteurs et se prépara à sauter. Il allait mettre un terme au sombre rituel sur le point de s’accomplir en tuant cette femme attachée sur la table, et endiguer définitivement le Flot de Sang.

Le sergent Scout contourna le socle de la statue, les dents serrées en raison de la cacophonie de la chorale. Les lamentations étaient si discordantes qu’elles en arrivaient même à masquer le vacarme des combats et les rafales qui lui avaient semblé si fortes. Elles étaient de plus tellement déplacées dans un tel lieu saint.

Il se colla dos à la plaque de marbre et se pencha un court instant pour voir ce qui se déroulait devant la statue. Ce qu’il vit lui arracha un rictus sauvage.

Kholka vit la lueur argentée qui s’échappait de la fiole dans la main gauche de Voldorius. Il s’agissait clairement de cette même luminescence libérée par le prisonnier. Celui-ci leur avait parlé de cette femme. Il n’était pas trop tard. Le prince démon ne l’avait pas encore contaminée avec la légendaire puissance du Flot de Sang.

Il se recula à couvert, leva son bolter et murmura une prière silencieuse à l’Empereur pour qu’il guide sa main. Il baissa une main vers sa ceinture pour y chercher une munition rare et spéciale. Entouré d’une chemise en matériau fissile et hautement volatile, ce projectile était capable de détruire toute cible qu’il frappait en ne laissant qu’un amas de chair informe.

Kholka porta la cartouche à son front alors qu’il terminait sa prière, puis il l’engagea dans son bolter. Il épaula son arme et cola son œil au viseur, avant de se sortir à nouveau légèrement de derrière le socle.

Le monde de Kholka se résuma à un cercle vert à l’extrémité d’un long tunnel noir, une croix en son centre et des données de visée qui défilaient sur le côté. La croix passa de la silhouette sombre de Voldorius à la tempe de la femme attachée sur la table de métal.

Il souffla calmement et se prépara à délivrer le tir mortel avec le plus d’efficacité possible. Les lèvres de la femme bougeaient et ses yeux étaient grands ouverts et fixés sur quelque chose situé loin au-dessus d’elle. Il posa le doigt sur la détente de son arme et offrit une dernière prière au primarque.

— Le sang des martyrs, souffla Kholka lorsque son doigt se crispa sur la gâchette, est la graine qui…

— Raven Guard ! cria la femme.

Il comprit instantanément qu’il ne pouvait plus tirer. Son viseur se retrouva subitement obscurci par la masse noire du démon qui était venu se placer sur sa ligne de tir, puis Kholka fut presque aveuglé par l’intense éclair de lumière argentée.

Sa vision s’ajusta à nouveau et il cligna des yeux. Il se rendit compte que la croix était fixée sur la main griffue de Voldorius. Dans cette main, il y avait la fiole lumineuse. Kholka prit sa décision et appuya sur la détente.

La main du démon explosa lorsque le projectile spécial s’y enfonça.

La fiole tomba au sol et s’y éparpilla en une explosion argentée.

On aurait dit un geyser de mercure qui aurait jailli du point où le fragile récipient avait frappé le sol. Le fluide métallique monta jusqu’à une dizaine de mètres, puis retomba pour s’étaler sur les dalles devant l’autel.

Les techno-adeptes en robes rouges s’écartèrent précipitamment, les centaines de choristes en robes noires tentèrent de reculer, les bras levés de terreur, leur chant se transformant soudain en un concert de hurlements.

Voldorius ouvrit ses ailes noires et poussa un rugissement de rage et de frustration qui foudroya sur place la moitié de ses serviteurs. Des créatures ailées tombèrent des voûtes et s’écrasèrent sur les dalles de pierre en des craquements secs.

Kholka se jeta derrière le socle, lâcha son bolter et plaqua les mains sur ses oreilles. La puissance de la rage de Voldorius était telle que chaque être présent dans la cathédrale se retrouva assailli par un véritable tsunami qui balayait tout sur son passage, ne laissant que des corps secoués de convulsions tout autour de l’autel.

