La femme invisible
Chapitre IV
— Absolument délicieux, murmura Carole en plongeant à nouveau sa cuillère dans le bol de pêches au vin blanc que Philip venait de lui préparer… Et vous dites que vous avez découvert cette merveille où, déjà ?
— Sur les bords du lac de Braciano, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Rome, répondit Philip, une région fort intéressante à bien des égards…
— Ah ! Que je vous envie d’avoir tant et tant voyagé ! soupira la jeune femme. Quand je pense que je ne connais pas l’Italie… Ni même la France, c’est un comble ! Je n’ai pour ainsi dire jamais quitté Londres, sauf pour aller passer quelques jours à Brighton – vous parlez d’une découverte ! – et, à Londres, je ne suis sortie de l’université que pour entrer au laboratoire où je passe ma vie. Tout cela manque un peu de diversité…
— Mais vous aimez votre métier ? demanda Philip.
— Passionnément, répondit-elle avec élan. J’ai intérêt d’ailleurs. C’est ma seule raison d’exister… Enfin… Grâce à vous et à ce restaurant italien, j’aurai quand même eu l’impression d’avoir fait du tourisme…
Philip sourit. Dans la clarté rose et dansante des chandelles de couleur qui décoraient leur table, Carole était devenue presque jolie. Ses cheveux avaient de l’éclat, son nez était plus fin, ses lèvres moins épaisses. « Ou c’est moi qui suis de plus en plus amoureux, se dit Philip avec un peu d’ironie, non, quand même ! Elle a quelque chose de particulier, ce soir… Peut-être est-ce tout simplement le plaisir de me voir, prétentieux que je suis… »
Dès qu’il avait entendu la voix de Carole au téléphone, Philip avait été frappé par son animation. Elle avait éclaté de rire en l’entendant demander, un peu timidement, si elle se souvenait de lui.
— Si je me souviens de vous ? s’était-elle exclamée. Mon cher, j’aurais eu le plus grand mal à vous oublier, même si je l’avais voulu !
— Tiens ! Et pourquoi cela ? avait demandé Philip.
— Je vous le dirai peut-être un jour. Que puis-je pour vous ?
— Me faire le plaisir de dîner avec moi ce soir.
L’entrain de la jeune femme avait semblé redoubler.
— Quelle excellente idée ! J’ai précisément quelque chose à fêter aujourd’hui et votre invitation tombe à pic… Mais je ne serai libre qu’assez tard si cela ne vous ennuie pas. J’ai un travail énorme à terminer cet après-midi… Neuf heures, ça vous va ?
— C’est parfait. Je passerai vous prendre.
Quand elle lui avait ouvert la porte de son appartement, à neuf heures précises, elle exultait si visiblement que Philip n’avait pu s’empêcher de lui dire en riant :
— Vous avez l’air d’être au sommet de votre forme. Peut-on savoir ce que nous fêtons ?
— Disons… un grand succès, à la fois professionnel et personnel. Et maintenant, partons ! Je meurs littéralement de faim. Je n’ai même pas pris le temps de déjeuner !
— Il y a une urgence chez Bray and Thompson ?
Le rire de Carole était devenu suraigu.
— Une urgence chez eux ? Non ! C’est plutôt moi qu’elle concernait !
« S’il savait ! avait-elle pensé en montant dans sa voiture. S’il savait qu’en ce moment même sèche, dans ma salle de bains, le premier costume invisible de l’histoire de l’humanité ! Et le plus original aussi : un maillot de souris d’hôtel que j’ai eu l’idée de génie – le mot n’est pas trop fort – d’acheter, très cher d’ailleurs, chez un costumier de théâtre, à Soho, en même temps que des lunettes de plongée qui, une fois traitées à l’Asmodine, feront parfaitement l’affaire… Oui, si cet homme charmant savait que, dès demain, que dis-je, dès cette nuit, je puis être la femme invisible… il m’emmènerait sans doute aussitôt au service psychiatrique de l’hôpital le plus proche ! »
— Mes félicitations pour ce succès, quel qu’il soit, avait dit Philip en prenant la direction de Greek Street. Est-il en rapport avec le phénomène curieux qui s’est produit dans votre laboratoire et dont vous m’avez parlé hier soir ?
