Le Piège

Emmanuel Bove · Chapitre 8 sur 18

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Le Piège

Chapitre 8

 

 

À dix heures précises, Bridet arriva rue Lucas. Il avait renoncé à déposer sa valise dans un café voisin de la station de cars de peur, au cas où il eût été suivi, qu’on ne supposât qu’il ne voulait pas se rendre à la convocation. Il l’avait con-fiée à un commerçant qui fit d’ailleurs des difficultés pour en accepter la garde.

La rue Lucas, toute proche du Parc, était la plus paisible qui fût. On n’y voyait aucun magasin. Par contre, à l’entrée de presque chaque immeuble, de superbes plaques de méde-cin étaient fixées. Bridet eut beaucoup de difficultés à trou-ver le bureau de la Sécurité nationale. Aucune indication ex-térieure n’était visible. Sous la voûte, rien non plus. Il ouvrit une porte vitrée qui donnait sur un vaste hall, au milieu du-quel s’élevait l’escalier principal. À la boule de cuivre ciselé terminant la rampe, un écriteau de carton était accroché. Les deux mots « Sécurité nationale » y étaient écrits, mais sans mention d’étage.

Comme il ne semblait pas y avoir de concierge, Bridet ressortit, frappa à une fenêtre dans la cour. « Ça c’est bien l’esprit fonctionnaire, pensa-t-il. Ces messieurs se croient in-dispensables. On ne peut pas se passer d’eux, n’est-ce pas ? Si on veut les voir, eh ! bien, on n’a qu’à se donner la peine de les chercher. Ce n’est pas à eux de se déranger. »

Les locaux de la Sécurité nationale étaient installés dans l’appartement de l’entresol. Seules les heures d’ouverture étaient inscrites à la porte. Bridet sonna. C’était ridicule, mais le fait que l’invitation d’entrer sans frapper ne figurât

– 83 – pas sur la porte lui fut désagréable. Personne ne répondit. Il tourna le bouton et se trouva dans un vestibule meublé d’une table de bois blanc et d’une chaise réservée à un employé. Celui-ci était absent. Bridet lut le mot « Renseignements ». Il frappa à une porte.

— Entrez, cria-t-on.

Il se trouva en présence de quatre hommes assis chacun devant un petit bureau individuel. Il eut le sentiment qu’il avait interrompu une conversation. Ces hommes l’examinèrent. Bridet s’approcha de celui qui était le plus près de la porte, et lui montra la convocation. L’employé la lut plusieurs fois sans doute, car il resta un long moment les yeux fixés sur ces quelques lignes.

— C’est vous, Monsieur Bridet ? demanda-t-il enfin.

— Oui, c’est moi.

— Monsieur Joseph Bridet ?

— Oui, oui.

L’employé se tourna vers ses collègues, regrettant visi-blement de ne trouver d’autres questions à poser.

— Le chef n’est pas encore arrivé, hein ?

Bridet pensa une seconde qu’il pouvait en profiter pour partir. Il dit :

— Dans ce cas voulez-vous être assez aimable de dire que je suis venu et que je repasserai plus tard.

Les quatre hommes se regardèrent.

 

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— Si vous êtes convoqué, il vaut mieux que vous atten-diez, dit l’un d’eux.

— J’étais convoqué pour dix heures.

— Oui, oui, je le sais, M. le Directeur ne va pas tarder, dit un autre qui voulait paraître avoir plus d’usage que ses collègues.

— Ah, très bien, dit Bridet.

— Vous n’avez qu’à vous asseoir dans l’entrée. D’habitude, il est toujours là, il est en retard.

Bridet s’assit sur un banc de chêne poli placé le long du mur. Une ampoule sans abat-jour éclairait le vestibule. Un peu de clarté venait aussi par une porte de verre granité, celle de l’ancienne cuisine probablement. Il n’y avait pas de tapis, mais des clous de cuivre demeuraient encore fichés dans le parquet. Sur un mur, pas au milieu, un peu dans l’ombre, une petite photographie du général Weygand. Il était en uniforme, mais nu-tête, ce qui lui donnait l’air d’un homme indépendant, prêt à s’engager dans la voie qu’il juge-rait la meilleure au moment opportun.

