Le pouvoir du moment présent

Eckart Tolle · Chapitre 72 sur 81

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Le pouvoir du moment présent

La Nature de la Compassion

Je vois à votre expression que vous attendez une explication. Quand vous acceptez ce qui est, chaque quartier de viande, chaque moment est le meilleur qui soit. C’est cela l’illumination.

LA NATURE DE LA COMPASSION

Après avoir dépassé le système des opposés créé par le mental, vous êtes semblable à un lac profond. Les circonstances extérieures et tout ce qui peut se passer dans votre vie sont comme la surface du lac. Parfois calme, parfois ventée et agitée, selon les cycles et les saisons. En profondeur, cependant, l’eau du lac reste impassible. Vous êtes le lac tout entier et non seulement la surface. Vous demeurer en contact avec votre propre profondeur, qui est absolument paisible en tout temps. Vous ne résistez pas au changement puisque vous ne vous accrochez pas à quelque situation que ce soit. Votre paix intérieure ne dépend d’aucune condition. Vous évoluez sur le plan de l’Être – immuable, intemporel, immortel – et vous ne dépendez plus du monde extérieur des formes en perpétuelle fluctuation pour vous sentir comblé ou heureux. Vous pouvez certes les apprécier, jouer avec elles, en créer de nouvelles et goûter la beauté de tout cela. Mais vous n’aurez pas besoin de vous attacher à quoi que ce soit.

Quand vous êtes détaché à ce point, est-ce que cela signifie que vous vous éloignez également des autres êtres humains ?

Au contraire. Aussi longtemps que vous n’êtes pas conscient de l’Être, la réalité des autres humains vous échappe puisque vous n’avez pas encore trouvé la vôtre. Leur forme plaira ou déplaira à votre mental, non seulement sur le plan du corps mais aussi sur celui de l’esprit. Les véritables relations deviennent possibles seulement lorsqu’il y a conscience de l’Être. En somme, quand vous existez à partir de l’Être, vous percevez le corps et l’esprit d’une autre personne comme un écran, pour ainsi dire, derrière lequel vous pouvez sentir sa véritable réalité, tout comme vous sentez la vôtre. Donc, quand vous êtes confronté à la souffrance ou au comportement inconscient d’une autre personne, vous restez présent et en contact avec l’Être, et êtes ainsi en mesure de voir au-delà de la forme et d’apercevoir cette pure étincelle chez l’autre à travers votre Être. À ce niveau, toute souffrance se conçoit comme une illusion. La souffrance est le fruit de l’identification à la forme. Des guérisons miraculeuses se produisent parfois chez les autres, s’ils sont prêts, lorsqu’un être réalisé vient éveiller leur conscience.

Est-ce cela la compassion ?

Oui, effectivement. La compassion, c’est la conscience que vous avez un lien profond qui vous unit à toutes les créatures. Mais il y a deux aspects à la compassion. D’un côté, étant donné que vous êtes toujours ici dans un corps physique, vous avez en commun avec tous les êtres humains, mais aussi avec tout ce qui est vivant sur cette planète, la vulnérabilité et la disparition finale de votre forme matérielle. La prochaine fois que vous affirmerez ne rien avoir en commun avec telle ou telle personne, rappelez-vous que vous avez au contraire beaucoup en commun avec elle : d’ici à quelques années – deux ans ou soixante-dix ans, peu importe –, vous serez tous les deux des cadavres en décomposition, puis simplement un amas de poussière et, à la fin, plus rien du tout. Cette prise de conscience vous fait humblement redescendre sur terre et ne laisse pas grand place à l’orgueil. Est-ce pour autant une pensée négative ? Non, c’est un fait. Pourquoi fermer les yeux dessus ? Dans ce sens-là, vous et toutes les autres créatures êtes sur un pied d’égalité totale.

Un des plus puissants exercices spirituels consiste à méditer profondément sur la mortalité des formes matérielles, la vôtre y compris. Cela s’appelle « mourir avant de mourir ». Absorbez-vous profondément dans cette méditation. Votre forme matérielle se dissipe, n’existe plus. Puis arrive le moment où toutes les formes-pensées s’éteignent également. Pourtant, vous êtes encore là, en tant que cette divine présence, radieuse et totalement éveillée. Ce qui a toujours été réel reste, et seuls les noms, les formes et les illusions meurent.

 

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Prendre conscience de cette immortalité, de votre véritable nature, est l’autre aspect de la compassion. À un niveau profond du senti, vous reconnaissez maintenant non seulement votre propre immortalité, mais, par elle, celle de toutes les autres créatures. Sur le plan de la forme, vous et elles partagez la mortalité et la précarité de l’existence. Sur le plan de l’Être, vous avez en commun la vie éternelle et radieuse. Ce sont là les deux aspects de la compassion. Dans la compassion, les émotions apparemment opposées de joie et de tristesse fusionnent et se métamorphosent en une profonde paix. C’est la paix de Dieu. C’est un des plus nobles sentiments dont les humains soient capables et il a de grands pouvoirs de guérison et de transformation. Mais telle que je l’ai décrite, la véritable compassion est encore rare. Éprouver une profonde empathie face à la souffrance d’un autre être nécessite certainement un degré élevé de conscience, mais cela ne représente qu’un côté de la compassion. L’autre aspect manque. La compassion va au-delà de l’empathie ou de la sympathie. La compassion n’apparaît pas avant que la tristesse ne fusionne avec la joie, celle de l’Être, de la vie éternelle.