La jeune femme avait sursauté.
— Moi ? Je vous ai parlé d’un phénomène curieux ?
— Oui. Qui a un rapport avec l’arséniure de gallium.
— Grands dieux, quelle mémoire ! s’était exclamée Carole.
— C’est que, moi non plus je n’ai guère eu la possibilité de vous oublier, avait murmuré Philip.
À cet instant, Carole s’était aperçue que sa jupe était retroussée assez haut sur ses cuisses et que le regard de Philip s’égarait volontiers dans cette direction. Mais elle n’avait rien fait pour être plus décente. « Après tout, avait-elle pensé, cet homme a failli me violer cette nuit, dans mon rêve, sous la forme de l’homme invisible. Il n’est que juste que je le trouble un peu à mon tour, et de façon bien visible, moi au moins ! »
Elle se sentait si gaie, si heureuse qu’elle en était un peu ivre. Et l’excellent rosé du restaurant italien où Philip l’avait emmenée ne fit qu’accentuer cette impression de béatitude. Elle, Carole Gray, après une vie somme toute assez morne et que rien ne semblait devoir modifier, se trouvait tout à coup en compagnie d’un homme qui lui plaisait – pour dire le moins – et à qui elle était certaine de plaire, et, de plus, en possession d’un secret prodigieux qui allait, nécessairement, bouleverser son existence.
Philip, quant à lui, était en proie à divers sentiments fort contradictoires.
« Voilà, songeait-il, une femme qui me trouble comme je ne l’ai plus été depuis des années, en fait depuis le temps de Paola… Et je m’apprête à la mettre dans le même genre de situation que celle qui a coûté la vie à Paola… Oh, certes ! Il y a ici moins de risques, moins de dangers et l’atmosphère n’est pas du tout comparable… mais quand même ! Je suis bien placé pour savoir qu’une fois le doigt passé dans cet engrenage, on ignore jusqu’où il peut vous entraîner. Et, pour comble, cette première soirée avec Carole, il a fallu que je la passe dans une ambiance typiquement italienne, tout comme la dernière soirée passée avec Paola dans ce petit restaurant au bord du lac de Braciano ! Qu’est-ce que je cherche, plus ou moins consciemment ? À renouer le fil ? À continuer le roman alors qu’il était achevé par un mot FIN en grosses lettres noires ? »
— Un penny pour vos pensées, dit soudain Carole, et puis non ! Je suis sûre qu’elles méritent bien plus que ça… Tenez, je vous en offre un souverain en or !
— C’est beaucoup trop, assura Philip avec un sourire hésitant. En réalité, j’ai plusieurs sortes de pensées de valeur très différente. Les unes sont les plus chères – du moins pour moi – mais je vous les céderais volontiers gratis. Les autres sont d’un intérêt minime… et ce sont pourtant celles qui me préoccupent le plus…
— Alors commençons par elles, murmura la jeune femme, et gardons les meilleures pour la fin…
Elle s’accouda à la table et laissa son menton reposer sur ses mains jointes, consciente que, dans ce mouvement, la lueur des chandelles colorait son visage et ses cheveux d’un reflet doré.
Philip s’éclaircit la gorge.
— La première est anodine et presque ridicule, dit-il, je meurs d’envie de fumer une pipe. Est-ce que vous m’y autorisez ?
— Mais bien sûr ! s’exclama Carole. J’adore l’odeur de la pipe ! Mon ex-mari disait souvent… Mais ceci est une autre histoire…
Philip qui avait commencé à bourrer sa pipe interrompit son geste.
— Je ne savais pas que vous aviez été mariée, dit-il d’un air surpris.