Puis, Kholka entendit quelque chose qui insuffla en lui espoir et fierté. Il abaissa ses mains et il

l’entendit clairement. Il s’agissait de Kor’sarro Khan, qui répondait au monstre par de sauvages cris de guerre issus des steppes de Chogoris. Il était tout proche, et d’après ce que Kholka put en juger, il était plus que jamais décidé à en découdre.

Délivrant un ultime coup d’épée, Kor’sarro se trouva au pied d’un large escalier qui montait jusqu’à l’autel. Une traînée de corps ensanglantés longue d’un kilomètre marquait sa progression tout au long de la nef, mais pour chaque légionnaire tué de sa main, l’un de ses guerriers était tombé de celle de l’ennemi.

Kor’sarro posa un pied sur la première marche. Ses guerriers étaient toujours englués dans les combats et plusieurs avaient déjà donné leur vie pour qu’il puisse atteindre ce large escalier. Il aurait à faire face à Voldorius seul.

Il entendit un coup de feu en haut de l’estrade, immédiatement suivi par un intense flash de lumière argentée, puis par une fontaine de fluide métallique qui monta très haut dans les airs avant de retomber.

Puis, il y eut le rugissement. Kor’sarro comprit immédiatement et sans le moindre doute, comme si tous les êtres qui se terraient dans le Warp hurlaient leur haine par celle-ci, qu’il provenait de Voldorius. Un instant durant, son esprit fut rejeté dans le combat au sommet de la tour de la raffinerie sur Cernis IV. Comment avait-il pu prendre ce vulgaire mutant pour Voldorius ? Le bruit qui tombait de l’autel en haut des marches n’aurait pu sortir de rien d’autre que d’un démon.

Tel un homme luttant contre le vent, il se tassa sur lui-même pour ne pas être renversé par la violence de l’onde de choc, puis il entreprit d’escalader marche par marche. Le moindre de ses mouvements lui donnait l’impression de lutter contre un torrent furieux de substance du Warp qui aurait pris réalité.

D’innombrables ennemis furent culbutés par la violence de la rage de Voldorius. Des choristes en robes noires furent projetés en arrière et effectuèrent de longs vols planés en agitant les bras.

Dans un dernier effort, le capitaine posa le pied sur la dernière marche. Son ennemi juré se tenait là, devant lui. Il gronda un défi, poussant un sauvage cri de guerre, destiné à raffermir le cœur de tout Chogorien et souffler la résolution de tout ennemi comme une chandelle dans le vent.

Voldorius avait un bras levé bien haut, un torrent de sang noir aspergeait son armure bleu-vert. Le démon venait de subir une blessure assez sérieuse pour

l’affaiblir. Kor’sarro brandit Croc de Lune en prenant pied sur l’estrade, à l’ombre de la magnifique statue de l’Empereur triomphant.

Le cri de rage poussé par Voldorius s’essouffla enfin.

La cathédrale se trouva plongée dans un silence irréel.

Un os poussa du poignet tranché du démon, et en l’espace de quelques instants, l’os fut entouré de muscles puis d’artères. De cette masse, des griffes poussèrent et quelques secondes plus tard, toute la main s’était régénérée. Voldorius fit jouer son nouveau membre, puis abaissa le regard vers Kor’sarro.

— Tu ne peux pas me tuer, balafré.

— Nous verrons cela… répondit le White Scar en faisant un pas de plus.

— N’avancez pas ! cria une voix féminine. Le sol !

Kor’sarro se figea sur place et il aperçut enfin la femme attachée sur la table de fer, sa tête tournée vers lui. Toute la surface de l’estrade en haut des marches était recouverte d’une substance argentée, semblable à du mercure.

— N’y touchez pas ! lui cria à nouveau la femme.

Le fluide s’écoulait, sa surface ondulait, mais pas en répondant aux règles normales de la nature. Au lieu de couler vers les marches, on aurait dit une entité en train d’explorer son environnement, à la recherche de quelque chose…

— Assez ! rugit Voldorius à l’attention de la femme. Si tu refuses de servir, alors sois consumée par le Flot de Sang !

