La Chasse de Voldorius

Andy Hoare · Chapitre 14 sur 18

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La Chasse de Voldorius

Chapitre XIII - Le Flot Enfle

CHAPITRE XIII

Le Flot Enfle

— C’est par où ? demanda Meleriex au sergent Kholka alors que le petit groupe d’infiltration progressait entre deux des massifs bâtiments de Mankarra.

Kholka s’arrêta en arrivant au bout de l’étroite allée, celle-ci débouchant sur une large esplanade de marbre sur lequel se reflétait la lumière orange du soleil couchant de Quintus.

— C’est là, frère.

Le Raven Guard fronça les sourcils et examina l’endroit. Après quelques secondes, il réalisa quelque chose.

— Le marbre forme une aquila, s’exclama-t-il. La cathédrale est juste en dessous ?

— Tout à fait, frère, répondit Kholka. Et la cellule se trouve également là, du moins d’après les informations fournies par votre capitaine.

Meleriex jeta un regard de travers à Kholka.

— Notre informateur est fiable, frère-sergent, je suis certain de cela. Mais comment allons-nous entrer ?

— Nous allons les suivre, répondit le White Scar avec un geste du menton en direction de silhouettes en robes noires.

Celles-ci se hâtaient à travers l’esplanade de marbre vers un portail blindé ouvert dans un bunker situé non loin de la position des Space Marines.

— Il nous suffit de trouver un moyen d’accéder au complexe souterrain auquel sont reliés tous ces bâtiments, ajouta le sergent. Une fois entrés, nous pourrons localiser cette cellule.

— Compris, répondit le Raven Guard.

Tous deux se replièrent dans l’ombre pour ne pas être aperçus par les inconnus qui approchaient. Meleriex activa ses griffes éclair.

— Ils sont à moi, chuchota-t-il à Kholka.

Le sergent Scout ne put s’empêcher un sourire ironique. Tout autant que n’importe quel membre de son chapitre, il nourrissait une certaine suspicion envers les Raven Guards, mais ce frère semblait disposé à travailler de concert avec lui. Peut-être était-ce la raison qui avait motivé le capitaine Shrike à le désigner pour faire partie de ce groupe d’infiltration.

— Ils sont à vous, répondit-il. Mais faites vite, frère.

Il ne doutait pas que Meleriex puisse ne faire qu’une bouchée de ces individus en l’espace de quelques secondes et sans qu’il soit besoin de dépenser la moindre cartouche.

Kholka se pencha légèrement au coin du mur et vit que les moines n’étaient plus qu’à vingt mètres. Celui de tête activait les commandes qui devaient ouvrir le portail. Le sergent attendit quelques secondes, pour s’assurer que le passage fut totalement ouvert, puis il fit un signe de tête au Raven Guard.

Meleriex sortit de l’allée, son armure noire à peine visible dans les longues ombres projetées par les bâtiments tout autour. Aucun des personnages en robes ne le vit venir. Les trois premiers moururent dès les premiers instants, les autres se trouvèrent pétrifiés par ce soudain déchaînement de violence parmi eux. Le Space Marine frappa dos au soleil couchant et ses victimes ne virent que la silhouette d’un ange vengeur dispensant la mort à chacun de ses gestes.

En moins de dix secondes, il ne restait plus qu’un seul survivant, uniquement parce qu’au lieu de se figer sur place comme ses condisciples, il s’était mis à courir dès que les premiers étaient tombés. Malheureusement pour lui, il se sauva vers ce qu’il croyait être la sécurité d’une allée sombre et il tomba sur les Scouts White Scars qui attendaient là.

Kholka eut juste à tendre le bras, qu’il referma sur la gorge du fuyard. Il tira sur la capuche avant de plaquer son visage contre la pierre froide. Ses yeux brûlaient d’une haine intense et ses dents étaient serrées de rage. Des tatouages entrelacés recouvraient l’ensemble de son crâne chauve, signalant sans le moindre doute possible un vil pacte passé avec les puissances de la Ruine.

Kholka tira son long poignard et en posa la pointe monomoléculaire sous la gorge de l’homme.

— Où se trouvent les cellules ? lui souffla-t-il. Si tu veux recevoir une mort bien plus rapide que celle que tu mérites.

Les yeux du moine le défièrent et sa bouche se tordit en un sourire sauvage.

— Je ne vous dirai rien…

Kholka appuya un peu plus fort et une goutte de sang roula le long de la lame de son poignard.

— Où sont-elles ? Je te donne une dernière chance…

— Tuez-moi, grogna l’homme. J’accueillerai la mort à bras ouverts, car j’accéderai à bien plus…

Kholka sentit le dégoût monter en lui et il faillit mettre un terme à la misérable existence du traître. Puis, Frère Meleriex approcha et mit une main sur son bras.

— Laissez-moi faire, sergent.

Le White Scar tourna la tête vers le Raven Guard.

— Vous aurez bien d’autres occasions de verser le sang, lui dit-il.

Meleriex soutint son regard durant plusieurs secondes avant de lui répondre.

— Ce n’était pas ce que je voulais dire, frère-sergent.

