Le mécaniquosmo

Maurice Limat · Chapitre 7 sur 22

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Le mécaniquosmo

Chapitre VI

Maintenant, ils survolaient ce qui, de toute évidence, était la planète vagabonde.

Emportée dans l’aventure, s’abandonnant aux événements, Lydia n’avait eu d’autre souci que la conduite du cosmocanot. Sensation curieuse pour un aspirant de la flotte spatiale de se trouver en position irrégulière, pratiquement en rébellion et désertion.

Mais il lui semblait que Coqdor ne pouvait mentir, que le chevalier de la Terre, désormais très populaire sur sa planète-patrie et ailleurs, ne pouvait œuvrer que dans la bonne voie.

Elle avait donc suivi le mouvement des bolides mystérieux, lesquels, ainsi que l’avait dit Bruno Coqdor, n’évoluaient pas au hasard mais évidemment selon un programme parfaitement au point. La traversée spatiale avait été relativement courte. Moins d’une heure. Et ils avaient commencé à distinguer le point brillant indiquant un astre, ou tout au moins un de ces astéroïdes comme il en existe des milliers au-delà des planètes centrales du système solaire.

Toutefois, au fur et à mesure qu’ils progressaient dans cette direction, les deux passagers du cosmocanot avaient pu constater qu’il ne s’agissait pas d’un de ces cailloux perdus dans le grand vide et qui, en dépit de leurs dimensions plus ou moins vastes, n’en sont pas moins que des rochers perdus saisis dans le grand mouvement gravitationnel.

Or, ce qu’ils découvraient, c’était bien autre chose. Coqdor avait pu supposer un instant qu’il s’agissait d’un énorme satellite artificiel. Il n’en était rien et il voyait bien maintenant qu’il s’agissait réellement d’un corps céleste naturel. À cela près que la main de l’homme – ou tout au moins d’une créature pensante – avait su l’aménager très astucieusement. Et selon une technique hautement perfectionnée.

Coqdor était-il surpris de pareille découverte ? Très peu en réalité. Pour l’excellente raison que, dans le laboratoire du docteur Stewe, lorsqu’il avait mis en avant ses possibilités psychotechniques, d’ailleurs corroborées par celles du surprenant Grégory, il avait à peu près déterminé la configuration de l’astre d’où venaient les deux hommes enfermés dans les météorites fracassées à l’arrivée de la pluie de pierres.

Oui, c’était bien ce que l’enfant et lui-même avaient « vu ». Vu grâce à l’effort médiumnique. Vu par ces clichés fugaces, incomplets, le plus souvent fragmentaires, qui apparaissent plus ou moins à volonté dans le cerveau de ceux qui ont mis en œuvre cette curieuse faculté laquelle, on l’affirme quelquefois, est dévolue à tous les humains mais demeure généralement ignorée, et même niée.

Un petit planétoïde. Hérissé de formidables antennes. Recouvert pour la plus grande partie de bâtiments parallélépipédiques ou en coupoles, et braquant vers le ciel d’immenses miroirs paraboliques dont l’éclat est difficilement supportable car ils semblent disposés pour capter la lumière, donc l’énergie solaire.

Le cortège poursuit sa route, arrive dans les parage6 immédiat de la petite terre de l’espace.

Lydia ne demande même pas si on a atteint la planète vagabonde. Elle en est intimement persuadée et ne doute plus que c’était bien là que Coqdor devait se rendre. Ce qui apaise un peu son tourment. Après tout, elle finira certainement par savoir qu’elle a eu raison d’agir comme elle l’a fait et que ce n’était que son devoir.

On passe, maintenant à basse altitude, au-dessus des constructions. Une coupole qui semble pratiquée dans un matériau translucide analogue à ce dépolex qu’utilisent les Terriens, en particulier pour les hublots d’astronefs, attire leur attention.

Ils passent, très vite, mais ont eu le temps de distinguer certains détails.

— C’est un temple ?

— Un palais, peut-être… Ces motifs… sculptés… ou peints ?…

— Avez-vous remarqué leur disposition… Cela forme un cercle…

— Et vous en concluez… ?

— … qu’il s’agit peut-être d’un zodiaque… ou quelque chose d’analogue !

Un temps. Tous deux réfléchissent à ce qu’ils ont vu. Lydia, au bout d’un moment, murmure :

— Mais le zodiaque, tel que nous le connaissons… correspond à une vision céleste à partir de la planète Terre !

— Certes. Mais dans les divers mondes, on admet fréquemment les influences astrales… Nous avons mal vu… Peut-être ne s’agissait-il pas de la Balance, des Poissons, de la Vierge et du Sagittaire… De nos signes, si je puis dire. Mais de constellations vues à partir d’un autre univers, ou simplement d’une planète plus proche, mais auxquels on confère un pouvoir bénéfique ou maléfique selon les cas…

Cependant les météores qui escortent le cosmocanot exécutent maintenant des cercles de plus en plus étroits.

— Nous arrivons ! dit tranquillement Coqdor, comme s’il s’agissait de la fin du plus banal des voyages.

