La femme invisible

Christopher Stork · Chapitre 4 sur 15

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La femme invisible

Chapitre III

 

 

Carole Gray observa le liquide visqueux qui était en train de se former devant elle au fond du tube de silice et secoua la tête. Quelque chose ne cadrait pas avec son hypothèse de départ. Elle venait d’essayer plusieurs combinaisons d’arséniure de gallium avec différents chalcogènes, sélénium et tellure notamment, et d’y ajouter quelques gouttes du vernis à ongles qu’elle avait emporté avec elle. Mais elle n’obtenait rien de plus que des formations qui cristallisaient peu à peu.

« Or ce n’est pas un état cristallisé mais un état vitreux que je veux obtenir, se dit-elle, le seul dont l’organisation des atomes permettrait d’expliquer que le produit ne réfléchisse plus la lumière et assure donc l’invisibilité… Mais il me manque évidemment un élément… À moins que je n’aie eu une hallucination hier soir… »

Elle regarda sa main gauche et, d’un geste décidé, passa le pinceau enduit de vernis sur l’ongle de son pouce. Quelques secondes après, l’ongle semblait se fondre en une sorte de brume de plus en plus transparente puis disparaissait tout à fait en même temps que l’extrémité du pouce. Carole appliqua le pinceau dans le creux de sa paume. Il y laissa une tache blanchâtre et rien d’autre. « Donc l’ongle, et l’ongle seul joue un rôle dans la réaction. Mais lequel ? Beau résultat de ne pouvoir rendre que mes ongles d’invisibles ! Et pourquoi eux ? »

Ses yeux, fixés sur son pouce auquel semblait manquer une phalange, s’agrandirent soudain. « Bon Dieu ! L’ongle ! Le soufre qui se trouve dans la chitine de l’ongle ! Est-ce cela l’explication, le chaînon manquant ? Il faut introduire un sulfure dans ma préparation ! Essayons tout de suite ! »

Elle jeta le tube dans la poubelle, en choisit un autre et se dirigeait vers la table sur laquelle elle avait rassemblé les divers produits dont elle avait besoin quand la porte s’ouvrit.

— Déjà au travail ! Quel zèle ! fit une voix admirative.

Carole jeta un coup d’œil hostile au grand jeune homme blond qui s’avançait vers elle en souriant. Elle détestait ce Vernon Forbes, avec ses yeux bleus, sa fossette au menton, son sourire de play-boy et ses épaules de demi de mêlée. Elle le détestait parce qu’il lui faisait une cour assidue et obstinée malgré les rebuffades de la jeune femme, parce qu’il passait, dans le service, pour être l’espion personnel du vieux Montebello… et peut-être aussi, simplement, parce qu’il était beau…

— Que voulez-vous, Forbes ? demanda sèchement Carole.

— Rien de spécial, ma chère, assura l’autre en s’approchant, sinon vous dire bonjour et vous demander, pour la deux cent vingt et unième fois cette année, quand vous accepterez de dîner avec moi…

— Je vous ai dit jamais ! riposta la jeune femme. Et maintenant, si vous n’y voyez pas d’inconvénients, j’ai affaire…

— J’y vois beaucoup d’inconvénients, au contraire, dit Forbes en riant, mais je sais comprendre quand je ne suis pas le bienvenu… Adieu donc, ô princesse lointaine… Par exemple ! Qu’est-ce qui est arrivé à votre pouce ?

— À mon pouce ? répéta Carole en enfouissant sa main gauche dans la poche de sa blouse. Mais rien du tout ! Pourquoi ?

— Parce que… C’est incroyable ! Pendant une fraction de seconde, j’ai eu l’impression qu’il lui manquait une phalange…

— Ridicule ! s’exclama nerveusement la jeune femme. Vous cherchez n’importe quel prétexte pour prolonger cette conversation qui m’importune !

Vernon Forbes leva les deux mains comme s’il avait une arme braquée sur lui.

— Bien, bien, ne tirez pas, shérif ! dit-il avec un rire forcé. Je m’en vais… Mais je reviendrai quand le temps ne sera plus à l’orage…

Carole le suivit jusqu’à la porte qu’elle verrouilla d’un geste rageur.

— Idiote ! dit-elle entre ses dents. Pourvu que ce bellâtre oublie ce qu’il a vu !