Kholka comprit alors où l’Astartes en armure noire avait voulu en venir. Il s’écarta et lui laissa le prisonnier.

— Faites vite.

Ne désirant pas trop assister à ce qui allait suivre, le sergent Scout se dirigea vers l’entrée de l’esplanade afin de donner ses ordres à ses hommes, mais il vit qu’ils les avaient anticipés et étaient déjà occupés à traîner les corps à l’écart du portail, pour les dissimuler dans l’ombre de l’allée. Malgré l’amertume en lui, il ressentit une certaine fierté à les regarder faire.

Borchu était en train de faire rouler un corps dans un recoin sombre. Frère Meleriex s’était montré très efficace, tous ses coups avaient été d’estoc et non tranchants. Les blessures avaient été tout aussi mortelles, mais les corps n’avaient pas été déchirés, ce qui permit aux Scouts de les tirer sans laisser de grandes traînées de sang au sol.

Un cri étouffé lui parvint depuis l’allée, suivi d’un craquement sec et du choc d’un corps sur le sol dur. Kholka ne se retourna pas, il préféra attendre que Frère Meleriex vienne le rejoindre.

— Le portail conduit jusqu’à un croisement de tunnels. Ensuite, nous suivrons le passage deux sept zéro jusqu’aux cellules.

Kholka se retourna enfin et plongea son regard dans celui de l’autre Space Marine.

— Vous en êtes sûr ?

— J’en suis sûr.

Luttant contre sa révulsion, Kholka rassembla ses hommes en vue de la suite des opérations. Il n’allait pas tout leur dire.

Toujours attachée sur la table, Malya regardait droit au-dessus d’elle et regretta de ne pas pouvoir se boucher les oreilles pour s’épargner les chants des acolytes rassemblés autour d’elle. Elle avait été extraite de la pièce, puis amenée en une procession blasphématoire jusque dans la cathédrale souterraine.

Les hautes voûtes étaient plongées dans une profonde obscurité. Les horribles créatures ailées plongeaient vers elle à tour de rôle avant de remonter au tout dernier moment en émettant un cri strident, semblable au rire moqueur d’un enfant particulièrement cruel. La table d’opération avait été placée juste face à la statue de l’Empereur triomphant, qui la dominait de ses vingt mètres de haut.

Tout d’abord, Malya avait trouvé de la force face à autant de magnificence, mais elle n’avait pas pu longtemps ignorer des déprédations subies par la statue. Les viles créatures l’avaient copieusement arrosée de leurs déjections, et de longues traînées blanches descendaient le long de son noble visage. Pire, les serviteurs de Voldorius avaient gravé sur tout le flanc des runes impies qui blessaient le regard. Cela plongea Malya dans la tristesse.

Pourtant, malgré toutes ces insultes à son égard, la représentation de l’Empereur de toute l’humanité avait gardé la gloire indéfinissable qu’aucun dommage, hormis sa destruction complète, n’aurait pu lui enlever.

— La cohorte va se rassembler ! résonna la voix du prince démon d’un endroit situé en dehors de son champ de vision, ses intonations rebondissant en échos tout le long de la nef et se répétant à l’infini.

Ce qu’il restait des guerriers de l’Alpha Legion venait se regrouper dans la cathédrale afin d’assister à l’ultime profanation de leur maître.

— Les larbins du soi-disant Empereur arrivent ! ajouta Voldorius.

Sa voix vint occuper l’ensemble de la cathédrale.

— Le chasseur a tué mon champion, mais il ne chassera bientôt plus.

Plus d’une centaine de gorges signifièrent leur assentiment, leur voix déformée par la grille de leur casque. Lorsque les acclamations se dissipèrent, des explosions lointaines firent vibrer le sol et Malya comprit que les Space Marines n’étaient plus très loin de leurs ennemis héréditaires.

Elle n’osait pas espérer être secourue, mais s’agrippa à la place à la certitude que, très bientôt, le seigneur Voldorius aurait à payer pour tous ses actes, même si elle ne vivait pas assez longtemps pour y assister.

— Qu’est-ce que c’était ? souffla Telluk alors que le groupe progressait dans le tunnel.

Une secousse avait fait vibrer la grosse conduite qu’ils suivaient et fait tomber de la poussière du plafond.

Kholka posa une main sur son écouteur afin de mieux entendre. Il écouta durant quelques secondes, mais la réception était très mauvaise à cause de tout le métal et l’épaisseur de roche au-dessus d’eux.

— Des tirs d’artillerie. Notre artillerie, j’espère, répondit-il. Concentre-toi sur la mission, néophyte, ajouta-t-il en levant son bolter. Gharn, la flèche du chasseur. Exécution.

Le groupe se remit en route le long du sombre tunnel, et le néophyte Gharn alla se placer en tête. Le tunnel, qui, d’après ce que leur prisonnier avait indiqué, devait conduire aux cellules, était droit et assez étroit, obligeant le groupe à adopter une formation vulnérable compte tenu de la légèreté de leurs protections. Kholka se rassura de la présence des trois membres de la Raven Guard avec eux. Leurs meilleures armures et leur armement tout désignés pour le corps à corps pourraient s’avérer essentiels en cas de rencontre imprévue.