Le sergent Kholka se pencha une nouvelle fois par le coin du socle et il vit Kor’sarro apparaître sur l’estrade soutenant l’autel. La substance brute du Flot de Sang, que Voldorius avait eu l’intention d’implanter dans l’organisme de la femme, rampait au sol entre le démon et le Khan. Kor’sarro ne pourrait pas affronter Voldorius sans s’exposer au risque de se trouver contaminé, tout comme Voldorius avait eu l’intention de le faire avec la femme. Il n’allait pas laisser cela se produire.

Il se recula à l’abri, Meleriex et les deux autres Raven Guards étaient à leur tour sortis du tunnel.

— Frère Rydulon, appela-t-il. Votre lance-flammes !

— Il est presque vide ! lui répondit le Space Marine

Tout le carburant avait en effet été dépensé pour éliminer le prisonnier.

— Donnez-le-moi quand même !

Le Raven Guard lui lança son arme, Kholka l’attrapa au vol d’une main. Il en vérifia l’indicateur de charge et vit que Frère Rydulon avait dit vrai. Il n’y en avait plus que pour une toute petite rafale.

Il saisit l’arme de ses deux mains, puis il émergea de l’ombre du socle. Il alluma la veilleuse d’un geste du pouce et dirigea l’arme vers la mare d’argent qui tentait maintenant de se diriger vers Kor’sarro.

Il murmura une prière pour que l’arme dispose d’assez de carburant pour enflammer cette terrible substance, puis appuya sur la détente.

Le jet prit feu en passant devant la veilleuse, un court arc incandescent jaillit en une courbe pour tomber au beau milieu de la mare argentée.

À l’instant où le carburant toucha la substance, toute la surface de l’estrade s’enflamma. Un hurlement monta, celui d’un million de voix en pleine agonie et souffrant de millénaires de tourments.

Voldorius recula devant les flammes qui montèrent subitement à vingt mètres de haut et allèrent retomber sur le sergent Kholka, l’engloutissant dans une véritable fournaise. L’enfer se déchaîna autour de lui, un enfer purificateur qui dévora la substance brute du Flot de Sang. La dernière vision du vétéran fut celle de son Khan, aussi fier et glorieux que le plus grand des héros des récits épiques de Chogoris, dressé face au prince démon.

Kor’sarro se protégea le visage de son bras, mais il refusa de reculer. Il était là, Voldorius était là lui aussi. Seul l’un d’entre eux survivrait, il se le promit.

Le brasier s’éteignit après quelques instants seulement, ne laissant que quelques flammèches fantomatiques éparpillées sur le sol de pierre. Elles atteignirent cependant un appareil des techno-adeptes tout proche et celui-ci implosa. La détonation ne fut pas en elle-même très importante, mais elle propagea l’incendie aux machineries alentour.

— C’est terminé, grogna Kor’sarro. Je suis venu prendre ta tête.

Le seigneur Voldorius étudia le visage de Kor’sarro, la tête légèrement penchée sur le côté, comme s’il écoutait quelque chose que les mortels ne pouvaient percevoir. Le démon secoua alors la tête et fit claquer ses puissantes ailes.

— Je n’ai pas échoué, gronda soudain Voldorius en tirant sa longue épée. Pas si ton corps brisé gît devant moi !

— Il a échoué, dit la voix de la femme toujours ficelée sur la table, d’une voix qui frisait l’hystérie. Le Flot de Sang a été détruit…

Voldorius se tourna vers la femme et fit un pas dans sa direction, l’épée levée.

— Le Flot de Sang ! répéta Kor’sarro.

Tout ce qu’avaient raconté les Prophètes des Tempêtes lui revint en mémoire. Les légendes de Voldorius apportant la mort à des secteurs entiers, massacrant des milliards d’individus en une seule nuit…

— Tu as voulu ressusciter le Flot de Sang ! cracha-t-il.