Elle passa rapidement un chiffon imprégné de dissolvant sur son pouce et revint à sa table. « Nous disions donc : ajouter un sulfure au mélange… Voyons cela d’un peu plus près… »

Une heure plus tard, les yeux fixes, le visage contracté et pâle comme un linge, elle observait le tube posé sur son support, devant elle, ce tube dans lequel elle venait d’introduire sept substances différentes… et où, maintenant, il n’y avait plus rien !

Cela s’était passé comme dans un rêve ou dans un film fantastique : l’instant d’avant, la préparation était là, bien visible derrière les parois de silice du tube. Carole y avait ajouté l’échantillon de sulfure de cadmium et l’avait mélangé au contenu du tube. Elle avait senti un brusque dégagement de chaleur… Un faible grésillement s’était élevé dans le tube. Une fumée laiteuse avait flotté à la surface du mélange. Lorsqu’elle s’était dissipée, ce mélange lui-même avait disparu…

La jeune femme se laissa glisser de son tabouret, marcha vers sa fenêtre et l’ouvrit toute grande. Elle étouffait soudain. Ses jambes fléchissaient sous elle. Elle s’accrocha des deux mains à la barre d’appui et regarda, sans la voir, la pelouse soigneusement entretenue qui s’étendait trois étages plus bas. « J’y suis donc arrivée ! pensa-t-elle confusément… À quoi ? À l’impossible, au fantastique ! Je viens de donner vie à l’une des plus vieilles légendes de l’histoire de l’humanité… et je n’arrive pas à y croire ! Pourtant c’est là, à quelques mètres de moi… »

Elle referma la fenêtre et s’avança lentement vers la table, sans quitter des yeux le tube qui ne contenait rien en apparence. Elle le sortit peu à peu du portoir avec une sorte de crainte sacrée et le secoua doucement. Le liquide qui s’y trouvait eut un léger clapotement. Carole remit le tube à sa place, s’assit sur le tabouret en face de lui et se prit la tête à deux mains.

« Voilà… C’est là… Cela existe… Reste à savoir ce que je peux en faire… Il faudrait lui trouver un nom, d’abord, à cette substance… La Caroline ? Grotesque ! L’Asmodine, oui, c’est cela, en hommage au « Diable boiteux »… Mais quelle importance ? Je ne vais pas déposer de brevet, non ? Ni faire vendre ce produit en pharmacie ! Soit ! Mais alors quoi ? Tout oublier, me débarrasser de ce tube et penser à autre chose ? Je n’y arriverai pas. Je suis bien trop excitée par ce que j’ai découvert… et bien trop fière aussi, quoique le hasard m’ait beaucoup aidée… »

Elle redressa la tête, prit une pipette de verre et la plongea avec précaution dans le tube. Dès qu’elle toucha la surface du liquide invisible, le bout de la pipette disparut. Carole l’enfonça un peu plus. Cette fois, une bonne moitié de la tige de verre s’évanouit. La jeune femme la retira lentement et poussa une exclamation stupéfaite : le liquide, épais par nature, devait sans doute adhérer encore par endroits à la pipette qui paraissait ainsi brisée en plusieurs fragments. Mais ces fragments demeuraient rigoureusement alignés dans l’axe de la tige.

Carole l’essuya avec un bout de chiffon. Le verre redevint visible sur toute sa longueur. Mais le produit avait laissé d’étranges taches sur l’étoffe, des taches qui ressemblaient à des trous… « Donc l’Asmodine a un fort indice de viscosité, se dit la jeune femme. À retenir !… Qu’arriverait-il si je m’en mettais sur la peau ? Un dissolvant ordinaire suffira-t-il à m’en débarrasser ? Cela prendrait du temps sans doute… D’ailleurs la solution n’est pas là. Je ne me vois pas me plonger dans une baignoire pleine d’Asmodine et devoir, ensuite, me décaper le corps pour redevenir normale. Et il y aurait le problème des cheveux… et celui des yeux ! Enfin, ce serait refaire la faute du personnage de Wells : je devrais me promener nue dans la rue et les maisons… Pas question ! »

Prise d’une idée subite, elle déchira une bande de chiffon et la plongea dans le tube. Le chiffon cessa apparemment d’exister. Carole le repêcha à tâtons à l’aide de la pipette et le posa devant elle. « C’est vraiment une chose extraordinaire, pensa-t-elle, que cet objet que je ne puis voir et qui pourtant est là, je le sens… » Elle en suivit les contours avec le bout de la pipette puis, prudemment, le toucha du doigt. Le morceau d’étoffe était déjà sec.