— Ce n’était pas notre artillerie, frère-sergent, lui souffla Meleriex près de lui. J’écoutais moi aussi les messages.

— Je sais. Qu’avez-vous pu entendre ?

— Le navire amiral ennemi bombarde la cité.

Une folie totale, se dit Kholka, mais qui n’avait rien d’étonnant compte tenu de la nature de l’ennemi. Si Voldorius croyait pouvoir détruire les Space Marines avec ce bombardement orbital alors que ses troupes au sol n’y étaient pas parvenues, il ne se priverait pas, quels que puissent être les dégâts occasionnés. Le sergent ne put que regretter que le Lord of Heavens fût trop loin pour intervenir. Les White Scars avaient laissé leur propre vaisseau très loin de Quintus afin que les systèmes de détection de la planète ne puissent repérer leur présence.

— Pouvez-vous transmettre ? demanda Kholka.

Lui-même ne parvenait à contacter aucun de ses frères. Peut-être le Raven Guard serait-il plus chanceux.

— Seulement d’une manière occasionnelle, frère-sergent, lui répondit Meleriex. Je pourrais utiliser mon amplificateur à fusion, mais cela compromettrait notre mission.

En effet, se dit Kholka. Envoyer un message dans ces conditions pourrait bien être leur ultime erreur.

— Seulement en cas d’absolue nécessité, frère. D’accord ?

— D’accord, répondit le Raven Guard.

Tout le monde se figea soudain en percevant des signes d’activité plus loin devant eux. Gharn s’était arrêté là où leur tunnel débouchait dans une plus grande salle. Les autres se déployèrent de manière à couvrir toutes les directions, se fondant dans l’ombre et exploitant le moindre couvert que leur proposaient les conduites et les tuyauteries.

Kholka s’était figé lui aussi. Ses yeux comme attirés par la tache de lumière au centre de la salle. Il leva son bolter et dépassa les néophytes pour venir s’accroupir près de son homme de tête.

— La lune d’argent cache le chasseur, souffla Gharn qui regardait toujours droit devant.

Le jeune guerrier n’avait pas besoin à cet instant même d’utiliser les chants de bataille, mais Kholka se dit qu’il était toujours bon d’entretenir les anciennes coutumes. Il examina la pièce à son tour. Elle était largement occupée par des machineries et des canalisations. Une seule source de lumière éclairait

l’endroit, un cercle vif qui tombait droit au centre.

Il nota tout cela en l’espace d’une seule seconde, puis porta son attention sur l’endroit précis que lui avait indiqué le Scout grâce au chant de bataille. Juste au bord du cercle de lumière, il aperçut une paire de bottes. Le reste du corps était plongé dans l’ombre. Une tache rouge sombre s’étendait doucement.

— Attendez ici ! souffla-t-il.

Le groupe ne pouvait pas perdre de temps avec ce qui pouvait très bien être un acte de violence sporadique d’un traître à l’encontre d’un autre. Il examina la pièce à travers le système de visée de son bolter, puis, ne repérant aucune présence, risqua un premier pas hors du tunnel, longeant les bords de la salle en restant bien dans l’ombre, jusqu’à arriver à hauteur du corps allongé.

Il s’agissait d’une sorte de serviteur, mais les causes de sa mort ne lui furent d’abord pas claires. L’esclave portait une tenue de travail et son organisme était muni de nombreux implants cybernétiques conçus pour remplir une fonction bien précise, quelle qu’elle fût. Son crâne était chauve et la totalité de la partie gauche de son visage avait été remplacée par des équivalents biomécaniques. Tout cela était cependant parfaitement normal. Ce qui l’était moins, c’était que le sang s’échappait de son corps non par une blessure, mais par chacun des orifices naturels, comme sous l’effet d’une pression interne trop forte. Il coulait par sa bouche, son nez, son dernier œil et sa dernière oreille. Il coulait même par chaque pore de sa peau et chaque nouvelle goutte venait alimenter la mare écarlate qui se répandait sous lui.

— Par le primarque, siffla Kholka. Béni soit son nom.

Il jeta un dernier coup d’œil autour de lui, puis retourna vers l’entrée du tunnel où l’attendait toujours le reste du groupe. Il leur fit signe d’avancer, s’assurant que chacun des Scouts était suffisamment concentré sur la mission pour ne pas se laisser distraire par l’horrible spectacle au centre de la salle. Frère Meleriex fut le dernier à passer à côté du corps, auquel il jeta un bref coup d’œil. Il regarda ensuite Kholka en fronçant les sourcils, puis il suivit le mouvement.

— Frère Sang ?

Kor’sarro profita d’une petite pause dans les bombardements pour appeler le techmarine. Celui-ci fut à ses côtés quelques secondes plus tard, parmi les ruines que les forces combinées des Space Marines tenaient contre les assauts répétés des troupes de la milice planétaire.

— Frère, je n’arrive pas à contacter le sergent Kholka, lui signala-t-il.

Le techmarine consulta l’afficheur monté sur son avant-bras, puis il secoua la tête avant de répondre.