Voldorius s’arrêta, des petites flammes dansaient autour de ses pieds. Une autre machine explosa, projetant des étincelles sur le corps de la femme.

— Il a échoué ! sanglotait la femme au bord de la démence. Il a échoué !

Voldorius devint subitement un tourbillon de violence. Il leva son épée noire, des ombres irradiant tout le long de la lame, puis il l’abattit, non sur la silhouette allongée sur la table, mais en un énorme coup horizontal qui trancha la base de l’énorme statue de l’Empereur triomphant en un impact titanesque.

La pierre explosa dans toutes les directions et une large fissure apparut dans le socle de marbre. Voldorius se tourna ensuite vers Kor’sarro, puis il brandit à nouveau son épée, cette fois-ci pour l’abattre sur le White Scar.

Kor’sarro leva Croc de Lune pour parer l’attaque. La lame sacrée détourna l’assaut du démon, mais juste légèrement, et la pointe noire trancha l’air à quelques millimètres seulement du visage du capitaine.

L’épée du démon heurta le sol de pierre, ouvrant d’autres fissures tout autour. Toute l’estrade fut secouée et tous les guerriers présents durent se camper sur leurs pieds pour ne pas tomber.

Kor’sarro vit une opportunité et il la saisit. Il plongea sous la garde du démon et plaça toute son énergie dans un coup montant.

Croc de Lune s’enfonça dans le flanc du démon. Un sang noir gicla le long de la lame et aspergea l’armure de Kor’sarro. Il donna un sauvage coup de poignet, puis retira son arme et fit un bond en arrière. Il releva son arme et se prépara pour une deuxième attaque.

La cathédrale entière trembla sous un grondement de pierre torturée.

Le White Scar s’apprêtait à frapper, mais la première blessure se refermait déjà. Le visage bestial du prince démon était éclairé par un sourire triomphal.

— Je te l’ai dit, tu ne peux pas me tuer ! cria Voldorius par-dessus les craquements qui s’intensifiaient.

Kor’sarro inspira pour répondre au défi, mais les mots restèrent dans sa gorge. L’immense statue de l’Empereur était en train de basculer sur son socle, accompagnée par une pluie de débris de maçonnerie.

— Je ne peux peut-être pas, gronda-t-il. Mais il existe des forces plus puissantes que moi…

Un énorme morceau se détachait du flanc de la statue et allait tomber vers le sol, droit sur le prince démon.

Mais il écraserait également la femme.

Dès qu’il comprit cela, Kor’sarro décida d’intervenir. Des centaines de tonnes de pierre basculaient sur Voldorius. Kor’sarro plongea en avant. En trois enjambées, il fut sur la table de fer et trancha les liens en l’espace d’un instant, plaçant son bras sous le corps de la femme et se jetant à nouveau pour s’écarter de l’impact.

Au même instant, le monde entier sembla exploser. Le lourd fragment explosa en un million d’éclats et fit trembler le sol, comme si un vaisseau s’était écrasé sur terre. La cathédrale fut soudain remplie de la poussière de roche pulvérisée par l’impact. Kor’sarro fit en sorte de protéger de son armure le corps dans ses bras. Les éclats tranchants l’auraient sans doute transpercée aussi facilement que s’il l’avait laissée sur la table.

Finalement, la pluie de pierres cessa et la poussière se dissipa. La glorieuse statue gisait, brisée et éparpillée. Elle était cassée en plusieurs morceaux, certains énormes et toujours identifiables, d’autres ressemblant à n’importe quel rocher. Ce qui avait été le bras levé de l’Empereur gisait désormais sur

l’estrade. Sur les marches reposait un morceau de jambe. Les autres débris s’étalaient sur plus de cinquante mètres de long dans la nef.

Les combattants des deux camps furent tous jetés au sol et étaient occupés à se relever et à récupérer leurs armes et leurs lames. Les combats allaient reprendre très bientôt.

La poussière se déposa au sol.