De temps en temps, la porte d’entrée s’ouvrait. Personne ne semblait s’apercevoir de la présence de Bridet. Les visi-teurs s’engageaient sans hésitation dans le couloir, entrou-vraient des portes, les refermaient.

Bridet était moins inquiet. Il se disait que s’il y avait eu quelque chose de vraiment grave, le directeur n’eût pas été en retard. Le peu d’empressement qu’il mettait à le recevoir était l’indice qu’il avait à s’occuper d’affaires plus impor-tantes. Bridet alluma une cigarette. Il remarqua que les ver-rous avaient été ôtés, sans doute par les précédents loca-

 

– 85 – taires, et qu’il y avait à la place, dans la porte, des trous aussi gros que des pièces de deux francs. Ce détail avait quelque chose de sympathique. On semblait camper. On semblait ne pas songer à arrêter les gens.

Au bout d’une demi-heure d’attente, Bridet se leva et se mit à marcher de long en large dans le vestibule. Déjà les vi-siteurs qu’il avait vus entrer étaient ressortis. Certains même étaient revenus. Cela devenait gênant d’être toujours là. Le directeur, d’ailleurs, était peut-être arrivé et on avait oublié de prévenir Bridet.

Ce dernier frappa doucement à la porte de la pièce oc-cupée par les quatre employés.

— Nous le saurions, dirent-ils, s’il était là.

Bridet retourna s’asseoir dans l’entrée. Il pensa qu’il n’avait qu’à laisser un mot, écrire qu’il était venu, qu’il avait attendu, mais qu’ayant un rendez-vous, il avait dû partir.

À ce moment un jeune homme élégant, venant du fond de l’appartement, s’arrêta devant lui.

— Vous êtes monsieur Bridet ? demanda-t-il.

— Oui.

— M. Saussier s’excuse d’être en retard. Il va arriver dans un quart d’heure au plus. Il vous prie de l’attendre.

— C’est très ennuyeux, dit Bridet réconforté par ce ton courtois. Je dois justement voir M. Basson tout à l’heure, à l’intérieur. Est-ce qu’il est onze heures ?

Le jeune homme regarda sa montre.

— Il n’est pas onze heures, dit-il.

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— Oui, mais il faut le temps d’y aller.

— Voulez-vous que je téléphone à M. Basson pour lui dire que vous êtes ici ?

— Oh ! non, ce n’est pas la peine.

— Voulez-vous téléphoner vous-même ?

Bridet feignit de trouver l’idée excellente, puis tout à coup, comme s’il se ravisait :

— Oh ! après tout, il m’attendra.

Bridet se rassit. Une demi-heure s’écoula encore, coupée par des allées et venues de plus en plus nombreuses. De temps en temps, le jeune homme élégant revenait pour faire patienter le visiteur. À la fin, comme frappé de n’avoir pas eu cette idée plus tôt, il lui dit :

— Mais venez donc dans mon bureau. Vous serez beau-coup mieux. Excusez-moi de ne pas y avoir pensé avant.

— C’est qu’il est déjà onze heures et demie, remarqua Bridet.

— Si c’est à cause de M. Basson que vous vous inquié-tez, rassurez-vous. Je viens de téléphoner à l’intérieur. Il ne viendra pas ce matin.

— Ah ! bon, dans ce cas, tout est changé, dit Bridet en paraissant soulagé. Je peux attendre.

Au fond du couloir, se trouvait un réduit où étaient remi-sés un buffet de salle à manger démonté et un sommier. Le secrétaire ouvrit une autre porte. À la grande surprise de Bridet elle donnait sur un petit escalier intérieur tout neuf.

 

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— Je vous fais prendre le chemin le plus court, dit le se-crétaire. Excusez-moi, je passe devant vous, je vous montre le chemin.

— Mais où allons-nous ? demanda Bridet.

— À l’étage au-dessus.