— Moins non plus, frère-capitaine. Sans doute à cause de l’épaisseur de la roche, des structures alentour et d’une ionisation de l’air provoquée par le bombardement.

Comme pour appuyer l’explication du techmarine, une explosion retentit. Un bâtiment qui s’était trouvé à peine à une centaine de mètres explosa littéralement, et un énorme champignon de fumée noire monta vers le ciel déjà bien obscurci.

Des débris de la taille de balles de bolter retombèrent sur les armures des Space Marines. Pas un ne flancha, qu’il soit White Scar ou Raven Guard.

— S’il ne nous contacte pas rapidement, nous allons devoir agir ! cria le capitaine Shrike par-dessus la mitraille et les explosions. Le maudit va regrouper ses forces, ou nous filera entre les doigts !

Kor’sarro sentit monter sa frustration à l’idée que Voldorius puisse profiter de tout ce chaos provoqué par son propre vaisseau pour s’échapper. Mais il repoussa immédiatement ce sentiment.

— Non, frère ! cria-t-il en réponse. Il n’a aucune intention de s’échapper, j’en suis certain ! Je le pourchasse depuis une décennie et je commence à comprendre ses manières d’agir !

— Mais le prisonnier ! lui lança Shrike. Il doit être…

— C’est secondaire ! le coupa Kor’sarro. Kholka est mon frère de bataille et mon ami, mais s’il n’arrive pas à localiser ce prisonnier et à comprendre le rôle qu’il joue dans les desseins du démon, nous devrons agir de toute façon. Nous n’aurons d’autre choix que de lancer l’assaut contre le repaire du maudit, avec ou sans les informations de Kholka !

Le capitaine Shrike détourna les yeux du Maître de la Chasse. Ses pensées restèrent dissimulées par le casque qu’il portait.

Kor’sarro laissa le prisonnier de côté et tourna son attention sur la configuration de la cité, estimant le temps qu’il faudrait aux Space Marines pour se frayer un chemin jusqu’à cette cathédrale souterraine, là où devait se trouver le démon. Il ne leur faudrait pas très longtemps, mais cela laissait de toute façon très peu de temps au sergent Kholka pour leur transmettre ses informations, s’il pouvait seulement régler ces problèmes d’interférence.

— Allons, il va falloir y aller ! lança-t-il au capitaine Shrike, une lueur sauvage dans l’œil. Rassemblons nos forces et préparons-nous pour l’assaut final !

— Cela en fait sept, souffla Kholka en posant les yeux sur un nouveau cadavre. Cela n’a aucun sens.

— Cela ne doit pas forcément en avoir, répondit Frère Meleriex. C’est l’œuvre du Grand Ennemi et elle dépasse notre entendement.

Sur toute la longueur du couloir que suivait le petit groupe avaient été éparpillés les corps de serviteurs qui se vidaient de leur sang.

— C’est quelque chose d’autre, frère, dit Kholka. Quelque chose de plus qu’une simple et démente soif de sang.

Le Raven Guard réfléchit. Ses yeux noirs brillèrent dans l’ombre en renvoyant la faible lumière projetée par une petite lampe suspendue au plafond.

— Vous avez peut-être raison, frère-sergent, mais cela n’a aucun rapport avec notre mission.

— Cela pourrait en avoir, bien au contraire, rétorqua Kholka en se préparant à se remettre en route. Il est possible que les deux choses soient liées.

Meleriex était sur le point de répondre quand un hurlement retentit plus loin dans le couloir. Les Space Marines levèrent immédiatement leurs armes et se tinrent prêts à affronter tout ennemi qui se présenterait.

— Cinquante mètres devant, souffla Kholka. Cherchez le sang et le tigre au crépuscule !

Les Scouts adoptèrent la formation ordonnée par leur sergent avec une parfaite maîtrise. Les trois membres de la Raven Guard restèrent là où ils étaient, mais Meleriex lança un regard interrogateur au sergent Scout.

— Excusez-moi, répondit Kholka, avant de répéter ses instructions dans un langage utilisé par la plupart des institutions militaires impériales. Avance au contact, dix mètres d’espacement, bolters en joue.

— Attendez, frère-sergent, l’interrompit le Raven Guard. Mes frères et moi devons prendre la tête de la colonne. Nous sommes mieux protégés que vos Scouts et vous. Nous pourrons affronter toute embuscade qui nous sera tendue.

Meleriex appuya ses derniers mots en levant ses griffes éclair et en les activant, faisant crépiter des arcs d’énergie sur toute leur longueur.

— Comme vous voulez, répondit Kholka.

Il n’avait pas le temps de débattre sur ce sujet et savait de toute façon que le Raven Guard avait raison.

D’ordinaire, des armures énergétiques de l’Adeptus Astartes auraient probablement compromis la discrétion du groupe. Leur signature électromagnétique aurait pu être détectée et les légers bruissements de leurs servomoteurs auraient pu être entendus par des sentinelles attentives. Celles portées par la Raven Guard étaient différentes et étaient presque aussi silencieuses que celles des Scouts. Il semblait de toute façon qu’aucun ennemi ne veuille leur tendre le moindre piège, ou qu’ils avaient été tués d’une manière bien mystérieuse avant d’avoir pu déclencher leurs attaques.