La jeune femme l’étala en travers de sa paume et eut un léger frisson : sa main était comme coupée en deux par la bande invisible. « Voilà la solution ! se dit-elle avec fièvre. Il faut me recouvrir tout entière d’un vêtement imbibé d’Asmodine… Quelque chose comme un collant de danseuse ou de gymnaste, avec un capuchon pour dissimuler les cheveux et le visage… Ou une combinaison de plongeur sous-marin, pourquoi pas ? Reste à voir si le caoutchouc absorbera l’Asmodine… Reste aussi à me cacher les yeux… Un masque ou des lunettes dans un verre spécial, peut-être, un verre qui serait fabriqué à partir du gallium par exemple. Tu n’es pas au bout de tes peines, ma fille ! »

Elle tressaillit. Quelqu’un essayait d’ouvrir la porte verrouillée puis frappait à coups redoublés contre le battant en criant :

— Eh bien, Miss Gray, que se passe-t-il ? Vous vous enfermez à présent ?

— J’arrive, monsieur ! répondit Carole d’une voix tendue.

À la hâte, elle reboucha le tube d’essai qui contenait l’Asmodine, glissa le chiffon invisible dans sa poche et marcha d’un pas rapide vers la porte dont elle tira le verrou.

— Qu’est-ce qui vous arrive ? demanda le professeur Alfred Montebello en entrant dans le laboratoire. Vous cachez vos petits secrets ?

La jeune femme considéra un instant en silence le visage bouffi, barré par une moustache poivre et sel, les petits yeux noirs qui la fixaient d’un air furieux derrière les verres de myope et eut un haussement d’épaule assez désinvolte.

— Je m’apprêtais à rédiger mon dernier compte rendu d’expérience et je ne voulais pas être dérangée, dit-elle. Vous-même, monsieur, vous n’hésitez pas à vous enfermer quand vous le jugez bon, je crois…

La colère de Montebello parut monter d’un cran.

— Je fais ici ce qu’il me plaît ! cria-t-il d’une voix aigre, mais je ne permets pas à mes employés…

Il appuya fortement sur ce dernier mot.

— … de m’interdire l’accès de leur lieu de travail. Où est ce compte rendu ? J’en ai besoin…

— Il n’est pas terminé, répondit Carole. Je crois d’ailleurs que je vais emporter mes notes chez moi et l’achever là-bas. Je… je ne me sens pas très bien…

— C’est vrai que vous avez une sale tête, dit brutalement Montebello en la dévisageant. C’est bien, rentrez chez vous. Mais que ce compte rendu soit sur mon bureau demain à huit heures ! Et ne verrouillez plus cette porte !

Quelques instants plus tard, la jeune femme sortait à son tour de son laboratoire. Elle tenait à la main une grosse serviette dans laquelle elle avait placé un certain nombre de produits indispensables, son carnet de notes, le bout de chiffon invisible, et, bien protégé dans son étui de métal, le tube à essai qui contenait l’Asmodine.

Elle alla prendre sa voiture dans le parking réservé aux employés de Bray and Thompson. Mais au moment de se diriger vers le quartier de Finsbury Park où elle habitait, une idée subite lui vint. Elle obliqua dans High Holborn et suivit Shaftesbury Avenue, vers Soho.

 

*

* *

— Oui, une histoire tout à fait désagréable, répéta Richard Hutchinson à mi-voix en tapotant de la pointe de son crayon sur la plaque de verre qui couvrait son bureau.

Philip Holmes ne répondit pas. D’abord parce qu’il n’y avait rien à répondre. Ensuite parce que le « grand Sioux » était loin d’en avoir fini de son exposé et qu’il détestait être interrompu. « Pourquoi le « grand Sioux », au fait ? se demanda Philip avec amusement ; c’est vrai qu’avec son nez en bec d’aigle, ses pommettes saillantes et son teint couleur brique, on le verrait assez bien dans le rôle d’un chef indien… Mais son surnom doit plutôt lui venir de ce qu’il est toujours sur le sentier de la guerre… et qu’il adore y entraîner les autres, dont moi ! »

— En un mot comme en cent, reprit Hutchinson, il s’agit de savoir à quoi joue le professeur Alfred Montebello, le grand patron des laboratoires Bray and Thompson…

Philip Holmes sursauta.