Un instant après, Bridet se trouvait dans un autre appar-tement qui n’avait rien de commun avec celui qu’il quittait. Il était meublé luxueusement. Du hall, auquel un tapis rouge, des appliques à trois branches et une sorte de desserte à pieds dorés donnaient grand genre, on apercevait, à travers les deux battants vitrés d’une porte, un salon tout aussi somptueux.

— Je vais prévenir monsieur le Directeur, dit le secré-taire. Il doit être arrivé maintenant.

Bridet eut une sorte de haut-le-corps comparable à un hoquet silencieux. Que signifiait cette attitude bizarre du jeune homme élégant ? Pourquoi disait-il à présent que le di-recteur était là, alors qu’il était venu simplement chercher le visiteur pour le conduire dans un endroit plus confortable ? Bridet n’eut pas le temps de réfléchir davantage. Le secré-taire entrouvrit la porte vitrée.

— Est-ce que M. Bridet peut entrer ? demanda-t-il.

La réponse parvint dans le hall :

— Mais naturellement.

Le secrétaire s’effaça et Bridet se trouva tout à coup dans la grande pièce claire et gaie. Il aperçut à sa gauche, dans le fond, derrière un bureau qu’on ne pouvait voir du hall, un homme assis. Cet homme se leva. Il avait des che-

– 88 – veux plats très clairsemés, comme peints sur le sommet de la tête. Il portait un col amidonné et, à sa boutonnière, une mi-nuscule rosette de la Légion d’honneur dont le rouge vif était mis en valeur par la teinte sombre du veston. Bridet eut tout de suite le sentiment qu’il ne se trouvait plus, comme jusqu’à présent, en présence de camarades de son âge, de jeunes hommes prenant des airs énigmatiques pour imposer, mais en présence d’un véritable haut fonctionnaire. Ce monsieur Saussier était visiblement quelqu’un. Il ne devait rien à la dé-faite. Il avait déjà dû occuper d’autres postes importants avant la guerre.

— Excusez-moi, dit M. Saussier, de vous avoir fait at-tendre. Veuillez vous asseoir. Je vous ai prié de passer me voir ce matin parce que j’ai à vous parler.

— Mais, Monsieur, cela n’a aucune importance, c’est tout naturel.

— Vous êtes, je crois un grand ami de notre sympa-thique Basson.

— Je ne suis pas un grand ami. Je suis simplement un ami de Basson, répondit Bridet prudemment.

— Vous avez été quand même heureux de le revoir ?

— Très heureux, dit Bridet.

— Vous saviez qu’il était ici ?

— Je l’ai appris à Lyon.

— Comment ? demanda M. Saussier négligemment.

On sentait qu’il était un peu gêné qu’un homme de son importance posât des questions en apparence si anodines.

 

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Aussi le faisait-il en annotant des papiers, comme si, occupé par ailleurs, il ne parlait que pour empêcher l’entretien de tomber.

— Le plus simplement du monde. Dans les semaines qui ont suivi l’armistice, nous avons tous cherché à savoir ce que nos amis, et quelquefois même des gens auxquels nous n’attachions aucune importance, étaient devenus.

— Oui, oui, j’ai éprouvé cela. Quels souvenirs !

— D’ailleurs, je n’ai pas été voir que lui. J’ai été voir également Laveyssère que vous connaissez sans doute. Il est au cabinet du Maréchal. C’est un de mes amis, ou plutôt un ami de la famille de ma femme. La mère de James Laveys-sère est née Quatrefage. Mon beau-père a été longtemps le directeur de la F.A.L., la compagnie maritime France-Amérique latine, dont M. Laveyssère père était un des fonda-teurs.

— Oui, oui, mais ne nous écartons pas trop de notre su-jet. Revenons à Basson. Vous lui aviez demandé, d’après ce qui m’a été raconté, de vous aider à partir, c’est bien cela, n’est-ce pas ?

