La Chasse de Voldorius

Andy Hoare · Chapitre 8 sur 18

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La Chasse de Voldorius

Chapitre VII - Débarquemrnt PlanLétaire

CHAPITRE VII

 

Débarquemrnt Planétaire

— Compensation lambda point alpha, annonça le pilote avant de lever une main pour effectuer quelques ajustements sur un appareil au-dessus de lui. Vélocité optimale dans cinq. Passage en vol furtif à votre ordre, mon Khan.

Kor’sarro vérifia son terminal de commande, l’un des nombreux écrans lui montrant une vue arrière. L’énorme disque vert de la lune de Quintus s’éloignait, et les Thunderhawks de la force de frappe échappèrent à son influence gravitationnelle pour passer sous celle de Quintus. En l’espace de cinq minutes, la force tout entière, regroupant la totalité des unités à la disposition de Kor’sarro, devait se faire la plus invisible possible et observer un silence radio complet. Laissant le Lord of Heavens dans les abords extérieurs du système de Quintus, la compagnie allait très bientôt se retrouver livrée à elle-même.

Les données qui défilèrent indiquèrent au capitaine que tous les vaisseaux de sa force de frappe étaient en formation et qu’ils annonçaient tous que tout était en ordre. Mais le Maître de la Chasse n’était pas disposé à se fier totalement aux esprits de ces machines.

— À tous les Chasseurs, dit-il dans la radio. Confirmez votre statut.

L’un après l’autre, chaque appareil répondit. Les réparations effectuées sur Chasseur Trois, suite aux dommages subis sur Cernis IV, semblaient tenir, signala son chef de bord. Sept techmarines avaient travaillé sur le Thunderhawk, remplaçant un aileron entier avant de prier l’esprit blessé de la machine durant trois jours et trois nuits. Kor’sarro espéra que leur dévotion s’avérerait suffisante, car chaque vaisseau, et le moindre Space Marine qu’il transportait, était vital pour la mission à venir. Chasseur Neuf, l’appareil assigné au transport des munitions, fut le dernier à répondre, mais lui aussi annonça que tout allait bien.

Avant que la compagnie ne quitte le bord du Lord of Heavens, Kor’sarro avait médité une nuit entière sur la bataille qui s’annonçait. Avant cela, il avait passé de longues heures en tête à tête avec le chapelain Xia’ghan et le Prophète des Tempêtes. Le Maître de la Chasse avait cherché à se débarrasser du poids de ce qui s’était passé sur Cernis IV. Xia’ghan l’avait absous de tout sentiment de vilaine fierté ou culpabilité, le déclarant pur aux yeux de l’Empereur. Qan’karro avait lancé ses osselets, à l’instar d’un chaman des steppes, puis avait annoncé que la mission était fondée, sa conclusion obscure à cet instant, mais son objectif noble. Jamais depuis sa toute première quête, sur la troisième lune de la géante gazeuse Mai Nine, ne s’était-il senti aussi légitime dans ses actes.

— À tous les chefs de groupe, reprit-il. Nous partons avec la bénédiction de l’Empereur et de notre primarque, béni soit son nom. Notre mission est claire et vous avez tous vos instructions. Passez en vol furtif, et bonne chasse.

— Vol furtif engagé, mon Khan, confirma le copilote après avoir basculé une série de commandes et abaissé un petit levier situé près de lui. Avec chaque commande basculée, une partie des systèmes de l’appareil fut mise hors service, en attente du moment où elle serait réactivée. Les énormes propulseurs du Thunderhawk s’éteignirent et le poste de pilotage devint étrangement silencieux. Kor’sarro entendit son propre sang battre dans ses oreilles. Son organisme génétiquement amélioré se préparait déjà au combat, stimulé davantage encore par les drogues administrées par le système d’injection intégré à son armure énergétique. Il murmura une prière silencieuse enseignée alors qu’il était enfant par le chaman de sa tribu et tourna tout son esprit vers la mission à accomplir. Les guerriers avaient encore plusieurs heures devant eux, durant lesquelles ils devaient rester en alerte et prêts à affronter toute résistance durant leur débarquement.

Le poste fut finalement plongé dans l’obscurité et tous les systèmes non-essentiels furent mis au repos. Des ombres se retrouvèrent projetées sur les panneaux de contrôle et tout l’intérieur fut baigné de la lumière verdâtre de la lune de Quintus. Les appareils poursuivaient leur course sur l’élan insufflé par la poussée initiale et plus aucune correction de trajectoire ne fut apportée avant le tout dernier moment et l’entrée dans l’atmosphère de la planète. Même les panneaux de contrôle furent éteints, un seul écran restant allumé.

— La balise ? demanda Kor’sarro.

Le poste de pilotage était tellement silencieux qu’il avait par réflexe parlé à voix basse, même s’il savait très bien qu’aucun ennemi n’était là pour l’entendre. C’était devenu une habitude chez les natifs de Chogoris : ils modéraient le volume de leur voix selon la puissance des vents.

— Nous la suivons, mon Khan, répondit le copilote. Le signal porteur est parfaitement clair.