— Peu de gens le savent… et j’ai presque envie d’ajouter : je ne le savais pas moi-même, tant ce mariage fut dérisoire… Mais c’est vous qui parlez, pas moi.
— J’espère que vous vous rattraperez tout à l’heure, dit Philip en s’entourant d’un nuage odorant. Ma deuxième pensée est un peu futile : j’aimerais beaucoup pouvoir vous appeler Carole, qu’en pensez-vous ?
Une lueur très douce passa dans les yeux gris de la jeune femme.
— J’en pense beaucoup de bien, Philip, murmura-t-elle.
— Parfait. Voilà deux problèmes de réglés. Passons au troisième qui, hélas, est moins simple… Carole, je ne vous ai pas invitée à dîner uniquement pour le plaisir de vous revoir…
— Je m’en doutais, figurez-vous, dit Carole avec un sourire moqueur. Allez-vous me parler boutique, comme disait cette chipie de Gladys Malcolm ?
— Oui, dans une certaine mesure. Mais je vais vous parler de ma boutique d’abord, pas de la vôtre… Euh… Ceci est destiné à rester strictement entre nous…
Carole inclina la tête sans mot dire. « Pourquoi diable a-t-il l’air si embarrassé ? se demanda-t-elle. Est-ce qu’il va m’avouer qu’il a une femme, deux maîtresses, six enfants et une vieille mère gâteuse à sa charge ? »
— Gladys a dit encore autre chose, hier soir, murmura Philip. Elle a mentionné, comme une bonne plaisanterie, mon appartenance à… à un service de renseignements. Ce n’était pas une plaisanterie.
La jeune femme dut faire un effort pour ne pas éclater de rire. « Philip, un espion ! C’est trop drôle !… Et puis non… À bien y réfléchir, cela lui va même pas mal du tout… Et cela explique bien des choses, ses nombreux voyages notamment… »
— N’allez pas m’imaginer rôdant la nuit en manteau couleur muraille et le chapeau rabattu sur les yeux, poursuivit Philip. En réalité, je travaille effectivement pour le ministère de la Guerre. Mais, en plus, je collabore de temps à autre à un organisme dont le titre officiel importe peu et dont le surnom est « la Firme ».
— Cela fait très commercial et plutôt rassurant, remarqua Carole en souriant.
— N’est-ce pas ? C’est en tout cas l’impression que nous nous efforçons de produire… En réalité, nous sommes censés veiller à la sécurité de l’Empire, ce que nous faisons avec plus ou moins de succès. C’est à ce titre qu’on m’a demandé des renseignements sur un homme que vous connaissez bien, pour lequel vous travaillez et que j’appellerai simplement : le professeur.
Les yeux de la jeune femme s’agrandirent.
— Ne me dites pas que Mont… que le professeur est soupçonné de…, commença-t-elle.
— De rien ! interrompit Philip avec un geste d’excuse. Il semble simplement y avoir un certain déséquilibre entre… disons : ses dépenses et ses recettes. Depuis quelque temps surtout, il jette, dit-on, l’argent par les fenêtres.
— Le goût des fruits verts, murmura Carole en haussant les épaules, le pauvre homme est hanté par tous les jupons qui passent à sa portée pourvu que ce qu’ils recouvrent soit d’âge tendre…
— On m’a aussi mentionné l’existence d’une très jeune actrice…
— Oui, peut-être en effet… Mais je vous avoue, mon cher Philip, que je ne me suis jamais beaucoup intéressée aux secrets d’alcôve de… du professeur. Pas plus qu’il ne s’intéresse aux miens, je suis beaucoup trop vieille pour lui !
Philip avait l’air de plus en plus mal à l’aise.
— Accepteriez-vous de vous y intéresser davantage ? demanda-t-il d’une voix enrouée.
La jeune femme la regarda avec une expression stupéfaite puis se mit à rire.