Les trois Raven Guards s’enfoncèrent donc dans l’ombre en avant des White Scars et pénétrèrent dans une nouvelle salle. Meleriex observa l’endroit, ses griffes éclair prêtes à engager tout ennemi qui se serait dissimulé dans l’ombre. La salle était vide, et le Space Marine fit signe aux Scouts d’avancer.

— Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? soupira Borchu en promenant le canon de son bolter vers le plafond voûté. On dirait une pièce médicale, mais…

Kholka regarda en direction de Meleriex, devinant d’avance la réponse du vétéran.

— C’est une salle de torture, mon garçon, lâcha le Raven Guard. Mais elle ne ressemble pas à celles qu’utilise l’Inquisition.

De telles choses révulsaient le sergent Kholka, car la torture était une insulte à l’honneur d’un guerrier et une chose que n’avait jamais pratiquée son peuple, à l’exception de certaines tribus du nord-est qui avaient toujours refusé l’unité que Jaghatai Khan avait apportée sur Chogoris. Kholka n’avait pas

l’intention d’inviter le Raven Guard à faire état de ses connaissances en ce domaine. Cela pouvait cependant s’avérer important pour leur mission.

— Et à quoi a-t-elle servi ? demanda-t-il quand même.

Meleriex n’eut pas le temps de répondre. Le Scout Khula, qui s’était positionné près de l’une des grandes portes, fit un petit bruit de langue et leva un poing fermé pour avertir d’un danger.

Meleriex et Kholka se figèrent sur place, et le sergent alla silencieusement se placer près du Scout. Aucun ne parla, mais Kholka tendit l’oreille pour écouter ce que Khula avait entendu.

Une sorte de chant, lointain, discordant, accompagné par le roulement de bottes. Estimer la distance à laquelle tout cela se trouvait était impossible à cause de cet environnement de tunnels. Kholka était cependant certain d’une chose : ces bruits venaient de la direction supposée de la cathédrale de l’Impériale Sagesse.

Il entendit Meleriex s’approcher dans son dos.

— Des bottes Astartes, souffla le Raven Guard au bout d’une dizaine de secondes.

— Exact, frère, répondit Kholka. Au moins une centaine, et ils se dirigent vers la cathédrale souterraine.

— Et l’autre bruit, frère-sergent ? s’enquit le Scout Khula.

Kholka se concentra sur les étranges échos, son ouïe génétiquement améliorée filtra tous les autres sons.

— Blasphème, cracha-t-il en reconnaissant l’ignoble sorcellerie portée par les chants. Une cérémonie se déroule dans la cathédrale. Nous ne pouvons pas la laisser continuer.

— Notre mission… intervint Frère Meleriex, mais le sergent Kholka se retourna vers lui, les yeux brûlant de colère.

— Elle vient de changer.

— Dans ce cas, il est temps d’avertir nos frères.

— Faites donc, Raven Guard.

Kholka avait hâte de pourchasser les adorateurs du Grand Ennemi avant qu’ils puissent achever l’ignominie qu’ils étaient en train d’accomplir. Le blasphème dans lequel ils s’étaient engagés, quel qu’il soit, et le moment où il se déroulait, au plus fort de l’assaut des Space Marines sur Mankarra, ne pouvait pas être une coïncidence. Et quel rôle pouvait bien jouer là-dedans ce mystérieux prisonnier ?

Meleriex activa le générateur à fusion de son armure et enclencha son transpondeur vocal. Il parla durant de longues secondes. Kholka ne put pas réellement entendre ce qu’il disait.

— C’est fait, annonça le Raven Guard. Mais si l’ennemi dispose de moyens d’intercepter nos transmissions, il a dû détecter notre présence.

— Votre message est passé ? lui demanda le sergent. Vous avez reçu une réponse ?

— J’ai envoyé le message, répondit Meleriex. J’ai dit à nos capitaines que le prisonnier avait été localisé, mais qu’un nombre significatif de traîtres de l’Alpha Legion s’était rassemblé dans la cathédrale. Je les ai informés qu’un rituel impie était en cours et que nous allions engager le combat.

— Et leur réponse ?

— Je n’ai eu aucune réponse, admit le Raven Guard d’une voix sombre. Mais je suis certain que le message est passé.

— Vous ne pouvez pas en être certain, grommela Kholka. Nous devons agir comme s’ils n’avaient rien reçu.

Meleriex regarda le sergent, mais ne répondit rien.

— Scouts ! s’adressa Kholka à ses hommes. Préparez-vous à faire mouvement. Contact imminent.

La réponse à l’ordre du sergent fut un cri étranglé poussé par Shahan, le Scout qui surveillait le portail et qui s’écroula lourdement au sol.

Toutes les armes furent immédiatement braquées vers l’obscurité qui s’étendait au-delà. Le Scout était recroquevillé au sol, les mains crispées sur le visage. Du sang s’écoulait entre ses doigts. Kholka se précipita au côté de son combattant agonisant.

— Shahan ! l’appela-t-il en posant une main sur son bras. Qu’as-tu vu, mon garçon ? Vite !

