La femme invisible

Christopher Stork · Chapitre 8 sur 15

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La femme invisible

Chapitre VII

 

Le coup de sonnette fit tressaillir Carole qui se précipita à la porte de son appartement et l’ouvrit toute grande. Dès qu’elle aperçut sur le seuil la haute silhouette de Philip, son visage buriné, ses yeux gris-vert, ses cheveux bruns striés de mèches blanches, quelque chose fondit en elle, quelque chose qui fit fondre en même temps sa nervosité, son angoisse et jusqu’au souvenir des raisons pour lesquelles elle avait demandé à Philip de venir la rejoindre chez elle.

— Philip, murmura-t-elle en écartant les bras.

Un instant plus tard, ils basculaient tous les deux sur son lit et s’étreignaient avec une violence passionnée, sans même se soucier des vêtements qui les encombraient. Ce fut pour eux comme s’ils avaient été emportés par la foudre, une foudre à la fois tendre et frénétique.

— Grands dieux, soupira Carole quand Philip s’éloigna d’elle, tu ne m’avais pas dit que tu avais des ancêtres cosaques…

— Je ne le savais pas moi-même jusqu’à ce que je te rencontre, dit Philip dont le complet prince de Galles était dans un piteux état ; tu dois être de ces femmes qui attirent irrésistiblement les derniers outrages…

— Il y a des outrages fort agréables et j’espère que ce ne seront pas les derniers, dit la jeune femme en essayant de défroisser sa robe.

Elle regarda Philip et éclata de rire.

— Ah ! Nous sommes jolis tous les deux ! s’exclama-t-elle en se levant. Tiens, cosaque ! Passe cette robe de chambre et donne-moi ton veston et ton pantalon. Je vais essayer de leur rendre figure humaine… et à moi aussi par la même occasion !

Un quart d’heure plus tard, ils prenaient le thé dans le salon.

— À nous voir, murmura Philip, on dirait qu’il ne s’est rien passé…

— Parce qu’il s’est passé quelque chose ? demanda la jeune femme avec un sourire moqueur.

— Je vais te rafraîchir la mémoire, dit Philip en se dressant à demi dans son fauteuil.

— Non, pitié ! cria Carole en riant. D’ailleurs, ajouta-t-elle d’un ton plus sérieux, ce n’est pas pour ce que tu sembles croire que je t’ai demandé de venir me voir… J’ai pris notre cher professeur littéralement la main dans le sac.

Philip sursauta.

— Comment ? Déjà ! s’exclama-t-il.

— Ce matin même. Je l’ai vu photographier des feuillets tirés d’une chemise marquée « top secret »… Et cela t’intéressera sans doute de savoir qu’il s’agissait de documents concernant les mémoires microscopiques que tu utilises dans tes ordinateurs… De plus, le professeur a téléphoné à une personne dont le numéro se termine par 5,8,6,0 et lui a demandé de prévenir d’urgence ses amis qu’il avait quelque chose d’important pour eux et qu’ils prennent contact avec lui de la manière habituelle…

Elle vit Philip tirer de sa poche un petit carnet, le consulter rapidement et hocher la tête.

— Le numéro de téléphone de Vera Rich se termine par ces quatre chiffres, dit-il d’une voix stupéfaite, mais… il y a quelque chose que je ne comprends pas… Où tout cela s’est-il passé ?

— Dans le laboratoire du professeur.

— Comment as-tu réussi à y pénétrer sans te faire voir ?

— Mais je… commença Carole, souriante.

Elle s’interrompit net, son sourire s’effaça.

« Grands dieux ! pensa-t-elle… Encore un peu et je lui disais tout tranquillement que j’étais invisible ! Et comment lui expliquer autrement la facilité avec laquelle j’ai pu opérer ? »

— Je… je m’y suis cachée avant qu’il n’arrive, dit-elle avec précipitation, et, d’où j’étais, j’ai pu tout voir et tout entendre.

— Et tu étais assez près de lui pour identifier les documents qu’il photographiait ? demanda Philip d’une voix étonnée.