— Parfait.

Kor’sarro ne pouvait réprimer une certaine frustration de devoir se fier à de telles méthodes pour guider une force de frappe entière jusqu’à sa cible. Le signal était généré par le Lord of Heavens, selon une longueur d’onde subéthérée que très peu dans toute la galaxie pouvaient détecter. Il était de plus crypté sous une forme que bien moins encore auraient pu décoder. La nécessité de discrétion ne permettait pas non plus de synchroniser entre eux les différents appareils afin qu’ils arrivent tous à l’endroit voulu au moment prévu. En remplacement, chacun se guidait sur le signal indétectable émis par le croiseur et dirigé droit sur leur objectif.

— Dyloss à Shrike, dit une voix dans ses écouteurs. Vous me recevez ?

— Je vous écoute, répondit le capitaine en pleine patrouille dans les régions rocheuses au nord-ouest de la base de la Raven Guard.

— Frère-capitaine, j’ai des nouvelles concernant ce rayon guide.

Le casque de Shrike avait été réparé et il entendait parfaitement le message. Il fit signe aux Space Marines autour de lui de faire halte, puis, toujours à l’aide de gestes conventionnés, il leur ordonna de se mettre en position de défense, en couvrant de leurs armes toutes les directions possibles.

— Allez-y. Avez-vous réussi à le décrypter ?

— Le code lui-même reste impénétrable, répondit le techmarine. Mais, j’ai pu remarquer une chose dans la nature du signal, ainsi que sa source.

Cela faisait cinq jours que le techmarine Dyloss avait repéré ce faisceau, et il avait travaillé dessus sans prendre le moindre repos, jour et nuit. Durant ce temps, la Raven Guard avait repris ses patrouilles dans la région autour de Mankarra, dispensant mort et destruction à tout ennemi sur lequel elle tombait. Après chaque bataille, ils avaient laissé de fausses preuves afin de dissimuler la vraie nature des agresseurs. Après l’une de leurs embuscades, ils avaient même habillé un cadavre avec un uniforme impérial qu’ils avaient apporté dans ce but. Non pas que Shrike espérait duper les envahisseurs qu’une armée impériale avait débarqués sur Quintus, mais toute confusion venant s’ajouter dans l’esprit des commandants ennemis servirait la cause des Space Marines.

— Le signal est une ligne de guidage, du type utilisé pour la navigation en aveugle, indiqua Dyloss.

— Alors, quelqu’un le suit, commenta Shrike, tout autant pour lui-même qu’à l’attention du techmarine. Vous avez des coordonnées ?

Après une petite pause, durant laquelle Shrike entendit les mains du techmarine pianoter sur la matrice, laquelle crépitait en fond sonore, la réponse arriva.

— Je suis toujours en train de chercher à l’affiner, mais je vous envoie les premières estimations.

Le capitaine Shrike leva son bras gauche pour lire le petit afficheur monté sur l’avant-bras de son armure. Une représentation de la région environnante apparut sur l’écran, avec un petit cercle rouge en son centre.

— À un jour de marche, dit-il, puis il bascula sa radio sur un canal destiné à tous les chefs d’escouade. À toutes les unités. Convergez sur mes coordonnées, statut tactique gamma-neuf. Confirmez.

Les sergents confirmèrent l’un après l’autre qu’ils avaient bien reçu le message. Shrike n’allait pas permettre que sa mission sur Quintus soit compromise par un nouvel intervenant, quel qu’il soit.

Pour la dixième fois en autant de minutes, le sergent Scout Kholka leva les yeux vers le ciel qui s’assombrissait, même s’il savait que la force de frappe ne serait pas là avant une bonne heure, et encore, si tout se déroulait sans accroche.

Ses Scouts et lui avaient trouvé une zone d’atterrissage et en avaient transmis les coordonnées au Thunderhawk en orbite lors de son dernier passage cinq jours plus tôt. Depuis, ils attendaient, surveillant d’éventuelles intrusions ennemies.

La zone choisie était le fond du cratère d’un volcan éteint, entouré de falaises de cinq cents mètres de haut et disposant d’une seule et unique brèche vers le nord.

Bien sûr, la pertinence de l’endroit aurait pu être remarquée par tout ennemi potentiel et pour cette raison, le sergent avait ordonné à ses hommes d’ouvrir l’œil à la recherche de toute activité hostile. Il les avait répartis tout autour du cratère. Une heure plus tôt, Borchu avait signalé des mouvements possibles en direction du nord, et Kholka avait fait tout le tour de l’anneau rocheux pour venir prendre place près de lui.

Il détourna le regard du ciel étoilé et le posa sur les étendues sombres devant lui. Le soleil se couchait et projetait de longues ombres sur le sol. N’importe quel ennemi aurait pu tirer profit de tous ces recoins sombres. Il hésita avant de lever ses jumelles. Il voulait tout d’abord s’imprégner de son environnement. Il s’imagina être un prédateur à la recherche de sa proie, ignorant la possibilité qu’il puisse être lui-même la proie s’il se trouvait un chasseur dissimulé en bas.