— Les laboratoires Bray and Thompson ! s’exclama-t-il… Mais, au ministère de la Guerre, nous sommes en contacts réguliers avec eux !

Le « grand Sioux » fronça ses sourcils broussailleux.

— Je le sais bien et c’est pourquoi vous êtes là, répondit-il d’un ton rogue, et laissez-moi poursuivre sans m’interrompre, je vous prie. Je dis qu’il faut savoir à quoi joue Montebello et même s’il joue à quelque chose… Voici les faits… Vous savez comme moi que Bray and Thompson fabriquent pour nous des produits spéciaux qui sont utilisés dans divers engins militaires, les têtes chercheuses par exemple…

Philip Holmes acquiesça d’un geste.

— Cette fabrication est placée sous le contrôle personnel de Montebello. C’est lui qui en détient la procédure et les formules qui sont, bien entendu, top secret. Il va de soi également qu’étant donné son rôle et ses fonctions, Montebello fait l’objet d’une surveillance discrète mais constante… Vous n’auriez pas une cigarette, Holmes ?

L’interpellé se mordit les lèvres pour ne pas sourire. Il y avait cinq ans déjà qu’il travaillait pour Hutchinson, et, depuis cinq ans, ce dernier s’obstinait à lui demander des cigarettes qu’il n’avait pas sur lui, et pour cause.

— Désolé, monsieur, je ne fume que la pipe, murmura-t-il.

— Ah oui, c’est vrai, c’est vrai, grommela le « grand Sioux ». Bon, tant pis, où en étais-je ?

— À la surveillance dont le professeur Montebello fait l’objet.

— C’est cela. Eh bien, Holmes, depuis quelque temps, six mois pour être précis, nos informateurs nous ont fait part de certaines bizarreries dans le comportement de Montebello… Il a toujours été très porté sur les femmes, c’est de notoriété publique, mais ses goûts semblent maintenant s’orienter vers des femmes de plus en plus jeunes… De vraies gamines pour tout dire… C’est peut-être son âge ou quelque chose de ce genre, ajouta-t-il avec une moue de réprobation.

Philip dut à nouveau réprimer un sourire. Le puritanisme du « grand Sioux » était bien connu à la Firme où l’on murmurait en riant que Hutchinson avait failli être pasteur anglican et y avait renoncé en apprenant que les pasteurs pouvaient se marier et avoir des enfants.

— Mais peu importent les raisons de Montebello, poursuivait-il, ce qui compte, c’est qu’il a actuellement plusieurs maîtresses fort jeunes, dont une de ses laborantines paraît-il, et une autre qui est une petite actrice… euh… ce genre d’actrices qui n’hésitent pas à s’exhiber nues sur la scène ou dans les films, si vous voyez ce que je veux dire. Cette fille s’appelle Vera Rich… Un pseudonyme évidemment… De son vrai nom Vera Nitzica… Elle est la fille d’un réfugié polonais, mort aujourd’hui. Un détail… euh… intéressant, c’est qu’une partie de sa famille réside encore en Pologne et qu’elle correspond régulièrement avec elle…

« Ça commence à prendre tournure, songea Philip Holmes, mais qu’est-ce que je viens faire là-dedans ? »

— Autre détail intéressant, continua Hutchinson, Montebello a mis sa jeune maîtresse dans ses meubles : un appartement luxueux près de Mayfair, une Jaguar, des toilettes et des bijoux comme s’il en pleuvait… Et tout cela est très au-dessus des moyens du professeur. Nous avons épluché son compte bancaire, surveillé ses rentrées, ses mouvements de fonds… Il y a quelque chose qui ne colle pas…

Le tapotement du crayon sur la plaque de verre reprit et dura plus longtemps que la première fois. « Oui, sale affaire ! se dit Philip. Qu’un des plus éminents chimistes britanniques puisse être soupçonné de trahison, voilà qui va encore soulever une tempête dans l’opinion publique… »

— Bien entendu, ne tirons pas de tout cela des conclusions hâtives, dit précipitamment Hutchinson, comme s’il avait deviné les pensées de son interlocuteur. Il se peut, après tout, que Montebello ait délibérément choisi de se ruiner pour son actrice. Mais enfin, vu sa position et ses travaux… nous nous devons d’en savoir plus… et c’est pourquoi j’ai pensé à vous, Holmes. Vous êtes, disiez-vous tout à l’heure, en rapports réguliers avec les laboratoires Bray and Thompson ?

