Le pouvoir du moment présent

Eckart Tolle · Chapitre 44 sur 81

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Le pouvoir du moment présent

La Transformation par le Corps

Pourquoi la majorité des religions ont-elles condamné ou nié le corps ? On dirait que les chercheurs de la spiritualité ont toujours considéré le corps comme un obstacle ou même comme un péché.

Pourquoi y a-t-il si peu de chercheurs de la spiritualité qui trouvent ?

Sur le plan corporel, les humains sont très proches des animaux. Toutes les fonctions de base du corps – le plaisir, la douleur, la respiration, l’alimentation, la désaltération, la défécation, le sommeil, la pulsion à trouver un compagnon ou une compagne pour procréer et enfin, bien sûr, la naissance et la mort –, nous les avons en commun avec les animaux. Longtemps après avoir été déchus de leur état de grâce et de fusion avec l’Un et être tombés dans l’illusion, les humains s’éveillèrent dans ce qui leur semblait être un corps animal, chose qui les dérangea grandement. « Ne te fais pas d’illusion. Tu n’es rien de plus qu’un animal. » Cela semblait être la vérité qui leur éclatait en plein visage. Mais cette vérité était trop dérangeante pour être tolérée. Réalisant qu’ils étaient nus, Adam et Ève se mirent à avoir peur. Inconsciemment et très rapidement, ils commencèrent à nier leur nature animale. La possibilité menaçante que leurs puissantes et instinctives pulsions les submergent et les ramènent à une inconscience totale était sans aucun doute une menace très réelle. La honte et certains tabous concernant certaines parties et fonctions corporelles firent leur apparition, en particulier par rapport à la sexualité. Leur conscience ne brillait pas encore assez fort pour qu’ils puissent accepter leur nature animale, lui permettre d’être telle et même y prendre plaisir. Sans parler du fait qu’ils auraient pu s’y investir profondément et y découvrir le divin qui s’y cache, la réalité derrière l’illusion. Alors ils ont fait ce qu’ils devaient faire. Ils se sont dissociés de leur corps. Et à partir de ce moment-là, ils se voyaient comme ayant un corps plutôt que simplement comme étant un corps.

Quand les religions ont vu le jour, cette dissociation s’est accentuée davantage avec la croyance « vous n’êtes pas votre corps ». En Orient comme en Occident, et au cours des siècles, d’innombrables personnes ont essayé de trouver Dieu, le salut ou l’illumination par la négation du corps. Ceci s’est manifesté par la négation du plaisir des sens, de la sexualité en particulier, par le jeûne et d’autres pratiques ascétiques. Les gens s’infligeaient même des châtiments corporels pour essayer de punir ou de faire taire leur corps, qu’ils considéraient comme un péché. Dans le christianisme, on a appelé cela la mortification de la chair. D’autres ont tenté d’échapper à leur corps en se mettant en état de transe ou en essayant d’en sortir. Beaucoup de gens le font encore. Même Bouddha est réputé avoir nié son corps pendant six ans par le jeûne et par d’extrêmes formes d’ascétisme. Mais ce n’est qu’après avoir abandonné ces coutumes qu’il s’est réalisé.

Chose certaine, personne n’a jamais connu l’éveil spirituel en niant le corps, en se battant contre lui ou en sortant de lui. Même si l’expérience de sortie du corps peut s’avérer fascinante et vous donner un aperçu fugitif de ce qu’est la libération de la forme matérielle, vous devrez en fin de compte toujours y revenir, car c’est dans cet « habitacle » que le travail fondamental de la transformation s’effectue, et non pas loin de lui. Voilà pourquoi aucun maître véritable n’a jamais préconisé la sortie ou la négation du corps, bien que ses disciples encore pris dans le mental l’aient souvent fait.

Il ne subsiste que certains fragments des vieux enseignements concernant le corps, dont cette phrase de Jésus : « [...] tout votre corps sera rempli de lumière. » Ou bien ces enseignements se perpétuent sous forme de mythes, comme la croyance selon laquelle Jésus n’aurait jamais renoncé à son corps et aurait continué à ne faire qu’un avec celui-ci pour monter au « ciel » avec lui. Jusqu’à ce jour, presque personne n’a compris ces fragments d’enseignements ou la signification cachée de certains mythes. Par conséquent, la croyance « vous n’êtes pas votre corps » règne universellement et se traduit par la négation du corps et la tentative de s’en échapper. D’innombrables chercheurs dans le domaine de la spiritualité se sont donc empêchés d’atteindre la réalisation spirituelle et de trouver ce qu’ils cherchaient.

Est-ce possible de retrouver les enseignements perdus concernant la signification du corps ou de les reconstituer à partir des fragments épars qui nous restent ?

Il n’y a aucun besoin de le faire, puisque tous les enseignements spirituels proviennent de la même source. Et dans ce sens, il n’y a eu et il n’y a qu’un seul maître qui se manifeste sous différentes formes. Je suis ce maître et vous également, une fois que vous savez trouver la Source en vous. Et le chemin qui y conduit, c’est le corps énergétique. Bien que tous les enseignements spirituels proviennent de la même source, ils ne sont plus, de toute évidence, qu’une enfilade de mots une fois qu’ils sont verbalisés et transcrits. Et un mot n’est rien d’autre qu’un panneau indicateur, comme nous l’avons déjà expliqué. Tous ces enseignements sont uniquement des panneaux indiquant le chemin qui ramène à la Source.

J’ai déjà parlé de la vérité cachée à l’intérieur de votre corps, mais je vais vous résumer à nouveau les enseignements perdus des maîtres. Et ceci constituera un autre panneau indicateur. Efforcez-vous, s’il vous plaît, de sentir votre corps subtil pendant que vous lisez ou écoutez.