— Vous voulez que je… C’est énorme ! En quoi les galipettes du professeur intéressent-elles la Firme ?
La pipe de Philip émit un crachotement écœurant.
— Excusez-moi, dit-il en la posant dans le cendrier, ce ne sont pas les galipettes du monsieur qui nous intéressent, à vrai dire, mais les… inconséquences auxquelles elles pourraient le conduire. Un homme qui est mené par une passion irrésistible et obligé de dépenser beaucoup d’argent pour la satisfaire, plus d’argent qu’il n’en possède, peut finir par commettre des actes répréhensibles… Et, dans la position du professeur, ce pourrait être dangereux pour le pays… Certains secrets concernant la défense nationale sont entre les mains de cet homme et…
Il eut un geste vague et laissa sa phrase inachevée. Le visage de Carole se contracta.
— Et vous pensez, murmura-t-elle, qu’il pourrait monnayer ces secrets pour subvenir à ses besoins ?
Philip agita vivement la main.
— Nous ne pensons rien, chère Carole, nous ne soupçonnons rien, je le répète… Nous voudrions seulement avoir la certitude qu’il ne se passe pas quelque chose de ce genre…
— Et vous souhaitez que je vous aide à acquérir cette certitude, dit Carole, mais comment pourrais-je le faire ? Je n’ai pas les moyens de…
Elle s’interrompit net et demeura immobile, les yeux fixés sur la nappe. « Mais si ! pensa-t-elle. Ces moyens, je les ai ! J’ai le Moyen avec un grand M ! Il est en train de sécher au-dessus de ma baignoire ! C’est mon collant de souris d’hôtel, mon collant invisible ! Avec lui, je peux circuler dans le bureau de Montgomery même s’il s’y trouve, écouter ses conversations téléphoniques, lire ses notes, suivre les expériences qu’il a en cours… »
Elle eut un petit rire hésitant. Philip se pencha vers elle avec une expression soucieuse.
— Je crains de vous avoir blessée, dit-il. J’aurais dû me douter que vous n’étiez pas femme à vous mêler de ces histoires. Pardonnez-moi et oubliez ce que j’ai dit, je vous en prie…
— Vous ne m’avez pas blessée le moins du monde, protesta la jeune femme, surprise, oui, intriguée… Mais je ne demande qu’à vous rendre service…
— Vraiment ? dit Philip en lui prenant une main qu’elle ne retira pas.
— Vraiment, répondit-elle en souriant.
— Alors il va falloir que je vous parle de l’affaire un peu plus en détail… mais pas ici…
— Eh bien, allons chez moi ! dit Carole gaiement.
Elle se sentait de plus en plus étourdie. C’était le vin, sans doute, mais aussi la tournure que prenaient les événements.
« Me voilà sur le point de devenir une espionne ! pensa-t-elle avec ironie et cela, le jour même où j’ai trouvé le moyen d’être invisible ! Qui sait ? C’est peut-être le début d’une fabuleuse aventure… À moins que Philip n’ait inventé tout cela pour obtenir un tête-à-tête… Impossible ! Il est sincère, j’en mettrais ma main à couper… Mais il a l’air presque ennuyé que j’accepte sa proposition, comme s’il avait quelque chose sur le cœur… Il faut que je le confesse… »
Quelques minutes plus tard, elle faisait entrer Philip dans son appartement.
— Servez-vous à boire, dit-elle. Je reviens tout de suite.
Elle se rendit dans la salle de bains et se dirigea vers la baignoire. Le séchoir qui se trouvait au-dessus semblait vide mais, en avançant la main, Carole sentit le contact un peu rêche du maillot. « Fantastique ! pensa-t-elle. Je regrette presque de ne pas pouvoir le passer tout de suite. Ce serait drôle d’observer Philip sans qu’il puisse me voir… Mais pas de gamineries, ma fille ! »
Elle décrocha le maillot et l’enfouit dans le panier à linge sale. Puis elle entra dans la cuisine, prit une bouteille d’eau minérale et des glaçons dans le réfrigérateur et revint dans le salon où Philip, debout devant la fenêtre, regardait au-dehors d’un air sombre.