Les désolations s’étendaient sur des kilomètres dans toutes les directions, mais au nord-ouest, au-delà de l’horizon, il savait qu’il y avait les zones agricoles. Environ une centaine de kilomètres plus au nord se trouvait Mankarra. C’était de cette direction que proviendrait plus probablement toute action ennemie et c’était justement là que Borchu avait cru voir quelque chose bouger.

Kholka porta enfin ses jumelles à ses yeux.

— Localisation ? demanda-t-il au Scout près de lui.

— Cinq dans les profondeurs hivernales, répondit Borchu. Trois points et neuf par la harde.

Le vétéran avait tellement l’habitude d’utiliser les chants de bataille qu’il n’avait même plus besoin de convertir les phrases codées en données standards. L’indication contenait en elle-même tous les repaires et toutes les données nécessaires. Plus important peut-être, elle faisait référence à une tradition culturelle que seul un natif des steppes pouvait comprendre, ce qui compliquerait la tâche d’un ennemi interceptant les communications.

Il fit courir ses jumelles de l’ouest à l’est et ajusta la mise au point sur un secteur bien précis trois kilomètres plus loin. Comme toute la région, ce secteur était hérissé d’arches de pierre et d’éperons volcaniques, noirs ou gris sombre, l’environnement parfait pour quiconque cherchait à s’y dissimuler. Il zooma un peu plus, oubliant ce qui l’entourait et s’imaginant lui-même cherchant à passer par là. Quel chemin prendrait-il pour approcher du volcan ?

Ses yeux furent attirés par une barre rocheuse entre deux aiguilles, une configuration sans doute provoquée par un fleuve de lave qui aurait traversé une barrière minérale plus ancienne. Le passage permettait d’approcher par le nord-est et sa profondeur serait plongée dans l’ombre durant une bonne partie de la journée.

Il venait de localiser une route possible permettant d’approcher de la zone d’atterrissage et il poursuivit aussi loin qu’il le put. Parfois, le passage était dissimulé par un accident de terrain comme ces grandes aiguilles rocheuses ou ces amas semblables à des empilements de coussinets. Il ne vit aucun signe de présence ennemie à son premier passage et il bascula le filtre infrarouge. Il se rendit cependant compte que la température dégagée par le sol volcanique était relativement élevée, suffisamment pour masquer la présence de tout ennemi qui aurait fait en sorte d’échapper à ce genre de détection. Peu importe, se dit Kholka en changeant de filtrage, il préférait bien plus se fier à ses sens, affinés par les arcanes de l’ingénierie génétique et par des siècles d’expérience sur le champ de bataille.

Il se concentra en particulier sur une zone d’ombre bien précise. Si je me déplaçais le long de cette route, pensa-t-il, c’est par là que je passerais. Le passage offrait une vue dégagée sur le volcan et disposait d’un abri proposé par un surplomb.

Ce n’est qu’après être resté sur ce même point durant près de quinze minutes, sans jamais cligner des yeux ni détourner sa concentration, qu’il repéra enfin un très léger mouvement. Une tache, un peu plus sombre que le reste et tout juste détectable, se déplaçait en effet très légèrement.

— Ennemi localisé, grogna-t-il.

Shrike avait envie d’allumer ses réacteurs dorsaux pour bondir à travers le ciel nocturne droit sur la position repérée par son auspex, mais il se retint. Pas avant d’avoir eu confirmation des forces en présence, du moins. Révéler maintenant sa propre position serait du suicide.

Il avait suivi le point d’impact du signal guide et il était maintenant certain qu’il s’agissait de l’intérieur de cet ancien volcan qui s’élevait devant lui. C’était bien trouvé. Cet endroit était tout désigné pour un débarquement planétaire, mais seulement si ces combattants désiraient passer inaperçus des autres forces connues à la surface de Quintus.

Dix heures plus tôt, avant que le soleil ne se lève au-dessus des plaines au sud-ouest de Mankarra, Shrike avait réuni ses sous-officiers et ses spécialistes. Chacun s’était vu offrir l’opportunité de prendre la parole, de proposer sa théorie sur l’identité de ces mystérieux étrangers qui ne tarderaient pas à entrer dans le jeu. Plusieurs avaient fondé l’espoir qu’il s’agissait d’une aide dépêchée à Mankarra, des renforts en quelque sorte, même si cette éventualité était fort improbable. Avant d’embarquer pour entreprendre cette mission, Shrike s’était renseigné sur les forces de l’Imperium présentes dans cette région. D’après ses informations, aucune ne s’était vue affectée à cet objectif. De plus, comme certains l’avaient avancé, il était bien trop tôt pour espérer une telle intervention, car une telle force prendrait des mois à être rassemblée et préparée, sans compter qu’elle n’approcherait pas en prenant de telles précautions.

D’autres opinions avaient également été exprimées. Peut-être s’agissait-il de renforts pour les envahisseurs. Mais alors, pourquoi autant de discrétion ? Était-ce une bande rivale qui tentait de renverser Voldorius dans le seul but de le remplacer par un autre, plus brutal encore ?