— Eh bien… oui ! affirma nerveusement la jeune femme. Qu’est-ce que cela a de si extraordinaire ? Ou, alors, est-ce que tu ne me croirais pas, par hasard ?

Philip reposa sa tasse de thé, se leva et vint se placer devant elle.

— Bien sûr que je te crois, chère idiote ! dit-il avec gravité… Mais, en agissant comme tu l’as fait, tu as pris des risques énormes… et je ne veux pas que tu recommences ! Tu sais à quel point j’ai des scrupules de t’avoir entraînée dans cette galère… et tu sais pourquoi, ajouta-t-il presque à voix basse.

Carole sourit, lui prit la main et la pressa doucement sur sa joue.

— Oui, je sais, mon pauvre chéri, murmura-t-elle, mais ne te fais donc pas tant de souci pour moi. Même si Montebello m’avait surprise, il ne m’aurait pas tuée, quand même !

« Et pourtant, songea-t-elle, ce matin, j’ai bien eu peur, pendant un instant, qu’il ne me tue… »

— Qui sait ? soupira Philip. Un homme dans sa position, se voyant démasqué et se sachant perdu, peut faire les pires choses… Enfin, ajouta-t-il d’une voix plus détendue, tu as agi comme il le fallait pour que nous puissions le coincer et tu n’auras plus, désormais, à t’occuper de lui… Bravo, ma chère consœur, vous êtes exceptionnellement douée pour cet affreux métier… et c’est bien ce qui m’inquiète d’ailleurs…

— Qu’est-ce qui t’inquiète encore, mon Dieu ? demanda la jeune femme avec un rire un peu contraint.

— Que, devant ton exploit, mes chefs, admiratifs, ne t’en demandent d’autres… Mais je saurai bien les convaincre de te laisser tranquille.

— Et si j’y avais pris goût, moi, à ce métier ! s’exclama Carole. Tu ne vas pas quand même te mettre déjà à régenter ma vie, espèce de phallocrate ! Ah ! Un détail qui te sera peut-être utile : le professeur se rend ce soir à l’Apollo, avec sa belle amie, je suppose.

— À l’Apollo ? Ce n’est pas là qu’on donne ce numéro de magie sur l’homme invisible ?

— Oui, je crois, répondit Carole en détournant les yeux.

— Et si nous y allions, nous aussi ? suggéra Philip.

« Décidément, songea la jeune femme, c’est d’une ironie parfaite ! Mais qui sait ? Cela m’amusera peut-être de voir ce que fait… un collègue… »

— Si tu veux, dit-elle. Passe me prendre vers sept heures.

Une fois Philip reparti, elle se mit à marcher de long en large dans son salon, les bras croisés, la tête basse. « Il faut que je fasse beaucoup plus attention, se dit-elle. Si jamais on me confiait une autre mission de ce genre, la facilité avec laquelle j’opère finira par attirer les soupçons… Je dois mentir, même à Philip, surtout à lui ! Ah ! Ma fille ! C’est que ce n’est pas tout simple, l’invisibilité ! »

 

*

* *

 

— Vous n’avez pas vu Miss Gray ce matin ? demanda le professeur Montebello à la secrétaire.

— Non, monsieur, dit sèchement celle-ci.

— Et elle n’a pas téléphoné pour donner de ses nouvelles ?

— Pas que je sache.

L’hostilité de la secrétaire était évidente. L’histoire de la laborantine avait sans doute déjà fait le tour du service. « Je m’en fous ! songea Montebello avec hargne. Que ces greluches pensent de moi ce qu’elles veulent, ça m’est égal ! Quant à cette petite chipie, elle va voir de quel bois je me chauffe ! En attendant, il me faut absolument des renseignements complémentaires à propos du compte rendu de Carole Gray… »

Il allait entrer dans le bureau de la jeune femme quand une idée subite lui vint. Il se retourna vers la secrétaire.

— Vous m’avez bien dit que vous n’aviez pas vu Miss Gray aujourd’hui ?

— Oui, monsieur.

— Pourtant elle est venue. Elle a laissé quelque chose pour moi dans mon bureau.