— Au fond, dit-il en faisant face à la jeune femme, avec mes histoires de brigands, je suis en train de gâcher une soirée qui promettait d’être délicieuse.
— Vous ne gâchez rien du tout et la soirée n’est pas terminée, assura Carole ; quel est votre poison préféré ?
— Whisky soda, je pense.
Carole remplit deux verres, tendit le sien à Philip, se pelotonna dans un coin du divan et, sans le regarder, demanda :
— Qu’est-ce qui vous tracasse, Philip ?
Il eut une moue contrariée.
— Cela se voit tant que ça ? Désolé… Disons : des souvenirs…
— Une femme, je parie.
— Vous avez gagné.
— Belle ?
— Mieux que ça…
Carole sentit un petit pincement au cœur.
— Diable ! dit-elle avec un sourire forcé… Et vous l’aimiez, je suppose ?
— Passionnément.
— Vous l’aimez encore ?
Philip, qui s’était mis à aller et venir dans la pièce, s’immobilisa tout à coup et tourna vers elle un visage contracté.
— On n’est pas amoureux d’une morte, jeta-t-il d’une voix dure, ou alors si… mais comme d’une ombre inaccessible…
— Excusez-moi, murmura Carole.
Philip secoua la tête.
— Vous n’avez pas à vous excuser, ma chère. Vous me demandez ce qui me tracasse, je vous le dis… Mais n’allez pas croire que je vous prenne pour le courrier du cœur… En fait, ce qui me gêne le plus dans ce souvenir, c’est que cette femme – elle s’appelait Paola – est morte à cause de moi…
Il avait repris sa marche à travers le salon.
— Cela s’est passé il y a quelques années, dit-il. Nous dînions, Paola et moi, dans un petit restaurant qui ressemblait beaucoup à celui que nous venons de quitter. C’était au bord de ce lac italien dont je vous parlais tout à l’heure… Paola était au courant de… mes activités. Elle m’avait même rendu quelques services mineurs. Elle trouvait ce jeu amusant, eccitante, disait-elle…
Carole gardait les yeux rivés sur le fond de son verre. « C’est incroyable, pensa-t-elle, je devrais être furieuse d’avoir une rivale, même à titre posthume. Mais il a l’air si malheureux que je commence à l’être aussi… Et je le serai plus encore si je ne le revois pas… »
— Ce soir-là, continuait Philip, j’avais rendez-vous avec un agent de l’autre bord, un agent double si vous savez ce que cela veut dire…
La jeune femme inclina la tête en silence.
— Il devait me remettre certains documents importants… Au moment de partir, Paola m’a proposé de m’accompagner. J’ai refusé : ce genre de rencontre peut mal tourner. Elle a insisté… Bref, nous y sommes allés ensemble. L’agent double était bien au rendez-vous, dans un petit chemin creux, près de Trevignano… Mais ceux qu’il trahissait aussi… Il y a eu des coups de feu… Paola a été tuée d’une balle dans la tête, moi blessé… L’agent double a disparu… Voilà, c’est tout… et c’est tragiquement bête…
Il s’arrêta soudain devant Carole qui le regarda fixement.
— Et je m’apprête à commettre la même bêtise ! s’exclama Philip d’une voix sourde… Et avec une femme à laquelle je tiens au moins autant qu’à…
Il s’interrompit et se mit à rougir. Carole sourit, posa son verre et se leva.
— Pour ce mot-là, mon cher Philip, je vous tiens quitte de tout le reste, murmura-t-elle en avançant vers lui.
Elle sentit les bras de Philip l’entourer, ses lèvres se poser sur les siennes. « Il est bien mieux ainsi qu’en homme invisible ! » songea-t-elle avant de s’abandonner.
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