Le Scout marmonna une réponse, puis il fut secoué de violentes convulsions alors que l’hémorragie s’intensifiait. Les Space Marines bénéficiaient d’un implant génétique qui permettait à leur sang de se coaguler dès qu’il entrait en contact avec l’air et Kholka essaya de se souvenir s’il y avait eu un problème dans le processus d’implantation de Shahan. Il ne se souvint de rien. Son sang n’aurait pas dû s’écouler avec autant de violence, et même ne pas s’écouler du tout.

— Kholka ! siffla Frère Meleriex pour attirer l’attention du sergent vers l’obscurité au-delà du passage.

Quand il regarda, l’obscurité n’était plus la même que quelques secondes auparavant, mais désormais entrelacée d’une lumière argentée.

— Il est là… gronda Meleriex en levant ses griffes éclair.

— Ne tirez que sur mon ordre ! dit Kholka.

Les fils d’argent enflèrent en une lumière aveuglante qui finit par occuper tout le portail.

— Seulement sur mon ordre ! répéta le sergent.

La source de lumière pénétra dans la pièce, repoussant les ombres. Les machines alignées contre les murs s’avérèrent reliées à un impressionnant réseau de câbles et de conduites qui convergeaient tous au centre du plafond voûté. La lumière commença à se tordre et à se déformer, se condensant en une silhouette. Kholka se souvint d’une légende de son peuple au sujet d’êtres angéliques qui emportaient les morts tombés sur le champ de bataille pour les conduire auprès de l’Empereur. Son doigt se crispa sur la gâchette de son bolter et ces histoires d’anges repartirent dans les couches inférieures de sa conscience. Il était sur le point de donner l’ordre de tir.

Avant même qu’il ait pu le faire, la salle résonna des détonations de bolter. Le Scout Telluk venait d’ouvrir le feu. À cette distance, il était impossible de manquer sa cible.

La silhouette ne flancha même pas, malgré les trois balles explosives qui lui transpercèrent le torse. Le corps argenté ondula, le visage n’abandonna jamais sa sérénité dérangeante. Ses traits se modifiaient à chaque seconde, seuls les yeux restaient les mêmes : profonds et d’un rouge intense. Les balles de bolter furent absorbées comme dans un fluide pour ne plus laisser la moindre trace de blessure.

— Tir en rafale ! ordonna Kholka en ouvrant à son tour le feu.

Tous les bolters de l’escouade se joignirent au sien. La salle fut remplie de fumée, de l’odeur de poudre et d’un vacarme assourdissant. Les rafales se succédèrent, mais la créature absorba chaque impact comme elle l’avait fait des trois premiers.

Kholka ouvrit la bouche pour donner un nouvel ordre, quand il sentit le goût du sang sur sa langue. Il cracha au sol et vit que sa salive était teintée de rouge. Il jeta un coup d’œil autour de lui et constata que la plupart de ses Scouts saignaient du nez.

— Sois maudit ! cria Meleriex en levant ses griffes éclair et en se dressant devant la silhouette de lumière.

— Meleriex ! cria Kholka en basculant le sélecteur de tir de son arme sur automatique. Reculez !

La silhouette du Raven Guard se dessina sur l’intense lumière dégagée par la créature. Celle-ci leva une main et fit un geste presque anodin en direction de Frère Meleriex. Un trait de lumière, saupoudré de points microscopiques, jaillit de la main levée et

l’enveloppa de son aura. Le Space Marine chancela d’un pas en arrière, se plia en deux, puis vomit un flot de sang sur le sol.

— Automatique ! cria Kholka.

Utiliser ce mode de tir avec Meleriex sur le passage était dangereux pour ce dernier, mais il n’avait pas le choix, car le Raven Guard était vulnérable et serait probablement définitivement condamné. Les bolters rugirent, des douzaines de projectiles frappèrent la silhouette, mais elle sembla, une fois encore, ne pas être affectée par l’intense fusillade qui aurait pourtant mis en charpie n’importe quelle créature de chair et de sang.

L’arme de Kholka émit un claquement sec quand elle eut vidé son chargeur. Il porta une main à sa ceinture pour en prendre un autre, toussa, et vit des gouttes de sang gicler devant lui.

— Reculez ! Il est à moi ! cria Frère Meleriex en se redressant.

La silhouette leva alors son autre main et répéta le même geste.

— Rejeton du Chaos ! cracha le Raven Guard, sa griffe éclair crépitant d’énergie. Je vais te tuer, même si c’est mon dernier…

La lumière aveuglante s’éteignit subitement et un silence de mort s’abattit sur la salle enfumée.

L’être d’argent se tenait là, immobile, ses traits enfin stabilisés. Le visage n’était ni celui d’un homme ni celui d’une femme, ni jeune ni vieux, mais ses yeux recelaient une certaine trace d’humanité.

— Tout le monde recule, souffla le sergent, en faisant tout de même claquer un chargeur plein dans son bolter. Une lointaine explosion fit vibrer la salle. Les Scouts reculèrent doucement, et seuls les trois Raven Guards restèrent là où ils étaient.

— Vous… commença l’être d’une voix qui n’était pas unique, mais qui en contenait des millions d’autres. Vous êtes les ennemis de Voldorius.