— C’est exact, monsieur. Ils nous fournissent entre autres des mémoires microscopiques pour nos ordinateurs.

— Avez-vous jamais eu des contacts personnels avec Montebello ?

— Rares et rapides, monsieur. Montebello est tout sauf un homme aimable.

— Mais vous connaissez forcément certains de ses collaborateurs ?

Philip sentit un petit picotement lui parcourir la nuque. « Est-ce qu’il saurait déjà que j’ai rencontré Carole Gray hier soir ? se demanda-t-il. Ça paraît impossible, mais avec ce diable d’homme on ne sait jamais… C’est à croire parfois qu’il a un homme à lui dans tous les salons de Londres… »

— J’en connais plusieurs, oui monsieur, répondit-il.

— Y en a-t-il un dans lequel vous pourriez avoir plus particulièrement confiance ?

Philip se remua nerveusement sur sa chaise.

— Vous voulez dire : pour lui demander des informations sur Montebello ? demanda-t-il.

— Évidemment ! répliqua le « grand Sioux » d’un ton rogue. Je veux avoir quelqu’un dans la place, quelqu’un qui pourrait surveiller Montebello pendant ses heures de travail, qui pourrait même à l’occasion se glisser dans son bureau, fouiller ses tiroirs, surprendre un détail qui nous mettrait sur la piste…

Philip fourragea longuement dans son épaisse chevelure brune, striée, çà et là, de quelques mèches blanches.

— Vous me prenez un peu au dépourvu, monsieur, dit-il enfin. Il s’agit là d’un travail délicat, difficile, et même dangereux…

— Pourquoi dangereux ? demanda Hutchinson en haussant les sourcils.

— Si la personne en question était surprise par Montebello au moment où elle est en train de fouiller ses tiroirs, elle serait certainement renvoyée sur l’heure…

— Et aussitôt embauchée dans un autre laboratoire avec un poste équivalent, assura Hutchinson. Non, ceci ne poserait pas de problèmes. La difficulté c’est qu’il faut que ce… collaborateur ait une formation scientifique suffisante pour pouvoir déchiffrer les notes de Montebello, les comprendre, y relever telle ou telle bizarrerie, que sais-je…

Philip Holmes soupira. Tout paraissait décidément vouloir le ramener à Carole Gray ! Mais avait-il le droit de lancer la jeune femme dans une pareille aventure ? Un jour, en d’autres temps, il avait ainsi utilisé les services d’une femme qui lui était chère… et ni elle ni lui n’avaient eu de raison de s’en féliciter…

— En ce qui concerne ce… collaborateur, demanda-t-il sans regarder Hutchinson, quelle serait sa position par rapport à la Firme ? Je veux dire…

— J’ai très bien compris ce que vous vouliez dire, interrompit le « grand Sioux » avec une pointe d’irritation. Sa position sera ce qu’il voudra, bénévole ou rétribuée, avec la possibilité pour lui d’obtenir de nous d’autres missions s’il le désire, et, en cas de pépin, notre protection totale, je le répète.

— Il faut que j’y réfléchisse, monsieur, répéta Holmes.

— Rapidement, je vous prie, dit Hutchinson en se levant. Cette affaire me préoccupe beaucoup. J’aimerais avoir une proposition dès demain si possible…

« Cela m’oblige pratiquement à voir Carole ce soir même ! se dit Philip avec une joie soudaine, et j’ai un excellent prétexte pour lui téléphoner ! »

— Au fait, ajouta le « grand Sioux » avec la grimace amusée qui lui tenait lieu de sourire, ce brave colonel Henning m’a dit que vous aviez été particulièrement brillant, hier soir, chez les Malcolm… À demain, mon cher, à demain…

Philip sortit du bureau avec l’impression d’avoir reçu un grand coup sur la tête. « Henning ! pensa-t-il avec stupéfaction. Il serait donc un collaborateur de la firme, un informateur du « grand Sioux » ? Cette vieille baderne ? Incroyable ! Et encore plus incroyable la manière dont le destin s’amuse de nous… »

 

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