Une dernière possibilité avait émergé durant cette réunion. Il pouvait également s’agir de frères Space Marines se rendant sur Quintus afin d’aider à en expulser l’Alpha Legion et son vil seigneur. Voilà qui expliquerait l’utilisation de cette technologie hautement sophistiquée, mais Shrike n’avait reçu aucune information sur la présence d’un autre chapitre dans les environs immédiats.

Le chapitre des Salamanders, il le savait, avait bien disposé d’une force de frappe dans le secteur Magulanox, mais elle avait quitté ce bras galactique en se lançant à la poursuite du seigneur Hax, un libre marchand renégat. Le chapitre des Celestial Guards était également en opération à une douzaine

d’années-lumière de Quintus seulement, mais selon ses dernières informations, toutes les forces avaient été rappelées vers Erenon, leur monde d’origine, pour repousser une incursion ork d’envergure. Les Imperial Fists avaient bien une force en garnison près de l’amas Jagga, mais c’était encore plus loin. Il restait les Tigers Argent, les White Scars et les Howling Griffons qui tous pouvaient, en théorie, lancer des opérations aussi loin de leurs bases.

Non, avait décidé Shrike. La Raven Guard ne pouvait se permettre ce genre de spéculation et supposer que ceux qui arrivaient étaient des alliés. Il avait donc donné l’ordre de progresser vers la zone d’atterrissage présumée en prenant toutes les précautions d’usage, et de se préparer à intercepter les arrivants.

Il recula dans l’ombre et attendit donc.

— Entrée des dernières corrections, annonça Frère Koban. Début de l’approche finale.

Kor’sarro regarda par la verrière du poste de pilotage approcher la surface noire de Quintus. La force de frappe arrivait sur la partie de la planète plongée dans la nuit. Le croissant lumineux dessinait un halo de lumière en direction de l’est. Dans leur dos, la lune projetait toujours son éclat maladif et baignait le sol d’une douce lueur verdâtre. Au fur et à mesure que s’égrenaient les minutes, des points de lumière artificielle apparurent, signes évidents de civilisation. Il était impossible de dire si ces points symbolisaient des complexes industriels ou simplement des agglomérations, et encore moins dans quel état ils étaient.

Les appareils se cabrèrent soudainement en pénétrant dans les couches supérieures de l’atmosphère, et Kor’sarro adressa une prière au primarque. Il implora le premier Grand Khan de leur accorder sa bénédiction, comme il l’avait déjà fait à plusieurs centaines de reprises. Jusque-là, le primarque avait toujours posé un œil bienveillant sur le Maître de la Chasse et ses frères White Scars. Quel que soit l’endroit où se trouvait Jaghatai Khan, quel que soit l’endroit reculé de la galaxie dont il avait fait son terrain de chasse, il avait toujours accordé ses faveurs à ses fils préférés, les fiers guerriers des steppes de Chogoris.

— En approche de la ligne Kàrmàn locale, dit le pilote. Cent kilomètres.

Les turbulences s’intensifièrent lorsque les Thunderhawks s’enfoncèrent dans l’atmosphère. La surface de la planète occupait maintenant largement la vue depuis le cockpit. La nécessité de discrétion était telle que les appareils n’enclencheraient leurs moteurs directionnels qu’au tout dernier moment, avant d’actionner leurs générateurs antigrav pour freiner leur descente.

La configuration du terrain devint progressivement plus identifiable. La première impression de Kor’sarro sur Quintus fut celle d’une planète traversée par de hautes chaînes de montagnes et marquée par des signes d’une intense activité volcanique. Même si tout lui semblait vert à cause de l’éclairage proposé par la lune, il savait que le sol était essentiellement recouvert de cendres noires et grises, et que la vie avait le plus grand mal à s’y accrocher.

Entre les vastes chaînes de montagnes s’étalaient des étendues désolées, hérissées de formations rocheuses et traversées de profondes vallées creusées par le passage de torrents de lave à une époque très reculée. La nature du terrain avait forcé l’humanité à s’éparpiller dans certaines régions bien spécifiques, puis cela avait été accentué par la nécessité de mettre en place une base stratégique d’où les forces impériales pourraient repousser les incursions orks arrivant des systèmes voisins. En réalité, cet endroit n’était rien de plus qu’un dernier rempart. Ses défenseurs n’auraient pas eu la moindre chance de tenir face à une invasion à grande échelle, mais leur courage et leur sacrifice auraient permis de monter une contre-attaque. L’arrivée de Voldorius avait annihilé tout cela.

— Activation des moteurs directionnels, annonça Frère Koban.

Voilà, le point de non-retour était atteint. Si l’ennemi avait le regard vers cet endroit du ciel, il ne manquerait pas de détecter les appareils. Un instant plus tard, le grondement de l’atmosphère contre la carlingue fut remplacé par celui des moteurs qui s’éveillaient à la vie, un vacarme qui parut bien peu discret à Kor’sarro.

Le pilote tira sur les commandes et plaça le Thunderhawk selon son angle d’approche, l’horizon remontant subitement.