La large silhouette de Voldorius se dessina dans le nuage de poussière, ses ailes, désormais déchirées et ternies, déployées autour de ses épaules. Voldorius leva son épée noire bien au-dessus de sa tête. Son visage ricanant était un masque de fureur, sauvage et démoniaque.

Une autre silhouette se leva elle aussi dans son dos et des éclairs bleutés crépitèrent.

Le prince démon se tordit en arrière, et les mêmes éclairs bleus apparurent au centre de sa poitrine, suivis une seconde plus tard par les pointes de quatre griffes acérées. Voldorius voulut se retourner vers son agresseur, et se tordit pour se libérer.

Aux pieds de Kor’sarro, ce fut la femme qui trouva Croc de Lune au milieu des décombres et de la poussière. Elle la lui tendit.

Le White Scar prit l’épée et se tourna vers Voldorius. Le prince démon s’effondra de tout son long sur ce qui avait été le bras de la statue de l’Empereur. L’armure noire de Kayvaan Shrike se redressa derrière lui, sa griffe toujours enfoncée dans le dos du démon. Le Raven Guard appuya davantage et enfonça sa griffe encore plus profondément dans le dos du monstre. Une explosion d’étincelles jaillit de l’armure du démon qui se retrouva littéralement cloué sur le morceau de statue.

Kor’sarro brandit Croc de Lune à deux mains.

— Kernax Voldorius ! clama-t-il d’une voix forte. Je réclame ta tête au nom de l’Empereur et du primarque.

La lame sacrée s’abattit, séparant la tête du reste du corps en un seul coup.

— Béni soit son nom.

Lorsque les combats furent terminés et le dernier des serviteurs du prince démon tué ou en fuite, Kayvaan Shrike s’éclipsa. Kor’sarro ordonna à ses guerriers de trouver le capitaine de la 3e compagnie de la Raven Guard, car il réclamait des réponses, mais le Prophète des Tempêtes Qan’karro avait secoué la tête. C’était tout ce dont le Maître de la Chasse avait besoin.

— Où est-il ? enragea Kor’sarro en arpentant la nef jonchée de débris de ce qui avait été la cathédrale de l’Impériale Sagesse. Et où sont passés ses hommes ?

— Partis, chasseur, répondit le prophète. Sa mission ici était terminée.

— Mais quelle mission ? s’agaça Kor’sarro en se tournant vers son vieil ami. Nous avions les mêmes objectifs ! Nous nous sommes même tenus côte à côte comme des frères !

— C’est vrai, répondit Qan’karro. Mais seulement tant que vous partagiez le même champ de bataille. Shrike n’était pas venu là pour libérer Quintus. Il n’était pas là pour cela du tout.

Kor’sarro s’arrêta de marcher.

— Et comment savez-vous cela ?

— Je sais beaucoup de choses, chasseur, lui lança le prophète, le front ridé et plissé en dévisageant le Maître de la Chasse. Mais certaines connaissances ne doivent pas être partagées. La sagesse demande que cela ne soit fait que lorsque le moment est venu.

— Il est venu là pour le Flot de Sang, dit Kor’sarro. Il savait que Voldorius tentait de le réveiller. Comment ?

— Je vous ai déjà dit que les fils de Corax suivaient leur propre voie. Ils portent le poids du te ur âme. Chacun entretient sa haine et s’y accroche plus que tout, afin qu’un jour, lorsqu’il se retrouve face à face avec un ennemi de son chapitre, il puisse la libérer et l’abattre.

— J’ai pu le constater, dit Kor’sarro. Toute la puissance du démon s’est dissipée en un instant.

— Oui, approuva le prophète en posant une main sur l’épaulière griffée de Kor’sarro. Mais il y avait plus que cela. Voldorius était empalé sur un fragment de la statue de l’Empereur. Ses pouvoirs n’étaient pas grand-chose comparé à cela.

Repensant aux derniers moments de la bataille, Kor’sarro chercha du regard où se trouvait cette femme qui lui avait tendu Croc de Lune au moment crucial. Il n’avait pas eu l’occasion de l’en remercier, ni même de s’assurer de sa santé.