— Pas exactement. Je lui ai dit : « Je viens me mettre au service du Maréchal. » Mon zèle l’a fait un peu sourire. Il m’a dit : « C’est très beau de ta part, mais as-tu quelque chose à proposer ? » J’ai pensé alors à notre empire. Je lui ai dit : « Vous, vous devriez envoyer des hommes sûrs là-bas. »

— Et qu’est-ce que Basson vous a répondu ?

— Il m’a approuvé. Il m’a dit d’ailleurs que c’était ce qu’on faisait et qu’il m’y enverrait dès qu’il le pourrait. Je crois d’ailleurs que c’est fait. Je devais justement passer ce

 

– 90 – matin à l’intérieur. Je ne l’affirmerai pas, mais il me semble bien que mes papiers sont prêts.

M. Saussier eut l’air de se réjouir de cette nouvelle.

— Au fond, dit-il, Basson a été très gentil pour vous.

— Très.

Saussier appuya sur un bouton. Un homme parut dans l’embrasure d’une porte, non pas à la manière d’un secré-taire, mais avec la familiarité d’un parent ou d’un ami.

— Venez, Schlessinger.

C’était un homme grand, mince, voûté, avec un long nez busqué et fin. Il portait des binocles d’or. Il avait la coquette-rie de se vieillir en laissant tomber les cendres de sa cigarette sur lui. Il était d’une origine plus difficile à déceler que celle des Outhenin, Basson, Vauvray, Rouannet, Saussier même. Il donnait l’impression d’un universitaire ne faisant pas per-sonnellement de politique, mais ayant su se rendre indispen-sable dans des milieux où on en faisait. Il avait peut-être pensé que ses longues études le distingueraient plus là où elles n’étaient pas nécessaires. Il avait peut-être renoncé au but pour lequel il les avait faites et sacrifié un idéal de jeu-nesse pour une considération et des profits plus rapides.

Bridet sourit. En réalité, il se trouvait dans un état d’énervement extraordinaire. Il ne comprenait rien à ce qui se passait. Il ne voyait pas pourquoi on l’avait convoqué. On semblait tenir à échanger avec lui quelques idées. Mais enfin, on ne convoque pas les gens à la police pour échanger des idées…

M. Saussier s’adressa à son collaborateur.

 

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— Je voudrais vous répéter ce que vient de me dire M. Bridet, c’est très intéressant.

— Ah bon, dans ce cas, attendez un instant, dit Schles-singer. Je vais chercher ma serviette.

Bridet regarda le directeur de la Sécurité avec étonne-ment. Qu’avait-il donc dit de si intéressant ?

Schlessinger revint peu après. Il s’assit près du bureau, écarta des papiers, posa sa serviette devant lui.

— Prenez ma place, dit Saussier, vous serez mieux.

— Oh ! merci, ce n’est pas la peine, répondit Schlessin-ger en jetant un coup d’œil à sa montre-bracelet. Vous savez qu’il est midi et demi. On ferait peut-être mieux de commen-cer cet après-midi.

— J’en ai pour quelques minutes. Il est préférable que vous soyez au courant. Nous continuerons cet après-midi, si c’est nécessaire. Je vais vous résumer rapidement les décla-rations de M. Bridet.

— Les déclarations ! s’écria Bridet en riant. Le mot est un peu solennel…

— Voici, continua Saussier sans avoir paru entendre cette interruption. M. Bridet prétend que, désirant servir notre gouvernement, il est venu de lui-même à Vichy, sans y avoir été invité par personne, pour prendre contact avec des amis. Il a vu Basson, M. Laveyssère. C’est bien cela, mon-sieur Bridet ?

— En effet, mais avec cette nuance que je ne prétends pas, car c’est la vérité.

 

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— Ça ne concorde pas exactement avec ce que m’a dit Basson, observa Schlessinger qui n’avait pas encore ouvert sa serviette.

— Vous croyez donc que ce serait Basson qui aurait fait le premier pas ? poursuivit Saussier.

Ces trois derniers mots : « le premier pas » causèrent un froid à Bridet. Schlessinger se tourna à ce moment vers ce dernier. Il avait une cigarette à la bouche. La fumée lui faisait cligner les yeux.