— Dix kilomètres de l’objectif, indiqua Frère Koban. Mise en route des générateurs antigrav dans dix secondes.

Kor’sarro se raidit sur son siège et compta dans sa tête. Quand il arriva à zéro, il sentit la vitesse de l’appareil chuter fortement, et l’énorme structure gémit de protestations. Les Thunderhawks étaient cependant d’une fabrication robuste, conçus selon les spécifications les plus exigeantes, et entretenus avec une extrême dévotion par les techmarines. Ils pouvaient survivre à un tel traitement.

— Cinq kilomètres de la zone d’atterrissage, dit la voix calme du pilote. Rallumage des systèmes.

Tous les instruments s’allumèrent en même temps. Les écrans déversèrent leur flot de données et des indicateurs lancèrent leurs avertissements.

Kor’sarro chercha parmi les écrans devant lui et trouva rapidement la zone prévue pour leur atterrissage. Il jeta un coup d’œil par la verrière et put pour la première fois avoir une vue directe sur cet ancien volcan vers lequel ses hommes et lui fonçaient. Il ne pouvait voir aucun des huit autres Thunderhawks. La petite flotte transportait l’intégralité de la 3e compagnie ainsi que plusieurs véhicules blindés. Tous appliquaient à la lettre les consignes sur le silence radio, leurs transpondeurs d’identification ayant même été déconnectés pour ne pas donner d’indication à un éventuel ennemi. Le seul signal actif était celui sur lequel ils se guidaient.

Le capitaine observa le terrain tout autour du volcan. Il savait que si l’ennemi les attendait, il serait parfaitement dissimulé par un environnement aussi accidenté. Les appareils n’étaient plus qu’à quelques kilomètres de la surface.

— Faites un tour d’observation, Frère Koban, ordonna Kor’sarro. Ensuite, posez-nous.

Le Thunderhawk dévia sa course, laissant le volcan derrière lui. Quelque part sur ce gigantesque cratère, le capitaine le savait, le sergent Kholka et ses Scouts attendaient. Ils devaient vraisemblablement être si bien dissimulés qu’il ne les verrait probablement pas. Le Thunderhawk poursuivit sa manœuvre circulaire, gardant le volcan sur sa gauche. Le tour de repérage ne prit que quelques minutes et le pilote actionna les commandes pour ramener son appareil directement au-dessus de l’énorme gueule.

— Aucun signe de… commença le pilote.

— Là ! le coupa Kor’sarro indiquant un ravin qui tranchait le sol accidenté droit vers la brèche ouverte dans le cratère. Mouvements ! Faites-nous faire un passage !

— Faut-il prévenir les Scouts, mon Khan ? demanda le copilote.

— Oui, mais activez aussi tous les systèmes d’armement.

Le Thunderhawk fit un nouveau détour et le pilote lui fit prendre la direction indiquée. Quelques secondes plus tard, l’appareil survolait le ravin en question à quelques dizaines de mètres d’altitude. L’un des écrans devant Kor’sarro lui montra les systèmes de visée des armes embarquées occupés à se chercher des cibles potentielles.

L’esprit de la machine avait repéré quelque chose. La petite croix passa au rouge clignotant, les armes étaient prêtes à tirer.

Le sergent Scout soupira de soulagement lorsque les Thunderhawks se montrèrent dans le ciel. Il lui restait pourtant la possibilité d’annuler l’atterrissage en cas d’activité ennemie. Le premier des appareils effectua un soudain virage et se dirigea droit vers la saignée dans laquelle il avait déjà cru voir quelque chose. Visiblement, l’esprit de cette machine, bien plus performant que lui, avait lui aussi repéré un indice anormal et il était parti voir ce qu’il en était.

Il reporta son attention sur l’endroit précis où il avait vu cette tache sombre bouger. Il savait qu’il n’avait que quelques secondes pour prendre sa décision. Et il le revit. Un bref déplacement noir sur un fond tout aussi sombre. Il poussa le grossissement de ses jumelles au maximum.

— Frère-sergent, chuchota Brochu tout près de lui. Chasseur Un demande confirmation de notre statut.

— Dis-leur de rester en attente, lui répondit Kholka entre ses dents serrées.

Il y avait bien une silhouette noire dans l’ombre de ce rocher. Le sergent n’entendit pas la réponse transmise par son guerrier, tant son attention était tout entière tournée vers ce qu’il tentait de voir.

— Excusez-moi frère-sergent, insista le Scout. Le frère-capitaine Kor’sarro demande une confirmation immédiate. Il est sur le point d’engager sa cible.

Le Thunderhawk se mit en effet à piquer sur cette position que lui-même observait et un tout petit motif blanc se dessina sur le fond noir.

— Le conspirateur… indiqua Kholka dans son propre micro. Remontez, frère-capitaine, contact confirmé. Annulez l’attaque !