— Elle aussi est partie, lui dit Qan’karro. Il l’a prise avec lui.

— Mais pourquoi ? cracha le capitaine avec amertume.

Avait-il eu raison de faire confiance à la Raven Guard ? Existait-il d’autres différends entre leurs deux chapitres, dépassant le simple malentendu et la fierté mal placée ?

— Je n’en sais rien, chasseur, répondit le prophète d’une voix sombre.

— Vous ne savez pas, ou bien vous ne voulez pas répondre ?

— Je vous suggère de vous tourner vers l’avenir, chasseur, lui dit Qan’karro en lui tournant le dos. Il s’en alla le long de la nef, mais il se retourna en atteignant la base des marches qui menaient vers l’autel.

— Votre chasse est terminée et les réjouissances vont commencer. D’autres chasses vont être annoncées et vous vous couvrirez à nouveau d’honneur.

Qan’karro éleva ensuite la voix pour que tous les survivants de la 3e compagnie présents dans la cathédrale puissent l’entendre.

— Cette chasse, la chasse de Voldorius, est terminée ! cria-t-il.

Les échos rebondirent d’un bout à l’autre de la cathédrale de l’Impériale Sagesse.

— Longue vie à Kor’sarro Khan ! répondirent les White Scars d’une seule voix.

— Au Maître de la Chasse !

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QUOTE

 

« Ainsi, la tête de Kernax Voldorius fut-elle sortie du lieu profané, et rapportée devant Kyublai Khan, Maître de Chapitre des White Scars. Comme l’avait promis Kor’sarro Khan, le crâne du démon fut enchâssé dans une cage

d’argent par le Haut Chapelain, et placé au bout d’une fière lance. Lors des Rites de Proclamation, le trophée fut placé en bordure de la route qui menait à Khum Karta et le nom de Kor’sarro fut gravé sur la Grande Table d’Honneur, afin qu’il y reste pour l’éternité.

Les hauts faits du sergent Scout Kholka furent chantés par ses néophytes tout au long de la Longue Nuit des Perdus pour les siècles qui suivirent, tant qu’il resta un White Scar en vie pour se souvenir de son nom.

De même, le nom de Frère Kergis, des mains duquel Nullus fut occis, fut gravé dans la table de marbre. Une réunion des Prophètes des Tempêtes fut organisée, lors de laquelle Qan’karro déclara que Nullus le maléfique hantait toujours la galaxie. Malgré la mort de son enveloppe charnelle, tous savaient que son esprit existait toujours et son nom fut ajouté à la liste des ennemis du chapitre, afin qu’une future chasse puisse rendre justice.

Quintus retourna dans le giron de l’Imperium. Les Space Marines la remirent à la Garde impériale et de grandes purges destinées à la purifier de tous les adorateurs du démon furent menées. Tous ceux qui côtoyèrent de près ou de loin le maudit furent jugés, brûlés vifs, puis leurs cendres dispersées aux quatre vents. La statue de l’Empereur triomphant fut restaurée, les sœurs des ordres Pronatus la reconstituèrent, fragment après fragment, durant une décennie, jusqu’à ce qu’elle se dresse à nouveau dans toute sa gloire retrouvée.

Mais le plus grand héritage de cette chasse fut, qu’il en soit dit ainsi, que White Scars et Raven Guards, si longtemps brouillés, s’étaient tenus côte à côte comme des frères. Même s’il faudrait des siècles avant que toutes les blessures passées soient refermées et toutes les anciennes querelles oubliées, les guerriers des 3e compagnies des deux chapitres s’appelèrent frères, durant ce court instant au moins.

Kor’sarro et Shrike ne savaient pas alors que les noms de Voldorius et Nullus hanteraient à nouveau les cauchemars des hommes. Mais ceci est une autre histoire qu’il reste à raconter…»

— Omniscenti Bithisarea, Hauts Faits de l’Adeptus Astartes,

Volume IX, Chapitre LV, recension M.40 (Supprimé)

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