— Je ne suis pas au courant, monsieur. Peut-être est-elle passée avant que je n’arrive…

« Elle serait venue avant tout le monde et repartie aussitôt ? se dit Montebello. C’est bizarre quand même… »

D’un geste brusque, il ouvrit la porte du bureau de Carole et se dirigea vers sa table. Quelques dossiers s’y trouvaient soigneusement rangés mais aucun ne contenait les renseignements qu’il cherchait. En les remettant à leur place, Montebello eut l’impression curieuse que quelque chose lui frôlait la paume, quelque chose comme un bout d’étoffe… Il se frotta la main, pensant qu’il s’agissait d’une sorte de démangeaison… et le bout de ses doigts entra en contact avec un objet… un objet qu’il ne voyait pas mais qu’il sentait très nettement, qu’il pouvait tâter, soulever, poser dans le creux de sa main, un morceau de chiffon de quelques centimètres de long…

« Je deviens fou ! pensa le professeur. C’est la fatigue accumulée ces derniers temps. Je souffre d’une hallucination tactile, comme d’autres d’hallucinations visuelles ou auditives… Mais celle-ci est d’une netteté stupéfiante… Je sens chaque pli, chaque fil de ce bout d’étoffe… Et ce contact un peu rêche… On dirait qu’il a été trempé dans un liquide visqueux qui a durci en séchant, une sorte de résine… Est-ce que par hasard, cette chère Miss Gray aurait… nom de Dieu ! Nom de Dieu de nom de Dieu ! »

Il enfouit le chiffon dans la poche de sa blouse et se mit à ouvrir les uns après les autres les tiroirs de sa collaboratrice. Mais il n’y trouva rien de ce qu’il cherchait. Que cherchait-il d’ailleurs ? Il alla jusqu’à la table d’expériences, examina les tubes à essai rangés dans leur portoir. Ils avaient tous été soigneusement nettoyés et la table elle-même débarrassée des différents produits qui l’encombraient habituellement. La poubelle elle-même était vide.

« Voyons, se dit Montebello, je dois savoir à quels travaux Carole Gray se livrait ici… Je ne pense pas aux recherches qu’elle effectuait pour moi mais à celles qu’elle poursuivait peut-être pour son propre compte… Mais il n’y a rien ici… comme si elle avait voulu effacer toute trace… Il faut que j’en aie le cœur net ! »

Il retourna dans le secrétariat.

— Où sont les bordereaux de commande des produits dont Miss Gray s’est servie ces derniers temps ? demanda-t-il à la secrétaire.

— À la comptabilité, je suppose, répondit celle-ci sans le regarder.

— Faites-les-moi porter dans mon bureau.

Dès qu’il fut sorti, la secrétaire, avec un soupir excédé, décrocha son téléphone et forma le numéro de téléphone de Carole. La jeune femme répondit presque aussitôt.

— Miss Gray ? dit la secrétaire à mi-voix… Ici Mrs. Parker… Il faut que je vous prévienne, Miss Gray. Le patron s’est étonné de ne pas vous voir aujourd’hui… Et il vient de demander vos bordereaux de commande de ces derniers jours… J’ai cru bien faire de vous prévenir… Pas du tout, Miss Gray, c’est avec plaisir…

« Ce vieux satyre, songea-t-elle en raccrochant. Tout ce que je pourrais faire pour lui mettre des bâtons dans les roues, je le ferai… Et justement, j’y pense… »

Elle prit le combiné du téléphone intérieur et appela la comptabilité.

— Daisy ? dit-elle… Ici Marjorie… Tu as encore les bordereaux de commande de Miss Gray ? Ils vont partir à la comptabilité générale ? Eh bien, non, ma petite Daisy, ils sont déjà partis, tu comprends ? Non, tu ne comprends pas ? Eh bien je t’expliquerai mais fais cela pour moi… Et, s’ils traînent un peu pour arriver là-bas, ces bordereaux, ce n’en sera que mieux… Je te promets que je te raconterai tout, ce midi, à la cantine… Merci, Daisy chérie.