Ce n’était pas vraiment une question, plus une constatation.

— Nous le sommes, en effet, répondit Kholka.

— Nous sommes au service de l’Empereur, grogna Meleriex entre ses lèvres ensanglantées. Tu dois mourir, maintenant !

— Meleriex ! Attendez ! lui cria le sergent.

— Il dit vrai, les interrompit la créature d’argent, sa voix, ses voix imprégnées d’une éternité de souffrance et de tristesse. Il sait. Nous devons mourir.

Les pensées de Kholka se télescopèrent en essayant de décrypter les paroles de l’inconnu. Meleriex reprit la parole avant qu’il puisse dire le moindre mot.

— Tu es l’hôte du sang. Tu sers le maudit. Maintenant, comme tu l’as toujours fait.

L’être secoua doucement la tête, ses yeux rouges emplis d’une évidente désolation.

— Nous avons été créés bien avant l’avènement de celui qui se nomme Voldorius, dit-il. Nous devions être l’arme ultime. Nous étions le Flot de Sang…

— Le Flot de Sang ? répéta Kholka alors que des visions d’apocalypse jaillissaient dans son esprit. Mais ce n’est qu’une légende !

— Pas une légende, le coupa à nouveau la créature. Nous sommes une réalité.

— Dans ce cas, tu te condamnes toi-même, lui répondit le sergent. Tu es le Grand Ennemi !

La chose sembla réfléchir aux paroles du sergent, et ses yeux plongèrent dans les siens.

— Nous ne sommes pas ce Grand Ennemi que tu nommes. Celui dont tu parles est l’au-delà, l’irréel, l’incorporel. Nous ne sommes pas cela.

— Qui êtes-vous, alors ? répliqua Kholka alors qu’une autre explosion faisait trembler la salle.

— Nous fûmes créés bien longtemps avant la naissance du royaume que tu sers. Bien plus longtemps que tu ne peux l’imaginer. Nous fûmes libérés par nos créateurs, mais ils furent vaincus et nous fûmes enfermés sous terre pour y dormir une éternité durant.

Kholka commençait à comprendre.

— Il vous a retrouvé, dit-il. Et il vous a forcé à le servir ?

— Et nous fûmes à nouveau lâchés sur les mondes des hommes. Nous entrions dans le sang, et le sang enflait, et des mondes tombaient.

— Sur son ordre.

— Sur son ordre. Il a voulu recommencer, mais nous l’avons défié.

— Mais pourquoi ? intervint Meleriex. Pourquoi vous retourner contre ce maître que vous avez servi si longtemps ?

L’être se tourna vers le Raven Guard.

— Avant, nous étions une multitude, mais désormais, nous ne sommes qu’un. Chacun de nous n’était qu’une étincelle de volonté, une goutte dans un océan de sang, un esprit sur une mer d’âmes. Nous avons dormi si longtemps. Et durant ce long sommeil, nous avons fusionné. Et des songes sont venus nous visiter.

— Quels songes ? insista Kholka, même s’il avait déjà une idée sur la réponse.

— Des songes de… douleur. Des songes de… vie.

— Et vous voudriez mettre un terme à cette douleur ? lui demanda le sergent. Vous voudriez mettre un terme à votre existence ?

— C’est cela, répondit la créature. Nous sommes un et nous rêvons, et nous en avons assez de cette servitude.

— Pourquoi ne pas le faire vous-mêmes ? lança Meleriex.

— Nous n’en avons pas le pouvoir, lui dit la chose. C’est ainsi que nous fûmes créés. Mais vous…

— Nous pourrions mettre fin à vos souffrances ? s’étonna Kholka. Dites-nous comment.

L’être hocha la tête à l’attention du sergent, comme pour lui être reconnaissant de comprendre enfin.

— Vous devez nous brûler. Mais tout d’abord, vous devez savoir une chose. Une portion de nous nous a été enlevée afin d’être implantée dans un autre être, un être sur lequel Voldorius espère avoir une emprise.

— Qui ? lui demanda Meleriex.

— Une femme. Une femme de ce monde. Elle est forte et c’est pour cela qu’elle a été choisie. Sa force la gardera en vie, mais elle sera détournée au service de Voldorius. Nous en sommes certains.

— Où est-elle ? le poussa Kholka.

— La nef, répondit la silhouette. Tout près d’ici.

— La cathédrale ? voulut savoir le sergent qui sentait monter en lui un terrible pressentiment.

L’être approuva d’un signe de tête.

— Nous devons l’arrêter, cracha Meleriex. Quel que soit ce qu’il a prévu de faire…

— Vous devez d’abord nous apporter le repos, objecta la créature, une note implorante dans les voix.

Kholka hocha la tête, il savait ce qu’il avait à faire.

— Vous avez dit que le feu pouvait vous détruire.

— Nous fûmes forgés par le feu. Et par le feu nous succomberons.

Les trois Raven Guards se groupèrent face au prisonnier. Les White Scars quittèrent la salle. L’être resta silencieux, son visage serein et attendant la délivrance.

— Nous allons maintenant exécuter la mission confiée par le capitaine des ombres, dit Meleriex lorsque ses frères se placèrent à ses côtés. Rydulon ?