Le Thunderhawk avait à peine touché le sol que Kor’sarro descendait le long de la rampe d’embarquement, ses bottes blindées faisant crisser sous elles les graviers. Il se trouvait au milieu du fond plat de l’ancien volcan, les coulées de lave refroidies depuis bien longtemps dessinant des courbes élégantes. Les flancs du cratère montaient bien haut tout autour d’eux et traçaient un cercle mauve et rouge dans le ciel nocturne. Les premiers appareils du reste de la force effectuaient à leur tour leur descente en soulevant des panaches de poussière cendrée.

— Toi ! grogna Kor’sarro en avançant d’un pas résolu vers le groupe de Space Marines en armure noire, son escouade de commandement le suivant de près. Un mélange de colère et d’indignation montait en lui. Il n’était pas disposé à laisser qui que ce soit se dresser entre l’objet de sa quête et lui.

— La Raven Guard ! annonça-t-il en s’arrêtant devant eux.

Il avait face à lui un autre Space Marine, en armure énergétique entièrement noire et une héraldique symbolisant un corbeau blanc peinte sur son épaulière. Le guerrier avait enlevé son casque. Son visage avait la pâleur de la mort et ses longs cheveux sombres tombaient sur ses épaules. Ses yeux étaient deux fosses entièrement noires, une particularité physique qu’il partageait avec les plus anciens membres de son chapitre.

— Que viens-tu chercher dans les ombres de Quintus ?

— J’apporte la mort, répondit la voix sombre et menaçante de Shrike. J’apporte la délivrance, ajouta-t-il en toisant Kor’sarro. Et toi, White Scar ?

— Je suis en chasse, dit Kor’sarro.

Dans son dos, le grondement des moteurs enfla au fur et à mesure qu’étaient déposés les véhicules blindés de sous les ventres des Thunderhawks transporteurs. Les escouades Tactiques de la compagnie effectueraient cette mission à moto, et le bruit de leurs moteurs venait s’ajouter à tout ce concert mécanique.

— Les White Scars sont venus réclamer la tête de Voldorius. Je suis là pour revendiquer cet honneur.

Les yeux noirs de Shrike plongèrent dans ceux de Kor’sarro.

— Tu peux l’avoir, grogna-t-il. Mes intentions sont bien plus élevées.

— Comment ça, capitaine des ombres ? lui demanda Kor’sarro en utilisant délibérément le titre que l’on donnait parfois à Shrike.

— Cela a toujours été ainsi, répondit Shrike en haussant les épaules et en changeant subitement de sujet. Les fils des steppes ne pensent qu’à charger pour trouver la gloire sans considération pour le grand dessein.

— Et les corbeaux ont toujours couru après les ombres, répliqua Kor’sarro d’un ton acide. Et à force, la gloire les oublie.

Un groupe de White Scars se constitua derrière Kor’sarro et autour de cette entrevue au sommet. Le Prophète des Tempêtes Qan’karro arriva près du capitaine et il posa une main ferme sur son épaule.

— Chasseur, lui dit le prophète à voix basse. Ne te laisse pas emporter par le péché de vanité.

Kor’sarro faillit répondre à son vieil ami, mais la sagesse de ses paroles balaya sa rancœur. Il se força à retrouver son calme, puis s’adressa à nouveau au capitaine de la Raven Guard.

— Combien de temps ?

Shrike ne répondit qu’au bout de quelques secondes.

— Dix-huit jours. Et durant tout ce temps nous avons déjà fichu une sacrée pagaille chez l’ennemi. Nous préparons le bon moment pour frapper.

— Et ce moment ne s’est toujours pas présenté.

— C’est exact, répondit Shrike. Ils sont très nombreux.

— Et les tiens ne sont pas plus d’une escouade, si les observations de mes Scouts sont correctes.

Shrike ne put réprimer un sourire narquois.

— Tes Scouts sont bons, dit-il. Mais nous sommes meilleurs qu’eux.

Ce fut Qan’karro qui intervint avant que le capitaine ne puisse le faire.

— Quels sont vos effectifs complets, frère-capitaine Shrike ?

— Une compagnie entière, White Scar. Vos Scouts n’ont réussi à repérer que mon escouade de commandement et moi-même.

— Et vous n’avez pas encore porté le combat à l’ennemi ? s’étonna Kor’sarro.

Le sourire s’effaça du visage de Shrike.

— Je vous l’ai dit, ils sont très nombreux. De plus, la capitale est très bien fortifiée. Nous voulons les affaiblir, les saigner par un millier de coupures, puis porter le coup fatal une fois prêts.

Une longue pause s’ensuivit, durant laquelle les deux capitaines et leurs hommes se toisèrent mutuellement. Ce fut au tour de Kor’sarro d’afficher un sourire sauvage.

— Sont-ils assez nombreux et assez bien retranchés pour tenir face à deux compagnies entières ?

Shrike ne répondit tout d’abord pas, mais lui aussi se remit à sourire. Ses yeux restèrent par contre toujours aussi noirs.

— En réalité, White Scar, ils ne sont pas aussi nombreux ni aussi bien retranchés que cela.

— Parfait, répondit Kor’sarro. Discutons donc de cette chasse de Voldorius.