Dans son bureau, Montebello tâta de nouveau le morceau de chiffon qu’il avait dans sa poche, l’en retira, l’approcha de son visage, le renifla. Il dégageait une faible odeur d’acétone… « Hallucinant ! songea le professeur… Mais je suis sûr, maintenant, que ce n’est pas moi qui suis halluciné. Ceci est vrai, c’est un objet matériel qui existe… Alors quoi ? Cette grande pimbêche de Carole Gray aurait trouvé le moyen de le rendre invisible ? C’est invraisemblable ! Et pourtant cela est ! Mais comment a-t-elle pu procéder ? Quels produits a-t-elle pu employer ? »

Il appela la secrétaire sur l’interphone.

— Eh bien ? Ces bordereaux ? aboya-t-il.

— Ils sont à la comptabilité centrale, monsieur.

— Alors faites-les revenir d’urgence !

— Cela risque de prendre un peu de temps, monsieur, dit la secrétaire d’une voix placide. Une fois remis à la comptabilité centrale, les bordereaux sont classés dans les archives. Il va falloir les y retrouver…

— Mais je vous dis, nom de Dieu, que…, hurla Montebello.

Puis, avec un effort, il essaya de reprendre une voix normale.

— C’est bien, Mrs. Parker, dit-il. Je les veux le plus vite possible… Euh !… Envoyez-moi Vernon Forbes, voulez-vous.

« Du calme ! pensa-t-il en respirant profondément. Il faut que je garde mon calme sinon je vais attirer l’attention du service. Et puis, je dois avoir la tête froide pour envisager toutes les implications de cette extraordinaire affaire… Supposons que Carole Gray ait vraiment mis au point une substance qui rende invisible l’objet dont elle l’a imprégné, comme ce morceau d’étoffe… Soit ! Que compte-t-elle faire de sa découverte ? La monnayer ? Prendre un brevet ? Ce n’est pas son genre… »

On frappa à la porte. C’était Vernon Forbes, plus play-boy que jamais. Montebello ne l’aimait guère mais il en tirait souvent des renseignements utiles sur l’état d’esprit de ses collaborateurs.

— Ah, Forbes, dit le professeur, je me demandais si vous saviez, vous, où était Miss Gray ce matin.

— Je n’en ai pas la moindre idée, monsieur, répondit Forbes avec son sourire affecté.

— Vraiment… C’est fâcheux, Forbes, très fâcheux… J’avais… euh… des renseignements à lui demander sur ses travaux actuels… Vous ne savez pas, vous, par hasard, sur quoi portent ses recherches en ce moment.

Forbes secoua la tête avec une moue ironique.

— Carole Gray ne me fait pas ses confidences, monsieur, dit-il d’un ton de regret.

— Et vous ne vous êtes pas fait votre petite idée personnelle ?

— Non, monsieur, pas la moindre, je le regrette.

Montebello pianota un instant sur sa table, d’un air rêveur.

— Vous n’avez rien remarqué de spécial chez votre collègue, ces derniers temps ? demanda-t-il… Une certaine nervosité peut-être, l’air d’être particulièrement préoccupée…

Forbes eut un petit rire désinvolte.

— Non, monsieur. J’ai trouvé Miss Gray aussi revêche qu’à l’ordinaire, du moins en ce qui me concerne. Mais, pour le reste… Ah ! Si ! s’exclama-t-il. J’ai noté quelque chose de tout à fait curieux, hier matin… Pendant une seconde, j’ai eu l’impression que Miss Gray avait eu un accident à la main…

— Un accident ? Quel genre d’accident ? demanda Montebello en relevant vivement la tête.

— J’ai cru voir qu’il manquait une phalange à l’un de ses pouces, le gauche, je crois… Mais, quand je lui ai posé la question, elle s’est fâchée et m’a pratiquement mis à la porte… Je me suis sans doute trompé…

— Sans doute, Forbes, sans doute, murmura le professeur d’une voix sourde. Si Miss Gray avait perdu une phalange dans un accident on en aurait entendu parler… C’est bien, mon cher, je vous remercie. Je n’ai plus besoin de vous.