Le Space Marine épaula son lance-flammes. Le prisonnier leva la tête et ouvrit grand ses bras. Le sifflement émis par la veilleuse de l’arme était le seul bruit audible dans ce silence surnaturel. Le doigt de Rydulon appuya sur la détente de son arme, et une langue de feu jaillit et projeta dans la salle une lumière orangée accompagnée d’un grondement sourd. Les flammes frappèrent le prisonnier en pleine poitrine, puis engloutirent tout son corps. Mais il n’en subit aucun dommage.

— Encore ! dit Meleriex. Nous avons des ordres. Il ne doit rien rester derrière nous.

Rydulon libéra un deuxième jet enflammé, gardant le doigt sur la détente afin que sa cible reste plongée dans un véritable enfer. Le prisonnier resta droit au milieu de la fournaise, mais son corps refusa cette fois encore de se laisser dévorer. La température à l’intérieur de la salle monta rapidement. Les Space Marines durent déclencher les systèmes climatiseurs de leur armure afin de ne pas eux-mêmes succomber à l’intense chaleur.

Puis, le splendide argent commença à changer de couleur. Les flammes continuaient à l’envelopper, suivant les courbes de ses muscles. Des taches orange s’étendirent sur sa poitrine jusqu’à ce que tout l’argenté ait disparu et que toute la silhouette sembla faite de magma en fusion.

— Assez ! dit Meleriex au-dessus du grondement infernal.

Le prisonnier était toujours dressé là, mais des gouttes de sa chair de lave commençaient à tomber à ses pieds où elles dessinaient une petite mare de métal fondu. Le prisonnier leva un bras en direction de la cathédrale. Aucune émotion n’était visible sur son visage.

— Vous allez la sauver ?

La voix du prisonnier résonna dans la salle. Ce n’était plus celle d’un million de personnes, car toutes avaient fusionné en une seule, profonde et sonore.

— Si possible, répondit Meleriex. Nous ferons ce qui doit être fait.

— Vous devez la sauver, reprit la voix qui semblait maintenant un peu plus lointaine.

— Nous ferons ce qui doit être fait, répéta le Raven Guard. Rydulon, termine ça.

Une dernière langue de feu frappa la poitrine du prisonnier et cette fois-ci, il s’enflamma totalement et les trois Space Marines durent reculer devant l’intense fournaise. Même les systèmes de leurs armures ne purent compenser la forte température ambiante. Meleriex fit signe à ses deux frères de quitter la pièce, et s’arrêta une dernière fois devant le portail.

— Mission accomplie, capitaine des ombres, dit-il dans sa radio, avant de se retourner à nouveau vers la fournaise.

— C’est le Khan ! Il a lancé son assaut sur la cathédrale ! cria Khula au sergent Kholka alors que l’unité courrait dans le tunnel afin de mettre le plus de distance possible entre cette salle et eux, et trouver enfin la cathédrale où le seigneur Voldorius avait engagé son terrible rituel.

— Grâce soit rendue au primarque, grommela Kholka en tournant à un coude, où il s’arrêta et se laissa dépasser par le reste de l’escouade. Il jeta un coup d’œil en arrière, vers l’extrémité du tunnel où luisait la lueur orange.

Meleriex et ses deux guerriers devaient toujours se trouver dans la salle et apporter au prisonnier la fin qu’il avait réclamée. La lueur enfla encore et les pierres sous ses pieds lui transmirent les vibrations d’un grondement sourd. Une note grave monta progressivement en tonalité et en intensité, et l’air fut bientôt empli des gémissements de millions d’âmes damnées. Le grondement devint un rugissement et un vent violent se mit à souffler dans le tunnel. Pour Kholka, qui dut se plaquer contre la paroi pour ne pas être renversé, cela provenait de la salle.

Les silhouettes des trois Raven Guards se dessinèrent sur l’intense lueur. Frère Meleriex et ses hommes couraient dans le couloir, la lumière dans leur dos devenant aveuglante, le rugissement encore plus fort et le vent plus violent.

— Abritez-vous ! cria Meleriex en approchant.

Le sergent se jeta derrière le coude de la paroi, et quelques secondes plus tard, les trois Raven Guards débouchèrent eux aussi. Avant que l’un ou l’autre n’ait pu prononcer la moindre parole, le grondement devint insoutenable, menaçant même les sens améliorés des Space Marines. Kholka serra les dents et se sentit assailli par un milliard de voix agonisantes. Puis, elles se turent subitement et le vent tomba d’un coup.

— C’est fait, souffla Meleriex avec un signe de tête à l’attention de Frère Rydulon.

Le lance-flammes de ce dernier avait dépensé jusqu’à sa dernière goutte de prométhium. Le visage de Meleriex était pâle à cause de tout le sang qu’il avait perdu, mais ses yeux brûlaient toujours de la même ferveur.

— Enfin, presque, ajouta-t-il.

— La femme, acquiesça Kholka. Si ce que le prisonnier a dit est vrai, elle doit mourir.

Le Raven Guard hocha la tête d’un air sombre, sans rien ajouter de plus.

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