Lydia, qui est décidément très adroite, dirige fort bien son appareil et ils voient les météores se poser les uns après les autres devant un immense hangar. Là est pratiquée une aire légèrement en courbe. Pour une excellente raison. C’est qu’eu égard aux faibles dimensions de la planète vagabonde, le grand plat n’existe pratiquement pas. Lydia n’en croit pas ses yeux. Parce que les météores, touchant le sol, s’ouvrent littéralement en deux les uns après les autres.

Coqdor la rappelle doucement à l’ordre. Ils atterrissent à leur tour et il aide la jeune femme à s’extirper du cockpit.

Autour d’eux, les bolides finissent leur périple. Se fendent avec facilité. Les deux morceaux tombent de part et d’autre, libérant chaque fois un individu équipé à l’instar des cosmonautes. Et en tout point semblable aux deux postulants ravisseurs de Grégory Muscat, lesquels ont assez mal fini. Sans doute parce que leur arrivée a été quelque peu brutale, ce qui avait fracassé dangereusement les météores alvéoles.

Alors, une voix résonne à travers un micro :

— Chevalier Coqdor… Nous vous attendons ! Bienvenue à Klaëtrâ !

Lydia est très impressionnée. Elle regarde ces bâtiments, construits en un matériau d’un blanc très luminescent. Ces coupoles géantes. Ces miroirs disposés en longues rangées qui, épousant le terrain du planétoïde, forment des théories naturellement courbes qui se perdent vers le très proche horizon.

Elle constate, comme Coqdor, que l’air est assez pesant, stagnant et il est aisé de deviner qu’il s’agit d’une atmosphère artificielle. On a réussi ici une climatisation de surface grâce, sans doute, à quelque phénomène de compression de la masse gazeuse par un réseau d’ondes de force formant filet. Et parallèlement, si on marche normalement sur ce sol, sur ce petit monde où la pesanteur doit à l’état naturel être des plus faibles, c’est qu’il existe également un système de gravitation compensant l’insuffisance de la masse astrale.

Un des hommes-météores s’incline devant eux et leur désigne une des constructions. Vaste, cubique mais surmontée en son centre d’une coupole.

Une coupole qu’ils reconnaissent tous les deux : celle qu’ils ont survolée un instant auparavant et dont les curieux ornements les ont si vivement intrigués.

Ils avancent. Que feraient-ils d’autre ? Et ils voient des portes monumentales s’ouvrir.

Une théorie de personnages de type humanoïde paraît et semble venir à leur rencontre. Mais leur allure est telle que Lydia, frissonnante, se rapproche instinctivement du chevalier :

— Des robots !…

Il la rassure d’une pression de main. Mais d’autres silhouettes se manifestent et là, la surprise est infiniment plus grande.

Il s’agit d’une demi-douzaine d’humains. Des femmes plus précisément. Ils ne tarderont pas à constater qu’elles sont toutes jeunes et jolies et ce d’autant plus rapidement que… cela semble incroyable à Lydia, ces charmantes créatures prennent leur vol. Avec une grâce indicible, elles quittent le sol, vont vers eux en filant en souplesse, donnant très exactement l’impression de nageuses en pleine eau.

Elles nagent en l’air comme on nage dans l’eau. Et c’est un cercle séduisant qui arrive autour de Coqdor et de Lydia, qui leur susurre des paroles d’accueil parlant ce code Spalax qui est adopté dans tous les univers. Lydia ouvrait de grands yeux mais Coqdor n’était qu’à demi surpris.

Il n’ignorait pas en effet que dans certains mondes lointains les humanoïdes, quoique de morphologie universelle, avaient su adapter à leurs personnes cette singulière faculté qu’on pouvait appeler la volnatation. Il s’agissait en fait à la base d’une éducation particulière du métabolisme biologique, neutralisant à volonté l’attraction pesantorielle.

Et toutes ces filles, toutes jolies, offraient des types variés et il estimait que, même si elles étaient originaires de planètes variées, aucune Terrienne ne se trouvait parmi elles.

Cependant on guidait les deux arrivants vers le palais à la gigantesque coupole. Ils pénétrèrent tout d’abord dans un immense vestibule circulaire où des colonnes s’alignaient alentour, disposition classique qu’on retrouvait à travers les architectures mondiales. La lumière y était diffusée par des flambeaux artificiels vraisemblablement alimentés au néon magnétisé inventé autrefois par un savant terrien. Ce qui laissait supposer que les étranges habitants de la planète vagabonde utilisaient les diverses techniques galactiques et extra-galactiques.

Une voix, analogue à celle qui avait accueilli les voyageurs de l’espace sur l’esplanade, se fit encore entendre :

— Priez le chevalier Coqdor de venir me rendre visite !

Alors deux hôtesses prirent chacune Lydia par un bras et l’emmenèrent, souriant, la cajolant, semblant ne pas tenir compte des regards désespérés qu’elle lançait vers Coqdor.

Lui, comprenant que, du moins présentement, il ne fallait causer aucun scandale, lui faisait signe d’obéir, qu’il n’y avait nullement à s’inquiéter.

Et il suivit de bonne grâce (du moins en apparence) les délicieuses filles qui lui faisaient une escorte pleine de charme.

Une double porte glissa devant lui. Et on le fit entrer.

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