Resté seul, il regarda rêveusement son pouce et, pris d’une inspiration subite, retira de sa poche le bout de chiffon invisible et l’enroula autour de la deuxième phalange. Celle-ci disparut aussitôt. Montebello tressaillit. « Ainsi, c’est bien cela, se dit-il. Elle a trouvé ! De toutes les choses étranges que j’aie vues dans ma vie, celle-ci est certainement la plus confondante ! Cette substance ne rend pas seulement invisible le corps sur lequel elle s’applique. Elle provoque également l’invisibilité de tout ce qui se trouve derrière lui ! On pourrait donc imaginer un costume, un vêtement, que sais-je, qui empêcherait de voir celui qui le porte… celui, ou celle… »

Il tressaillit de nouveau et jeta un regard inquiet autour de lui. « Où cette maudite Gray en est-elle ? Jusqu’où a-t-elle exploité sa découverte ? S’est-elle déjà confectionné le costume auquel je pense ? Si oui, elle peut donc être invisible à volonté… Elle est peut-être dans cette pièce en train de m’observer… Et ce matin… »

Montebello blêmit. Des gouttes de sueur se formèrent sur son front.

« Ce matin, quand j’ai eu l’impression furtive que quelqu’un regardait mes papiers par-dessus mon épaule, quand j’ai cru entendre un souffle non loin de moi… Était-ce elle ? Mais alors ? Elle était donc là tout le temps ! Elle m’a vu photographier les documents, m’a entendu téléphoner à Vera… Je suis perdu ! »

Il se prit la tête à deux mains. « Du calme, se répéta-t-il, du calme pour l’amour du ciel ! Une seule chose est sûre : c’est que ce bout de chiffon invisible existe et qu’il se trouvait sur la table de Carole Gray. Le reste n’est fait que d’hypothèses qui doivent être vérifiées… Mais comment ? Vais-je aller voir Carole Gray et lui poser tout de go la question : « Avez-vous découvert le secret de l’invisibilité ? » Foutaise ! Même si c’est vrai, elle me rira au nez ! Non… Il y a autre chose à faire… quelque chose de beaucoup plus utile… »

Il se redressa lentement, les yeux brillants. « Je dois percer moi-même son secret, retrouver son procédé, redécouvrir la substance qui donne l’invisibilité, et je suis de taille à y parvenir. Si j’y arrive… »

Le professeur poussa un long soupir de soulagement. « Si j’y arrive, je suis sauvé ! Si les choses tournent mal avec les amis de Vera… ou avec les services de renseignements anglais, je puis disparaître à mon gré… Mais il n’y a aucune raison qu’elles tournent mal, au contraire. Car, ce secret, il m’est possible de le vendre. Un produit qui rend invisible, n’est-ce pas le rêve d’un espion ? Et les amis de Vera ne seront pas les seuls intéressés. Je puis offrir ce produit aux plus grandes puissances, les mettre en concurrence, faire monter les prix jusqu’à un niveau fantastique. Ils voudront tous l’avoir, ils m’offriront tous des fortunes… Et je n’aurai plus besoin de passer par cet horrible Jimmy pour faire face aux dépenses de Vera… »

Son visage se contracta, ses yeux devinrent fixes. « Et pour Vera elle-même, ce produit me sera utile… Je pourrai enfin la surveiller sans qu’elle s’en doute, savoir ce qu’elle fait des soirées où je ne suis pas avec elle… Mieux encore ! Je lui révélerai que je suis invisible ! Je la préviendrai que je risque d’être présent à tout moment, à côté d’elle, dans sa chambre, dans les salons où elle flirte, dans les clubs où elle va danser… Oui, je la tiendrai par la peur à défaut de la tenir autrement… »

Il arracha le chiffon qui dissimulait son pouce et le remit dans sa poche. « Assez rêvé ! Je n’y suis pas encore ! Il faut que je le retrouve, ce secret ! Et j’en suis capable ! Il ne sera pas dit qu’un Montebello échoue là où une Carole Gray a réussi ! Au travail ! »

Le professeur Alfred Montebello se leva, marcha vers sa bibliothèque et, après quelques hésitations, en sortit un fort volume cartonné qu’il posa sur sa table et sur lequel il se pencha en se massant doucement la poitrine à la hauteur du cœur.

 

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