Le sergent Scout parcourait le fond toujours plongé dans l’ombre du ravin dans lequel il avait repéré les premiers éléments de la Raven Guard. Malgré ses années d’expérience et la sagesse qu’il en avait tirée, il bouillonnait intérieurement. Le fait qu’il soit parvenu à dénicher le capitaine Shrike en personne aurait dû suffire à l’emplir d’une grande fierté, car le commandant de la 3e compagnie de la Raven Gard était célèbre pour son art du camouflage. Pourtant, Kholka et ses Scouts n’étaient pas parvenus à percevoir la présence du reste des forces qui avaient été positionnées tout au long du défilé et qui s’étaient tenues prêtes à lancer l’assaut s’il s’était avéré qu’à la place des White Scars, il s’était agi d’une force hostile.

S’il n’avait pas eu cette véritable chance de remarquer ce tout petit bout d’héraldique, les Thunderhawks auraient tiré sur les membres d’un chapitre frère. D’un autre côté, les Raven Guards auraient tout aussi bien pu ne pas les identifier comme alliés et leurs escouades d’armes lourdes auraient pu abattre plusieurs Thunderhawks. Ces deux hypothèses avaient failli se dérouler sous les yeux de Kholka. Seul son tout dernier message, qui avait également été intercepté par Shrike, avait pu empêcher un véritable désastre.

Mais qui d’autre avait pu capter cette transmission ? Les techmarines avaient assuré qu’aucun ennemi ne se trouvait assez proche pour cela, et même s’ils l’avaient été, le cryptage aurait empêché qu’ils comprennent le contenu du message. Mais le sergent vétéran n’était sûr de rien. Prenant le prétexte de sécuriser le périmètre, il était descendu dans le lit de l’ancienne rivière de lave. Il voulait des certitudes. Ses instincts de chasseur lui criaient qu’il y avait quelque chose là.

Le ravin courait sur plusieurs kilomètres en direction du nord-est, depuis cette large brèche dans le pourtour du cratère. Il ressemblait vraiment au lit d’une rivière asséchée, avec plusieurs petits affluents qui se jetaient dedans, certains tout juste assez larges pour qu’un homme puisse s’y glisser, d’autres capables de laisser passer un tank. Le sergent s’engagea dans l’un d’eux et localisa le petit promontoire rocheux sous lequel le capitaine de la Raven Guard s’était dissimulé. Il regarda par-dessus son épaule, à la recherche de l’endroit tout en haut du cratère où lui-même s’était tenu, mais il faisait trop sombre, même pour sa vision améliorée d’Astartes. Il porta son regard à nouveau devant lui et épaula son arme afin d’examiner l’endroit par la lunette de visée.

D’un geste du pouce, il bascula le filtre infrarouge. Il s’était montré inefficace jusque-là à cause de la température de la roche plus élevée que la normale et les systèmes de refroidissement avancés dont disposaient les armures de la Raven Guard. Ces deux paramètres les avaient trompés, lui et l’esprit de son arme.

Cette fois-ci, pourtant, le viseur lui montra une source de chaleur.

Ce n’était qu’une très légère tache verte qui se détachait sur le fond un peu plus sombre. Le sergent se figea immédiatement et ouvrit en grand tous ses autres sens. Les bruits de la nuit l’entouraient. Une petite brise s’engageait en enfilade dans le ravin et sifflait ou ronronnait selon qu’elle empruntait un passage plus étroit ou un pont de pierre. Une petite créature détala à quelques mètres de lui et il perçut même au loin le grondement des véhicules de son chapitre.

Il goûta l’air. Le vétéran avait toujours été réputé pour ses sens aiguisés avant même qu’il ne se soit vu offrir l’honneur de rejoindre les rangs des White Scars. Les sciences de la manipulation génétique les avaient fait atteindre une acuité dépassant largement les capacités humaines. À l’instar de nombreux White Scars, il rechignait à utiliser le casque réglementaire afin de mieux ressentir son environnement et l’ennemi malgré les risques. L’air transportait jusqu’à lui un mélange d’odeurs de nitrates et de sulfates, avec une toute petite pointe de végétation cultivée aussi loin que les zones agricoles qui entouraient Mankarra. Encore plus discrète, il percevait même la présence du carburant brûlé par les véhicules dans le cratère.

Puis, dans une volute de vent, Kholka nota une nouvelle senteur. Celle de la peur.

Il était certain que quelque chose ou quelqu’un se cachait sous le surplomb et il se recula davantage pour se perdre dans l’ombre d’un conduit latéral. Là, il attendit, respirant à peine et laissant ouverts en grand tous ses sens. L’ennemi état trop proche pour qu’il prenne le risque d’utiliser sa radio pour prévenir ses frères. Il pourrait le faire s’il s’éloignait, mais il perdrait alors la piste de sa proie. Il n’avait d’autre choix que d’attendre.

Après ce qui aurait paru être une heure à un observateur extérieur, mais qui ne représentait réellement que le quart de cette période, un très léger bruit monta d’un peu plus loin dans le ravin. Kholka tenta de percer l’obscurité, mais ne vit que des ombres. Il regarda à nouveau par le viseur de son arme et vit une silhouette à peine perceptible se déplacer très lentement. Le filtre infrarouge lui indiqua une très légère trace thermique. La silhouette marqua une pause en arrivant au centre du ravin, puis fit signe à une douzaine d’autres.