— Vous affirmez n’avoir jamais vu Basson ailleurs qu’à Vichy, ne l’avoir pas vu à Lyon par exemple ?

— Jamais, s’écria Bridet qui, tout à coup, pour la pre-mière fois, venait d’avoir l’impression que ce n’était plus lui qui était en cause, mais Basson.

Ce dernier avait fait quelque chose de grave. Ne pouvant répondre de ses actes devant ses collègues, un fonctionnaire étranger à la police, mais ayant des attaches avec elle, me-nait l’enquête.

Son regard se troubla, au point qu’un liquide étranger semblait s’être répandu sur la cornée. Si Basson était cou-pable de quelque chose, Bridet en grossissant son amitié pour lui, en se recommandant d’elle, s’était reconnu son complice.

Schlessinger ouvrit sa serviette. Il en tira quelques pa-piers qu’il passa à Saussier qui les lut attentivement.

— Vauvray et Keruel auraient donc été trompés par les Renseignements généraux, remarqua Saussier peu après.

— Pourquoi ?

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— Je croyais qu’il n’existait pas de double.

— Si, si, Hild n’est pas si bête. Il les connaît.

Depuis une minute, Bridet cherchait comment revenir sur ce qu’il avait dit, comment ôter à son amitié pour Basson l’importance qu’il lui avait imprudemment donnée. Il transpi-rait tellement que la sueur coulait jusqu’à son col et en mouillait le bord. Il n’avait pas perdu une réplique du dia-logue des deux policiers, mais ces hommes étaient maîtres dans l’art de se comprendre à demi-mots devant un tiers.

— Vous m’intriguez, Messieurs, dit-il en essayant d’avoir l’air naturel. De quoi s’agit-il donc ?

— Basson a affirmé qu’il vous connaissait en effet, que vous étiez venu le relancer, mais qu’il vous avait chaque fois éconduit et qu’il n’avait jamais songé une seconde à vous donner un sauf-conduit pour l’Afrique. Il a même précisé que vous ne lui inspiriez aucune confiance.

— Comment ! s’écria Bridet en simulant de l’indignation. Voulez-vous que je lui téléphone devant vous ?

Les deux chefs de la police se firent un signe.

— Il n’a plus le téléphone, ne put s’empêcher de dire M. Saussier.

— Tâchez de passer après déjeuner à l’hôtel du Parc, fit Schlessinger. Il faudrait que de la Chazelle nous confie les té-légrammes, du moins jusqu’à ce soir.

Bridet se leva à demi.

— Je tiens à téléphoner, répéta-t-il.

— Ne vous énervez pas, monsieur Bridet.

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— Il y a trois heures que je suis là. Si c’est de cette façon qu’on traite ceux qui veulent servir le Maréchal !

— Faites quand même attention à ce que vous dites, monsieur Bridet.

— Le Maréchal ignore certainement ce qui se passe au-tour de lui. Il ne le tolérerait pas s’il le savait.

Saussier et Schlessinger se regardèrent.

— Vous commencez à tirer un peu trop sur la corde, ob-serva le directeur de la Sécurité. Laissez le Maréchal en paix.

— Nous reprendrons notre conversation, dit Schlessin-ger en regardant sa montre. Il est déjà une heure vingt.

S’adressant à Bridet, mais sur un ton beaucoup moins cordial qu’au début, comme si le mouvement d’humeur de Bridet lui rendait sa liberté, Saussier poursuivit :

— Je crains que vous ne trouviez plus rien à manger dans les restaurants. Vous allez descendre à l’étage au-dessous. Un des messieurs que vous avez vus en arrivant va vous conduire dans un très bon petit restaurant ami qui se trouve tout près d’ici. De cette façon, vous pourrez revenir tout de suite après déjeuner, afin que nous en finissions avec cette histoire.

Bridet faillit dire qu’il avait rendez-vous, mais il avait tel-lement peur de s’apercevoir qu’il était prisonnier qu’il préfé-ra rester dans le vague.

— C’est une très bonne idée ! dit-il.

 

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