La Promenade au phare

Virginia Woolf · Chapitre 22 sur 36

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La Promenade au phare

Chapitre 7

La Nature ajoute-t-elle à ce que l’homme a produit ? Achève-t-elle ce qu’il commence ? Avec la même complaisance, elle voit sa misère, excuse sa bassesse, acquiesce à ses tortures. Ainsi ce rêve de partage, d’achèvement, de réponse trouvée dans la solitude de la plage, n’était qu’un reflet dans un miroir et le miroir lui-même n’était que cette surface vitreuse qui se forme au repos lorsque nos facultés nobles s’assoupissent au-dessous ? Dans leur état d’impatience, de désespoir, il leur était impos-sible d’arpenter la plage et cependant il leur répugnait de la quitter (car la beauté offre ses enchantements et ses consola-tions) ; il était insupportable de la contempler ; le miroir était brisé.

(Mr. Carmichaël publia au printemps de cette année-là un volume de poésies qui eut un succès inattendu. La guerre, di-sait-on, avait fait revivre le goût des vers.)

 

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Toutes les nuits, à travers l’été et l’hiver, le tourment des tempêtes, la fixité du beau temps, semblable à la droiture de la

– 151 – flèche, régnèrent sans trouble. Si l’on avait pu écouter des pièces d’en haut de la maison vide on n’aurait entendu que les se-cousses, les écroulements d’un chaos gigantesque traversé d’éclairs. Les vents et les vagues s’ébattaient à la façon de lévia-thans amorphes et gigantesques dont le front ne laisse passer aucune lueur de raison et qui, montés l’un sur l’autre, dans des jeux imbéciles, font des poussées, des plongeons dans les té-nèbres ou la lumière (car la nuit et le jour, les mois et les années se confondaient en une masse informe), et cela au point qu’on eût dit que l’univers tout entier se battait contre lui-même, se culbutait dans une brutale confusion, dans un déchaînement d’incohérents appétits.