Elles portaient d’épaisses vestes pare-balles et des casques à visière. Kholka examina leurs armes, au cas où leur équipement lui aurait permis de les identifier. Chacun était armé d’une carabine laser, d’un modèle relativement sophistiqué comparé aux fusils à balles en usage parmi les forces militaires locales.

L’éclaireur progressa le long du ravin, prenant le maximum de précautions et promenant son fusil de droite à gauche. Il était plutôt bon, concéda Kholka. Ses pieds ne faisaient presque pas de bruit quand il passa tout près du sergent. Mais il était également effrayé. Kholka vit bientôt apparaître une nouvelle escouade, puis une autre encore, et un peloton entier fut bientôt en vue.

Le dernier homme passa devant lui et tourna dans la courbe que faisait le ravin. Le sergent se prépara à abandonner sa cachette, mais quelque chose le retint. Que ce soit à cause de son instinct d’homme des steppes de Chogoris ou une information captée inconsciemment par ses sens surhumains, il resta immobile et attendit davantage. Le premier peloton s’était à peine éloigné qu’un autre se montra, puis un autre derrière lui. Kholka en compta six au total.

Il attendit encore un peu après la dernière unité, puis se décida à quitter sa position. Il pouvait utiliser sa radio, mais il voulait être certain de pouvoir le faire en toute sécurité. Il passa son bolter dans son dos et tira son long poignard, puis marcha à la poursuite du dernier peloton. Il le rattrapa alors qu’il tournait à un nouveau coude dans le ravin et il ne restait devant lui que les derniers éléments de l’escouade de queue. Il savait qu’il n’aurait que quelques secondes pour agir.

Il adopta une course légère, mais totalement silencieuse, tout en calculant le moment où il lui faudrait frapper. Il se rapprocha du dernier homme alors que tous les autres étaient hors de vue. Comme un aigle des steppes volant au-dessus des herbes, il se focalisa sur la nuque de l’homme en franchissant les derniers mètres qui le séparaient de lui. L’instant précédant celui où le soldat se serait retourné, une main ferme se plaqua sur sa bouche, la pointe d’une lame appuya sur sa gorge et il fut entraîné dans un recoin d’ombre.

Kholka vit l’insigne aux quatre étoiles sur l’épaulière du soldat. L’héraldique des gardes du palais de Mankarra. Le sergent eut un rictus ironique, puis il enfonça sèchement sa lame dans la gorge de l’homme, par le côté, la faisant passer derrière sa trachée. Il se raidit, puis d’un geste partant vers l’avant, Kholka lui ouvrit totalement la gorge. Le traître était mort avant d’avoir touché le sol, et le sergent Scout était déjà parti.

Kor’sarro essuya sa lame sur l’uniforme de sa dernière victime. Des douzaines de ces soldats en uniformes noir et gris gisaient devant lui, les derniers membres des unités que le sergent Kholka avait repérées se dirigeant vers la zone d’atterrissage. La bataille avait été brève, mais violente et à ce moment même, les escouades d’assaut de la Raven Guard pourchassaient les ultimes fuyards parmi les crevasses et les ravins environnants.

— Mais comment sont-ils arrivés jusque-là ? demanda Kor’sarro à Qan’karro qui approchait. Le vieux guerrier resta tout d’abord silencieux. Son regard séculaire se portait vers l’horizon derrière lequel une aura de lumière était visible. Il se tourna ensuite vers le Maître de la Chasse.

— Pure chance, chasseur, répondit le Prophète des Tempêtes. Mais si le sergent Kholka ne les avait repérés, ils auraient pu nous causer beaucoup de problèmes.

— Tout à fait, mon vieil ami, ajouta le capitaine. Le primarque nous a gratifiés de sa bienveillance durant toute cette nuit.

— Cette nuit, deux primarques nous ont accordé leur bénédiction, précisa le prophète en plongeant son regard dans celui du Maître de la Chasse.

Kor’sarro hocha la tête, ses moustaches noires recouvertes d’une fine couche de poussière. Ce ne fut en effet qu’en combinant les efforts des deux phalanges que les gardes renégats avaient pu être défaits avant qu’ils ne puissent alerter leurs maîtres de l’Alpha Legion. L’attaque des Space Marines avait été fulgurante, les escadrons motocyclistes des White Scars avaient chargé droit devant pendant que les escouades d’assaut de la Raven Guard avaient survolé toute la colonne pour s’abattre sur ses arrières. L’ennemi avait été piégé dans le ravin et s’était trouvé incapable de se redéployer. Les Space Marines n’avaient mis fin à la tuerie que lorsque White Scars et Raven Guards s’étaient retrouvés sans aucun ennemi à massacrer.

Kor’sarro avait adressé un signe de tête au capitaine de la Raven Guard, lequel lui avait rendu son salut. Les choses avaient été mises au clair.

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