Le pouvoir du moment présent

Eckart Tolle · Chapitre 19 sur 81

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Le pouvoir du moment présent

Comment Accéder au Pouvoir du Moment Présent

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Le présent figure également au cœur de l’enseignement soufi, cette branche mystique de l’islam. Les soufis ont un dicton : « Le soufi est le fils du temps présent. » Et Rumi, le grand poète et enseignant soufi, déclare : « Le passé et le futur soustraient Dieu de notre vue. Brûlons-les tous deux au bûcher. »

Eckhart, le grand enseignant spirituel du XIIIe siècle, a résumé tout cela de façon magnifique : « Le temps est ce qui empêche la lumière de nous atteindre. Il n’existe pas de plus grand obstacle à trouver Dieu que le temps. »

 

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COMMENT ACCÉDER AU POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT

Il y a un instant, pendant que vous parliez de l’éternel présent et de l’irréalité du passé et du futur, je me suis surpris à regarder cet arbre devant la fenêtre. Je l’avais déjà regardé à quelques reprises, mais cette fois-ci, il était différent. La perception extérieure n’avait pas beaucoup changé, sauf que ses couleurs semblaient plus éclatantes et plus vivantes. Une autre dimension s’y était ajoutée. Ce n’est pas facile à expliquer. Je ne sais pas comment, mais j’étais conscient de quelque chose d’invisible que j’ai ressenti comme étant l’essence de cet arbre, son esprit, si vous voulez. Et j’en faisais partie d’une certaine façon. Je réalise maintenant que je n’avais jamais vraiment vu cet arbre avant, sinon une image morte et vide de lui. Quand je le regarde maintenant, il y a encore un peu de cette conscience, mais je peux la sentir s’estomper. Vous voyez, l’expérience est déjà en train de devenir du passé. Une telle expérience peut-elle devenir plus qu’une impression fugitive ?

Pendant un instant, vous avez été libéré du temps. Vous êtes entré dans le moment présent et avez donc perçu l’arbre sans l’écran du mental. La conscience de l’être s’est intégrée à votre expérience de perception. La dimension de l’intemporel introduit une autre sorte de forme d’appréhension de la réalité qui ne « tue » pas l’esprit vivant en chaque créature et en chaque chose. Une appréhension de la réalité qui ne détruit pas le sacré et le mystère de la vie mais qui exprime plutôt un profond amour et une immense révérence pour tout ce qui est. Une appréhension de la réalité dont le mental ne sait rien.

Le mental ne peut pas appréhender la réalité de l’arbre. Il peut seulement connaître des faits et des informations au sujet de l’arbre. Le mental ne peut pas appréhender la réalité de ce que vous êtes : il connaît seulement des étiquettes, des jugements, des faits et des opinions à votre sujet. Seul l’Être appréhende la réalité directement.

Mais le mental ainsi que les connaissances ont leur place, et c’est dans le domaine de la vie pratique de tous les jours. Cependant, quand le mental se met à régir tous les aspects de votre vie, y compris vos relations avec d’autres êtres humains et avec la nature, il devient un monstrueux parasite qui, si on ne le surveille pas, peut bien finir par éliminer toute vie sur cette planète et lui-même par la même occasion en tuant son hôte.

Vous avez eu un aperçu de la façon dont l’intemporel peut transformer vos perceptions. Mais une expérience ne suffit pas, peu importe sa beauté ou son intensité. Ce qu’il faut et ce qui nous intéresse, c’est un basculement permanent de la conscience.

Alors, brisez la vieille habitude qui vous fait nier le moment présent et y résister. Exercez-vous à soustraire votre attention du passé et du futur quand la nécessité ne se présente pas. Sortez de la dimension temporelle autant que vous le pouvez dans le quotidien. Si vous éprouvez de la difficulté à accéder directement à l’instant présent, exercez-vous d’abord en observant la tendance habituelle de votre mental à vouloir fuir le moment présent. Vous constaterez qu’il imagine en général le futur comme étant meilleur ou pire que le présent. Dans le premier cas, il vous donne de l’espoir et du plaisir par anticipation. Dans le deuxième cas, il crée de l’anxiété. Chaque fois, il s’agit pourtant d’une illusion. En vous observant vous-même, vous pouvez automatiquement devenir plus présent dans votre vie. Dès l’instant où vous prenez conscience que vous n’êtes plus présent, vous l’êtes. Chaque fois que vous pouvez observer votre mental, vous n’êtes plus pris à son piège. Un autre facteur est entré en jeu, quelque chose qui n’appartient pas au mental, la présence-témoin.

Soyez présent en tant qu’observateur de votre mental, c’est-à-dire de vos pensées, de vos émotions et de vos réactions dans diverses situations. Accordez au moins autant d’attention à vos réactions qu’à la situation ou à la personne qui vous fait réagir. Remarquez aussi la répétitivité avec laquelle votre attention se fixe sur le passé ou le futur. Ne jugez pas et n’analysez pas ce que vous observez. Regardez la pensée, sentez l’émotion, surveillez la réaction. N’en faites pas une problématique. Vous sentirez alors quelque chose de plus puissant que n’importe lequel de vos sujets d’observation : la présence calme qui observe de derrière le contenu du mental, le témoin silencieux.

 

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